These Alario
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THESE
DOCTEUR DE L’EHESS
Discipline : Sciences Cognitives
François-Xavier ALARIO
le 24 Novembre 1999
JURY
Emmanuel DUPOUX (E.H.E.S.S.)
Jonathan GRAINGER (C.N.R.S.), Rapporteur
Juan SEGUI (C.N.R.S.), Directeur de thèse
Laurent COHEN (CHU Pitié-Salpêtrière, Paris VI et A.P.-H.P.)
Ludovic FERRAND (C.N.R.S.)
Ulrich FRAUENFELDER (Université de Genève), President du jury
1
Remerciements
Ecrire une thèse, « c’est à la fois une joie, et une douleur ». Pour ces deux raisons,
je souhaite remercier les personnes qui m’ont aidé et rendu possible la réalisation de
celle-ci.
En tout premier lieu, je tiens à remercier mon directeur de thèse Juan Segui pour
la qualité de la formation qu’il m’a dispensé au cours des quatre dernières années. En
plus de sa rigueur et de son expérience, il a fourni les idées qui ont été à la base de ce
travail - et bien d’autres en chemin...
Je remercie aussi vivement Ludovic Ferrand, collègue et ami : ses conseils, sa très
grande disponibilité et sa bonne humeur ont été indispensables à mon travail.
Je suis reconnaissant envers Emmanuel Dupoux, Jonathan Grainger, Laurent
Cohen et Uli Frauenfelder d’avoir jugé bon de faire partie du jury de cette thèse.
Au laboratoire, de nombreuses personnes ont contribué au bon déroulement de
mon travail. Je remercie Pierre Hallé pour l’intérêt qu’il a régulièrement porté à mes
recherches. Je remercie aussi Pierre Marquer, Agnès Charvillat et Jean-Didier Bagot pour
la confiance qu’il m’ont accordée en me proposant des charges d’enseignement.
A mon arrivée au labo, Elsa et Fanny m’ont tout expliqué et je les en remercie.
Ensuite Fanny est partie mais, dieu merci, Elsa est restée plus longtemps.
Je remercie aussi Cécile Beauvillain, Andrei Gorea, Valérie Gyselinck, Celia
Jakubowicz, Christian Lorenzi, Serge Nicolas, Françoise Vitu pour les conversations et
les encouragements en chemin. Merci à Christian Drougard, Claude Kervella, Madeleine
Lévéillé, Pierre Taranne, et Rémy pour leur aide informatique ; à Françoise, Marie-
Christine et Michèle pour tous les petits riens quotidiens et cruciaux. Mes remerciements
aussi à Denis Lancelin, Guido, Guillaume Taranne
Au quotidien, mieux vaut être plusieurs thésards qu’un seul thésard. Merci à Alix,
Amandine, Anne, Anne, Caroline, Céline, Hakima, Juliette, Olivier, Renaud, Sophie.
Merci aussi aux plus jeunes (?) : Boris, Dorine, Véronique. Merci à Rafael pour toutes
ces choses
Je remercie Pierre Jacob qui, dans les débuts, m’a aidé à trouver mon chemin dans
la ‘constellation’ des sciences cognitives.
Cette thèse a été commencée du temps de la Rue du’C et ce n’est pas rien : une
pensée pour tous les amis qui en étaient.
Aussi et surtout, je remercie ma famille : Béa la p’tite sœur et Jean-Mi le grand
frère (en fait c’est l’inverse), et mes parents, qui m’ont appris bien plus de choses qu’il ne
le croient.
3
4
Table des matières
2.2 Normes d’associations verbales pour 366 noms d’objets concrets ________________50
5
3.8 Conclusions de cette étude_________________________________________________81
6 Conclusion________________________________________________129
7 Bibliographie ______________________________________________131
Annexes
9
1- Introduction :
Mécanismes d’Accès
Lexical lors de la
Production de Parole
11
Introduction p. 13
communs. Dans le rapide parcours qui suit, nous tâchons de dégager les éléments
caractéristiques de chaque méthodologie, illustrés par des travaux significatifs dans le
domaine (cf. Bock, 1996).
1
Evidemment, cela ne va pas sans un risque de biais de sélection. On a pu tenter de le contrecarrer par un recueil
d’erreurs basé sur des enregistrements réécoutables de parole naturelle (Ferber, 1991).
Introduction p. 16
est la dénomination de dessins (Fraisse, 1964 ; Glaser, 1992 ; Johnson, Paivio et Clarck,
1996). Dans ce paradigme, la tâche du sujet est de dénommer un dessin, présenté par
exemple à l’écran d’un ordinateur. De plus, à un instant rapproché ou éventuellement
identique, le sujet peut avoir à traiter d’autres informations. Celles-ci sont choisies de
façon à ce qu’elles soient susceptibles d’agir sur le traitement nécessaire à la réponse au
dessin (p. ex. un mot présenté auditivement, cf. Schriefers, Meyer et Levelt, 1990). Les
variables dépendantes sont la latence et l’exactitude des réponses. L’influence sur la
production des réponses de facteurs tels que les propriétés intrinsèques des dessins et des
mots qui les désignent, le décours temporel des événements (apparition de stimuli), les
relations entre stimuli, etc. permet encore une fois de contraindre des modèles possibles
de production. Cette fois-ci, leur propriétés temporelles peuvent être mises à l’épreuve.
La dénomination de dessins est le principal paradigme expérimental employé dans les
expériences rapportées dans cette thèse : nous aurons l’occasion d’y revenir.
en commun de techniques à haute résolution avec des modèles cognitifs très élaborés
ainsi qu’une analyse fine des tâches utilisées (Levelt, Praamstra, Meyer, Helenius et
Salmelin, 1998). Cette convergence de diverses sources d’informations semble
prometteuse, tant pour les aspects liés à l’organisation fonctionnelle des capacités
cognitives que pour ceux qui concernent leur localisation.2
L’objectif final (et idéal...) d’une théorie de la production de parole est de rendre
compte des mécanismes qui sous-tendent la production dans les situations naturelles
(« écologiques »). Ainsi que nous l’avons déjà évoqué, les processus responsables des
comportements verbaux impliqués dans ce genre de situation sont complexes et
largement automatiques. Une façon de simplifier le problème à résoudre est de
commencer par s’intéresser à la production de mots isolés, qui seront le plus souvent des
noms communs mono-morphémiques. On peut remarquer que la production de mots
isolés, sans être très fréquente, n’est pas complètement contre nature (comme le montrent
des exemples tels que « téléphone ! », « but ! », « demain »). De plus, et surtout, il paraît
raisonnable de penser que la production de ces mots simples en isolation ne nécessite pas
la prise en compte d’informations telles que l’attribution des rôles thématiques,
l’élaboration prosodique, les dérivations morphologiques, etc. (sur ces sujets cf.
respectivement Bock et Levelt, 1994, Wheeldon et Lahiri, 1997, Roelofs, 1996). Il n’en
reste pas moins que, même dans la production des mots isolés, les processus tels que
l’accès lexical, l’encodage phonologique, ou la programmation de l’articulation restent
nécessaires (sans ces traitements d’information, pas de production).
Pour être exploitable, la production de ces mots isolés doit s’effectuer dans des
circonstances contrôlées. Dans le laboratoire, l’utilisation de paradigmes tels que la
dénomination de dessins (cf. références ci dessus) permet de faire en sorte que les sujets
se trouvent dans une situation de production délimitée, tout en produisant leur réponse à
partir d’informations conceptuelles - i.e. activées par le traitement du dessin. Cette
particularité rapproche la dénomination de dessins de la situation naturelle de production,
et l’oppose à d’autres tâches telles que la lecture à voix haute. De plus, ce genre de
paradigme permet dans une certaine mesure de négliger les complications liées à la
dimension d’intention du locuteur. Dès lors qu’il accepte de participer à l’expérience, on
peut lui attribuer comme principale « intention communicative » le respect de la consigne
qu’il lui a été demandé de suivre.
Avant de passer à la description des expériences que nous avons réalisées à l’aide
de ce paradigme, le reste de cette Introduction est consacré à la présentation du cadre
théorique dans lequel nous avons travaillé : la modélisation des mécanismes d’accès
lexical sous-tendant la production de parole. En particulier nous mettrons l’accent sur les
points de ces théories qui sont débattus et qui ont suscité notre intérêt.
2
Cf. aussivan Turennout et al., 1998 pour une étude basées sur la mesure de potentiels évoqués.
Introduction p. 18
conceptualisation
lexicalisation
articulation
Nous analysons tour à tour chacune de ces étapes, en portant une attention
particulière à la lexicalisation (pour une vision d’ensemble sur les modèles de
production : Levelt, 1989).
1.4.1 Conceptualisation
L’étape de conceptualisation est celle où le message à communiquer est choisi et,
si cela est nécessaire, construit. Puisque nous nous limitons à la production de mots
isolés, le « message » ne sera pas autre chose que le sens ou contenu véhiculé par le mot
en question. A ce sujet, deux questions se posent : celle de la nature et celle de
l’organisation des représentations conceptuelles qui sont à l’origine de l’activation
d’unités lexicales lors de l’étape de formulation (pour une revue, voir Schreuder et Flores
d'Arcais, 1989).
Introduction p. 19
Les organisations lexicales que l’on peut construire en se basant sur le sens des
mots sont souvent prises comme point de départ de propositions d’organisation des
représentations conceptuelles (Collins et Loftus, 1975 est un exemple classique. Pour un
traitement linguistique détaillé, cf. Cruse, 1986). Tout d’abord, on peut faire appel à la
notion intuitive (assez claire) de « distance sémantique », qui permet de grouper des
concepts qui sont proches (p. ex. les paires TABLE3 - BUREAU, PERE - MERE ou ROUGE -
BLEU ont des sens plus « proches » que les paires TABLE - PERE ou MERE - ROUGE). Cette
notion de distance peut-être rapprochée de celle de catégorie sémantique qui permet aussi
de classer les concepts dans des familles aux contours plus ou moins nets (p. ex. la
famille des OISEAUX, comprenant PIGEON, MERLE, MOINEAU, etc.) De plus, on peut faire
une tentative de classification basée sur la « complexité » relative de chaque concept à
l’intérieur d’une catégorie. Dans cette perspective, CANICHE serait un concept plus
complexe que CHIEN puisque le concept de CANICHE contiendrait non seulement le
concept de CHIEN mais aussi les spécifications dans les termes que l’on connaît. De ce
fait, la propriété d’être un caniche entraîne nécessairement la propriété d’être un chien,
mais pas le contraire. Il faut bien reconnaître que ces considérations relèvent surtout du
domaine de la sémantique linguistique et que la réalité psychologique de ces
structurations reste difficile à évaluer, et qu’un certain nombre de questions restent
ouvertes.
La nature des représentations individuelles est aussi une question assez ouverte à
l’heure actuelle. Deux points de vue s’opposent. Dans la première approche, les concepts
sont décomposés en « traits ». Ces traits sont des représentations conceptuelles
atomiques, c’est à dire, des primitifs de sens. Une telle proposition théorique est en partie
inspirée des théories de traits phonétiques composant chaque phonème. Ainsi un concept
comme CHAT n’est pas représenté en tant que tel, CHAT est seulement la conjonction de
plusieurs traits atomiques tels que ETRE VIVANT + MAMMIFERE + FAMILIER + FELIN + ...
(Figure 1- —2). L’activation de l’unité lexicale chat4 se ferait lorsque les traits
conceptuels correspondants ont été suffisamment activés.
Ce type de représentation est adopté dans les modèles proposés par Bierwisch et
Schreuder, 1992, Caramazza, 1997 ou Dell, 1986 entre autres. Cette structure en traits
permet de rendre compte de phénomènes tels que la synonymie, l’hyponymie,
l’hyperonymie ainsi que de la distance entre concepts. Un des problèmes de cette
structure dans le contexte de la production de la parole est celui de la « convergence »
(Levelt, 1992). En effet, lorsque les conditions initiales de production du mot chat sont
remplies (activation de ETRE VIVANT +MAMMIFERE + FAMILIER + FELIN + ...), celles de
« animal » le sont aussi et peut-être plus vite. Comment se fait-il alors que nous puissions
dire « chat » en en voyant un et non pas systématiquement « animal » ? Probablement une
spécification plus précise de la nature des traits et de leurs relations pourrait résoudre une
partie ou la totalité de ce type de problèmes. Si de telles améliorations théoriques ont été
proposées (p. ex. Bowers, 1999), la nature des traits primitifs reste difficile à définir
(lesquels choisir et sur quel critères ?).
3
Nous notons les concepts en PETITES MAJUSCULES pour signaler la différence entre ceux-ci et les mots qui les
désignent. De fait, à un concept ne correspond pas nécessairement un mot (p. ex. le mot « cadavre » correspond à
DEPOUILLE D’ANIMAL MORT, mais aucun mot français ne correspond au concept de PLANTE MORTE).
4
Nous notons les représentations de mots en italiques.
Introduction p. 20
M F EV traits
sémantiques
unités
chat chien .... lexicales
Dans une autre perspective, on peut imaginer que les concepts impliqués dans
l’adressage des unités lexicales de production sont représentés sous forme unitaire
(Figure 1- —3). Il y aurait alors une représentation par concept lexicalisable (pour lequel
il existe un mot dans la langue). Ces représentations auraient entre elles des connexions
étiquetées exprimant les relations entre concepts. C’est donc la position relative de
chaque unité dans le réseau qui a maintenant le plus d’importance.
animal comprend
est un
unités
chien sémantiques
chat
unités
chat animal chien lexicales
5
Dans une certaine mesure, ces modèles comportent aussi la notion d’association verbale, sur laquelle nous
reviendrons.
Introduction p. 21
conceptualisation
Accès
Lexical
Encodage
Phonologique
articulation
mot sur le bout de la langue. Comme pour les erreurs de production, des observations
comparables ont pu être faites sur des patients aphasiques. C’est le cas du patient français
décrit par Henaff Gonon, Bruckert et Michel, 1989 ou du patient italien ‘Dante’ décrit par
Badecker, Miozzo et Zanuttini, 1995. Confronté à des dessins à dénommer, ce dernier
était dans l’impossibilité de retrouver une seule des propriétés de la forme phonologique :
il était dans une sorte d’état de mot sur le bout de la langue permanent. Par contre, il était
en mesure de donner presque sans erreur le genre grammatical (arbitraire) des noms de
ces mêmes dessins. Une telle dissociation dans l’accessibilité des deux types
d’informations est un argument fort pour le modèle en deux étapes.
Qui plus est, H. Damasio et ses collaborateurs ont pu mettre en évidence ce qui
ressemble à une plausible base neurale de l’étape d’accès au lexique. Leur données
proviennent de deux études convergentes rapportées dans un même article (Damasio,
Grabowski, Tranel, Hichwa et Damasio, 1996). La première étude porte sur la mise en
relation de la localisation de lésions focales du cerveau et les performances d’un nombre
élevé de patients (127) dans la tâche de dénomination de dessins. La deuxième utilise la
technique de tomographie par émission de positrons (PET Scan) sur des sujets sains (9)
effectuant la même tâche. Dans les deux cas, les auteurs observent que la réalisation de la
tâche recrute des aires qui sont « en dehors des aires classiques du langage ». Ces aires
sont de plus distinctes de celles impliquées dans le traitement visuel et conceptuel des
mêmes stimuli (dans une tâche de catégorisation). Les auteurs expliquent la convergence
de leurs résultats sur les deux populations en interprétant le recrutement de ces aires
comme la trace d’une étape intermédiaire entre le traitement conceptuel et le traitement
phonologique. Il pourrait s’agir, concluent-ils, de la base neurale de l’étape d’accès
lexical mise en évidence par les études cognitives6.
6
Nous présentons dans la suite (p.32) une remise en question forte du modèle classique.
Introduction p. 24
Plus précisément, ces auteurs observent que les mots reliés sémantiquement au nom du
dessin (p. ex. mot « brebis » - dessin MOUTON) ralentissent la dénomination si ils sont
présentés légèrement avant (150 ms) la présentation du dessin7. Si ces mêmes mots
sémantiquement reliés étaient présentés un peu plus tard (au moment de l’apparition du
dessin ou 150 ms après celle-ci), les auteurs n’observaient plus de différence entre les
deux conditions. De plus, l’effet d’inhibition n’était pas observé si la tâche linguistique
(dénomination) était remplacée par une tâche ‘conceptuelle’ de catégorisation. Le second
résultat, complémentaire, est que lorsque le mot est phonologiquement relié au mot cible
(« bouton » - MOUTON), un effet de facilitation (latences plus courtes que dans la
condition de contrôle) est observé, mais seulement si le mot est présenté en même temps
ou 150 ms après l’apparition du dessin. Le décours temporel des effets - d’abord
sémantique puis phonologique - et leur stricte séparation temporelle ont conduit les
auteurs à proposer une interprétation favorisant le modèle de lexicalisation à deux étapes
strictement successives. L’étape précoce d’activation lexicale produite par l’information
conceptuelle issue du traitement du dessin n’est influençable que par un contexte ayant
une relation sémantique avec le traitement en cours. L’étape tardive de traitement
phonologique de l’unité lexicale sélectionnée arrive une fois que les traitements lexicaux
sont terminés et n’est influençable que par un contexte ayant une relation phonologique
avec le traitement en cours.
Une deuxième étude (Levelt et al., 1991) confirma ces résultats et indiqua de
façon plus précise que les étapes étaient indépendantes et modulaires. Avant de décrire
cette étude, la question de la modularité des étapes de traitement nécessite quelques
précisions. Dans le contexte de la lexicalisation en production de parole elle se pose en
ces termes : si les deux étapes sont modulaires, alors la sélection lexicale entre plusieurs
candidats activés précède strictement l’encodage phonologique et un seul candidat (le
candidat retenu) subira l’encodage phonologique - en particulier, sauf erreur, les seules
représentations phonologiques à être activées seront les siennes. Si les deux étapes ne
sont pas modulaires, alors l’activation de plusieurs candidats reliés lors du traitement du
dessin va activer les représentations phonologiques de chacun d’entre eux, avant même
que la sélection lexicale ait eu lieu. Une question annexe est celle de savoir si les
activations phonologiques agissent sur le niveau lexical (Figure 1- —5). On appelle un
modèle du premier type ‘sériel’, un modèle du deuxième type ‘en cascade’, et si il y a
rétroaction du niveau phonologique : ‘interactif’.
Revenons maintenant à Levelt et al., 1991. Le paradigme expérimental utilisé
était sensiblement différent et plus complexe que le précédent. Comme tâche de base, les
sujets devaient dénommer des dessins le plus rapidement possible. Pour une petite partie
des essais (moins de 1/3) les sujets entendaient un mot ou un non-mot alors qu’ils étaient
en train de préparer leur réponse verbale ; dans ce cas là, leur tâche était d’effectuer une
décision lexicale sur le stimulus auditif, la variable dépendante étant le temps de réaction
à cette tâche là. A nouveau les auteurs manipulèrent deux facteurs : la relation entre le
nom du dessin et le mot entendu d’une part, et le temps séparant l’apparition du dessin de
celle du mot d’autre part.
7
Le ralentissement doit être compris par comparaison à la condition de contrôle pour laquelle le mot et le nom du
dessin n’ont pas de relation particulière (p. ex. « porte » - MOUTON).
Introduction p. 25
a) b) c)
accès lexical accès lexical accès lexical
8
Ce paradigme a pu être critiqué en raison des difficultés d’interprétation que pose l’utilisation d’une double tâche.
Introduction p. 26
voisins sémantiques et associés du nom du dessin ne sont pas activées. Par conséquent,
concluent-ils, les deux étapes d’accès lexical et d’encodage phonologique sont bien
modulaires : un seul item est encodé phonologiquement.
Ces résultats ont suscité de nombreuses réactions, au premier titre desquelles celle
de G. Dell (Dell et O'Sheaghdha, 1991; Dell et O'Sheaghdha, 1992), mais aussi d’autres
comme Harley (1993). Brièvement énoncée, la question que posent ces auteurs est celle
de savoir si Levelt et al., 1991 n’ont pas trouvé d’évidence expérimentale pour
l’encodage phonologique de voisins sémantiques de la cible par ce que celui-ci
(l’encodage) n’a pas eu lieu, comme ils le prétendent ; où bien si l’activation des unités
phonologiques des voisins sémantiques est tellement faible qu’elle est simplement
difficile à détecter. Dell et O'Sheaghdha, 1991 ont en effet proposé un modèle
connexioniste qui prédit une telle activation, celle-ci étant beaucoup plus faible que celle
des voisins phonologiques de la cible proprement dite. A l’heure actuelle, les résultats de
nombre d’études soutiennent l’hypothèse d’activation phonologique de plusieurs
candidats, c’est à dire le modèle en cascade (O'Sheaghdha et Marin, 1997; Peterson et
Savoy, 1998 ; cf. aussi celles du propre H. Schriefers et collaborateur : Jescheniak et
Schriefers, 1997; Jescheniak et Schriefers, 1998). Ces résultats sont issus de divers
paradigmes expérimentaux plus ou moins proches des précédents. Ils montrent que si les
voisins sémantiques de la cible sont vraiment très proches par leurs sens (si ils sont
presque synonymes : des paires telles que ‘sofa’ - ‘canapé’), alors le processus de
sélection lexicale serait accompagné de l’encodage phonologique des deux. Une réponse
de Levelt et collaborateurs (Levelt et al., 1999) est que si un mot possède un synonyme
au sens très proche la possibilité existe que le système sélectionne par erreur les deux
unités lexicales et produise l’encodage phonologique des deux, ce qui aurait pour
conséquence de produire les activations observées par les défenseurs de l’activation de
multiples candidats lexicaux. Ce nouvel ajout semble un peu ad-hoc et contre nature pour
un modèle sériel.
Cutting et Ferreira (1999) proposent quand à eux des expériences basées sur
l’analyse de traitements caractérisant la production d’homophones (deux mots de sens
différents se prononçant de la même façon). Le paradigme est la dénomination de dessins
avec amorçage auditif - du type Schriefers et al., 1990. Pour des dessins représentant des
objets désignés par des mots ayant des homophones - p. ex. BALLE, homophone ‘bal’9 -
ces auteurs observent que des mots sémantiquement proches du sens non représenté - un
mot tel que ‘danse’ - produisent une facilitation de la dénomination. Cet effet est
synchrone avec l’interférence sémantique de type Schriefers et al., 1990 et, de plus, elle
ne se produit pas dans une tâche non lexicale de ‘shadowing’10. D’après les auteurs,
l’explication (un peu confuse...) de l’effet est la suivante : l’absence d’effet en shadowing
suppose que les lemmas sont impliqués dans l’effet en dénomination et que celui-ci ne se
produit pas simplement par des activations phonologiques. Dans ces conditions, l’effet est
expliqué par l’activation du lemma de l’amorce ‘danse’ puis propagation d’activation
vers la représentation phonologique de production (/dans/) et ses associés (/bal/). Cela
sous entend que plusieurs lemmas peuvent être encodés phonologiquement (ici, danse et
9
Le matériel original de l’étude est en anglais.
10
Répétition de mots présentés auditivement.
Introduction p. 27
bal), ce qui suppose au moins un modèle en cascade. De fait les auteurs proposent un
modèle interactif pour rendre compte de leurs résultats.
