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Chap 7

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7

CHAPITRE

Polynômes

Grace Chisholm fut l’élève de Felix Klein, à Göttingen, et la première


femme à soutenir et obtenir un doctorat en Allemagne. Avant elle, Sofia
Kovaleskaïa avait obtenu un doctorat in absentia.
Grace Chisholm, née près de Londres, réussit les examens de Cambridge
(mathematical Tripos) et d’Oxford (final honours), sans obtenir le droit d’y
poursuivre ses études du fait de son sexe. Après avoir obtenu son doctorat
en Allemagne, elle est rentrée en Angleterre et s’est mariée avec William
Young. En 1896 ils partirent habiter en Suisse et, en suivant une suggestion
de Felix Klein, s’intéressèrent à la théorie des ensembles et eurent des
contributions majeures dans le domaine de la théorie des fonctions (dont la
formule de Taylor-Young).
Grace Chisholm-Young est connue pour le théorème de Denjoy-
Young-Saks dont elle a donné l’extension au cas des fonctions mesurables.
Par ailleurs la plupart des articles attribués à William Young sont en fait
des collaborations. Elle tapait ses articles, complétait les démonstrations et
corrigeait les erreurs.
En sus de ses travaux mathématiques, elle accomplit des études de mé-
decine (qu’elle arrêta juste avant l’internat), maîtrisa six langues, apprit la
musique à ses six enfants et écrivit l’un des premiers livres pour enfants à
être reproduit.
308 7.1. ARITHMÉTIQUE DANS K[X]

Introduction

Le paragraphe relatif aux polynômes permet de revenir sur l’étude menée en pre-
mière année, dans un cadre étendu et dans un esprit plus algébrique mettant l’accent
sur la notion d’idéal.

— Idéaux de K[X], PGCD de deux polynômes, extension au cas d’une famille


finie, relation de Bézout. Irréductibles de K[X], existence et unicité de la
décomposition en facteurs irréductibles unitaires. Irréductibles de C[X] et
R[X].
— Pour u dans L (E), le noyau du morphisme d’algèbres P 7→ P (u) de K[X]
dans L (E) est l’idéal annulateur de u et son image est la sous-algèbre
commutative K[u] de L (E). Interprétation matricielle.
— Polynôme minimal d’un endomorphisme d’un espace de dimension finie,
d’une matrice carrée. Le polynôme minimal est unitaire. Si d est le degré
du polynôme minimal πu de u, alors la famille (uk )0⩽k⩽d−1 est une base de
K[u].
Programme — Si u(x) = λx, alors P (u)(x) = P (λ)x. Si P annule u, toute valeur propre de
u est racine de P . Les racines de πu dans K sont les valeurs propres de u.
— Théorème de décomposition des noyaux.
— Un endomorphisme est diagonalisable si et seulement s’il annule un poly-
nôme simplement scindé, ou encore si et seulement si πu est simplement
scindé. Polynôme minimal d’un endomorphisme induit.
— Un endomorphisme est trigonalisable si et seulement s’il annule un poly-
nôme scindé, ou encore si et seulement si πu est scindé. Traduction matri-
cielle.
— Dimension d’un sous-espace caractéristique. Toute matrice est semblable à
une matrice diagonale par blocs, chaque bloc diagonal étant triangulaire à
termes diagonaux égaux.

Dans ce chapitre, K est un sous-corps de C.

1 Arithmétique dans K[X]

Idéal
Soit A un anneau commutatif et I une partie de A. On dit que I est un
idéal de A si c’en est un sous-groupe additif et qu’il est stable par multiplication
externe par A, i.e.
Définition 7 - 1 ∀x ∈ I , ∀a ∈ A , ax ∈ I .
On note (x) ou xA l’idéal engendré par un élément x de A, à savoir

xA = {xa | a ∈ A} .

François Sauvageot - Lycée Lesage - Vannes - c b n a - 2022-2023


CHAPITRE 7. POLYNÔMES 309

La multiplication étant distributive, l’application multiplication (à droite ou


à gauche) est un morphisme du groupe multiplicatif (A, +) et donc xA en est
l’image, donc un sous-groupe de A. Par construction il est stable par multipli-
Remarque 7 - 1 cation, ce qui explique pourquoi xA est un idéal. C’est aussi le plus petit idéal
de A contenant x. Un idéal de la forme xA est dit principal et x en est appelé
un générateur. Un tel générateur n’est en général pas unique : 1Z = (−1)Z par
exemple.

Idéaux de K[X]
Soit I un idéal de K[X], non réduit à {0}. Il existe P dans I tel que
Théorème 7 - 1
1. ∀Q ∈ I, deg(Q) < deg(P ) ⇒ Q = 0,
2. I = (P ), i.e. I = {P Q | Q ∈ K[X]} = P K[X].

Démonstration. Soit I un idéal non nul. L’ensemble {deg(Q) | Q ∈ I , Q ̸= 0} est


donc une partie non vide de N et si d est son minimum, on peut choisir P dans I tel
que deg(P ) = d. Ce polynôme vérifie la première propriété et il est non nul.
Soit maintenant B dans I. Comme P ̸= 0, on peut effectuer la division euclidienne
de Q par P . Il vient B = P Q + R avec Q et R dans K[X]. Comme I est un idéal
B − P Q appartient à I puisque c’est le cas pour B et P . Mézalor R appartient à I.
La propriété deg(R) < deg(P ) entraîne alors que R est nul, i.e. B ∈ P K[X]. D’où
I ⊂ P K[X].
La réciproque est une conséquence de la définition de P K[X]. □

On dit que K[X] est un anneau principal, ce qui signifie qu’il est intègre et

que tous ses idéaux sont de la forme P K[X] (avec P = 0 on trouve l’idéal nul).

Pour P et Q dans K[X], P divise Q si et seulement si Q appartient à l’idéal


Remarque 7 - 2
P K[X]. On a P | Q ⇐⇒ QK[X] ⊂ P K[X].

PPCM
Soit P , Q, R dans K[X]. Alors R est un multiple commun à P et Q si et
seulement si
RK[X] ⊂ P K[X] ∩ QK[X] .
Proposition 7 - 1
Dans le cas d’égalité R est un plus petit commun multiple, ou ppcm. Si, de
plus, R est nul ou unitaire on dit que R est le ppcm de P et Q, et on note
R = ppcm(P, Q) ou encore R = P ∨ Q. Le ppcm est unique et, de plus, si P et Q
sont non nuls, tout ppcm de P et Q est non nul.

Démonstration. La première partie est une reformulation puisque les multiples de


P sont exactement les éléments de P K[X] et donc les multiples communs à P et Q
sont les éléments de P K[X] ∩ QK[X]. De plus, par stabilité par multiplication par des
éléments de K[X],

R ∈ P K[X] ∩ QK[X] ⇐⇒ RK[X] ⊂ P K[X] ∩ QK[X] .

L’ensemble P K[X] ∩ QK[X] est stable par multiplication par K[X] et c’est un sous-
groupe de K[X], en tant qu’intersection de deux sous-groupes. C’est donc un idéal de

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310 7.1. ARITHMÉTIQUE DANS K[X]

K[X] et la proposition précédente, ainsi que sa démonstration, montre que si cette


intersection n’est pas réduite à {0}, il est égal à RK[X] pour tout polynôme R de
degré minimal parmi les polynômes non nuls de P K[X] ∩ QK[X]. Par définition un
tel polynôme est un ppcm de P et Q, et réciproquement. Par ailleurs l’intersection
contient P Q et est donc réduite à {0} seulement si P = 0 ou Q = 0, la réciproque
étant directe.
Par conséquent, si P = 0 ou Q = 0, on a P K[X] ∩ QK[X] = {0} et tout ppcm de
P et Q est nul, et donc le ppcm aussi. Dans le cas contraire P K[X] ∩ QK[X] ̸= {0}
et donc les ppcm de P et Q sont non nuls. Si R et S sont deux tels ppcm, on a
RK[X] = SK[X] = P K[X] ∩ QK[X] et on dispose de U et V dans K[X] tels que
R = SU et S = RV . Il vient R = RV U . Comme R est non nul, V U = 1 et donc V
et U sont des polynômes inversibles, donc constants non nuls. Si r est le coefficient
1
dominant de R et s celui de S, alors en notant T = R, T est unitaire et on a R = rT
r
et S = sT . Comme T K[X] = RK[X] = SK[X] = P K[X] ∩ QK[X], on en déduit que
T est un ppcm unitaire de P et Q et qu’un tel polynôme est unique, i.e. le ppcm
existe et est unique. Il est non nul dès que P et Q le sont. □

PGCD
Soit P , Q, R dans K[X]. On note

P K[X] + QK[X] = P U + QV  (U, V ) ∈ K[X]2


 
.
Proposition 7 - 2 Alors R est un diviseur commun à P et Q si et seulement si P K[X] + QK[X] ⊂
RK[X] et R est un plus grand commun diviseur, ou pgcd, dans le cas d’égalité.
Dans le cas d’égalité, si R est nul ou unitaire on dit que R est le pgcd de P
et Q, et on note R = pgcd(P, Q) ou encore R = P ∧ Q. Le pgcd est unique et, de
plus, si P ou Q est non nul, tout pgcd de P et Q est non nul.

Démonstration. Si R est un diviseur commun à P et Q, alors P et Q appartiennent


à RK[X] et donc, comme ce dernier est stable par multiplication par K[X] et par
addition il vient successivement P K[X] ⊂ RK[X] et QK[X] ⊂ RK[X], puis P K[X] +
QK[X] ⊂ RK[X]. Réciproquement si R vérifie l’inclusion précédente, en particulier
comme P = P × 1 + Q × 0 ∈ P K[X] + QK[X], on a P ∈ RK[X] et donc R divise P .
De même Q divise R et donc R est un diviseur commun de P et Q.
Remarquons que P K[X] + QK[X] est un idéal de K[X]. En effet il est stable par
multiplication par K[X] et c’en est un sous-groupe puisqu’il contient 0, est stable par
addition et passage à l’opposé ((P U1 +QV1 )−(P U2 +QV2 ) = P (U1 −U2 )+Q(V1 −V2 )).
S’il est non nul on en déduit qu’il s’écrit RK[X] pour tout polynôme R de degré minimal
parmi les polynômes non nuls de P K[X] + QK[X]. Si S est un autre diviseur commun
à P et Q, on a
RK[X] = P K[X] + QK[X] ⊂ SK[X]
et donc S | R. Autrement dit R est un pgcd de P et Q, et si S est un pgcd de
P et Q on a R | S d’après ce qui précède et R | S par définition d’un pgcd, donc
RK[X] = SK[X] et ainsi les pgcd de P et Q sont exactement les polynômes R vérifiant
RK[X] = P K[X] + QK[X], i.e. les générateurs de l’idéal principal P K[X] + QK[X].
Par ailleurs P K[X] + QK[X] contient P et Q et est donc réduit à {0} seulement
si P = 0 et Q = 0, la réciproque étant directe.
Par conséquent, si P = Q = 0, on a P K[X] + QK[X] = {0} et tout pgcd de P
et Q est nul, et donc le pgcd aussi. Dans le cas contraire P K[X] + QK[X] ̸= {0} et
donc les pgcd de P et Q sont non nuls. Si R et S sont deux tels pgcd, on a RK[X] =
SK[X] = P K[X] + QK[X] et on conclut comme dans la proposition précédente, en

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 311

1
notant r et s les coefficients dominants de R et S et T = R, que T est unitaire, qu’on
r
a R = rT et S = sT , puis que T est un pgcd unitaire de P et Q et qu’un tel polynôme
est unique, i.e. le pgcd existe et est unique. Il est non nul dès que P ou Q l’est. □

La notion de ppcm est donc plus élémentaire que celle de pgcd. Elle est aussi
beaucoup moins utile car nettement moins profonde. Le ppcm sert au mieux
à mettre au mettre au même dénominateur des fractions, et encore car c’est
conceptuellement inutile, c’est au regard de l’efficacité des calculs que la notion
Remarque 7 - 3
entre en jeu. A contrario le pgcd est la pierre angulaire de l’arithmétique et permet
de construire la décomposition en facteurs premiers et la relation de Bézout est
un outil incontournable qu’il convient d’avoir toujours disponible, tel un réflexe
pavlovien on traduit instantanément la notion de pgcd en relation de Bézout !

On dit que deux éléments P et Q de K[X] sont premiers entre eux si P ∧Q = 1,


Définition 7 - 2
i.e. si P K[X] + QK[X] = K[X].

Théorème de Bézout
Soit P et Q deux éléments de K[X]. Ils sont premiers entre eux si et seulement
si
∃(U, V ) ∈ K[X]2 , UP + V Q = 1 .
Une telle relation est appelée relation de Bézout.
Théorème 7 - 2 Plus généralement, pour R dans K[X], on a

∃(U, V ) ∈ K[X]2 , U P + V Q = R ⇐⇒ (P ∧ Q) | R


et si R est un pgcd de P et Q, une relation U P + V Q = R est appelée relation


de Bézout entre P et Q.

Démonstration. Si P ∧ Q = 1, on a 1 ∈ K[X] = P K[X] + QK[X] et l’existence


d’une relation de Bézout en découle.
Réciproquement si une telle relation existe, on a en particulier 1 ∈ P K[X]+QK[X]
et donc, par stabilité par multiplication par K[X], K[X] ⊂ P K[X] + QK[X] et donc
par double inclusion K[X] = P K[X]+QK[X]. Le polynôme unitaire de degré minimal
de K[X] étant 1, il vient P ∧ Q = 1.
Pour la seconde partie, l’équivalence résulte de la définition de P K[X] + QK[X] et
de la proposition précédente. □

Étienne Bézout (1730–1783) porte un nom dans lequel le « é » se prononce


Remarque 7 - 4 non accentué, on dit donc « Bezout », à l’inverse de Georges Clemenceau qui
se prononce accentué mais s’écrit non accentué (on prononce « Clémenceau »).

Lemme de Gauss
Théorème 7 - 3
Soit P , Q, R dans K[X] tels que P | QR et P ∧ Q = 1, alors P | R.

Démonstration. À la vue de P ∧ Q = 1, on applique le réflexe pavlovien

K[X] = P K[X] + QK[X]

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312 7.1. ARITHMÉTIQUE DANS K[X]

et donc en multipliant par R, il vient

RK[X] = P RK[X] + QRK[X] .

Comme les deux ensembles de droite sont inclus dans P K[X] puisque P divise P R et
QR, il en va de même pour leur somme puisque P K[X] est un idéal et donc

RK[X] ⊂ P K[X] ,

ce qui signifie P | R. □

Magique, non ? ! Le lemme de Gauss est souvent interprété à l’aune de la


décomposition en facteurs premiers : si P n’a pas de facteur commun avec Q et
qu’il divise QR, c’est qu’il divise R ou plutôt que ses facteurs premiers sont parmi
Remarque 7 - 5
ceux de R. Mais on voit ici que la déduction se fait en sens inverse : c’est grâce au
lemme de Gauss que l’on peut accéder à la décomposition en facteurs premiers
et ce dernier n’a besoin que de la relation de Bézout.

Soit P et Q premiers entre eux dans K[X], alors P + Q et Q sont premiers


entre eux. En effet il suffit de partir d’une relation de Bézout U P + V Q = 1 :
Exemple 7 - 1
U (P + Q) + (V − U )Q = 1 et donc (P + Q) ∧ Q = 1 .

Faire apparaître une somme, un 0 dans une somme ou un 1 dans un produit


peut paraître magique, mais c’est un réflexe à avoir. En ce qui concerne cette
première astuce, elle peut se dire en termes de déterminants :
Remarque 7 - 6
P Q P +Q Q
UP + V Q = = = U (P + Q) + (V − U )Q
−V U U −V U

en ajoutant la seconde colonne à la première.

