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Prix de Transfert

Le document traite des prix de transfert, en explorant leur cadre réglementaire, les méthodes de détermination, ainsi que les risques fiscaux et juridiques associés. Il souligne l'importance des prix de transfert dans le commerce international et leur impact sur les groupes de sociétés, notamment au Maroc. La conclusion met en avant les conséquences potentielles pour les entreprises et les commissaires aux comptes en cas de non-respect des normes de pleine concurrence.

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Eric Mama
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Prix de Transfert

Le document traite des prix de transfert, en explorant leur cadre réglementaire, les méthodes de détermination, ainsi que les risques fiscaux et juridiques associés. Il souligne l'importance des prix de transfert dans le commerce international et leur impact sur les groupes de sociétés, notamment au Maroc. La conclusion met en avant les conséquences potentielles pour les entreprises et les commissaires aux comptes en cas de non-respect des normes de pleine concurrence.

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Réalisé par :

Hammady ayoub
Machkour ayoub
Elkhalfi zakaria
Bohoume mouad
lesFarah
prix de hajar
transfert

Encadré par :
Docteur Mr. Tiellatti
plan
Introduction générale

CHAPITRE I) LES PRIX DE TRANSFERT, CADRE REGLEMENTAIRE ET METHODES DE


DETERMINATION

Section 1 : Législations applicables aux prix de transfert


1- Les sources de droit marocain
1- 1- Analyse des dispositions du livre des procédures fiscales

1- 2-Conditions de répression du transfert de bénéfice à l’étranger

2- Les législations internationales


2-1- Législations applicables dans les principaux pays développés
2- 2- Les principes directeurs de l’OCDE
Section 2 : Les méthodes de détermination des prix de transfert

1- Les méthodes traditionnelles admises par l’OCDE


2- Les méthodes récentes
3- Contraintes et opportunités de chaque méthode
CHAPITRE II) RISQUES LIES AUX PRIX DE TRANSFERT

Section 1 : Risques fiscaux liés aux prix de transfert

1- Risques fiscaux au niveau des groupes internationaux


2- Risques fiscaux au niveau des groupes marocains
Section 2 : Risques juridiques liés aux prix de transfert

1- L’abus de biens sociaux


2- L’Abus de majorité

Section 3 : Autres risques liés aux prix de transfert

1- Risque financier
2- Risque douanier

3- Action pour comblement du passif

Section 4- Incidence des risques identifiés sur la mission du commissaire aux comptes

1- Responsabilité du commissaire aux comptes à l’égard des tiers Responsabilité du


commissaire aux comptes eu égard aux dispositions de la loi Respect des normes internationales
d’audit

Conclusion.

3
Introduction
Le commerce international a connu ces dernières décennies une croissance spectaculaire,
soutenue par un large mouvement de mondialisation de l’économie et un progrès rapide des
moyens de communication. Au fur et à mesure du démantèlement des barrières douanières,
nous avons assisté à la naissance de groupes de sociétés qui se sont progressivement
"internationalisés" afin de profiter d’avantages compétitifs et réglementaires, augmentant ainsi
les flux des transactions intra-groupe.

Au Maroc, bien que les statistiques officielles ne renseignent pas sur le poids des groupes, ces
derniers, nationaux et internationaux, sont présents dans la plupart des secteurs et leur
importance ne cesse de croître. De ce fait, ils constituent une part importante des mandats de
commissariat aux comptes.

Au même titre que les autres transactions, celles effectuées entre les entités du même groupe
donnent lieu à des facturations, et le prix utilisé est dès lors appelé « prix de transfert ».
Cependant, les entreprises appartenant à un groupe doivent traiter entre elles aux mêmes
conditions qu’avec les entreprises extérieures au groupe, autrement dit, au prix du marché. Il
s’agit là de l’un des principes fondamentaux régissant les transactions intra-groupe, à savoir
« le principe de pleine concurrence », énoncé par le rapport de l’Organisation de Coopération et
de Développement Economique (OCDE) de 1979.

Le non-respect de ce principe expose la société à des risques juridiques et fiscaux dont les
conséquences peuvent s’avérer dangereuses à long terme.

En effet, au niveau juridique, les prix de transfert peuvent entrer dans le champ des conventions
réglementées et être, dans certains cas, constitutifs de faits délictueux.

Sur le plan fiscal, et avec la multiplication ces dernières années des contrôles fiscaux des
groupes, les redressements liés aux prix de transfert se font de plus en plus lourds
financièrement. Cette situation est due au fait que les groupes, même les plus importants
d’entre eux, n’étaient pas toujours préparés à ce type de contrôle, et n’avaient jusqu’à lors mis
en place aucune procédure spécifique pour la détermination et l’argumentation des prix de
transfert retenus.

4
A ce stade, une distinction entre les risques courus par les groupes internationaux et ceux
relatifs aux groupes purement marocains s’impose :

 Les groupes internationaux peuvent être sanctionnés pour transfert de bénéfice à


l’étranger si les prix sont fixés en dehors du prix de pleine concurrence. Ces pratiques,
entraînent la localisation de la matière imposable "les bénéfices" dans un pays donné.
C'est la raison pour laquelle la plupart des Etats se sont dotés d'une législation
permettant de lutter contre cette évasion fiscale.

 Les groupes exclusivement marocains peuvent également être sanctionnés en cas de


transfert de bénéfice. En effet, le livre des procédures fiscales rappelle le pouvoir
d’appréciation de l’administration fiscale en matière de prix de transfert en cas de
dépendance aussi bien avec des sociétés situées au Maroc qu’en dehors du Maroc.

L’importance des redressements issus des contrôles fiscaux provoque un accroissement des
risques liés aux prix de transfert pour les entreprises subissant les contrôles, ces risques
concernent également le commissaire aux comptes certifiant leurs états de synthèse.

En effet, les prix de transfert ne sont pas toujours issus des mêmes mécanismes que les prix
classiques dans la mesure où ils dépendent d’un seul décideur : « le groupe », ce qui les soumet
à une pression supplémentaire, à savoir : « l’intérêt du groupe ».

Par conséquent, les manipulations des prix de transfert constituent une zone de risque pour
l’auditeur du fait qu’elles peuvent avoir une incidence sur les comptes et altérer leur régularité,
sincérité et image fidèle. Ils peuvent également revêtir un caractère délictueux, tel que l’abus de
biens sociaux.

A : Définitions des notions clés

Le sujet des prix de transfert est marqué par l’utilisation de termes spécifiques, dont la
signification peut s’avérer difficile à cerner. A cet effet, et avant de développer toute réflexion sur
les prix de transfert et l’incidence qu’ils peuvent avoir sur la mission du commissaire aux
comptes, il parait indispensable de commencer par définir les notions clés de cette problématique.

1- Définition de la notion du groupe et des notions voisines

5
En dépit du poids que représentent les groupes dans les différents flux économiques, le droit
marocain, à l’instar de la plupart des législations, ne leur reconnaît pas d’existence juridique. C’est
une entité purement économique qui reste dépourvue de la personnalité morale.

Les premiers auteurs qui ont tenté de définir le groupe se sont basés principalement sur l’aspect
économique de ce dernier.

o Définition économique

Selon C.Chapaud : « Le groupe est une unité de contrôle patrimonial destinée à assurer une unité
de décision économique » (1).

Selon le même auteur, « Il y a groupe industriel de sociétés lorsque des sociétés par actions,
ayant des activités identiques, proches ou complémentaires, sont soumises à une direction
économique unique résultant du contrôle de leur patrimoine par l’une d’entre elles qui exerce sa
domination par le jeu de multiples participations financières».

Une autre définition présente le groupe comme étant « …un ensemble de sociétés qui, tout en
étant juridiquement distinctes, se trouvent cependant liées les unes aux autres de telle sorte que
l’une d’entre elles, qualifiée de société mère ou de société dominante, est en mesure d’imposer, en
fait ou en droit, une unité de décision aux autres composantes du groupe qui se trouvent ainsi
dans la situation de sociétés dominées » (2).
Le mémento « Groupes de sociétés » Francis Lefebvre définit le groupe comme « …un ensemble
constitué de plusieurs sociétés ayant chacune leur existence juridique propre mais unies entre
elles par des liens divers en vertu desquels l’une d’elles, dite société mère, qui tient les autres
sous sa dépendance, exerce un contrôle sur l’ensemble, et fait prévaloir une unité de décision ».

De ce qui précède, nous retenons que le groupe n’est pas un sujet de droit, et de ce fait, ne peut
disposer de patrimoine propre, ni agir en justice ou encore faire l’objet de redressement ou de
liquidation judiciaire. Son existence repose sur la réunion de deux éléments:

1
C.Chapaud, Thèse Rennes, 1962, « Le pouvoir de concentration de la société par action », cité par Laure Nuit- Pontier dans « Les
groupes de sociétés », collection le Droit en question, p.9.

2
Droit des affaires, tome 2, PUF.,1992, cité par Laure-Pontier dans « les groupes de sociétés » Collection le Droit en questions, p.9.

6
- Un lien de dépendance (financière, juridique, économique...) : Il en résulte une
domination généralement exercée par la majorité et qui se traduit par un droit
d’influence dans la gestion des filiales;

- Une direction unique capable de lui apporter des techniques de gestion générale,
une aide financière, commerciale…etc.

o Définition légale

Juridiquement, le groupe n’a pas d’existence. Par conséquent, il n’a pas de personnalité morale, ne
dispose pas d’un patrimoine, d’engagements sociaux, de possibilité d’action en justice ou de mise
en règlement judiciaire.

Cependant, la notion du groupe est approchée dans plusieurs textes législatifs à travers la
définition de certaines notions voisines. En effet, la loi 17-95 sur les sociétés anonymes, définit les
notions de filiales, de participation et de contrôle :

L’article 143 énonce : on entend par :

« - Filiale, une société dans laquelle une autre société, dite mère, possède plus de la moitié du
capital ;
- Participation, la détention dans une société par une autre société d’une fraction du capital
comprise entre 10% et 50% ».

De ces définitions, nous retenons les deux points suivants :

 La filiale est associée à la notion de majorité ;


 La définition de la participation ne fournit pas des éléments sur l’étendue des
pouvoirs qui s’y rattachent.

Par ailleurs, l’article 144 de la même loi définit la notion de contrôle comme suit : « Une
société est considérée comme en contrôlant une autre :

- lorsqu’elle détient directement ou indirectement une fraction de capital lui


conférant la majorité des droits de vote dans les assemblées générales de cette
société ;

7
- lorsqu’elle dispose seule de la majorité des droits de vote dans cette société en
vertu d’un accord conclu avec d’autres associés ou actionnaires qui n’est pas
contraire à l’intérêt de la société ;
- lorsqu’elle détermine en fait, par les droits de vote dont elle dispose, les
décisions dans les assemblées générales de cette société.

Elle est présumée exercer ce contrôle lorsqu’elle dispose directement ou indirectement d’une
fraction des droits de vote supérieure à 40% et qu’aucun autre actionnaire ne détient directement
ou indirectement une fraction de ces droits supérieure à 30% ».

De cette définition on retient principalement la distinction entre deux types de contrôles :

 Le contrôle de droit : défini sur la base du pourcentage direct ou indirect des droits de vote ;
 Le contrôle de fait : résulte de l’ensemble des éléments qui permettent de justifier
l’exercice d’un pouvoir durable de direction.

o Définition fiscale
 Statut du groupe

8
En l’absence d’une reconnaissance du groupe au niveau de la réglementation fiscale marocaine,
les sociétés constituant un groupe, sont imposées séparément et ce, quelque soient leur régime
fiscal et leur forme juridique. Ce principe d’autonomie des sociétés est atténué par une mesure
fiscale visant à réduire les inconvénients d’une fiscalisation en cascade des bénéfices distribués à
l’intérieur des groupes et qui consiste à faire bénéficier les dividendes perçus par les sociétés
soumises à l’impôt sur les sociétés d’un abattement de 100%. Cette disposition ne constitue pas
une reconnaissance du groupe, mais plutôt une mesure pour éliminer le phénomène de double
imposition.

 Conditions de réalisation des actes de groupe

Conformément au droit fiscal positif marocain, la société mère n’a pas le droit d’accomplir des
actes contraires à l’intérêt individuel de l’une des sociétés qu’elle contrôle en invoquant l’intérêt
du groupe. Chacune des sociétés appartenant au groupe conserve sa personnalité fiscale, et par
conséquent, les transactions entre les sociétés du groupe doivent en principe être faites à des
conditions normales.

Dans le cas d’une société qui comporte des actionnaires minoritaires, le respect de son autonomie
juridique et de la normalité des conditions dans la conclusion des actes avec la société mère ou les
autres sociétés du groupe, est aussi un impératif moral.

L’administration fiscale intervient dès lors que des actes affectant la matière imposable, paraissent
contraire à l’intérêt de l’exploitation ou réalisés à des conditions anormales. Elle invoque souvent
l’absence d’intérêt social ou la libéralité pour contester la légitimité de ces actes. Il s’agit là d’une
position doctrinale qui peut être assimilable à la théorie de «l’acte anormal de gestion » 1.

1
Voir développement de cette notion au niveau de la section 1 du troisième chapitre.

9
o Définition comptable

Le droit comptable des groupes est quasiment inexistant.

En effet, le droit comptable marocain, avec l’entrée en application de la loi 9-88 sur les
obligations comptables des commerçants, ne fait aucune référence à la notion de groupe.

La principale référence au groupe en matière comptable a été consacrée par l’arrêté ministériel
datant du 31 août 2000, qui a rendu obligatoire l’établissement et la publication des comptes
consolidés par les établissements de crédit.

