Chap 7
Chap 7
CHAPITRE
Polynômes
Introduction
Le paragraphe relatif aux polynômes permet de revenir sur l’étude menée en pre-
mière année, dans un cadre étendu et dans un esprit plus algébrique mettant l’accent
sur la notion d’idéal.
Idéal
Soit A un anneau commutatif et I une partie de A. On dit que I est un
idéal de A si c’en est un sous-groupe additif et qu’il est stable par multiplication
externe par A, i.e.
Définition 7 - 1 ∀x ∈ I , ∀a ∈ A , ax ∈ I .
On note (x) ou xA l’idéal engendré par un élément x de A, à savoir
xA = {xa | a ∈ A} .
Idéaux de K[X]
Soit I un idéal de K[X], non réduit à {0}. Il existe P dans I tel que
Théorème 7 - 1
1. ∀Q ∈ I, deg(Q) < deg(P ) ⇒ Q = 0,
2. I = (P ), i.e. I = {P Q | Q ∈ K[X]} = P K[X].
On dit que K[X] est un anneau principal, ce qui signifie qu’il est intègre et
♠
que tous ses idéaux sont de la forme P K[X] (avec P = 0 on trouve l’idéal nul).
PPCM
Soit P , Q, R dans K[X]. Alors R est un multiple commun à P et Q si et
seulement si
RK[X] ⊂ P K[X] ∩ QK[X] .
Proposition 7 - 1
Dans le cas d’égalité R est un plus petit commun multiple, ou ppcm. Si, de
plus, R est nul ou unitaire on dit que R est le ppcm de P et Q, et on note
R = ppcm(P, Q) ou encore R = P ∨ Q. Le ppcm est unique et, de plus, si P et Q
sont non nuls, tout ppcm de P et Q est non nul.
L’ensemble P K[X] ∩ QK[X] est stable par multiplication par K[X] et c’est un sous-
groupe de K[X], en tant qu’intersection de deux sous-groupes. C’est donc un idéal de
PGCD
Soit P , Q, R dans K[X]. On note
1
notant r et s les coefficients dominants de R et S et T = R, que T est unitaire, qu’on
r
a R = rT et S = sT , puis que T est un pgcd unitaire de P et Q et qu’un tel polynôme
est unique, i.e. le pgcd existe et est unique. Il est non nul dès que P ou Q l’est. □
La notion de ppcm est donc plus élémentaire que celle de pgcd. Elle est aussi
beaucoup moins utile car nettement moins profonde. Le ppcm sert au mieux
à mettre au mettre au même dénominateur des fractions, et encore car c’est
conceptuellement inutile, c’est au regard de l’efficacité des calculs que la notion
Remarque 7 - 3
entre en jeu. A contrario le pgcd est la pierre angulaire de l’arithmétique et permet
de construire la décomposition en facteurs premiers et la relation de Bézout est
un outil incontournable qu’il convient d’avoir toujours disponible, tel un réflexe
pavlovien on traduit instantanément la notion de pgcd en relation de Bézout !
Théorème de Bézout
Soit P et Q deux éléments de K[X]. Ils sont premiers entre eux si et seulement
si
∃(U, V ) ∈ K[X]2 , UP + V Q = 1 .
Une telle relation est appelée relation de Bézout.
Théorème 7 - 2 Plus généralement, pour R dans K[X], on a
∃(U, V ) ∈ K[X]2 , U P + V Q = R ⇐⇒ (P ∧ Q) | R
Lemme de Gauss
Théorème 7 - 3
Soit P , Q, R dans K[X] tels que P | QR et P ∧ Q = 1, alors P | R.
Comme les deux ensembles de droite sont inclus dans P K[X] puisque P divise P R et
QR, il en va de même pour leur somme puisque P K[X] est un idéal et donc
RK[X] ⊂ P K[X] ,
ce qui signifie P | R. □
ce qui assure (P + Q) ∧ (P Q) = 1.
Lagrange a mis au point une méthode qui permet de calculer sur des nombres
entiers, plus porteuse de sens et moins entâchée d’erreurs. En voici un exemple. On
cherche à calculer la racine positive de X 2 − X − 1, i.e. le nombre d’or (souvent
noté φ). La règle de Descartes assure en effet qu’il y a au plus une racine
positive, et donc exactement une seule par parité. Un calcul direct donne P (1) =
−1 < 0 < 1 = P (2) et donc 1 < φ < 2. On pourrait continuer par dichotomie
1
mais les calculs seront vite pénibles. Plutôt que cela on pose x = 1 + , avec
y
1 1
y > 0, de sorte que P (x) = −1 + + 2 d’après la formule de Taylor avec
y y
P (1) = −1, P ′ (1) = 1 et P ′′ (1) = 2. Ainsi x est racine de P si et seulement si
−y 2 + y + 1 = 0, en remettant au même dénominateur. Autrement dit x est racine
Exemple 7 - 4
de P si et seulement si y l’est et donc y est alors compris entre 1 et 2. En itérant
le processus, on en déduit
1
φ=1+ .
1
1+
1
1+
1 + ···
3 5
Cela permet d’avoir des approximations successives : 1, 2, , en arrêtant le
2 3
processus à la ne barre de fraction et, d’autre part, en utilisant la positivité des
termes, de préciser l’écart avec la valeur réelle.
Dans le cas d’une équation du second degré, il n’y a pas besoin de tant de théorie
pour arriver à ce résultat. C’est différent avec une équation de degré plus grand. Par
exemple avec X 3 − 2X − 5. La règle des signes donne une unique racine positive et
1
comme P (2) = −1 et P (3) = 16, elle est comprise entre 2 et 3. En posant x = 2 +
y
et en utilisant la formule de Taylor on trouve que x est racine de P si et seulement
si y l’est de X 3 − 10X 2 − 6X − 1. Ici la valeur en 10 est négative et celle en 11 positive
1
et on pose donc y = 10 + . On trouve que z est racine de 61X 3 − 94X 2 − 20X − 1,
z
donc compris entre 1 et 2 etc. Au final la racine positive de P est donnée par
1
x=2+ .
1
10 +
1
1+
1 + ···
21 23 44
On en déduit les approximations 2, , , et on peut préciser par exemple, en
10 11 21
utilisant la théorie des fractions continues
44 1 1
x− ≤ = .
21 21(21 + 11) 672
Ces nombres ne sont pas très manipulables : ce sont des valeurs, mais pas des objets
que l’on peut additionner, multiplier etc. Le comble pour des nombres ! Il serait plus
convaincant de créer une algèbre dans laquelle ces nombres existent clairement
! et c’est
0 1
ce que rendent possible, par exemple, les matrices. Ainsi, si A = , on a
1 1
!
1 1
A =2
= A + I2
1 2
et donc A est une racine de X 2 − X − 1 ! D’après les formules de Viète, l’autre racine
est I2 − A, puisque la somme des racines fait 1, ou encore −A−1 puisque leur produit
fait −1. On peut le vérifier :
! ! !
1 −1 1 −1 0 1
I2 − A = et = −I2 .