Soit P et Q premiers entre eux dans K[X], alors P + Q et P Q sont premiers


entre eux.
On part d’une relation de Bézout U P + V Q = 1. Il vient U (P + Q) + (V −
U )Q = 1 et (U − V )P + V (P + Q) = 1, et donc en multiplicant ces deux relations,
il vient
Exemple 7 - 2
1 = U (P + Q) + (V − U )Q = U (P + Q) + (V − U )Q × 1
= (U + (V − U )QV )(P + Q) − (U − V )2 P Q = 1 ,

ce qui assure (P + Q) ∧ (P Q) = 1.

Soit P et Q premiers entre eux dans K[X] alors, pour n et m dans N, P n et


Qm sont premiers entre eux.
Exemple 7 - 3 On part d’une relation de Bézout U P + V Q = 1 et en développant par le
binôme (U P + V Q)n+m = 1 on obtient une relation entre P n et Qm (à dire vrai
élever à la puissance n + m − 1 suffit !).

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 313

On appelle polynôme irréductible de K[X] tout polynôme P qui ne peut


s’écrire comme produit de deux polynômes de degrés strictement inférieurs au
Définition 7 - 3
sien.
En particulier P n’est pas constant.

Soit P et Q deux polynômes irréductibles unitaires et distincts. Alors ils sont


Lemme 7 - 1
premiers entre eux.

Démonstration. Un diviseur de P est de degré inférieur ou égal à celui de P et est


donc, du fait de son irréductibilité, de degré égal ou bien constant. On en déduit que
pour tout polynôme R on a P ∧ R = 1 ou P ∧ R = P . Le second cas équivaut à P | R.
Or P | Q entraîne que P et Q ont même degré, par irréductibilité de Q, puis qu’ils
sont égaux car ils sont unitaires. □

Le théorème de Gauss permet d’obtenir

Existence et unicité de la décomposition en facteurs irréductibles unitaires


Soit A un polynôme dans K[X] non nul et I l’ensemble des polynômes uni-
taires irréductibles dans K[X].
Il existe un unique couple formé d’une suite presque nulle (vP (A))P ∈I et d’un
Théorème 7 - 4 scalaire non nul a dans K∗ tels que
Y
A=a P vP (A) .
P ∈I

Les produits sont donc finis.

Démonstration. L’existence se démontre par récurrence sur deg(A) dans N.


— Si deg(A) = 0, alors on pose vP (A) = 0 pour tout P dans I et a = A.
— Si A est irréductible, alors on pose vP (A) = δP (A) pour tout P dans I et a le
coefficient dominant de A.
— Si A n’est pas irréductible, on dispose de A1 et A2 dans K[X] tels que A = A1 A2
et deg(A1 ) et deg(A2 ) strictement inférieurs à deg(P ). Deux décompositions de
A1 et A2 fournissent par produit une décomposition de A.
L’unicité est une conséquence du théorème de Gauss. Soit a et b deux unités
scalaires non nuls dans K× , (ap ) et (bp ) deux suites presque nulles dans N(I) tels que
Y Y
a P ap = b P bp .
P ∈I P ∈I

Si les suites (ap ) et (bp ) sont distinctes, on dispose de P dans I que ap ̸= bp et en


divisant les deux membres de l’égalité par P min(ap ,bp ) , on obtient deux polynômes. L’un
est divisible par P puisque min(ap , bp ) < max(ap , bp ) et donc l’autre aussi. Mais ceci
contredit le théorème de Gauss puisque ce second polynôme est un produit (fini) de
polynômes irréductibles distincts de, et donc premiers à, P . On en déduit (ap ) = (bp )
et donc aussi a = b. □

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314 7.2. NOMBRES – AU DELÀ DU RATIONNEL

2 Nombres – Au delà du rationnel

Le nombre entier naturel semble directement accessible mais formaliser sa définition


n’est pas si simple. Que ce soit pour les besoins de l’addition ou de la multiplication, et
surtout de leurs applications réciproques, on a besoin des entiers relatifs et des ration-
nels. Leur construction a lieu au collège et leur absence dans la vie quotidienne montre
qu’ils sont d’un abord ardu. Le nombre rationnel, sous forme de fraction, est souvent
caché derrière son développement décimal et celui-ci est tronqué à ses deux premiers
chiffres faute de donner un sens aux décimales suivantes. Pourtant des questions ou
observations simples comme la diagonale d’un carré, le format A4, un cercle etc. font
appel à des nombres qui ne sont ni entiers, ni rationnels. Ceci n’empêche pas de les
définir à partir de nombres rationnels et même à partir d’équations polynomiales à
coefficients enters : x2 + y 2 = 1, x2 = 2 etc. Le nombre entier naturel s’additionne,
se multiplie. Correctement étendu le nombre devient un élément d’un corps, d’une
algèbre. Il ne paraît pas facile d’additionner des nombres via les équations qui les dé-
finissent. La route la plus évidente semble de les calculer mais pour aller plus loin, il
faudra trouver d’autres méthodes, algébriques.
Certaines méthodes, données dans les compléments ou en exercice, permettent de
localiser les racines d’un polynôme et donc de les calculer de façon aussi précise que l’on
veut. Mais il n’est pas clair que l’on en ait pour autant une meilleure compréhension :
que se cache-t-il derrière les points de suspension ?

Lagrange a mis au point une méthode qui permet de calculer sur des nombres
entiers, plus porteuse de sens et moins entâchée d’erreurs. En voici un exemple. On
cherche à calculer la racine positive de X 2 − X − 1, i.e. le nombre d’or (souvent
noté φ). La règle de Descartes assure en effet qu’il y a au plus une racine
positive, et donc exactement une seule par parité. Un calcul direct donne P (1) =
−1 < 0 < 1 = P (2) et donc 1 < φ < 2. On pourrait continuer par dichotomie
1
mais les calculs seront vite pénibles. Plutôt que cela on pose x = 1 + , avec
y
1 1
y > 0, de sorte que P (x) = −1 + + 2 d’après la formule de Taylor avec
y y
P (1) = −1, P ′ (1) = 1 et P ′′ (1) = 2. Ainsi x est racine de P si et seulement si
−y 2 + y + 1 = 0, en remettant au même dénominateur. Autrement dit x est racine
Exemple 7 - 4
de P si et seulement si y l’est et donc y est alors compris entre 1 et 2. En itérant
le processus, on en déduit

1
φ=1+ .
1
1+
1
1+
1 + ···
3 5
Cela permet d’avoir des approximations successives : 1, 2, , en arrêtant le
2 3
processus à la ne barre de fraction et, d’autre part, en utilisant la positivité des
termes, de préciser l’écart avec la valeur réelle.

Dans le cas d’une équation du second degré, il n’y a pas besoin de tant de théorie
pour arriver à ce résultat. C’est différent avec une équation de degré plus grand. Par
exemple avec X 3 − 2X − 5. La règle des signes donne une unique racine positive et

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 315

1
comme P (2) = −1 et P (3) = 16, elle est comprise entre 2 et 3. En posant x = 2 +
y
et en utilisant la formule de Taylor on trouve que x est racine de P si et seulement
si y l’est de X 3 − 10X 2 − 6X − 1. Ici la valeur en 10 est négative et celle en 11 positive
1
et on pose donc y = 10 + . On trouve que z est racine de 61X 3 − 94X 2 − 20X − 1,
z
donc compris entre 1 et 2 etc. Au final la racine positive de P est donnée par
1
x=2+ .
1
10 +
1
1+
1 + ···
21 23 44
On en déduit les approximations 2, , , et on peut préciser par exemple, en
10 11 21
utilisant la théorie des fractions continues
44 1 1
x− ≤ = .
21 21(21 + 11) 672
Ces nombres ne sont pas très manipulables : ce sont des valeurs, mais pas des objets
que l’on peut additionner, multiplier etc. Le comble pour des nombres ! Il serait plus
convaincant de créer une algèbre dans laquelle ces nombres existent clairement
! et c’est
0 1
ce que rendent possible, par exemple, les matrices. Ainsi, si A = , on a
1 1
!
1 1
A =2
= A + I2
1 2
et donc A est une racine de X 2 − X − 1 ! D’après les formules de Viète, l’autre racine
est I2 − A, puisque la somme des racines fait 1, ou encore −A−1 puisque leur produit
fait −1. On peut le vérifier :
! ! !
1 −1 1 −1 0 1
I2 − A = et = −I2 .
−1 0 −1 0 1 1
On peut maintenant calculer avec φ. Par exemple pour calculer (φ2 + 2φ + 1)(2φ2 − 3),
il suffit de calculer
! ! ! ! ! ! ! !
1 1 0 1 1 1 2 3 −1 2 4 7
+2 + I2 · 2 − 3I2 = =
1 2 1 1 1 2 3 5 2 1 7 11
!
0 1
et comme la dernière matrice s’écrit aussi 7 + 4I2 , le résultat est 7φ + 4.
1 1
On peut voir que tous les calculs se font dans l’algèbre M2 (R), bien entendu, mais
comme celle-ci n’est pas commutative,
( ils se!font
 plutôt dans ) une sous-algèbre. On
a b

vérifie directement qu’il s’agit de  (a, b) ∈ R2 . Pour s’assurer qu’on a

b a+b 
affaire à une algèbre on peut bien sûr le faire à la main, mais il est plus commode de
remarquer qu’il s’agit des matrices de la forme aI2 + bA. On a alors directement

(aI + bA) + (cI + dA) = (a + c)I + (b + d)A
2 2 2

(aI2 + bA)(cI2 + dA) = acI2 + (ad + bc)A + adA2 = (ac + ad)I2 + (ad + bc + ad)A

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316 7.2. NOMBRES – AU DELÀ DU RATIONNEL

car A2 = A + I2 .

Comme on le voit les matrices permettent de créer des nombres. Un détail


cependant : nulle part on a écrit que A est un réel positif ! En fait A contient les
deux racines de X 2 −X−1 à la fois en ce sens que l’endomorphisme canoniquement
associé admet une matrice plus simple, diagonale, formée des deux réels φ et 1−φ.
!
1
Comme on l’a vu, il en va de même pour I2 − A. Plus précisément A =
φ
! ! ! ! !
φ 1 1 1−φ 1
=φ et A = = (1 − φ) , car (1 − φ)2 =
1+φ φ 1−φ 2−φ 1−φ
1 − 2φ + φ2 = 2 − φ, et il vient
Remarque 7 - 7
!−1 ! !
1 1 1 1 φ 0
A = .
φ 1−φ φ 1−φ 0 1−φ
!
1 1
En notant P la matrice , on a P −1 AP = D avec D diagonale. Et
φ 1−φ
alors P −1 (I2 − A)P = P −1 I2 P − P −1 AP = I2 − D, de sorte que P −1 (I2 − A)P
est également diagonale. Mieux : ses éléments diagonaux sont ceux de D, mais
permutés.

De la même façon on peut créer


! !
√ 0 2 0 −1
2= et i= .
1 0 1 0
( ! )
−b 
a

Le deuxième exemple fournit C =  (a, b) ∈ R2 , ce qui permet de voir les
b a 
complexes comme des applications
√ linéaires du plan, et plus précisément la composée
d’une homothétie de rapport a2 + b2 et d’une rotation, ce qui revient à décomposer
un complexe sous forme polaire. Ainsi i n’est rien d’autre que la rotation d’un quart
de tour, ce qui est évident si on songe que i2 est un demi-tour et i4 l’identité.
Pour les équations de degré supérieur, une matrice apparaît naturellement, la ma-
trice compagnon du polynôme X n + an−1 X n−1 + · · · + a0 est donnée par
 
0 (0) −a0
 .. 
1 0 . 
 
 . .. 
1 .. . 
 

..
 
. 0 −an−2 
 

(0) 1 −an−1
puisque par construction l’image de e1 est e2 , celle de e2 est e3 , etc. et donc en notant
A cette matrice on a Ae1 = e2 , A2 e1 = Ae2 = e3 , . . ., An−1 e1 = enet An e1 = Aen =
−a0 e1 − a1 e2 − · · · − an−1 en et donc An + an−1 An−1 + · · · + a0 I2 e1 = 0 et pour k
entre 2 et n, on a ek = Ak−1 e1 et comme Ak−1 commute avec I2 , A, etc. il vient
An + an−1 An−1 + · · · + a0 I2 ek = Ak An + an−1 An−1 + · · · + a0 I2 e1 = 0
 

et donc An + an−1 An−1 + · · · + a0 I2 est la matrice nulle.

François Sauvageot - Lycée Lesage - Vannes - c b n a - 2022-2023


CHAPITRE 7. POLYNÔMES 317

3 Polynômes d’endomorphismes

On est amené à considérer des polynômes (ou plutôt des fonctions polynomiales)
dont la variable est une matrice. C’est ainsi que l’on peut construire les nombres com-
plexes, les quaternions de Sir William Rowan Hamilton (1805-1865) ou les octonions
de Sir Arthur Cayley (1821-1895). Comme une matrice est, ou représente c’est selon,
une application linéaire, on est aussi amené aux polynômes d’endomorphismes.

Algèbre K[u]
Soit E un espace vectoriel sur un corps K, u dans End(E) et P dans K[X].
L’endomorphisme P (u) de E est l’application donnée par

x 7→ a0 x + a1 u(x) + a2 u(u(x)) + · · · + an un (x)


n
Définition 7 - 4 X
avec P = ak X k et uk désigne la composé de u avec lui-même k fois : u0 = IdE
k=0
et uk+1 = u ◦ uk .
À u on peut associer φu le morphisme d’algèbres de K[X] dans End(E) donné
par φu (P ) = P (u). On note K[u] l’image de φu . C’est l’algèbre des polynômes
en l’endomorphisme u.

En effet φu est un morphisme de K-espaces vectoriels et il suffit donc de vérifier


que φu préserve la multiplication sur les éléments de la base canonique de K[X], i.e.
up+q = up ◦ uq pour p et q entiers naturels, ce qui est la définition.

L’algèbre K[u] est une sous-algèbre commutative de End(E). En particulier


Propriété 7 - 1
pour P et Q dans K[X], on a P (u) ◦ Q(u) = Q(u) ◦ P (u).

Démonstration. Puisque K[X] est une algèbre commutative, il en est de même pour
son image par le morphisme d’algèbres φu . □

Polynôme annulateur
Définition 7 - 5 Un polynôme P de K[X] est appelé polynôme annulateur de u si P ∈ Ker(φu ),
i.e. si P (u) est l’endomorphisme nul.

Pour des raisons de dimension, si celle de E est finie alors φu n’est pas injectif. Il
en résulte que Ker(φu ) est distinct de {0}. C’est un sous-espace vectoriel de K[X]. On
remarque également que si P et Q sont deux polynômes et si P annule u, alors P Q
aussi puisque P Q(u) = QP (u) = Q(u) ◦ P (u) = Q(u) ◦ 0 = 0. Il résulte que Ker(φu )
est un idéal de K[X].

Polynôme minimal
Si E est de dimension finie, on appelle polynôme minimal de u l’unique poly-
nôme unitaire πu tel que Ker(φu ) = πu K[X].
Définition 7 - 6
Autrement dit πu est le polynôme unitaire de degré minimal annulant u et si
P est un polynôme annulateur de u, alors πu | P .
Le polynôme minimal est parfois noté µu .

François Sauvageot - Lycée Lesage - Vannes - c b n a - 2022-2023


318 7.3. POLYNÔMES D’ENDOMORPHISMES

Propriété 7 - 2 Si E est de dimension finie, on a deg(πu ) ≥ 1 et en fait deg(πu ) = dim (K[u]).