Par ailleurs, sur la base de résultats de deux études d’interférence mot - dessin
Starreveld et La Heij, 1995; Starreveld et La Heij, 1996b (voir aussi Starreveld et La
Heij, 1996a) défendent l’idée de l’interaction entre le niveau lexical et le niveau
phonologique (i.e. postulent l’existence d’une rétroaction, Figure 1- —5 c). Ces auteurs
ont en effet observé une interaction statistiquement significative entre le facteur relation
sémantique et le facteur relation formelle (phonologique). Leur interprétation découle de
l’idée que si les deux niveaux de traitement (lexico-sémantique et phonologique) étaient
indépendants, alors les effets de relation formelle et de relation sémantique devraient être
additifs. Un modèle interactif de production rend compte de leurs résultats. Les bases de
cette interprétation ont été remises en question de façon théorique par Roelofs, Meyer et
Levelt (1996). Pourtant, Damian et Martin (1999) ont proposé une réexploration
empirique de la problématique soulevé par Starreveld et La Heij (1995) en comparant
d’une manière systématique l’amorçage visuel et l’amorçage auditif. Les patterns
d’amorçage sémantique et phonologique qu’ils obtiennent sont en faveur d’un modèle
interactif (soit, un modèle avec rétroaction du niveau phonologique vers le niveau
lexical).
On peut remarquer que la question n’est pas résolue mais que la plupart des
données récentes favorisent le modèle modulaire.
Dans ces deux dernières sections, nous nous sommes employé à décrire
l’architecture du système de lexicalisation et les propriétés temporelles des processus qui
s’y déroulent. Pour cela, nous avons régulièrement fait appel aux deux étapes
constitutives d’accès lexical et d’encodage phonologique. Nous n’avons par contre pas
décrit précisément de quoi chacune de ces étapes pouvait être faite. Dans les trois sections
qui suivent nous présentons tour à tour chacune de ces deux étapes, puis une introduction
aux problématiques de l’articulation.
11
La notation phonologique est informelle. Nous séparons les syllabes par des points.
Introduction p. 29
‘hétérogène’ où les mots réponse n’ont pas de lien entre eux. Les résultats montrent que,
si le partage se situe au début du mot, les sujets sont plus rapides dans la condition
homogène que dans la condition hétérogène. Par contre il n’y pas de différence entre les
deux conditions si le partage ne commence pas au début des mots (comme ce serait le cas
pour les cibles râteau, poteau, bateau). Ces résultats indiquent que le locuteur peut
préparer en avance le début de sa réponse lorsque celui-ci est constant (condition
homogène avec partage du début) ; par contre, il ne peut pas pré-programmer une
séquence qu’il connaît à l’avance si celle-ci ne se trouve pas en début de mot (condition
homogène avec partage de deuxième syllabe). D’autres résultats obtenus à l’aide du
paradigme classique de dénomination de dessin avec amorçage (Meyer et Schriefers,
1991) ou au moyen d’une tâche de détection de phonèmes dans la production ‘interne’
qui précède l’articulation (Wheeldon et Levelt, 1995) ont confirmé l’interprétation d’un
encodage phonologique séquentiel.
Une fois que le système a récupéré les segments et la trame correspondant au mot
à produire, il lui reste à activer successivement les bonnes unités de façon à agencer les
bons segments dans le bon ordre. La complexité de l’organisation de ce mécanisme peut
être mise en relation avec celle propre à tout comportement nécessitant une organisation
séquentielle d’opérations (pour une présentation du problème, cf. Dell et O'Sheaghdha,
1994 pp. 427-447). Le mécanisme proposé par Roelofs (1997) postule que les connexions
entre le lexème et les unités représentant les segments sont étiquetés : ces connexions
codent des informations sur la position de chaque segment au sein du mot correspondant
(cf. aussi Levelt et al., 1999). Au moment de l’encodage, ces informations servent à
ordonner les segments qui sont activés au sein d’une trame spécifiant le nombre de
syllabes et la position de l’accent tonique 12. Une autre possibilité (proposée par G. Dell et
collaborateurs : Dell, 1986; Dell et al., 1997) est que la sélection des segments successifs
se fait sur la base des niveaux d’activation : plus la représentation d’un segment est
activée, plus sa probabilité de sélection est élevée. Dans ce mécanisme, l’encodage repose
exclusivement sur l’évolution temporelle des activations ce qui suppose une gestion fine
de l’activation successive des éléments pertinents. Ce point de vue est soutenu par des
propositions computationnelles capables d’activer à chaque instant de l’encodage l’unité
correspondante à insérer dans la trame, tout en désactivant celle qui vient d’être utilisée et
en préparant celle qui va suivre (Dell et al., 1997).
12
Ce modèle est issu de recherches effectuées en hollandais où l’accent tonique est discriminant.
Introduction p. 30
léxème: unité
chapeau phonologique
d’adressage
/a / 2
/S / 1
segments trame
phonologiques phonologique
3
/p / 4
/o /
/Sapo/ mot
phonologique
1.4.6 L’articulation
Le résultat de l’étape d’encodage phonologique est un mot phonologique. Celui-ci
va servir d’input aux processus de préparation et de réalisation de l’articulation.
L’articulation est une compétence motrice extrêmement complexe qui met en œuvre de
façon finement orchestrée un grand nombre d’organes et de muscles. La description de ce
type de processus est largement hors du cadre de cette thèse. Nous mentionnerons
seulement qu’il y a toutes les chances de penser qu’il existe une représentation
intermédiaire entre la représentation du mot phonologique et les commandes motrices (cf.
Levelt, 1989 pour une discussion). En effet, un même mot et, de fait, un même phonème
peut être réalisée de diverses façons en fonction du contexte linguistique (niveau de
langue, situation, etc.) - et aussi de contraintes motrices agissant sur les articulateurs
(bouche pleine, cigarette, etc.). Les diverses productions d’un même mot sont issues
d’une même représentation phonologique abstraite et invariante mais elles ont été
réalisées au moyen de commandes motrices différentes à chaque fois. Ces remarques
Introduction p. 31
d’ordre général, soutenues par un certain nombre d’évidences expérimentales, ont conduit
divers auteurs à postuler une étape d’encodage phonétique, qui suit la création du mot
phonologique. Cet encodage tient compte des contraintes contextuelles de réalisation de
chaque phonème. Le mot phonétique ainsi encodé pourrait déclencher les commandes
motrices, peut être par l’intermédiaire d’une collection de représentations syllabiques13.
La mise en œuvre de ces commandes motrices donne lieu au produit final de la
production de parole : une série de mouvements de certains muscles et organes générant
une onde acoustique qui véhicule des propositions bien formées et porteuses de sens. Au
moins pour celui qui les énonce qui sera toujours son premier auditeur.
Nous revenons à présent sur l’étape de sélection lexicale pour en donner une
description plus détaillée. Rappelons qu’en situation naturelle, le système de production
doit sélectionner trois mots par seconde en moyenne parmi le grand nombre d’entrées
lexicales qui sont à sa disposition (son ‘vocabulaire actif’). Dans une situation
expérimentale de production de mots isolés, le choix est un peu plus simple puisqu’il ne
faut choisir qu’une seule entrée à chaque essai... Rappelons aussi que la modélisation de
la production en trois étapes (conceptualisation, lexicalisation et articulation) sous entend
que ce sont des unités codant l’information conceptuelle composant le message à
communiquer qui sont à l’origine des activations des unités lexicales parmi lesquelles
s’effectuera la sélection. Dans cette section consacrée à notre principal sujet d’intérêt - la
sélection lexicale - nous abordons plusieurs points. Tout d’abord, nous revenons sur la
nature des unités lexicales et de l’information qu’elles codifient. Ensuite, des précisions
sur la nature des relations sémantiques et sur le rôle de ce type d’information dans la
sélection lexicale seront proposées. La section qui suit est consacrée à une présentation
rapide de divers algorithmes de sélection, avec une description de la motivation de
chacun d’entre eux. Dans la dernière section nous abordons la question de la
représentation et de la mise en œuvre des propriétés syntaxiques. En effet, au delà de la
13
Le support expérimental pour l’hypothèse d’un syllabaire vient principalement de Levelt et Wheeldon (1994), mais
ces résultats ont été largement remis en question, entre autres par les auteurs eux-mêmes (discussion dans Levelt et al.,
1999)
Introduction p. 32
sélection lexicale, le locuteur doit toujours modifier et combiner les unités récupérées en
fonction des propriétés syntaxiques de la production en cours.
sémantiques (p. ex. ‘médicament’ pour ‘pharmacien’) dans une seule modalité de
production - parole ou écriture. La nature ‘sémantique’ de l’erreur semble indiquer que
celle-ci se produit au niveau de la sélection lexicale : sélection erronée d’une des unités
activées par l’information sémantique. Par contre, le fait que les erreurs se produisent
dans une seule modalité indique que dans l’autre modalité l’adressage et la sélection de
l’unité lexicale se font sans problème dans les deux cas. D’où vient l’erreur ? Le modèle
classique à deux étapes prédirait des erreurs formelles et non sémantiques si la sélection
lexicale n’est pas atteinte. Dans ces conditions, Caramazza (1997) propose un modèle où
la lexicalisation se fait en une seule étape : les unités conceptuelles adressent les lexèmes
et l’information syntaxique est représentée indépendamment (Figure 1- —7).
Notons pour finir cette section que, si bien la prise en compte de données issues
de la neuropsychologie est fondamentale, l’intégration de l’ensemble de l’évidence
empirique disponible en un seul modèle est un objectif à atteindre.
traits
sémantiques
f
traits
syntaxiques chaise
m unités
lexicales
phonologiques
chat
....
14
On trouvera une description des caractéristiques propres à l’association verbale dans la deuxième partie du Chapitre
Deux consacrée à cette notion. De plus une dissociation de la proximité associative et sémantique sera donnée au
Chapitre Quatre. Notons pour l’instant que l’association verbale, bien qu’étant souvent basée sur la signification des
items, n’implique pas nécessairement la proximité définitionnelle caractérisant la proximité sémantique au sens où nous
l’entendrons dans cette recherche (cf. les exemples donnés dans le texte)
Introduction p. 35
On peut ainsi signaler que ces deux modèles postulent des relations associatives :
de façon implicite chez Collins et Loftus (1975), et de façon allusive chez Levelt (1989).
Cependant, les niveaux de traitement où ces relations sont situées sont différents : au
niveau conceptuel chez Collins et Loftus (1975) et au niveau lexical chez Levelt (1989).
Il est bien vrai que le statut de ces relations associatives dans les théories de production et
leur relation avec la proximité sémantique n’est pas très clair.
a) Unités
b)
conceptuelles
De fait, et c’est notre deuxième point, la proximité sémantique n’est pas toujours
définie de façon très précise dans les études qui s’intéressent à ce genre de question. En
particulier, la notion de sémantique et d’association verbale est souvent confondue. Si
bien des recherches récentes se sont intéressées à l’existence d’une différence dans le rôle
de l’information de nature sémantique ou associative dans les processus de
reconnaissance visuelle et auditive de mots (Hino, Lupker et Sears, 1997; Moss,
McCormick et Tyler, 1997; Perea et Gotor, 1997; Thompson-Schill, Kurtz et Gabrieli,
1998 ; Williams, 1994)15, les données disponibles pour la production de parole ne sont
pas toutes concordantes (cf. la revue de littérature du Chapitre Quatre) et l’on peut y
constater ce qui semble être des contradictions. Il n’en reste pas moins que l’on pourrait
attendre d’un possible effet associatif qu’il soit plutôt facilitateur, si il est effectivement
dû à l’existence de liens associatifs entre unités de représentation. Dans ce cas, cette
observation contrasterait avec les effets de compétition sémantique (cf. les résultats cités
15
Le plus souvent ces travaux rapportent l’observation d’effets de facilitation d’origine associative, effets qui sont
généralement interprétés comme la conséquence de liens associatifs ‘implémentés’ entre des représentations de forme
ou amodales. Les effets sémantiques sont moins clairs. Ils ne sont pas toujours observés, ils semblent dépendre de la
tâche utilisée et leur interprétation varie d’un auteur à l’autre. Cela dit, à chaque fois qu’ils sont observés, ils sont de
type facilitation.
Introduction p. 36
au Chapitre Quatre). La production apparaît donc comme un bon terrain pour différencier
les effets sémantiques des effets associatifs dans le but d’en évaluer les causes
respectives.
Le Chapitre Quatre de cette thèse est consacré à l’étude d’une possible
implication des associés verbaux dans les mécanismes de compétition lexicale et plus
généralement, à une évaluation des statuts propres à l’association verbale et à
l’information sémantique dans le système de production.
mieux compte des processus de production dans la discussion des résultats présentés au
Chapitre Quatre.
Dans cette section nous présentons le principal outil expérimental que nous avons
utilisé pour réaliser nos recherches. Dans la dénomination de dessins, la tâche des sujets
consiste à dénommer des dessins le plus vite possible tout en évitant les ‘erreurs’ telles
que les hésitations bruyantes - « euhhh... », « tart...gâteau ! » - les bégaiements ou les
bruits d’articulation ne relevant pas de la production de parole - clicks, etc. La principale
16
L’italien possède des règles comparables à celles qui font que l’article défini « le » est élidé en « l’ » devant une
voyelle. Voir Miozzo et Caramazza, 1999 pour des détails sur les manipulations.
17
Cf. Chapitre Trois
18
On peut noter qu’un défaut possible du paradigme expérimental proposé est d’être un peu plus éloigné des conditions
naturelles de production que la production de syntagmes. En effet, lors de la production de syntagme les sujets sont
obligés de construire leur réponse du début jusqu'à la fin. Par contre, dans le cas de l’étude de l’influence d’un contexte
sur la dénomination, une éventuelle construction syntaxique est amorcée par le contexte qui est perçu.
Introduction p. 39
variable dépendante est la latence des réponses. L’utilisation des dessins est motivée par
la volonté d’employer une tâche expérimentale aux propriétés comparables à celles de la
situation naturelle de production. En effet, dans cette tâche, l’origine de la réponse se
trouve dans un traitement visuel et conceptuel (non verbal) des dessins, traitement que
l’on rapproche du processus de production de messages à communiquer en situation
naturelle. Bien que ce parallélisme soit un peu approximatif, il a l’avantage de permettre
la définition précise et opérationnelle d’une situation de production dans laquelle il est
raisonnable de tester les hypothèses théoriques générales (Glaser, 1992; Johnson et al.,
1996).
Dans le paradigme d’amorçage, les sujets sont successivement confrontés à deux
stimuli proches dans le temps et l’espace. Par exemple, dans la dénomination de dessins
avec amorçage les sujets pourront avoir à traiter un mot et un dessin à chaque essai
expérimental. L’un est la cible - sur lequel est effectuée la tâche expérimentale d’intérêt -
l’autre est l’amorce, dont le traitement est censé influencer celui de la cible à proximité
temporelle duquel il arrive. En particulier, la manipulation de paramètres temporels tels
que le décalage entre les apparitions des deux stimuli permet de rendre simultanées
certaines étapes de traitement de l’amorce avec certaines étapes du traitement de la cible -
K. Bock (1996) parle de « frappe chirurgicale » sur les processus de production de
réponse à la cible. Plus généralement, on essaie d’interpréter la variation des
performances de sujets en fonction des paramètres temporels tels que les décalages entre
les stimuli, la modalité et le temps de présentation de ceux-ci, le type de relation qu’ils
entretiennent entre eux, etc. pour cerner les mécanismes sous-jacents, responsables de la
production des réponses verbales directement observables.
Cela dit, cette présentation est schématique, car sûrement que les processus de
réalisation de deux tâches (quasi) simultanées a peu de chances d’être la somme
algébrique des processus nécessaires à chacune des tâches (cf. une discussion dans Levelt
et al., 1991 et dans notre Chapitre Cinq : Discussion Générale). La prise en compte des
particularités de traitement propres à l’amorce, en fonction de la modalité de perception
par exemple, sont cruciales. Ainsi, l’interprétation de patterns de résultats obtenus dans le
paradigme expérimental de dénomination de dessins avec amorçage doit se faire avec la
plus grande prudence, un état d’esprit que nous avons tâché d’appliquer dans la conduite
de nos travaux.
Nous présentons dans ce chapitre deux études visant à collecter des informations
sur du matériel expérimental. La première étude concerne les propriétés de 400 dessins en
noir et blanc qui seront ensuite utilisés dans les expériences des chapitres à suivre. La
deuxième comprend les associés verbaux de 366 noms d’objets concrets. Pour chaque
étude sont présentés : une justification de la recherche, le détail de la méthodologie
employée, l’ensemble des résultats obtenus, et une brève analyse de ceux-ci.
41
Chapitre 2 : Normes p 42
inattendus, là même où l’on souhaite avoir le plus de contrôle possible sur la situation
expérimentale. Il semble de plus que ce manque de matériel contraste avec le nombre
important d’expériences réalisées à l’aide de dessins dans divers champs de la
psychologie. Dans le but d’obtenir une collection de matériel expérimental exploitable
dans nos expériences et susceptible d’intéresser d’autres chercheurs francophones, nous
avons réalisé cette étude sur des sujets français, issus d’une population comparable à celle
auprès de laquelle les recherches en psychologie expérimentale sont réalisées. Signalons
que cette étude est à notre connaissance la première impliquant autant de matériel qui ait
été réalisée en français.
Avant de décrire le détail de la réalisation de normes en français, nous passons en
revue les principales études de ce type réalisées dans d’autres langues. Pour cela, il faut
avant tout citer l’article princeps de Snodgrass et Vanderwart (1980) qui proposait une
liste de dessins avec un certain nombre de leurs propriétés caractéristiques. Ces normes
comportaient pour chaque dessin une évaluation de l’accord Image/nom (le degré
d’accord entre les sujets sur le nom de chaque image), l’accord Nom/image (le degré
d’accord entre le nom et la représentation picturale utilisée), la familiarité (une estimation
subjective faite par les sujets de la familiarité de l’objet représenté) et pour finir la
complexité visuelle (une évaluation subjective de la quantité de lignes et de détails
composant le dessin).19 Depuis ce travail pionnier, d’autres bases de données de
propriétés de dessins ont été construites par Berman, Friedman, Hamberger et Snodgrass
(1989) avec une population d’enfants de 5 et 6 ans, par Cycowicz, Friedman et Rothstein
(1997) pour des enfants de 8 et 10 ans. De plus, des normes ont aussi été réalisés dans
d’autres langues que l’américain : anglais britannique (Barry, Morrison et Ellis, 1997 et
Vitkovitch et Tyrrell, 1995), hollandais (Martein, 1995), espagnol (Sanfeliu et Fernandez,
1996), italien (Dell'Acqua, Lotto et Job, soumis). Celles que nous proposons ici sont des
normes qui portent sur les 400 dessins de Cycowicz et al. (1997), parmi lesquels les 260
de l’étude originale de Snodgrass et Vanderwar (1980).
19
Pour plus de détails sur les définitions de ces variables, nous renvoyons le lecteur à l’article d’origine et aux
définitions que nous avons nous mêmes utilisé ci-dessous.
Chapitre 2 : Normes p 44
possibles20 (Barry et al., 1997; ; Fraisse, 1964 ; Lachman, Popper Schaffer et Henrikus,
1974; Paivio, Clark, Digdon et Bons, 1989; Vitkovitch et Tyrrell, 1995). Qui plus est,
l’accord Nom/image affecte le temps de dénomination indépendamment des effets de
propriétés corrélées comme la fréquence ou l’âge d’acquisition (Lachman et al., 1974).
Accord Nom/image C’est une évaluation du degré auquel les images générées
mentalement par les sujets à la lecture d’un nom d’objet correspondent avec l’apparence
du dessin expérimental. Barry et al. (1997) ont montré que les dessins qui avaient un
accord Nom/image plus élevé étaient dénommées plus vite que celles pour qui cet attribut
était jugé plus faible. Ces auteurs suggèrent que l’accord Nom/image a une influence sur
l’étape de reconnaissance de l’objet représenté, de façon telle qu’une plus grande
ressemblance entre le dessin présenté et l’image mentale stockée par le sujet conduit à
des réponses plus rapides.
Familiarité Il s’agit d’un jugement subjectif de la familiarité de l’objet représenté.
On a pu montrer que la familiarité d’un concept à traiter pouvait influencer de façon
importante divers processus cognitifs ou de mémorisation (cf. p. ex. Gernsbacher, 1984).
Plus concrètement, des études telles que celles de Feyereisen, Van der Borght et Seron
(1988) ou Snodgrass et Yuditsky (1996) ont montré que la familiarité évaluée
subjectivement était un prédicteur important des temps de dénomination.
Complexité visuelle Il s’agit d’une évaluation de la quantité de lignes et de
détails qui entrent dans la composition d’un dessin expérimental. Il semblerait que cette
variable influence la facilité de traitement au niveau de l’étape de reconnaissance de
l’objet. La complexité visuelle affecte les performances dans des tâches telles que la
dénomination, la mémorisation, ainsi que les seuils de reconnaissance tachistoscopique.
Les premières études ont pu montrer que lorsque la complexité visuelle est manipulé,
plus un stimulus est complexe et plus il est traité lentement (Attneave, 1957; Ellis et
Morrison, 1998). Pourtant d’autres chercheurs n’ont pas observé d’effet de cette variable
sur les temps de dénomination (Biederman, 1987; Paivio et al., 1989; Snodgrass et
Corwin, 1988; Snodgrass et Yuditsky, 1996).
Les deux dernières variables sont des caractéristiques des noms des dessins. Elle
ont donc été obtenues à partir de ces noms et non pas à partir des dessins.
Variabilité de l’image La variabilité de l’image est une évaluation par les sujets
du nombre d’images différentes qu’un nom de dessin peut suggérer.
Fréquence et Age d’acquisition La fréquence est la fréquence écrite donnée
dans le corpus de Content et al. (1990). L’âge d’acquisition est l’évaluation par les sujets
de l’âge auquel ils ont appris un certain mot, dans sa forme orale ou écrite. La précision
de cette évaluation et sa correspondance avec des mesures objectives de l’âge
d’acquisition ont pu être montrées (Morrison, Chappell et Ellis, 1997). Les temps de
dénomination diminuent si la fréquence augmente (Oldfield et Wingfield, 1965) et ils
augmentent lorsque l’âge d’acquisition du mot augmente (Carroll et White, 1973; Ellis et
Morrison, 1998). Il est possible que l’influence de la fréquence d’un mot sur
l’apprentissage, la mémoire et la perception dépende d’autres attributs tels que l’âge
20
Bien que les sujets ne donnent dans tous les cas qu’une seule réponse
Chapitre 2 : Normes p 45
auquel le mot a été appris. Quelques auteurs ont pu suggérer que l’âge d’acquisition est
une variable plus importante que la fréquence écrite (Carroll et White, 1973; Ellis et
Morrison, 1998 ; Morrison, Ellis et Quinlan, 1992). Pourtant, Barry et al. (1997) et
Snodgrass et Yuditsky (1996) ont montré que le temps pour dénommer un dessin
dépendait à la fois de l’âge d’acquisition et de la fréquence du nom (en accord avec
Lachman, 1973; Lachman et al., 1974). De plus, Barry et al. (1997) ont montré que l’âge
d’acquisition interagit avec la fréquence, l’effet de l’âge d’acquisition étant plus fort pour
les dessins dont les noms sont de basse fréquence.
était présenté pendant une durée totale de 5 secondes. En milieu de parcours - au bout de
200 dessins - une pause de 15 minutes était accordée. La durée totale de l’expérience était
de une heure et demi.
Les instructions pour chaque tâche étaient les suivantes.
• Dans la tâche d’accord Image/nom, les sujets devaient identifier le dessin avec le
premier nom qui leur venait à l’esprit et l’écrire sur leur feuille de réponse. Ils
savaient que les réponses pouvaient être composées de plus de un mot. Si ils ne
trouvaient pas le nom de l’objet représenté, ils devaient préciser si c’est par ce qu’ils
ne connaissaient pas l’objet (CPO), par ce qu’ils n’en connaissaient pas le nom
(CPN), ou parce qu’ils avaient le nom sur le bout de la langue (BDLL).