−1 0 −1 0 1 1
On peut maintenant calculer avec φ. Par exemple pour calculer (φ2 + 2φ + 1)(2φ2 − 3),
il suffit de calculer
! ! ! ! ! ! ! !
1 1 0 1 1 1 2 3 −1 2 4 7
+2 + I2 · 2 − 3I2 = =
1 2 1 1 1 2 3 5 2 1 7 11
!
0 1
et comme la dernière matrice s’écrit aussi 7 + 4I2 , le résultat est 7φ + 4.
1 1
On peut voir que tous les calculs se font dans l’algèbre M2 (R), bien entendu, mais
comme celle-ci n’est pas commutative,
( ils se!font
plutôt dans ) une sous-algèbre. On
a b
vérifie directement qu’il s’agit de (a, b) ∈ R2 . Pour s’assurer qu’on a
b a+b
affaire à une algèbre on peut bien sûr le faire à la main, mais il est plus commode de
remarquer qu’il s’agit des matrices de la forme aI2 + bA. On a alors directement
(aI + bA) + (cI + dA) = (a + c)I + (b + d)A
2 2 2
(aI2 + bA)(cI2 + dA) = acI2 + (ad + bc)A + adA2 = (ac + ad)I2 + (ad + bc + ad)A
car A2 = A + I2 .
3 Polynômes d’endomorphismes
On est amené à considérer des polynômes (ou plutôt des fonctions polynomiales)
dont la variable est une matrice. C’est ainsi que l’on peut construire les nombres com-
plexes, les quaternions de Sir William Rowan Hamilton (1805-1865) ou les octonions
de Sir Arthur Cayley (1821-1895). Comme une matrice est, ou représente c’est selon,
une application linéaire, on est aussi amené aux polynômes d’endomorphismes.
Algèbre K[u]
Soit E un espace vectoriel sur un corps K, u dans End(E) et P dans K[X].
L’endomorphisme P (u) de E est l’application donnée par
Démonstration. Puisque K[X] est une algèbre commutative, il en est de même pour
son image par le morphisme d’algèbres φu . □
Polynôme annulateur
Définition 7 - 5 Un polynôme P de K[X] est appelé polynôme annulateur de u si P ∈ Ker(φu ),
i.e. si P (u) est l’endomorphisme nul.
Pour des raisons de dimension, si celle de E est finie alors φu n’est pas injectif. Il
en résulte que Ker(φu ) est distinct de {0}. C’est un sous-espace vectoriel de K[X]. On
remarque également que si P et Q sont deux polynômes et si P annule u, alors P Q
aussi puisque P Q(u) = QP (u) = Q(u) ◦ P (u) = Q(u) ◦ 0 = 0. Il résulte que Ker(φu )
est un idéal de K[X].
Polynôme minimal
Si E est de dimension finie, on appelle polynôme minimal de u l’unique poly-
nôme unitaire πu tel que Ker(φu ) = πu K[X].
Définition 7 - 6
Autrement dit πu est le polynôme unitaire de degré minimal annulant u et si
P est un polynôme annulateur de u, alors πu | P .
Le polynôme minimal est parfois noté µu .
Matrice compagnon
L’application linéaire définie par u(ei ) = ei+1 pour 1 ≤ i ≤ n − 1 et
n
X
u(en ) = − ai−1 ei ,
Remarque 7 - 8 i=1
où (ei )1≤i≤n est une base de E, admet X n +an−1 X n−1 +· · ·+a0 comme polynôme
minimal et on a donc χu = πu .
On peut interpréter les résultats sur les suites récurrentes linéaires et les équa-
tions différentielles linéaires à coefficients constants avec cette application linéaire.
Stabilité
Propriétés 7 - 3
1. Pour tout scalaire λ, Ker(u − λIdE ) est stable par tout élément de K[u].
2. Pour tous polynômes P et Q dans K[X], Ker(P (u)) et Im(P (u)) sont Q(u)-
stables.
4 Décomposition spectrale
Démonstration. En effet on a déjà vu que toute valeur propre est racine de tout
polynôme annulateur, et donc en particulier de πu . Soit maintenant λ une racine de
πu , de sorte qu’on dispose de P dans K[X] tel que πu = (X − λ)P et donc aussi
0 = (u − λIdE ) ◦ P (u). Si λ n’était pas valeur propre de u, u − λIdE serait bijective,
donc inversible, et on aurait P (u) = 0, ce qui serait contradictoire avec la minimalité
de πu .
Pour la seconde propriété si P est premier à πu on dispose d’une relation de Bé-
zout, i.e. de A et B dans K[X] tels que AP + Bπu = 1 et donc A(u)P (u) = IdE
puisque πu (u) = 0. Il en résulte que P (u) est bijectif, d’inverse A(u). Réciproquement
si R = P ∧ πu , comme R | P , on dispose de Q dans K[X] tel que P = QR et donc
P (u) = Q(u) ◦ R(u). Comme P (u) est bijectif donc injectif, R(u) est injectif et donc bi-
jectif. Soit alors T dans K[X] tel que πu = T R. Puisque R(u) est bijectif et πu (u) = 0,
on a T (u) = 0. Par minimalité, deg(T ) = deg(πu ), donc R ∈ K[X]× , i.e. P et πu sont
premiers entre eux. □
Il en résulte χu|F | χu , i.e. on dispose de P dans K[X] tel que χu = P χu|F , d’où
χu (u) = P (u) ◦ χu|F (u) et donc il suffit de montrer χu|F (u|F )(x) = 0.
Il en résulte également Ker(φu|F ) = Ker(φu,x ) et donc πu|F est le générateur uni-
taire de Ker(φu,x ). Donc, d’après le théorème du rang et en notant p le degré de πu|F ,
on a
F = Im(φu,x ) ≃ Kp−1 [X] ,
l’isomorphisme étant induit par φu,x . Il en résulte que F est de dimension p et qu’une
p−1
X
base en est donnée par (x, u(x), · · · , up−1 (x)). En notant πu|F = X p + ak X k ,
k=0
avec (ak )0≤k≤p−1 ∈ Kp . La matrice de u|F dans la base (x, u(x), · · · , up−1 (x)) est la
compagnon
0 −a0
..
1 . −a1
.. ..
. 0 .
1 −ap−1
et il en résulte χu|F = πu|F . On en déduit χu|F (u|F ) = 0 et le théorème de Cayley-
Hamilton s’ensuit. □
Démonstration. Afin de dégager les idées, étudions le cas d’une famille de deux
polynômes, i.e. on se donne P et Q deux polynômes premiers entre eux. On dispose
alors de (A, B) un couple de polynômes dans K[X] tels que AP + BQ = 1, par relation
de Bézout. En prenant l’image par φu , il vient, pour tout vecteur x de E,
et par conséquent
P (u)(x) = Q(u)(x) = 0 =⇒ x = 0 ,
i.e. Ker(P (u)) et Ker(Q(u)) sont en somme directe. Par ailleurs P | P Q et donc
Ker(P (u)) ⊂ Ker(P Q(u)) et, de même, Ker(Q(u)) ⊂ Ker(P Q(u)), donc
et donc A(u) (P (u)(x)) ∈ Ker(Q(u)). Il vient de même B(u) (Q(u)(x)) ∈ Ker(P (u)).