Une deuxième référence comptable au groupe apparaît au niveau du code général de


normalisation comptable (CGNC) qui a consacré un chapitre aux conditions et méthodes
d’établissement des comptes consolidés.

Une autre référence à la notion du groupe a été consacrée par la circulaire N° 06/05 du Conseil
Déontologique des Valeurs Mobilières (CDVM) relative à la publication et à la diffusion
d’informations financières par les personnes morales faisant appel publique à l’épargne, qui
prévoit au niveau de l’article 5 l’obligation d’établissement et de publication des comptes
consolidés. Dans ce cadre, le conseil national de la comptabilité a établi l’avis N° 5 sur « La
méthodologie relative aux comptes consolidés ».

Actuellement, les seules informations financières faisant référence au groupe dont la publication
est obligatoire concernent :

- Les acquisitions de filiales ou de contrôle et les prises de participation significatives ;


- L’activité et les résultats des filiales et participations et leur contribution aux
résultats de la société mère ;
- Les dettes et créances intra-groupe.

Dans d’autres législations, outre les comptes consolidés, d’autres informations sont exigées, c’est
le cas, à titre d’exemple, de la France qui impose aux groupes de fournir des informations sur les
filiales et prises de participations significatives, sur les actions d’autocontrôle et les participations
croisées, mais aussi des informations sur certaines opérations réalisées entre parties liées.

10
La norme IAS 24 révisée va plus loin en matière des publications relatives aux groupes. En effet,
elle stipule que lorsqu’il y a une situation de contrôle, des informations sur les relations entre
parties liées doivent être fournies même en l’absence de transactions entre ces parties. En outre,
lorsque des transactions sont réalisées, l’entreprise doit indiquer la nature des relations ainsi que
les types de transactions et les éléments des transactions nécessaires à la compréhension des états
financiers.

Une fois la notion du groupe définie, il convient à présent d’aborder les particularités relatives à
la valorisation des échanges intra-groupe à travers l’étude de la notion de prix de transfert.

2- La notion de prix de transfert

Généralement, les prix de transfert sont définis comme étant « les prix pratiqués pour toute
transaction réalisée entre sociétés affiliées, que le transfert soit commercial, financier ou technique
».

L’OCDE définit les prix de transfert dans un contexte international comme « les prix auxquels
une entreprise transfère des biens corporels, actifs incorporels, ou rend des services à des
entreprises associées ». Deux entreprises sont considérées comme « associées » si l’une d’entre
elles participe directement ou indirectement à la direction, au contrôle ou au capital de l’autre, ou
si « les mêmes personnes participent directement ou indirectement à la direction, au contrôle ou au
capital ».

Cette définition est donnée par l’OCDE, aussi bien dans son rapport « principes applicables en
matière de prix de transfert » que dans son « modèle de conventions fiscales ».

Ainsi, l’expression « prix de transfert » recouvre les prix entre sociétés appartenant à un même
groupe, lorsqu’il y a passage d’une frontière. Par mesure de simplification, et compte tenu de la
diversité des définitions, les termes de prix de cession intra-groupe et de prix de transfert sont
utilisés indifféremment au cours de cette étude, dès lors que les transactions sont effectuées entre
entités juridiques distinctes, qu’il y ait ou non passage de frontières.

L’importance que revêt cette notion trouve son origine dans le fait qu’elle détermine, dans une
large mesure, la répartition des bénéfices imposables entre les entreprises associées relevant
d’autorités fiscales différentes. Raison pour laquelle l’OCDE, recommande le respect du principe
de pleine concurrence en matière de fixation des prix de transfert.

11
B- Place des prix de transfert dans les groupes de sociétés

Si le rôle primaire des prix de transfert consiste en la valorisation des échanges intra-groupe
paraît évident, il n’en demeure pas moins qu’ils peuvent contribuer à réaliser d’autres objectifs.

1- Objectifs des prix de transfert

La notion de prix de transfert est la résultante du développement des échanges intra-groupe. En


effet, parallèlement à la croissance des multinationales, les dirigeants se sont trouvés en face
d’une grande préoccupation, celle d’optimiser le bénéfice global du groupe en utilisant
efficacement les prix de transfert. Les différentes réflexions menées dans ce sens ont contribué
à l’élaboration de plusieurs théories qui, toutes, posent les principes suivants :

- La mise en place d’un système de tarification interne ;


- La maximisation des profits de l’acheteur, du vendeur et du groupe en fixant les prix de
transfert au coût marginal de production (1) de l’entité vendeuse ;
- La prise en compte de la stratégie du groupe en mettant à contribution des prix de transfert.
A cet égard, le prix du marché devrait être pris en compte sous peine de subir des
conséquences lourdes ;
- La nécessité de recourir à une analyse précise du marché.

Le modèle le plus récent est celui développé par R. Eccles. Ce dernier définit trois types de
groupes auxquels correspondent trois types de prix de transfert que nous synthétisons ci -après :
Type de groupe Type de prix de transfert Commentaire
Les groupes de type Les prix de transfert seront Cette méthode donnerait une meilleure
« Conglomérat » avec une fixés sur la base des prix du vision de la rentabilité des différentes
dominance de la stratégie marché. entités.
financière.
Les groupes fortement intégrés Les prix de transfert seront Cette méthode permettrait d’avoir une
verticalement (où les transactions
fixés sur la base du coût vision exacte de la rentabilité de chaque
internes sont plus nombreuses). marginal. entité et d’optimiser les résultats du
vendeur final (sur le marché externe).
Les groupes ayant une stratégie Les prix de transfert seront Cette méthode donnerait une meilleure
matricielle*. fixés sur la base des prix du vision de la rentabilité des différentes
marché. entités, et assurerait l’équité envers les
responsables d’unités du groupe.

1
Coût de revient de la dernière unité vendue ( Voir étude de Henri BOUQUIN dans le contrôle de gestion, 1997.

* ayant à la fois une stratégie d’intégration et de diversification

12
Ce modèle montre que toute politique de prix de transfert a pour objectif ultime de maximiser
les profits du groupe. Les prix de transfert constituent donc, avant tout, un outil économique et
de gestion, et non une contrainte fiscale uniquement.

2- Les prix de transfert comme outil de gestion

o L’optimisation financière au sein du groupe

L’optimisation des résultats financiers du groupe passe par le choix de la méthode de fixation
des prix de transfert la plus appropriée selon la situation, en vue de faire baisser les coûts de
chaque unité du groupe. Cette politique permettrait d’une part d’augmenter les profits du
groupe (et c’est l’objectif primaire) et d’autre part d’optimiser l’intérêt global des différentes
entreprises le constituant.

Ainsi, chacune des entités du groupe renforce sa position compétitive afin de concourir à la
maximisation du profit du groupe. Au fur et à mesure que les choix en matière de politique de
prix de transfert sont pertinents, le groupe serait en mesure de mettre en avant les entités les
plus compétitives et les plus performantes, afin de leur allouer, en priorité, les ressources
disponibles au sein du groupe et d’avoir le meilleur retour sur capital investi.

o Un instrument de mesure des performances du groupe

La soumission des transactions intra-groupe à des pressions additionnelles comparativement


aux autres transactions avec les entreprises externes, rend la comparaison des résultats des
filiales relativement difficile.

En effet, l’utilisation par une filiale d’un prix excessivement bas (ou basé sur le coût marginal)
pour vendre sa production au sein du groupe, ne permettrait pas de refléter la réalité
économique et entraînerait une détérioration de ses résultats. Cette situation pourrait
s’accompagner d’une démotivation du personnel de cette entreprise, ce qui aura pour
conséquence directe et rapide une augmentation de ses coûts de production. Ces conséquences
ne contribuent pas à servir l’intérêt global du groupe. Ainsi, si l’intérêt du groupe demeure
l’objectif ultime recherché, l’intérêt propre de chaque entité ne doit pas être sacrifié.

13
L’utilisation des méthodes de fixation des prix de transfert comme outil de mesure des
performances permettrait aux entreprises les plus performantes (compétitivité, économies
réalisées,….) d’afficher les meilleurs résultats.

Cependant, d’autres objectifs sont assignés aux prix de transfert, dont principalement,
l’optimisation de la charge d’impôt.

3- Les prix de transfert et l’optimisation de la charge d’impôt

L’intérêt que les groupes accordent aux prix de transfert comme moyen d’optimisation fiscale
trouve son origine dans l’absence de reconnaissance de l’intérêt de groupe dans plusieurs
législations, dont la législation marocaine.

Afin d’illustrer le rôle que peuvent jouer les prix de transfert à cet égard, prenons l’exemple
d’un groupe qui comprend des filiales réalisant des résultats bénéficiaires et d’autres
déficitaires, et supposons également que le résultat global du groupe est déficitaire. Dans ce
cas, les prix de transfert peuvent être utilisés comme moyen de transférer une partie des
résultats des filiales bénéficiaires vers les filiales déficitaires.

Le même schéma peut être appliqué au niveau international en transférant une partie des
bénéfices réalisés dans les pays à forte pression fiscale vers les pays à fiscalité allégée ou
privilégiée.

Ainsi, les prix de transfert, même s’ils constituent une contrainte fiscale lourde pour les
groupes, contribuent à la réalisation d’objectifs qui dépassent la simple obligation de
valorisation des échanges. Ils peuvent mêmes être utilisés comme instrument pour orienter les
décisions stratégiques ou justifier des décisions prises au préalable comme la restructuration
d’une filiale déficitaire ou l’abandon d’une branche d’activité moins rentable.

Pour atteindre ces différents objectifs, certains dirigeants peuvent être tentés de manipuler les
prix de transfert d’une manière qui nuirait à la réalité économique, à la fiabilité de
l’information financière et à l’équité fiscale. Ce qui viderait l’analyse des performances des
filiales des groupes de toute substance.

14
Il paraît donc clairement que face à certaines pratiques inacceptables, il fallait mettre en place
des normes et des méthodes à respecter en matière de fixation des prix de transfert. C’est dans
ce cadre que s’inscrit le rapport de l’OCDE de 1979 intitulé « Principes applicables en matière
de prix de transfert à l’intention des entreprises multinationales et des administrations
fiscales ».

Ce rapport est d’application internationale, mais en parallèle, les différents Etats se sont dotés
de dispositifs légaux réglementant les prix de transfert en s’inspirant des principes édictés par
l’OCDE. L’objectif ultime de la mise en place de ces dispositions est en premier lieu, la lutte
contre l’évasion fiscale.

Ainsi, pour une meilleure maîtrise de la problématique, il paraît nécessaire de comprendre le


cadre réglementaire des prix de transfert, aussi bien sur le plan national qu’international, avant
d’étudier les différentes méthodes préconisées par l’OCDE.

15
CHAPITRE I : LES PRIX DE TRANSFERT, CADRE REGLEMENTAIRE
ET METHODES DE DETERMINATION

L’importance des enjeux liés aux prix de transfert a été à l’origine de la mise en place d’une
batterie de dispositifs visant à réglementer au mieux la valorisation des flux intra-groupe. Dans ce
chapitre, nous essayerons d’apporter un éclairage sur le cadre réglementaire applicable au Maroc
tout en essayant de faire le parallèle avec les dispositifs mis en place dans d’autres pays avant de
présenter les normes et les méthodes de détermination des prix de transfert préconisées par
l’OCDE.

Section 1 : Législations applicables aux prix de transfert

1- Les sources de droit marocain

Comme nous l’avons mentionné au niveau du premier chapitre, le droit des groupes n’existe pas.
Cette situation est due à un principe de base, à savoir : la non reconnaissance de l’intérêt supérieur
du groupe.

Malgré l’évolution progressive de la jurisprudence dans certains pays, l’intérêt du groupe n’est
pas encore réellement reconnu en droit des sociétés et en droit fiscal, ce qui donne une importance
toute particulière à la législation entourant les prix de transfert. En l’absence de la reconnaissance
de l’intérêt du groupe, les prix de transfert dans les transactions nationales et internationales
doivent donc respecter l’intérêt propre de chaque filiale.

Au Maroc, ce principe est appréhendé par l’article 4 du livre des procédures fiscales. 1-

1- Analyse des dispositions du livre des procédures fiscales

L’article 4 du livre des procédures fiscales dispose que «… Lorsqu’une entreprise marocaine a
directement ou indirectement des liens de dépendance avec des entreprises situées au Maroc ou
hors du Maroc, les bénéfices indirectement transférés, soit par voie de majoration ou de
minoration des prix d’achat ou de vente, soit par tout autre moyen, sont rapportés au résultat ou
au chiffre d’affaires déclaré.

16
En vue de cette rectification, les prix d’achat ou de vente de l’entreprise concernée sont
déterminés par comparaison avec ceux des entreprises similaires ou par voie d’appréciation
directe sur la base d’informations dont dispose l’administration… »

L’analyse de cet article appelle les commentaires suivants :

1- La législation marocaine met l’accent sur la notion d’ajustement des prix de


transfert sur la base des "prix comparables" sans pour autant faire expressément
référence au principe de pleine concurrence.

2- En pratique, cet article présente la particularité d’étendre les dispositions


prévues avant la promulgation du livre des procédures fiscales au niveau de
l’article 35 de la loi relative à l’impôt sur les sociétés aux entreprises
marocaines ayant des liens de dépendance entre elles.

3- Ces dispositions mettent en exergue le pouvoir d’appréciation dévolu à


l’administration fiscale en vue de lutter contre toutes les formes de transfert de
bénéfices.

4- Cet article ne définit pas la notion de dépendance.

