Ci RDC 2022 Bitale CM
Ci RDC 2022 Bitale CM
RPA N°0529/020
PRO-JUSTITIA
ARRET
Au nom du peuple congolais
(Art. 149 de la Constitution)
EN CAUSE : Auditeur Militaire Supérieur, Ministère Public et les appelants Parties civiles
SERIE CODE
01 UEA 13
02 BSB 14
03 WSJ 12
04 BVJ 4
05 BNK 5
06 VCM 11
07 SMA 10
08 BEJ
09 MKZ 8
10 MBB 7
11 MWK 6
12 BBS 5
13 USF 4
14 BMJ 3
15 MNM 2
16 KKY 16
17 CGB 17
18 MIM 18
19 MR 19
20 GMS 20
21 WMK 21
22 KHA 22
CONTRE :
N°SERIE CODE
01 ENN 1
09 USB 9
Faits prévus et punis par les articles 7.1.a, 25 et 28 du Statut de Rome de la Cour Pénal
Internationale ;
2. Avoir commis le crime contre l’humanité par viol et esclavage sexuel, dans le cadre d’une
attaque généralisée et systématique lancée contre la population civile et en connaissance de
cette attaque ;
Faits prévus et punis par les articles 7.1.g, 25 et 28 du Statut de Rome de la Cour Pénal
Internationale ;
Faits prévus et punis par les articles 7.1.f, 25 et 28 du Statut de Rome de la Cour Pénal
Internationale ;
4. Avoir commis le crime contre l’humanité par autres actes inhumains de caractère
analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes
graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale, dans le cadre d’une
attaque généralisée et systématique lancée contre la population civile et en connaissance de
cette attaque ;
Faits prévus et punis par les articles 7.1.k, 25 et 28 du Statut de Rome de la Cour Pénal
Internationale ;
Faits prévus et punis par les articles 136 et 137 du code pénal militaire ;
C’EST POURQUOI
Vu le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale du 17 juillet 1998, en ses articles 7.1. f, g, k,
25, 28 et 30 ;
Vu la loi n° 023/2002 du 18 novembre 2002 portant Code Judiciaire Militaire, en ses articles
pertinents ;
Vu la loi n° 024/2002 du 18 novembre 2002 portant Code Pénal Militaire, en ses articles 136 et
137 ;
Vu le décret du 30 janvier 1940 tel que modifié et complété à ce jour, en ses articles 44 et 45 ;
Vu le Code Civil Congolais Livre III, spécialement en son article 258 ;
Dit non établie en fait comme en droit l’infraction de crime contre l’humanité par viol à charge des
précités prévenus pour absence des preuves ; les en acquitte et les renvoie de toutes fins de
poursuite quant à ce ; Met les frais d’instance à charge du Trésor public ;
Dit en revanche établies à suffisance des faits et de droit les infractions des crimes contre l’humanité
par torture et par autres actes inhumains et de meurtre mises à charge des prévenus pré
qualifiés ainsi que celle de participation à un mouvement insurrectionnel à charge du seul prévenu
ASIFIWE MUJALIWA Jean de Dieu ;
Vu les appels interjetés contre ce jugement rendu par le Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu
en date du 21 Aout 2021, par les prévenus ci-haut cités, par les procurations spéciales des parties
civiles autorisant Maître MUHANZI MATABARO Luc, Avocat au Barreau du Sud-Kivu, aux fins
d’interjeter appel en leurs noms, introduites et reçues au greffe de cette juridiction en date du 23
Août 2020 et l’acte des appels fut établis par le greffier de cette juridiction ;
Vu les appels interjetés contre ce jugement rendu par le Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu
en date du 16 Avril 2021, par le prévenu ci-haut cité, par sa lettre missive introduite et reçu au
greffe de cette juridiction en date du 21 Août 2020 et l’acte des appels fut établis par le greffier de
cette juridiction ;
Vu les citations faites au prévenus de comparaitre à cette audience publique du 04 Octobre 2021;
Vu l’appel de la cause à cette audience à laquelle les prévenus pré qualifiés ont comparus en
personne, assistés de leurs conseils, Maitre Samuel BUJIRIRI, avocat au Barreau du Sud-Kivu et
Lieutenant TUKUZE MULUME Tonton, Défenseur Militaire agrée, et les parties civiles
représentées par Maître MUHANZI MATABARO Luc, Avocat au Barreau du Sud-Kivu ;
Vu les remises de la cause aux audiences du 20 Octobre, 09, 23 Novembre, 07, 21 Décembre 2021,
05, 14, 28 Janvier et 18 Février;
Vu l’ordonnance de délocalisation faite en date du 21 Avril 2022, fixant que la cause puisse être
appelée à KALEHE Centre ;
Vu les citations faites aux prévenus en date du 21 Avril 2022, afin de comparaitre à l’audience du
16 Mai 2022 ;
Vu la citation à personne civilement responsable faite en date du 21 Avril 2022, afin de comparaitre
à l’audience du 16 Mai 2022 ;
Vu les notifications de date d’audience faites aux 42 parties civiles en date du 21 Avril 2022, afin
de comparaitre à l’audience du 16 Mai 2022 ;
Vu l’examen de la saisine faite par la Cour de céans à travers lequel elle est régulièrement saisie à
l’égard de toutes les parties ;
Ouï, les parties civiles dans ses conclusions conformes dont le dispositif de la note ainsi conçu :
- Dire recevable et fondée les appels incident des parties civiles;
- Dire établies tant en fait comme en droit les crimes contre l’humanité par meurtre, esclavage
sexuel, privation de liberté, autres actes inhumains (pillage et destruction des propriétés) et
par torture mis à charge des prévenu CHABWIRA CHIRABISA Isaac et DIEME
MUNONO BABIKA ;
- Les condamner à la peine prévue par la loi ;
- Dire recevables et fondées les actions des parties civiles ;
- Condamner les prévenus, solidairement avec l’Etat Congolais, à la restitution des biens
pillés et incendiés ou à leur contrevaleur, et aux dommages-intérêts symboliques dont le
montant total est évalué à l’équivalent de :
- 30.000 $US (dollars américains trente mille) pour chacune des victimes de meurtre ;
- 20.000 $US (dollars américains vingt mille) pour chacune des victimes d’esclavage sexuel ;
- 15.000 $US (dollars quinze mille) pour chacune des victimes de torture ;
- 15.000 $US (dollars quinze mille) pour chacune des victimes de privation de liberté ;
- En outre, il est demandé au Tribunal d’accorder un montant forfaitaire de 5.000 $US
5dollars américains cinq mille) pour chacune des victimes de destruction des biens comme
autres actes inhumains ;
- Frais à charge des prévenus et du civilement responsable ;
- Et ce sera justice.