L’écriture x = A(u) (P (u)(x)) + B(u) (Q(u)(x)) permet alors de conclure
Comme la famille (Qi )i∈I est une famille de polynômes premiers entre eux dans leur
ensemble on dispose, d’après leXthéorème de Bézout, de (Ri )i∈I , d’une famille de
polynômes dans K[X] telle que Ri Qi = 1. Pour x dans E, il vient
i∈I
X
x= Ri (u) (Qi (u)(x)) .
i∈I
Or, pour x dans Ker(P (u)), on a Pi (u)(Ri Qi (u)(x)) = 0 et donc l’écriture précédente
montre
X
Ker(Pi (u)) = Ker(P (u)) .
i∈I
La démonstration donne même bien plus puisqu’on peut en déduire une ex-
pression du projecteur sur chacun des composants de la somme directe : sur
Ker(P (u)), le projecteur sur Ker(Pi (u)) parallèlement à ⊕j̸=i Ker(Pj (u)) est un
Pour aller plus loin polynôme en u, à savoir Ri Qi (u) :
⊕ Ker(P (u))
j̸=i
pKer(P i (u))
j
= (Ri Qi )(u) .
On a bien ramené l’étude de u à des sous-espaces sur lesquels u admet comme poly-
nôme annulateur un polynôme primaire, i.e. une puissance d’un polynôme irréductible.
et cette décomposition est une décomposition en somme directe d’espaces sur lesquels
u et v agissent comme des homothéties. D’où l’existence d’une base propre à la fois
pour u et pour v. □
1 2 3
Si A = , alors χA est simplement scindé à racines égales à 1, 2 et
Exemple 7 - 6 0 2 3
0 0 3
3, donc A est diagonalisable et semblable à diag(1, 2, 3), et πA = χA .
1 1 1
Si A = , alors A = 3A donc A est annulé par le polynôme
2
1 1 1
Exemple 7 - 7
1 1 1
simplement scindé X 2 − 3X et est diagonalisable. On a en fait πA = X(X − 3),
χA = X 2 (X − 3) et A est semblable à diag(0, 0, 3).
5 Sous-espaces caractéristiques
Critère de trigonalisation
Théorème 7 - 9 L’endomorphisme u est trigonalisable si et seulement s’il est annulé par un
polynôme scindé ou encore si et seulement si πu est scindé.
On note Eu,λi ,mi = Ker((u−λi IdE )mi ), appelé sous-espace caractéristique. On a alors,
en vertu du théorème de décomposition des noyaux,
Sous-espaces caractéristiques
Si E est de dimension finie et χu est scindé sur K, alors pour λ dans Sp(u),
Théorème 7 - 10 le sous-espace caractéristique associé à u et λ est égal Ker((u − λIdE )α ) et est de
dimension m, où α et m sont les multiplicités respectives de λ dans les polynômes
minimal et caractéristique.
Forme de Jordan
Si E est de dimension finie et χu est scindé sur K, alors il existe une base
Proposition 7 - 6 de E relativement à laquelle la matrice de u est diagonale par blocs, chaque bloc
diagonal étant triangulaire et à termes diagonaux égaux. Ces termes diagonaux
sont les valeurs propres de u.
6 Rappels
On définit K[X] comme l’ensemble K(N) des suites presque nulles à valeurs dans
K. C’est un anneau pour l’addition terme à terme et la multiplication définie par
k
X
(ai )i∈N (bj )j∈N = (ck )k∈N où ∀k ∈ N , ck = ai bk−i .
i=0
On note X la suite nulle à l’exception de son terme d’ordre 1 égal à 1, i.e. X = (δi,1 )i∈N .
On a alors X n = (δi,n )i∈N .
Tout élément P dans K[X] s’écrit sous la forme P = i∈N ai X i . Son degré, noté
P
deg(P ), est la quantité entière naturelle ou égale à −∞ définie par
deg(P ) = sup {i ∈ N | ai ̸= 0} ,
le supremum étant égal à −∞ si l’ensemble précédent est vide, i.e. si P = 0.
Lorsque P n’est pas nul, son coefficient de plus haut degré, i.e. adeg(P ) , est appelé
coefficient dominant de P et on dit que P est unitaire (ou normalisé) quand ce
coefficient est égal à 1.
Pour P et Q dans K[X], on a
1. deg(P Q) = deg(P ) + deg(Q),
2. deg(P + Q) ≤ max(deg(P ), deg(Q)) avec égalité si deg(P ) ̸= deg(Q).
L’anneau K[X] est commutatif et intègre. Ses éléments inversibles sont les poly-
nômes constants non nuls.
X
Soit P dans K[X] avec P = ai X i . Le morphisme de substitution x 7→
X i
ai x est un morphisme d’anneaux appelé spécialisation en x. La fonction,
i
Définition 7 - 7 i
définie sur K, est appelée fonction polynôme associée à P . On la note Pe.
On appelle zéro de Pe un élément x de K tel que Pe(x) = 0.
On appelle racine de P un élément a de K tel que (X − a) | P .
Relations de Viète
n
X
Si P est un polynôme non constant, noté P = ak X k et si (xi )1≤i≤n sont
k=0
Théorème 7 - 13 ses racines (complexes) éventuellement confondues, on a
X an−k
xi1 . . . xik = (−1)k .
an
1≤i1 <···<ik ≤n
Irréductibles de C[X]
Les polynômes irréductibles de C[X] sont les polynômes de degré 1.
Soit P dans C[X] de degré n avec n ≥ 1. Il admet une écriture (unique à
l’ordre des facteurs près) de la forme
k
Théorème 7 - 15 Y
P =α (X − ai )ni
i=1
où k ∈ N∗ , (ai )1≤i≤k des nombres complexes distincts deux à deux, (ni )1≤i≤k
des entiers naturels non nuls de somme n et α un nombre complexe non nul. De
plus α est le coefficient dominant de P .
Irréductibles de R[X]
Dans R[X] les polynômes irréductibles sont les polynômes de degré 1 ainsi
que les polynômes de degré 2 sans racine réelle, i.e. de la forme a(X − u)(X − u)
avec a réel non nul et u complexe non réel, ou encore de la forme aX 2 + bX + c
avec a, b et c réels vérifiant b2 < 4ac.
Soit P dans R[X] de degré n avec n ≥ 1. Il admet une écriture (unique à
l’ordre des facteurs près) de la forme
k ℓ
Théorème 7 - 16 Y Y
P =α (X − ai )ni (X 2 + bj X + cj )mj
i=1 j=1
où (k, ℓ) ∈ N2 avec (k, ℓ) ̸= (0, 0), (ai )1≤i≤k des nombres réels distincts deux à
deux, ((bj , cj ))1≤j≤ℓ des couples distincts deux à deux de réels vérifiant b2j < 4cj ,
Xk Xℓ
(ni )1≤i≤k et (mj )1≤j≤ℓ des entiers naturels non nuls vérifiant ai +2 bj = n,
i=1 j=1
et α un nombre réel non nul. De plus α est le coefficient dominant de P .