Par ailleurs, si la loi marocaine réprime toute sorte de transfert indirect des bénéfices à l’étranger
dans les mêmes conditions sans distinction aucune entre la nature des pays destinataires de ces
bénéfices, il n’en demeure pas moins que toutes ces dispositions relèvent du droit interne, alors
que les transactions avec des entités étrangères sont régies au niveau fiscal, en cas de leur
existence, par les conventions fiscales signées en vue d’éviter les doubles impositions.

L’article relatif aux bénéfices des entreprises prévu par les conventions fiscales signées par le
Maroc stipule que :

‘lorsque des entreprises dépendantes sont, dans des relations commerciales ou financières, liées par des
conditions convenues ou imposées, qui diffèrent de celles qui seraient convenues entre des entreprises
indépendantes, les bénéfices qui, sans ces conditions, auraient été réalisés par l’une des entreprises, mais
n’ont pu l’être en fait à cause de ces conditions, peuvent être inclus dans les bénéfices de cette entreprise
et imposés en conséquence’.

17
De même, l’article de ces conventions fiscales relatif aux redevances prévoit que :

"Si, par suite de relations spéciales existant entre le débiteur et le créancier ou que l’un et l’autre
entretiennent avec des tierces personnes, le montant des redevances payées, compte tenu de la
prestation pour laquelle elles sont versées, excède celui dont seraient convenu le débiteur et le
créancier en l’absence de pareilles relations, les dispositions du présent article ne s'appliquent
qu'à ce dernier montant. En ce cas, la partie excédentaire des paiements reste imposable
conformément à la législation de chaque Etat contractant et compte tenu des autres dispositions
de la présente convention".

De ce qui précède, nous retenons que :

 d’une part, l’Etat contractant (en l’occurrence le Maroc), peut appréhender la partie
des bénéfices indûment transférée à l’étranger et par conséquent les rattacher à
l’entreprise locale pour les imposer, et

 d’autre part, les dispositions prévues par les conventions fiscales relatives aux
redevances ne sont applicables qu’à la partie jugée normale de ces paiements,
lorsque le débiteur a des liens de dépendance avec le bénéficiaire et que les
conditions acceptées ou imposées dans leurs relations ne sont pas celles du marché.
Donc la déductibilité fiscale n’est acquise que pour la fraction de la redevance qui
représente le montant ‘raisonnable’ de la transaction contestée.

1- 2- Conditions de répression du transfert de bénéfice

L’article 4 du livre des procédures fiscales autorise l’administration à redresser les résultats
déclarés par les entreprises qui sont sous la dépendance ou qui possèdent le contrôle d’entreprises
situées à l’intérieur du territoire marocain ou à l’extérieur de celui-ci.

La portée du texte est très générale puisqu’il vise tous les transferts quels qu’ils soient et
indépendamment du pays en cause. Mais cela suppose que deux conditions soient remplies:

18
 le lien de dépendance entre les deux entités,
 la preuve de l’existence d’un transfert indirect de bénéfice de l’entreprise marocaine
vers une entreprise liée.

1-2-1 - Lien de dépendance

Toute la problématique de transfert de bénéfices suppose l’existence d’un lien de dépendance


entre les sociétés en question. L’existence d’un tel lien constitue donc un « préalable
indispensable à l’application des mesures prévues en matière de prix de transfert » (3).

La dépendance peut être soit de droit, soit de fait.

a. Dépendance juridique

Cette dépendance renvoie aux notions classiques de contrôle au sens juridique du terme. Ces liens
de dépendance peuvent être directs ou indirects.

 Les liens de dépendance directs

Ils sont conçus dans le cadre des relations suivantes :

- société mère et filiales ;


- société et établissements stables ;
- sociétés et leurs succursales.

Même si une filiale a sa propre personnalité juridique et son propre patrimoine, elle est
dépendante de la mère à la fois sur le plan juridique (le nombre des actions détenues par la société
mère dans le capital de la filiale) et sur le plan économique (par les liens étroits pouvant régir les
activités exercées : dépendance au niveau des approvisionnements en matières premières,
fourniture des pièces détachées, de la marque et des brevets détenus par la maison mère, …).

3
Ouvrage « les prix de transfert » de Patrick Rassat et Gianmarco Monsellato- page 24.
19
 Les liens de dépendance indirects

Ce type de relations s’établit notamment entre sociétés filiales appartenant à un même groupe de
sociétés. Les relations de dépendance financière peuvent exister soit par le jeu de participation
dans le capital, soit par le jeu d’une sous-dépendance.

C’est le cas, par exemple, d’une société qui exerce directement, ou par personne interposée, un
pouvoir décisionnel dans une autre société. Les personnes interposées peuvent être:

 des gérants, administrateurs, directeurs ou membres de leurs familles, de la société


exerçant le contrôle,
 toute société contrôlée par la société exerçant le contrôle,
 toute personne ou entité qui a un intérêt dans l’activité ou le capital de la société
exerçant le contrôle.

b. Dépendance de fait

Selon les termes de la circulaire d’application de l’ancien article 35 de la loi relative à l’impôt sur
les sociétés, il peut être établi des liens de dépendance de fait, en particulier lorsqu’il existe une
situation de monopole, de quasi-monopole ou d’intérêts communs.

La dépendance de fait résulte des conditions contractuelles, telles que l’une des sociétés est privée
de son autonomie normale de décision ou de gestion à travers la fixation des prix d’achat et de
vente, ou de concessions exclusives de marque ou de procédé.

Certains contrats de franchise peuvent ainsi révéler une dépendance de fait du franchisé par
rapport au franchiseur (4).

Par ailleurs, des situations de dépendance économique peuvent se manifester dans les cas où l’une
des entreprises est le fournisseur ou l’acheteur unique de l’autre. En effet, le droit de la
concurrence prévoit la situation de dépendance économique.

4
Voir à ce titre l’exemple développé au niveau de la section 1 du chapitre III.
20
Néanmoins, sans une appartenance même lointaine, à un même groupe, le lien de dépendance ne
pourra être caractérisé. En pratique, l’appartenance à un organigramme commun constitue la
notion de dépendance de fait, même si aucune des parties à la transaction ne contrôle directement
l’autre.

c- La preuve du lien de dépendance

L’administration fiscale peut avoir recours à tout moyen pour prouver le lien de dépendance, pour
ce faire, elle dispose de plusieurs outils :

 les clauses d’échanges d’informations entre les Etats parties des conventions fiscales,
 les bases de données économiques de plus en plus précises,
 les enquêtes.

1-2-2- Existence d’un transfert indirect de bénéfice de l’entreprise marocaine vers une entreprise
liée

L’article 4 du livre des procédures fiscales précise que les transferts indirects de bénéfices peuvent
être opérés soit par voie de majoration ou de diminution des prix d’achat ou de vente, soit par tout
autre moyen.

En vertu de cet article, le contrôle porte sur la comparabilité de chaque opération, ce qui rejoint le
principe de pleine concurrence énoncé par l’OCDE.

Par ailleurs, au niveau de la circulaire prise pour l’application des dispositions de l’ancien article
35 de la loi relative à l’impôt sur les sociétés, l’administration fiscale précisait que les transferts
indirects des bénéfices pouvaient résulter notamment :
«
 de la majoration des prix d’achat de biens et services importés ;
 de la diminution des prix de vente des biens et services exportés ;
 de la pratique de taux d’intérêts réduits ou majorés ;
 de la pratique des prix excessifs pour les redevances et autres rémunérations ;
 d’abandon de créances, ou renonciation à des recettes ;
 d’opérations diverses de compensation… etc. ».

21
La réglementation applicable au Maroc en matière de prix de transfert étant présentée, il serait à
présent utile de faire le parallèle avec les différentes réglementations adoptées au niveau
international.

2- Les législations internationales

Une des toutes premières lois en matière des prix de transfert est apparue aux Etats Unis en 1928
(section 45 de la loi fiscale de 1928). Cette loi autorisait l’administration fiscale à faire des
ajustements sur le niveau des résultats des différentes filiales, afin que chacune affiche un niveau
de résultat réel ou économique et n’échappe plus artificiellement à l’impôt. Le développement du
commerce international a poussé les administrations fiscales de différents pays à renforcer les
législations concernant les transactions intra-groupe.

2-1- Législations applicables dans les principaux pays développés

2-1-1- Aux Etats Unis d’Amérique

Aux Etats Unis d’Amérique, la section 482 de l’IRC (Internal Revenue Code) est l’équivalent de
l’article 4 du livre des procédures fiscales au Maroc. Ce texte concerne les transactions intra-
groupe entre une société nationale et une entreprise installée à l’étranger dépendant directement
ou indirectement du même centre de décision, et vise à sanctionner les avantages anormaux
accordés au sein du groupe. Le principe retenu étant le prix de pleine concurrence.

Cependant, le 1er janvier 1994 marque l’entrée en vigueur aux Etats-Unis d’une réforme de la
réglementation fiscale visant à doter l’administration fiscale américaine des moyens appropriés à
la répression de l’évasion fiscale. En effet, les autorités américaines estimaient que les entreprises
étrangères implantées sur leur territoire ne payaient pas leur juste part d’impôt.

La réforme mise en place en 1994 change notamment une donnée fondamentale en renversant la
charge de la preuve. Ainsi, les prix de transfert pratiqués par l’entreprise sont réputés erronés
jusqu’à preuve du contraire. Par ailleurs, la hiérarchie des méthodes prônée par l’OCDE est
abandonnée, le contribuable peut choisir une méthode forfaitaire s’il le souhaite, mais, il devra
prouver qu’elle est le reflet de la réalité économique sous peine de lourdes amendes.

22
Les Etats-Unis s’orientent vers une méthode de répartition des bénéfices consolidés. Ils estiment
qu’un groupe multinational qui possède des entreprises sur leur territoire et qui réalise des
bénéfices consolidés doit payer un impôt aux Etats Unis même si toutes les entreprises
américaines du groupe génèrent des pertes.

Une telle attitude des Etats-Unis a déclenché selon plusieurs observateurs une véritable
« guerre des prix de transfert » (5).

L’OCDE a alors tenté de rétablir le consensus sur les méthodes traditionnelles en éditant en 1995
une mise à jour de son rapport de 1979 sur « les principes applicables en matière de prix de
transfert à l’intention des entreprises multinationales et des administrations fiscales ». Dans cette
nouvelle version, l’OCDE réaffirme avec force la nécessité d’appliquer les méthodes
traditionnelles, mais concède la possibilité, comme nous allons le voir, d’utiliser dans des cas
exceptionnels où ces méthodes ne s’appliqueraient pas, des méthodes transactionnelles de
bénéfices.

Cependant, la mise à jour du rapport n’a eu que peu d’échos, et certains pays, soucieux de ne pas
voir migrer les revenus imposables vers d’autres Etats à fiscalité agressive, ont eux-mêmes durci
leur dispositif de contrôle. C’est le cas de la France à titre d’exemple.

2-1-2- Au niveau de la France

En France, il n’existe aucune loi spécifique aux prix de transfert. L’administration fiscale
française se réfère à l’article 39 du Code Général des Impôts (CGI) pour apporter la preuve d’un
transfert de bénéfice d’une société vers une autre par le biais des prix de transfert. Pour ce faire,
elle doit prouver qu’une dépense est exagérée (c’est à dire que la transaction intra-groupe lèse la
société acheteuse) ou étrangère à l’intérêt de l’entreprise.

Concernant les transactions intra-groupe entre une société française et une société étrangère,

l’administration fiscale française continue à appliquer l’article 57 du CGI qui régit les transferts

indirects de bénéfices à l’étranger.

5
RASSAT Patrick et MONSELLATO Gianmarco "les prix de transfert" édition Maxima, octobre 1998, cité par mémoire 99.
23
Cet article est destiné à lutter contre la fraude fiscale au sein des groupes internationaux et stipule
que tout transfert indirect de bénéfices d’une société française vers une société étrangère avec
laquelle il existe des liens de dépendance (de droit ou de fait), donne lieu, en l’absence d’une
preuve contraire apportée par le contribuable, à la réintégration des bénéfices transférés dans le
résultat de la société française. Ces sommes réintégrées sont en outre considérées comme des
distributions occultes et passibles, à ce titre, de la retenue à la source.

Ce texte est renforcé par les dispositions de l’article 238 A du CGI qui stipule que si les filiales
vers lesquelles sont transférés les résultats sont situées dans des pays à régime fiscal privilégié
(généralement lorsque la pression fiscale globale y est au moins inférieure d’un tiers à celle
prévalant en France), le lien de dépendance, exigé par l’article 57 du CGI n’est plus obligatoire.

2-1-3- Au niveau de l’Union Européenne

Au niveau de l’union européenne, il n’existe pas encore de législation fiscale unique, et même si
les textes de base sont similaires sur les grandes lignes, certaines divergences persistent et
peuvent, dans certains cas, créer des tentions entre les administrations fiscales des pays membres.
Lorsque l’administration fiscale d’un pays redresse les comptes d’une société installée sur son
territoire pour transfert indirect de résultat à une société du même groupe installée dans un autre
Etat de l’Union, les dirigeants du groupe sont fondés à exiger un ajustement corrélatif (c’est à dire
la contrepartie, dans la deuxième filiale, de l’ajustement primaire subi par la première). En dehors
de l’Union Européenne, ce type d’ajustements n’est pas obligatoire.