Oui, le ministère public entendu en ses réquisitions conformes tendant à ce qui plaise à la Cour de
dire :
évalués par la Cour dans sa souveraineté en tenant compte des préjudices subits par
chacune des victimes ;
- Concernant la demande de la République Démocratique du Congo, partie civilement
responsable, votre Cour la déclarera recevable et fondée et la mettra hors cause ;
Oui le prévenu dans ses dires et moyens de défense, présentés tant par lui-même que par son
conseil tendant à ce qu’il plaise à la Cour de céans de dire :
1. A titre principal
Recevables et amplement fondés nos moyens développés ;
Non établie en fait comme en droit l’infraction de meurtre, de la disqualifier en celle
d’homicide involontaire ;
2. A titre subsidiaire
En conséquence, annuler l’œuvre du premier juge et, statuant à nouveau en faisant ce qu’aurait
dû faire le 1ier juge ;
Si la Cour estime que le Ministère Public vous a convaincu, étant dans les circonstances selon
lesquelles le prévenu a donné la mort à la victime, nous accorder de très larges circonstances
atténuantes liées à la particularité qui accompagne la commission d’une infraction, le prévenu
a protégé la femme Antoinette devant son agresseur, son jeune âge, ses loyaux service à la
nation ;
Oui le civilement responsable dans ses dires et moyens de défense, présentés tant par ses conseils
tendant à ce qu’il plaise à la Cour de céans de dire :
ARRET
Les prévenus soldat de deuxième classe BITALE Léonard Luc, ASIFIWE MUJALIWA
Jean de dieu et Doudou NDOTO Philippe furent poursuivis par le Tribunal Militaire de
Garnison de Bukavu, non seulement du chef des crimes contre l’humanité, mais aussi, du
chef de l’infraction de meurtre pour tous les trois. Par ailleurs, le prévenu ASIFIWE
MUJALIWA Jean de dieu fut également poursuivi par le même Tribunal pour l’infraction
de participation à un mouvement insurrectionnel.
Ainsi, par son jugement sous RP N° 1634/20, rendu en date du 21 août 2020, le Tribunal
Militaire de Garnison de Bukavu a reconnu coupables les prévenus précités pour les crimes
contre l’humanité par torture et par autres actes inhumains causant intentionnellement de
Pour le prévenu BITALE Léonard Luc à 10 ans de servitude pénale principale pour crime
contre l’humanité par torture, à 10 ans de servitude pénale principale pour crime contre
l’humanité par autres actes inhumains et à 20 ans de servitude pénale principale pour
meurtre.
Et conformément à l’article 7 du code pénal militaire, une seule peine a été retenue, la plus
forte soit 20 ans de servitude pénale principale.
Pour le prévenu Doudou NDOTO Philippe à 10 ans de servitude pénale principale pour
crime contre l’humanité par torture, à 05 ans de servitude pénale principale pour crime
contre l’humanité par autres actes inhumains et à 10 ans de servitude pénale principale pour
meurtre.
Et conformément à l’article 7 du code pénal militaire, une seule peine a été retenue, la plus
forte soit 10 ans de servitude pénale principale.
Pour le prévenu ASIFIWE MUJALIWA Jean de dieu à 10 ans de servitude pénale principale
pour crime contre l’humanité par torture, à 10 ans de servitude pénale principale pour crime
contre l’humanité par autres actes inhumains, à 15 ans de servitude pénale principale pour
meurtre et à 05 ans de servitude pénale principale pour participation à un mouvement
insurrectionnel.
Et conformément à l’article 7 du code pénal militaire, une seule peine a été retenue, la plus
forte soit 15 ans de servitude pénale principale.
Cependant, le Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu a déclaré non coupables les trois
prévenus pour le crime contre l’humanité par viol et les a acquittés quant à ce.
En outre, il les a condamnés à payer aux parties civiles la somme de 243.000 dollars
américains équivalente en franc congolais en lien avec les crimes contre l’humanité par
torture, par autres actes inhumains et pour l’infraction de meurtre et a mis hors cause l’Etat
Congolais.
Contre ce jugement, tous les trois prévenus ont relevé appel pour mal jugé, ce par leurs
lettres missives du 21 août 2020, lesquelles ont été reçues et actées à la même date au greffe
du Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu. De même les parties civiles UEA 22, BVJ 19,
VCM 17, SMA 16, KKY 7, MIM 5, KHA 1, BSB 21, WSJ 20, BKD 5, BEJ 15, MBB 13,
Av.Kasongo, Quartier Ndendere, Commune d’Ibanda, Ville de Bukavu
Email : [email protected]
11
RPA N°0529/020
MKD 6, MNM 8 et WMK 2 ont également relevé appel contre le même jugement pour mal
jugé, par le biais de leur conseil, Maître MUHANZI MATABORO Luc, avocat près la Cour
d’appel du Sud-Kivu, porteur des procurations spéciales lui remises respectivement en date
du 22 et 23 août 2020, par déclaration actée le 26 août 2020 au greffe du susdit Tribunal en
consignant les frais y afférents.