Schéma de Horner
La formule de Taylor peut se calculer rapidement grâce au schéma de
William George Horner (1786-1837), n’utilisant que des multiplications simples
et des additions. En voici une illustration pour calculer P (a + X) avec a = 2 et
a X3 X2 X 1
2 1 0 -2 -5
+ 2 4 4
×a 1 2 2 -1
Proposition 7 - 7 + 2 8
P = X 3 − 2X − 5 :
×a 1 4 10
+ 2
×a 1 6
+
1
Le résultat de la multiplication par 2 est écrit dans la case en diagonale vers
le haut et la droite par rapport au terme de départ. On lit 1, 6, 10, −1, i.e.
P (2 + X) = X 3 + 6X 2 + 10X − 1.
7 Compléments
7 1 Facteurs irréductibles de πu et χu
Lorsque K = C un facteur irréductible unitaire est de la forme X − λ et donc
les polynômes πu et χu ont mêmes facteurs irréductibles si et seulement ils ont même
racines, ce qui est une propriété élémentaire. C’est argument pourrait s’étendre à un
corps quelconque en étudiant le spectre dans C.
Soit (xk )0≤k≤n ∈ Kn+1 une famille de scalaires tous distincts. On introduit l’ap-
plication linéaire u de K[X] dans Kn+1 donnée par l’évaluation simultanée en les xk ,
i.e. u(P ) = (P (xk ))0≤k≤n . Par définition d’un produit cartésien
n
\
Ker(u) = Ker(pk ◦ u) .
k=0
j̸=k (X − xj )
Q
Lk = Q .
j̸=k (xk − xj )
X
Si u est diagonalisable, on peut l’écrire sous la forme u = λi πi où (πi ) est une
X i
famille de projecteurs. De plus on a uk = λki πi pour k dans N.
i
p
X
Réciproquement si on a une écriture de la forme u = λi πi telle que, pour tout
i=1
p
X
k dans J0; pK, uk = λki πi , alors u est diagonalisable et les (πi ) sont les projecteurs
i=1
p
X
sur les espaces propres. En effet sous les hypothèses précédentes, P (u) = P (λi )πi ,
i=1
p
Y
pour P polynôme de degré inférieur à p. En particulier pour P = (X − λi ), on a
i=1
P (u) = 0 et donc u est diagonalisable puisque P est un polynôme simplement scindé
annulateur de u.
Soit (Li ) les polynômes de Lagrange tels que Li (λj ) = δij . On a donc πi = Li (u).
Comme L2i (λj ) = Li (λj ), il vient
Pπi = πi et comme P
2
Li Lj (λk ) = 0 si i ̸= j, il vient
πi πj = 0 si i ̸= j. Enfin puisque j Lj (λi ) = 1, on a j πj = Id et (πi ) est donc une
famille de projecteurs telle que E = ⊕i Im(πi ).
7 3 Décomposition de Jordan-Chevalley
On reprend l’étude d’une forme de Jordan pour la matrice de u relativement à une
base obtenue par concaténation de bases bien choisies des sous-espaces caractéristiques.
On définit d comme l’endomorphisme associé à la diagonale de cette matrice, i.e.
comme égal à λId sur le sous-espace caractéristique Eu,λ,α et n = u − d. Alors n est
nilpotent, d est diagonalisable et [d, n] = 0. L’écriture u = d + n avec les conditions
précédentes est appelée décomposition de Dunford ou, plus judicieusement, décom-
position de Jordan-Chevalley puisqu’elle a été obtenue par Camille Jordan dans
son traité de 1870 sur les substitutions, et généralisée par Claude Chevalley dans sa
théorie des groupes de Lie en 1951.
La décomposition comme somme d’un endomorphisme diagonalisable et d’un en-
domorphisme nilpotent commutants entre eux est unique.
On peut également remarquer que d et n sont des polynômes en u : si on note
Pi = (X − λi )mi et Qi = j̸=i Pj , alors les (Qi ) sont premiers entre eux dans leur
Q
7 4 Équations polynomiales
Dans le domaine des équations polynomiales en nombres entiers, rationnels, réels
ou complexes, on a longtemps cherché des solutions données par des formules n’auto-
risant que les quatre opérations élémentaires et la prise de radicaux. Si l’équation du
deuxième degré est facilement résolue, il n’en est pas de même pour les équations de
degré supérieur. C’est Gerolamo Cardano (1501-1576) qui publie une solution pour
le degré trois dans son Ars magna sive de regulis algebraicis, solution empruntée à
Nicolo Tartaglia (1499-1557) et probablement connue de Scipio del Ferro (1465-
1526). Comme on le comprendra plus tard, il est obligé de sortir du champ réel même
(et surtout) pour résoudre les équations à coefficients réels et trois racines réelles.
Puis c’est son disciple, Ludivico Ferrari (1522-1565) qui obtient la solution du degré
quatre. Il faut attendre Niels Henrik Abel (1802-1829) pour que naisse la notion de
nombre algébrique et que l’impossibilité de résolution par radicaux des équations de
degré supérieur à cinq soit démontrée. C’est Évariste Galois qui donnera le critère
général de résolubilité des équations par radicaux. La théorie de Galois est au cœur
des recherches mathématiques actuelles (géométrie algébrique, travaux d’Alexander
Grothendieck, programme de Robert P. Langlands etc.).
Mais tout ceci ne résout pas tout. En effet, numériquement, encore faut-il savoir
extraire des radicaux et, surtout, ce n’est pas nécessairement la meilleure méthode,
notamment pour les équations de degré au moins cinq, comme on vient de le sou-
ligner. Le premier problème numérique est d’isoler les racines. Si la méthode de di-
chotomie marche très bien pour les polynômes, il en existe d’autres plus spécifiques
inventées par René Descartes (La géométrie 1638), Isaac Newton (L’aritmétique
universelle 1685), Michel Rolle (1652-1719), James Stirling (1692-1770), Joseph
Fourier (1768-1830), Augustin-Louis Cauchy (1789-1857), Charles Sturm (1803-
Méthode de Lagrange
Si P est un polynôme à coefficients réels et à racines simples (xi )1≤i≤n, il existe
un polynôme unitaire Q dont les racines sont les nombres (xi − xj )2 1≤i<j≤n .
Algorithme 7 - 1 Si δ est un majorant des racines de X n(n−1)/2 Q(1/X) (obtenu avec l’une des
bornes précédentes par exemples), alors les racines de P sont espacées d’au moins
δ −1/2 . Ceci permet de donner un critère de terminaison pour des algorithmes de
recherche de racines.
Sommes de Newton
n
X
Les polynômes (en n variables) Σk donnés par Σk = Xik sont appelés
i=1
sommes de Newton. Tout polynôme symétrique est également un polynôme en
les Σk .
Pour aller plus loin On peut montrer les identités de Girard (obtenues par Albert Girard en
1629 et par Isaac Newton en 1666) :
k
X k
X
kσk + (−1)i σk−i Σi = 0 et kan−k + an−k+i Σi = 0 .
i=1 i=1
Pour être plus précis et obtenir un majorant ou le nombre exact de racines d’un po-
lynôme sur un intervalle donné on peut adapter les idées de Descartes. On construit
divers suites associées à un polynôme et dépendant d’un réel x.