En effet la division euclidienne par πu donne

K[X] = πu K[X] ⊕ Kdeg(πu )−1 [X] = Ker(φu ) ⊕ Kdeg(πu )−1 [X]

et donc, d’après le théorème du rang

K[u] = Im(u) ≃ Kdeg(πu )−1 [X] .

— Si u est une homothétie de rapport λ, πu = X − λ.


— Si u est un projecteur distinct de 0 et IdE , πu = X 2 − X.
Exemples 7 - 5
— Si u est une symétrie distincte de ±IdE , πu = X 2 − 1.
— Si E = Kn [X] et u est donnée par u(P ) = P ′ , alors πu = X n+1 .

Matrice compagnon
L’application linéaire définie par u(ei ) = ei+1 pour 1 ≤ i ≤ n − 1 et
n
X
u(en ) = − ai−1 ei ,
Remarque 7 - 8 i=1

où (ei )1≤i≤n est une base de E, admet X n +an−1 X n−1 +· · ·+a0 comme polynôme
minimal et on a donc χu = πu .
On peut interpréter les résultats sur les suites récurrentes linéaires et les équa-
tions différentielles linéaires à coefficients constants avec cette application linéaire.

Stabilité

Propriétés 7 - 3
1. Pour tout scalaire λ, Ker(u − λIdE ) est stable par tout élément de K[u].
2. Pour tous polynômes P et Q dans K[X], Ker(P (u)) et Im(P (u)) sont Q(u)-
stables.

Démonstration. En effet tout élément de K[u] commute à u et, plus généralement,


à tout élément de K[u]. □

Spectre et polynôme d’endomorphisme


Soit x dans E, λ dans K et P dans K[X].
Si u(x) = λx, alors P (u)(x) = P (λ)x. En particulier, si λ ∈ Sp(u), alors
P (λ) ∈ Sp(P (u)).
Remarques 7 - 9
En particulier toute valeur propre est racine de tout polynôme annulateur.
Autrement dit si P est un polynôme annulateur de u, les valeurs propres de u
font partie des racines de P . Attention ! La réciproque est fausse en général. Par
exemple X 2 + X annule la matrice nulle mais −1 n’en est pas valeur propre.

Aparté On a u|Eλ = λIdEλ et donc P (u)|Eλ = P (u|Eλ ) = P (λ)IdEλ .

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 319

4 Décomposition spectrale

Spectre et polynôme minimal – Inversibilité de P (u)


Si E est de dimension finie, le spectre de u est exactement l’ensemble des
racines de πu , i.e.
Théorème 7 - 5 Sp(u) = {λ ∈ K | πu (λ) = 0} .
Par ailleurs pour P dans K[X], P (u) est inversible si et seulement si P est premier
à πu .

Démonstration. En effet on a déjà vu que toute valeur propre est racine de tout
polynôme annulateur, et donc en particulier de πu . Soit maintenant λ une racine de
πu , de sorte qu’on dispose de P dans K[X] tel que πu = (X − λ)P et donc aussi
0 = (u − λIdE ) ◦ P (u). Si λ n’était pas valeur propre de u, u − λIdE serait bijective,
donc inversible, et on aurait P (u) = 0, ce qui serait contradictoire avec la minimalité
de πu .
Pour la seconde propriété si P est premier à πu on dispose d’une relation de Bé-
zout, i.e. de A et B dans K[X] tels que AP + Bπu = 1 et donc A(u)P (u) = IdE
puisque πu (u) = 0. Il en résulte que P (u) est bijectif, d’inverse A(u). Réciproquement
si R = P ∧ πu , comme R | P , on dispose de Q dans K[X] tel que P = QR et donc
P (u) = Q(u) ◦ R(u). Comme P (u) est bijectif donc injectif, R(u) est injectif et donc bi-
jectif. Soit alors T dans K[X] tel que πu = T R. Puisque R(u) est bijectif et πu (u) = 0,
on a T (u) = 0. Par minimalité, deg(T ) = deg(πu ), donc R ∈ K[X]× , i.e. P et πu sont
premiers entre eux. □

La recherche du polynôme minimal n’est pas toujours facile. Le théorème de Cayley-


Hamilton permet de le chercher parmi les diviseurs du polynôme caractéristique.

Cayley-Hamilton – Georg Frobenius (1878)


Si E est de dimension finie, le polynôme caractéristique est un polynôme
Théorème 7 - 6
annulateur, i.e. χu (u) = 0 ou encore πu | χu . En particulier, pour toute matrice
A de Mn (K), on a χA (A) = 0.

Ce n’est pas surprenant puisque χu = det(XIdE − u) et donc on peut s’at-


tendre à ce qu’on ait χu (u) = det(u ◦ IdE − u) = det(0) = 0. Mais c’est
loin d’être une évidence puisque le déterminant définissant χu est calculé dans
Remarque 7 - 10
End(E), c’est-à-dire dans Mn (K) et on aimerait que la même formule soit va-
lable dans Mn (End(E)) ce qui est difficile, ne serait-ce que pour définir l’anneau
Mn (End(E)) !

Démonstration non exigible. Néanmoins, même si une démonstration peut être


conduite selon les lignes précédentes, on peut l’adapter « vecteur par vecteur ». Pour
montrer χu (u) = 0, il suffit de montrer χu (u)(x) = 0 pour tout vecteur x de E.
Soit x dans E et ex l’évaluation en x, i.e. ex ∈ L (End(E),E) et ex (v) = v(x).
On note φu,x = ex ◦ φu et F = Im(φu,x ), i.e. F = Vect uk (x) k∈N ou encore F =
K[u](x) = {v(x) | v ∈ K[u]}.
Comme K[X] est stable par multiplication par X, F est u-stable : si P ∈ K[X],
u ◦ P (u) = (XP )(u) et u (φu,x (P )) = φu,x (XP ) ∈ F .

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320 7.4. DÉCOMPOSITION SPECTRALE

Il en résulte χu|F | χu , i.e. on dispose de P dans K[X] tel que χu = P χu|F , d’où
χu (u) = P (u) ◦ χu|F (u) et donc il suffit de montrer χu|F (u|F )(x) = 0.
Il en résulte également Ker(φu|F ) = Ker(φu,x ) et donc πu|F est le générateur uni-
taire de Ker(φu,x ). Donc, d’après le théorème du rang et en notant p le degré de πu|F ,
on a
F = Im(φu,x ) ≃ Kp−1 [X] ,
l’isomorphisme étant induit par φu,x . Il en résulte que F est de dimension p et qu’une
p−1
X
base en est donnée par (x, u(x), · · · , up−1 (x)). En notant πu|F = X p + ak X k ,
k=0
avec (ak )0≤k≤p−1 ∈ Kp . La matrice de u|F dans la base (x, u(x), · · · , up−1 (x)) est la
compagnon
 
0 −a0
 .. 
1 . −a1
 


.. .. 
. 0 .
 
 
1 −ap−1
et il en résulte χu|F = πu|F . On en déduit χu|F (u|F ) = 0 et le théorème de Cayley-
Hamilton s’ensuit. □

Bien qu’attribué à Arthur Cayley et Sir William Rowan Hamilton, ce théo-


Remarque 7 - 11 rème n’a jamais été démontré par Cayley (il l’a par contre beaucoup utilisé) et
ne l’a été qu’en dimension 2 par Hamilton.

Pour comprendre plus en détail l’endomorphisme u, il convient d’isoler chacune de


ses racines. Pour cela on dispose du très important

Théorème de décomposition des noyaux


Soit (Pi )i∈I une famille
Y finie de polynômes dans K[X] premiers entre eux deux
à deux. Alors Ker(φu ( Pi )) = ⊕i∈I Ker(φu (Pi )), i.e.
Théorème 7 - 7 i∈I
!
Y
Ker Pi (u) = ⊕i∈I Ker(Pi (u)) .
i∈I

Démonstration. Afin de dégager les idées, étudions le cas d’une famille de deux
polynômes, i.e. on se donne P et Q deux polynômes premiers entre eux. On dispose
alors de (A, B) un couple de polynômes dans K[X] tels que AP + BQ = 1, par relation
de Bézout. En prenant l’image par φu , il vient, pour tout vecteur x de E,

x = A(u) (P (u)(x)) + B(u) (Q(u)(x))

et par conséquent
P (u)(x) = Q(u)(x) = 0 =⇒ x = 0 ,
i.e. Ker(P (u)) et Ker(Q(u)) sont en somme directe. Par ailleurs P | P Q et donc
Ker(P (u)) ⊂ Ker(P Q(u)) et, de même, Ker(Q(u)) ⊂ Ker(P Q(u)), donc

Ker(P (u)) ⊕ Ker(Q(u)) ⊂ Ker(P Q(u)) .

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 321

Réciproquement si, pour x dans E, P Q(u)(x) = 0, alors

Q(u) (AP (u)(x)) = A(u) (P Q(u)(x)) = 0 ,

et donc A(u) (P (u)(x)) ∈ Ker(Q(u)). Il vient de même B(u) (Q(u)(x)) ∈ Ker(P (u)).
L’écriture x = A(u) (P (u)(x)) + B(u) (Q(u)(x)) permet alors de conclure

Ker(P Q(u)) ⊂ Ker(P (u)) ⊕ Ker(Q(u))

et le résultat en découle. Une récurrence pourrait permettre de généraliser, mais on va


plutôt adapter les idées afin de mieux comprendre les phénomènes.
Soit donc (Pi )i∈I une famille
Y finie de polynômes
Y dans K[X] premiers entre eux deux
à deux. Notons alors P = Pi et Qi = Pj , de sorte que Pi Qi = P . En particulier
i∈I j̸=i
Pi | P et donc Ker(Pi (u)) ⊂ Ker(P (u)) et
X
Ker(Pi (u)) ⊂ Ker(P (u)) .
i∈I

Comme la famille (Qi )i∈I est une famille de polynômes premiers entre eux dans leur
ensemble on dispose, d’après leXthéorème de Bézout, de (Ri )i∈I , d’une famille de
polynômes dans K[X] telle que Ri Qi = 1. Pour x dans E, il vient
i∈I

X
x= Ri (u) (Qi (u)(x)) .
i∈I

Or, pour x dans Ker(P (u)), on a Pi (u)(Ri Qi (u)(x)) = 0 et donc l’écriture précédente
montre
X
Ker(Pi (u)) = Ker(P (u)) .
i∈I

Il reste à montrer que la somme est directe.


XSoit x dans Ker(P (u)) et (xi )i∈I une
famille dans (Ker(Pi (u))i∈I telle que x = xi . Par application de Qi (u), il vient
i∈I
Qi (u)(x) = Qi (u)(xi ) puisque, pour j ̸= i, Pj | Qi et xj ∈ Ker(Pj (u)). De plus,
l’identité générale pour x dans E appliquée à xi donne
X
xi = Rj (u) (Qj (u)(xi )) = Ri (u) (Qi (u)(xi ))
j∈I

et donc xi = Ri Qi (u)(x). Ceci prouve l’unicité de la décomposition et donc que la


somme est directe. □

La démonstration donne même bien plus puisqu’on peut en déduire une ex-
pression du projecteur sur chacun des composants de la somme directe : sur
Ker(P (u)), le projecteur sur Ker(Pi (u)) parallèlement à ⊕j̸=i Ker(Pj (u)) est un
Pour aller plus loin polynôme en u, à savoir Ri Qi (u) :
⊕ Ker(P (u))
j̸=i
pKer(P i (u))
j
= (Ri Qi )(u) .

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322 7.4. DÉCOMPOSITION SPECTRALE

Décomposition en somme directe de noyaux


Soit (Pi )i∈I une Y
famille finie de polynômes dans K[X] premiers entre eux deux
à deux et telle que Pi soit un polynôme annulateur de u. Alors
i∈I
Corollaire 7 - 1
E = ⊕i∈I Ker(Pi (u))

et cette décomposition est une décomposition en somme directe de sous-espaces


u-stables.

On a bien ramené l’étude de u à des sous-espaces sur lesquels u admet comme poly-
nôme annulateur un polynôme primaire, i.e. une puissance d’un polynôme irréductible.

Troisième critère de diagonalisabilité – Polynôme minimal


Si E est de dimension finie, alors l’endomorphisme u est diagonalisable si et
Théorème 7 - 8
seulement s’il admet un polynôme annulateur simplement scindé (non nul), ou
encore si et seulement si πu est simplement scindé.

Démonstration. L’endomorphisme u est diagonalisable si et seulement si E est


somme directe des Ker(u − λIdE ), i.e. E = ⊕λ∈Sp(u) Ker((X − λ)(u)), ou encore,
d’aprèsY
le théorème de décomposition des noyaux et la finitude de Sp(u), en notant
P = (X − λ) : E = Ker (P (u)). D’où le caractère nécessaire puisque P est un
λ∈Sp(u)
polynôme simplement scindé.
La réciproque résulte du corollaire précédent. Enfin comme πu divise tout polynôme
annulateur de u et que tout diviseur d’un polynôme simplement scindé l’est aussi,
l’existence d’un polynôme annulateur simplement scindé équivaut à ce que le polynôme
minimal le soit. □

On en déduit une nouvelle démonstration de la proposition 4 - 10, à savoir


que la bi-restriction d’un endomorphisme diagonalisable à un sous-espace stable
Remarque 7 - 12
est elle-même diagonalisable. En effet un polynôme annulateur simplement scindé
de l’endomorphisme annule également sa bi-restriction.

Diagonalisation simultanée (♠)


On suppose E de dimension finie. Si deux endomorphismes u et v sont dia-
Propriété 7 - 4
gonalisables et commutent, alors ils sont simultanément diagonalisables, i.e. il
existe une base propre à la fois pour u et pour v.

Démonstration. Si u est diagonalisable, alors E est somme de ses sous-espaces


propres. Si v commute à u, il stabilise ses sous-espaces propres. Si, de plus, v est
diagonalisable alors, d’après ce qui précède, la restriction de v aux sous-espaces propres
de u est diagonalisable. Autrement dit chaque sous-espace propre pour u est somme
directe d’espaces sur lesquels v agit comme une homothétie :

∀λ ∈ Sp(u) , Eλ = Ker(u − λIdE ) = ⊕µ∈Sp(v|Eλ ) Ker(v|Eλ − µIdEλ )

et donc, puisque Sp(v|Eλ ) ⊂ Sp(v)


M
E= Ker(u − λIdE ) ∩ Ker(v − µIdE )
(λ,µ)∈Sp(u)×Sp(v)

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 323

et cette décomposition est une décomposition en somme directe d’espaces sur lesquels
u et v agissent comme des homothéties. D’où l’existence d’une base propre à la fois
pour u et pour v. □

 
1 2 3
Si A =  , alors χA est simplement scindé à racines égales à 1, 2 et
 
Exemple 7 - 6 0 2 3
0 0 3
3, donc A est diagonalisable et semblable à diag(1, 2, 3), et πA = χA .

 
1 1 1
Si A =  , alors A = 3A donc A est annulé par le polynôme
  2
1 1 1
Exemple 7 - 7
1 1 1
simplement scindé X 2 − 3X et est diagonalisable. On a en fait πA = X(X − 3),
χA = X 2 (X − 3) et A est semblable à diag(0, 0, 3).

5 Sous-espaces caractéristiques

Dans ce paragraphe E est de dimension finie.

Proposition 7 - 3 Si E est de dimension n, alors le polynôme χu divise πun .