Par ailleurs, d’autres parties civiles, à savoir CGB 6, MKZ 14, BMJ 9 et GMS 3, ont fait
également appels incidents, en date du 24 juin 2021, contre ce jugement, par le biais de leur
conseil sus cité, porteur des procurations spéciales lui remises en date du 07 mars 2021 et
ce, en consignant les frais y afférents.
Tous ces appels seront dits réguliers et partant recevables par la Cour parce qu’introduits
dans les formes et délai de la loi.
LES FAITS
Il résulte des pièces du dossier et de l’instruction à l’audience que les faits de la présente
cause sont restés constants au niveau d’appel, mais pour une compréhension aisée, la Cour
les résume comme suit :
Les prévenus BITALE Léonard Luc, ASIFIWE MUJALIWA Jean de dieu et DOUDOU
NDOTO Philippe sont tous originaires de la localité de BUKANGA dans le territoire de
Kalehe, province du Sud-Kivu.
Pendant la période allant de 2016 à 2017, lesdits prévenus ont instauré un climat de peur et
de terreur dans certaines localités du territoire de Kalehe, notamment à
LUNGOMANGOMA, BITALE, BULAMBIKA, MIRUWA, BUKANGA, CIBIMBI,
CHACHOBOKA et dans le parc de KAHUZI BIEGA où ils s’en prenaient, par moment,
tout en étant porteur d’armes de guerre, aux paisibles citoyens.
En effet, avant que ces prévenus ne commencent à poser leurs actes pendant la période sus
indiquée, il y a un groupe d’autodéfense qui avait vu le jour dans le territoire de KALEHE,
dans le but de protéger la population, contre les atrocités commises par les FDLR. Mais
plus tard, après le départ des FDLR dudit territoire, ce groupe d’autodéfense s’est mué en
mouvement insurrectionnel, sous le pseudonyme de RAIA MUTOMBOKI MANJINGA,
auquel le prévenu ASIFIWE MUJALIWA Jean de dieu avait adhéré en étant porteur
d’arme de guerre.
Cependant, au courant de la même période allant de 2016 à 2017, à son retour du territoire
de WALIKALE, dans la province du Nord-Kivu, le prévenu BITALE Léonard Luc s’est
associé aux deux autres prévenus trouvés sur place à Kalehe, pour insécuriser les
populations des localités sus mentionnées en instaurant un climat de terreur et
d’intimidation.
C’est ainsi que, pour asseoir ce climat sus vanté, ils ont d’abord tué deux personnes, à savoir
ENABYAYI MULONGE NAMIRA dans la localité de LUNGOMANGOMA, en date
du 04 mars 2016 et USHIRIKA BITANGALO fut tué dans la localité de BUKANGA, en
date du 28 avril 2016.
De même, ils ont, dans leur entreprise criminelle, commencé à s’en prendre, de temps à
autres, ce des manières spontanée et isolée, à certaines personnes soit en leur arrachant des
sommes d’argent et des biens de valeurs, soit en portant atteinte à leur intégrité physique,
notamment en les séquestrant, en les fouettant et en les déshabillant pour imposer leur
autorité.
Ainsi, pour se soustraire des poursuites judiciaires éventuelles, le prévenu BITALE Léonard
Luc prendra la résolution de se rendre à la Monusco pour qu’il soit intégré dans les Forces
Armées de la République Démocratique du Congo et c’est ce qui fut fait.
Mais plus tard, les trois prévenus seront ainsi arrêtés l’un après l’autre pour répondre de
leurs actes devant la justice.
Interrogés, à tour de rôle, sur les faits pour lesquels, le premier juge les avait condamnés à
des peines mentionnées supra, chaque prévenu a clamé son innocence en ses termes:
Pour le prévenu BITALE Léonard Luc, il prétend qu’il n’en sait rien des faits lui reprochés,
en ce qu’il avait déjà quitté le milieu depuis le mois de mars 2016, en se rendant à la
Monusco, en vue d’intégrer les forces loyalistes. Il affirme également, avoir fait partie du
groupe RAIA MUTOMBOKI de MANJINGA, comme escorte de ce dernier.
Il renchérit qu’il a des liens de parenté avec le prévenu ASIFIWE qui est fils à son oncle
paternel, mais les deux familles sont en conflit, lié à leurs champs et de préciser que les
plaignants dans la présente cause sont aussi membres de famille avec laquelle ils sont en
conflit.
Pour le prévenu ASIFIWE, ce dernier argue qu’il n’en sait rien non plus par rapport aux
griefs mis à sa charge, tout en ajoutant, qu’il n’a jamais participé à un mouvement
insurrectionnel. Pour ce faire, il prend pour témoin, le chef de groupement qui peut bien le
justifier par rapport aux griefs mis à sa charge.
Pour le prévenu DOUDOU NDOTO, il allègue à son tour, que pendant la période de 2016
à 2017, il était déjà en détention à la prison de BUKAVU et il n’en sait rien de tous les griefs
mis à sa charge.
Cependant, la Cour avait fait défiler, à son audience du 20 mai 2022, quelques parties civiles
qui, dans leurs déclarations, ont reçu quand-même, à charger les trois prévenus :
Pour la partie civile WMK 2, elle déclare avoir été victime des coups de fouet, en février
2016, à BUNYAKIRI, lui administrés par ces trois prévenus dont elle les connaît avec
certitude, parce qu’étant tous, de la localité de BUNYAKIRI.