Fourier-Budan On considère la suite des dérivées (P (x), P ′ (x), . . . , P (n) (x)).
Sturm Soit (Pk )0≤k≤n la suite de polynômes définie par P0 = P , P1 = −P ′ et, pour
1 ≤ k ≤ n − 1, Pk+1 est l’opposé du reste dans la division euclidienne de Pk−1
par Pk . On note m le plus grand indice tel que Pm ne soit pas le polynôme nul,
Qk le polynôme Pk /Pm pour k ≤ m. On considère alors la suite (Qk (x))0≤k≤m .
On appelle nombre de changements de signes d’une suite (uk )0≤k≤n , le nombre de ses
changements de signe sans tenir compte des termes nuls, i.e.
Card {k ∈ J0; n − 1K | ∃ℓ ∈ Jk + 1; nK uk uℓ < 0 et uk+1 = · · · = uℓ−1 = 0} .
Soit alors vx (P ) et wx (P ) le nombre de variations de signes respectifs des suites pré-
cédentes.
Fourier-Budan
Soit I = [ a; b ] un intervalle de R. Si a et b ne sont pas racines de P , le nombre
Théorème 7 - 19
de racines (comptées avec multiplicité) de P dans I est majoré par va (P ) − vb (P ),
et a même parité. Si de plus P n’a que des racines réelles, il y a en fait égalité.
Sturm
Théorème 7 - 20 Soit I = [ a; b [ un intervalle de R. Le nombre de racines (comptées sans
multiplicité) de P dans I est égal à wb (P ) − wa (P ).
Isaac Newton a énoncé en 1707 une règle plus précise que celle de Des-
cartes, mettant en jeu la suite αk2 − αk+1 αk−1 , où ak = nk αk . Par exemple
avec 2X 4 − 13X 2 + 10X − 49 la règle de Descartes donne au plus trois racines
positives et au plus une racine négative (et donc exactement une puisque le po-
lynôme est pair et négatif en 0). Newton écrit les suites (−49, 5/2, −13/6, 0, 2)
Pour aller plus loin
et (2401, −1199/12, 169/36, 13/3, 4) et en conclut qu’il y a au plus une racine po-
sitive et une racine négative. Il ne compte que les variations de la première suite
qui ne correspondent pas à une variation dans la seconde. Ainsi il ne retient que
la variation de signe entre −13/6 et 2. Cette règle a été démontrée en 1864 par
James Joseph Sylvester (1814-1897).
7 5 Valuations
Dans la décomposition
Y
A=a P vP (A)
P ∈I
l’entier vP (A) est appelé valuation P -adique de A. On peut étendre cette valuation
à K[X] en posant vP (0) = +∞.
On appelle valaution de A, notée val(A), la quantité définie par val(A) = vX (A).
C’est donc le plus petit indice parmi les coefficients non nuls de A. D’une façon générale
on a
vP (A) = max k ∈ N P k | A
.
Développement de Taylor
Si P est un polynôme unitaire du premier degré (donc nécessairement irré-
ductible), disons P = X − a, on peut écrire le développement de Taylor de A
au voisinage de a et obtenir
Remarque 7 - 16
X
A= ai P i
i∈N
et alors
valP (A) = inf {i ∈ N | ai ̸= 0} .
Développement en base P
L’écriture X
A= ai P i
i∈N
est une écriture « en base P » de A et peut être définie pour un polynôme non nul
Remarque 7 - 17 P quelconque : c’est une simple conséquence de la division euclidienne puisqu’on
a
A = B0 + P Q0 = B0 + P (B1 + P Q1 ) = · · · ,
i.e. A = i∈N Bi P i avec deg(Bi ) < deg(P ).
P
On a alors valP (A) = inf {i ∈ N | Bi ̸= 0}.
Valuation et PPCM/PGCD
Si A et B sont deux polynômes dans K[X], on a A | B ⇔ ∀P ∈ I, vP (A) ≤
vP (B). De plus
Y Y
Théorème 7 - 21 A∨B = P max(vP (A),vP (B)) et A ∧ B = P min(vP (A),vP (B)) .
P ∈I P ∈I
(c ≤ a et c ≤ b) ⇐⇒ c ≤ min(a, b) et (a ≤ c et b ≤ c) ⇔ max(a, b) ≤ c .
val(P ) = inf {i ∈ N | ai ̸= 0} ,
Exercices
Généralités 7 -4 Ⓢ ⋆ Polynômes de Bernstein
On note, pour 0 ≤ k ≤ n, Bn,k = nk X k (1 − X)n−k .
7 -1 Ⓢ ⋆
Soit P un polynôme dans R[X]. On note Bn (P ) le po-
Soit u l’endomorphisme de Kn [X] défini par u(P ) = n
k
X
P (1 − X), avec K un sous-corps de C. lynôme P Bn,k .
n
a. Calculer u2 . k=0
b. Déterminer une base (Pk ) échelonnée en degré de a. Montrer Bn (1) = 1 et en déduire que les Bn,k dé-
Kn [X] telle que pour tout entier k on ait u(Pk ) co- finissent des fonctions polynomiales de [ 0; 1 ] dans
linéaire à Pk . lui-même.
b. Soit, pour x dans [ 0; 1 ] , la fonction g sur [ 0; 1 ]
7 -2 Ⓢ ⋆ Polynômes de Lagrange n
X n k
donnée par g(t) = t (1 − x)n−k . Montrer
Pour n dans N, et x dans Cn+1 avec x = (x0 , . . . , xn ) k
k=0
où les xk sont des nombres complexes distincts, on pose g ′ (x) = n et en déduire, pour n > 0, Bn (X) = X.
pour k dans J0; nK,
c. En considérant g ′′ (x), montrer, pour n > 0,
Y X − xi X(1 − X)
Lk,x = . Bn (X 2 ) = X 2 + .
xk − xi n
0≤i≤n
i̸=k 7 -5 Ⓢ ⋆ Polynômes de Hilbert
On note ek l’application qui à P associe P (xk ). Pour n dans N, on pose
a. Montrer que (Lk,x )0≤k≤n est une base de Cn [X].
X X(X − 1) · · · (X − n + 1)
Que dire par rapport à Rn [X] et Qn [X] ? Tn = = .
n n!
b. Montrer que ek est une application linéaire sur
Cn [X]. Donner une base de son noyau. Si P est un polynôme (à coefficients dans un anneau
c. Déduire de la question précédente que, pour tout P quelconque), on note ∆(P ) = P (X + 1) − P .
n
X a. Montrer que (Tn )n∈N est une base de Q[X]. Que
dans Cn [X] on a P = ek (P )Lk,x . dire par rapport à R[X] et C[X] ?
k=0
b. Montrer que ∆ est une application linéaire sur Q[X].
d. Soit K un sous-corps de C et P dans C[X]. Montrer En préciser le noyau.