• Dans la tâche de jugement d’accord Nom/image, les sujets devaient juger dans quelle
mesure les dessins correspondaient à l’image mentale qu’ils se faisaient du concept
correspondant. Avant la présentation de chaque dessin l’expérimentateur disait à voix
haute le nom du dessin à suivre, il attendait ensuite 5 secondes avant de projeter le
dessin. Pendadant les 5 secondes, les sujets devaient regarder l’écran vide et se former
une image mentale de l’objet dénommé. Après l’apparition du dessin à l’écran, les
sujets devaient juger du degré de ‘ressemblance’ entre leur image et le dessin en
utilisant une échelle en cinq points. Un jugement de 1 indiquait un accord faible, le
dessin ne correspondait à la représentation qu’ils se faisaient du concept. Un jugement
de 5 indiquait une très bonne correspondance dessin - image mentale.
• Dans la tâche de jugement de familiarité, les sujets devaient juger de la familiarité des
objets représentés « en base au caractère habituel ou inhabituel de l’objet dans
l’expérience quotidienne ». La familiarité était définie comme « le degré auquel vous
pensez ou êtes en contact avec l’objet représenté ». Il leur était précisé que c’est sur
l’objet que devait se porter leur jugement, plutôt que sur la représentation particulière
qui leur était proposée. Leur réponse se faisait encore une fois sur une échelle en cinq
points (1 = objet très peu familier, 5 = objet très familier).
• Dans la tâche de jugement de complexité visuelle, les sujets devaient évaluer la
complexité de chaque dessin, plutôt que la complexité de l’objet représenté. La
complexité était définie comme la quantité de détails, la quantité de lignes et leur
emmêlement. Ils devaient aussi répondre sur une échelle en cinq points : 1 = dessin
très simple, 5 = dessin très complexe.
Les deux dernières tâches - variabilité de l’image et âge d’acquisition - étaient des
jugements portant sur les noms des dessins : le rétroprojecteur n’a donc pas été utilisé.
Les sujets recevaient un livret de quatre pages comportant les 400 noms de dessins.
• Dans la tâche de variabilité de l’image ils devaient juger sur une échelle en cinq
points si le mot en question suscitait beaucoup ou peu d’images différentes de l’objet
en question (1 = peu d’images ; 5 = beaucoup d’images).
• Dans la tâche de jugement d’âge d’acquisition, les sujets devaient estimer l’âge
auquel ils avaient appris chacun des noms, que ce soit sous la forme orale ou écrite.
Nous avons modifié l’échelle de Morrison et al. (1992) de 7 à 5 points, où 1 = appris
entre 0 et 3 ans et 5 = appris à 12 ans ou plus, et trois bandes entre. Pour cette tâche
en particulier, 17 mots ont été répétés dans la liste de façon à permettre une
Chapitre 2 : Normes p 47
évaluation de la constance des sujets dans leur jugements. Il s’avère que la corrélation
entre les premiers et deuxièmes jugements était de 0.94, et que les moyennes n’étaient
pas statistiquement différentes (respectivement 2.68 et 2.56, t(16) = 0.11).
21
L’indicateur H proposé par Snodgrass et Vanderwart (1980) est une mesure de la dispersion des réponses définie par
H = Σ (pi x log2(1/pi)) où pi est la proportion de sujets donnant le nom i.
Chapitre 2 : Normes p 48
Vanderwart (1980). Les variables prises en compte sont celles qui étaient disponibles
dans les trois études, à savoir H, accord nom/image, familiarité et complexité visuelle,
pour les 256 dessins communs aux trois études. On peut constater que les données pour
l’accord image/nom, la familiarité et la complexité sont comparables dans les trois
études. Par contre, il semble que le groupe de locuteurs d’anglais américain obtient des
valeurs de H plus importante que les français ou les espagnols. Cela suggère que les
sujets de ces deux dernières populations étaient plus d’accord sur le nom à donner à
chaque dessin.
2.1.5 Conclusion
Le but principal de cette étude était de fournir des données normatives pour des
stimuli dessin qui puissent être utilisées dans les recherches réalisées avec des sujets
français. Des jugements descriptifs portant sur un certain nombre d’attributs des dessins
sont maintenant disponibles pour les études en français. Ces attributs sont les mêmes que
ceux décrits dans les études précédentes (Cycowicz et al., 1997; Sanfeliu et Fernandez,
1996; Snodgrass et Vanderwart, 1980).
2.2.1 Introduction
Dans la deuxième partie de ce chapitre, nous décrivons une deuxième travail
normatif dans lequel nous avons étudié la notion d’association verbale. Celle-ci nous
intéressait en tant que telle, mais aussi comme facteur expérimental dans l’étude de la
production de parole (cf. Chapitre Quatre).
L’association verbale est une notion présente en psychologie depuis très
longtemps maintenant (Bourdon, 1895; Bourdon, 1902; Cattel, 1887; Galton, 1879;
Trautscholdt, 1883). Les plus anciennes normes d’associations verbales sont celles de
Kent et Rosanoff (1910) et les plus récentes celles de Moss et Older (1996). En français,
les normes les plus anciennes sont celles de Rosenzweig (1957) et les plus récentes celles
de Lieury, Iff et Duris (1976). Avant les normes de Lieury et al. (1976), seuls deux
recueils on été établis avec des sujets de langue française. Il s’agit de celui de
Rosenzweig (1957) et de celui de Oléron et Legall (1962). Les normes de Rosenzweig
ont été établies à partir des 100 associants de la liste de Kent et Rosanoff (1910), celles de
Chapitre 2 : Normes p 51
Oléron et Legall (1962) à partir d’une sélection plus minutieuse des associants qui
comptaient des représentants de nombreuses catégories sémantiques, syntaxiques, ainsi
que diverses classes d’usage. Malheureusement, comme le font remarquer Lieury et al.
(1976), les sujets testés « provenaient tous d’un centre de présélection militaire ; ils sont
donc en partie étudiants, en partie travailleurs, mais surtout, tous les sujets sont de sexe
masculin. Or les associations sont différentes entre travailleurs et étudiants, de même
qu’elles différent beaucoup en fonction du sexe, notamment pour les premiers associés
(Rosenzweig, 1970). Si l’on considère le fait que beaucoup d’expériences de psychologie
expérimentale (en mémoire et en psycholinguistique notamment) sont réalisées sur des
étudiants de psychologie en majorité de sexe féminin, l’utilité des normes d’Oléron-
Legall s’en trouve amoindrie ».
A ce propos, une remarque générale concernant la variabilité inter - sujets et inter
- groupes des associations verbales s'impose ici. En effet, il est clair que les réponses des
sujets sont pour beaucoup dépendantes de l'expérience quotidienne personnelle de
chacun, et qu'elles présentent une considérable variabilité. De ce fait, on pourrait à un
certain niveau questionner leur généralité et leur utilité. Cependant, on attend des études
de large envergure comme celle que nous proposons qu'elles mettent en évidence des
paires d'associés relativement fréquentes et stables au sein de la population étudiée. Ces
paires sont ensuite utilisées comme outil d'étude de mécanismes faisant intervenir les
processus d'association, sans que les particularités qui ont conduit à la production de
chacune aient à être prises en compte. Ces paires sont donc considérées comme des
instances particulières mais représentatives d'un type de relation : la relation associative.
En France, Lieury et al., 1976 avaient établi de nouvelles normes en
expérimentant sur une population d’étudiants de psychologie en première année (à partir
de 18 ans, dont 236 de sexe féminin et 58 de sexe masculin) et en testant 122 associants.
Les anglo-saxons disposent quand à eux une très grande variété de normes associatives
(cf. p. ex. Cramer, 1968, Palermo et Jenkins, 1964, Postman et Keppel, 1970) et aussi la
dernière en date, celle de Moss et Older, 1996, portant sur plus de 2000 mots.
Plus de vingt ans après le normes de Lieury et al., 1976, il nous a semblé
nécessaire d’établir de nouvelles normes françaises, pour nos expériences, et, nous
l’espérons, pour l’ensemble des chercheurs intéressés. Nous avons ainsi testé 366 noms
d’objets concrets sur 89 étudiantes et étudiants en première année de psychologie.
2.2.3 Résultats
Le Tableau 2- —5 donne un exemple complet pour le mot CHAT : on voit que les
réponses à un mot stimulus présentent une gamme très étendue de « fréquences
culturelles », allant des réponses banales (données par un grand nombre de sujets) aux
réponses totalement originales (données par un seul sujet). L’ensemble des réponses les
plus fréquentes pour chaque mot test sont présentées dans les annexes. Ces réponses ont
été transformées en pourcentages par rapport au nombre total de sujets (n=89). Nous
n'avons retenu que les cinq premiers pourcentages pour chacun des mots tests, donnant
ainsi les normes associatives de 1ier, 2ième, 3ième, 4ième et 5ième ordre. Lorsque plusieurs
mots présentent la même force associative, ils figurent en correspondance avec celle-ci,
les uns à la suite des autres. Parfois, nous fournissons le 6ième ordre quand les
pourcentages sont proches de ceux du 5ième ordre.
Parmi les réponses observées dans notre étude, nous trouvons les associations
opposées (ou antonymes) comme ROI - REINE, HOMME - FEMME, les associations
coordonnées comme POMME - POIRE, les quasi synonymes comme MOUFLE - GANT,
les associations super ordonnées comme POMME - FRUIT, ainsi que les associations
Chapitre 2 : Normes p 53
Clark (1970) a classifié les réponses les plus couramment données à cette tâche en
se basant sur plusieurs corpus. Selon lui, on peut distinguer deux types de réponses
associatives : les réponses paradigmatiques et les réponses syntagmatiques. Les réponses
paradigmatiques sont celles qui appartiennent à la même catégorie syntaxique que le mot
test ; les réponses syntagmatiques appartiennent à d'autres catégories que le mot test. Par
exemple, une réponse paradigmatique au nom ARBRE peut être FLEUR ; une réponse
syntagmatique au même mot peut être l'adjectif VERT.
Il a proposé une explication de la nature de l’apparition des réponses en termes de
traits sémantiques et syntaxiques du mot stimulus : l’apparition d’une réponse dans la
tâche d’association verbale est le résultat d’un changement minimal réalisé sur les traits
du mot stimulus. Par exemple, les sujets pourront répondre « garçon » au stimulus
« fille » comme résultat du changement de la valeur du trait sémantique codant le sexe
qui fait partie de la représentation sémantique de « fille ». Une explication semblable
faisant intervenir les traits syntaxiques pourrait expliquer les associations syntagmatiques.
Clark (1970) a de plus spécifié un ensemble de règles décrivants quels changements
feront les participants et dans quel ordre, ainsi que leur probabilité d’occurrence.
Malheureusement, il n’existe pas d’évidence expérimentale directe pour soutenir cette
proposition.
Notons qu’une autre façon de définir l’association verbale est de la mettre en
relation avec les cooccurrences dans l’usage de la langue. Spence et Owens (1990) ont
par exemple proposé que deux mots sont associés dans les tests d’association verbale si
ils apparaissent souvent comme voisins dans les textes écrits (Church et Hanks, 1990 ont
une approche semblable). Cependant, la question se pose encore de savoir dans quelle
mesure les statistiques de cooccurrences reflètent plutôt des relations associatives ou les
relations sémantiques (Lund et Burgess, 1996; Lund, Burgess et Audet, 1996. Cf.
Chapitre 2 : Normes p 54
Chapitre Quatre pour une discussion dans le contexte de la production de parole). Notre
étude ne clôt pas ce débat.
2.3 Conclusions
Dans ce chapitre, nous présentons les résultats de cinq expériences dans lesquelles
nous avons étudié les effets d’un contexte syntaxique sur la réalisation de la tâche de
dénomination de dessins. Ce type d’étude est pertinent pour déterminer le rôle et la
localisation des informations syntaxiques au sein des unités lexicales, et plus
généralement, pour dévoiler les processus de production d’encodage syntaxique.
Dans la première expérience nous avons comparé les latences de dénomination de
dessins et de mots lorsque ceux-ci étaient précédés d’un contexte syntaxique minimal : un
déterminant qui était ou n’était pas accordé en genre avec la cible. Les latences de
dénomination de mots ne sont pas influencées par la congruence du déterminant présenté
en amorce alors que les latences de dénomination des dessins montrent un effet. Une
deuxième expérience cherchait à caractériser plus précisément la nature de l’effet de
congruence en utilisant des adjectifs à la place des déterminants. L’effet de congruence
disparaît (presque) entièrement. Une troisième expérience utilisait un matériel pour lequel
la genre du déterminant est imposé par la forme phonologique du mot qui le gouverne
(possessifs utilisés avec des mots à voyelle initiale). Les résultats montrent un effet de
congruence syntaxique, ce qui suppose que celui-ci n’est pas simplement du à la ‘forme’
des stimuli. Les deux dernières expériences cherchaient à déterminer si l’effet de
congruence syntaxique que nous avons mis en évidence étaient, en partie, du à une
facilitation produite par les contextes congruents. Les résultats de ces deux dernières
expériences ne permettent pas de conclure de façon certaine à cette question.
Finalement, des explications plausibles de ces phénomènes ainsi qu’une
évaluation de la portée des résultats sont proposés dans le contexte des modèles d’accès
au lexique en production de la parole.
57
58
Chapitre Trois: Syntaxe p 59
Si ma tante en avait,
on l’appellerait mon oncle
Dicton populaire
Dans ce chapitre nous présentons les résultats de cinq expériences dans lesquelles
nous avons cherché à évaluer le type de contraintes qu’un contexte syntaxique simple -
mot isolé - pouvait imposer sur la réalisation de la tâche de dénomination de dessins.
Nous espérions que la tâche de dénomination serait sensible à ce type de contexte et que
la nature exacte de cette sensibilité nous permetrait de déduire les caractéristiques de
l’activation de l’information syntaxique dans le système de production de parole (cf.
présentation dans l’Introduction).
Nous avons pris comme point de départ de notre recherche la comparaison de la
tâche de dénomination de dessins avec la tâche de dénomination de mots, pour laquelle
un ensemble de recherches était disponible. Pour cette raison, nous commençons par une
revue des recherches qui étudiaient le rôle d’un contexte syntaxique simple sur la
reconnaissance visuelle d’un mot.
22
Pour une revue plus détaillée de cette question, cf. Friederici et Jacobsen (1999).
Chapitre Trois: Syntaxe p 60
que la tâche de dénomination ne l’est pas. Dans ces conditions, l’interprétation en termes
de contrôle post lexical de la cohérence est largement admise. Rappelons encore une fois
que la tâche de décision lexicale comme la tache de lecture de mots sont tenues pour de
bons indicateurs des processus impliqués dans la reconnaissance de mots écrits. Ainsi,
compte tenu de notre intérêt pour la production de parole, nous avons tenté d’évaluer le
rôle possible d’un contexte syntaxique sur la tâche de dénomination de dessins.
23
Bien que ce soient des adjectifs, les possessifs sont, tout comme les articles, des mots de la classe fermée.
Chapitre Trois: Syntaxe p 61
3.2.1 Méthode
Sujets 40 sujets ont participé à cette expérience : 20 d’entre eux recevaient des
cibles mot et les 20 autres des cibles dessin. Ils étaient tous étudiants à l’université René
Descartes (Paris V) et participaient aux expériences dans le cadre de leur formation. Leur
langue maternelle était le français. Chacun a déclaré avoir une vue normale,
éventuellement après correction.
Matériel Pour cibles, nous avons choisi un ensemble expérimental de 48 mots,
noms communs désignant des objets concrets pouvant être dessinés. La moitié des mots
étaient masculins et l’autre moitié féminins. Seuls des concepts ayant un genre arbitraire
exclusivement grammatical ont été retenus, en évitant les mots ayant un genre défini
sémantiquement comme c’est le cas, par exemple, pour certains noms d’animaux (‘vache’
ou ‘taureau’)24. La fréquence moyenne écrite des mots était de 30 occurrences par million
(masculins : 28 ; féminins : 33 ; d’après Content et al., 1990). Le nombre moyen de
syllabes était de 1,6 (masculins : 1,8 ; féminins : 1,5). En plus de ces mots, 10 mots
destinés aux essais d’entraînement ont été choisis.
Les dessins choisis pour représenter les objets désignés par les mots étaient issus
de la base décrite au Chapitre Deux. Tous les dessins avaient un accord Image/nom de
100%. Au cours de l’expérience, les dessins apparaissaient en noir sur un carré blanc de
245 x 240 pixels (les sujets étaient assis à à peu près 60 cm de l’écran, ce qui donnait un
angle visuel de 6.25° x 6.20°). Les mots apparaissaient en majuscules noires sur un
rectangle blanc de 245 x 50 pixels, ce qui les rendait parfaitement lisibles.
Pour amorces, trois types de déterminants ont été utilisés : articles définis (‘le’ et
‘la’), articles indéfinis (‘un’ et ‘une’) et adjectifs possessifs à la première personne (‘mon’
et ‘ma’). Rappelons que ces trois types de déterminants suivent une règle d’accord avec le
nom auquel ils sont rattachés. Cette règle détermine leurs formes orthographique et
phonologique. Une liste complète des stimuli est donnée dans les Annexes.
Plan d’expérience Deux facteurs principaux ont été manipulés dans cette
expérience : la congruence de genre entre l’amorce et la cible avec deux niveaux -
congruent et incongruent - et le format de la cible avec deux niveaux - cible mot et cible
dessin. Nous nous référerons à ces deux facteurs par les termes congruence et format. La
congruence était croisée avec les sujets et le format emboîtait les sujets. Par contre les
deux facteurs étaient croisées avec les items. Chaque dessin recevait un seul type de
déterminant.
De plus, un facteur secondaire liste emboîtant les sujets a été introduit dans le but
de contrebalancer les conditions d’apparition de chacune des cibles. De façon à créer
deux listes expérimentales, l’ensemble des mots cible a été divisé en deux groupes de 24
mots (12 masc. et 12 fém. chacun) ayant des caractéristiques appariées. Une première
24
Il y a par inadvertance une exception à ce critère dans notre matériel : le mot serpent. On conviendra cependant que
le genre naturel des serpents n’est pas apparent, que le mot est toujours masculin en français et qu’il n’en existe pas de
version féminine - si l’on excepte un possible *serpente...
Chapitre Trois: Syntaxe p 62
25
Soit 9% des essais.
Chapitre Trois: Syntaxe p 63
3.2.2 Résultats
Les essais pour lesquels les sujets ont nommé incorrectement les cibles - en
particulier si ils n’utilisaient pas le nom modal des dessins défini au Chapitre 2 ; ceux où
ils hésitaient bruyamment (« heuuu ») ; ceux où ils ont eu a répéter leur réponse ou
bégayé ont été comptabilisés comme des erreurs (en tout, 6.9% des données). Ensuite, les
items qui produisaient plus de 25% d’erreurs pour l’un ou l’autre des formats ont été
entièrement exclus des analyses (soit, avec plus de 25% d’erreurs en dénomination de
dessins : tabouret, jupe et pelle ; avec plus de 25% d’erreurs en dénomination de mots :
nid). Après le retrait de ces items la proportion d’erreurs dans les données restantes était
de 3.9%. De plus, dans le but d’éviter une trop grande influence de valeurs extrêmes non
significatives, les temps de réaction supérieurs à 3000 ms ou déviant de la moyenne de
chaque sujet de plus de deux écarts type ont été exclus des analyses des temps de
dénomination (5.3% des données restantes). Tous les essais attrape ont produit des
réponses correctes. Les données obtenues pour chaque condition expérimentale sont
présentées dans le Tableau 3- —1. Les latences de dénomination et les erreurs de
production ont été soumises à deux analyses de variance - ANOVA - une par sujets (F1)
et l’autre par items (F2). Ces analyses montrent l’existence d’un effet du facteur format de
la cible (F1(1-38) = 163, p < 0.01 ; F2(1-43) = 530, p < 0.01) : les réponses aux cibles mot
étaient significativement plus courtes (481 ms) que les réponses aux dessins (758 ms). Il
y a aussi un effet du facteur principal congruence, avec des réponses plus rapides dans la
condition ‘congruent’ que dans la condition ‘incongruent’ (F1(1-38) = 23.0, p < 0.01 ;
F2(1-43) = 26.7, p < 0.01). Cependant, ces résultats doivent être nuancés par l’existence
d’une interaction entre les deux facteurs (F1(1-38) = 19.9, p < 0.01 ; F2(1-43) = 20.1, p <
0.01). Les comparaisons planifiées montrent que l’effet de congruence est présent pour
les cibles dessin (effet de 64 ms ; t1(19) = 4.8, p < 0.01 ; t2(44) = 5.2, p < 0.01) mais pas
pour les cibles mot (t1 et t2 < 1).
Les mêmes analyses ont été réalisées sur les pourcentages moyens d’erreurs de
production. Le patron de résultats est proche : effet du format (F1(1-38) = 15.1, p < 0.01 ;
F2(1-43) = 15.1, p < 0.01), pas d’effet de la congruence (F1 et F2 < 1) et interaction entre
les deux facteurs (F1(1-38) = 4.68, p = 0.04 ; F2(1-43) = 3.69, p = 0.06). L’interaction
reflète une plus grande différence entre les deux niveaux congruent et incongruent pour
les dessins que pour les mots. Pourtant, les comparaisons planifiées montrent que l’effet
de congruence n’est significatif pour aucun des deux formats de cible : dessins (t (19) =
1.69, p = 0.1 ; t (45) = 1.22 ; p = 0.23) ou mots (t (19) = 1.36, p = 0.2 ; t (46) = 1.52 ; p =
0.13).
3.2.3 Discussion
Compte tenu de la nature de la tâche de dénomination - de mots ou de dessins -
nous concentrerons notre discussion sur l’analyse des résultats obtenus pour les latences
de dénomination. En effet, les types d’erreurs que nous avons observé sont des réponses
alternatives au nom du dessin ou bien des hésitations ou encore des erreurs de
prononciation. Ces erreurs sont peu informatives dans le contexte de l’étude que nous
rapportons. Cela dit, nous signalerons les observations de taux d’erreurs susceptibles de
moduler les interprétations des latences de dénomination.
Chapitre Trois: Syntaxe p 64
L’observation de réponses plus rapides avec les mots écrits qu’avec les dessins ne
constitue pas une nouveauté : il s’agit de la différence connue entre lecture et
dénomination sur laquelle nous ne reviendrons pas (Fraisse, 1964). Par contre, il est
intéressant de noter que l’on observe un effet de congruence de genre grammatical pour
les cibles dessin mais pas pour les cibles mot. Les réponses de dénomination à un dessin
sont ralenties dans un contexte syntaxique composé d’un mot incongruent précédant la
cible, alors que les réponses à des mots - réponses qui, in fine, sont les mêmes - ne sont
pas influencées par ce même contexte. Bien évidemment, les processus permettant de
passer du stimulus à la réponse sont différents dans chacun des cas.
L’absence d’effet pour les cibles mot est comparable aux nombreuses
observations rapportées dans la littérature que nous avons cité précédemment (Carello et
al., 1988; Colé et Segui, 1994; Goodman et al., 1981; Seidenberg et al., 1984; Sereno,
1991). Pour l’expliquer, on peut proposer que la lecture se fait par l’application de règles
de conversion des graphèmes en phonèmes (Coltheart, 1978), règles dont l’application
serait insensible au contexte de type syntaxique. En effet, bien que ce facteur n’ai pas été
contrôlé explicitement dans notre matériel, la plupart des mots cible avaient une
prononciation régulière. Il s’agit là de l’explication usuellement donnée pour l’absence de
cet effet en lecture de mots.