Av.Kasongo, Quartier Ndendere, Commune d’Ibanda, Ville de Bukavu
Email : [email protected]
13
RPA N°0529/020
En effet, il a été récupéré, dit-il, dans sa maison par les trois prévenus qui étaient, par ailleurs,
porteurs d’armes de guerre et ces derniers lui avaient promis 500 coups de fouet, ce après
lui avoir ligoté, au motif qu’il les trahisse, en rapportant les nouvelles de leurs activités aux
militaires FARDC.
C’est ainsi qu’il a été ligoté et au cinquantième coup de fouet, il s’est vu dans l’obligation
de leur donner quelque chose pour éviter le pire, notamment 50.000 Francs congolais, 04
chèvres, 02 caisses de Primus, son téléphone et sa radio et il en était sorti également avec
des blessures causées par la corde avec laquelle il était ligoté.
Et cela s’est produit, non pas dans le cadre d’une attaque contre sa contrée, mais plutôt, il
était la seule personne qui était visée par ces prévenus, a-t-il renchéri.
Pour la partie civile MIM 5, elle déclare que les prévenus BITALE Léonard Luc et
ASIFIWE MAJALIWA lui avait arraché un hectare de son champ des maniocs en 2016,
dans le village de BUKANGA, lorsqu’il avait pris fuite au moment où les deux prévenus
cherchaient à l’arrêter, au motif qu’il les avait dénoncé auprès de sa femme et du chef de
localité au sujet de leurs activités dans la contrée. Cette version de la partie civile sus codifiée
a été également confirmée devant l’Officier du Ministère Public par le témoin WCB.
Pour la partie civile KKY 7, elle déclare, sans précision de date certaine, que les prévenus
BITALE Léonard et ASIFIWE MAJALIWA ainsi que DOUDOU NDOTO du groupe
armé RAIA MUTOMBOKI de MANJINGA l’avait interpellé en cours de route, au village
MIRUWA dans la localité de BUKANGA, au motif qu’il avait vendu des chaises aux gens
du gouvernement.
Aussitôt dit et aussitôt les trois prévenus l’ont immobilisé, ligoté et se sont mis à le fouetter
au moyen d’un bâton ce, après lui avoir demandé, de poser d’abord ses deux jambes sur les
épaules d’un certain MANJINGA et la tête tournée vers le bas.
Voyant le degré des souffrances causées par ces coups de fouets sur son corps, la population
avait eu pitié de lui et avait plaidée en sa faveur auprès desdits prévenus. Mais pour qu’il
soit relâché, la population avait dû donner une chèvre, une poule et un bidon d’alcool
indigène.
Pour la partie civile SMA 16, celle-ci a déclaré à son tour, qu’il reproche aux prévenus
BITALE Léonard et ASIFWE MUJALIWA ainsi que les membres de leur staff dont
certains sont déjà à KAMINA, avoir d’abord, dans la nuit du 04 mars 2016, dans la localité
de LUNGOMANGOMA, volé dans sa maison 02 chèvres et les ustensiles de cuisine et
ensuite avoir, également tué, sur leur chemin de retour, son grand-frère, en la personne de
ENABYAYI MULONGE, par étranglement.
Elle précise qu’au moment de la mort de son grand-frère, le prévenu DOUDOU NDOTO
était déjà arrêté par le chef MANJINGA de RAIA MUTOMBOKI et remis aux FARDC
suite à la mort de sieur USHIRIKA BITANGALO dont on lui reproche de l’avoir exécuté.
Av.Kasongo, Quartier Ndendere, Commune d’Ibanda, Ville de Bukavu
Email : [email protected]
14
RPA N°0529/020
Pour la partie civile BEJ 15, elle a déclaré avoir été victime de l’insécurité créé à BUKANGA
par les prévenus BITALE Léonard, ASFIWE MAJALIWA et DOUDOU NDOTO et à la
suite de cette insécurité, il avait perdu son frère USHIRIKA BITANGALO, tué en date du
28 avril 2016, au moyen des coups de bâton, tout en insinuant que les auteurs de cette tuerie
ne sont autres que les trois prévenus.
Pour la partie civile BVJ 19, elle se présente comme étant l’épouse du défunt USHIRIKA
BITANGALO, tué en date du 28 avril 2016, dans le village de MIRUHA II, au moyen des
coups de fouet. Elle a déclaré devant la Cour, que le sieur KAYAYA était mécontent, de
voir son mari lui interdire de vendre l’alcool devant sa maison que son père avait construite
pour lui, de peur qu’il soit lui-même suspecté de ladite vente aux militaires FARDC, par les
RAIA MUTOMBOKI.
C’est dans ces circonstances, renseigne-t-elle, que le sieur KAYAYA reviendra la nuit dans
leur maison avec les prévenus BITALE Léonard et ASIFIWE MAJALIWA, tous avec des
armes pour récupérer son mari. Ainsi, après l’avoir fait sorti de la maison, les prévenus se
sont mis directement à le fouetter en sa présence et lorsque la population voulait intervenir,
les mêmes prévenus se mettront à tirer des coups de feu pour disperser la foule et ce, avant
d’aller avec lui dans leur Etat-Major.
C’est au lendemain de son enlèvement, que le corps sans vie de son mari sera retrouvé dans
une toilette d’une église de la place. Elle précise également qu’elle n’avait pas vu le prévenu
DOUDOU parmi les gens qui étaient venus récupérer son mari dans la maison.
Pour la partie civile UEA 22, elle précise que le défunt ENABYAYI MULONGE était son
père biologique et il avait été tué par les trois prévenus précités, la nuit vers une heure du
matin, lorsqu’il était en train de l’accompagner chez sa maîtresse.