Démonstration. Pour λ dans K, on écrit πu − πu (λ) = (X − λ)Qλ avec Qλ un po-


lynôme dont les coefficients sont des expressions polynomiales en λ, d’après la formule
de Taylor. On en déduit

πu (λ)IdE = (πu (λ) − πu )(u) = (λIdE − u)Qλ (u)

et donc, en prenant le déterminant,

πun (λ) = χu (λ) det(Qλ (u)) .

Puisque les coefficients de Qλ sont des polynômes en λ, il en va de même pour


det(Qλ (u)) et on dispose de R dans K[X] tel que πun = χu R, par égalité des fonc-
tions polynomiales associées. Par conséquent χu | πun . □

Proposition 7 - 4 Les polynômes χu et πu sont simultanément scindés.

Démonstration. Tout diviseur d’un polynôme scindé l’est également. L’assertion


résulte donc de πu | χu | πun , en vertu du théorème de Cayley-Hamilton d’une part
et de la proposition précédente d’autre part. □

Critère de trigonalisation
Théorème 7 - 9 L’endomorphisme u est trigonalisable si et seulement s’il est annulé par un
polynôme scindé ou encore si et seulement si πu est scindé.

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324 7.5. SOUS-ESPACES CARACTÉRISTIQUES

Démonstration. On a déjà vu que u est trigonalisable si et seulement si son polynôme


caractéristique est scindé. La proposition précédente permet de donner la formulation
à partir du polynôme minimal. Par ailleurs si un polynôme annulateur est scindé, il en
va de même de πu puisqu’il divise alors un polynôme scindé. □

On s’intéresse dorénavant au cas où χu est scindé et on l’écrit


Y
χu = (X − λi )mi .
i

On note Eu,λi ,mi = Ker((u−λi IdE )mi ), appelé sous-espace caractéristique. On a alors,
en vertu du théorème de décomposition des noyaux,

Si χu est scindé, alors E est somme directe des sous-espaces caractéristiques


de u :
Proposition 7 - 5 M
E= Eu,λi ,mi .
i

On remarque qu’un sous-espace caractéristique est stable et que la bi-restriction


de u à cet espace est, par définition, annulé par un polynôme scindé ayant une seule
racine. Il en va donc de même pour son polynôme minimal. Plus précisément pour λ
dans Sp(u) et m sa multiplicité dans χu , on pose F = Ker((u − λIdE )m ) et on note v
la bi-restriction de u à F . Ainsi (X − λ)m annule v et donc πv s’écrit (X − λ)α avec
1 ≤ α ≤ m. De plus χv = (X − λ)d avec d un entier, puisque χu divise une puissance
de πu , et même d = dim(F ) pour des raisons de degré.

Sous-espaces caractéristiques
Si E est de dimension finie et χu est scindé sur K, alors pour λ dans Sp(u),
Théorème 7 - 10 le sous-espace caractéristique associé à u et λ est égal Ker((u − λIdE )α ) et est de
dimension m, où α et m sont les multiplicités respectives de λ dans les polynômes
minimal et caractéristique.

Démonstration. La décomposition de E en somme directe de sous-espaces caracté-


ristiques permet d’écrire u relativement à une base adaptée. On obtient une matrice
diagonale par blocs. Dans le bloc associé à la valeur propre λ, on a affaire à une ma-
trice dont les polynômes minimal et caractéristique sont respectivement (X − λ)α et
(X − λ)d avec les notations précédentes. Les polynômes minimal et caractéristique de
u sont alors obtenus respectivement en prenant le ppcm des polynômes minimaux et
le produit des polynômes caractéristiques, c’est-à-dire simplement les produits puisque
les polynômes minimaux obtenus sont premiers entre eux.
On en déduit que d est la multiplicité de λ dans χu .
Pour λ et µ dans Sp(u), distincts, (X − λ)α est premier au polynôme minimal de
la restriction de u au sous-espace caractéristique associé à µ et donc y est inversible.
On en déduit que Ker((u − λIdE )α ) est égal à Ker((v − λIdF )α ), donc à F . □

Comme esquissé dans la démonstration précédente, on en déduit une forme matri-


cielle de ce résultat. Si M est la matrice de u relativement à une base adaptée à la
décomposition en somme de sous-espaces caractéristiques, le bloc diagonal Mλ associé
à la valeur propre λ peut se décomposer sous la forme Mλ = λId + Nλ et il vient
Nλα = (Mλ − Id )α = 0. Par conséquent Nλ est nilpotente. En choisissant une base de
trigonalisation de Nλ et en concaténant ces bases, on obtient :

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 325

Forme de Jordan
Si E est de dimension finie et χu est scindé sur K, alors il existe une base
Proposition 7 - 6 de E relativement à laquelle la matrice de u est diagonale par blocs, chaque bloc
diagonal étant triangulaire et à termes diagonaux égaux. Ces termes diagonaux
sont les valeurs propres de u.

6 Rappels

On définit K[X] comme l’ensemble K(N) des suites presque nulles à valeurs dans
K. C’est un anneau pour l’addition terme à terme et la multiplication définie par
k
X
(ai )i∈N (bj )j∈N = (ck )k∈N où ∀k ∈ N , ck = ai bk−i .
i=0

On note X la suite nulle à l’exception de son terme d’ordre 1 égal à 1, i.e. X = (δi,1 )i∈N .
On a alors X n = (δi,n )i∈N .
Tout élément P dans K[X] s’écrit sous la forme P = i∈N ai X i . Son degré, noté
P
deg(P ), est la quantité entière naturelle ou égale à −∞ définie par
deg(P ) = sup {i ∈ N | ai ̸= 0} ,
le supremum étant égal à −∞ si l’ensemble précédent est vide, i.e. si P = 0.
Lorsque P n’est pas nul, son coefficient de plus haut degré, i.e. adeg(P ) , est appelé
coefficient dominant de P et on dit que P est unitaire (ou normalisé) quand ce
coefficient est égal à 1.
Pour P et Q dans K[X], on a
1. deg(P Q) = deg(P ) + deg(Q),
2. deg(P + Q) ≤ max(deg(P ), deg(Q)) avec égalité si deg(P ) ̸= deg(Q).
L’anneau K[X] est commutatif et intègre. Ses éléments inversibles sont les poly-
nômes constants non nuls.

Division euclidienne dans K[X]


Soit A et B dans K[X] avec B ̸= 0. Alors il existe un unique couple (Q, R)
dans K[X]2 tel que

Théorème 7 - 11 A = BQ + R et deg(R) < deg(B) .

Le polynôme Q est appelé quotient de la division euclidienne de A par B et R en


est le reste. L’application degré est appelé stathme pour la division euclidienne
dans K[X].

X
Soit P dans K[X] avec P = ai X i . Le morphisme de substitution x 7→
X i
ai x est un morphisme d’anneaux appelé spécialisation en x. La fonction,
i

Définition 7 - 7 i
définie sur K, est appelée fonction polynôme associée à P . On la note Pe.
On appelle zéro de Pe un élément x de K tel que Pe(x) = 0.
On appelle racine de P un élément a de K tel que (X − a) | P .

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326 7.6. RAPPELS

Si P est dans K[X] et a dans K. Alors a est un zéro de Pe si et seulement si a


Théorème 7 - 12 est racine de P . En particulier si P est de degré n, avec n ≥ 0, P admet au plus
n racines. Dit autrement Pe admet au plus n zéros.

Relations de Viète
n
X
Si P est un polynôme non constant, noté P = ak X k et si (xi )1≤i≤n sont
k=0
Théorème 7 - 13 ses racines (complexes) éventuellement confondues, on a
X an−k
xi1 . . . xik = (−1)k .
an
1≤i1 <···<ik ≤n

Théorème de d’Alembert-Gauss - Théorème fondamental de l’algèbre


Théorème 7 - 14
Tout polynôme non constant de C[X] admet au moins une racine (complexe).

On peut le démontrer en admettant uniquement le point suivant : toute fonc-


tion polynomiale de degré impair admet un zéro, ce qui résulte du théorème des
valeurs intermédiaires (théorème de Bolzano). La démonstration se fait alors par
Pour aller plus loin
récurrence sur la valuation 2-adique du degré du polynôme, soit grâce à l’algèbre
linéaire, soit grâce aux polynômes symétriques élémentaires. Cette démonstration
remonte à Joseph-Louis Lagrange (1736 – 1813).

Irréductibles de C[X]
Les polynômes irréductibles de C[X] sont les polynômes de degré 1.
Soit P dans C[X] de degré n avec n ≥ 1. Il admet une écriture (unique à
l’ordre des facteurs près) de la forme
k
Théorème 7 - 15 Y
P =α (X − ai )ni
i=1

où k ∈ N∗ , (ai )1≤i≤k des nombres complexes distincts deux à deux, (ni )1≤i≤k
des entiers naturels non nuls de somme n et α un nombre complexe non nul. De
plus α est le coefficient dominant de P .

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 327

Irréductibles de R[X]
Dans R[X] les polynômes irréductibles sont les polynômes de degré 1 ainsi
que les polynômes de degré 2 sans racine réelle, i.e. de la forme a(X − u)(X − u)
avec a réel non nul et u complexe non réel, ou encore de la forme aX 2 + bX + c
avec a, b et c réels vérifiant b2 < 4ac.
Soit P dans R[X] de degré n avec n ≥ 1. Il admet une écriture (unique à
l’ordre des facteurs près) de la forme
k ℓ
Théorème 7 - 16 Y Y
P =α (X − ai )ni (X 2 + bj X + cj )mj
i=1 j=1

où (k, ℓ) ∈ N2 avec (k, ℓ) ̸= (0, 0), (ai )1≤i≤k des nombres réels distincts deux à
deux, ((bj , cj ))1≤j≤ℓ des couples distincts deux à deux de réels vérifiant b2j < 4cj ,
Xk Xℓ
(ni )1≤i≤k et (mj )1≤j≤ℓ des entiers naturels non nuls vérifiant ai +2 bj = n,
i=1 j=1
et α un nombre réel non nul. De plus α est le coefficient dominant de P .

Schéma de Horner
La formule de Taylor peut se calculer rapidement grâce au schéma de
William George Horner (1786-1837), n’utilisant que des multiplications simples
et des additions. En voici une illustration pour calculer P (a + X) avec a = 2 et
a X3 X2 X 1
2 1 0 -2 -5
+ 2 4 4
×a 1 2 2 -1
Proposition 7 - 7 + 2 8
P = X 3 − 2X − 5 :
×a 1 4 10
+ 2
×a 1 6
+
1
Le résultat de la multiplication par 2 est écrit dans la case en diagonale vers
le haut et la droite par rapport au terme de départ. On lit 1, 6, 10, −1, i.e.
P (2 + X) = X 3 + 6X 2 + 10X − 1.

7 Compléments

7 1 Facteurs irréductibles de πu et χu
Lorsque K = C un facteur irréductible unitaire est de la forme X − λ et donc
les polynômes πu et χu ont mêmes facteurs irréductibles si et seulement ils ont même
racines, ce qui est une propriété élémentaire. C’est argument pourrait s’étendre à un
corps quelconque en étudiant le spectre dans C.

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328 7.7. COMPLÉMENTS

Un argument plus direct consiste à reprendre la démonstration du théorème de


Cayley-Hamilton. Soit x un vecteur quelconque non nul de E et F = K[u](x). On
complète la base (x, u(x), . . . , ud−1 (x)) de F en une base de E et la matrice de u dans
cette base est triangulaire par blocs : l’un des blocs diagonaux est formé d’une matrice
compagnon, disons associée à un polynôme Q, le second noté M . Par conséquent
χu = QχM et πu = Q ∨ πM . On conclut par récurrence sur la dimension de E.

7 2 Réduction, somme de projecteurs et polynômes de Lagrange

Soit (xk )0≤k≤n ∈ Kn+1 une famille de scalaires tous distincts. On introduit l’ap-
plication linéaire u de K[X] dans Kn+1 donnée par l’évaluation simultanée en les xk ,
i.e. u(P ) = (P (xk ))0≤k≤n . Par définition d’un produit cartésien
n
\
Ker(u) = Ker(pk ◦ u) .
k=0

Or Ker(pk ◦ u) = (X − xk )K[X] et donc, puisque les polynômes X − xk sont premiers


n
Y
entre eux, Ker(u) = (X − xk )K[X].
k=0

Polynômes interpolateurs de Lagrange


Il en résulte que Kn [X] est un supplémentaire de Ker(u) et donc que Im(u) est
de dimension n+1, comme Kn [X]. C’est donc que u est surjective. Les polynômes
interpolateurs de Lagrange sont, par définition, les images réciproques de la base
Exemple 7 - 8 canonique de Kn+1 , i.e. c’est la famille (Lk )0≤k≤n donnée par Lk (xj ) = δjk . De
façon plus concrète, on a

j̸=k (X − xj )
Q
Lk = Q .
j̸=k (xk − xj )

X
Si u est diagonalisable, on peut l’écrire sous la forme u = λi πi où (πi ) est une
X i
famille de projecteurs. De plus on a uk = λki πi pour k dans N.
i
p
X
Réciproquement si on a une écriture de la forme u = λi πi telle que, pour tout
i=1
p
X
k dans J0; pK, uk = λki πi , alors u est diagonalisable et les (πi ) sont les projecteurs
i=1
p
X
sur les espaces propres. En effet sous les hypothèses précédentes, P (u) = P (λi )πi ,
i=1
p
Y
pour P polynôme de degré inférieur à p. En particulier pour P = (X − λi ), on a
i=1
P (u) = 0 et donc u est diagonalisable puisque P est un polynôme simplement scindé
annulateur de u.
Soit (Li ) les polynômes de Lagrange tels que Li (λj ) = δij . On a donc πi = Li (u).
Comme L2i (λj ) = Li (λj ), il vient
Pπi = πi et comme P
2
Li Lj (λk ) = 0 si i ̸= j, il vient
πi πj = 0 si i ̸= j. Enfin puisque j Lj (λi ) = 1, on a j πj = Id et (πi ) est donc une
famille de projecteurs telle que E = ⊕i Im(πi ).

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 329

Enfin comme Lj × (X − λj )(u) = 0, Im(πj ) ⊂ Ker(u − λj Id). Comme E =


⊕i Im(πi ) = ⊕i Ker(u − λi Id), il vient Im(πi ) = Ker(u − λi Id) et πi est le projec-
teur sur Eλi parallèlement à ⊕j̸=i Eλj .

7 3 Décomposition de Jordan-Chevalley
On reprend l’étude d’une forme de Jordan pour la matrice de u relativement à une
base obtenue par concaténation de bases bien choisies des sous-espaces caractéristiques.
On définit d comme l’endomorphisme associé à la diagonale de cette matrice, i.e.
comme égal à λId sur le sous-espace caractéristique Eu,λ,α et n = u − d. Alors n est
nilpotent, d est diagonalisable et [d, n] = 0. L’écriture u = d + n avec les conditions
précédentes est appelée décomposition de Dunford ou, plus judicieusement, décom-
position de Jordan-Chevalley puisqu’elle a été obtenue par Camille Jordan dans
son traité de 1870 sur les substitutions, et généralisée par Claude Chevalley dans sa
théorie des groupes de Lie en 1951.
La décomposition comme somme d’un endomorphisme diagonalisable et d’un en-
domorphisme nilpotent commutants entre eux est unique.
On peut également remarquer que d et n sont des polynômes en u : si on note
Pi = (X − λi )mi et Qi = j̸=i Pj , alors les (Qi ) sont premiers entre eux dans leur
Q

ensemble et on peut écrire une relation de Bézout, à savoir i Ui Qi = 1. Alors on


P
peut montrer que le projecteur sur Eu,λi ,αi est égal à Ui Qi (u) et est donc un polynôme
en u. Il en va alors de même pour d qui est une combinaison linéaire de ces projecteurs
et de n qui est u − d.
La démonstration de Claude Chevalley (1909-1984, fondateur du groupe Bour-
baki) repose sur la méthode de Newton et permet de démontrer que les endomor-
phismes d et n peuvent être calculés sans connaître le spectre de u.