Par ailleurs, les principes directeurs de l’OCDE prévoient une procédure d’arbitrage dans ces cas
mais sans fixer des obligations de résultat. A cet effet, les Etats membres de l’Union Européenne
ont signé en 1990 une convention relative à l’élimination de la double imposition et qui rend
obligatoire, dans le cadre des procédures d’arbitrage, la suppression de la double imposition subie
par les groupes de sociétés au sein de l’Union suite à un ajustement primaire. Cette convention est
en vigueur depuis le 1er janvier 1995.

Un comparatif des réglementations en vigueur dans les principaux pays européens est résumé au
niveau de l’annexe 2.

24
2- 2- Les principes directeurs de l’OCDE

2-2-1- Le principe de la pleine concurrence

Ce principe stipule que :

« Lorsque :

1. une entreprise d’un Etat contractant participe directement ou indirectement à


la direction, au contrôle ou au financement d’une entreprise de l’autre Etat
contractant ou que,
2. les mêmes personnes participent directement ou indirectement à la direction,
au contrôle ou au financement d’une entreprise d’un Etat contractant et d’une
entreprise de l’autre Etat contractant, et que dans l’un et l’autre cas, les deux
entreprises sont, dans leurs relations commerciales ou financières, liées par des
conditions acceptées ou imposées, qui diffèrent de celles qui seraient convenues
entre des entreprises indépendantes, les bénéfices qui sans ces conditions,
auraient été obtenus par l’une des entreprises mais n’ont pu l’être à cause de
ces conditions, peuvent être inclus dans les bénéfices de cette entreprise et
imposés en conséquence ».

2-2-2- L’évolution des principes de l’OCDE

Les nouveaux principes directeurs de l’OCDE concernant la détermination des prix de transfert
ont été publiés en 1995 en plein «conflit » fiscal entre les Etats-Unis et ses principaux partenaires
économiques.

Dans ces nouvelles publications, l’OCDE réaffirme son attachement au principe du prix de pleine
concurrence qui peut être obtenu par deux types de méthodes : les méthodes traditionnelles en
premier lieu et les méthodes transactionnelles dans un second lieu, si elles se révèlent mieux
adaptées pour aboutir au prix de pleine concurrence.

Nous comprenons donc que les méthodes transactionnelles des bénéfices ne peuvent être utilisées,
selon l’OCDE, qu’à titre complémentaire ou subsidiaire, et c’est à ce niveau que se situe la
différence majeure par rapport à la position américaine.

25
Par ailleurs, l’OCDE a complété ses principes directeurs en matière de services et de biens
incorporels en 1996, réaffirmant la nécessité pour les entreprises de procéder à une analyse
fonctionnelle détaillée, d’avoir toujours comme référence le prix du marché et le principe du prix
de pleine concurrence et enfin, notamment pour les services, de conserver des éléments attestant la
réalité des services intra-groupe et prouvant qu’il ne s’agit pas de prestation fictive.

Cela constitue d’ailleurs la seconde recommandation majeure de l’OCDE qui invite les entreprises
à documenter leur politique de prix de transfert. Cette recommandation a en partie justifié
l’adoption en France de la loi DDOEF du 12 avril 1996, qui préconise la nécessité de préparer une
documentation pour justifier la détermination des prix de transfert.

Enfin, les principes directeurs de l’OCDE de 1995 et 1996 introduisent de nombreuses nouveautés
par rapport à ceux de 1979 et accompagnent l’évolution des différentes législations nationales
adoptées récemment.

2-2-3- Les dernières réflexions de l’OCDE

Les travaux actuels de l’OCDE en matière de prix de transfert concernent principalement


l’amélioration des conditions d’application des principes mis en place, à travers l’introduction
d’exemples supplémentaires, et l’amélioration des procédures administratives.

2-2-3-1- Introduire des exemples pratiques supplémentaires

Un des objectifs actuels est d’assurer le suivi de l’application pratique des principes et de mettre à
jour les instructions existantes. La communauté des affaires à travers le Comité Consultatif
Economique et Industriel (BIAC) auprès de l’OCDE est associée à cette activité. L’une des
conséquences de ce processus est l’élaboration d’exemples pratiques supplémentaires afin
d’illustrer l’application du principe de pleine concurrence. Une réflexion est également en cours
sur l’extension possible au commerce électronique de ces instructions sur les prix de transfert.

2-2-3-2 Améliorer les procédures administratives

Un autre objectif de l’OCDE vise à améliorer les procédures administratives. Une annexe au
rapport de 1995 traitant de ce sujet a ainsi été publiée en octobre 1999. Elle comporte des

26
lignes directrices en matière d’accords préalables sur les prix de transfert (APA : Advance
Princing Agreement), en particulier, dans le cadre de la procédure amiable. Les travaux se
poursuivent afin d’améliorer cette procédure, y compris concernant l’utilisation de l’arbitrage.

Dans la même optique, les travaux actuels visent à encourager massivement les pays extérieurs à
l’OCDE à s’associer aux principes directeurs.

En résumé, nous retenons que les réflexions de l’OCDE ont complété les différentes législations
nationales dans un souci de rapprochement à travers la mise en place de normes permettant aux
groupes de sociétés de mieux appréhender la problématique des prix de transfert.

C’est dans ce cadre que s’inscrivent les principes directeurs mis en place par l’OCDE, et
notamment le "prix de pleine concurrence".

Malgré l’adoption de ces principes et le consensus qu’ils ont pu obtenir, les prix de transfert
soulèvent des difficultés pratiques résultant notamment de la dimension quelques fois abstraite du
concept, mais également du caractère international des échanges qu'ils régissent. Face à ces
difficultés, l’OCDE s’est trouvée dans l’obligation de mettre en place des règles pratiques dont
l’application permettrait de respecter les principes préalablement définis, c’est ainsi qu’ont été
définies les différentes méthodes recommandées en matière de détermination des prix de transfert.

Section 2 : Les méthodes de détermination des prix de transfert

Les méthodes les plus utilisées pour la détermination des prix de transfert sont :

 La méthode du prix du marché,


 La méthode fondée sur le prix de revente,
 La méthode fondée sur le coût de revient.

Ces méthodes sont caractérisées par le fait qu’elles restent axées sur l’objet de la transaction,
notamment le prix. Elles n’abordent pas la question de la rentabilité de l’entreprise, ce qui est plus
logique car il s’agit d’une question de prix et non d’analyse financière.

27
Avec la consécration d’une attitude plus économique des administrations fiscales en matière des
prix de transfert, d’autres méthodes, dites "nouvelles", se basant sur la rentabilité économique de
l’entreprise et non sur la transaction elle-même, ont vu le jour.

Parallèlement, certaines administrations fiscales appliquent des méthodes forfaitaires qui


abandonnent toute notion de ‘comparable’, que ce soit au regard des transactions ou au regard des
entreprises, et ne prennent en compte que le revenu mondial et les différentes fonctions assumées
dans le groupe. Ces méthodes allouent le revenu mondial d’un groupe à chacune des entités
économiques en fonction des formules préétablies se basant généralement sur une combinaison
des coûts, des actifs, des salaires et du chiffre d’affaires.

Toutefois, ces méthodes ne sont pas appliquées en matière de prix de transfert, dans la meure où
aucun pays ne les reconnaît comme fiables en la matière et qu’elles ne respectent pas les droits des
contribuables.

1- Les méthodes traditionnelles admises par l’OCDE

Le rapport de l’OCDE de 1979 propose trois méthodes principales : 1-

1 - Méthode du prix comparable sur le marché libre

« La méthode du prix comparable sur le marché libre consiste à comparer le prix d’un bien ou
d’un service dans le cadre d’une transaction contrôlée, à celui d’un bien ou d’un service
transféré dans les conditions comparables [sur le marché libre]….Une transaction sur le marché
libre est comparable à une transaction contrôlée pour l’application de la méthode du prix
comparable sur le marché libre si l’une des conditions suivantes est remplie :

1- Aucune différence entre les transactions faisant l’objet de la comparaison


ou entre les entreprises effectuant ces transactions n’est susceptible
d’avoir une incidence sensible sur le prix du marché libre, ou ;

2- Des correctifs suffisamment exacts peuvent être apportés pour supprimer

les effets matériels de ces différences» (6).

6
Rapport de l’OCDE de 1979 sur les « principes applicables en matière de prix de transfert », Chapitre II.
28
A travers cette définition, le prix de transfert, selon la méthode du prix du marché libre, est fixé
par référence aux opérations comparables réalisées entre un acheteur et un vendeur qui ne font pas
partie du même groupe.

Le rapport de l’OCDE, au niveau du chapitre I, reconnaît que malgré la libération progressive des
échanges internationaux, il n’existe que peu de cas où l’on puisse déterminer le prix de pleine
concurrence dans un pays à partir des prix en vigueur dans les pays voisins. La notion de
comparabilité est fonction de plusieurs paramètres, dont principalement :

a-1- Stades comparables du marché : Le produit comparé doit être replacé au même rang du
circuit économique (gros, demi-gros, détail).

a-2- Situations économiques comparables : Le prix du marché libre peut varier selon les tendances
du marché, même pour les transactions portant sur un même bien. Ainsi, il faudrait analyser la
situation économique du marché en intégrant des données telles que : la localisation géographique
du marché, sa dimension, le degré de la concurrence, l’existence de biens de substitution…etc.

a-3- Marchandises comparables : Il est souvent difficile de trouver des produits comparables sur
le marché libre, compte tenu de tous les facteurs qui entrent en considération pour déterminer le
prix d’un produit. En effet, plusieurs facteurs exogènes peuvent être source de différence de prix :
caractéristiques physiques, notoriété de la marque, frais accessoires, conditions de paiement …etc.

La difficulté de cette méthode réside dans la comparabilité des transactions avec le marché libre,
car, comme nous venons de le voir, de nombreux paramètres rentrent en ligne de compte dans une
transaction de sorte qu’il est quasiment impossible de se retrouver dans une situation identique
entre deux autres entités.

Cependant, tout groupe ayant des échanges en son sein doit tenter de mettre en place une telle
méthode pour cerner les caractéristiques de ses échanges, quitte à utiliser ensuite une méthode
plus facile d’application, s’il ne parvient pas à trouver des opérations comparables sur le marché
libre. Ainsi, et compte tenu de la difficulté liée au recours à la méthode de prix comparables sur le
marché libre ainsi que son inadaptation aux transactions portant sur des produits élaborés, l’OCDE
a prévu des méthodes alternatives.

29
1-2- Méthode du coût de revient majoré

Le rapport de l’OCDE précise que « cette méthode consiste tout d’abord à déterminer, pour les
biens ou services transférés à un acheteur apparenté, les coûts supportés par le fournisseur dans
le cadre d’une transaction entre entreprises associées. On ajoute ensuite une marge sur le prix de
revient approprié à ces coûts, de façon à obtenir un bénéfice approprié compte tenu des
fonctions exercées et des conditions du marché. On obtient ainsi un prix pouvant être considéré
comme le prix de pleine concurrence pour la transaction initiale entre entreprises associées »

Nous comprenons que cette méthode est fondée sur le prix de revient du fournisseur apparenté
majoré d’un taux pertinent de marge brute. Le taux de marge cité à ce niveau est un taux pertinent
dans la mesure où il est égal à celui que le vendeur dégage lorsqu’il réalise des transactions
comparables avec des parties indépendantes.

Cette méthode est applicable principalement aux ventes de produits semi-finis pour lesquels les
fabricants apparentés agissent comme des sous-traitants ou des façonniers, et dont la seule donnée
connue est le prix de revient. Cependant, elle cumule deux types de difficultés : la détermination
des coûts du vendeur et l’estimation du taux normal de marge du revendeur.

1-3- Méthode du prix de revente

Cette méthode consiste à reconstituer le prix d’achat normal d’une filiale à partir de son prix de
vente à un client indépendant diminué de la marge lui permettant de réaliser un bénéfice suffisant
pour imputer ses propres frais d’exploitation.

En effet, le rapport de l’OCDE précise que « Avec la méthode du prix de revente, le point de
départ est le prix auquel un produit acheté à une entreprise associée est revendu à une entreprise
indépendante, on défalque ensuite de ce prix une marge appropriée représentant le montant sur
lequel le revendeur couvrirait ses frais de vente et autres dépenses d’exploitation et, à la lumière
des fonctions assumées (en tenant compte des actifs utilisés et des risques encourus) réaliserait un
bénéfice convenable. Le prix obtenu après défalcation de la marge brute peut être considéré,
après correction des autres coûts liés à l’achat du produit, comme un prix de pleine concurrence
pour un transfert initial de propriété entre entreprises associées ».

30
De cette définition, nous retenons que la méthode du prix de revente fait appel à deux critères qui
font référence au marché libre, à savoir : la marge de revente et le bénéfice convenable.
Cependant, elle pose le problème de répartition des gains liés à la qualité de la gestion qui peut
avoir un impact direct sur la rentabilité.

Afin d’illustrer cette situation, prenons l’exemple d’une filiale qui achète un produit auprès de sa
société mère à 160 DH et le vend à 210 DH. Ses frais d’exploitation sont estimés à 20 DH.
Admettons également que l’administration fiscale considère que le bénéfice normal sur le prix de
vente doit être de 5%, elle procéderait à l’ajustement suivant :

Prix de vente à un client indépendant 210 DH


Bénéfice (4,7%) 10 DH
Frais 20 DH
Prix d’achat normal 180 DH

D’après cette méthode, le prix d’achat normal est arrêté à 180 DH tandis que le prix d’achat payé
par la société est de 160 DH, d’où un transfert de bénéfice vers l’étranger de 20 DH (la
différence : 180-160).

L’application de cette méthode suppose que les marges bénéficiaires sont correctement appréciées
en tenant compte notamment des coûts et risques assumés par le vendeur.