Par contre, l’observation d’un effet pour la dénomination de dessins est une
nouveauté dont nous allons tenter de caractériser l’origine. On peut noter que
l’application de règles G à P n’est pas possible dans le cas de la tâche de dénomination
de dessins dont la réalisation passe nécessairement par une étape de lexicalisation. La
logique de cette distinction de processus suggère que l’effet d’incongruence pourrait se
situer au cours de traitements propres à la dénomination de dessins. Par exemple, le
traitement d’un contexte masculin pourrait ralentir la sélection lexicale de candidats de
genre féminin, selon un processus qu’il faudrait préciser.
Avant de considérer une telle possibilité, il faut être en mesure d’écarter une autre
explication plus directe de l’effet : le ralentissement du traitement dans le cas incongruent
pourrait être simplement dû à un contrôle de l’output par le sujet. Ce processus post
Chapitre Trois: Syntaxe p 65
lexical de haut niveau serait du même genre que ceux qui sont biaisés dans le cas d’effets
de congruence syntaxique en décision lexicale - cf. p. ex. Carello et al., 1988. Précisons :
dans le contexte incongruent, le sujet aurait un biais à ne pas répondre ou à chercher une
réponse alternative au moment où sa réponse est déjà prête et avant même d’initier celle-
ci. Ce biais serait produit par une mise en relation irrépressible à un niveau assez central
du déterminant masculin - qu’il vient de lire - avec la réponse féminine - qu’il vient de
récupérer26. Le sujet détecterait l’incorrection qu’il y a à dire « table » après « le » et ne
pourrait réprimer un début de correction qui ralentirait ses réponses en moyenne.
Dans une certaine mesure, l’absence d’effet pour les mots nous permet d’écarter
une explication en ces termes. En effet, si un contrôle central tardif de la réponse a lieu au
moment où celle-ci est prête à être articulée, on s’attendrait à ce qu’il affecte de façon
semblable toutes les réponses finales, que celles-ci soient issues du traitement d’un mot
ou du traitement d’une image. Le manque de sensibilité au contexte des réponses en
dénomination de mots indique que l’effet dans la tâche de dénomination de dessins s’est
produit plus tôt.27
Il nous reste donc à déterminer la nature de l’influence que le traitement du mot
contexte produit sur le processus de dénomination. Dans l’Expérience 2, nous mettons à
l’épreuve l’idée que c’est le traitement de la marque de genre portée par l’amorce qui est
responsable de l’effet de congruence. Cette idée a récemment été suggérée par Jescheniak
(1999) (cf. aussi Schriefers et Jescheniak, 1999). D’après cette explication, la lecture de
l’amorce activerait les représentations de ses propriétés - au premier rang desquelles son
genre grammatical. Cette activation influencerait la sélection lexicale de la cible, au
moyen de possibles connexions bidirectionnelles entre les représentations lexicales et les
représentations de genre correspondantes.
Pour tester cette hypothèse, nous avons remplacé les déterminants de l’Expérience
1 par des adjectifs dont les formes phonologique et orthographique s’accordent avec le
nom qui les gouverne selon son genre. Le traitement des adjectifs, eux aussi marqués en
genre, devrait produire des activations comparables à celles qui se produisaient avec les
déterminants. Dans le cas où l’explication ci-dessus est correcte, la dénomination de la
cible devrait subir la même influence de la part des adjectifs que de la part des
déterminants. Par contre, si le traitement des adjectifs ne produit pas les mêmes
activations des représentations de genre, ou si l’origine de l’effet est ailleurs, on peut
s’attendre à ce qu’il soit absent dans la nouvelle expérience.
Notons que la sélection des adjectifs pour l’expérience demande la prise en
compte des particularités du français en ce qui concerne la position de ces constituants
dans les syntagmes. En effet, la plupart des adjectifs utilisés comme épithètes sont placés
après le nom qu’ils caractérisent (adjectifs postposés : table blanche) alors que quelques
uns sont placés avant (adjectifs antéposés : grande table. Bescherelle, 1990). Notons que
la position canonique propre à chaque adjectif peut être inversée : cela implique un sens
connoté ou modifié. Par exemple ‘homme grand’ et ‘grand homme’ n’ont pas le même
sens ; ‘fleur blanche’ et ‘blanche fleur’ n’ont pas le même pouvoir d’évocation. Dans
26
...et inversement.
27
Les résultats des Expérience 2 et 3 apporteront d’autres arguments contre l’explication de l’effet en termes de
contrôle de haut niveau.
Chapitre Trois: Syntaxe p 66
notre dispositif expérimental les mots amorce précédaient la cible et la réponse que celle-
ci suscite. Cet agencement ne pouvait être modifié sans transformer de façon radicale le
paradigme. Nous avons donc tenu compte des contraintes portant sur l’ordre des
constituants en manipulant deux facteurs expérimentaux : un facteur position usuelle de
l’adjectif et un facteur congruence de genre comparable à celui de l’Expérience 1. Nous
désignons ces facteurs sous les termes respectifs de position et congruence.
Rappelons brièvement notre hypothèse : si c’est la marque de genre dans les
amorces qui est responsable de l’effet de congruence, celui-ci devrait se retrouver avec
les adjectifs alors qu’une absence d’effet nécessiterait une réévaluation de sa cause.
3.3.1 Méthode
Sujets 40 sujets ont participé à cette expérience : tous recevaient des cibles
dessin, mais 20 d’entre eux recevaient des amorces qui étaient des adjectifs antéposés et
les 20 autres des adjectifs postposés. Ils étaient tous étudiants à l’université René
Descartes (Paris V) et participaient aux expériences dans le cadre de leur formation. Leur
langue maternelle était le français. Chacun a déclaré avoir une vue normale,
éventuellement après correction. Ils n’avaient pas participé à l’Expérience 1.
Matériel Les cibles étaient les dessins que nous avions utilisé dans l’Expérience
1. Les amorces étaient des adjectifs, choisis parmi deux catégories : soit des adjectifs
s’utilisant le plus fréquemment avant le nom qu’ils déterminent - adjectifs antéposés
comme ‘grand’ - soit des adjectifs s’utilisant le plus fréquemment après le nom qu’ils
déterminent - adjectifs postposés comme ‘blanc’ (Bescherelle, 1990). Trois adjectifs de
chaque type ont été choisis. Pour les antéposés, qui sont peu nombreux dans la langue,
nous avons retenu : vieux - vieille ; grand - grande ; et beau - belle. Pour les postposés, de
façon à créer une certaine homogénéité dans le matériel nous avons retenu trois adjectifs
de couleur : vert - verte ; blanc - blanche ; gris - grise. Ces adjectifs apparaissaient à
l’écran de l’ordinateur dans des conditions semblables à celles des déterminants de
l’Expérience 1 : en majuscules noires sur un rectangle blanc de 245 x 50 pixels.
Plan d’expérience Deux facteurs principaux ont été manipulés dans cette
expérience : la congruence de genre entre l’amorce et la cible avec deux niveaux -
congruent et incongruent ; la position usuelle de l’adjectif présenté en amorce, avec deux
niveaux - adjectifs antéposés et adjectifs postposés. Nous nous référerons à ces deux
facteurs par les termes congruence et position. La congruence était croisée avec les sujets
et la position emboîtait les sujets. Par contre les deux facteurs étaient croisées avec les
items. De plus, un facteur secondaire liste emboîtant les sujets a été introduit de la même
façon et pour les mêmes raisons que dans l’Expérience 1.
A chaque sujet était assigné un type d’adjectif et l’une des deux listes
expérimentales. Ainsi, il voyait les 48 cibles, toujours des dessins, la moitié étant en
contexte congruent et l’autre moitié en contexte incongruent.
Procédure La procédure était identique de celle de l’Expérience 1 - consigne,
déroulement des événements, essais ‘attrape’, etc. - à l’exception de la méthode
Chapitre Trois: Syntaxe p 67
d’enregistrement des réponses des sujets. Pour effectuer ces enregistrements, nous avons
utilisé le logiciel RUNWORD 2.0 (Kello et Kawamoto, 1998) qui permet
l’enregistrement synchronisé des réponses des sujets sous forme de fichiers sons,
analysables en différé après l’expérience. La durée totale de l’enregistrement depuis
l’apparition du dessin était de 2 secondes mais le dessin disparaissait dès que la réponse
du sujet était détectée. Après les passations des sujets, leurs réponses étaient écoutées
pour déterminer les erreurs de production et les fichiers étaient soumis à une analyse
automatique afin de déterminer le début sonore de l’articulation de chaque réponse
(toujours avec le même logiciel RUNWORD 2.0).
3.3.2 Résultats
Les critères de l’Expérience 1 ont été utilisés pour déterminer les essais dans
lesquels les sujets avaient donné des réponses erronées ainsi que pour réduire l’influence
de valeurs extrêmes. Avec les adjectifs antéposés, deux items ont produit plus de 25%
d’erreurs (‘cigare’ et ‘noeud’) ; avec les adjectifs postposés, aucun item n’a produit plus
de 25% d’erreurs. En tout, il y a eu 4.4% d’erreurs après retrait de ces items. Les latences
de dénomination et les erreurs de production par condition sont données dans le Tableau
3- —2. Les temps de dénomination ont été soumis à deux analyses de variance, une par
sujets (F1) et l’autre par items (F2). La différence de 15 ms entre les conditions de
contexte congruent et incongruent est marginalement significative dans l’analyse par
sujets (F1(1-38) = 3.77 ; p = 0.06) mais pas significative dans l’analyse par items (F2(1-
45) = 1.09 ; p = 0.30). Par contre, la différence de 53 ms entre adjectifs antéposés (718
ms) et adjectifs postposés (770 ms) est significative (F1(1-38) = 7,97 ; p < 0.01 ; F2(1-45)
= 60.0 ; p < 0.01). Il n’y a pas d’interaction entre ces deux facteurs (F1 < 1 et F2 = 1.30).
Les erreurs de production ont été soumises à une analyse semblable, qui n’a
permis de déceler aucun effet significatif (tous les Fs < 1.18).
Congruent Incongruent diff.
On peut noter que la tendance vers un effet de congruence obtenue dans cette
expérience semble différente du clair effet obtenu dans l’Expérience 1 : la différence est
descriptivement beaucoup plus petite (15 ms ici ; 64 ms dans l’Expérience 1) et sa
fiabilité n’est pas statistiquement claire. Peut-être notre dispositif expérimental manquait
de résolution pour détecter un effet : on peut toutefois noter que si effet il y a, il est
Chapitre Trois: Syntaxe p 68
beaucoup plus petit que celui observé avec les déterminants. Ces remarque sont rendues
plus claires par une analyse supplémentaire des latences de dénomination dans laquelle
nous avons réuni les résultats obtenus dans les Expériences 1 et 2 avec des cibles dessins
dans les contextes respectifs de déterminant, adjectif antéposé et adjectif postposé. Cette
analyse post-hoc comporte le facteur congruence - à deux niveaux - et le facteur contexte
- à trois niveaux (déterminant, adjectif antéposé, adjectif postposé). Les résultats
montrent un effet du type de contexte (F1(2-57) = 3.51 ; p = 0.04 ; F2(2-84) = 6.53 ; p <
0.01), un effet de congruence (F1(1-57) = 21.1 ; p < 0.01 ; F2(1-42) = 7.17 ; p = 0.01),
mais surtout une interaction significative entre les deux facteurs (F1(2-57) = 5.70 ; p <
0.01 ; F2(2-84) = 6.07 ; p < 0.01). Les comparaisons spécifiques montrent que les
déterminants produisent bien un effet de congruence (t1(19) = 4.80, p < 0.01 ; t2(44) =
5.23, p < 0.01), ce qui n’est les cas ni des adjectifs antéposés (t1(19) = 1.65, p = 0.12 ;
t2(45) = 1.37, p = 0.18), ni pour des adjectifs postposés (t1(19) = 1.15, p = 0.26 ; t2(47) =
0.75, p = 0.46). Les résultats de ces analyses sont résumées dans la Figure 3- —1.
100
80
60
**
40
20
n.s. n.s.
0
Déterminants Antéposés Postposés
3.3.3 Discussion
Les résultats de l’Expérience 2 montrent une tendance vers un effet du facteur
congruence de genre lorsque les mots contexte sont des adjectifs. Cette tendance n’atteint
pas le seuil usuel de significativité. Qui plus est, une analyse complémentaire montre que
cette tendance est significativement différente de l’important effet de congruence obtenu
avec les déterminants dans l’Expérience 1.
Par ailleurs, on observe un effet de la position habituelle dans la langue de
l’adjectif contexte. Lorsque celui-ci est usuellement antéposé - grand, vieux, beau - les
réponses sont plus rapides que lorsque l’adjectif est généralement postposé - adjectifs de
Chapitre Trois: Syntaxe p 69
couleur. Notons cependant que ce résultat doit être considéré avec prudence puisque les
deux conditions - antéposé ou postposé - étaient attribuées à des groupes de sujets
différents au cours de l’expérience. Cette observation constitue donc un bon point de
départ qu’il aurait fallu reprendre en tant que tel dans d’autres expériences. Cependant,
nous n’avons pas poursuivi nos investigations dans cette direction car nous étions
principalement intéressés par l’effet de congruence.
Revenons à l’absence d’effet de congruence avec les amorces adjectifs. Celle-ci
indique que pour que la congruence ait lieu il ne suffit pas de traiter un mot marqué pour
le genre avant un dessin à dénommer. La disparition - ou diminution - de l’effet avec les
adjectifs suggère de plus que l’effet de congruence syntaxique n’a pas son origine dans
des processus de contrôle de haut niveau de la réponse de dénomination : l’incorrection
grammaticale est la même dans l’Expérience 1 que dans l’Expérience 2.
Une explication de l’effet de congruence syntaxique qui tient compte des résultats
des Expériences 1 et 2 pourrait alors se situer à un niveau phonologique du traitement. La
plus grande facilité de traitement du groupement ‘la table’ que du groupement ‘le table’
serait due à la différence de fréquence d’utilisation de ces groupements phonologiques
dans la langue. Seuls les sujets qui apprennent la langue, bébés ou adultes, sont
susceptibles d’utiliser le groupement *‘le table’, si bien que celui-ci est rarissime. Par
contre, ‘la table’ est usuel28. Ainsi, la différence de vitesse de traitement de ces deux
types de groupements pourrait être due à une simple différence de pratique. Cette
différence ne serait pas - ou très peu - visible avec les adjectifs car les noms sont moins
souvent utilisés avec chacun des adjectifs qu’avec chacun des déterminants utilisés dans
les expériences, ce qui réduirait le contraste de fréquence d’apparition.
Cette explication nécessite encore de préciser comment une telle différence de
pratique se répercute au niveau phonologique. Avant d’apporter de délicates précisions
théoriques à cette explication, nous la mettons à l’épreuve dans l’Expérience 3. Dans
celle-ci nous avons pris avantage de l’existence d’une règle grammaticale du français
modifiant l’accord des possessifs avec certains types de noms. En français, les possessifs
féminins - ma, ta, sa - son remplacés par leur version masculine - mon, ton, son -
lorsqu’ils sont utilisés avec des noms féminins qui commencent par une voyelle :
mon(masc) étoile(fém). Les noms masculins commençant par une voyelle s’utilisent avec le
déterminant masculin, sans autre particularité : mon(masc) arbre (masc). L’existence de cette
règle nous permet de construire une situation expérimentale où le groupement contexte +
cible est grammaticalement correct et congruent du point de vue de la forme, mais où le
genre grammatical de l’amorce et de la cible sont différents - p. ex. mon(masc) étoile(fém).
Cette condition expérimentale est alors comparée à la condition ou le groupement est
grammaticalement correct, congruent du point de vue de la forme mais aussi ou le genre
de l’amorce et de la cible sont les mêmes : mon(masc) arbre(masc).29
28
Bien évidemment , cette différence de fréquence est vérifiée pour tous les noms communs, indépendamment de leur
fréquence écrite absolue.
29
La règle de modification de la forme du possessif s’applique aux noms communs féminins à voyelle initiale. D’après
la base BRULEX de Content et al., 1990, il y a 15.3% de noms communs féminins parmi les noms communs qui
s’utilisent avec ‘mon’. En tenant compte de la fréquence des items, ‘mon’ est suivi d’un féminin dans 20.2% des
occurrences. Cela suggère que ‘mon’ est bel et bien un possessif masculin.
Chapitre Trois: Syntaxe p 70
3.4.1 Méthode
Sujets 20 sujets ont participé à cette expérience. Ils étaient tous étudiants à
l’université René Descartes (Paris V) et participaient aux expériences dans le cadre de
leur formation. Leur langue maternelle était le français. Chacun a déclaré avoir une vue
normale, éventuellement après correction. Ils n’avaient pas participé aux expériences
précédentes.
Matériel Pour cette expérience, les cibles étaient des mots commençant par une
voyelle. Nous avons choisi 28 mots parmi ceux de l’étude décrite au Chapitre Deux et les
dessins correspondants. Encore une fois, les référents des mots ne devaient pas avoir de
genre sémantique clair. En particulier, les quelques animaux qui figurent dans le matériel
ne comportent pas de marque claire de genre et sont désignés par un seul mot en français
- p. ex. ‘autruche’. L’inclusion d’animaux, évités jusqu’ici, est justifiée par la nécessité de
satisfaire des contraintes sur le phonème initial (une voyelle), d’accord sur le nom de
l’image et la nécessité de dessiner de façon non ambiguë chaque stimulus. La moitié de
ces dessins avaient un nom masculin et l’autre moitié féminin. Compte tenu de la
nécessaire comparaison de groupes d’items dans des conditions expérimentales
différentes, il était important d’apparier un maximum de propriétés de stimuli masculins
et féminins dans le but de minimiser les chances d’un biais expérimental. Les groupes de
mots masculins et féminins avaient des fréquences écrites comparables (masc. 44 occ. p.
mill ; fém. 38 occ. p. mill ; t(26) = 0.27, p = 0.79). La longueur en syllabes des mots
masculins était plus grande (masc. 2.5 ; fém. 1.9 ; t(26) = 1.79, p = 0.08). Cette
différence, conséquence du respect d’un certain nombre de contraintes dans le choix du
matériel, sera à prendre en compte lorsque nous examinerons les résultats. Nous l’avons
acceptée car elle est orientée dans le sens contraire de l’hypothèse : un éventuel effet de
longueur syllabique pourrait en effet accélérer les réponses pour les dessins féminins
alors que notre hypothèse implique des réponses plus lentes pour ces derniers. Par
ailleurs, las autres propriétés connues du matériel ont été appariées pour les deux groupes
- cf. Chapitre Deux : Accord Image/Nom 96% et 97%, Familiarité 2.6 et 2.6, Complexité
visuelle de l’image 3.3 et 3.0, Variabilité de l’image 3.0 et 2.6, et Jugement de l’âge
d’acquisition 2.4 et 2.6. Tous les t < 1.4).
En plus de ces mots, 48 mots commençant par une consonne et les dessins
correspondants ont été sélectionnés pour être utilisés comme items de remplissage. Il
s’agit en fait des cibles utilisées dans les Expériences 1 et 2. Ces items de remplissage
Chapitre Trois: Syntaxe p 71
étaient destinés à ce que l’attention du sujet ne soit pas attirée sur la règle grammaticale
que nous utilisions - utilisation de ‘mon’, ‘ton’, et ‘son’ avec des noms féminins
commençant par une voyelle. La proportion d’items expérimentaux était donc de 37%.
Par ailleurs, les mêmes 10 dessins d’entraînement permettant aux sujets de se
familiariser avec les instructions et la procédure ont été utilisés. Le nombre d’essais
attrape (déterminant suivi de point d’interrogation) était de 10, soit 12% des essais.
Les conditions de présentation des stimuli à l’écran de l’ordinateur étaient les
mêmes que précédemment.
Les amorces dans les essais expérimentaux étaient toujours des adjectifs
possessifs au masculin (mon ; ton ; son). Dans les essais de remplissage, ils pouvaient
être l’un de ces possessifs (mon/ma ; ton/ta ; son/sa), mais aussi des articles, définis
(le/la) ou indéfinis (un /une). Tous ces déterminants s’accordent avec le nom auquel il se
réfèrent, ce qui modifie leur forme phonologique et orthographique. Une liste complète
des stimuli est donnée en annexe.
Plan d’expérience Un seul facteur principal était manipulé dans cette
expérience, l’accord en genre grammatical entre le déterminant et la cible. Il convient de
noter que, contrairement aux expériences précédentes, la forme du combiné contexte +
cible des essais expérimentaux était toujours correcte dans les essais expérimentaux, en
vertu de l’utilisation des possessifs masculins (‘mon’, ‘ton’ et ‘son’) avec des noms
masculins et féminins (p. ex. ‘mon’ + ARBRE et ‘mon’ + ETOILE). Nous appellerons ce
facteur concordance de genre, en gardant à l’esprit la remarque qui précède. Le facteur
concordance de genre était croisé avec les sujets. Par contre, compte tenu du fait que la
règle qui impose la modification de la forme du déterminant avec en cas de voyelle
initiale ne s’applique qu’aux noms féminins, le facteur congruence de genre emboîtait les
items. Utilisés dans le contexte de ‘mon’, ‘ton’ et ‘son’, les items masculins était toujours
concordants et les items féminins toujours non concordants.
De plus, de façon à contrebalancer le matériel, deux listes expérimentales ont été
crées. La division des items expérimentaux a été réalisée comme précédemment. Les
deux listes avaient en commun les items de remplissage.
Procédure L’ensemble de la procédure était la même que dans l’Expérience 2
3.4.2 Résultats
Il convient avant tout de noter que le nombre d’erreurs de production dans cette
expérience a été très important, en tous les cas bien supérieur a celui observé dans les
expériences précédentes : 17.6 % des données étaient des erreurs et 8 items sur 28 avaient
produit plus de 25% d’erreurs. Ce nombre élevé est en petite partie dû à des réponses où
les sujets ‘liaient’ involontairement au niveau phonologique l’amorce et la cible - p. ex.
ils répondaient « *narbre ». Pourtant il est surtout dû aux dessins choisis : ceux-ci ont en
effet conduit à beaucoup de réponses alternatives, malgré que dans l’étude décrite au
Chapitre Trois: Syntaxe p 72
Chapitre Deux ils produisaient des réponses assez constantes (accord nom - image de
96% en moyenne ; bornes : 82% et 100% ; cf. annexe) 30.
Par ailleurs, un des sujets s’est avéré anormalement lent pour effectuer la tâche en
comparaison avec les autres sujets : sa latence moyenne de dénomination était supérieure
à 1000 ms. De façon à obtenir un ensemble homogène de données, ce sujet n’a été pris en
compte dans aucune des analyses. La lenteur de ses réponses laisse en effet penser qu’il
n’effectuait pas la tâche de la même façon que les autres participants.
Dans les données restantes, la procédure usuelle a été suivie. Les items qui
produisaient plus de 25% d’erreurs ont été écarté des analyses (huit items : abeille,
asperge, autruche, enveloppe, éventail, hamac, hamburger, harpe). Après le retrait de ces
items, la proportion d’erreurs dans les données restantes était de 7.5%. Comme pour les
analyses des autres expériences, nous avons tenté de limiter l’influence des valeurs
extrêmes en excluant des analyses des temps de dénomination les données distantes de
plus de deux écarts type de la moyenne de chaque sujet. Les résultats obtenus pour les
latences de dénomination et le pourcentages moyens d’erreur sont donnés dans le Tableau
3- —3. Compte tenu du plan expérimental, les données ont été analysées à l’aide de tests t
de Student pour échantillons appariés dans les cas de l’analyse par sujets et d’échantillons
indépendants dans le cas de l’analyse par items. Ces analyses montrent que la différence
de 51 ms dans les temps de réaction est significative par sujets (t1(18) = 2.38, p = 0.03)
mais pas par items (t2(18) = 0.89, p = 0.38).