P (K) ⊂ K ⇐⇒ P ∈ K[X].
c. Montrer que pour tout n dans N∗ on a ∆(Tn ) =
7 -3 Ⓢ ⋆ Polynômes de Bernoulli Tn−1 et en déduire que ∆ est surjective.
On définit une suite de polynômes Bn par les condi- d. Déduire de la question précédente que, pour tout P
+∞
tions : B0 = 1 et pour n ≥ 1, Bn′ = nBn−1 et
X
Z 1 dans Q[X] on a P = ∆n (P )(0)Tn où ∆n est la
Bn (t) dt = 0. On note bn = Bn (0) (nombre de Jakob k=0
0 composée de ∆ n fois avec lui-même.
Bernoulli).
7 -6 Ⓢ M 2017 ⋆⋆ ♥
a. Montrer que ces formules définissent effectivement
une suite de polynômes, qu’ils sont unitaires avec a. Soit A et B dans Mn (K) avec B la matrice dont
deg(Bn ) = n et qu’on a, pour n ≥ 2, Bn (0) = Bn (1). tous les éléments sont égaux à 1. Soit f l’application
b. Montrer, pour tout entier n, Bn (1 − X) = (−1)n Bn de K dans lui-même définie par f (x) = det(A+xB).
et en déduire que bn est nul si n est impair supérieur Démontrer que f est affine.
à 3. On pourra démontrer et utiliser l’unicité de la b. Calculer, pour λ1 , . . . , λn , a, b réels, le déterminant
suite (Bn ). d’ordre n
c. Montrer, pour tout entier n,
λ1 a ··· a
X 1+X
Bn = 2 n−1
Bn + Bn .. ..
2 2 b λ2 . .
Dn = .. .
.. ..
et en déduire que pour n impair Bn (1/2) = 0 et pour . . . a
n pair Bn (1/2) = (21−n − 1)bn . b ··· b λn
∀(u, v) ∈ [ 0; 1 ] 2 |u − v| < η =⇒ |f (u) − f (v)| < ε . c. Avec les notations précédentes, démontrer qu’il
existe un polynôme Ri dans R[X] tel que P ′ = (X −
Par théorème de Weierstrass dit des bornes (at- xi )ni −1 (X−xi+1 )ni+1 −1 Ri avec Ri (xi )Ri (xi+1 ) < 0.
teintes), on dispose de M = max |f | et on choisit n non d. En déduire, toujours sans utiliser le théorème de
[ 0;1 ]
2M Bolzano, qu’il existe c dans ] xi ; xi+1 [ tel que
nul supérieur à . Soit alors x dans [ 0; 1 ] . P ′ (c) = 0.
εη 2
a. On pose Px = Bn ((X −x)2 ). En utilisant l’exercice 7
X(1 − X) 7 - 12 Ⓢ ⋆⋆ Jeu de Passe-dix
- 4 montrer Px = (X −x)2 + et en déduire
n
1
|Px (x)| ≤ . a. Soit p un entier supérieur
à 3 et Tn le polynôme de
4n
Hilbert, i.e. Tn = X . Démontrer
b. Montrer Pn − f (x) = Bn (f − f (x)) et, en évaluant n
0≤k≤n
| nk −x|≥η b. Quelle est la probabilité que la somme des faces d’un
lancer de trois dés soit supérieure à 10 ?
1
c. En déduire |Pn (x) − f (x)| ≤ ε + 2M |Px (x)| et
η2 Indication : On pourra considérer le polynôme (X +X 2 +
conclure sup[ 0;1 ] |Pn − f | ≤ 2ε. · · · + X 6 )3 .
7 - 13 Ⓢ ⋆
7 - 21 Ⓢ C 2015 ⋆⋆ Transformée de Fourier
Trouver tous les polynômes P de R[X] tels que
P (X 2 ) = P (X)P (X + 1). Soit n ≥ 1 et ω = exp(2iπ/n). Pour P dans C[X],
on définit
7 - 14 Ⓢ ⋆
n−1 n−1
⌣
Le polynôme X 4 − 14X 2 + 1 est-il irréductible dans
X X
F(P ) = P (ω k )X k et F(P ) = P (ω −k )X k .
l’anneau Q[X] ? k=0 k=0
7 - 15 Ⓢ Magistère 2017 ⋆ ⌣
Montrer que X 3 +X +1 n’a pas de racine rationnelle — pour tout z dans Un , on ait |P (z)| ≤ 1 ;
et en déduire qu’il est irréductible dans l’anneau Q[X].
— il existe une racine de P dans Un .
7 - 18 Ⓢ ⋆⋆ Montrer que X n − 1 divise P .
Trouver tous les entiers naturels non nuls n tels que
1 − X + X 2 − X 3 + X 4 divise 1 − X n + X 2n − X 3n + X 4n 7 - 22 Ⓢ ⋆⋆⋆ Polynômes hyperboliques
dans C[X].
On appelle polynôme hyperbolique un polynôme à
7 - 19 Ⓢ ⋆⋆ Fonctions symétriques élémen- coefficients réels dont toutes les racines sont réelles. Dans
taires la suite on note P et Q deux tels polynômes. On écrit
n
Soit n un entier supérieur à 2 et x1 , x2 , . . ., xn des
X
P = ak X k avec n = deg(P ) ≥ 1.
nombres entiers. On note σ1 , σ2 , . . ., σn leurs fonctions k=0
symétriques élémentaires, i.e.
n
X
a. Montrer que ak Q(k) est hyperbolique.
X X Y
σk = xi1 xi2 · · · xik = xi .
k=0
1≤i1 <i2 <...<ik ≤n I⊂J1;nK i∈I
Card(I)=k
b. On suppose de plus que Q n’a pas de racine dans
n
a. Montrer que, pour tout i, xn i appartient à l’idéal
X
l’intervalle [ 0; n ] . Montrer que ak Q(k)X k est
engendré par les σk et en déduire que tout nombre k=0
premier divisant tous les σk divise également tous hyperbolique.
les xi .
b. En déduire ∧n Indication : Traiter le cas n = 1 et en déduire le cas
i=1 xi = 1 ⇐⇒ ∧k=1 σk = 1.
n
général par itération.
c. Soit k un entier compris entre 1 et n et p un nombre
premier. Montrer que p divise au moins k des entiers
7 - 23 Ⓢ ⋆⋆⋆ Théorème de Fermat – Poly-
(xi )1≤i≤n si et seulement si p divise σn , σn−1 , . . .,
σn−k+1 , et retrouver le résultat précédent. nômes
7 - 20 Ⓢ X 2015 ⋆⋆ Polynômes entiers a. Soit A, B et C dans C[X] premiers entre eux dans
Soit Zn l’ensemble des zéros des polynômes unitaires leur ensemble, non constants, et vérifiant A+B = C.
de degré n, à coefficients entiers dont toutes les racines Montrer que le nombre total de leurs racines (comp-
sont de module au plus égal à 1. tées sans multiplicités) est strictement supérieur au
plus grand de leurs degrés.
a. Montrer que Zn est fini.
b. Montrer que, si α appartient à Zn , alors, pour tout b. Soit maintenant n un entier supérieur à 3. Montrer
entier k, αk aussi. qu’il n’existe aucun triplet de polynômes (A, B, C)
de C[X], non proportionnels, satisfaisant à An +
c. Qu’en déduit on ?