Chemin faisant, des coups de feu ont crépité, avant qu’ils ne se rencontrent avec les
prévenus au niveau du terrain, qui du reste, étaient porteurs de certains biens volés. Son
père sera ainsi tué par les prévenus, par étranglement juste quand il avait réussi à s’échapper
des mains de ces prévenus.
Face à toutes ces déclarations sus rappelées des parties civiles, l’argumentaire du prévenu
BITALE qui a prétendu dire, que tous les faits lui reprochés ont eu lieu, lorsqu’il était déjà
à Goma, ne saurait résister, surtout qu’à l’appui de son argumentaire, il n’a apporté aucune
preuve.
De même, en ce qui concerne le prévenu DOUDOU NDOTO qui a à son tour, soutenu
que les faits mis à sa charge ont eu lieu lorsqu’il était déjà en détention à la prison centrale
de BUKAVU, ne peut totalement le disculper, parce que certains faits qu’on lui reproche,
ont été commis bien avant le mois de mai 2016, période à laquelle il était livré par un certain
MANJINGA, le chef des RAIA MUTOMBOKI, aux mains des FARDC, suite au meurtre
du sieur USHIRIKA. La pièce sur laquelle le prévenu DOUDOU s’appuie, renseigne
clairement la date de son arrestation soit le 20 mai 2016, or sieur USHIRIKA était tué le 28
avril 2016.
Il s’ensuit pour la Cour qu’au regard des dépositions des parties civiles sus nommées et bien
d’autres qui n’avaient pas comparu devant elle dont leurs déclarations sont couchées dans
les procès-verbaux d’audition ont davantage éclairé l’instance sur les auteurs présumés des
faits répréhensibles dont examen devant la Cour de céans.
Donc, la Cour considérera, dans la présente cause, comme moyens de preuves, les
témoignages des victimes, les procès-verbaux et les présomptions et voire même les aveux
des prévenus eux-mêmes, notamment le prévenu BITALE a confirmé à tout point vu qu’il
était dans le groupe armé RAIA MUTOMBOKI de MANJINGA et il était même détenteur
d’armes de guerre quand bien même, il n’était pas poursuivi pour l’infraction de
participation à un mouvement insurrectionnel par le premier juge. De même le prévenu
ASIFIWE poursuivi pour cette infraction, était également passé aux aveux devant l’OPJ et
l’OMP et cela a été confirmé par son co-prévenu BITALE, même si aujourd’hui, il cherche
à se rétracter devant la Cour.
En fin, tout comme le prévenu DOUDOU NDOTO, bien qu’il n’ait pas été, non plus,
poursuivi pour l’infraction de participation à un mouvement insurrectionnel par le premier
juge, lui-même avait reconnu qu’il était aussi membre du groupe armé RAIA
MUTOMBOKI.
Enrôlée sous RPA N°0529/020, l’affaire fut appelée, instruite et plaidée aux différentes
audiences de la Cour, au cours desquelles, les prévenus, régulièrement cités, comparurent
en personne assistés de leurs conseils habituels, les parties civiles représentées par leurs
conseils habituels ainsi que l’Etat Congolais représenté également par son conseil habituel.
Ensuite 111 in fine du même code « les juridictions militaires sont en outre compétentes à
l’endroit de ce qui, sans être militaires, commettent des infractions au moyen d’armes de
guerre ».
Dans le cas sous examen, les aveux des prévenus et les témoignages des victimes laissent
entrevoir clairement le port des armes de guerre par les prévenus.
EN DROIT
Les parties civiles et les prévenus reprochent à l’œuvre entreprise le mal jugé comme suit :
Av.Kasongo, Quartier Ndendere, Commune d’Ibanda, Ville de Bukavu
Email : [email protected]
16
RPA N°0529/020
Pour les parties civiles le mal jugé est tiré de l’absence de motivation et de contradictions
ainsi que le fait pour le premier juge d’avoir alloué de manière globale les dommages et
intérêts aux parties civiles sans spécifier les cas pour chacune d’entre elles. .
Dans le développement de leur premier moyen, elles estiment que le premier juge a donné
des réponses inadéquates et partant il n’a pas rencontré leurs conclusions, en ce qu’elles
s’attendaient voir le Tribunal retenir l’Etat Congolais comme partie civilement responsable
des faits commis par les prévenus et dont elles sont victimes, mais, curieusement, l’Etat
Congolais a été mis hors cause ce, en violation de l’article 52 de la constitution.
Pour elles, l’article sus visé stipule que « Tous les congolais ont droit à la paix et à la sécurité,
tant sur le plan national qu’international. Aucun individu ou groupe d’individus ne peut
utiliser une portion du territoire national comme base de départ d’activités subversives ou
terroriste contre l’Etat Congolais ou tout autre Etat ».
Partant, elles estiment que le premier juge aurait dû condamner l’Etat Congolais sur pied
de l’article 260 du code civil congolais livre III et qui, en tant que puissance publique, devait
envoyer les militaires et les policiers pour les protéger contre les actes odieux qui ont été
perpétrés par les prévenus.
Elles concluent que l’Etat Congolais a failli à son devoir de sécuriser les personnes et leurs
biens.
Dans le développement de leur second moyen, les parties civiles estiment que l’œuvre
attaquée est émaillée des contradictions, notamment, en ce que dans son œuvre, le premier
juge a affirmé que les victimes ont souffert pendant 3 ans des actes odieux commis par les
prévenus et ce, à l’absence de l’armée et de la police, curieusement, malgré cette affirmation,
l’Etat Congolais a été mis hors cause par le même juge.