L’exclusivité de commercialisation du produit sera également prise en compte, en mesurant


l’ampleur de la concurrence et du territoire concédé.

Cette méthode est à recommander pour les activités où l’essentiel de la marge est lié a un savoir-
faire de distribution, aux activités où le marketing est essentiel, ou aux produits de luxe.

Enfin, ces trois méthodes que l’on vient de présenter, malgré les difficultés éventuelles de mise en
place, sont celles que préconise l’OCDE. Cependant, ce dernier reconnaît que « du fait de la
complexité des situations dans lesquelles se trouvent concrètement les entreprises », l’application
de ces méthodes « peut soulever un grand nombre de difficultés pratiques ». Dans des situations
exceptionnelles, il est prévu la possibilité de recourir à d’autres méthodes.

31
2- Les méthodes récentes

Les méthodes récentes en matière de détermination des prix de transfert reposent sur la notion de
partage des bénéfices nés des transactions entre les parties prenantes. Dans cette catégorie nous
retrouvons:

2-1- La méthode de répartition des bénéfices

Le rapport de l’OCDE, dans son chapitre III précise que « Cette méthode consiste tout d’abord
pour les entreprises associées à identifier le montant global des bénéfices provenant des
transactions contrôlées qu’elles effectuent. Ces bénéfices sont ensuite partagés entre les
entreprises associées en fonction d’une base économiquement valable qui se rapproche du
partage des bénéfices qui auraient été anticipés et reflétés dans un accord réalisé en pleine
concurrence. La contribution de chaque entreprise est fondée sur une analyse fonctionnelle…
».

Quoique que différente des méthodes traditionnelles, cette méthode demeure fondée sur le
principe de pleine concurrence dans la mesure où elle reflète les conditions relatives à deux
entreprises indépendantes confrontées à des circonstances identiques.

Cette méthode est recommandée notamment lorsque les activités des entreprises liées sont
hautement intégrées, ce qui rend difficile toute tentative d’évaluer les transactions séparément.

2-2- La méthode de répartition de la marge nette

La méthode de répartition de la marge nette ou « méthode transactionnelle de la marge nette »


consiste à déterminer la marge bénéficiaire nette que réalise un contribuable au titre d’une
transaction contrôlée.

Cette méthode s’applique de manière similaire à celles du prix de revient majoré et du prix de
revente, la marge nette obtenue par le contribuable au titre d’une transaction contrôlée devrait
théoriquement être déterminée par référence à la marge nette que le même contribuable réalise au
titre des transactions comparables sur le marché libre. A cet effet, la marge nette qui aurait été
obtenue au titre de transactions comparables par une entreprise indépendante peut donner des
indications.

32
Nous venons de voir que, selon le rapport de l’OCDE, les méthodes traditionnelles fondées sur les
transactions sont préférables aux méthodes transactionnelles de bénéfice qui doivent être utilisées
exceptionnellement et avec beaucoup de prudence. Toute la difficulté est, bien entendu,
l’obtention d’informations fiables sur le marché. En effet, c’est en ayant le maximum
d’informations que les groupes pourront choisir la méthode la plus adaptée.

Afin de permettre au lecteur de cerner au mieux les particularités de chaque méthode, son principe
de base et le champ d'application spécifique, un tableau comparatif est fourni au niveau de
l’annexe 4.

3- Contraintes et opportunités de chaque méthode :

Le tableau suivant récapitule les principaux avantages et inconvénients de chacune des


méthodes :

Méthode Avantages Inconvénients


Méthode du prix du Recrée au sein du groupe l’esprit Exige une connaissance quotidienne du
marché dynamique qui existe sur le marché. prix du marché et un suivi lourd.
Méthode du prix de Les informations sont en grande partie Déconnecter la filiale de la réalité du
revient majoré : présentes au sein du groupe. marché.
cost+
Prix de vente Les informations sont en grande partie Difficultés liées au calcul des marges
présentes au sein du groupe. qui doivent être comparées dans le
détail, aux marges du marché.
Méthode de fondée sur un mode logique de Le calcul basé sur le résultat global peut
répartition des répartition lié aux fonctions de conduire à une répartition subjective.
bénéfices chacune des parties prenantes de
toutes les transactions réalisées.
Méthode de Les marges nettes sont moins Difficultés liées à l’obtention des
répartition de la sensibles aux différences affectant les éléments détaillés pour permettre la
marge nette transactions que ne l’est le prix. comparabilité entre la marge nette d’une
entreprise indépendante et celle
d’une entreprise liée.

33
Dans son dernier rapport de 1995, l’OCDE retient le principe d’une hiérarchie des méthodes et
estime que les méthodes transactionnelles sont les seules à être véritablement fiables et fidèles au
principe de pleine concurrence.

L’OCDE reconnaît dans une mesure limitée, une certaine pertinence aux méthodes fondées sur les
bénéfices, mais persiste à ne pas préconiser ces méthodes et estime que celles-ci ne doivent être
mises en œuvre "qu'en dernier recours" et quant il est économiquement impossible d’appliquer
une méthode purement transactionnelle, comme il est souvent le cas pour les biens incorporels.

Quant aux méthodes forfaitaires, l’OCDE refuse leur application. Ce refus est important pour
bloquer tout éventuel développement futur de ces méthodes qui ne sont pas appliquées au niveau
international.

Les différentes méthodes présentées constituent un référentiel pour garantir le respect du principe
de pleine concurrence en matière de détermination des prix de transfert. Les groupes qui dérogent
de ce principe s’exposent à des risques, juridiques et fiscaux, dont les conséquences peuvent
s’avérer dangereuses à long terme.

Le troisième chapitre analyse ces différents risques tout en évaluant les conséquences qu’ils
peuvent avoir sur la mission du commissaire aux comptes.

34
CHAPITRE II : LES RISQUES LIES AUX PRIX DE TRANSFERT

Section 1 : Risques fiscaux liés aux prix de transfert

Comme nous l’avons vu au niveau du chapitre précédent de ce mémoire, les groupes ont tendance
actuellement à privilégier davantage les relations entre les sociétés membres en multipliant les
transactions internes, et en élargissant le champ d’application des prix de transfert.

Ces transactions, qu’elles revêtent ou non un caractère exceptionnel, demeurent des actes de
gestion soumis au contrôle éventuel de l’administration fiscale. A cet égard, le commissaire aux
comptes ne peut donc développer son approche d’audit des comptes annuels sans apprécier
l’importance des risques fiscaux liés aux prix de transfert.

1- Risques fiscaux au niveau des groupes internationaux

Le principal risque fiscal encouru par les groupes internationaux en matière de prix de transfert
demeure le transfert de bénéfice à l’étranger. En effet, dès qu’il s’agit de transactions intra-
groupe, il y-a présomption de transfert de bénéfice.

1-1-Existence ou présomption de transfert de bénéfice

Les entreprises associées sont présumées constituer un marché captif, c’est à dire où la
concurrence ne joue pas. Dans ce cadre, les prix pratiqués sont présumés ne pas être fixés par
l’entreprise en fonction de critères objectifs mais ils dépendent de la volonté du groupe.

L’administration fiscale doit en outre démontrer que les opérations inter-compagnies comportent
un transfert de bénéfices à l’étranger et ne relèvent pas d’une gestion normale. Ce n’est qu’en
démontrant la dépendance et l’anormalité de la transaction que l’administration établit cette
présomption.

35
Le transfert peut être opéré par voie de :

 majoration des prix d’achat,


 minoration des prix de vente,
 tout autre moyen.

Cette dernière expression laisse la place à toute technique de transfert de bénéfice à l’étranger,
entre autres :

 abandon de créances ou de recettes entre société mère et filiale ou entre sociétés sœurs ;
 prise en charge des dépenses de personnel ;
 prêts consentis à des sociétés étrangères à des conditions anormales (taux minoré ou nul) ;
 versement des redevances excessives (assistance technique ou commerciale,
concession de licence ou brevet ….) ;
 participation forfaitaire aux frais de gestion d’une filiale à l’étranger qui aboutit à
une mauvaise répartition des charges communes.

1-2- Appréhension des bénéfices transférés par les entreprises

Parmi les procédés de transfert de bénéfices, figurent en premier lieu ceux liés aux prix de
transfert, c’est à dire les achats de biens à des prix majorés ou leur vente à des prix minorés.

Pour la détermination du résultat fiscal des sociétés suspectées d’opérer ces transferts,
l’administration recourt à la méthode des études comparatives par rapport à des entreprises
exerçant dans des conditions normales, des activités jugées similaires.

 Critères de comparaison des prix de transfert

L’approche économique des prix de transfert est essentiellement comparative et c’est en se


référant aux prix du marché qu’une entreprise pourra justifier les prix qu’elle pratique.

Le prix comparable est le prix qu’auraient pratiqué deux entreprises indépendantes similaires
réalisant une transaction comparable. De même, une transaction comparable porte sur un produit
ou un service comparable dans des conditions comparables.

36
Dès lors, deux types de critères permettent de déterminer la comparabilité des transactions, la
nature des produits et les conditions de la transaction.

a. La nature des produits

Concernant la nature des produits, bien que l’enjeu paraît plus ou mois tangible pour les biens, il
reste difficile à cerner dès qu’il s’agit de services ou encore d’éléments incorporels.

Les critères de comparabilité des produits sont :

 la nature,
 la qualité,
 la nouveauté,
 le délai de livraison,
 la présence d’un élément incorporel attaché au produit (marque, brevet,…),
 le degré de finition.

En pratique, les nomenclatures douanières peuvent servir de base efficace de comparaison. Elles
restent néanmoins limitées comme outil de comparaison pour les prix de transfert, du fait qu’elles
ne prennent pas en considération certains des critères cités ci-dessus.

Pour les services, les critères de comparaison sont :

 la nature du service (administratif, commercial, financier,…),


 le savoir faire attaché au service,
 le délai d’exécution.

Quant aux biens incorporels, il n’existe pas de critères fiables, car deux éléments incorporels sont
en principe considérés comme différents.

37
b. Les conditions de la transaction

Les critères habituellement retenus pour apprécier les conditions des transactions sont :

 le volume des ventes (qui peut entraîner un prix dégressif),


 le niveau du marché auquel se situe la transaction (producteur, grossiste, distributeur…),
 la localisation géographique,
 la date de la transaction,
 les accessoires à la vente,
 la présence d’incorporels attachés à la transaction.

Plusieurs éléments rendent, par conséquent, difficile la tâche de l’administration fiscale pour
démontrer l’existence d’une transaction comparable :

 la spécificité des produits rend souvent délicate une comparaison objective avec
d’autres produits qui sont rarement similaires ;
 les moyens de contrôle par l’administration des conditions de marché à l’étranger
sont beaucoup plus limités.

1-3- Exemples pratiques

Afin d’illustrer ce risque, nous citons l’exemple d’une société "X" qui opère dans le secteur
pharmaceutique. Cette dernière fabrique et commercialise un produit "P" moyennant des
redevances versées à une société étrangère "Y" qui en détient la marque.

Le contrat qui lie les deux parties oblige la société marocaine à s’approvisionner en principe actif
nécessaire à la fabrication du produit "P" exclusivement auprès de la société "Y".

Le dernier contrôle fiscal qu’a eu la société fait ressortir un redressement de la base imposable
relatif au transfert de bénéfices à l’étranger suite à la majoration des prix d’achat du principe actif.
Cette décision a été argumentée en faisant référence notamment aux points suivants :

38
- L’article 9 de la convention modèle de l’OCDE ;
- Les contraintes contractuelles convenues obligeant la société "X" à
s’approvisionner exclusivement auprès de la société "Y".

En effet, l’administration fiscale a estimé que le lien de dépendance prévu au niveau de l’article 9
de la convention modèle de l’OCDE se concrétise au niveau commercial et permet de transférer
des bénéfices moyennant l’application de prix d’achat majorés.

Les redressements liés à cette situation s’élèvent à 16 MMAD et représentent plus que la moitié de
la valeur globale des redressements relatifs à la période contrôlée.

Cet exemple illustre concrètement l’importance des risques fiscaux liés aux prix de transfert en
cas de dépendance avec une société étrangère.

Cependant, les risques fiscaux pour les groupes internationaux ne se limitent pas à l’existence ou à
la présomption de transfert de bénéfice à l’étranger, mais au même titre que les groupes locaux,
d’autres redressements peuvent être effectués par l’administration fiscale en se référant à un
principe de portée générale, à savoir « la théorie de l’acte normal de gestion ».

2- Risques fiscaux au niveau des groupes marocains

Nous avons constaté à travers les développements présentés que les risques fiscaux liés aux prix
de transfert peuvent être de taille dès qu’il s’agit de groupes internationaux. Cependant, les
transactions intra-goupe, qu’il y ait ou non passage des frontières, demeurent des actes de gestion
soumis au contrôle éventuel de l’administration fiscale avec toutes les conséquences qui peuvent
en découler.

L’importance de ce risque se trouve toutefois accentuée par les dispositions de l’article 4 du livre
des procédures fiscales qui rappelle le pouvoir de l’administration fiscale en matière
d’appréhension des transferts de bénéfices même entre deux sociétés marocaines.

Ainsi, nous présenterons à ce niveau le principe sur lequel repose la contestation des actes par
l’administration fiscale, à savoir "l’acte normal de gestion".