7 4 Équations polynomiales
Dans le domaine des équations polynomiales en nombres entiers, rationnels, réels
ou complexes, on a longtemps cherché des solutions données par des formules n’auto-
risant que les quatre opérations élémentaires et la prise de radicaux. Si l’équation du
deuxième degré est facilement résolue, il n’en est pas de même pour les équations de
degré supérieur. C’est Gerolamo Cardano (1501-1576) qui publie une solution pour
le degré trois dans son Ars magna sive de regulis algebraicis, solution empruntée à
Nicolo Tartaglia (1499-1557) et probablement connue de Scipio del Ferro (1465-
1526). Comme on le comprendra plus tard, il est obligé de sortir du champ réel même
(et surtout) pour résoudre les équations à coefficients réels et trois racines réelles.
Puis c’est son disciple, Ludivico Ferrari (1522-1565) qui obtient la solution du degré
quatre. Il faut attendre Niels Henrik Abel (1802-1829) pour que naisse la notion de
nombre algébrique et que l’impossibilité de résolution par radicaux des équations de
degré supérieur à cinq soit démontrée. C’est Évariste Galois qui donnera le critère
général de résolubilité des équations par radicaux. La théorie de Galois est au cœur
des recherches mathématiques actuelles (géométrie algébrique, travaux d’Alexander
Grothendieck, programme de Robert P. Langlands etc.).
Mais tout ceci ne résout pas tout. En effet, numériquement, encore faut-il savoir
extraire des radicaux et, surtout, ce n’est pas nécessairement la meilleure méthode,
notamment pour les équations de degré au moins cinq, comme on vient de le sou-
ligner. Le premier problème numérique est d’isoler les racines. Si la méthode de di-
chotomie marche très bien pour les polynômes, il en existe d’autres plus spécifiques
inventées par René Descartes (La géométrie 1638), Isaac Newton (L’aritmétique
universelle 1685), Michel Rolle (1652-1719), James Stirling (1692-1770), Joseph
Fourier (1768-1830), Augustin-Louis Cauchy (1789-1857), Charles Sturm (1803-

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330 7.7. COMPLÉMENTS

1855) et Charles Hermite (1822-1901).

Bornes de Lagrange et de Cauchy


Soit P un polynôme à coefficients complexes, unitaire, donné par P =
n
X
ak X k , et z une racine complexe de P , alors
Théorème 7 - 17 k=0
 
X
|z| ≤ max 1, |ak | et |z| ≤ 1 + max |ak | .
0≤k≤n−1
0≤k≤n−1

Méthode de Lagrange
Si P est un polynôme à coefficients réels et à racines simples (xi )1≤i≤n, il existe
un polynôme unitaire Q dont les racines sont les nombres (xi − xj )2 1≤i<j≤n .
Algorithme 7 - 1 Si δ est un majorant des racines de X n(n−1)/2 Q(1/X) (obtenu avec l’une des
bornes précédentes par exemples), alors les racines de P sont espacées d’au moins
δ −1/2 . Ceci permet de donner un critère de terminaison pour des algorithmes de
recherche de racines.

Soit P = aX 2 + bX + c avec a ̸= 0 et x1 et x2 les racines de P (éventuellement


2
Exemple 7 - 9 confondues). Alors (x1 − x2 )2 = (x1 + x2 )2 − 4x1 x2 = b −4ac a2 et donc Q =
b2 −4ac
X − a2 .

Lorsque P est unitaire, le terme constant de Q est au signe près le discriminant


Remarque 7 - 13
de P . Ce dernier s’annule si et seulement si P admet une racine double.

Les polynômes (en n variables) σk donnés par


X
σk = Xi1 . . . Xik
1≤i1 <···<ik ≤n
Aparté
sont appelés polynômes symétriques élémentaires en n variables. Tout polynôme
symétrique, i.e. vérifiant P (X1 , . . . , Xn ) = P (Xσ(1) , . . . , Xσ(n) ) pour toute per-
mutation σ dans Sn , est un polynôme en les σk .

Les coefficients du polynôme Q, dont les racines sont les nombres


(xi − xj )2 1≤i<j≤n , s’expriment donc de façon rationnelle en fonction des co-

Remarque 7 - 14
efficients de P puisque ce sont des quantités symétriques des racines de P .

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 331

Sommes de Newton
n
X
Les polynômes (en n variables) Σk donnés par Σk = Xik sont appelés
i=1
sommes de Newton. Tout polynôme symétrique est également un polynôme en
les Σk .
Pour aller plus loin On peut montrer les identités de Girard (obtenues par Albert Girard en
1629 et par Isaac Newton en 1666) :
k
X k
X
kσk + (−1)i σk−i Σi = 0 et kan−k + an−k+i Σi = 0 .
i=1 i=1

Règle des signes de Descartes - 1637 (♠)


Soit P dans R[X] somme de n + 1 monômes non nuls (avec n ∈ N). On écrit
Xn
P (X) = ak X bk avec 0 = b0 < b1 < · · · < bn et les ak des réels tous non nuls.
k=0
On note V (P ) le nombre de variations de signes des coefficients de P . Autrement
Théorème 7 - 18 dit
V (P ) = Card {k ∈ J1; nK | ak ak−1 < 0} .
Le nombre de racines réelles (comptées avec multiplicité) strictement positives de
P , noté n+ (P ) est majoré par V (P ).
Plus précisément V (P ) − n+ (P ) est un entier naturel pair et n+ (P ) = V (P )
si P est scindé sur R.

Si P = X 8 − 3X 7 − 4X 6 + 7X 5 + 3X 4 − X 2 − X − 1, la suite des signes s’écrit


(+,-,-,+,+,-,-,-) et donc il y a au plus trois racines positives. Pour P (−X) la suite
Exemple 7 - 10
devient (+,+,-,-,+,-,+,-) et il y a au plus cinq racines négatives. Il y a de plus un
nombre impair de racines dans R+ ∗
et R−∗
.

Pour a et b réels, V (P (X + a)) et V (P (b − X)) fournissent des majorants


Remarque 7 - 15 du nombre de racines strictement supérieures à a et strictement inférieures à b
respectivement.

Pour être plus précis et obtenir un majorant ou le nombre exact de racines d’un po-
lynôme sur un intervalle donné on peut adapter les idées de Descartes. On construit
divers suites associées à un polynôme et dépendant d’un réel x.
Fourier-Budan On considère la suite des dérivées (P (x), P ′ (x), . . . , P (n) (x)).
Sturm Soit (Pk )0≤k≤n la suite de polynômes définie par P0 = P , P1 = −P ′ et, pour
1 ≤ k ≤ n − 1, Pk+1 est l’opposé du reste dans la division euclidienne de Pk−1
par Pk . On note m le plus grand indice tel que Pm ne soit pas le polynôme nul,
Qk le polynôme Pk /Pm pour k ≤ m. On considère alors la suite (Qk (x))0≤k≤m .
On appelle nombre de changements de signes d’une suite (uk )0≤k≤n , le nombre de ses
changements de signe sans tenir compte des termes nuls, i.e.
Card {k ∈ J0; n − 1K | ∃ℓ ∈ Jk + 1; nK uk uℓ < 0 et uk+1 = · · · = uℓ−1 = 0} .
Soit alors vx (P ) et wx (P ) le nombre de variations de signes respectifs des suites pré-
cédentes.

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332 7.7. COMPLÉMENTS

Fourier-Budan
Soit I = [ a; b ] un intervalle de R. Si a et b ne sont pas racines de P , le nombre
Théorème 7 - 19
de racines (comptées avec multiplicité) de P dans I est majoré par va (P ) − vb (P ),
et a même parité. Si de plus P n’a que des racines réelles, il y a en fait égalité.

Sturm
Théorème 7 - 20 Soit I = [ a; b [ un intervalle de R. Le nombre de racines (comptées sans
multiplicité) de P dans I est égal à wb (P ) − wa (P ).

Isaac Newton a énoncé en 1707 une règle plus précise que  celle de Des-
cartes, mettant en jeu la suite αk2 − αk+1 αk−1 , où ak = nk αk . Par exemple
avec 2X 4 − 13X 2 + 10X − 49 la règle de Descartes donne au plus trois racines
positives et au plus une racine négative (et donc exactement une puisque le po-
lynôme est pair et négatif en 0). Newton écrit les suites (−49, 5/2, −13/6, 0, 2)
Pour aller plus loin
et (2401, −1199/12, 169/36, 13/3, 4) et en conclut qu’il y a au plus une racine po-
sitive et une racine négative. Il ne compte que les variations de la première suite
qui ne correspondent pas à une variation dans la seconde. Ainsi il ne retient que
la variation de signe entre −13/6 et 2. Cette règle a été démontrée en 1864 par
James Joseph Sylvester (1814-1897).

7 5 Valuations

Dans la décomposition
Y
A=a P vP (A)
P ∈I

l’entier vP (A) est appelé valuation P -adique de A. On peut étendre cette valuation
à K[X] en posant vP (0) = +∞.
On appelle valaution de A, notée val(A), la quantité définie par val(A) = vX (A).
C’est donc le plus petit indice parmi les coefficients non nuls de A. D’une façon générale
on a

vP (A) = max k ∈ N  P k | A
 
.

Développement de Taylor
Si P est un polynôme unitaire du premier degré (donc nécessairement irré-
ductible), disons P = X − a, on peut écrire le développement de Taylor de A
au voisinage de a et obtenir
Remarque 7 - 16
X
A= ai P i
i∈N

et alors
valP (A) = inf {i ∈ N | ai ̸= 0} .

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 333

Développement en base P
L’écriture X
A= ai P i
i∈N

est une écriture « en base P » de A et peut être définie pour un polynôme non nul
Remarque 7 - 17 P quelconque : c’est une simple conséquence de la division euclidienne puisqu’on
a
A = B0 + P Q0 = B0 + P (B1 + P Q1 ) = · · · ,
i.e. A = i∈N Bi P i avec deg(Bi ) < deg(P ).
P
On a alors valP (A) = inf {i ∈ N | Bi ̸= 0}.

Aparté L’écriture A = B0 + P (B1 + P (B2 + · · · )) s’appelle un schéma de Horner.

Valuation et PPCM/PGCD
Si A et B sont deux polynômes dans K[X], on a A | B ⇔ ∀P ∈ I, vP (A) ≤
vP (B). De plus
Y Y
Théorème 7 - 21 A∨B = P max(vP (A),vP (B)) et A ∧ B = P min(vP (A),vP (B)) .
P ∈I P ∈I

Il en résulte AB = c(A ∨ B) · (A ∧ B) pour un certain c dans K× (unique si


AB ̸= 0).

Démonstration. Soit A, B et C trois polynômes non nuls vérifiant B = AC. D’après


le théorème précédent, on a, pour tout P dans I, vP (B) = vP (A) + vP (C) et donc
vP (B) ≥ vP (A).
Réciproquement
Y si pour tout P dans I on a vP (B) ≥ vP (A), alors en posant
C = P vP (B)−vP (A) et c le quotient du coefficient dominant de B par celui de A,
P ∈I
on a B = cCA et donc A | B. La première assertion en résulte puisqu’elle est directe
dans le cas A = 0 ou B = 0.
Les deux suivantes sur le pgcd et le ppcm s’ensuivent puisque, pour tous entiers
naturels a, b et c (interprétés comme des valuations P -adiques), on a

(c ≤ a et c ≤ b) ⇐⇒ c ≤ min(a, b) et (a ≤ c et b ≤ c) ⇔ max(a, b) ≤ c .

La dernière résulte du fait qu’on a min(a, b) + max(a, b) = a + b et en prenant c le


coefficient dominant de AB s’il est non nul et c quelconque sinon, car alors A ∨ B = 0.

7 6 Polynômes à coefficients dans un anneau

Dans le cadre du programme seuls les polynômes sur un sous-corps de C sont


étudiés et leur construction est hors-programme. Voici néanmoins la construc-
Programme tion sur un anneau A commutatif quelconque, afin de permettre de parler de
polynômes à coefficients dans Z et d’évoquer la notion de polynôme à plusieurs
indéterminées.

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334 7.7. COMPLÉMENTS

Soit A un anneau commutatif. L’ensemble A(N) des suites presque nulles à


valeurs dans A est un anneau pour l’addition terme à terme et la multiplication
définie par
Définition 7 - 8
k
X
(ai )i∈N (bj )j∈N = (ck )k∈N où ∀k ∈ N , ck = ai bk−i .
i=0

On note X la suite nulle à l’exception de son terme d’ordre 1 égal à 1, i.e.


X = (δi,1 )i∈N . On a alors X n = (δi,n )i∈N et donc A(N) ∼
= A[X] où, par définition,
(  )
X 
A[X] = ai X  (ai )i∈N ∈ A
i (N)
.

i∈N

On dit que X est une indéterminée sur A et si P ∈ A[X] avec P = i∈N ai X i ,


P
on appelle degré de P , et on note deg(P ), la quantité (entière naturelle ou égale
à −∞) définie par
deg(P ) = sup {i ∈ N | ai ̸= 0} ,
Définition 7 - 9
le supremum étant égal à −∞ si l’ensemble précédent est vide, i.e. si P = 0.
Le coefficient du terme de plus haut degré, i.e. adeg(P ) lorsque deg(P ) ≥ 0, est
appelé coefficient dominant de P et on dit que P est unitaire (ou normalisé)
quand ce coefficient est égal à 1.
Enfin on appelle valuation de P , et on note val(P ), la quantité (entière
naturelle ou égale à +∞) définie par

val(P ) = inf {i ∈ N | ai ̸= 0} ,

l’infimum étant égal à +∞ si l’ensemble précédent est vide, i.e. si P = 0.

Degré et valuation d’un produit ou d’une somme


Pour P et Q dans A[X], on a
1. deg(P Q) ≤ deg(P ) + deg(Q) et val(P Q) ≥ val(P ) + val(Q) avec égalités si
A est intègre,
Propriété 7 - 5
2. deg(P + Q) ≤ max(deg(P ), deg(Q)) avec égalité si deg(P ) ̸= deg(Q),
3. val(P + Q) ≥ min(val(P ), val(Q)) avec égalité si val(P ) ̸= val(Q).
Par ailleurs A se plonge dans A[X] en identifiant les scalaires aux polynômes
constants, i.e. il s’agit d’un morphisme d’anneaux injectif de A dans A[X].

En ce qui concerne la somme, plus précisément il y a inégalité stricte dans


les inégalités données si et seulement si P et Q ont même degré et coefficients
Remarque 7 - 18
dominants opposés (pour le degré de la somme) ou si P et Q ont même valuation
et termes de degré minimal opposés (pour la valuation de la somme).

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 335

Intégrité de l’anneau des polynômes


L’anneau A[X] est intègre (et donc en particulier commutatif) si et seule-
Théorème 7 - 22 ment si A l’est et alors les polynômes inversibles dans A[X] sont les polynômes
constants égaux à un élément inversible de A. C’est en particulier le cas si A est
un corps.