Concordant Non concordant diff.
3.4.3 Discussion
Les résultats de l’Expérience 3 montrent l’existence d’un effet de concordance de
genre entre le contexte et la cible31. En particulier, cet effet se produit alors que le
contexte et la cible sont congruents du point de vue de la forme, puisque les formes ‘mon’
30
Notons que l’étude du Chapitre Deux était réalisée sans pression temporelle.
31
L’effet important (51 ms) n’est significatif que dans l’analyse par sujets. Cette limitation statistique peut être
attribuée au grand nombre d’erreurs observées dans cette expérience : cela nous a conduit a n’analyser qu’un nombre
réduit d’items. De plus, la règle grammaticale utilisée imposait de comparer des items différents dans des conditions
différentes.
Chapitre Trois: Syntaxe p 73
+ ARBRE et ‘mon’ + ETOILE sont aussi correctes - et, compte tenu du contrôle de la
fréquence des items, aussi courantes - l’une que l’autre. Rappelons que les sujets devaient
lire mentalement l’amorce et dénommer à voix haute la cible.
La persistance de l’effet dans ces nouvelles conditions indique que celui-ci n’est
pas simplement lié à la fréquence d’utilisation (‘la table’ est beaucoup plus fréquent que
*‘le table’ mais ‘mon arbre’ et ‘mon étoile’ ont des fréquences semblables). Le
ralentissement dans la condition non concordant n’est pas non plus dû à des traitements
de contrôle de haut niveau - output editing - qui seraient déclenchés par l’incongruence
de la forme du couple amorce - cible, puisque les deux formes sont correctes.
L’influence du mot contexte pourrait se situer au niveau de la sélection lexicale
d’un nom pour le dessin, selon des modalités qu’il faudrait préciser. Avant de passer à
une discussion générale de la nature de l’effet de congruence syntaxique, nous présentons
deux expériences qui tentaient de caractériser plus précisément sa nature. En particulier,
nous avons cherché à déterminer si la différence de performance entre les conditions
congruent et non congruent était due à un ralentissement dans la condition incongruent ou
si, au contraire, il y avait aussi une portion de facilitation dans la condition congruente. Il
se pourrait en effet que la dénomination dans le contexte d’un déterminant soit facilitée
car l’utilisation de mots isolés, bien que possible, est plutôt inhabituelle. Cela voudrait
dire que l’effet de congruence syntaxique a deux volets - facilitation et interférence - dont
les causes pourraient être distinctes.32
Dans l’Expérience 4, nous avons comparé la dénomination de dessins dans un
contexte congruent - déterminant accordé en genre - à la dénomination dans un contexte
réputé neutre33 - ‘XXX’. Les conditions étaient par ailleurs similaires à celles des
expériences qui précèdent. Si l’effet de congruence est principalement dû à un
ralentissement des réponses dans la condition incongruent, pas de différence entre les
conditions congruent et neutre n’est à espérer. Par contre, si le traitement de l’amorce
‘prépare’ le système à la dénomination, on peut s’attendre à un effet de facilitation entre
la condition congruent et la condition neutre.
3.5.1 Méthode
Sujets 20 sujets ont participé à cette expérience. Ils étaient tous étudiants à
l’université René Descartes (Paris V) et participaient aux expériences dans le cadre de
32
On peut signaler qu’une démarche comparable a été suivie par les auteurs qui étudiaient les effets de congruence de
genre se produisant dans d’autres tâches comme la décision lexicale auditive (Grosjean, Dommergues, Cornu,
Guillelmon et Besson, 1994, voir aussi Bates, Devesconi, Hernandez et Pizzamiglio, 1996).
33
La sélection de conditions neutres est toujours délicate en psycholinguistique, dans une large mesure par ce que la
‘neutralité’ est une notion plutôt diffuse. Nous avons choisi ‘XXX’ plutôt qu’un contexte nul en pensant que la
comparaison entre deux conditions serait plus justifiée si dans les deux cas les sujets avaient à traiter quelque chose
avant la cible. Evidemment, même si ‘XXX’ est constitué de lettres, ce n’est pas un mot et il est n’est pas exclu que ce
contexte induise des traitements spécifiques.
Chapitre Trois: Syntaxe p 74
leur formation. Leur langue maternelle était le français. Chacun a déclaré avoir une vue
normale, éventuellement après correction. Ils n’avaient pas participé aux expériences
précédentes.
Matériel Les cibles étaient les 48 dessins des Expériences 1 et 2. Ils pouvaient
être précédés d’un contexte congruent (déterminant accordé en genre avec le dessin) ou
bien d’un contexte neutre (‘XXX’).
Plan d’expérience Un seul facteur principal était manipulé dans cette
expérience : la relation entre la cible et l’amorce, cette dernière pouvant être soit
congruente (déterminant + cible) soit neutre (XXX + cible). Ce facteur était croisé avec
les sujets et croisé avec les items. De plus, un facteur secondaire liste emboîtant les sujets
a été introduit de la même façon et pour les mêmes raisons que dans les expériences
précédentes.
Procédure La procédure était la même que dans l’Expérience 1, avec la seule
différence que les sujets ne voyaient ici que des cibles dessins.
3.5.2 Résultats
Les mêmes critères que dans les expériences précédentes ont été utilisés pour
déterminer les essais dans lesquels les sujets avaient donné des réponses erronées, ainsi
que pour réduire l’influence des valeurs extrêmes. Les items qui produisaient plus de
25% d’erreurs ont été entièrement exclus des analyses des latences de dénomination (3
dessins : bague, chemise et jupe). Après ces manipulations les erreurs constituaient 5.8%
des données. Les temps de réaction supérieurs à 3000 ms ou déviant de la moyenne de
chaque sujet de plus de deux écarts type constituaient 5.0% des données restantes. Les
données obtenues pour chaque condition expérimentale sont données dans le Tableau 3-
—4. Les données - latences de dénomination et pourcentages d’erreurs - ont été analysées
par sujets et par items en utilisant des tests t de Student pour échantillons appariées. Les
analyses montrent que l’effet de la condition d’amorçage sur les latences de
dénomination est significatif (effet : 28 ms ; t1(19) = 2.31, p = 0.03 ; t2(44) = 2.11, p =
0.04). La différence de 2.5% dans les pourcentages d’erreurs n’est pas significative
(t1(19) = 1.16, p = 0.26 ; t2(44) = 1.61, p = 0.11).
3.5.3 Discussion
Nous observons dans l’Expérience 4 un effet de congruence qui a la forme d’une
facilitation des réponses dans la condition congruent par rapport à la condition neutre. Si
l’on rapproche ce résultat de l’effet de congruence observé dans l’Expérience 1, on peut
être tenté d’interpréter l’effet de 64 ms comme étant en partie dû à une facilitation (les 28
ms de l’Expérience 4, soit 44%) et en partie à une inhibition. Cette conclusion est à
manier avec prudence puisque, bien que les conditions globales de passation de
l’expérience aient été aussi proches que possible dans les deux cas, l’inévitable différence
dans le matériel expérimental - présence de contextes incongruents dans un cas mais pas
dans l’autre - rend difficile une comparaison directe des résultats numériques. Il n’en
reste pas moins que les résultats de l’Expérience 4 indiquent que la présence d’un
contexte congruent accélère la dénomination par rapport à un contexte neutre.
Chapitre Trois: Syntaxe p 75
Ces données descriptives montrent une tendance assez claire. Bien sûr, cette
analyse a été faite sur des données de l’expérience d’origine, qui n’était pas destinée à
tester des hypothèses concernant les effets de la fréquence. Il est difficile d’en tirer des
conclusions robustes. Pourtant une éventuelle interaction de l’effet de congruence
syntaxique avec la fréquence ne serait pas dénué d’intérêt. Cette tendance conduirait à
situer l’effet de congruence au niveau lexical de l’encodage phonologique de la réponse
au dessin. En effet, Jescheniak et Levelt (1994) ont montré des arguments forts pour une
localisation de l’effet de fréquence à ce niveau. Cependant, compte tenu des
conséquences possibles de telle ou telle interprétation, nous avons décidé de soumettre
l’hypothèse d’une interaction entre congruence et fréquence à un test empirique direct. Il
s’agit de l’Expérience 5 dans laquelle nous avons repris les deux contextes congruent et
neutre de l’Expérience 4 que nous avons combiné avec deux groupes contrastés de
34
Il y avait à l’origine 48 cibles. Les résultats de trois d’entre elles n’ont pas été pris en compte en raison du nombre
d’erreurs qu’elles suscitaient, ce qui laisse 45 cibles dans les données analysées. 45 / 2 = 22,5.
Chapitre Trois: Syntaxe p 76
dessins : un avec des noms de haute fréquence et l’autre avec des noms de basse
fréquence. De plus, compte tenu de la basse fréquence d’usage de certains des items
expérimentaux, nous avons choisi d’effectuer deux passations de l’expérience par sujet,
en espérant que la variance globale serait réduite au deuxième passage.
Nous espérions retrouver l’effet de facilitation pour le contexte congruent ainsi
que l’interaction avec la fréquence que nous avons entrevue dans l’Expérience 4.
3.6.1 Méthode
Sujets 20 sujets ont participé à cette expérience. Ils étaient tous étudiants à
l’université René Descartes (Paris V) et participaient aux expériences dans le cadre de
leur formation. Leur langue maternelle était le français. Chacun a déclaré avoir une vue
normale, éventuellement après correction. Ils n’avaient pas participé aux expériences
précédentes.
Matériel Le matériel était composé de 48 mots cible et des dessins
correspondants. La moitié de ces mots était de genre grammatical masculin et l’autre
moitié de genre grammatical féminin, moitiés dont les propriétés étaient appariées. De
façon à distinguer deux groupes de mots en fonction de leur fréquence d’usage nous
avons tenu compte à la fois de la valeur de fréquence dans un corpus écrit - Content et al.,
1990 - et des jugements de familiarité d’objets décrits au Chapitre Deux. Ainsi, les 24
mots du premier groupe étaient peu fréquents à l’écrit - moyenne : 10 occurrences par
million - et leur référents jugés peu familiers - moyenne : 2.0 sur une échelle de 1 à 5. Les
24 mots du deuxième groupe étaient très fréquents - moyenne : 232 occ. p. mill. - et leurs
référents jugés très familiers - moyenne : 4.4 sur la même échelle. De cette façon nous
espérions dissocier les cibles en deux groupes l’un d’usage très courant, l’autre d’usage
peu courant. L’accord nom - dessin était de 98% en moyenne.
Les déterminants étaient les mêmes que précédemment - ‘le/la’, ‘un/une’,
‘mon/ma’ - huit de chaque et le contexte neutre à nouveau ‘XXX’.
Plan d’expérience Deux facteurs principaux étaient manipulés dans cette
expérience : la relation entre la cible et l’amorce, cette dernière pouvant être soit
congruente (déterminant + cible) soit neutre (XXX + cible) ; et la fréquence de la cible -
haute ou basse. La congruence était croisée avec les sujets et les items. La fréquence était
croisée avec les sujets mais emboîtait les items.
De plus, un facteur secondaire liste emboîtant les sujets a été introduit de la même
façon et pour les mêmes raisons que dans les expériences précédentes.
Procédure La procédure était la même que dans l’Expérience 2, avec la seule
différence que les sujets effectuaient deux passations de l’Expérience. Tout d’abord avec
une liste et ensuite avec l’autre liste.
Chapitre Trois: Syntaxe p 77
3.6.2 Résultats
Les erreurs des sujets ont été traitées comme précédemment. Au total elles
constituaient 5.4% des données dans la première passation et 4.5% dans la deuxième
passation. Dans la première passation, deux items ont produit plus de 25% d’erreurs et
ont don été retiré des analyses (fouet, feu). Dans la deuxième passation, il n’y en a eu
qu’un (feu). Les données distantes de plus de deux écarts type de la moyenne pour
chaque sujet ont été exclues des analyses des latences de réaction. Les résultats par
condition expérimentale sont donnés dans le Tableau 3- —6 et le Tableau 3- —7.
Les données ont été soumises à deux analyses de variance - ANOVA - une par
sujets (F1) et l’autre par items (F2). Ces analyses montrent un clair effet de la fréquence
(F1(1-19) = 127, p < 0.01 ; F2(1-43) = 73.1, p < 0.01), avec des réponses plus rapides
pour les mots de haute fréquence. Il y a aussi un effet de la passation (F1(1-19) = 24.4, p
< 0.01 ; F2(1-43) = 17.9, p < 0.01) : les réponses au premier passage sont plus lentes
qu’au deuxième passage. De plus, l’interaction entre ces deux facteurs est significative
(F1(1-19) = 12.3, p < 0.01 ; F2(1-43) = 3.27, p = 0.08), ce qui signifie que la différence
entre mots de haute et de basse fréquence est réduite à la deuxième passation. Aucun
autre effet n’atteint le seuil usuel de signifcativité. En particulier, il n’y a pas d’effet de
congruence (F1(1-19) = 1.31, p = 0.27 ; F2(1-43) = 1.66, p < 0.21) et l’interaction
congruence x fréquence que nous pensions observer n’est pas significative (F1(1-19) =
1.06, p = 0.32 ; F2(1-43) < 1).
Il est vrai que les résultats de la deuxième passation, celle où les sujets avaient
déjà été confrontés au dessins une fois, montrent une tendance qui va exactement dans les
sens espérée : différence entre congruent et neutre de 18 ms pour les mots de basse
fréquence et différence négligeable de 2 ms pour les mots de haute fréquence. Une
analyse des seules données de la deuxième passation montre qu’il y a un effet de
fréquence (F1(1-19) = 67, p < 0.01 ; F2(1-45) = 10, p < 0.01), mais pas d’effet de
facilitation par la congruence (F1(1-19) < 1 ; F2(1-45) = 3.2, p = 0.08) ni d’interaction
entre les deux facteurs (F1 et F2 < 1.13).
Chapitre Trois: Syntaxe p 78
Les pourcentages d’erreurs ont été soumis à des analyses similaires. De cette
analyse on peu retenir une tendance vers un effet de fréquence (F1(1-19) = 11.0, p <
0.01 ; F2(1-44) < 1) et une tendance de l’effet du facteur passation (F1(1-19) < 1 ; F2(1-
44) = 11.4, p < 0.01) ainsi qu’une tendance vers l’interaction de ces deux facteurs (F1(1-
19) = 3.30, p = 0.09 ; F2(1-45) = 3.04, p = 0.09). Aucun autre effet ou interaction
n’approche le seuil de significativité.
3.6.3 Discussion
L’Expérience 5 n’a pas exactement conduit aux résultats que nous espérions. Lors
de la première passation, nous n’avons pas répliqué l’observation de l’Expérience 4 : un
effet de facilitation pour le contexte congruent par rapport au contexte neutre. Il n’y avait
pas non plus d’effet d’interaction entre le facteur congruence et le facteur fréquence.
Cette absence d’effets pourrait être attribuée à la nature des dessins utilisés : la
dénomination des dessins représentant des objets peu familiers et ayant des noms de
fréquence basse a pu être plus sensible aux processus non linguistiques de reconnaissance
des images que celle des dessins de haute fréquence. Rappelons que, dans le souci de
maintenir des conditions homogènes avec les expériences précédentes, nous ne
familiarisions pas les sujets avec les dessins avant la passation.
Par contre, lors de la deuxième passation, pour laquelle bien sûr les sujets
connaissaient déjà les dessins et avaient eu à les utiliser une fois, la tendance de
l’Expérience 4 se retrouve : facilitation dans la condition congruent par rapport à la
condition neutre, concentrée sur les mots de basse fréquence. Toutefois ces tendances
n’atteignent pas les seuils usuels de significativité. Dans ces conditions, il paraît difficile
d’essayer d’interpréter de façon ferme les résultats des deux dernières expériences. Dans
la réalisation de celles-ci, la question qui nous guidait était celle de savoir si l’effet de
congruence syntaxique caractérisé à l’aide des trois premières expériences était en partie
dû à une facilitation. L’influence de la fréquence des items réponse sur la taille de cette
facilitation nous intéressait aussi. En effet, l’éventuelle présence d’une facilitation robuste
Chapitre Trois: Syntaxe p 79
Les résultats des cinq expériences de ce chapitre peuvent être résumés comme
suit. Nous observons un effet de congruence syntaxique avec des amorces mot isolé dans
la tâche de dénomination de dessins. Cet effet s’oppose à l’absence d’effet - déjà connue
et répliquée ici - dans la tâche de dénomination de mots, lorsque le même contexte et les
mêmes conditions de passation sont utilisées. Toujours en dénomination de dessins,
l’effet de congruence syntaxique n’émerge pas lorsque les mots contexte sont des
adjectifs de la classe ouverte, que ceux-ci soient usuellement antéposés ou postposés dans
la langue. Par contre, l’effet de congruence syntaxique est observé lorsque l’incongruence
du contexte est limitée à une opposition du genre du déterminant et celui du nom du
dessin alors que la forme du groupement est correcte - ‘mon étoile’ comparé à ‘mon
arbre’.
Finalement, nous observons une tendance vers un effet de facilitation dans le
contexte congruent, en comparaison à un contexte neutre. Cette facilitation semble être
limitée aux dessins d’objets peu familiers ayant des noms peu fréquents. Comme cela a
été signalé, le manque de robustesse des effets de facilitation incite à la prudence dans
leur interprétation. De fait, nous concentrerons notre interprétation et discussion sur les
résultats des expériences portant sur l’effet de congruence - Expériences 1, 2 et 3.
D’après les résultats de ces expériences, il semble clair qu’un contexte syntaxique
composé d’un seul mot est susceptible d’influencer les processus de dénomination de
dessins. Cette influence se produit dans certaines conditions. En particulier, le mot
contexte doit être issu de la classe fermée, mais l’effet n’est pas dépendant de la
cohérence phonologique du groupement amorce + cible.
La quasi disparition de l’effet lorsque des adjectifs de la classe ouverte sont
utilisés comme amorces peut être rapprochée de la diminution de l’effet de congruence
rapportée par Colé et Segui (1994). Ces auteurs observaient des effets de congruence de
genre dans une tâche de décision lexicale. Les effets étaient plus petits lorsque l’amorce
était un mot de la classe ouverte - adjectif - que lorsque l’amorce était un mot de la classe
fermée - déterminant36. Les raisons d’une telle diminution de l’influence du contexte dans
leur paradigme et le notre ne sont pas nécessairement les mêmes. On peut cependant
suggérer une possible cause commune. Il existe dans la littérature un certain nombre de
35
On peut noter que Jescheniak (1999) n’arrive pas lui non plus à mettre en évidence un effet clair de facilitation dans
ce type de paradigme.
36
Pour les adjectifs, ces auteurs observaient un effet qui, bien que plus petit que celui des déterminants, était
significatif.
Chapitre Trois: Syntaxe p 80
données qui soutiennent l’idée que les mots écrits subissent des traitements différents en
fonction de leur classe grammaticale. En particulier l’opposition classe ouverte - classe
fermée s’est manifestée dans de nombreux paradigmes : détection de lettres (Greenberg et
Koriat, 1991; Koriat et Greenberg, 1991; Koriat, Greenberg et Goldshmid, 1991),
reconnaissance auditive de mots (Herron et Bates, 1997), reconnaissance visuelle de mots
(Friederici, 1985), etc. L’ensemble de ces données incite proposer une explication de la
différence d’effet des amorces déterminant et adjectif en termes des différences de
traitement en raison de leur catégorie grammaticale. La lecture des déterminants serait
beaucoup plus ‘rapide’ et ‘automatique’ que celle des adjectifs et les conséquences
respectives de ces lectures ne seraient pas les mêmes. La lecture des déterminants, qui
sont des mots grammaticaux, activerait bien sûr leur genre mais aussi d’autres propriétés
syntaxiques comme par exemple les exigences minimales d’un syntagme nominal - suite
naturelle d’un déterminant du type de ceux que nous avons utilisé. Au moment où le
dessin arrive, son traitement est donc effectué par un système se trouvant en état de
compléter un syntagme nominal qui se compose déjà d’un déterminant d’un certain
genre. La lecture des adjectifs ne produirait pas les mêmes activations37 et ne susciterait
donc pas ce même effet, pour au moins deux raisons. Tout d’abord les adjectifs ne sont
pas lus comme les déterminants, du fait de leur classe grammaticale et du contenu
sémantique qu’ils véhiculent. De plus, la combinaison adjectif + nom commun est un
syntagme incomplet en français. Dans ces conditions, la lecture d’un adjectif ne produit
pas les mêmes contraintes sur le système de production que le traitement d’un
déterminant.
Il est important de noter que, d’après les résultats de l’Expérience 3, les
contraintes imposées par le traitement préalable d’un déterminant ne se situent pas au
niveau phonologique. L’effet observé est bien un effet de congruence syntaxique. Celui-
ci pourrait s’expliquer d’au moins deux façons différentes, que nous détaillons.
Une première explication de l’effet pourrait serait de le voir comme la
conséquence d’une influence par le mot contexte sur le processus de sélection lexicale du
nom de la cible. Traiter un mot de la classe fermée qui comporte une marque de genre
réduirait le nombre de candidats lexicaux possibles, ou au moins le nombre de candidats
pris en compte par le mécanisme de sélection. Cette explication nécessite des précisions,
puisqu’il faut noter qu’il est assez peu vraisemblable d’imaginer qu’au moment où le
sujet traite une amorce masculine, l’ensemble des mots masculins soit activé ou
l’ensemble des noms communs féminins soit inhibé. En effet, un tel processus
nécessiterait une propagation d’activation sur près de la moitié du lexique mental,
puisque le système n’a encore aucune information sur le dessin à suivre ou sur le genre
du nom qui le désigne. Par contre, la contrainte du mot contexte pourrait se produire plus
tardivement, au moment ou le traitement de l’information visuelle contenue dans le
dessin produit une cohorte de candidats sémantiques (cf. la description des mécanismes
de sélection lexicale donnée dans l’Introduction). L’activation des traits syntaxiques du
mot contexte de la classe fermée aurait pour conséquence de limiter la sélection lexicale
aux candidats dont le genre est congruent avec celui du mot qui précède, au sein de cette
cohorte de quelques candidats. Dans la situation expérimentale incongruente, la sélection
37
En tous les cas, ils ne semblent pas produire des activations aussi fortes que les déterminants.
Chapitre Trois: Syntaxe p 81
serait aussi possible mais elle serait retardée, ce qui expliquerait la différence dans les
temps de réaction. Notons que cette contrainte ne se produirait qu’avec les mots de la
classe fermée en raisons des différences de traitement évoquées ci-dessus.
Une deuxième explication, proche de la précédente, pourrait être formulée en
termes de production de structure syntaxique suscitée par la lecture de l’amorce. Le
traitement du déterminant - mot grammatical de la classe fermé - a pour conséquence la
création d’un début de structure syntaxique de syntagme nominal ; cette structure
syntaxique inclurait une spécification du genre du constituant qui suit. Dans ces
conditions, une fois que la sélection lexicale a été réalisée, sans influence du contexte,
l’irrépressible insertion du nouveau constituant dans la structure en construction produit
une différence entre la condition congruente et la condition incongruente. Notons que
cette structure n’est pas simplement phonologique puisque l’incongruence produisant
l’effet dans l’Expérience 3 (qui opposait ‘mon arbre’ à ‘mon abeille’) n’était pas de ce
type. La structure semble plutôt être sensible aux propriétés syntaxiques tels que le genre
du déterminant et les noms avec lesquels il est susceptible d’être combiné. Par ailleurs la
création d’une telle structure n’a pas lieu dans le cas des adjectifs en raison, encore une
fois, du traitement différent que ceux-ci suscitent.