Réagissant aux moyens d’appel des parties civiles, le Ministère Public soutient que
l’applicabilité de l’article 260 du code civil congolais livre III n’est possible que, lorsqu’il y
a existence d’un lien entre le commettant et son préposé, or dans le cas sous examen, estime,
le Ministère Public, un tel lien n’existe pas entre la République et les prévenus, parce qu’en
posant leurs actes, ces derniers ne l’ont pas fait au compte de l’Etat Congolais.
Donc pour le Ministère Public, c’est en bon droit que la République a été mise hors cause
par le premier juge.
Par rapport au second moyen des parties civiles, le Ministère Public a soutenu que le premier
juge a bien fait son travail et son œuvre n’est pas émaillée des contradictions.
Réagissant à son tour, aux moyens d’appel des parties civiles, la défense des prévenus fait
sien le premier moyen des parties civiles tiré de l’absence de motivation. Mais elle n’a dit
mot par rapport au second moyen des parties civiles.
La Cour quant à elle estime que les moyens d’appel des parties civiles sont irrelevant, en ce
qu’il n’existe aucun lien de commettant à préposé entre l’Etat Congolais et les prévenus au
moment de la commission des faits quand bien même aujourd’hui l’un des prévenus est
membre des FARDC, en la personne de prévenu BITALE Léonard Luc qui, à l’époque de
la commission des faits était encore civil.
Elle rappelle que la notion de responsabilité pour faits d’autrui tire son fondement dans
l’article 260 du code civil congolais livre III et au sens de cet article, il aurait fallu, pour que
la République soit retenue civilement responsables des actes posés par les prévenus, comme
le souhaitent les parties civiles, que si et seulement, il existait un lien de subordination entre
l’Etat Congolais et les prévenus au moment de la commission des faits ; or un tel lien n’a
jamais existait.
Donc, c’est en bon droit que le premier juge avait mis hors cause la République.
S’agissant du dernier moyen des parties civiles par rapport à l’allocation des dommages et
intérêts, par le premier juge, faite de manière globale ; la cour dira fondé ce dernier moyen,
en ce que le premier juge n’a pas été précis sur la répartition du montant des dommages-
intérêts que chaque partie civile devrait recouvrer à titre personnel suivant les préjudices
subis.
Par conséquent, la Cour dira partiellement fondé l’appel des parties civiles sur l’allocation
des dommages et intérêts et annulera l’œuvre du premier juge quant à ce.
Par ailleurs, les prévenus ont également relevé appel dont le mal jugé reproché à l’œuvre
entreprise est tiré de la mauvaise qualification des faits ; de la non analyse des éléments
constitutifs de certains cas des crimes contre l’humanité ; de la violation du droit de la
défense par rapport aux articles 216 à 218 du code judiciaire militaire sur la saisine ; de la
condamnation sans preuve (violation de l’article 66 point 3 du Statut de Rome ; de la
motivation erronée ; de la motivation contradictoire ; de la condamnation des prévenus sur
base des incertitudes et des suppositions ; mauvaise application de l’article 25 du Statut de
Rome ; de la violation de l’article 258 du code civil congolais livre III et des affirmations
gratuites et de la non imputabilité des faits à l’égard du prévenu BITALE et de la non
imputabilité aussi des faits à l’égard du prévenu DOUDOU NDOTO et en fin de la
violation de la règle 67 du règlement de procédure et de preuve de la Cour Pénale
Internationale.
Dans le développement de leur premier moyen, pris de la mauvaise qualification des faits,
les prévenus, par le biais de leurs conseils, prétendent que, dans son œuvre, le premier juge
a pris de manière globale les faits lui soumis tels que repris dans les décisions de renvoi de
l’Auditeur Militaire et les a qualifiés des crimes contre l’humanité, alors que les faits auraient
été commis de manière isolée et sporadique. Ils en veulent pour preuve que ces faits se
seraient commis tantôt dans le parc de KAHUZI BIEGA par des coupeurs des routes,
tantôt dans les maisons des particuliers de manière isolée dans les circonstances de temps
et des lieux différents. Mais, le juge, sans pour autant vérifier la véracité des faits de la
présente cause, a tout simplement conclu aux crimes contre l’humanité.
En effet, il ne s’est pas conformé aux prescrits de l’article 216 du code judiciaire militaire,
en ce que le juge devait soit mettre les prévenus à la disposition du Ministère Public soit
demander aux prévenus de comparaître volontairement, tel n’a pas été le cas lors de
l’examen de cette cause au premier degré.
Pour les prévenus, le premier juge n’était pas régulièrement saisi à leur égard par rapport à
l’infraction de meurtre qu’il avait retenue comme nouvelle qualification.
Dans le développement du septième moyen, pris de la condamnation des prévenus sur base
des incertitudes et des suppositions, les appelants prétextent qu’ils ont été condamnés sur
base des incertitudes, des suppositions et des imprécisions parce que les victimes elles-
Av.Kasongo, Quartier Ndendere, Commune d’Ibanda, Ville de Bukavu
Email : [email protected]
19
RPA N°0529/020
mêmes n’ont pas été en mesure de citer avec certitude les auteurs des crimes dont elles ont
été victimes.
Dans le développement du douzième moyen, pris également de la non imputabilité des faits
à l’égard du prévenu DOUDOU NDOTO, celui-ci prétend à son tour que, le premier juge
l’aurait dû acquitter pour cause de non imputabilité, en ce qu’élève qu’il était, on l’a fait
intégrer de force dans le groupe armé. N’eut été cette contrainte, il ne serait pas membre de
ce groupe armé, a-t-il renchéri.
Répliquant aux moyens d’appel des prévenus, le Ministère Public estime que les prévenus
ont eu tort de relever ces moyens, en ce que le premier juge a bien qualifié les faits, les a
circonscrits, a analysé les éléments constitutifs des crimes contre l’humanité.