Démonstration. Si A est commutatif, A[X] l’est par construction au vu de la formule


donnant ck , et réciproquement A s’identifie à un sous-anneau de l’anneau commutatif
A[X] et l’est donc également.
D’après la propriété précédente sur la valuation d’un produit dans A[X] avec A
intègre, il vient qu’alors A[X] est intègre puisque +∞ ne peut pas être la somme de
deux quantités finies ou encore (val(P ) et val(Q) finies) ⇒ val(P Q) finie.
La réciproque est immédiate puisque A se plonge dans A[X] et donc un diviseur
de 0 dans A est aussi un diviseur de 0 dans A[X] : si ab = 0 dans A, alors ab = 0 dans
A[X].
Comme deg(1) = 0, un produit de deux polynômes ne peut être égal à 1 que si les
deux polynômes sont de degré 0, et sont donc constants égaux à un inversible de A.
La réciproque est immédiate. □

L’hypothèse d’intégrité de A est essentielle. Par exemple (1−pX)(1+pX) = 1


Danger
dans Z/p2 Z[X].

Division euclidienne dans A[X]


Soit A et B dans A[X] avec B ̸= 0 et tel que le coefficient dominant de B
soit inversible dans A. Alors il existe un unique couple (Q, R) dans A[X]2 tel
que
Théorème 7 - 23 A = BQ + R et deg(R) < deg(B) .
Le polynôme Q est appelé quotient de la division euclidienne de A par B et R en
est le reste. L’application degré est appelé stathme pour la division euclidienne
dans A[X].

Démonstration. On démontre l’existence par récurrence sur le degré de A, à B fixé.


Si deg(A)
X < deg(B), alorsX (0, A) convient. Sinon, en notant n = deg(A), m = deg(B),
A= ai X i et B = bj X j , alors A − an (bm )−1 X n−m B est un polynôme de degré
strictement inférieur à celui de A et ceci montre que la propriété est héréditaire :
A − an (bm )−1 X n−m B = BQ + R =⇒ A = B(Q + an (bm )−1 X n−m ) + R .
Soit maintenant (Q1 , R1 ) et (Q2 , R2 ) dans A[X]2 tels que deg(R1 ) < deg(B),
deg(R2 ) < deg(B) et A = BQ1 + R1 = BQ2 + R2 . Alors on a B(Q1 − Q2 ) = R2 − R1
et le terme de droite est un polynôme de degré strictement inférieur à celui de B alors
que celui de gauche est soit nul, soit de degré au moins deg(B) par inversibilité de bm .
C’est donc que R2 − R1 et Q1 − Q2 sont nuls. On en déduit l’unicité de la division
euclidienne. □

Si A et B sont deux polynômes à coefficients entiers et si B est unitaire, alors


le quotient et le reste de la division euclidienne de A par B (dans R[X]) sont en
Exemple 7 - 11 fait à coefficients entiers : il s’agit en fait d’une division euclidienne dans Z[X],
avec coefficient dominant unitaire pour le dénominateur.
On peut l’illustrer en divisant 5X 2 +1 par X −1 et par 5X −1 respectivement.

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336 7.7. COMPLÉMENTS

La récurrence sur le degré de A peut aussi s’écrire comme une récurrence


Aparté noethérienne sur A[X] muni de l’ordre noethérien donné par ARB ≡ deg(A) ≤
deg(B). Voir l’exercice 1 - 13 pour ces notions.

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 337

Exercices
Généralités 7 -4 Ⓢ ⋆ Polynômes de Bernstein
On note, pour 0 ≤ k ≤ n, Bn,k = nk X k (1 − X)n−k .

7 -1 Ⓢ ⋆
Soit P un polynôme dans R[X]. On note Bn (P ) le po-
Soit u l’endomorphisme de Kn [X] défini par u(P ) = n
k
X  
P (1 − X), avec K un sous-corps de C. lynôme P Bn,k .
n
a. Calculer u2 . k=0

b. Déterminer une base (Pk ) échelonnée en degré de a. Montrer Bn (1) = 1 et en déduire que les Bn,k dé-
Kn [X] telle que pour tout entier k on ait u(Pk ) co- finissent des fonctions polynomiales de [ 0; 1 ] dans
linéaire à Pk . lui-même.
b. Soit, pour x dans [ 0; 1 ] , la fonction g sur [ 0; 1 ]
7 -2 Ⓢ ⋆ Polynômes de Lagrange n  
X n k
donnée par g(t) = t (1 − x)n−k . Montrer
Pour n dans N, et x dans Cn+1 avec x = (x0 , . . . , xn ) k
k=0
où les xk sont des nombres complexes distincts, on pose g ′ (x) = n et en déduire, pour n > 0, Bn (X) = X.
pour k dans J0; nK,
c. En considérant g ′′ (x), montrer, pour n > 0,
Y X − xi X(1 − X)
Lk,x = . Bn (X 2 ) = X 2 + .
xk − xi n
0≤i≤n
i̸=k 7 -5 Ⓢ ⋆ Polynômes de Hilbert
On note ek l’application qui à P associe P (xk ). Pour n dans N, on pose
a. Montrer que (Lk,x )0≤k≤n est une base de Cn [X].  
X X(X − 1) · · · (X − n + 1)
Que dire par rapport à Rn [X] et Qn [X] ? Tn = = .
n n!
b. Montrer que ek est une application linéaire sur
Cn [X]. Donner une base de son noyau. Si P est un polynôme (à coefficients dans un anneau
c. Déduire de la question précédente que, pour tout P quelconque), on note ∆(P ) = P (X + 1) − P .
n
X a. Montrer que (Tn )n∈N est une base de Q[X]. Que
dans Cn [X] on a P = ek (P )Lk,x . dire par rapport à R[X] et C[X] ?
k=0
b. Montrer que ∆ est une application linéaire sur Q[X].
d. Soit K un sous-corps de C et P dans C[X]. Montrer En préciser le noyau.
P (K) ⊂ K ⇐⇒ P ∈ K[X].
c. Montrer que pour tout n dans N∗ on a ∆(Tn ) =
7 -3 Ⓢ ⋆ Polynômes de Bernoulli Tn−1 et en déduire que ∆ est surjective.

On définit une suite de polynômes Bn par les condi- d. Déduire de la question précédente que, pour tout P
+∞
tions : B0 = 1 et pour n ≥ 1, Bn′ = nBn−1 et
X
Z 1 dans Q[X] on a P = ∆n (P )(0)Tn où ∆n est la
Bn (t) dt = 0. On note bn = Bn (0) (nombre de Jakob k=0
0 composée de ∆ n fois avec lui-même.
Bernoulli).
7 -6 Ⓢ M 2017 ⋆⋆ ♥
a. Montrer que ces formules définissent effectivement
une suite de polynômes, qu’ils sont unitaires avec a. Soit A et B dans Mn (K) avec B la matrice dont
deg(Bn ) = n et qu’on a, pour n ≥ 2, Bn (0) = Bn (1). tous les éléments sont égaux à 1. Soit f l’application
b. Montrer, pour tout entier n, Bn (1 − X) = (−1)n Bn de K dans lui-même définie par f (x) = det(A+xB).
et en déduire que bn est nul si n est impair supérieur Démontrer que f est affine.
à 3. On pourra démontrer et utiliser l’unicité de la b. Calculer, pour λ1 , . . . , λn , a, b réels, le déterminant
suite (Bn ). d’ordre n
c. Montrer, pour tout entier n,
λ1 a ··· a
X 1+X
    
Bn = 2 n−1
Bn + Bn .. ..
2 2 b λ2 . .
Dn = .. .
.. ..
et en déduire que pour n impair Bn (1/2) = 0 et pour . . . a
n pair Bn (1/2) = (21−n − 1)bn . b ··· b λn

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338 7.8. EXERCICES

7 -7 Ⓢ ⋆⋆ Polynômes de Hermite 7 - 10 Ⓢ ⋆⋆ Moments ♥♥


En liaison avec la loi Gaussienne, Charles Hermite Soit f continue de [ a; b ] dans R et, pour n dans N,
a introduit une famille (Hn ) vérifiant : ∀n ∈ N, ∀x ∈ R Z b
In = f (t)tn dt. Montrer, en utilisant le théorème de
dn −x2 /2 2 a
(e ) = (−1)n Hn (x)e−x /2 . Weierstrass (i.e. l’exercice 7 - 9) que si tous les In
dxn
sont nuls, alors f est nulle.
a. Montrer que l’on définit ainsi une (unique) fa-
mille de polynômes unitaires de degrés donnés par 7 - 11 Ⓢ ⋆⋆ Théorèmes de Bolzano & Rolle
deg(Hn ) = n.
Michel Rolle conspuait l’analyse, à laquelle il ne
b. Montrer, pour tout entier n, Hn+1 = XHn −nHn−1 .
croyait pas. Son théorème est donc un théorème d’al-
c. En déduire, pour tout entier n, Hn+1

= (n + 1)Hn gèbre, même si Pierre-Ossian Bonnet en a fait, des
et Hn − XHn + nHn = 0.
′′ ′
années plus tard, un des piliers de l’analyse moderne !
Soit P un polynôme non constant de R[X]. On écrit
7 -8 Ⓢ ⋆⋆ Polynômes à valeurs entières n
X
P = ai X i avec an ̸= 0. On note x1 < x2 < · · · < xn
Soit P dans Cn [X]. En utilisant l’exercice 7 - 5,
montrer que les propriétés suivantes sont équivalentes : i=0
ses racines réelles, ni l’ordre de multiplicité de xi et
1. P (Z) ⊂ Z ; n−1
X
on définit P ′ = (i + 1)ai+1 X i . Il s’agit de mon-
2. P est une combinaison entière (relative) des poly-
i=0
nômes de Hilbert ; trer qu’entre deux racines successives de P s’en trouve
3. P prend des valeurs entières sur J0; nK ; une de P ′ . On peut vérifier qu’avec cette définition on
a encore (P Q)′ = P ′ Q + P Q′ ainsi que la formule plus
4. P prend des valeurs entières sur n+1 entiers consé-
générale, dite de Leibniz.
cutifs.
a. Soit a < b deux réels et Q un polynôme irréductible
7 -9 Ⓢ ⋆⋆ Théorème de Weierstrass
de R[X] ne s’annulant pas sur le segment [ a; b ] . Dé-
On reprend les notations de l’exercice 7 - 4. Soit f montrer, sans utiliser le théorème de Bolzano mais
une fonction continue sur [ 0; 1 ] . On note Pn le poly- en utilisant la classification des irréductibles dans
n
X k
  R[X], Q(a)Q(b) > 0.
nôme f Bn,k . Soit ε dans R+ ∗
. On lui associe,
n b. Démontrer que, pour tout 1 ≤ i ≤ n − 1, on
k=0
par théorème de Heine et donc par uniforme continuité peut écrire P = (X − xi )ni (X − xi+1 )ni+1 Qi avec
de f sur [ 0; 1 ] , un réel strictement positif η tel que Qi (xi )Qi (xi+1 ) > 0.

∀(u, v) ∈ [ 0; 1 ] 2 |u − v| < η =⇒ |f (u) − f (v)| < ε . c. Avec les notations précédentes, démontrer qu’il
existe un polynôme Ri dans R[X] tel que P ′ = (X −
Par théorème de Weierstrass dit des bornes (at- xi )ni −1 (X−xi+1 )ni+1 −1 Ri avec Ri (xi )Ri (xi+1 ) < 0.
teintes), on dispose de M = max |f | et on choisit n non d. En déduire, toujours sans utiliser le théorème de
[ 0;1 ]
2M Bolzano, qu’il existe c dans ] xi ; xi+1 [ tel que
nul supérieur à . Soit alors x dans [ 0; 1 ] . P ′ (c) = 0.
εη 2
a. On pose Px = Bn ((X −x)2 ). En utilisant l’exercice 7
X(1 − X) 7 - 12 Ⓢ ⋆⋆ Jeu de Passe-dix
- 4 montrer Px = (X −x)2 + et en déduire
n
1
|Px (x)| ≤ . a. Soit p un entier supérieur
 à 3 et Tn le polynôme de
4n
Hilbert, i.e. Tn = X . Démontrer
b. Montrer Pn − f (x) = Bn (f − f (x)) et, en évaluant n

ce polynôme en x, en déduire en coupant la somme !


p
en deux et en utilisant l’exercice 7 - 4 X
deg X − (X − 1)
p 3
T2 (k − 1)X p−k
<3.
X
|Pn (x) − f (x)| ≤ ε + 2M Bn,k (x) . k=3

0≤k≤n
| nk −x|≥η b. Quelle est la probabilité que la somme des faces d’un
lancer de trois dés soit supérieure à 10 ?
1
c. En déduire |Pn (x) − f (x)| ≤ ε + 2M |Px (x)| et
η2 Indication : On pourra considérer le polynôme (X +X 2 +
conclure sup[ 0;1 ] |Pn − f | ≤ 2ε. · · · + X 6 )3 .

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 339

Arithmétique des polynômes Indication : utiliser une matrice compagnon.

7 - 13 Ⓢ ⋆
7 - 21 Ⓢ C 2015 ⋆⋆ Transformée de Fourier
Trouver tous les polynômes P de R[X] tels que
P (X 2 ) = P (X)P (X + 1). Soit n ≥ 1 et ω = exp(2iπ/n). Pour P dans C[X],
on définit
7 - 14 Ⓢ ⋆
n−1 n−1

Le polynôme X 4 − 14X 2 + 1 est-il irréductible dans
X X
F(P ) = P (ω k )X k et F(P ) = P (ω −k )X k .
l’anneau Q[X] ? k=0 k=0

7 - 15 Ⓢ Magistère 2017 ⋆ ⌣

Montrer ∀P ∈ K[X], P − X | P ◦ P − X. a. Montrer que F et F définissent des endomorphismes


de C[X].
7 - 16 Ⓢ X ⋆ P ′ | P ♥ ⌣
b. Calculer F ◦ F et en déduire que F est un automor-
Trouver les P de C[X] tels que P divise P . ′
phisme de Cn−1 [X] dont on précisera la réciproque.

7 - 17 Ⓢ ⋆⋆ c. Soit P ∈ Z[X] tel que

Montrer que X 3 +X +1 n’a pas de racine rationnelle — pour tout z dans Un , on ait |P (z)| ≤ 1 ;
et en déduire qu’il est irréductible dans l’anneau Q[X].
— il existe une racine de P dans Un .
7 - 18 Ⓢ ⋆⋆ Montrer que X n − 1 divise P .
Trouver tous les entiers naturels non nuls n tels que
1 − X + X 2 − X 3 + X 4 divise 1 − X n + X 2n − X 3n + X 4n 7 - 22 Ⓢ ⋆⋆⋆ Polynômes hyperboliques
dans C[X].
On appelle polynôme hyperbolique un polynôme à
7 - 19 Ⓢ ⋆⋆ Fonctions symétriques élémen- coefficients réels dont toutes les racines sont réelles. Dans
taires la suite on note P et Q deux tels polynômes. On écrit
n
Soit n un entier supérieur à 2 et x1 , x2 , . . ., xn des
X
P = ak X k avec n = deg(P ) ≥ 1.
nombres entiers. On note σ1 , σ2 , . . ., σn leurs fonctions k=0
symétriques élémentaires, i.e.
n
X
a. Montrer que ak Q(k) est hyperbolique.
X X Y
σk = xi1 xi2 · · · xik = xi .
k=0
1≤i1 <i2 <...<ik ≤n I⊂J1;nK i∈I
Card(I)=k
b. On suppose de plus que Q n’a pas de racine dans
n
a. Montrer que, pour tout i, xn i appartient à l’idéal
X
l’intervalle [ 0; n ] . Montrer que ak Q(k)X k est
engendré par les σk et en déduire que tout nombre k=0
premier divisant tous les σk divise également tous hyperbolique.
les xi .
b. En déduire ∧n Indication : Traiter le cas n = 1 et en déduire le cas
i=1 xi = 1 ⇐⇒ ∧k=1 σk = 1.
n
général par itération.
c. Soit k un entier compris entre 1 et n et p un nombre
premier. Montrer que p divise au moins k des entiers
7 - 23 Ⓢ ⋆⋆⋆ Théorème de Fermat – Poly-
(xi )1≤i≤n si et seulement si p divise σn , σn−1 , . . .,
σn−k+1 , et retrouver le résultat précédent. nômes

7 - 20 Ⓢ X 2015 ⋆⋆ Polynômes entiers a. Soit A, B et C dans C[X] premiers entre eux dans
Soit Zn l’ensemble des zéros des polynômes unitaires leur ensemble, non constants, et vérifiant A+B = C.
de degré n, à coefficients entiers dont toutes les racines Montrer que le nombre total de leurs racines (comp-
sont de module au plus égal à 1. tées sans multiplicités) est strictement supérieur au
plus grand de leurs degrés.
a. Montrer que Zn est fini.
b. Montrer que, si α appartient à Zn , alors, pour tout b. Soit maintenant n un entier supérieur à 3. Montrer
entier k, αk aussi. qu’il n’existe aucun triplet de polynômes (A, B, C)
de C[X], non proportionnels, satisfaisant à An +
c. Qu’en déduit on ?
Bn = C n.