39
2-1- Théorie de l’acte normal de gestion

Il n’existe pas de dispositions légales qui prévoient expressément la répression des transactions
commerciales au nom de l’acte normal de gestion. Cependant, l’administration fiscale a pour
pratique de réprimer les actes anormaux au nom de "la théorie de l’absence de l’intérêt pour
l’exploitation". Cette dernière découle du principe de la limite de la liberté de gestion.

a- Principe de la liberté de gestion

La liberté d’entreprise et de gestion constitue l’une des caractéristiques essentielles d’une


économie libérale. Le système fiscal marocain repose donc sur ce principe et en conséquence,
l’administration fiscale doit veiller à ne pas s’immiscer dans la gestion, quand bien même les
résultats de cette dernière auraient été financièrement désastreux.

b- Limites au principe de la liberté de gestion

Face à la liberté de gestion des entreprises, la nécessité de préserver les intérêts du Trésor conduit
à imposer des limites au principe de liberté de gestion. De ce fait, si l’Administration Fiscale doit
laisser l’entreprise ou le groupe d’entreprises arbitrer librement ses choix de gestion au mieux de
ses intérêts, elle ne pourra s’empêcher de réagir lorsqu’elle relève des actes de gestion
critiquables ayant entraîné un effritement de la matière imposable.

Ainsi, l’administration fiscale s’assure du respect de la légalité et de la normalité des conditions


dans lesquelles les transactions sont accomplies par les dirigeants. Pour ce faire, elle aura à
rechercher et à lutter contre toute évasion fiscale en redressant les bases d’imposition qui auraient
été minorées par des actes de gestion sans intérêt pour l’entreprise, qualifiés donc d’anormaux.

Dans le même ordre d’idées, si les dirigeants sont libres de leur gestion, et si les dépenses qu’ils
engagent pour le fonctionnement de l’entreprise sont normalement déductibles, il est cependant
nécessaire que ces dépenses aient été engagées dans l’intérêt de l’entreprise et réalisées à des
conditions normales, c’est à dire conformément au principe de "pleine concurrence".

Par ailleurs, "le principe des transactions à prix normal trouve son fondement dans le dispositif
législatif marocain à travers le régime des prix de transfert" (7).

7
Mémoire "l’appréciation par le commissaire aux comptes des risques juridiques et fiscaux liés aux opérations intra- groupe".
A.FAIZ, page 117.
40
Selon le professeur Maurice COZIAN (8), la théorie de l’acte normal de gestion et le régime du prix
de transfert sont deux fondements qui se superposent le plus souvent, mais parfois se substituent
l’un à l’autre. L’administration fiscale utilise aussi bien le premier fondement que le deuxième
pour sanctionner les actes de gestion qui semblent contraires à l’intérêt social. Cette limitation au
principe de la liberté de gestion, s’applique dans toutes les circonstances de la vie des affaires,
mais c’est surtout dans les relations intra-groupe qu’elle trouve son véritable domaine
d’application.

2- 2- Les conséquences de l’absence de l’intérêt social ou de la libéralité

Tout acte de gestion considéré sans intérêt pour l’exploitation ou réalisé à des conditions
anormales (une libéralité à titre d’exemple) devrait être sans conséquence sur la base de l’impôt.

Ainsi, la sanction fiscale pour un contribuable qui aurait conclu un acte contraire à l’intérêt social
serait le redressement de sa base d’impôt. Le redressement peut consister en un rejet d’une charge
sans intérêt pour l’exploitation ou une réintégration de produits absents ou insuffisants.

a- Charges anormales ou excessives

Outre les conditions de forme imposées par le dispositif législatif pour justifier la déductibilité
d’une charge, cette dernière doit remplir également une condition de fond, à savoir, être engagée
dans l’intérêt de l’exploitation. Autrement dit, la dépense doit résulter d’un acte normal de gestion
car, dans le cas contraire, l’administration fiscale invoquera l’absence d’intérêt ou la libéralité et
procédera au redressement du résultat fiscal initialement déclaré par l’entreprise en réintégrant les
charges indûment déduites.

8
M. COZIAN, " Les grands principes de la fiscalité des entreprises" Litec ; 1996.

41
Cette réintégration portera, soit sur la totalité de la charge, si celle-ci est considérée comme
anormale dans son principe, soit sur une partie uniquement de la charge si l’Administration
considère que l’anormalité ne concerne par l’acte dans son principe, mais dans sa valeur.

b- Absence ou insuffisance de produits

La renégociation des produits ou la constatation de produits insuffisants constituent aussi des


motifs de redressement des bases d’imposition que l’administration fiscale retient très souvent et
cela en dépit du principe de non immixtion dans la gestion.

Ainsi, l’administration fiscale considère l’absence ou l’insuffisance de produits comme étant une
renonciation à un revenu et acte étranger à toute gestion normale et constituant une libéralité non
admise.

2-3- Exemple pratique

Afin d’illustrer ces risques, nous présenterons le cas d’un groupe composé uniquement de sociétés
marocaines et dont les filiales ont fait l’objet d’un contrôle fiscal.

Dans ce groupe, la société mère "M" facture des prestations de services au titre des activités de
support (management, service administratif, juridique et autre) à la filiale "m".
Parmi les principaux chefs de redressements qui ressortent de la notification de l’administration
fiscale nous citons :

 Rejet de la déductibilité de la prestation de service facturée par "M" à "m" au


titre des activités de support et qui s’élève à 18 MMAD.

Le motif évoqué pour le rejet de la déductibilité de ces charges est que ces prestations ne sont
pas effectives pour les raisons suivantes :

- la convention conclue avec "M" ne joue qu’en faveur de cette dernière, étant
donné le lien de dépendance de "m" vis-à-vis de "M" ;

- les documents analytiques ayant servi de base à l’établissement des factures


n’ont pas été présentés.

42
Ce redressement produit des impacts sur les bases de l’impôt sur les sociétés et de la taxe sur la
valeur ajoutée, et même celle de la taxe sur les produits des actions puisque l’administration
fiscale assimile les paiements effectués au titre desdites facturations à des distributions de
bénéfices qui devraient faire l’objet d’une retenue à la source.

Ce cas illustre l’importance que peuvent présenter les risques liés aux prix de transfert pour les
groupes exclusivement marocains.

En guise de conclusion, nous rappelons que les risques fiscaux liés aux prix de transfert, vu
l’importance des redressements qu’ils peuvent engendrer, constituent une grande préoccupation
aussi bien pour les entreprises que pour la profession. Toutefois les entreprises ne doivent pas
occulter les autres risques liés aux prix de transfert et dont les conséquences peuvent être aussi
lourdes. En effet, si les risques fiscaux se soldent en cas de contrôle fiscal, par des redressements
lourds sur le plan financier, les risques juridiques quant à eux peuvent avoir un caractère pénal.

Section 2- Risques juridiques liés aux prix de transfert

On est en présence d’un risque juridique dès lors que les conditions de réalisation des opérations
dérogent aux règles de droit mises en place pour protéger les différents intérêts.

Les risques juridiques liés au prix de transfert sont beaucoup plus méconnus que les risques
fiscaux. Cela provient certainement du fait que les conséquences financières, au moins à court
terme, sont moins significatives pour les sociétés. En revanche, ces risques représentent une réelle
menace pour les dirigeants des entités et des responsables du groupe.

En effet, la manipulation des prix de transfert peut constituer un abus de biens sociaux ou
entraîner la rupture de l’égalité entre les actionnaires. Ainsi, nous présenterons dans cette étape,
les différentes infractions qui peuvent être associées à la manipulation des prix de transfert, avant
d’étudier l’impact de ces risques sur la position du commissaire aux comptes.

43
1- L’abus de biens sociaux

1-1- Définition légale de l’abus de biens sociaux

Le délit d’abus de biens sociaux peut être invoqué dès lors que l’intérêt social est transgressé,
directement ou indirectement, au profit de l’un ou plusieurs des dirigeants.

En effet, la loi 17-95 dans son article 384 définit le délit d’abus de biens sociaux comme étant le
fait pour les membres des organes d’administration, de direction ou de gestion d’une société
anonyme, qui, de mauvaise foi, auront fait des biens ou du crédit de la société (des pouvoirs qu’ils
possédaient et/ou des voix dont ils disposaient en cette qualité) un usage qu’ils savaient contraire
aux intérêts économiques de la société, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société
ou entreprise dans laquelle ils étaient intéressés directement ou indirectement .

Ainsi, les dirigeants d’une société appartenant à un groupe qui auraient exposé celle-ci à des
dépenses contraires à son intérêt peuvent être mis en cause au titre de l’abus de biens sociaux.

On peut donc constater que cet article est applicable au cas où des prix de transfert lésant certaines
entités du groupe seraient utilisés pour valoriser les échanges intra-groupe, même s’ils vont dans
l’intérêt global du groupe.

De ce fait, il paraît nécessaire, pour apprécier les risques juridiques encourus à ce niveau,
d’analyser les différentes opérations et vérifier qu’elles respectent les impératifs prévus.

a- Cas des opérations commerciales sur les biens

Ces opérations donnent lieu généralement à un échange de biens matériels, et ne posent par
conséquent aucune difficulté quant à l’appréciation de la réalité de l’échange. Cependant, les
conditions de réalisation de cet échange peuvent porter préjudice à l’une des entreprises en
question et constituer ainsi une zone de risque, notamment dans les cas suivants :

 la contre-partie " prix de transfert" est différente du prix de pleine concurrence ;


 les conditions de paiement sont différentes de celles pratiquées avec les autres
partenaires commerciaux (hors du groupe).

44
Et si la jurisprudence marocaine n’a pas encore eu à se prononcer sur ces situations, la très forte
ressemblance avec la loi française du 24 juillet 1996, ferait de la jurisprudence française une
source qui servirait sans aucun doute à une interprétation adéquate par les juges marocains.
Cette dernière met l’accent sur la nécessité de respecter les conditions suivantes :

 L’existence d’une réelle contrepartie : "l’actionnaire externe ou le créancier


social du vendeur ou du prestataire de service qui a réalisé une opération
gratuite est fondé à critiquer de telles opérations diminuant sans contrepartie le
patrimoine de la société mise à contribution"(9).

 L’existence d’une contrepartie équilibrée : Si le respect de la première condition


semble réalisable sans difficultés particulières, la seconde condition pose
davantage de difficultés d’appréciation. Néanmoins, il existe des limites qu’il
faudrait veiller à respecter :

- le prix pratiqué ne doit pas être inférieur au prix de revient, sauf en cas de
situations exceptionnelles ou en présence d’une autre forme de contrepartie à
justifier ;
- la détermination de ce prix

doit être équitable. b- Cas des

opérations financières

Au même titre que les opérations commerciales, les opérations financières conclues entre sociétés
liées à des conditions avantageuses pour une filiale au détriment d’une autre, risquent d’être
qualifiées d’abus de bien sociaux. L’octroi d’avances importantes sans intérêt ou de subventions à
une filiale en difficulté sont des exemples courants.

Ces opérations se traduisent généralement par un risque de non recouvrement de la créance,


associé à un risque de mettre la filiale prêteuse elle même dans des difficultés de financement. La
logique économique veut que face aux risques encourus, une rémunération soit définie.

9
J.CLARA et C.FREYRIA, JCP,Ed E ;1993 n° 19,
45
Nous retrouvons ici, la condition de contrepartie définie auparavant. L’avance ou le prêt doivent
être consentis moyennant une rémunération, sous forme d’intérêts par exemple, évaluée à sa juste
valeur.

Ainsi, le taux d’intérêt retenu « devra être comparable, toutes choses étant égales par ailleurs,
aux taux de même nature pratiqués par les groupes concurrents pour des opérations similaires
».

Dans le même ordre d’idées, l’abandon de créances au profit d’une filiale du groupe peut être à
l’origine d’un déséquilibre de la trésorerie de la filiale qui a consenti cet avantage et peut donc
constituer un abus de biens sociaux.

1-2- Sanctions de l’abus de biens sociaux

L’article 384 de la loi 17-95 prévoit une sanction pénale à l’encontre des dirigeants sociaux qui
consiste en une peine d’emprisonnement de un à six mois et une amende de 100 000 à 1
000 000 dirhams, ou l’une des deux peines seulement.

Par ailleurs, il importe de signaler que le délit de biens sociaux, ne peut être établi, et donc
sanctionné, que si l’opération en question ait été effectuée en présence de l’élément moral, c’est à
dire de mauvaise foi, dans l’intérêt personnel des dirigeants.

Certains auteurs, estiment par contre que l’intention de porter atteinte au patrimoine de la société
n’est pas toujours exigée pour caractériser l’abus de biens sociaux. Nous citons à ce titre : « La
simple conscience qu’a le dirigeant que l’acte a été contraire à l’intérêt social tout en lui étant
bénéfique suffit » (10)

2- L’abus de majorité

L’abus de majorité, sanctionne tout vote contraire à l’intérêt social et émis pour favoriser les
actionnaires majoritaires au détriment des intérêt des autres actionnaires.

10
Hassania Charkaoui, cité par A. FAIZ, mémoire « L’appréciation par le commissaire aux comptes des risques juridiques et fiscaux liés aux
opérations intra-groupe » première partie, page 39;
46
« Le pouvoir majoritaire et l’intérêt de groupe ne doivent pas conduire à l’approvisionnement
systématique des ressources de trésorerie d’une société le composant, ni au sacrifice délibéré des
actionnaires minoritaires » (11).

Si ce principe a été cité pour le cas des avances en trésorerie, il semble en effet applicable à toutes
les transactions intra-groupe. L’objectif étant la protection des actionnaires minoritaires mais
également la protection des intérêts de la société.

L’abus de majorité, s’il est établi, entraîne la nullité de la décision en question.