Il poursuit qu’il n’y avait pas saisine irrégulière du premier juge en rapport avec la
requalification des faits pour le crime contre l’humanité par meurtre et il n’y a pas non plus
absence des preuves, par rapport à la condamnation des prévenus par le premier juge, parce
que les victimes elles-mêmes ont reconnu facilement leurs bourreaux.
De même pour le Ministère Public, le premier juge n’a pas violé les dispositions de l’article
258 du code civil congolais livre III, en ce que les victimes avaient effectivement subi
d’énormes préjudices de la part des prévenus.
A leur tour, les parties civiles par le biais de leurs conseils, soutiennent que les moyes d’appel
des prévenus sont irrelevant dans la mesure où, les faits reprochés aux prévenus relèvent
des crimes contre l’humanité, parce que ces faits ont été perpétrés dans le contexte d’attaque
généralisée contre une population civile dans les contrées où ils régnaient en maître.
De même pour leurs condamnations, le premier juge s’est appuyé sur les témoignages des
victimes.
Quant à la Cour, elle note que les moyes d’appel des prévenus peuvent être regroupés en
quatre moyens essentiels, à savoir la motivation erronée ; la violation des articles 216 à 218
du code judiciaire militaire ; la condamnation sans preuve et la violation de l’article 258 du
code civil congolais livre III.
S’agissant du premier moyen pris de la motivation erronée, la Cour dira fondé ce moyen,
en ce que la manière dont les faits ont été présentés et analysés dans l’œuvre attaquée sont
en antipode avec le droit et ne reflète pas la réalité des faits dans leur matérialité. En effet,
le premier juge a, à tort, poursuivi les prévenus sur base des faits relevant des crimes contre
la paix et la sécurité de l’humanité, notamment les crimes contre l’humanité par viol et
esclave sexuel, par torture et autres actes inhumains à l’absence de l’élément contextuel
caractérisant lesdits crimes.
Il aurait dû, à l’absence de cet élément, poursuivre les prévenus sur pied des infractions ne
relevant pas du droit pénal international, parce que les actes posés par eux, dans la présente
cause, n’ont pas porté atteinte à la conscience de l’humanité, comme le veut le droit pénal
international.
S’agissant du deuxième moyen pris de la violation des articles 216 à 218 du code judiciaire
militaire par le premier juge, la Cour fait savoir que les dispositions évoquées par les
prévenus ne sont pas celles, auxquelles le premier juge a fait allusion dans son œuvre, pour
procéder à la requalification des faits de crimes contre l’humanité par meurtre en infraction
de meurtre prévue et punie par le code pénal congolais. Ainsi, pour y arriver, il a recouru à
l’application de l’article 256 du code sus évoqué, en respectant la procédure y afférente, tel
que cela a été démontré dans son œuvre.
S’agissant du troisième moyen pris de la condamnation des prévenus, sans preuve, par le
premier juge, la Cour fait observer que ce moyen sera également dit non fondé, en ce sens
que, dans son œuvre, le premier juge a précisé les moyens de preuves sur lesquels, il a fondé
sa conviction pour condamner les prévenus, notamment les témoignages, les procès-
verbaux et la présomption.
S’agissant du quatrième et dernier moyen des prévenus pris de la violation de l’article 258
du code civil congolais livre III, la Cour relève que ce moyen sera davantage dit non fondé,
en ce sens que, l’existence de la faute et des dommages résultant de cette faute ainsi que
l’existence du lien de causalité entre la faute et les préjudices subis par les victimes, justifie
l’application de l’article évoqué supra par le premier juge.
Dès lors, la Cour dira partiellement fondés les appels des prévenus, annulera le jugement
entrepris dans toutes ses dispositions et fera ce qu’aurait dû faire le premier juge.
DE LA DISCUSSION EN DROIT
Or dans le cas sous examen, les actes répréhensibles retenus contre les prévenus BITALE
Léonard Luc, ASIFIWE MAJALIWA Jean de Dieu et DOUDOU NDOTO Phillip, n’ont
pas été commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique comme défini ci-
avant. Ils l’ont été de manière fortuite, isolée et spontanée, tel que cela a été démontré
devant la Cour, à son audience du 20 mai 2022, par les victimes elles-mêmes.
A ce sujet, la Cour rappelle que la juridiction peut donc requalifier les faits, les disqualifier
ou les déqualifier. Autrement dit elle peut modifier la qualification lui proposée dans
n’importe quel sens.
Le juge d’appel et le juge de cassation procède également de la même manière car ni l’un ni
l’autre n’est lié par la qualification du premier juge. Ils doivent à leur tour examiner
l’exactitude de la première qualification.
Il s’ensuit, pour la Cour, que les faits des crimes contre l’humanité seront disqualifiés en
infraction de terrorisme prévue et punie par les articles 157 et 158 du code pénal militaire.
DU TERRTORISME
Cette infraction est mise à charge de tous les prévenus. Elle est prévue et punie par les
articles 157 et 158 du code pénal militaire.
Av.Kasongo, Quartier Ndendere, Commune d’Ibanda, Ville de Bukavu
Email : [email protected]
22
RPA N°0529/020
En effet, l’article 157 du CPM dispose « constituent des actes de terrorisme lorsqu’ils sont
en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler
gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, les infractions suivantes :
L’article 158 du même code ajoute « le terrorisme est puni de 20 ans de servitude pénale.
Pour sa réalisation, cette infraction requiert la réunion des conditions essentielles ci-après :
Les auteurs des faits punissables ; les faits visés par la loi et la responsabilité morale des
agents.