Bn = C n.
e. Justifier le calcul suivant : log(63, 37) ≃ 1+0, 3010+ 0 = b0 < b1 < · · · < bn et les ak des réels tous non
0, 4771 + 0, 0234 ≃ 1, 801. nuls. On note V (P ) le nombre de variations de signes
f. Donner une approximation de log(183, 1) et de des coefficients de P . Autrement dit
log(2783) par cette méthode.
V (P ) = Card {k ∈ J1; nK | ak ak−1 < 0} .
7 - 33 Ⓢ ⋆⋆ Minoration des racines
On note n+ (P ) le nombre de racines réelles (comptées
À partir des bornes de Lagrange ou de Cauchy, avec multiplicité) strictement positives de P .
donner une minoration de la valeur absolue des racines
d’un polynôme de valuation nulle. a. Soit a dans N et Q dans R[X]. Démontrer
V (X a Q) = V (Q).
7 - 34 Ⓢ ⋆⋆ Homogénéisation des bornes b. Soit Q un polynôme sans racine dans R+ . Démon-
Soit P dans C[X] non nul et non nécessairement uni- trer que V (Q) est pair.
taire et z une racine de P . ! c. Démontrer V (P ) + V (P (−X)) ≤ deg(P ).
X |ak | d. Soit R dans R[X]. Justifier que l’on peut écrire
a. Montrer |z| ≤ max 1, et |z| ≤ 1 +
|an | p
X
0≤k≤n−1
|ak | R = r (−1)k Rk avec r le coefficient dominant
max . k=0
0≤k≤n−1 |an |
de R, V (R) = p et des polynômes (Rk ) à coeffi-
b. En déduire cients positifs de degrés dk et valuations vk vérifiant
v0 > d1 ≥ v1 > · · · > dp ≥ vp .
!
X |ak | k−n+1
|z| ≤ min max s, s e. Soit R dans R[X] et α dans R+ ∗
. Démontrer V ((X −
s>0 |an |
0≤k≤n−1 α)R) ≥ V (R) + 1 et plus précisément que la diffé-
et rence entre ces deux quantités est paire.
f. En déduire que V (P ) − n+ (P ) est un entier naturel
|ak | k−n+1
|z| ≤ min s + max s . pair.
s>0 0≤k≤n−1 |an |
g. Démontrer qu’on a n+ (P ) = V (P ) si P est scindé
7 - 35 Ⓢ ⋆⋆ Borne de Zassenhauss sur R.
n
X 7 - 38 Ⓢ ⋆⋆⋆ †
Soit P dans C[X] non constant, avec P = ak X k
k=0
On cherche à factoriser, pour a, b et c dans K, le
et an ̸= 0, et z une racine de P . Montrer polynôme P donné par
1
ak n−k
|z| ≤ 2 max . X a b c
0≤k≤n−1 an
a X b c
P = .
7 - 36 Ⓢ ⋆⋆ Borne de Cauchy b c X a
Soit P un polynôme à coefficients complexes, uni- c b a X
n
X
taire et valuation nulle, donné par P = ak X , et z
k
a. Montrer que a et −(a + b + c) sont racines de P .
k=0
une racine complexe de P . On considère Q le polynôme b. Factoriser P par (X −a)(X +a+b+c) par opérations
n−1
X élémentaires.
donné par Q = X n − |ak | X k .
c. Conclure.
k=0
a. Montrer que Q admet une unique racine strictement 7 - 39 Ⓢ M 2017 ⋆⋆⋆ Déterminant de Vander-
positive. On la note ρ. monde à trous
b. Montrer |z| ≤ ρ.
Soit (λi )1≤i≤n des réels tous distincts.
c. En déduire les bornes de Lagrange et Cauchy. (En
fait la borne donnée par Cauchy est ρ.) 1 1 ··· 1
k=0 λn
1 λn
2 ··· λn
n
b. Plus généralement soit (ki )1≤i≤n des entiers naturels d. En déduire que si c n’est pas un zéro de P , on a
tels que k1 < k2 < · · · < kn . On suppose 0 < λ1 <
lim vx (P ) − lim vx (P ) ≥ 0 .
λk1 1 λk2 1 ··· λkn1 x→c,x<c x→c,x>c
et (a − c)2 sont les racines (éventuellement confondues) a. Soit φ = Id − λd avec λ ∈ C. Montrer que φ
du polynôme X 3 + 6pX 2 + 9p2 X + 4p3 + 27q 2 . est inversible et déterminer φ−1 à l’aide des puis-
En déduire le nombre de racines réelles de X 3 −3X + sances de d. On pourra commencer par remarquer
r lorsque r est un réel positif, et préciser leurs signes. Id = Id − λn+1 dn+1 .
b. Soit λ1 , λ2 , . . . , λp des nombres complexes deux à
7 - 45 Ⓢ ⋆⋆⋆ Résolution de l’équation de degré p
Y
4 deux distincts. On pose ψ = (Id − λi d). Mon-
k=1
a. Méthode de Ludovico Ferrari. On étudie X 4 + trer que ψ est inversible et déterminer son inverse
2aX 2 = bX + c. Montrer que l’ensemble des y tels à l’aide des puissances de d. On pourra commencer
que l’équation se ramène à (X 2 +a+y)2 = (αX+β)2 , par utiliser une décomposition en éléments simples.
pour certains α et β, forment les solutions d’une
équation de degré 3. En déduire une méthode pour 7 - 51 Ⓢ M 2012 ⋆ Racines réelles
résoudre les équations de degré 4.
Soit A dans Mn (R) tel que A3 = A + In . Montrer
b. Méthode de Leonhard Euler. On étudie X +aX + 4 2
det(A) > 0.
bX +c. Montrer que l’ensemble des u tels que l’équa-
tion se ramène à (X 2 + ux + α)(X 2 − uX + β), pour 7 - 52 Ⓢ M 2016 ⋆ Diagonalisabilité
certains α et β, forment les solutions d’une équation
Soit A dans Mn (R) tel que A3 + A = In . Est-ce que
de degré 3. En déduire une méthode pour résoudre
A est diagonalisable sur C ? sur R ?
les équations de degré 4.
7 - 53 Ⓢ ⋆ Racine simple
7 - 46 Ⓢ M 2019 ⋆⋆⋆ Polynômes surjectifs
Soit E un K-espace vectoriel et u dans L (E) annulé
Déterminer tous les polynômes P dans C[X] véri- par un polynôme ayant 0 comme racine simple. Montrer
fiant E = Ker(u) ⊕ Im(u).
a. P (C) = C.
7 - 54 Ⓢ ⋆ Racine simple
b. P (R) = R.
Soit u dans L (E) admettant πu comme polynôme
c. P (U) = U où U = {z ∈ C | |z| = 1}.
minimal et λ dans K. Montrer que les deux propriétés
d. P (Q) = Q. suivantes sont équivalentes :
1. E = Ker(u − λIdE ) ⊕ Im(u − λIdE )
Polynômes d’endomorphismes
2. λ n’est pas racine multiple de πu .