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340 7.8. EXERCICES

Équations polynomiales a. Donner en fonction de (σk )1≤k≤n les coefficients du


polynôme unitaire admettant x1 , x2 , . . ., xn comme
7 - 24 Ⓢ ⋆ Bornes de Lagrange et de Cau- racines (formules de Newton).
chy b. Donner les racines du polynôme P donné par P =
Soit P un polynôme à coefficients complexes, uni- X n + σ1 X n−1 + · · · + σn−1 X + σn .
n
X c. On suppose σ1 , σ2 , . . ., σn strictement positifs. Mon-
taire, donné par P = ak X k , et z une racine complexe
trer u ∈ R+

=⇒ P (u) ∈ R+ ∗
.
k=0
de P . d. Montrer que x1 , x2 , . . ., xn sont strictement positifs
n−1
X si et seulement si σ1 , σ2 , . . ., σn le sont.
a. Démontrer |z|n ≤ |ak | |z|k .
k=0
7 - 28 Ⓢ ⋆ Polynômes hyperboliques
b. En déduire la borne de Lagrange On appelle hyperbolique un polynôme dans R[X]
! scindé sur R, i.e. admettant toutes ses racines réelles.
Montrer que P dans R[X], de degré n et unitaire, est
X
|z| ≤ max 1, |ak | .
0≤k≤n−1
hyperbolique si et seulement si

c. En déduire également la borne de Cauchy ∀z ∈ C |Im(z)|n ≤ |P (z)| .

|z| ≤ 1 + max |ak | . Indication : pour tout nombre complexe u, on a


0≤k≤n−1 |Im(u)| ≤ |u|.

7 - 25 Ⓢ ⋆ Équation symétrique 7 - 29 ⋆ Règle de Descartes

On cherche les racines du polynôme X 4 + 5X 3 + Donner le nombre de racines réelles du polynôme


8X 2 + 5X + 1. X 4 + 3X 2 + 5X − 7 et préciser leurs signes.
a. Donner r et s tels qu’il se récrive (X 2 +rX +1)(X 2 + 7 - 30 Ⓢ ⋆ Interpolation de Newton
sX + 1) et conclure.
1 a. Former le polynôme d’interpolation (méthode
b. Poser Y = X + et conclure. des différences de Newton correspondant à
X
x 0 1 2 3 4 5
7 - 26 Ⓢ ⋆ Caractérisation d’un polynôme .
f (x) 1 4 27 112 325 756
Soit a et b deux nombres complexes distincts et P et
Q unitaires non constants dans C[X] vérifiant P −1 (a) = b. Donner les valeurs des approximations à l’ordre 1 et
Q−1 (a) et P −1 (b) = Q−1 (b). On pose R = (P −a)(P −b). 5 de f (3, 2).
Enfin, quitte à échanger P et Q, on suppose que P est
7 - 31 Ⓢ ⋆⋆ Correction d’erreur †
de degré supérieur à celui de Q.
a. Montrer que les racines de R sont également des ra- Trouver et corriger la faute de frappe dans la suite :
cines de P − Q. 1, 3, 11, 31, 69, 113, 223, 351, 521, 739, 1011.

b. Montrer que P − a et P − b sont premiers entre eux. 7 - 32 Ⓢ ⋆⋆ Calculs approchés de logarithmes


c. Soit x une racine multiple de R d’ordre k (avec On note log le logarithme en base 10 et on fournit
k > 1). Montrer que c’est une racine d’ordre k de les approximations log(2) ≃ 0, 3010, log(3) ≃ 0, 4771 et
P −a ou de P −b, et d’ordre au moins k de P ′ (P −Q). log(11) ≃ 1, 0414.
d. En déduire que R divise P ′ (P − Q). a. Montrer que l’on peut, à partir de ces trois données,
e. En considérant les degrés de ces polynômes, montrer calculer log(n) avec une erreur inférieure à 0,001
P = Q. pour tous les entiers n compris entre 1 et 20, sauf 7,
f. Montrer que la conclusion ne tient pas si on suppose 13, 14, 17 et 19.
seulement P −1 (a) = Q−1 (a). b. Donner l’interpolation linéaire de log entre 1 et 1,1
obtenue par la méthode de Newton.
7 - 27 Ⓢ ⋆ Racines toutes strictement positives c. Montrer que l’approximation log 1 + x.10−3 ≃

Soit n un entier supérieur à 2 et x1 , x2 , . . ., xn des 4x.10−4 est valide à 0,001 près pour 0 ≤ x < 10.
nombres réels. On note σ1 , σ2 , . . ., σn leurs fonctions d. Donner la formule d’interpolation de Newton pour
symétriques élémentaires, i.e. le choix : y(1) = 0, 001 et y(1, 1) = 0, 041. Justifier
X X Y ce choix d’arrondis empiriquement. On admettra que
σk = xi1 xi2 · · · xik = xi .
cette formule permet de calculer log 1 + x.10−3 à

1≤i1 <i2 <...<ik ≤n I⊂J1;nK i∈I
Card(I)=k 0,001 près pour 10 ≤ x < 100.

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 341

e. Justifier le calcul suivant : log(63, 37) ≃ 1+0, 3010+ 0 = b0 < b1 < · · · < bn et les ak des réels tous non
0, 4771 + 0, 0234 ≃ 1, 801. nuls. On note V (P ) le nombre de variations de signes
f. Donner une approximation de log(183, 1) et de des coefficients de P . Autrement dit
log(2783) par cette méthode.
V (P ) = Card {k ∈ J1; nK | ak ak−1 < 0} .
7 - 33 Ⓢ ⋆⋆ Minoration des racines
On note n+ (P ) le nombre de racines réelles (comptées
À partir des bornes de Lagrange ou de Cauchy, avec multiplicité) strictement positives de P .
donner une minoration de la valeur absolue des racines
d’un polynôme de valuation nulle. a. Soit a dans N et Q dans R[X]. Démontrer
V (X a Q) = V (Q).
7 - 34 Ⓢ ⋆⋆ Homogénéisation des bornes b. Soit Q un polynôme sans racine dans R+ . Démon-
Soit P dans C[X] non nul et non nécessairement uni- trer que V (Q) est pair.
taire et z une racine de P . ! c. Démontrer V (P ) + V (P (−X)) ≤ deg(P ).
X |ak | d. Soit R dans R[X]. Justifier que l’on peut écrire
a. Montrer |z| ≤ max 1, et |z| ≤ 1 +
|an | p
X
0≤k≤n−1
|ak | R = r (−1)k Rk avec r le coefficient dominant
max . k=0
0≤k≤n−1 |an |
de R, V (R) = p et des polynômes (Rk ) à coeffi-
b. En déduire cients positifs de degrés dk et valuations vk vérifiant
v0 > d1 ≥ v1 > · · · > dp ≥ vp .
!
X |ak | k−n+1
|z| ≤ min max s, s e. Soit R dans R[X] et α dans R+ ∗
. Démontrer V ((X −
s>0 |an |
0≤k≤n−1 α)R) ≥ V (R) + 1 et plus précisément que la diffé-
et rence entre ces deux quantités est paire.
  f. En déduire que V (P ) − n+ (P ) est un entier naturel
|ak | k−n+1
|z| ≤ min s + max s . pair.
s>0 0≤k≤n−1 |an |
g. Démontrer qu’on a n+ (P ) = V (P ) si P est scindé
7 - 35 Ⓢ ⋆⋆ Borne de Zassenhauss sur R.
n
X 7 - 38 Ⓢ ⋆⋆⋆ †
Soit P dans C[X] non constant, avec P = ak X k
k=0
On cherche à factoriser, pour a, b et c dans K, le
et an ̸= 0, et z une racine de P . Montrer polynôme P donné par
1
 
ak n−k
|z| ≤ 2 max . X a b c
0≤k≤n−1 an
a X b c
P = .
7 - 36 Ⓢ ⋆⋆ Borne de Cauchy b c X a
Soit P un polynôme à coefficients complexes, uni- c b a X
n
X
taire et valuation nulle, donné par P = ak X , et z
k
a. Montrer que a et −(a + b + c) sont racines de P .
k=0
une racine complexe de P . On considère Q le polynôme b. Factoriser P par (X −a)(X +a+b+c) par opérations
n−1
X élémentaires.
donné par Q = X n − |ak | X k .
c. Conclure.
k=0
a. Montrer que Q admet une unique racine strictement 7 - 39 Ⓢ M 2017 ⋆⋆⋆ Déterminant de Vander-
positive. On la note ρ. monde à trous
b. Montrer |z| ≤ ρ.
Soit (λi )1≤i≤n des réels tous distincts.
c. En déduire les bornes de Lagrange et Cauchy. (En
fait la borne donnée par Cauchy est ρ.) 1 1 ··· 1

7 - 37 Ⓢ ⋆⋆ Règle des signes de Descartes λ1 λ2 ··· λn


a. Factoriser .. .. .. .. .
Soit P dans R[X] somme de n + 1 monômes non . . . .
n
X λn−2 λn−2 ··· n−2
λn
nuls (avec n ∈ N). On écrit P (X) = ak X bk avec 1 2

k=0 λn
1 λn
2 ··· λn
n

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342 7.8. EXERCICES

b. Plus généralement soit (ki )1≤i≤n des entiers naturels d. En déduire que si c n’est pas un zéro de P , on a
tels que k1 < k2 < · · · < kn . On suppose 0 < λ1 <
lim vx (P ) − lim vx (P ) ≥ 0 .
λk1 1 λk2 1 ··· λkn1 x→c,x<c x→c,x>c

λk1 2 λk2 2 ··· λkn2


λ2 < · · · < λn . Montrer e. Montrer que si c est un zéro de P on a
.. .. .. .. > 0.
. . . . lim vx (P ) − lim vx (P ) ≥ m, en notant m
x→c,x<c x→c,x>c
λk1 n λk2 n ··· λknn sa multiplicité dans P .
f. En déduire que si a et b sont deux réels tel que a < b
7 - 40 Ⓢ ⋆⋆⋆ Règle des signes de Descartes
et a et b ne soient pas racines de P , alors le nombre
On veut démontrer la règle des signes de façon di- de racines de P contenues dans [ a; b ] est majoré par
recte, en utilisant le théorème de Rolle et celui de va (P ) − vb (P ).
Bolzano, ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’on
g. Montrer que si P est scindé, il y a en fait égalité.
utilise de l’analyse ! On procède par récurrence sur le
nombre de monômes dans P , noté n + 1. On suppose P 7 - 42 Ⓢ ⋆⋆⋆ Théorème de Sturm
n
X
de valuation nulle et on écrit P = ak X .
bk
Soit P un polynôme à coefficients réels de degré n
k=0 et Z l’ensemble de tous les zéros des polynômes Qk , en
a. Traiter le cas n = 0 et celui où P n’a pas de racine reprenant les notations du théorème de Sturm.
réelle strictement positive. a. Montrer que Pm est le pgcd de P et P ′ et qu’il divise
b. On suppose n ≥ 1 et que P a au moins une racine tous les termes de la suite (Pk )0≤k≤m .
réelle strictement positive. On note (x1 , . . . , xj ) les b. On suppose tout d’abord P à racines simples.
zéros de P sur R+ ∗
et (m1 , . . . , mj ) leurs multiplici-
tés. i. Montrer que Qm ne s’annule pas.
i. On écrit P ′ = X a Q où a = val(P ′ ). Mon- ii. Si c est une racine réelle de P , montrer
trer que V (Q) est bien défini et appartient à Q′0 (c)Q1 (c) < 0.
{V (P ), V (P ) − 1} et préciser les cas. iii. Si c est une racine réelle de Qk , pour 1 ≤ k ≤
ii. En supposant n+ (Q) ≤ V (Q) et V (Q) = m − 1, montrer Qk−1 (c)Qk+1 (c) < 0.
V (P ) − 1, établir n+ (P ) ≤ V (P ). On pourra iv. Conclure dans ce cas en s’inspirant de l’exer-
commencer par supposer les racines de P cice 7 - 41.
simples, puis tenir compte des multiplicités.
c. Conclure dans le cas général.
iii. En supposant n+ (Q) ≤ V (Q) et V (Q) = V (P ),
établir n+ (P ) ≤ V (P ). On pourra montrer que 7 - 43 Ⓢ ⋆⋆⋆ Résolution de l’équation de degré
P ′ admet une racine sur ]0; x1 [ . 3
c. Conclure n+ (P ) ≤ V (P ) en toute généralité et mon- On souhaite résoudre l’équation x3 + 6x = 20. Selon
trer qu’il y a égalité si P a toutes ses racines réelles. les consignes laissées à Girolamo Cardano par Nicolo
d. Où a-t-on utilisé que les (bk ) sont entiers ? En dé- Tartaglia, on représente x3 comme un cube de coté
duire le théorème de Laguerre, à savoir n+ (P ) ≤ x, 6x comme le volume de six prismes carrés (parallé-
V (P ) mais en prenant les (bk ) réels. lépipèdes rectangles à bases carrées) : trois de volume
x2 v et trois autres de volume xv 2 . Enfin 20 est la dif-
7 - 41 Ⓢ ⋆⋆⋆ Règle de Fourier-Budan
férence de deux cubes de côtés respectifs u et v. Plus
Soit P un polynôme à coefficients réels de degré n algébriquement . . .
et Z l’ensemble de tous les zéros de P et de ses poly-
a. Poser x = u − v. Quelle relation doivent satisfaire u
nômes dérivés. On reprend les notations du théorème de
et v pour que l’équation x3 + 6x = 20 se simplifie en
Fourier-Budan.
u3 − v 3 = 20 ?
a. Montrer que Z est fini et que vx (P ) est constante
sur tout intervalle contenu dans R \ Z. b. Trouver tous les réels a et b vérifiant a + b = 20 et
−ab = 8.
b. On note z1 < z2 < . . . < zp les éléments de Z. Mon-
trer vx (x) = 0 si x > zp et vx = n si x < z1 . c. En déduire u3 , −v 3 puis x.
c. Soit c de Z, et k et ℓ deux indices tels que P (k) (c) = d. Peut-on adapter cette méthode à toute équation de
ak ̸= 0, P (ℓ) (c) = al ̸= 0 et, si k < j < ℓ, P (j) (c) = 0. degré 3 ?
Montrer que le nombre de changements de signes
dans la suite (P (j) (x))k≤j≤ℓ est plus grand pour 7 - 44 Ⓢ ⋆⋆⋆ Racines réelles d’un polynôme
x < c que pour x > c, au moins pour x dans un cer- cubique
tain intervalle ouvert contenant c que l’on précisera. Soit a, b, c les racines (éventuellement confondues)
On distinguera le cas ℓ > k + 1 et le cas ℓ = k + 1. du polynôme X 3 + pX + q. Montrer que (b − a)2 , (c − b)2