Dans ce chapitre nous avons décrit une recherche qui portait sur la nature de
l’influence d’un contexte syntaxique sur la tâche de dénomination d’objets. Nos résultats
montrent que la réalisation de la tâche est bel est bien sensible à ce type de contexte et
que les effets observés sont véritablement syntaxiques. L’effet d’incongruence syntaxique
est interprété comme un effet au niveau de la sélection lexicale ou de l’intégration du
nom de la cible dans une structure syntaxique. Ces données permettent de mieux
comprendre l’implication des propriétés syntaxiques dans le processus de sélection
lexicale. Elles sont aussi un premier pas vers une analyse des processus de production de
syntagmes simples.
Chapitre Trois: Syntaxe p 82
4- Aspects Sémantiques
de la Sélection Lexicale
83
84
Il se peut qu’il n’y ait pas de résultats à
attendre, c’est à dire que la sémantique, pour
une large part, constitue éventuellement un sujet
sans intérêt, sans profondeur.
Il se peut aussi qu’il y ait quelque chose de
profond à découvrir et que nous ne l’ayons pas
encore trouvé.
Noam Chomsky, 1975
85
Discussion Générale p. 86
du dessin38 et d’autre part la relation entre l’amorce et la cible. Le SOA pouvait avoir
pour valeurs -400, -300, -200, -100 ms (mot apparaissant avant le dessin), 0 ms (mot et
dessin apparaissant en même temps), ou 100, 200, 300, 400 ms (mot apparaissant après le
dessin). La relation entre amorce et cible pouvait être d’identité (même mot), sémantique
(même catégorie), ou sans relation. Il y avait aussi une condition dite « neutre » dans
laquelle le mot amorce était remplacé par une série de X’s. Les résultats principaux sont
les suivants. Pour le SOA négatif long (-400 ms), les dessins étaient dénommés plus vite
lorsqu’ils étaient précédés par un mot sémantiquement relié que lorsqu’ils étaient
précédés par un mot non-relié, une différence qui n’atteignait pas le seuil usuel de
significativité. Pour les SOA intermédiaires (-300 et -200 ms), il n’y avait pas de
différence entre les deux conditions d’amorçage. Pour les SOA courts (-100 et 0 ms), la
condition sémantiquement reliée conduisait à des latences de dénomination plus longues
que la condition non-relié. Cette inhibition était encore présente pour le SOA 100 ms,
mais disparaissait si le mot était présenté plus tardivement (SOA 200, 300 ou 400 ms).
Un tel patron de résultats - plus particulièrement l’inhibition a SOA bref - est en
contradiction avec les effets de facilitation que nous avons décrit précédemment. Il
convient de noter que la principale différence entre les deux paradigmes expérimentaux
utilisés est que ce dernier pourrait être qualifié de paradigme d’interférence plutôt que
d’amorçage puisque les amorces restaient à l’écran au moment ou le dessin apparaissait,
ce qui n’était pas le cas dans le paradigme de Carr et al.(1982). Cependant, le rôle qu’a
pu jouer une telle différence dans l’inversion des effets observés n’est pas très clair. De
fait, l’effet d’inhibition sémantique pour le SOA court a pu être répliqué dans des
conditions semblables par Starreveld et La Heij (1996b), mais aussi par Schriefers et al.
(1990) dans l’étude décrite dans l’introduction qui, rappelons-le utilisait des amorces
auditives. Ces auteurs observaient une inhibition sémantique pour le SOA -150 ms mais
pas pour les SOA 0 et 150 ms. Notons que ces auteurs mentionnent aussi une expérience
semblable réalisée avec des associés verbaux et dans laquelle les résultats de cette
condition ne différait pas de ceux de la condition non-relié.
Par ailleurs, un curieux facteur influençant les résultats de ce type d’expérience
mot - dessin a été mis en évidence par A. Roelofs (1992). Cet auteur signale que, d’après
ses résultats, l’inhibition sémantique n’apparaît que si l’ensemble de mots cible
composant l’expérience vérifie deux propriétés. Tout d’abord, les mots distracteurs
doivent être des cibles possibles de l’expérience (c’est à dire : si il y a une paire telle que
‘poney’ - CHEVAL, il devra aussi y a voir une paire ‘âne’ - PONEY). Ensuite, il doit y avoir
plusieurs membres de chaque catégorie dont sont issues les cibles (par exemple, il doit y
avoir plusieurs dessins d’ANIMAUX). Lorsque les mots distracteurs n’étaient pas dans
l’ensemble des cibles expérimentales, cet auteur a observé de la facilitation sémantique
pour le SOA de -100 ms (Roelofs, 1993). Ce type de résultat est brièvement expliqué par
l’auteur en faisant appel à un ‘marquage’ par le sujet des items de composant le matériel
expérimental. Ce marquage aurait lieu avant l’expérience, au moment où le sujet est
familiarisé avec le matériel qui va être utilisé : les représentations de ces items
acquerraient donc un statut particulier qui se répercuterait sur le traitement au cours de la
dénomination. Nous revenons sur ces points dans la discussion générale (Chapitre Cinq).
38
Ce qui dans la littérature anglo-saxonne est appelé stimulus onset asynchrony ou SOA, terme consacré que nous
emploierons ici.
Discussion Générale p. 87
4.2 Sémantique ?
On peut noter encore une fois que dans aucune des études citées précédemment
les auteurs n’ont donné de définition précise de ce qu’ils entendaient par ‘relation
sémantique’. Par conséquent on ne peut que désigner les effets observés comme
‘sémantiques’ entre guillemets. Wheeldon et Monsell (1994) ont proposé une approche
intéressante - par ce qu’opérationnelle - de la notion de similarité sémantique. Ils ont
proposé de définir la proximité sémantique de la façon suivante : deux mots sont
sémantiquement reliés si leurs référents partagent un nombre « significatif » de propriétés
« structurelles et/ou fonctionnelles ». La mesure opérationnelle du recouvrement
sémantique entre items se fait en demandant à des sujets ne participant pas aux
expériences de juger sur une échelle numérique la similarité fonctionnelle et visuelle de
paires d’objets (cf. la description détaillée donnée par Wheeldon et Monsell, 1994 ; une
analyse de la distinction entre propriétés fonctionnelles et propriétés structurelles dans le
cadre des familles sémantiques est proposée par Flores d'Arcais et Schreuder, 1987 ou
Humphreys et al., 1988). Les deux mots de ce type de paires étaient appelés compétiteurs
sémantiques par les auteurs. Avec un matériel choisi de cette façon, ils ont observé un
effet d’inhibition sémantique dans un paradigme expérimental différent de ceux que nous
avons déjà analysé. Dans leur étude, les sujets devaient alternativement répondre à des
définitions, à des phrases à compléter, ou à des dessins à dénommer (tous ces stimuli
étant présentés visuellement). Dans ces conditions, les sujets produisaient un mot toutes
les quatre secondes. De plus, quelques uns des mots prononcés en réponse à des
définitions ou en complètements de phrases étaient des amorces -‘implicites’ - pour le
dessin qui suivait, ou pour un autre arrivant postérieurement39. En effet, il y avait entre
ces paires de réponses une relation sémantique du type défini ci-dessus. Les expériences
ont montré l’existence d’un effet sémantique robuste : des latences significativement plus
longues étaient observées si le dessin suivait de près ou de loin la production d’un de ses
compétiteurs sémantiques. La quantité d’inhibition observée était relativement stable
pour les différents SOA utilisés, tant que l’amorce et la cible n’étaient pas séparés par
plus de deux essais expérimentaux - soit approximativement 12 secondes. L’effet était
aussi largement indépendant de la similarité structurelle entre items : des paires qui
étaient à la fois similaires structurellement et fonctionnellement produisaient des résultats
comparables à ceux des paire proches fonctionnellement seulement. Les auteurs
concluaient que l’inhibition était due à une compétition se produisant entre amorce et
cible à un niveau de traitement sémantique lors du choix du mot pour désigner la cible.
Cette compétition n’a lieu que si l’amorce garde une activation suffisante à la suite de son
traitement.
Malgré le soin apporté à la caractérisation de la proximité sémantique par
Wheeldon et Monsell (1994), ils n’ont pas pris en compte les différences de degré
d’association verbale entre les paires d’items. Pourtant d’autres études ont tenté de
séparer ces deux caractéristiques. Par exemple, dans les différentes expériences de
dénomination de dessins rapportées par Lupker, la force d’association - mesurée à l’aide
de normes d’association verbale - était contrôlée lorsque des paires sémantiques étaient
39
Cela veut dire que l’amorce et la cible étaient séparées par des intervalles allant de quatre secondes à quatre minutes
selon les conditions.
Discussion Générale p. 88
utilisées (Lupker, 1979, 1988). Dans la première de ces deux études (1979), l'auteur a
montré l'existence d'un effet d'inhibition sémantique qui était indépendant de la force
d'association verbale. Plus précisément, il a comparé les temps de dénomination de
dessins (p. ex. SOURIS) lorsqu'ils avaient un mot écrit dessus (i.e. SOA = 0 ms). Le mot
pouvait être de la même catégorie que l'objet dessiné ('chien'), un associé verbal qui ne
soit pas de la même catégorie ('fromage'), ou un mot non-relié ('main'). Les paires
d'amorce - cible de la même catégorie ont produit des temps de réaction plus longs que
les deux autres conditions, dont les résultats ne différaient pas entre eux. De plus, dans
une deuxième expérience, l'amorce et la cible étaient des coordonnés sémantiques et des
associés verbaux (des paires telles que 'chien' - CHAT, plutôt que 'chien' - SOURIS). L'effet
d'inhibition a été observé à nouveau: si l'amorce et la cible étaient des associés verbaux
issus de la même catégorie sémantique le temps de dénomination de la cible était plus
long que si ils n'avaient pas de relation entre eux. Il est intéressant de noter que dans une
autre étude, Lupker, 1988 (expérience 3) a observé que l'amorçage d'un dessin par un
autre dessin ou par un mot écrit produit un effet de facilitation pour les paires associées,
indépendamment de l'appartenance à une catégorie sémantique40. Ce résultat est cohérent
avec ceux de Irwin et Lupker, 1983 qui ont observé que, avec un SOA long,
l'appartenance a une même catégorie sémantique ne produisait pas d'amorçage en
l'absence de relation associative entre l'amorce et la cible. Il contredit pourtant les
observations de Sperber et al. (1979), chez qui la facilitation était observée dans la
condition de coordination sémantique.
La Heij, Dirkx et Kramer (1990) rapportent aussi des résultats intéressants sur
cette question puisqu'ils ont comparé plusieurs conditions d'amorçage 'sémantique'. Dans
leurs Expériences 2 et 3, les dessins à dénommer étaient alternativement amorcés par un
coordonné sémantique fortement associé à la cible (‘bras - JAMBE), par un coordonné
sémantique faiblement associé (‘tête’ - JAMBE), ou par un mot non-relié. Les SOA étaient
de -400, 0, 75 et 150 ms. Pour le SOA -400 ms, des temps de dénomination plus courts
étaient observés dans la condition de coordination sémantique avec forte association
verbale que dans la condition non-relié. Cette différence n'était pas observée dans la
condition coordination sémantique et faible association verbale - en dépit de ce que l'on
aurait pu espérer après la condition SOA -400 de Glaser et Düngelhoff (1984). On peut
dire que ces résultats vont dans le sens d'une origine associative des effets facilitateurs
pour SOA long, en accord avec les résultats de Lupker. Pour le SOA 0 ms, il y avait un
ralentissement des dénominations dans la condition de coordination sémantique et faible
association, un effet qui est comparable avec la plupart des observations pour des
amorces sémantiques présentées à proximité temporelle de la cible. Pourtant, n'observant
pas d'effet de ce type dans la condition de coordination sémantique avec forte association
verbale, les auteurs ont proposé que l'effet d'inhibition était peut être compensé par
l'existence d'un effet de facilitation d'origine associative présent aussi pour le SOA 0 ms.
La fiabilité de ce postulat est difficile à évaluer: il n'y a pas d'évidence expérimentale
directe et l'ensemble des résultats rapportés par Lupker semble plutôt indiquer -
40
Précisons que dans le paradigme utilisé pour cette expérience, les sujets devaient dénommer l'amorce avant de
dénommer la cible et que 250 ms séparaient la fin de la réponse à l'amorce de l'apparition de la cible. Dans ces
conditions, le SOA était de l'ordre de 750 ms en moyenne.
Discussion Générale p. 89
indirectement - que la relation associative n'a pas d'effet dans ce paradigme expérimental
lorsque de tel paramètres temporels sont utilisés.
Ainsi, une conclusion de cette revue de littérature pourrait être la suivante.
Lorsque des SOA courts sont utilisés, il y a de bonnes raisons de croire qu'une inhibition
sémantique existe, pourvu que les critères portant sur l'ensemble de réponses
expérimentales soit vérifié (Roelofs, 1992; Roelofs, 1993). Cette inhibition a pu être
expliquée par l'existence d'une compétition entre plusieurs candidats proches
sémantiquement (cf. WEAVER++ dans Levelt et al., 1999). Le rôle de l'association
verbale est quand à lui indéterminé, compte tenu de la diversité des résultats rapportés.
On peut cependant noter que si l'idée d'une compétition entre candidats est correcte,
l'inhibition n'est pas attendue lorsque les amorces sont associées aux cibles puisque la
relation associative n'implique pas nécessairement que les objets désignés par les deux
mots de la paire soient 'similaires'41. En effet, il y a des paires telles que 'nid' - 'oiseau'.
Dans ces conditions, si les effets d'une pure relation associative était testés
empiriquement, une facilitation - due à l'existence de liens associatifs - ou un effet nul
sont à espérer. Pourtant, même dans les études qui soulignaient l'importance de la
distinction, les facteurs sémantique et associatif n'étaient jamais complètement séparés et
cette confusion - partielle - ne permet pas de dégager des conclusions claires sur le rôle
des associés verbaux dans les processus de sélection lexicale. De plus, même si la
proposition théorique de Roelofs, 1992 prenait en compte et simulait l'absence d'effets
associatifs observée par Lupker à plusieurs reprises, il n'y a pas une seule mention à la
question de l'association verbale dans la version la plus récente du modèle WEAVER++
(Levelt et al., 1999). Il est vrai que ce modèle pourrait sans doute rendre compte de
possibles effets de facilitation associative en reconsidérant la possibilité d'implémenter
des liens associatifs entre unités de représentation.
Pour ce qui est des SOA longs, les effets de facilitation semblent être la règle
(avec la principale exception de Wheeldon et Monsell, 1994), mais leur origine est
controversée: soit sémantique (Carr et al., 1982; Sperber et al., 1979) soit associative
(Irwin et Lupker, 1983; Lupker, 1988). Une possible explication des divergences entre
études pourrait être que les sujets utilisent pour répondre des stratégies de haut niveau -
principalement l'anticipation de réponses possibles dès le traitement de l'amorce - dans le
but d'améliorer leurs performances à la tâche. Cela semble particulièrement à craindre si
les relations amorce - cible sont intuitives et faciles à détecter (sémantique ou associative)
et si les sujets voient le matériel expérimental avant la passation, comme c'est
usuellement le cas dans ce genre d'expériences. Ces stratégies sont certainement plus
variables que les processus automatiques de sélection lexicale sur lesquels se porte notre
intérêt.
Signalons pour finir cette section que des arguments en faveur de l'existence d'une
distinction entre sémantique et association verbale peuvent aussi être trouvés dans les
données neuropsychologiques. Coltheart (1980) rapporte une classification des relations
entre stimuli et réponse 'sémantiquement erronées' données dans une tâche de lecture de
mots par des patients souffrant de dyslexie profonde (cf. aussi Nickels, 1997, pour une
41
Avec la similarité définie comme ont pu le faire Wheeldon et Monsell (1994) par exemple: partage d'un nombre
significatif de traits sémantiques.
Discussion Générale p. 90
revue de la littérature sur les aphasiques) Les erreurs pouvaient partager des "traits
sémantiques" avec la cible - ce qui sous-entend de façon quasi systématique
l'appartenance à une même catégorie sémantique: p.ex. tulipe lu "oeillet". Ou bien les
erreurs pouvaient être de type "associatif" lorsque la cible et la réponse donnée étaient
associées verbalement : p. ex. poste lu "timbre". De fait la discussion théorique de
Coltheart (1980) montre la difficulté qu'il y a à rendre compte d'erreurs aussi diverses sur
la base d'un seul mécanisme sous-jacent. Comme le souligne Nickels (1997), les
difficultés d'interprétation ne devraient pas cacher l'importance de la distinction,
puisqu'elle pourrait être la base d'un meilleure compréhension de certains des déficits
'sémantiques' observés chez les aphasiques.
Il semble donc assez clair que les données expérimentales disponibles ne
permettent pas de déduire une image nette de ce que peut être le rôle de l'association
verbale dans le lexique de production et, plus spécifiquement, son implication dans les
processus de sélection lexicale. Dans le but de mieux comprendre cette question et de
tenter d'y apporter des éléments de réponse, nous avons réalisé cinq expériences -
Expériences 1a et 1b, 2a et 2b et 3. Notre principal objectif était une tentative de
distinction des effets sémantiques et associatifs dans la tâche de dénomination de dessins,
en utilisant un paradigme pour lequel il était raisonnable d'espérer un traitement
automatique des stimuli. Cet objectif passait par une sélection soignée du matériel
expérimental que nous décrivons dans la section qui suit. De plus, nous avons aussi tenté
dévaluer dans quelle mesure les paramètres temporels du paradigme étaient responsables
de la différence entre les résultats observés dans l'étude de Carr et al. (1982) et la plupart
des autres études.
entre autres choses d’éviter de considérer des paires de concepts très proches (taureau -
bœuf) ou plus distants (chat - éléphant). Une première méthode pour évaluer la similarité
entre concepts est demander à des sujets de produire des jugement subjectifs de similarité
pour différentes paires. Comme cela a été décrit précédemment, Wheeldon et Monsell
(1994) ont demandé à des sujets d'évaluer la similarité "structurelle" et "fonctionnelle" de
paires de concepts. Les résultats à cette tâche peuvent certainement être pris comme un
moyen de classer les paires, cependant la sensibilité des réponses à des facteurs tels que
le contexte ou l'interprétation de l'idée de similarité peut la rendre problématique (Medin,
Goldstone et Gentner, 1993; Tverski, 1977). Une autre possibilité est de demander à des
sujets de produire des listes de traits caractérisant chaque concept. Les cooccurrences et
les corrélations des apparitions des à travers les sujets et les items peuvent alors être
utilisées pour déduire une mesure de la proximité entre concepts (McRae, de Sa et
Seidenberg, 1997).
On peut noter que les différentes définitions proposées ci-dessus conduisent dans
une certaine mesure à des résultats comparables et que leurs mérites respectifs sont
difficiles à évaluer. Par exemple, il n'existe pas, à ce jour, d'évidence expérimentale claire
en faveur d'une représentation des concepts en traits sémantiques (cf. les références
données dans l'introduction; pour des arguments récents en faveur des traits : McRae et
Boisvert, 1997; McRae et al., 1997). Il n’y a pas non plus d’évidence claire en faveur
d’un rôle de la typicalité (Hines, Czerwinski, Sawyer et Dwyer, 1986 proposent une étude
du rôle de ce facteur dans la reconnaissance visuelle de mots). Dans ces conditions, pour
choisir un ensemble de paires sémantiquement reliées, nous avons choisi 66 paires de
membres issus de catégories sémantiques intuitives. Un point crucial est que les paires
choisies ne devaient pas être des associés verbaux, selon les critères de l’étude rapporté
dans le Chapitre Deux et rappelée ci-dessous. Nous avons demandé à 9 sujets de juger de
la similarité de membres de chaque paire par comparaison aux autres membres de la
même catégorie (consigne : « vous allez voir des paires de mots désignant des objets. Les
deux mots de chaque paire appartiennent à chaque fois à la même catégorie, p. ex. ça
pourra être deux animaux comme cheval et poney. Pour chacune de ces paires de mots,
évaluez la similarité des objets référents en les comparant aux autres membres de la
même catégorie »). Les paires étaient formées de membres d’une seule catégorie et les
instructions demandaient que les jugements soient faits au sein de chaque catégorie de
façon à ce que les paires soient toujours composées d’items relativement proches et que
la variabilité inhérente à la tâche soit minimisée. Les sujets répondaient en utilisant une
échelle en cinq points (1 = pas très similaire jusqu'à 5 = vraiment très similaire). Ensuite,
en considérant des contraintes de dessinabilité et d’accord nom - image (cf. chapitre 2),
nous avons gardé 22 paires parmi celles qui étaient jugées les plus ressemblantes (la
différence de valeur des jugements pour ces paires et pour les paires restantes est
significative : t(64) = 2.69, p = 0.01). Ces paires sont appelées paires coordonnées42 (p.
ex. bateau - train).
Association Verbale La notion d’association verbale, décrite en détail au
chapitre 2, constitue une approche différente de la proximité entre mots ou concepts. On
peut noter que les associations verbales sont très souvent basées sur le sens des mots
42
Wheeldon et Monsell (1994) ont appelé compétiteurs des paires qu’ils avaient défini d’une façon comparable.
Discussion Générale p. 92
associés (poisson à aquarium) et rarement sur leur forme (les paires telles que cable à
table ne sont attestées que chez les jeunes enfants et elles disparaissent presque
totalement ensuite. Clark, 1970). Compte tenu des propriétés du matériel employé dans
les études existant dans la littérature, nous avons utilisé des paires d’associés verbaux
classiquement définies comme des paires de mots dont le deuxième est fréquemment
donné en réponse au premier dans une tâche d’association libre. Parmi les paires d’items
fortement associés dans l’étude décrite au chapitre 2, nous avons choisi des paires pour
lesquelles les mots ne pouvaient pas être considérés comme des coordonnés, tels qu’ils
ont été définis ci-dessus (en particulier les deux mots ne pouvaient pas être membres
d’une même catégorie sémantique) 43. De fait, nous n’avons pas fait juger explicitement la
similarité par paires de ce matériel ci mais, comme les items n’étaient pas issus d’une
même catégorie sémantique, ils ne désignaient jamais des objets « similaires » (p. ex . nid
- oiseau). De plus, le mot associé - mot réponse - devait pouvoir être dessiné de façon non
ambiguë. Finalement, 20 paires ont été sélectionnées. Leur fréquence moyenne
d’association était de 46% (min. 18%, max. 84%). Les associés retenus étaient toujours
l’associé le plus fréquent.
Le résultat final des diverses contraintes que nous avons satisfait lors de la
sélection du matériel pour les deux conditions (coordination et association verbale) nous
a conduit à deux groupes distincts de dessins expérimentaux pour la tâche de
dénomination. Par conséquent, nous avons décidé de traiter séparément la condition
coordonnées et la condition associés verbaux.
43
Par inadvertance, une des paires s’est avérée être sémantiquement reliée (chien - chat).
44
Ces auteurs ont proposé comme limite supérieure de SOA la valeur de 250 ms, au delà de laquelle les sujets peuvent
commencer à mettre en œuvre des stratégies, par exemple d’anticipation de la réponse. De fait, ce critère s’appliquait à
l’amorçage sémantique dans une tâche de décision lexicale mais, dans la mesure où il concerne principalement le
traitement de l’amorce, il doit pouvoir être pris comme valeur indicative pour le paradigme de dénomination utilisé ici.
45
Suivant la définition habituelle tous les SOA de nos expériences sont négatifs. Dans ces conditions, et pour simplifier
les notations, nous ne nous référerons qu’à leur valeur absolue, en gardant à l’esprit que le mot est toujours présenté
avant le dessin.