7 - 47 Ⓢ X 1988 ⋆ Puissances d’une matrice
7 - 55 Ⓢ ⋆⋆ Critère de diagonalisabilité
2 1 ··· 1 Soit f dans L (E), avec E un K-espace vectoriel de
1 .. .. dimension finie. Établir l’équivalence des deux propriétés
2 . . suivantes :
Soit M dans Mn (R), avec M =
..
.
.. ..
1
. . . 1. f est diagonalisable
1 ··· 1 2 2. χf est scindé et tout sous-espace stable admet un
Calculer M k pour k ∈ Z. supplémentaire stable.
7 - 48 Ⓢ ⋆ ∆ ♥ 7 - 56 Ⓢ ⋆⋆ Comatrice
7 - 49 Ⓢ ⋆ 7 - 57 Ⓢ ⋆⋆ Puissances entières †
Soit A ∈ Mn (R). Montrer que le polynôme minimal Soit P un polynôme unitaire à coefficients entiers et
n
de A est le même qu’on la considère comme élément de Y
Mn (R) ou de Mn (C). (λi )1≤i≤n des complexes tels que P = (X − λi ).
i=1
n
7 - 50 Ⓢ ⋆⋆ Opérateurs différentiels Y
Montrer que (X − λki ) est à coefficients entiers,
Soit E l’espace vectoriel Cn [X] des polynômes à co- i=1
efficients complexes de degré inférieur ou égal à n. On pour tout entier naturel k.
désigne par Id l’identité de E et par d l’opérateur de Indication : on pourra considérer la matrice compa-
dérivation. gnon associée à P .
Compléments b. Soit P dans Z[X] avec P (0) impair et soit α une ra-
cine réelle de P . Montrer que α n’est pas une puis-
7 - 68 Ⓢ ⋆ Lemme de Gauss sance rationnelle positive de 2, i.e. ln(α)/ ln(2) ̸∈
Q∗+ .
a. Soit P dans Z[X]. On appelle contenu de P , noté Indication : on pourra se ramener au cas où α = 21/q
c(P ), le pgcd de ses coefficients. Démontrer que pour et P est de degré strictement inférieur à q.
P et Q dans Z[X], on a c(P Q) = c(P )c(Q).
b. Soit P dans Q[X], non nul. Démontrer qu’il existe 7 - 74 Ⓢ ⋆⋆⋆ Théorème de Dirichlet
un unique polynôme Q dans Z[X] et un unique ra- a. Soit n dans N∗ et Φn le polynôme unitaire de C[X]
tionnel a tels que P = aQ et c(Q) = 1. En notant dont les racines (simples) sont les racines primitives
a = c(P ), démontrer que c est multiplicative. ne de l’unité. Montrer Φn ∈ Z[X].
c. Soit P dans Z[X], non constant. On dit que P est b. On se donne p premier, m naturel non multiple de p
primitif si c(P ) = 1. Démontrer que P est irréduc- et a un entier naturel tel que p divise Φm (a). Mon-
tible dans Z[X] si et seulement s’il l’est dans Q[X] trer que p ne divise pas a et que m est le plus petit
et s’il est primitif. entier naturel non nul tel que am ≡ 1 (mod p).
c. Que dire des nombres premiers p appartenant à la
7 - 69 Ⓢ ⋆⋆ ♠
progression arithmétique de raison m et de terme
On pose A = Z[X] et I = {P ∈ A | 3 | P (0)}. Mon- initial 1 ? (On pourra démontrer ou utiliser le résul-
trer que I est un idéal de A mais qu’il n’est pas principal, tat de l’exercice 7 - 70.)
i.e. I n’est pas de la forme xA avec x dans A.
7 - 75 Ⓢ ⋆⋆⋆ Décomposition dans Z[X]
7 - 70 Ⓢ X 2011 ⋆⋆ Polynômes et diviseurs Soit P dans Z[X]. Montrer que si P est non nul, il
Soit P dans Z[X] non constant. Montrer que l’en- peut s’écrire sous la forme
semble des nombres premiers p tels qu’il existe n dans
P = ±pk1 1 · · · pkr r An ns
1 · · · As
1
Z vérifiant P (n) ̸= 0 et p divise P (n), est infini.
1 où les pi sont des nombres premiers distincts, Ai des
Indication : considérer P (a + bmX) pour a, b et m
b polynômes dans Z[X] irréductibles non constants et dis-
bien choisis. tincts, ki et ni des entiers naturels non nuls, r et s des
7 - 71 Ⓢ ⋆⋆ Cristère d’Eisenstein entiers naturels.
Discuter l’unicité de cette écriture.
Soit p un nombre premier et P dans Z[X]. On note
n
X 7 - 76 ⋆⋆⋆ Polynômes cyclotomiques
P = ak X k avec an ̸= 0. On suppose que p divise tous On reprend l’exercice 7 - 72. Soit α une racine pri-
k=0
mitive ne de l’unité, avec n ≥ 2 non nécessairement pre-
les coefficients de P sauf an et que p2 ne divise pas a0 .
mier.
Montrer que P est irréductible sur Q[X]. Gotthold Ei-
senstein, 1823–1852, un des brillant-e-s mathématicien- a. Montrer que l’ensemble des polynômes dans Q[X]
ne-s du XIXe siècle mort-e-s avant 30 ans. annulant α forme un idéal non nul de Q[X]. On note
P le générateur unitaire de cet idéal et d + 1 son de-
7 - 72 Ⓢ ⋆⋆ Polynômes cyclotomiques - p pre- gré.
mier b. Montrer que P est dans Z[X].
Soit n dans N∗ . On note Φn le polynôme unitaire c. Montrer que, pour tout entier k, il existe un unique
de C[X] dont les racines (simples) sont exactement les Pk dans Zd [X] tel que P (αk ) = Pk (α).
racines primitives ne de l’unité. d. Soit p un nombre premier et Q et R dans Z[X],
p−1
X montrer que (Q + R)p − Qp − Rp est un polynôme à
a. Soit p un nombre premier. Montrer Φp = X k et coefficients entiers tous divisibles par p. On pourra
k=0 commencer par montrer que si on a 0 < k < p, alors
déduire de l’exercice 7 - 71 que Φp est un polynôme p | kp .
irréductible de Z[X]. e. En déduire que Pp est à coefficients divisibles par p.
k−1
b. Soit k dans N∗ . Montrer Φpk = Φp (X p ) et en d−1
X (k)
déduire que Φpk est également un polynôme irré- f. On écrit Pk = ai X i et on pose A =
ductible de Z[X]. i=0
(k)
max1≤k≤n max0≤i<d ai . Montrer que pour p pre-
7 - 73 Ⓢ ⋆⋆⋆ Polynôme minimal de 21/q ♠
mier vérifiant p > A, on a Pp = 0.
a. Pour n ≥ 2, le polynôme X n − 2 est-il irréductible g. En déduire que pour m n’ayant que des facteurs pre-
dans Q[X] ? miers strictement supérieurs à A, on a Pm = 0.