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 343

et (a − c)2 sont les racines (éventuellement confondues) a. Soit φ = Id − λd avec λ ∈ C. Montrer que φ
du polynôme X 3 + 6pX 2 + 9p2 X + 4p3 + 27q 2 . est inversible et déterminer φ−1 à l’aide des puis-
En déduire le nombre de racines réelles de X 3 −3X + sances de d. On pourra commencer par remarquer
r lorsque r est un réel positif, et préciser leurs signes. Id = Id − λn+1 dn+1 .
b. Soit λ1 , λ2 , . . . , λp des nombres complexes deux à
7 - 45 Ⓢ ⋆⋆⋆ Résolution de l’équation de degré p
Y
4 deux distincts. On pose ψ = (Id − λi d). Mon-
k=1
a. Méthode de Ludovico Ferrari. On étudie X 4 + trer que ψ est inversible et déterminer son inverse
2aX 2 = bX + c. Montrer que l’ensemble des y tels à l’aide des puissances de d. On pourra commencer
que l’équation se ramène à (X 2 +a+y)2 = (αX+β)2 , par utiliser une décomposition en éléments simples.
pour certains α et β, forment les solutions d’une
équation de degré 3. En déduire une méthode pour 7 - 51 Ⓢ M 2012 ⋆ Racines réelles
résoudre les équations de degré 4.
Soit A dans Mn (R) tel que A3 = A + In . Montrer
b. Méthode de Leonhard Euler. On étudie X +aX + 4 2
det(A) > 0.
bX +c. Montrer que l’ensemble des u tels que l’équa-
tion se ramène à (X 2 + ux + α)(X 2 − uX + β), pour 7 - 52 Ⓢ M 2016 ⋆ Diagonalisabilité
certains α et β, forment les solutions d’une équation
Soit A dans Mn (R) tel que A3 + A = In . Est-ce que
de degré 3. En déduire une méthode pour résoudre
A est diagonalisable sur C ? sur R ?
les équations de degré 4.
7 - 53 Ⓢ ⋆ Racine simple
7 - 46 Ⓢ M 2019 ⋆⋆⋆ Polynômes surjectifs
Soit E un K-espace vectoriel et u dans L (E) annulé
Déterminer tous les polynômes P dans C[X] véri- par un polynôme ayant 0 comme racine simple. Montrer
fiant E = Ker(u) ⊕ Im(u).
a. P (C) = C.
7 - 54 Ⓢ ⋆ Racine simple
b. P (R) = R.
Soit u dans L (E) admettant πu comme polynôme
c. P (U) = U où U = {z ∈ C | |z| = 1}.
minimal et λ dans K. Montrer que les deux propriétés
d. P (Q) = Q. suivantes sont équivalentes :
1. E = Ker(u − λIdE ) ⊕ Im(u − λIdE )
Polynômes d’endomorphismes
2. λ n’est pas racine multiple de πu .
7 - 47 Ⓢ X 1988 ⋆ Puissances d’une matrice
7 - 55 Ⓢ ⋆⋆ Critère de diagonalisabilité
 
2 1 ··· 1 Soit f dans L (E), avec E un K-espace vectoriel de

1 .. ..  dimension finie. Établir l’équivalence des deux propriétés
2 . . suivantes :
Soit M dans Mn (R), avec M = 
 ..
.
.. ..
1

. . . 1. f est diagonalisable
1 ··· 1 2 2. χf est scindé et tout sous-espace stable admet un
Calculer M k pour k ∈ Z. supplémentaire stable.

7 - 48 Ⓢ ⋆ ∆ ♥ 7 - 56 Ⓢ ⋆⋆ Comatrice

Soit u l’endomorphisme de Kn [X] défini par u(P ) = Soit A ∈ Mn (K).


P (X + 1). En déterminer le polynôme minimal. On a. Déterminer χcom(A) en fonction χA .
pourra se ramener à l’opérateur ∆, où ∆ = u − Id. b. En déduire le coefficient de X dans χA .

7 - 49 Ⓢ ⋆ 7 - 57 Ⓢ ⋆⋆ Puissances entières †
Soit A ∈ Mn (R). Montrer que le polynôme minimal Soit P un polynôme unitaire à coefficients entiers et
n
de A est le même qu’on la considère comme élément de Y
Mn (R) ou de Mn (C). (λi )1≤i≤n des complexes tels que P = (X − λi ).
i=1
n
7 - 50 Ⓢ ⋆⋆ Opérateurs différentiels Y
Montrer que (X − λki ) est à coefficients entiers,
Soit E l’espace vectoriel Cn [X] des polynômes à co- i=1
efficients complexes de degré inférieur ou égal à n. On pour tout entier naturel k.
désigne par Id l’identité de E et par d l’opérateur de Indication : on pourra considérer la matrice compa-
dérivation. gnon associée à P .

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344 7.8. EXERCICES

7 - 58 Ⓢ ⋆⋆ Équation matricielle b. Montrer que A est diagonalisable si et seulement si


Trouver toutes les matrices M dans M5 (R) telles χA est simplement scindé.
que M 5 = −I5 . c. Trouver les matrices qui commutent avec A.

7 - 59 Ⓢ ⋆⋆ Commutation et cube 7 - 65 Ⓢ C 2013 ⋆⋆⋆ Décomposition de


Soit A et B dans Mn (R) avec B diagonalisable. Jordan-Chevalley et critère de Klarès
Montrer [A, B 3 ] = 0 =⇒ [A, B] = 0. Soit V un sous-espace vectoriel E avec E = Mn (C).
On définit V 0 = {X∈ Mn (C) | ∀Y ∈ V , tr(XY ) = 0} et
7 - 60 Ⓢ ⋆⋆ Unipotent entier †
V = X ∈ Mn (C)  X ∈ V . Pour A dans Mn (C), soit

Soit A dans SL2 (Z), i.e. une matrice 2 × 2 à coeffi- adA dans End(Mn (C)) donné par adA (M ) = AM −M A,
cients entiers et de déterminant 1. On suppose A unipo-
tente (i.e. ∃n ∈ N∗ An = I2 ). Montrer A12 = I2 . a. Montrer que V et V 0 sont des espaces vectoriels de
dimensions respectives dim(V ) et codim(V ).
7 - 61 Ⓢ ⋆⋆⋆ Topologie b. Les sous-espaces V et V 0 sont-ils supplémentaires ?
Soit D l’ensemble des matrices diagonalisables de c. Montrer Ker(adA )0 = Im(adA ).
M2 (C). Déterminer son adhérence et son intérieur.
d. Si A est nilpotente, montrer qu’il existe B vérifiant
7 - 62 Ⓢ ⋆⋆⋆ Similarité A = AB − BA.
Soit A dans Mn (C) nilpotente d’indice n, i.e. An = 0 e. En général montrer que A s’écrit D + N avec D dia-
mais An−1 ̸= 0. Montrer que A est semblable à 2A. gonalisable et N nilpotente et DN = N D.
Plus généralement trouver toutes les matrices M f. Généraliser la question d..
dans Mn (C) telles que M et 2M soient semblables.
g. Montrer que si Ker(ad2A ) = Ker(adA ), alors A est
7 - 63 Ⓢ ⋆⋆⋆ Endomorphismes cycliques diagonalisable.
Soit u un endomorphisme de E espace vectoriel sur
7 - 66 Ⓢ ⋆⋆⋆ Irréductibilité
K de dimension finie n. On veut établir l’équivalence
entre les propositions Soit u un endomorphisme d’un K-espace vectoriel
1. πu le polynôme minimal de u est de degré n E de dimension finie n ≥ 2. Établir l’équivalence : χu
est irréductible sur K[X] ⇐⇒ {0} et E sont les seuls
2. u est un endomorphisme cyclique, i.e. il existe x sous-espaces stables par u.
dans E tel que (x, u(x), . . . , un−1 (x)) est une base
de E.
7 - 67 Ⓢ ⋆⋆⋆ Sommes de Newton ♠
a. Établir que la condition est suffisante. n
X
b. On suppose deg πu = n. Établir que la condition est Soit A ∈ Mn (C). On pose χA = ai X n−i (avec
nécessaire dans les cas suivants : i=0

i. Le polynôme minimal de u est du type P α avec a0 = 1).


P irréductible et α ∈ N∗ . a. Montrer, si x n’est pas valeur propre de A,
Indication : Pour x ̸∈ Ker P α−1 (u), introduire  χ′ (x)
tr (xIn − A)−1 = A .

Ix = {Q ∈ K[X] | Q(u)(x) = 0} et montrer que χA (x)
c’est un idéal de générateur normalisé P α , puis j n−1
montrer que la famille (x, u(x), . . . , un−1 (x))
X X
b. On pose Bj = ai Aj−i et Q = Bj X n−j−1
est une famille libre. i=0 j=0
ii. u quelconque tel que deg πu = n. (polynôme à coefficients matriciels).

7 - 64 Ⓢ M 2017 ⋆⋆⋆ Endomorphismes cy- i. Montrer, pour x dans C,


cliques
  (xIn − A)Q(x) = χA (x)In .
0 ··· 0 −a0
 .. ..  ii. En déduire tr(Q(x)) = χ′A (x).
1 . . −a1 
On pose la matrice A =  ,
.. .. iii. Retrouver les relations entre les sommes de
0
 
 . .  n
X
(0) 1 −an−1 Newton (Sk ) données par Sk = λki , pour
avec a0 , a1 , . . ., an−1 réels. i=1
0 ≤ k ≤ n, et les fonctions symétriques élémen-
a. Trouver le polynôme caractéristique de A. taires des racines (λ1 , . . . , λn ) de χA .

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CHAPITRE 7. POLYNÔMES 345

Compléments b. Soit P dans Z[X] avec P (0) impair et soit α une ra-
cine réelle de P . Montrer que α n’est pas une puis-
7 - 68 Ⓢ ⋆ Lemme de Gauss sance rationnelle positive de 2, i.e. ln(α)/ ln(2) ̸∈
Q∗+ .
a. Soit P dans Z[X]. On appelle contenu de P , noté Indication : on pourra se ramener au cas où α = 21/q
c(P ), le pgcd de ses coefficients. Démontrer que pour et P est de degré strictement inférieur à q.
P et Q dans Z[X], on a c(P Q) = c(P )c(Q).
b. Soit P dans Q[X], non nul. Démontrer qu’il existe 7 - 74 Ⓢ ⋆⋆⋆ Théorème de Dirichlet
un unique polynôme Q dans Z[X] et un unique ra- a. Soit n dans N∗ et Φn le polynôme unitaire de C[X]
tionnel a tels que P = aQ et c(Q) = 1. En notant dont les racines (simples) sont les racines primitives
a = c(P ), démontrer que c est multiplicative. ne de l’unité. Montrer Φn ∈ Z[X].
c. Soit P dans Z[X], non constant. On dit que P est b. On se donne p premier, m naturel non multiple de p
primitif si c(P ) = 1. Démontrer que P est irréduc- et a un entier naturel tel que p divise Φm (a). Mon-
tible dans Z[X] si et seulement s’il l’est dans Q[X] trer que p ne divise pas a et que m est le plus petit
et s’il est primitif. entier naturel non nul tel que am ≡ 1 (mod p).
c. Que dire des nombres premiers p appartenant à la
7 - 69 Ⓢ ⋆⋆ ♠
progression arithmétique de raison m et de terme
On pose A = Z[X] et I = {P ∈ A | 3 | P (0)}. Mon- initial 1 ? (On pourra démontrer ou utiliser le résul-
trer que I est un idéal de A mais qu’il n’est pas principal, tat de l’exercice 7 - 70.)
i.e. I n’est pas de la forme xA avec x dans A.
7 - 75 Ⓢ ⋆⋆⋆ Décomposition dans Z[X]
7 - 70 Ⓢ X 2011 ⋆⋆ Polynômes et diviseurs Soit P dans Z[X]. Montrer que si P est non nul, il
Soit P dans Z[X] non constant. Montrer que l’en- peut s’écrire sous la forme
semble des nombres premiers p tels qu’il existe n dans
P = ±pk1 1 · · · pkr r An ns
1 · · · As
1
Z vérifiant P (n) ̸= 0 et p divise P (n), est infini.
1 où les pi sont des nombres premiers distincts, Ai des
Indication : considérer P (a + bmX) pour a, b et m
b polynômes dans Z[X] irréductibles non constants et dis-
bien choisis. tincts, ki et ni des entiers naturels non nuls, r et s des
7 - 71 Ⓢ ⋆⋆ Cristère d’Eisenstein entiers naturels.
Discuter l’unicité de cette écriture.
Soit p un nombre premier et P dans Z[X]. On note
n
X 7 - 76 ⋆⋆⋆ Polynômes cyclotomiques
P = ak X k avec an ̸= 0. On suppose que p divise tous On reprend l’exercice 7 - 72. Soit α une racine pri-
k=0
mitive ne de l’unité, avec n ≥ 2 non nécessairement pre-
les coefficients de P sauf an et que p2 ne divise pas a0 .
mier.
Montrer que P est irréductible sur Q[X]. Gotthold Ei-
senstein, 1823–1852, un des brillant-e-s mathématicien- a. Montrer que l’ensemble des polynômes dans Q[X]
ne-s du XIXe siècle mort-e-s avant 30 ans. annulant α forme un idéal non nul de Q[X]. On note
P le générateur unitaire de cet idéal et d + 1 son de-
7 - 72 Ⓢ ⋆⋆ Polynômes cyclotomiques - p pre- gré.
mier b. Montrer que P est dans Z[X].
Soit n dans N∗ . On note Φn le polynôme unitaire c. Montrer que, pour tout entier k, il existe un unique
de C[X] dont les racines (simples) sont exactement les Pk dans Zd [X] tel que P (αk ) = Pk (α).
racines primitives ne de l’unité. d. Soit p un nombre premier et Q et R dans Z[X],
p−1
X montrer que (Q + R)p − Qp − Rp est un polynôme à
a. Soit p un nombre premier. Montrer Φp = X k et coefficients entiers tous divisibles par p. On pourra
k=0 commencer par montrer que si on a 0 < k < p, alors
déduire de l’exercice 7 - 71 que Φp est un polynôme p | kp .

irréductible de Z[X]. e. En déduire que Pp est à coefficients divisibles par p.
k−1
b. Soit k dans N∗ . Montrer Φpk = Φp (X p ) et en d−1
X (k)
déduire que Φpk est également un polynôme irré- f. On écrit Pk = ai X i et on pose A =
ductible de Z[X]. i=0
(k)
max1≤k≤n max0≤i<d ai . Montrer que pour p pre-
7 - 73 Ⓢ ⋆⋆⋆ Polynôme minimal de 21/q ♠
mier vérifiant p > A, on a Pp = 0.
a. Pour n ≥ 2, le polynôme X n − 2 est-il irréductible g. En déduire que pour m n’ayant que des facteurs pre-
dans Q[X] ? miers strictement supérieurs à A, on a Pm = 0.

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346 7.8. EXERCICES

h. Soit maintenant k un entier quelconque premier à n,


q le produit de tous les nombres premiers inférieurs
à A et ne divisant par k. Montrer que k + nq n’a
aucun facteur premier inférieur à A et en déduire
Pk = 0 puis P = Φn .

7 - 77 Ⓢ ENS 2012 ⋆⋆⋆ Corps finis


Soit p un nombre premier. Est-ce que toute matrice
carrée à coefficients dans Z/pZ est trigonalisable ?

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