Discussion Générale p. 93
mais plutôt une facilitation. Dans leur paradigme, les amorces étaient présentées avec un
SOA court ou très court mais aussi avec une durée de présentation courte de l’amorce -
en particulier, l’amorce disparaissait toujours avant l’apparition du dessin. Notons de plus
que cette facilitation était présente que les amorces soient masquées ou pas. De façon à
déterminer si des variations de durée de présentation ont pu produire les différences entre
cette étude et la plupart des autres rapportées dans la littérature, nous avons décidé
d’utiliser nous aussi une durée de présentation courte de l’amorce. Par contre, afin de
rendre nos expériences comparables à celles de Carr et al. (1982), mais aussi aux autres,
nous avons décidé de ne pas masquer les amorces. Nous avons décidé d’utiliser une durée
de présentation de l’amorce de 100 ms.
Récapitulons : dans cette première expérience, à chaque essai, les sujets voyaient
un mot amorce au centre de l’écran, suivi d’un blanc de 14 ms (soit un cycle de
rafraîchissement de l’écran), puis le dessin à dénommer. Nous nous attendions à observer
une inhibition pour les coordonnés sémantiques, semblable à celle rapportée dans
d’autres études. D’autre part, dans la condition d’association verbale, nous attendions un
effet de facilitation ou pas d’effet.
4.5.1 Méthode
Sujets 40 sujets ont participé à cette expérience : 20 dans l’expérience 1a et 20
dans l’expérience 1b. Ils étaient tous étudiants à l’université René Descartes (Paris V) et
participaient aux expériences dans le cadre de leur formation universitaire. Leur langue
maternelle était le français. Chacun a déclaré avoir une vue normale, éventuellement
après correction.
Matériel Nous avons sélectionné des paires de mots sémantiquement ou
associativement associés selon les critères définis précédemment. A partir de ces paires,
nous avons sélectionné 42 dessins issus du travail de normalisation décrit au chapitre 2:
22 étaient destinées à l’expérience 1a (amorçage sémantique) et 20 à l’expérience 1b
(amorçage associatif) 46. Les dessins étaient une représentation de l’objet désigné par
l’une des deux mots dans le cas des paires sémantiquement reliés, et une représentation
de l’objet désigné par le mot (réponse) associé dans le cas des paires associatives. La liste
complète des paires de stimuli est donné dans les annexes.
Dans chacune des deux expériences, l’ensemble des cibles dessin pouvait être
classifié en huit ‘catégories sémantiques intuitives’. L’accord sur le nom de l’image (cf.
chapitre 2) était de 93% pour le matériel de l’expérience 1a et de 90% pour le matériel de
l’expérience 1b. En plus du matériel expérimental, 5 dessins d’entraînement furent
sélectionnés dans la même source. Chaque dessin apparaissait en noir sur un carré blanc
de 245 x 245 pixels au centre de l’écran de l’ordinateur qui gérait l’expérience. Les sujets
étaient assis à approximativement 60 cm. de l’écran ce qui fait que l’angle visuel occupé
par les dessins était de l’ordre de 6,2°.
46
Deux des dessins furent créés pour la circonstance selon les mêmes critères de style : LANCE et BEBE.
Discussion Générale p. 94
Plan d’expérience Dans les deux expériences, le facteur relation amorce - cible
était croisé avec les sujets. Ce facteur avait deux niveaux : relié - sémantiquement dans 1a
ou associativement dans 1b - et non relié - amorce cible sans relation particulière.
Dans les deux expériences, un facteur secondaire liste, emboîtant les sujets, a été
introduit. De façon à créer deux listes expérimentales, l’ensemble des paires amorce -
cible a été divisé en deux groupes : la première liste a été créée en gardant les paires du
premier groupe et en recouplant aléatoirement les amorces et les cibles du deuxième
groupe. La deuxième liste est créée par un procédé symétrique. Au cours de l’expérience,
chaque sujet n’était confronté qu’à une seule liste expérimentale - alternativement liste 1
ou liste 2. De cette façon, chaque sujet ne voyait chacune des amorces et chacune des
cibles qu’une seule fois, mais il était confronté aux deux conditions expérimentales - relié
ou non relié - un même nombre de fois.
Procédure Les sujets passaient l’expérience individuellement. Avant celle-ci, on
leur présentait un livret contenant à chacune de ses pages un des dessins expérimentaux
avec le nom correspondant (procédure inspirée de Ferrand, Grainger et Segui, 1994;
Schriefers et al., 1990). Il leur était demandé d’examiner les dessins et d’utilisé le nom
proposé au cours de l’expérience qui allait suivre. Au cours de l’expérience, les mots
amorce et les dessins cible apparaissaient au centre de l’écran de l’ordinateur personnel
contrôlant l’expérience, écran dont le taux de rafraîchissement était de 70 Hz. Chaque
essai expérimental était composé de la séquence d’événements qui suit : (1) un rectangle
blanc (240 x 50 pixels) apparaissait pour une durée approximative de 14 ms ; (2)
l’amorce apparaissait en majuscules noires sur le rectangle pour une durée de 100 ms ; (3)
l’amorce disparaissait et le rectangle était maintenu pendant 14 ms supplémentaires ; (4)
le dessin à dénommer remplaçait le rectangle et restait à l’écran jusqu'à ce que la réponse
du sujet soit détectée par la clef vocale. L’essai expérimental suivant arrivait après un
délai de 2 secondes.
La consigne demandait aux sujets de se concentrer sur le centre de l’écran, où tous
les stimuli allaient apparaître, et de dénommer le dessin au moment de son apparition
aussi rapidement que possible, tout en minimisant les erreurs. Une brève explication sur
le fonctionnement et l’utilisation de la clef vocale leur était aussi fournie. L’expérience
commençait avec la série de cinq dessins d’entraînement, suivie d’une pause pour
confirmer la clarté des instructions et la bonne utilisation de la clef vocale. Ensuite
venaient les essais expérimentaux dans un ordre aléatoire différent pour chaque sujet.
L’ordinateur enregistrait les temps de dénomination séparant l’apparition du dessin du
début sonore de la réponse. L’expérimentateur était dans la même pièce pour contrôler le
bon déroulement de l’expérience et noter les éventuelles erreurs des sujets.
4.5.2 Résultats
Expérience 1a Les essais pour lesquels la clef vocale est déclenchée par du bruit
où pour lesquels celle-ci ne détecte pas une réponse par ailleurs correcte du sujet ont été
considérées comme des erreurs techniques et ont été exclues des analyses (19 erreurs, soit
4,3% des données). Les essais où le sujet dénomme incorrectement le dessin (en
particulier, si un autre nom que le nom proposé était donné), où il hésite bruyamment,
bégaye, ou si il n’a toujours pas commencé sa réponse au bout de deux secondes ont été
Discussion Générale p. 95
considérés comme des erreurs sujet (24 erreurs, soit 5,5% des données). Les données des
items qui ont produit plus 25% d’erreurs (toutes catégories confondues) ont été exclues
des analyses (items FLECHETTE et LANCE). Il convient de noter qu’en raison du plan
expérimental choisi, l’exclusion d’un item affecte de façon équivalente les données des
deux niveaux du facteur principal relation amorce - cible. Parmi les 20 items restants, on
a observé 7,3% d’erreurs (4,0% d’erreurs techniques et 3,3% d’erreurs sujet). Afin de
normaliser les données, pour chaque sujet, les latences de dénomination se situant à une
distance de la moyenne plus grande que deux écarts type ont exclues des analyses des
temps de réaction. (18 mesures, soit 4,5% des données restantes).
Les temps moyens de dénomination ainsi que les pourcentages moyens d’erreurs
sujet pour chacune des conditions d’amorçage sont donnés dans le Tableau 4- —1. Les
tests t pour des échantillons appariés réalisés sur les temps de dénomination montrent que
l’effet d’amorçage de 33 ms est significatif par sujets (t1(19) = 2.06, p = 0.05) et par items
(t2(19) = 2.27, p = 0.03). La différence entre les deux pourcentages d’erreurs n’est pas
significative (t1 et t2 < 1).
Expérience 1b Le même traitement a été appliqué aux données collectées dans
l’expérience 1b. Il y a eu 15 erreurs techniques (3.8% des données) et 11 erreurs sujet
(2.8% des données). Aucun item n’a produit plus de 25% d’erreurs, par conséquent ils ont
tous été pris en compte dans les analyses. Les données extrêmes exclues constituaient
5.5% des données (22 observations). Les temps moyens de dénomination et les
pourcentages d’erreur par condition d’amorçage sont aussi donnés dans le Tableau 4- —1.
Les tests t pour des échantillons appariés montrent que la différence de 3 ms entre les
temps de dénomination dans les deux conditions d’amorçage n’est pas significative (t1 et
t2 < 1), pas plus que la différence entre les pourcentages d’erreur (t1 et t2 < 1).
Condition d’amorçage
4.5.3 Discussion
Les résultats obtenus aux Expériences 1a et 1b peuvent être résumés comme suit :
lorsque les mots amorce sont brièvement présentés (100 ms) avant le dessin à dénommer,
une relation de coordination sémantique proche entre l’amorce et la cible ralentit la
dénomination alors qu’une relation d’association verbale forte n’a pas d’effet, si l’on
prend comme ligne de base la condition non-relié.
L’effet sémantique est une réplication de certains effets déjà rapportés dans la
littérature. En particulier, il semble en contradiction avec l’effet de facilitation observé
par Carr et al., 1982, mais il est comparable aux effets d’inhibition de Glaser et
Düngelhoff, 1984 (Expérience 1, SOAs -100 et 0 ms), de La Heij et al., 1990
(Expériences 2 et 3, SOAs -0 et 75 ms), de Lupker, 1979, de Starreveld et La Heij, 1996b,
et aussi de Schriefers et al., 1990 (Expérience 2, SOA, -150 ms). A ce sujet, il est
important de noter que Carr et al., 1982 n’avaient pas isolé la composante sémantique de
la composante associative des relations entre les paires de mots stimuli. Cela pourrait être
une explication possible de la différence entre les résultats de leur étude et ceux rapportés
ici, même si le fait que nous n’observions pas d’effet pour les amorces associées rend
difficile une explication basée sur un effet associatif dans leur résultats. Par contre, une
explication en termes d’effet de pratique est peut être plus plausible. En effet, dans leur
étude, ces auteurs déterminaient des seuils de reconnaissance du matériel expérimental
qui était composé de (seulement) 12 paires amorce - cible. La séance de détermination
des seuils durait 1h_. Ensuite, le lendemain, les mêmes sujets participaient à l’expérience
proprement dite, où ils étaient confrontés par huit fois au 12 paires du matériel
expérimental. Cette longue pratique avec un matériel réduit a pu induire l’influence de
représentations plus épisodiques que celles recrutées dans notre procédure47, conduisant
ainsi au résultat rapporté (facilitation). De plus, la petite quantité de matériel utilisée
pourrait être en elle même responsable de l’absence d’inhibition sémantique : on a pu
suggérer que l’inhibition sémantique est observée dans ce paradigme seulement lorsqu’il
y a plusieurs cibles de chaque catégorie présente (p. ex. les animaux) dans le matériel
expérimental (Roelofs, 1992; Roelofs, 1993). Ce n’était pas le cas dans le matériel de
Carr et al. (1982).
Par ailleurs, l’absence d’effet associatif dans nos observations va à l’encontre de
l’explication donnée par La Heij et al. (1990) de l’absence d’effet sémantique dans leur
condition ‘sémantiquement relié & fortement associé’. En l’absence d’effet, ces auteurs
avaient postulé une compensation de l’inhibition sémantique par une facilitation d’origine
associative. Nous pourrions conclure que cette absence d’effet indique que l’association
verbale ne joue pas un rôle déterminant dans les processus de production mis en jeu dans
le paradigme expérimental utilisé. Dans ces conditions, nos résultats, ainsi que la
tendance générale issue des autres études montre que l’effet d’inhibition à SOA court a
une origine purement sémantique. Cet effet d’inhibition peut être expliqué en postulant
une compétition entre différents candidats à la sélection d’un nom pour le dessin. Nous
revenons sur ce mécanisme dans la discussion générale. Toutefois, il serait légitime de
proposer que l’effet nul observé dans la condition d’association verbale de l’expérience
1b est due à un manque de ‘force’ dans les relations liant mot amorce et mot cible -
47
Le fait que les relations au sein des paires soient sémantiques favorise particulièrement cette explication.
Discussion Générale p. 97
malgré une sélection du matériel attentive au degré d’association entre paires, la mesure
usuelle de cette ‘force’. Ou bien que les paramètres temporels tels que le SOA ou le
temps de présentation de l’amorce, dont nous avons vu qu’ils modulent de façon cruciale
les effets d’amorçage, ont été tels que l’effet d’association n’a pas pu émerger. Il se
pourrait en effet que 114 ms de SOA et 100 ms de présentation de l’amorce ne soient pas
des temps assez longs pour permettre aux relations associatives d’entrer en jeu. De façon
à clarifier cette question, nous avons décidé de reprendre le même matériel dans une
deuxième expérience où les paramètres temporels étaient modifiés de façon à permettre
un traitement plus long (et peut être plus profond) de l’amorce. Cet objectif peut être
atteint de deux façons : soit en augmentant le SOA, soit en augmentant la durée de
présentation de l’amorce. Le SOA est la variable la plus souvent manipulé dans ce genre
d’études, mais la durée de présentation est manipulée parfois. En particulier, Carr et al.
(1982) ont manipulé la durée de présentation. Ainsi, avec l’idée de explorer plus avant le
rôle des associés verbaux dans les processus de production, de pousser plus avant la
comparaison de nos résultats avec ceux de Carr et al. (1982) et, plus généralement, le
souci de clarifier le rôle des paramètres temporels du paradigme, nous avons décidé de
varier la durée de présentation de l’amorce tout en utilisant un SOA constant, plus long
que celui de l’Expérience 1.
L’Expérience 2 a été réalisée avec le nouvel SOA de 234 ms : significativement
plus long que 100 ms mais assez court pour que l’on puisse espérer un traitement
automatique de la paire amorce - cible48. La durée de présentation de l’amorce est
introduite comme un facteur à deux niveaux : 100 ms - la valeur utilisée dans
l’Expérience 1 - et 220 ms (Figure 4- —1). L’Expérience 2a a été réalisée avec les paires
sémantiquement reliées et l’Expérience 2b avec les paires verbalement associées.
48
En accord avec le critère des 250 ms que nous avons discuté préalablement (p. )
Discussion Générale p. 98
4.6.1 Méthode
Sujets 80 sujets ont participé à cette expérience : 40 dans l’expérience 2a et 40
dans l’expérience 2b. Ils étaient tous étudiants à l’université René Descartes (Paris V) et
participaient aux expériences dans le cadre de leur formation universitaire. Leur langue
maternelle était le français. Chacun a déclaré avoir une vue normale, éventuellement
après correction. Aucun n’avait participé à l’Expérience 1
Matériel et procédure Le matériel et la procédure étaient semblables à ceux de
l’Expérience 1, en dehors du fait que les mots amorce étaient présentés avec un SOA de
234 ms et pendant deux durées possibles (Figure 4- —1). Ainsi, la séquence des
événements de chaque essai était : (1) un rectangle blanc (240 x 50 pixels) apparaissait
pour une durée approximative de 14 ms ; (2) l’amorce apparaissait en majuscules noires
sur le rectangle pour une durée de 100 ms (respectivement 220 ms); (3) l’amorce
disparaissait et le rectangle était maintenu pendant 134 ms (resp. 14 ms) ; (4) le dessin à
dénommer remplaçait le rectangle et restait à l’écran jusqu'à ce que la réponse du sujet
soit détectée par la clef vocale. L’essai expérimental suivant arrivait après un délai de 2
secondes.
Plan d’expérience Pour l’Expérience 2a - comme pour l’Expérience 2b - le
facteur relation amorce - cible était croisé avec les sujets. A chaque fois ce facteur avait
deux niveaux : relié - sémantiquement dans 2a ou associativement dans 2b - et non relié -
amorce cible sans relation particulière. La durée de présentation de l’amorce était un
facteur emboîtant les sujets : dans chacune des expériences 2a et 2b, la moitié des sujets
voyait l’amorce pendant 100 ms et l’autre moitié pendant 220 ms. Le SOA était maintenu
constant à une valeur de 234 ms. Le matériel étant le même que dans l’Expérience 1 (voir
ci-dessus). Les manipulations de listes ont été les mêmes.
4.6.2 Résultats
Expérience 2a Les données ont été traitées comme celles de l’Expérience 1.
Dans l’Expérience 2a, 3.4% des données ont été classées comme erreurs techniques (30
observations) et 6.1% ont été classées comme erreurs sujet (54 observations). Un item a
produit plus de 25% d’erreurs (lance), il a donc été éliminé des analyses. Parmi les 21
items restants il y avait 8.6% d’erreurs (techniques : 3.1%, 26 observations ; sujet 5.5%,
46 données). Pour chaque sujet, les latences se trouvant à une distance de la moyenne
supérieure à deux écarts types ont été éliminées des analyses des temps de réaction (5.1%
des données, 43 observations). Les latences moyennes de dénomination et les
pourcentages moyens d’erreurs par condition d’amorçage sont donnés dans le Tableau 4-
—2. Nous avons analysé les données en effectuant deux analyses de variance (ANOVA).
Tout d’abord, dans une ANOVA 2 x 2 par sujets (F1), le facteur relation amorce - cible
(niveaux : coordonné ou non-relié) était croisée avec les sujets, et le facteur durée de
présentation de l’amorce (niveaux : 100 ou 220 ms) emboîtait les sujets. Ensuite, dans
une deuxième ANOVA 2 x 2 par items (F2), les deux facteurs relation et durée étaient
croisés avec les items.
Discussion Générale p. 99
La différence de 3 ms entre les moyennes pour les deux relations amorce - cible
(coordonné : 661 ms ; non-relié : 664 ms) n’est pas significative (F1 et F2 < 1). Il y a une
tendance vers un effet du facteur durée de présentation de l’amorce, seulement
significative par items (F1(1-38) = 2.2, p = 0.15 ; F2(1-20) = 16.3, p < 0.01). Il n’y a pas
d’interaction entre les deux facteurs (F1 et F2 < 1). Les pourcentages moyens d’erreurs
ont été soumis à une analyse similaire, mais ni les effets principaux ni l’interaction
n’étaient significatifs (tous les Fs < 1.4).
Durée de
présentation
de l’amorce Condition d’amorçage
presentation
duration
Coordonné Non-relié Amorçage
M % ERs M % ERs M % ERs
Exp. 2a 100 ms 682 (100) 5.8% (7) 680 (80) 7.1% (7) -2 +1.3%
220 ms 641 (93) 3.8% (6) 649 (83) 5.4% (7) +8 +1.6%
Associé Non-relié Amorçage
M % ERs M % ERs M % ERs
Exp 2b 100 ms 565 (73) 1.5% (5) 593 (86) 2.5% (6) +28 +1.0%
220 ms 601 (101) 1.0% (3) 642 (90) 1.5% (4) +41 +0.5%
Exemples de paires : coordonnés "bateau" - TRAIN; associés "nid" - OISEAU.
4.6.3 Discussion
Les résultats de l’Expérience 2 peuvent être résumés somme suit : en utilisant un
SOA long (234 ms), l’effet de compétition sémantique observé dans l’Expérience 1a
disparaît et un effet de facilitation associative émerge. De plus, ainsi que le montre
l’absence d’interaction entre les deux facteurs, relation amorce - cible et temps de
présentation de l’amorce, cet effet est indépendant de la durée de présentation de
l’amorce, au moins pour l’intervalle de valeurs que nous avons comparées.
L’émergence d’un effet dans la condition de relation associée est importante : elle
montre que le degré d’association entre nos paires de stimuli est suffisant pour produire
de l’amorçage, mais que celui-ci est seulement possible pour certains SOAs. Le fait que
l’effet soit facilitateur le dissocie clairement de l’inhibition observée pour les paires
coordonnées avec le SOA court, et ce d’autant qu’il n’y a pas d’effet de coordination
dans l’expérience 2A. De fait, il est plausible de proposer que deux mécanismes
différents sous tendent les deux effets en question. Avant de discuter cette question, nous
présentons une dernière expérience visant à localiser les effets de compétition
sémantique.
4.7.1 Méthode
Sujets 40 sujets ont participé à cette expérience. Ils étaient tous étudiants à
l’université René Descartes (Paris V) et participaient aux expériences dans le cadre de
leur formation universitaire. Ils n’avaient pas participé aux Expériences 1 et 2. Leur
langue maternelle était le français. Chacun a déclaré avoir une vue normale,
éventuellement après correction.
Matériel Le matériel étaient celui des Expériences 1a et 2a.
Plan d’expérience Le facteur relation amorce - cible était croisé avec les sujets.
A chaque fois ce facteur avait deux niveaux : relié sémantiquement et non relié. Le SOA
était un facteur emboîtant les sujets : la moitié des sujets voyait l’amorce pendant 100 ms
suivie d’un blanc de 14 ms et l’autre moitié pendant 220 ms suivie d’un blanc de 14 ms49.
Les manipulations de listes étaient les mêmes que précédemment.
Procédure Les mots amorce étaient présentés avec deux SOA possibles. Ainsi, la
séquence des événements de chaque essai était : (1) un rectangle blanc (240 x 50 pixels)
apparaissait pour une durée approximative de 14 ms ; (2) l’amorce apparaissait en
majuscules noires sur le rectangle pour une durée de 100 ms (respectivement 220 ms) ;
(3) l’amorce disparaissait et le rectangle était maintenu pendant 14 ms ; (4) le dessin à
dénommer remplaçait le rectangle et restait à l’écran jusqu'à ce que la réponse du sujet
soit détectée par la clef vocale. L’essai expérimental suivant arrivait après un délai de 2
secondes.
La consigne demandait aux sujets de se concentrer sur le centre de l’écran, où tous
les stimuli allait apparaître, et de déterminer si le dessin représentait un objet vivant ou un
objet inerte. Des exemples étaient donnés pour chaque catégorie : objets vivants issus du
règne animal ou du règne végétal ; objet inertes comme des outils, des véhicules, etc. Les
sujets devaient donner leur réponse en pressant le plus vite possible le bouton qui
correspondait à leur choix. Il n’y avait que deux boutons possibles et celui correspondant
aux ‘vivants’ était toujours assigné à la main préférée du sujet. L’expérience commençait
avec la série de cinq dessins d’entraînement, suivie d’une pause pour confirmer la clarté
des instructions et la justesse des critères de jugement sémantique. Ensuite venaient les
essais expérimentaux dans un ordre aléatoire différent pour chaque sujet. L’ordinateur
enregistrait les temps de réponse motrice définis comme le temps séparant l’apparition du
dessin de la détection d’un signal dans le boîtier.
4.7.2 Résultats
Pour cette expérience, un essai était considéré comme une erreur si le sujet
classifiait l’item dans la mauvaise catégorie (29 observations, 3.3% des données). De
plus, de façon à normaliser les données, pour chaque sujet, les latences de dénomination
se situant à une distance de la moyenne plus grande que deux écarts type ont exclues des
analyses des temps de réaction. (42 mesures, soit 4.8% des données).
49
Cette manipulation confond les deux facteurs SOA et durée de présentation, mais, encore une fois, ce dernier facteur
ne semble pas être le responsable direct de la variation des effets sémantique et associatif.
Discussion Générale p. 102
Les latences moyennes des réponses et les pourcentages moyens d’erreurs par
condition d’amorçage sont donnés dans le Tableau 4- —3. Nous avons analysé les
données en effectuant deux analyses de variance (ANOVA). Tout d’abord, dans une
ANOVA 2 x 2 par sujets (F1), le facteur relation amorce - cible (niveaux : coordonné ou
non-relié) était croisée avec les sujets, et le facteur SOA (niveaux : 114 ou 234 ms)
emboîtait les sujets. Ensuite, dans une deuxième ANOVA 2 x 2 par items (F2), les deux
facteurs relation et SOA étaient croisés avec les items.