Section 3- Autres risques liés aux prix de transfert

1- Risques financiers

Les prix de transfert constituent avant tout un problème économique et de gestion. Ainsi, l’intérêt
des entreprises pour le sujet ne provient pas seulement d’une volonté d’optimisation fiscale : il
s’agit avant tout d’optimiser les résultats financiers globaux du groupe. Les prix de transfert
retenus par le groupe doivent permettre de maximiser les ventes à l’extérieur du groupe (donc le
chiffre d’affaires consolidé) et d’encourager les efforts de productivité dans chaque filiale. Or, un
choix non judicieux en matière de prix de transfert peut avoir l’effet inverse et donc de lourdes
conséquences financières pour le groupe.

L’exemple développé en annexe 3 montre en effet que les modalités de détermination des prix de
transfert au sein d’un groupe peuvent parfois leur être néfastes. Les cessions internes sur la base
des coûts de revient majorés d’une marge sont particulièrement sensibles : les entreprises
additionnant une marge à leurs coûts pourraient être tentées d’augmenter leurs coûts de revient
pour accroître leur chiffre d’affaires, si les bases définies par le groupe pour les coûts considérés
et les marges allouées ne sont pas pertinentes, les coûts supplémentaires engendrés pour le groupe
peuvent rapidement devenir significatifs. La politique de prix de cession mise en place doit
permettre de prévenir de telles situations.

11
LAMY, droit du financement 1999, n° 1589 p 874.
47
2- Risques douaniers

L’administration des douanes retient pour l’application des tarifs douaniers à la valeur des
marchandises la notion de prix de pleine concurrence.

Le non respect de ce principe en matière de déclaration des valeurs en douane peut avoir de
lourdes conséquences allant des pénalités financières à la mise en cause de la responsabilité des
dirigeants sociaux si le cas de la fraude a été établi.

A ce titre, il convient de noter également que les manipulations des prix de transfert constituent un
transfert de fonds effectué en contravention avec la réglementation applicable en matière de
contrôle des changes.

3- Action pour comblement du passif social

En vertu du principe général de l’autonomie des sociétés, selon lequel une société ne peut être
tenue par les engagement pris par une autre, il est tout à fait concevable que les créanciers peuvent
être tentés de faire valoir la responsabilité mutuelle des sociétés dont les liens économiques et
financiers sont trop étroits, et ce, chaque fois que le recouvrement de leurs créances se trouve
compromis.

Par ailleurs, en cas de déclenchement d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire


à l’encontre d’une société appartenant à un groupe, l’application de prix de transfert ayant
défavorisés la filiale en question peut également donné lieu à une action en comblement de passif.
Si les prix de transfert ont pour conséquence l’appauvrissement de la société, les dirigeants de
celle-ci commettent une faute de gestion qui concoure à l’insuffisance de l’actif et peuvent être
condamnés pour comblement du passif social.

48
Section 3- Incidence des risques identifiés sur la mission du commissaire aux comptes

L’application de prix de transfert non conformes au principe de pleine concurrence peut engendrer
des risques pour le commissaire aux comptes et remettre en cause sa responsabilité.

Le commissaire aux comptes a tout d’abord une responsabilité civile. En effet, il est responsable,
tant à l’égard de la société que des tiers, des conséquences dommageables résultant des fautes ou
des négligences commises dans l’exercice de sa fonction. Il est tenu à une obligation de moyens et
doit donc mettre en œuvre un travail en relation avec la mission qui lui est confiée.

Par ailleurs, le commissaire aux comptes est civilement responsable des infractions commises par
les administrateurs (ou les membres du directoire) lorsque, en ayant eu connaissance, il ne les a
pas révélés dans son rapport à l’assemblée générale.

Le commissaire aux comptes a également une responsabilité pénale, notamment en cas de non
révélation des faits délictueux.

1- Responsabilité du commissaire aux comptes à l’égard des tiers

Le commissaire aux comptes doit s’assurer de la régularité des comptes afin de garantir leur
sincérité auprès des tiers. A ce titre il engage sa responsabilité. Il importe par conséquent de savoir
dans quelle mesure les tiers peuvent subir l’impact des prix de transfert. La responsabilité du
commissaire aux comptes est ensuite analysée.

1-1- Tiers subissant l’impact des prix de transfert

1-1-1- La douane

Les droits de douane sont basés sur la valeur déclarée des biens échangés entre deux ou plusieurs
états. Lorsque la transaction porte sur des échanges intra-groupe, cette valeur dépend directement
des prix de transfert. Or les tarifs douaniers peuvent être différents d’un pays à l’autre. Par
conséquent, les groupes internationaux peuvent être tentés de manipuler leur prix de transfert pour
optimiser les frais de douane.

49
Les prix de transfert ont un impact direct sur les recettes douanières. Cependant, la suppression
des tarifs douaniers et le large mouvement de démantèlement douanier réduit en partie leur effet.

1-1-2- Les banques

Les banques accordent des financements au vu des comptes qui leur sont présentés. Or, ceux-ci
sont directement affectés par les prix de transfert qui peuvent être manipulés afin d’améliorer
l’image qu’un groupe souhaite donner à une filiale. Par ce biais, les banques peuvent avoir une
appréciation erronée de la situation financière d’une société. Toutefois, ce risque est réduit dans la
mesure où :

 Les banques exigent généralement la garantie du groupe pour l’octroi d’un


financement à une filiale, et dans plusieurs cas, les comptes consolidés font
l’objet également d’une analyse ;
 Les conditions financières sont souvent négociées globalement pour l’ensemble
des filiales du groupe.

1-1-3- Les salariés

L’impact des prix de transfert entraîne des conséquences pour les salariés dans la mesure où :

 Ils modifient la structure du bilan : Ainsi, la persistance volontaire de déficits


dans une filiale peut aider à résister à des revendications salariales et à la
pression des syndicats.
 Ils modifient le calcul :

- de la participation des salariés aux résultats de l’entreprise ;


- des salaires basés sur les résultats de l’entreprise (applicables dans certains pays
et concernent notamment les dirigeants).

Ainsi, les salariés peuvent subir les effets directs et indirects des prix de transfert, qu’ils soient en
leur faveur ou en leur défaveur.

50
1-1-4- Les fournisseurs

Les prix de transfert contribuent parfois à l’appauvrissement d’une société. Se pose alors la
question du règlement des dettes aux fournisseurs, notamment en cas de procédures collectives.
La société mère peut, dans ce cas, être accusée d’avoir commis une faute de gestion, les
conséquences d’une telle situation sont généralement :

- le comblement du passif de la filiale : ce risque a été développé au niveau de la


deuxième section de ce chapitre ;
- l’extension, à la société mère, de la procédure de redressement judiciaire
ouverte à l’égard de sa filiale.

En conclusion, et d’une manière générale, toute personne en relation économique avec une
entreprise peut subir un impact, direct ou indirect, des prix de transfert.

1-2- Responsabilité du commissaire aux comptes à l’égard des tiers

L’application de la réglementation relative à la mise en cause de la responsabilité du


commissaire aux comptes à l’égard des tiers est peu probable en matière civile car :

- D’une part, les prix de transfert relèvent principalement des vérifications


spécifiques du commissaire aux comptes. Ce dernier engage sa responsabilité à
l’égard des seuls actionnaires. Son rapport spécial, établi à l’issue de ses
contrôles, n’est pas publié et n’est donc pas porté à la connaissance des tiers ;

- D’autre part, les comptes annuels sont réguliers et sincères si, entre autre, les
prix de transfert sont conformes aux conventions conclues entre les sociétés du
groupe. Il est important de souligner ici que l’intérêt du groupe peut supplanter
l’intérêt social. Dès lors, l’image communiquée par les comptes annuels est
relative et doit s’apprécier par rapport à l’ensemble.

51
2- Responsabilité du commissaire eu égard aux dispositions de la loi

Les dispositions de la loi 17-95 qui définit la mission du commissaire aux comptes mettent à la
charge de ce dernier de contrôler et d’apprécier :

- le respect de l’égalité entre les actionnaires ;


- les conventions réglementées ;
- les faits délictueux à révéler.

2-1- Respect de l’égalité entre les actionnaires

L’article 166 de la loi 17-95 précise que : «Le ou les commissaires aux comptes s'assurent que
l'égalité a été respectée entre les actionnaires ».

Les cas de rupture illicite d’égalité entre les actionnaires sont multiples, comme en témoigne le
commentaire de la norme 2113 de l’Ordre des Experts Comptable marocain (OEC) qui mentionne
les cas les plus fréquents suivants :

- Avantages particuliers dont peuvent bénéficier certains actionnaires et


irrégularités des conditions dans lesquelles ils ont été accordés ;
- Suppression illicite des droits de vote et d’accès aux Assemblées d’actionnaires ;
- Répartition des dividendes non conforme aux dispositions statutaires.

2-2- Appréciation des conventions réglementées

Aux termes de la loi 17-95, les conventions réglementées doivent obéir à une procédure bien
précise :

- Information du conseil d’administration (ou du conseil de surveillance) par


l’administrateur, le directeur général (membre du directoire ou du conseil de
surveillance) intéressé par la convention ;
- Autorisation préalable par le conseil d’administration (ou du conseil de surveillance) ;
- Information du commissaire aux comptes par le président du conseil ;
- Information des actionnaires de la conclusion de ces conventions avec
indication des modalités d’application ;

52
L’Ordre des Experts Comptables marocain (OEC), dans son commentaire de la norme de
travail 2111 relative aux vérifications des conventions réglementées précise que :

« la procédure des conventions réglementées répond à une double nécessité :

- Assurer la transparence des opérations sociales effectuées directement ou


indirectement avec les personnes dirigeantes de la société, en informant les
associés, et notamment les minoritaires, de certaines opérations conclues entre
la société et les dirigeants ou toute autre personne, dès lors que les dirigeants y
sont même indirectement intéressés ;
- Prévenir les éventuels abus des dirigeants qui, de par leur position dans la
société, peuvent conclure des opérations dans leur intérêt personnel, étant
précisé que l’application stricte de la procédure n’exclut pas la commission de
délit »

a- Périmètre des conventions réglementées :

Le législateur a clairement défini les personnes et les opérations visées par les conventions
réglementées. En effet, l’article 56 de la loi 17-95 précise que « Toute convention intervenant
entre une société anonyme et l’un de ses administrateurs ou directeurs généraux, doit être
soumise à l’autorisation préalable du Conseil d’Administration.

Il en est de même des conventions auxquelles un administrateur ou un directeur général est


indirectement intéressé ou dans lesquelles il traite avec la société par personne interposée.
Sont également soumises à autorisation du Conseil d’Administration, les conventions intervenant
entre une société anonyme et une entreprise, si l’un des administrateurs ou directeurs généraux
de la société est propriétaire, associé indéfiniment responsable, gérant, administrateur ou
directeur général de l’entreprise ou membre de son Directoire ou de son Conseil de Surveillance
».

De l’ensemble de ces dispositions, l’on retient que :

- la procédure s’applique quelle que soit la nature, l’objet et la forme de la


convention (écrite ou verbale) ;

53
- Les personnes concernées sont les administrateurs, les directeurs généraux, les
membres du directoires, du conseil de surveillance, les représentants
permanents des personnes morales administrateurs et les gérants de SCA et
SARL ainsi que les associés des SARL ;

- Les opérations visées sont les seules opérations non courantes et /ou conclues à
des conditions anormales.

b- L’obligation d’information du commissaire aux comptes par les dirigeants

Les présidents du conseil d’administration ou du conseil de surveillance ont une obligation


d’information envers les commissaires aux comptes de toutes les conventions réglementées
conclues ou se poursuivant aux cours d’un exercice donné.

Cette obligation découle des dispositions des articles 58, 59 de la loi 17-95 pour la SA à conseil
d’administration, et 97 pour les SA à directoire, qui précisent :

« Le président du conseil d’administration avise le ou les commissaires aux comptes de toutes les
conventions autorisées en vertu de l’article 56 dans un délai de trente jours à compter de la date
de leur conclusion et soumet celles-ci à l’approbation de la prochaine assemblée générale
ordinaire… ».

2-3-Révélation des faits délictueux

L’article 169 de la loi 17-95 précise que le ou les commissaires aux comptes portent à la
connaissance du conseil d’administration ou du directoire et du conseil de surveillance aussi
souvent que nécessaire, entre autres :

 les irrégularités et inexactitudes qu’ils auraient découvertes ;


 tout fait leur apparaissant délictueux dont ils auraient eu connaissance dans
l’exercice de leur mission.

Par ailleurs, selon l’article 180 de la même loi, le commissaire aux comptes encourt une
responsabilité civile et pénale, si tout en ayant eu connaissance, il n’a pas révélé les faits

54
délictueux à l’assemblée. Ce qui fait de la révélation des irrégularités et faits délictueux relevés
une composante de taille de la mission du commissaire aux comptes.

Ainsi, dans un contexte de groupe, le commissaire aux comptes devra faire preuve de plus de
vigilance quant il appréciera les prix de transfert, il doit s’assurer notamment qu’ils ne sont pas
entachés d’irrégularités et ne comportent pas d’infraction.

L’ordre des experts comptables marocain, définit l’irrégularité comme étant toute action ou
omission qui viole la loi applicable aux sociétés anonymes, les principes et usages comptables, les
dispositions des statuts, les résolutions de l’assemblée et les décisions du conseil d’administration.

D’autres auteurs pensent que la violation, volontaire ou non, de tout autre texte légal ou
réglementaire régissant l’entreprise est une irrégularité dès lors qu’elle peut avoir une incidence
sur les comptes annuels.

Quant à l’infraction, elle se définit comme étant la violation des lois sur les sociétés commerciales
de tout autre texte légal ou réglementaire.

Lorsque le fait constitutif de l’infraction est significatif et délibéré, il rentre dans le champ des
faits délictueux, ces derniers ne résultent donc pas uniquement d’une violation d’un texte légal ou
réglementaire, mais nécessite l’existence de l’élément moral.

De ce qui précède, nous retenons deux conditions dont la réunion est nécessaire pour que
l’obligation de révélation pèse sur le commissaire aux comptes :

 Caractère significatif du fait relevé : le fait constaté est susceptible de modifier


la présentation de la situation financière, du patrimoine ou du résultat (ou de
l’interprétation qui peut en être faite) ou encore de porter préjudice à la société
ou à l’un des tiers.

 Caractère délibéré de l’infraction.

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En résumé, le commissaire aux comptes a l’obligation de révéler les faits délictueux dont il aurait
eu connaissance au cours de sa mission et qu’il juge significatifs et délibérés. Or, nous avons vu
que la pratique de prix de transfert imposée par le groupe peut être constitutive d’un abus de
majorité ou d’un abus de biens sociaux. La responsabilité du commissaire aux comptes est donc
très grande, à la mesure du risque qu’un délit éventuel est susceptible de représenter pour le
groupe et pour les dirigeants.

A la lumière de ces différentes responsabilités, nous comprenons mieux l’importance capitale que
peuvent revêtir en général les échanges intra- groupes et particulièrement les prix auxquels ils sont
valorisés pour le commissaire aux comptes. En effet, ces échanges présentent, de par leur nature,
des risques fiscaux et juridiques que le commissaire aux comptes se doit de maîtriser. Ce dernier
n’a qu’une obligation de moyens certes, mais il serait certainement considéré comme ayant
commis une négligence si, étant commissaire aux comptes d’une ou de plusieurs entités d’un
groupe, il ne validait pas les prix de transfert et que ceux-ci se révèlent frauduleux.

Cependant, pour s’acquitter de sa responsabilité de moyens, le commissaire aux comptes devrait


mettre en place les diligences nécessaires pour avoir une assurance raisonnable et ce
conformément aux normes et standards d’audit. A ce stade, il paraît nécessaire d’analyser les
normes d’audit qui traitent de cette problématique.

3- Respect des normes internationales d’audit

Les normes internationales d’audit ou « International standards auditing : ISA » ne prévoient pas
des diligences spécifiques à mettre en œuvre pour couvrir les risques relatifs aux prix de transfert
ou aux transactions entre parties liées de manière générale. Ce n’est qu’en décembre 2005 que la
Fédération Internationale de Comptabilité et d’Audit « IFAC » a prévu une révision des standards
d’audit et plus particulièrement, la norme 550 sur les sociétés liées.

Cette norme est toujours au stade de projet, elle prévoit principalement les points suivants :

A. Ce projet a été établi par l’IAASB en réponse à un besoin de révision des normes ISA,
notamment celles qui traitent de l’audit des entreprises liées. En effet, la norme 550 en
vigueur actuellement ne traite pas des impacts significatifs des exceptions relevées en
matière des transactions entre parties liées. Cet objectif est accompli à travers les étapes
suivantes :

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(a) Obtenir une compréhension des entités liées et des transactions effectuées entre elles.
(b) Dans le contexte de reporting financier :
 Identifier et répartir les risques d’une erreur significative relative aux
transactions entre les parties liées au niveau des états financiers;
 Préparer une réponse d’audit aux risques identifiés en envisageant des travaux
d’audit supplémentaires.

B. Ce projet prévoit l’utilisation d’une approche basée sur les risques pour atteindre ces
objectifs, ce qui reflète le besoin d’accorder une attention particulière aux risques
liés aux transactions entre entités liées. Les travaux complémentaires proposés
consistent à :
 Obtenir des informations de la part du management de la société sur l’existence
de transactions significatives et non routinières avec des parties liées.
 Revoir la correcte comptabilisation de ces transactions sur la base des
documents et pièces à conviction et analyser les informations qui peuvent
renseigner sur l’existence de transactions non identifiées ( Les confirmations
bancaires et autres obtenues par l’auditeur; les procès verbaux des assemblées des
actionnaires et des organes de gestion).

C. Le projet propose d’autres recommandations applicables dans les situations où une


entité exerce une influence notable sur l’autre entité partie prenante de la transaction.

A cet effet, la norme prévoit d’obtenir des informations suffisamment précises sur :
 le mode de contrôle ou d’influence exercé sur la société contrôlée ;
 le contrôle interne, y compris l’environnement de contrôle mis en place par le
management pour limiter le risque d’ avoir une erreur significative liée aux
transactions entre parties liées ;
 Les contrôles spécifiques mis en place pour couvrir ces risques.

D. La norme prévoit la mise en œuvre de procédures substantives, dont principalement :


 Obtenir une assurance raisonnable que les transactions entre parties liées ont été
conclues conformément au principe de pleine concurrence ;
 Si l’auditeur n’arrive pas à avoir l’assurance d’audit nécessaire quant au respect
de ce principe, il devrait exiger que la société contrôlée produise toutes les
informations nécessaires à cet effet. Faute de quoi, il devrait considérer les
impacts éventuels de cette situation sur son rapport.

57
CONCLUSION

Nous venons de voir dans cette première partie la place, de plus en plus importante, qu’occupent
les prix de transfert au sein des groupes de sociétés. Cette importance trouve son origine de prime
abord dans la nécessité de fixer des prix pour les divers échanges intra-groupe, et d’autres part,
dans les différentes opportunités offertes par les prix de transfert en matière de gestion et de
mesure des performances des sociétés du groupe.

Cette importance se trouve désormais amplifiée par le regain d’intérêt des administrations fiscales
envers ce sujet. En effet, les réglementations, locales ou internationales, qui traitent de la matière
sont en perpétuelle évolution, ce qui complique davantage la donne pour les groupes qui doivent
manier leur prix de transfert avec la plus grande prudence afin d’être en permanence en accord
avec les réglementations en vigueur. A ce titre, une mauvaise détermination des prix de transfert
représente des risques réels pour les groupes et leurs dirigeants.

L’importance des risques que nous venons de développer dans cette première partie varie d’une
entreprise à une autre en fonction, d’une part, du contexte économique et juridique dans lequel
elle évolue, et d’autre part, de sa capacité à gérer efficacement ses transactions sur le plan fiscal,
compte tenu des dispositifs légaux mis en place.

Et en appréciant l’importance des risques liés aux prix de transfert, aussi bien juridiques que
fiscaux, le commissaire aux comptes détermine la manière dont ils peuvent affecter les comptes
audités ou l’opinion à émettre.

La détermination des prix de transfert, reste de prime à bord une affaire de gestion, ce qui laisse
penser que les entreprises seraient libres de les fixer de la manière qu’elles jugent appropriée.
Cette position se trouve réconfortée par les dispositions de la loi sur les sociétés anonymes qui,
dans un esprit de préserver la liberté de gestion des entreprises, limite le champ d’intervention du
commissaire aux comptes et lui impose de ne pas s’immiscer dans la gestion.

Cependant, et compte tenu des risques qu’une mauvaise détermination des prix de transfert peut
avoir sur les comptes à certifier, le commissaire aux comptes se doit d’en prendre compte, ce qui
nous met en face d’une question primordiale, à savoir : Dans quelle mesure le

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commissaire aux comptes peut-il remettre en cause les prix de transfert retenus par l’entreprise
auditée sans pour autant violer le principe sacro-saint de la non immixtion dans la gestion ?

Par ailleurs, une grande partie des risques développés relève de l’aspect fiscal, autrement dit, ce
sont des risques latents qui ne peuvent avoir un impact sur les comptes -même en cas de non
respect de la réglementation en vigueur- qu’en cas de contrôle fiscal. A ce stade, une autre
question se pose, à savoir : Si le commissaire aux comptes estime que des manipulations des prix
de transfert présentent un risque fiscal significatif, doit-il en faire mention dans son rapport
général, sachant que ce dernier n’est pas destiné uniquement aux actionnaires de la société mais au
public, y compris l’administration fiscale ?

Et enfin, quels sont les travaux et les diligences à mettre en œuvre pour couvrir toutes les zones de
risques liées à cette problématique et permettant au commissaire aux comptes d’avoir une
assurance raisonnable quant à la sincérité, la régularité et l’image fidèle des comptes certifiés ? …

Dans la deuxième partie de ce mémoire, nous allons essayer d’apporter des éléments de réponses
à ces différentes questions, l’objectif étant de déterminer la manière dont le commissaire aux
comptes doit intégrer les risques liés aux prix de transfert dans sa démarche d’audit globale.

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Les annexes
ANNEXE I
COMPARATIF DES REGLEMENTATIONS APPLICABLES EN MATIERE DES PRIX DE TRANSFERT

FRANCE ALLEMAGNE BELGIQUE I- ITALIE ETATS-UNIS ROYAUME-


UNI
Cha -Transaction - Transaction - Transaction - Transaction - Transaction ransaction entre
mp entre une entre une entre une société entre une société entre une une société
d’applic société société résidente et une résidente et une société résidente et une
ation résidente et résidente et une société étrangère société étrangère ; résidente et une société étrangère.
une société société étrangère ; société
étrangère ; ; - Contrôle de étrangère. - Contrôle de l’une
-Contrôlées l’une sur l’autre sur l’autre ou
- Existence d’un - Contrôle de directement ou contrôle exercé - Contrôlées contrôle exercé par
lien de l’une sur l’autre ou par les mêmes directement ou les mêmes intérêts.
dépendance ; ou contrôle par indirectement
intérêts. indirectement
les mêmes par
par les mêmes - Preuve apportée
- Preuve apportée intérêts ; les
par
- Preuve intérêts. / l’administration
l’administration - Preuve mêmes intérêts ; apportée par fiscale concernant
concernant apportée par l’administration - Preuve l’existence d’un
l’administration - Preuve fiscale apportée/ avantage anormal
l’existence d’un fiscale apportée par concernant l’administration par rapport au prix
avantage concernant l’administration l’existence d’un fiscale de pleine
anormal par l’existence fiscale avantage anormal concernant concurrence.
rapport au prix d’un avantage concernant par rapport au l’existence d’un
de pleine anormal par l’existence prix de pleine avantage
concurrence. rapport au prix d’un avantage concurrence. anormal par
de pleine anormal par rapport au prix
concurrence. rapport au prix de pleine
de concurrence.
pleine
concurrence.
Effets - - - Réintégration
de - Présomption - Réintégration - Réintégration Réintégration Réintégration de la part
l’applic d’un transfert de la part de la part de la part de la part anormale dans le
ation indirect de anormale dans le anormale dans le anormale dans anormale dans revenu de
bénéfices ; revenu de revenu de le revenu de le revenu de l’entreprise
l’entreprise l’entreprise l’entreprise l’entreprise résidente ;
- Réintégration résidente ; résidente ; résidente ; résidente ;
de la part
anormale dans le
revenu
imposable de
l’entreprise
résidente.

60
ANNEXE II
COMPARATIF DES METHODES DE DETERMINATION DES PRIX DE
TRANSFERT

Méthode pri Domaine d’application Contraintes Moda


nci spécifique d’app
pe
La méthode du Comparer le prix d'un bien ou Transactions sur les produits tels Difficultés à trouver les S’assurer de
prix d'un service contrôlé aux que les matières premières ou les transactions comparables entre les tr
comparable sur opérations comparables produits courants commercialisés pour certaines groupe et le
le marché réalisées entre en quantités suffisantes pour transactions telles les de référence
entreprises indépendantes. Le définir facilement un marché. cessions de biens prix du marc
prix retenu est celui du incorporels.
marché.
La méthode du Reconstituer le prix que la Les biens en question sont Difficultés à déterminer la Partir du pri
prix de revente « société cédante aurait vendus également à des tiers non marge à appliquer compte bien est cédé
resale minus » pratiqué dans liés. tenu de la du groupe e
l’éventualité d’une cession nature et de la marge brute
à une entreprise comparabilité des l’activité.
indépendante. services offert.
Méthode du prix Reconstituer le prix en Les contrats de sous-traitance et Difficultés liées à la Déterminer
de revient majoré appliquant une marge au les échanges comme la vente de détermination de la partir des tra
« cost- plus » prix de revient. produits semi-finis auxquels on marge de pleine des
ne peut trouver un marché. concurrence. indépendante
Mise en place de utilisant l
comptabilité analytique appliquées pa
relativement poussée. du secteur.
La méthode du Déterminer la clef de Transactions atypiques qui ne Difficultés liées à Déterminer 2
partage des répartition des profits que peuvent être comparées la détermination  les
bénéfices des parties indépendantes directement par référence à un des clefs de distribuab
auraient négocié au vu des prix de marché en raison de la répartition des les
apports respectifs et des forte intégration de l’opération. bénéfices. intégrées
résultats envisagés. planifié au
l’opération
 la fraction
un as
rémunéré
apports.
Méthode Traiter une transaction sur la Cette méthode diminue Définition de la Comparer la
transactionnelles base de la marge nette qu’elle l’influence des variation des rentabilité nette sans de la transac
de la marge nette permet de dégager et courts sur les prix de transfert. éléments de comparaison que la sociét
comparer cette marge à cette permettant de pondérer de
que la société réalise lors de les spécificités de comparables
transactions comparables sur l’entreprise, alors qu’elle libre.
le marché libre. peut être influencée par
des facteurs indépendant Nécessité d
de la fonctionnelle.
transaction elle même.

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