La différence de 13 ms entre les moyennes pour les deux relations amorce - cible,
en faveur des coordonnés (coordonné : 550 ms ; non-relié : 563 ms) est seulement
marginalement significative par sujets (F1(1-38) = 3.7, p = 0.06 ; F2(1-21) = 1.4, p = .25).
Il y a une tendance vers un effet du SOA, seulement significative par items (F1(1-38) =
1.2, p = 0.27 ; F2(1-21) = 17.5, p < 0.01). Il n’y a pas d’interaction entre les deux facteurs
(F1 et F2 < 1).
Les pourcentages moyens d’erreurs ont été soumis à une analyse similaire. On
observe pas d’effet de la relation amorce - cible (F1 et F2 < 1) et une tendance, seulement
marginalement significative par sujets, dans la comparaison des taux d’erreurs pour les
deux SOA (SOA 114 ms : 4.1% ; SOA 234 ms : 2.5% ; F1(1-38) = 3.6, p = 0.06 ; F2(1-
21) = 1.7, p = 0.2). Cette tendance n’est pas en contradiction avec celle observée pour les
temps de réaction. Par ailleurs l’interaction entre les deux facteurs relation amorce - cible
et SOA n’est pas significative (F1 < 1 et F2 = 1.00).
4.7.3 Discussion
Les résultats de l’Expérience 3 montrent que dans des conditions identiques à
celles des expérience 1 et 2, l’amorçage sémantique produit une tendance à la facilitation
dans la tâche de catégorisation, là où il produisait une inhibition ou pas d’effet avec la
tâche de dénomination. Par ailleurs, on peut signaler que la tendance vers un effet du
SOA observée sur les temps de réaction (114 ms : 537 ms ; 234 ms : 577 ms ; différence
de 40 ms) est compensée par la tendance inverse observée sur les pourcentages d’erreurs
(114 ms : 4.1%; 234 ms : 2.5% ; différence de -1.6%). De fait, des groupes différents de
Discussion Générale p. 103
sujets étaient passaient chacune de ces deux conditions ce qui suggère que cet effet
apparent est peut-être le fruit d’un arbitrage vitesse - précision des réponses différent pour
chaque groupe.
L’absence d’inhibition dans la tâche de catégorisation sémantique, réputée
dévoiler des processus ayant lieu lors de la phase de conceptualisation liée au traitement
du dessin, peut s’interpréter comme un argument en faveur d’une localisation lexicale de
l’effet d’inhibition sémantique observé dans les deux expériences précédentes. Cette
interprétation est comparable à celle proposée par Schriefers et al. (1990), qui avaient
comparé la tâche de dénomination et une tâche de catégorisation dans un paradigme
d’amorçage auditif.50
Dans l’analyse complète des résultats qui suit, nous prenons une perspective un
peu différente qui vise à clarifier les conclusions atteintes. Nous commençons par une
discussion de l’influence des paramètres temporels sur la réalisation de la tâche de
dénomination. Nous discutons ensuite tour à tour les caractéristiques de l’effet
d’inhibition sémantique et de la facilitation associative.
50
On peut noter que Schriefers (1985, cité dans Levelt, 1989) rapporte des expériences dans lesquelles se produisait ce
qui semble être une compétition au niveau conceptuel. Dans ces expériences, les sujets voyaient deux figures
géométriques semblables mais de tailles différentes (p. ex. deux triangles, un grand et un petit). Ils devaient désigner
verbalement ou celui qui était le plus grand ou le plus petit. La taille globale de la représentation était aussi manipulée.
Les latences des réponses, basées sur la taille relative, étaient influencées par la taille absolue des figures. Cette
interférence se retrouvait aussi lorsque les sujets répondaient manuellement (bouton réponse), ce que l’auteur a
interprété en termes d’une possible compétition au niveau conceptuel.
Discussion Générale p. 104
l’amorce était présentée pendant un temps assez long pour que les sujets l’identifient.
Dans ce cas, on peut raisonnablement penser que toute l’information que le stimuli visuel
peut fournir est disponible pour les sujets : le traitement ayant lieu pendant les 134 ms qui
précédent l’arrivée du dessin a lieu indépendamment de la présence du mot amorce dans
le champ visuel du sujet. Ainsi qu’on aurait pu le prédire pour la modalité visuelle, la
‘profondeur de traitement’ est liée au SOA plutôt qu’à la durée de présentation de
l’amorce. Nous parlerons donc en termes de SOA dans le reste de la discussion de ces
expériences.
720
700 relié
non-relié
680
660
640
620
Sémantique Association
51
Rappelons que l’apparente tendance pour un effet du SOA dans l’Expérience 3 pourrait quand à elle être interprétée
comme le fruits d’arbitrages vitesse - précision différents pour les groupes de sujets différents, ainsi que cela a été
proposé ci-dessus.
Discussion Générale p. 105
660
640 relié
non-relié
620
600
580
560
Sémantique Association
52
Les deux durées de présentation d’amorce ont été collapsées en raison de l’absence d’effet et d’interaction de ce
facteur.
Discussion Générale p. 106
53
C’est la méthode usuelle utilisée dans la plupart des expériences de ce type qui sont rapportées dans la littérature (cf.
de plus les arguments de Roelofs, 1993).
54
Insistons sur le caractère spéculatif de ces considérations qui n’ont pas subi de mise à l’épreuve directe dans nos
expériences.
Discussion Générale p. 108
55
On peut noter qu’une intégration de ce type de résultat avec ceux qui sont décrits ici nécessiterait une meilleure
compréhension de la relation entre système de production et système de compréhension.
Discussion Générale p. 109
56
Il se pourrait que le lien associatif existe entre unités de perception (par exemple entre les représentations lexicales
activées lors de la lecture de mot et oiseau). Dans ce cas là, la perception du mot active sa représentation qui active
celle de l’associé et ensuite il y répercussion sur le système de production. Nos résultats ne permettent pas de rejeter
cette hypothèse.
Discussion Générale p. 110
La première explication est basée sur le niveau de traitement auquel les éléments
associés sont reliés par les liens postulés. En effet, le traitement du mot amorce n'est pas
instantané et il commence sûrement par l'activation des représentations des traits
composant la structure des lettres, suivi des représentations des lettres, etc. jusqu'à ce que
soit atteint un niveau de représentation du sens véhiculé par le mot (Balota, 1994). Sans
hypothèse forte de modularité des processus, il est tout de même raisonnable de penser
que les représentations aux divers niveaux sont activées progressivement et non pas d'un
seul coup. Par ce que l'association verbale ne semble avoir d'effet que lorsque le mot est
présenté suffisamment à l'avance, on pourrait penser que les liens associatifs ne se situent
pas entre les représentations de la forme des mots - premières étapes du traitement - mais
plutôt entre les représentations lexicales et/ou conceptuelles qui sont atteintes plus tard.
Indiscutablement, une telle explication nécessite un support empirique direct qui fait
défaut ici. Tout particulièrement, elle pointe encore fois vers la nécessité d'une meilleure
connaissance des relations existant entre systèmes de production et de compréhension du
langage.
(A)
(A)
NID OISEAU
(B)
(B)
nid
i /ni/ /uaso/
n (C) (C)
«nid»
Perception Production
Les résultats des trois expériences présentées dans ce chapitre montrent qu’une
sélection soignée du matériel permet de mettre en évidence deux types de relation
souvent confondus dans la littérature sur la production de parole : la proximité
sémantique et l’association verbale. En effet, les paires d’amorce - cible qui étaient
reliées de l’une ou l’autre façon ont produit des effets d’amorçage très différents. Il est
vrai que ce n’est pas la première fois que des différences entre ces deux types de relations
sont explorées, mais on peut noter qu’elles sont montrées ici de façon assez claire dans le
cas de la production de parole. Notons de plus que les effets sont modulés par le temps
séparant l’apparition de chacun des stimuli, mais pas par la durée de présentation des
amorces.
Nous proposons de conclure que l’inhibition sémantique et la facilitation
associative sont sous tendues par deux mécanismes distincts : une sélection lexicale
impliquant plusieurs candidats dans le premier cas et possiblement l’existence de liens
entre unités du lexique de production pour le deuxième. Si cette proposition est correcte,
la dénomination est rendue possible par la sélection d’une seule unité parmi la cohorte de
coordonnés sémantique que le traitement visuel du dessin génère. Il n’y a pas d’associés
verbaux parmi les candidats. Plus tard, des connexions activatrices entre les associés
Discussion Générale p. 112
verbaux entre en jeu. Nos données indiquent que la lecture d’un mot est susceptible de
déclencher ce type de propagation.
Par conséquent, tout en gardant à l’esprit les particularités de la procédure que
nous avons utilisé, nous proposons d’interpréter nos résultats comme des arguments pour
l’existence d’une ‘dissociation’ entre sémantique et association verbale. Ces deux types
de relation semblent avoir des statuts et des rôles différents à jouer dans les processus de
production.
5- Discussion Générale :
Questions de Méthode,
Perspectives.
5.1 Récapitulatif
113
Discussion Générale p. 114
Nos expériences ont montré que la dénomination de dessins est bien sensible à ce
genre de contexte, ce qui la différencie de la tâche de dénomination de mots. En effet, la
dénomination des dessins est plus lente lorsque le dessin est précédé par un déterminant
congruent que lorsque celui-ci est incongruent. Une telle différence n’est pas présente
dans le cas de la dénomination de mots. On observe de plus que l’effet de congruence
syntaxique ainsi mis en évidence ne se produit que lorsque ce sont des mots de la classe
fermée - mots ‘grammaticaux’ - qui sont utilisés comme amorces. L’utilisation d’adjectifs
‘à contenu’ ne produit pas d’effet, même si une tendance dans ce sens est observée. Par
contre l’effet est à nouveau observé lorsque la forme du groupe amorce + cible est
correcte, mais que l’on manipule la congruence de genre grammatical entre les deux
items (comparaison de mon(masc) arbre(masc) et mon(masc) étoile(fém)).
Les deux dernières expériences de ce même Chapitre Trois ont été consacrées à
évaluer si l’effet de congruence syntaxique était en partie dû à une facilitation, ou si il
était simplement produit par l’interférence dans le cas du contexte incongruent. Pour cela,
nous avons comparé une condition d’amorçage congruente (déterminant accordé en
genre) à une condition ‘neutre’ (« XXX »). Les résultats de ces deux dernières
expériences sont ambigus. En effet, la première tentative a montré un clair effet de
facilitation pour la condition congruente. Cet effet n’a été répliqué que partiellement et de
façon non significative dans la deuxième expérience, où le facteur fréquence des cibles
était aussi manipulé.
L’ensemble de ces résultats est interprété dans le contexte des modèles de
production de parole. La différence dans les sensibilité des tâches de dénomination et
lecture est interprétée comme la conséquence du degré de lexicalité nécessaire à la
réalisation de la tâche. Seule la tâche nécessitant un traitement lexical à partir
d’informations conceptuelles - à savoir, la dénomination - est sensible au contexte. La
différence d’effets induits par une amorce de la classe fermée et une amorce de la classe
ouverte est rattachée aux différences de traitement suscitées par ces mots écrits, déjà
observées par ailleurs. Finalement, l’obtention de l’effet de congruence syntaxique alors
même que la forme du couple amorce + cible est correcte indique que l’effet est
véritablement lié à la représentation d’information syntaxique.
Dans le Chapitre Quatre, nous avons étudié le rôle joué par l’information
sémantique dans le processus de production de parole. Nous avons attaché un soin
particulier à distinguer deux facteurs généralement confondus dans la littérature ayant
trait à cette question : la proximité sémantique et l’association verbale. En effet, bien que
les paires de mots associés le soient souvent en vertu de leur sens, il est possible de
distinguer opérationellement ces deux types de relations. Nos expériences étaient
destinées à distinguer les rôles respectifs de ces deux types d’information dans les
processus de sélection lexicale. Pour cela, nous avons encore une fois utilisé le paradigme
d’amorçage, en manipulant de plus une variable temporelle : l’asynchronie entre amorce
et cible.
Avec un matériel qui distinguait la proximité sémantique de l’association verbale,
les résultats de la première expérience montrent que l’interférence sémantique
usuellement observée dans ce paradigme est indépendante de l’association verbale entre
items. Qui plus est, l’amorçage par un associé verbal ne suscite pas d’effet. Lorsque
l’asynchronie est plus grande antre amorce et cible, l’effet d’interférence sémantique
Discussion Générale p. 115
disparaît mais on observe que les amorces associées induisent un effet de facilitation. Ces
résultats sont indépendants de la durée de présentation de l’amorce, ce qui confirme que
c’est bien l’asynchronie qui est la variable pertinente dans les manipulations de
paramètres temporels dans ce genre de paradigmes.
Les données décrites au Chapitre Quatre s’interprètent comme le reflet d’une
dissociation entre information sémantique et information associative. Les membres d’une
cohorte sémantique participent au processus de sélection lexicale comme candidats
potentiels. Les associés verbaux n’en font pas partie mais un traitement suffisamment
long leur permet de propager de l’activation vers les items associés, facilitant ainsi leur
dénomination.
Dans ce dernier chapitre, nous nous proposons d’une part de revenir sur certains
des points discutées préalablement et, d’autre part, d’intégrer les donnés et leurs
interprétations dans un contexte un peu plus général.
57
Une variable classique des expériences de décision lexicale avec amorçage est la proportion d’items reliés dans les
listes expérimentales : généralement, plus il est grand et plus les sujets ont tendance à développer des stratégies de
devinement ou autres pour optimiser leurs réponses.
Discussion Générale p. 117
sémantique où les effets ne sont pas toujours stables d’une étude à l’autre (cf. la littérature
passée en revue au Chapitre Quatre). En effet, il se pourrait bien que ce type de facteurs,
qui ont été peu étudiés, ait un rôle plus important que celui qu’on leur a prêté jusqu'à
présent. Cela reste une question empirique.
Notons toutefois que l’interprétation des effets expérimentaux reste sûrement
possible si elle prend en compte l’ensemble de l’information disponible concernant les
conditions de passation58. Ces remarques, qui ne prétendent pas au statut de nouveauté,
insistent sur la nécessité d’analyser les résultats d’une expérience en raisonnant non
seulement sur l’essai expérimental ‘type’ de chaque niveau du facteur manipulé, mais
aussi de façon globale sur les conditions de passation (pour une approche de ce type dans
des expériences de dénomination de mots, cf. p. ex. Lupker, Brown et Colombo, 1997).
Cela suggère aussi que l’on ne peut pas faire l’économie de la prise en compte d’autres
dimensions psychologiques, p. ex. l’attention dans l’élaboration d’une théorie du
traitement du langage (Carr, 1999). Cette remarque est tout particulièrement valable -
encore une fois - pour des questions comme la sémantique, où les propriétés manipulées
sont celles qui constituent le but du traitement naturel des unités linguistiques.
58
Ces conditions peuvent de plus être manipulées expérimentalement si cela s’avérait nécessaire
59
Sauf si le but de l’expérience est masqué par des instructions qui détournent l’attention du sujet.
Discussion Générale p. 118
phrases ou de groupes de mots mais pas dans la lecture de mots isolés. Cela suggère que
la prise en compte des propriétés syntaxiques dans le traitement ou la mise en route d’un
éventuel processeur syntaxique nécessite que certaines conditions soient remplies.
Dans nos expériences, l’amorce était présentée seule, avant le dessin : ce point
mérite d’être éclairci. Si notre interprétation est correcte, elle sous entend que les sujets
‘liaient’ les apparitions de l’amorce et de la cible comme deux parties successives d’un
même événement : ce stimulus complexe serait en mesure de déclencher alors un
traitement syntaxique ayant les propriétés que nous avons décrit dans la discussion des
résultats au Chapitre Trois.
Le rôle de cette ‘lecture syntaxique optionnelle’, dont nous laissons
volontairement le contour un peu flou par manque de données, pourrait être évalué. Une
conséquence liée à cette proposition semble être que l’amorce déclenche une lecture
‘syntaxique’ si et seulement si elle constitue un début possible et correct de syntagme
nominal ou de phrase. C’est le cas pour les déterminants de la classe fermée mais pas
pour les adjectifs : ‘grande table’ isolé n’est pas correct. Dans ces conditions seulement,
cette lecture syntaxique aurait les conséquences évoquées dans la discussion du Chapitre
Trois, conséquences qui sont à l’origine de l’effet de congruence syntaxique. Si une telle
explication est vraie, l’utilisation d’amorces déterminant + adjectif devrait produire un
effet de congruence syntaxique, que la marque de genre soit portée par le déterminant ou
par l’adjectif. Une exploration de ce type d’hypothèse pourrait alors être envisagée en
manipulant la disponibilité des informations syntaxiques dans l’amorce.
Considérons à présent le processus de sélection lexicale abordé dans le Chapitre
Quatre. Pour interpréter les effets observés il a encore une fois été crucial de considérer
les conséquences en termes d’activations de la lecture silencieuse d’un mot présenté
rapidement sur un écran. Est-ce que le traitement du mot active sa phonologie, son
lemma, sa sémantique ? En accord avec les modèles de reconnaissance de mots (lecture
silencieuse), l’activation de représentations orthographiques va à son tour activer des
représentations phonologiques (van Orden, 1987), pour finalement permettre la sélection
de la représentation du mot identifié. Avant que la reconnaissance ait lieu, le processus de
traitement implique l’activation d’une plus large quantité information. Une prise en
compte de ces activations temporaires pourrait être nécessaire pour permettre une analyse
plus fine du processus de sélection lexicale. Celui-ci sera abordé dans la section qui suit
Une question liée à celle qui a été discutée à la section qui précède est celle de la
localisation des effets observés. Elle peut s’énoncer comme suit : au niveau de quel
traitement de production se produit l’influence du traitement de compréhension suscité
par l’amorce ? Ce type de question a déjà été abordé au cours des discussions des
résultats obtenus. Nous souhaiterions apporter ici quelques compléments d’information.
quel processus était affecté par la présence d’une amorce syntaxique. L’ensemble des
données obtenues au Chapitre Trois, et en particulier l’observation d’un effet des amorces
même en l’absence d’incongruence formelle (dessins à voyelle initiale), semblent
indiquer que l’information qui est à la base de l’effet observé est bien syntaxique. De fait,
si notre interprétation est correcte, la structure responsable de l’effet doit se situer à un
niveau central de traitement commun à la compréhension et à la production, niveau où
l’information syntaxique en cours de traitement est présente - ceci étant dit sans que la
nature de cette structure soit pour l’instant discutée. Il resterait en effet à déterminer le
mécanisme exact par le biais duquel le traitement de l’amorce impose une contrainte sur
le traitement de la cible. Nous pensons que cette question est pertinente, puisque sa
réponse comportera des éléments d’information concernant la nature de l’encodage
syntaxique en production naturelle. Pour avancer dans cette direction, il est certain que
l’obtention d’une plus large évidence empirique sera nécessaire.
60
Sauf pour certaines paires d’items sur lesquelles nous reviendrons.
Discussion Générale p. 120
Système de production
lexique lexique
orthographique phonologique
représentation représentation
de lettres de phonèmes
«cheval»
Perception Production
CHEVAL ZEBRE
(A)
cheval
(B) /cheval/ /zèbre/
S v l e a
61
Nous avons vu dans l’Introduction qu’il existait un certain nombre d‘études qui soutiennent des hypothèses de ce
type.
62
Cette explication n’exclut pas qu’il y ait en même temps une propagation d’activation par les lemmas identique à
celle décrite pour le modèle sériel. Par souci de lisibilité de la figure, cette possibilité est représentée en pointillés sur la
figure.
Discussion Générale p. 122
La Heij, 1996b). Notons que la description de ce mécanisme nécessiterait que l’on précise
dans le détail les relations existantes entre phonologie de perception et phonologie de
production.
Perception Production
CHEVAL ZEBRE
(A1)
cheval
(A) /cheval/ /zèbre/
S v l e a
«cheval»
63
La discussion de cette question a été à ce jour principalement basée sur des données obtenues en hollandais, langue
pour laquelle la proximité orthographique et la proximité phonologique sont pratiquement confondues.
64
Cette explication n’exclue pas la possibilité que la phonologie soit activée, mais celle ci n’aura pas d’influence tant
que la sélection lexicale de production n’aura pas eu lieu. Nous revenons sur ce point par la suite.
Discussion Générale p. 124
purement ‘automatiques’ (Neely, 1991). Outre que nous avons exporté ce critère des
tâches de perception vers une tâche de production (ce qui est au moins raisonnable), le
SOA utilisé était de 234 ms, ce qui n’est pas loin de la limite fatidique. Dans ces
conditions, il n’est pas possible d’exclure qu’au moins une partie de l’effet observé soit
du à des ‘stratégies’ de la part des sujets cherchant à optimiser leurs performances. Une
stratégie possible est de tenter de deviner le dessin qui suit au moment où l’amorce est
présentée.
En faveur de cette explication se trouve notamment le fait que les sujets étaient
familiarisés avec le matériel avant le début de l’expérience : ils connaissaient donc les
dessins susceptibles d’apparaître. Contre cette explication se trouve le fait que, bien que
les relations amorce - cible soient principalement de type ‘fonctionnel’, ces relations
étaient assez variables et donc pas nécessairement prévisibles dans le temps imparti (le
matériel est présenté en Annexe). Il est certain qu’une meilleure compréhension des
origines possibles de cet effet reste à l’ordre du jour. Notons que la principale difficulté
de cette recherche se trouve dans la relation associative qui, par la diversité de sa nature,
ne se laisse pas facilement cerner (cf. Chapitre Deux). Il est d’ailleurs loin d’être évident
qu’un seul mécanisme soit à l’origine de toutes les associations verbales.
65
On peut signaler que la création de la structure syntaxique dont il est question ici est indépendante du message
véhiculé. Celui-ci est par contre central lors de l’assignation les rôles thématiques aux divers items issus de la sélection
lexicale. La compréhension de ce processus nécessite la compréhension des relations existant entre le niveau
conceptuel et le niveau lexico-sémantique. Pour une discussion, Bock et Levelt (1994).
Discussion Générale p. 126
66
Il existe quelques différences inter langues que ces auteurs ont tenté d’expliquer (cf. les références citées).
Discussion Générale p. 127
Les recherches présentées dans cette thèse portaient sur deux des traitements qui
sont constitutifs des processus de production de parole : la sélection lexicale et
l’encodage syntaxique. Notre but principal a été d’apporter quelques éléments
d’information empirique et théorique sur des discussions qui sont actuelles dans ce
domaine d’investigation. Nous espérons avoir réussi à transmettre au lecteur qui atteint
cette conclusion les idées et les méthodes qui ont alimenté notre réflexion pendant les
trois années de réalisation de ce travail.
On remarquera sans s’étonner que les points qui nécessitent encore des
éclaircissements restent nombreux. Ainsi que nous avons pu le suggérer précédemment,
nous pouvons modestement prédire que l’élargissement des recherches de la production
de mots isolés vers celle de syntagmes et de phrases sera de plus en plus notable. De
façon reliée, il y a toutes les raisons de croire que l’étude de la relation entre système de
production et système de compréhension du langage retiendra l’attention des chercheurs
dans un avenir proche. C’est peut être là la question cruciale. C’est aussi une condition
nécessaire de l’analyse fine des protocoles utilisés dans chacun des domaines.
Nous pouvons aussi prédire - avec encore plus de certitude - que de nombreuses
heures d’expérimentation et de discussion nous attendent si nous souhaitons approfondir
les résultats obtenus jusqu'à présent.
129
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