Dans le cas sous examen, le prévenu BITALE Léonard Luc, aujourd’hui militaire au sein
des FARDC, était encore civil, à l’époque de la commission des faits lui reprochés. Tandis
que pour les deux autres prévenus, à savoir ASIFIWE MUJALIWA Jean de Dieu et
DOUDOU NDOTO Philip garde toujours leur statut des civils jusqu’à ce jour.
Donc la première condition exigée, pour la réalisation de cette incrimination, est belle et
bien acquise.
Le législateur congolais qui organise également la loi militaire, s’inscrit globalement dans
cette logique énumérant par les actes terroristes, beaucoup de faits punissables inspirés du
droit interne, notamment du droit commun et du droit militaire et d’autres faits spécifiques
inspirés du droit international.
• Du droit commun
Le législateur retient particulièrement « les atteintes volontaires à la vie ou à l’intégrité
physique de la personne, l’enlèvement et la séquestration de la personne…) ; les vols,
extorsions, destructions, dégradations et détériorations.
• Du droit militaire
Le législateur retient « la fabrication, la détention, le stockage, l’acquisition et la cession des
machines, engins meurtriers, explosifs ou autres armes biologiques, toxiques ou de guerre.
Tombent également sous le coup de la loi, ceux qui fournissent ces engins ou financent leur
acquisition. Car ils concourent, répétons-le, à la réalisation de l’entreprise collective.
Dans le cas sous examen, les prévenus BITALE, ASIFIWE et DOUDOU ont porté
atteinte à l’intégrité physique des parties civiles WMK 2, KKY 7, USF 10, MBB 13 et WSJ
20, en les ligotant d’abord, avant de leur administrer des coups de fouet, au moyen des
bâtons. De même, ces victimes étaient également déshabillées et faisaient même l’objet de
fouilles corporelles, lorsque lesdits prévenus estimaient que certains biens de valeur ou
l’argent étaient cachés dans les sous-vêtements.
D’autres parties civiles encore, ont été aussi victimes de vol et extorsion de la part des
mêmes prévenus dont la partie civile WMK 12 qui était contraint de remettre la somme de
50.000 francs congolais, 04 chèvres, 02 caisses de primus et un téléphone pour ne plus être
fouetté, la partie civile SMA 16 était également victime de vol de 02 chèvres et des ustensiles
de cuisine dans sa maison. La partie civile SMA 16 a été également victime de vol de ses 02
chèvres et ustensiles de cuisine, la partie civile MKZ 14 fut aussi victime de vol de 03
chèvres, 05 mesurettes d’haricots et 04 mesurettes de maïs. Et la partie civile MIM 5 a vu
les maniocs de son champs être emportés par ces prévenus.
En droit congolais, le législateur définit autrement ce but. Aux termes de l’article 157 du
code pénal militaire, les actes terroristes doivent avoir pour but de troubler gravement
l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. Au demeurant, il nous revient que l’ordre
public est gravement troublé par l’intimidation ou la terreur, chaque fois qu’il est commis
des actes téméraires et spectaculaires d’une ampleur telle qu’ils créent un effet
psychologique terrifiant, troublant et traumatisant dans l’esprit des témoins proches ou
même lointains, littéralement envahis par la peur, la désolation, l’horreur et l’émoi.
Aussi, faut-il souligner, ce but criminel peut être poursuivi tant en temps de paix qu’en toute
autre situation exceptionnelle.
• La résolution criminelle
L’acte terroriste procède d’une résolution généralement mûrie, et visant à son élaboration
minutieuse non seulement pour plus de chance de réussite, mais encore pour bousculer
d’une manière anormalement violente la conscience humaine.
Dans le cas sous examen, dans le but de chercher à se faire respecter et de se faire craindre
par les habitants de localités sus mentionnées dans le territoire de KALEHE, pendant la
période allant de 2016 à 2017, les prévenus BITALE, ASIFIWE et DOUDOU NDOTO
se sont résolus, dans leur entreprise criminelle, de poser des actes de nature à créer dans le
chef de la population la terreur, la peur et l’intimidation.
Dès lors, cette infraction sera dite établie en fait et en droit à charge de tous les prévenus,
en ce que tous les éléments constitutifs de celle-ci se trouvent réunis.
DU MEURTRE
Cette infraction est mise à charge de tous les prévenus. Celle-ci est prévue et punie par les
articles 43, 44-45 du code pénal congolais livre II.
Le meurtre est ainsi défini comme étant l’homicide commis avec l’intention de donner la
mort. Cette infraction exige pour sa réalisation la réunion des éléments matériels et
intentionnels ainsi que la personnalité humaine de la victime.
L’élément matériel consiste en un acte positif et matériel. En effet, l’acte est positif, lorsqu’il
a entraîné la mort ou est destiné à la provoquer, exclusion faite de l’omission ou de
l’inaction.
L’acte est matériel lorsqu’il est porté à l’aide d’une arme de guerre ou un objet, instrument
tranchant tel qu’un couteau de cuisine, bref un acte capable en soi de donner la mort à
autrui (LIKULIA BOLONGO, Droit Pénal Spécial Zaïrois T. I 2è Ed, LGDJ 1985, Paris,
p.49).
Av.Kasongo, Quartier Ndendere, Commune d’Ibanda, Ville de Bukavu
Email : [email protected]
25
RPA N°0529/020
Dans le cas sous examen, nonobstant l’absence au dossier d’actes de décès, il résulte,
néanmoins, des déclarations concordantes des parties civiles dans cette cause que les sieurs
ENABYAYI MULONGE NAMIRA et USHIRIKA BITANGALO ont été,
respectivement, tué le 28 avril 2016 par étranglement et 04 mars 2016 au moyen des coups
de bâton.
Selon les déclarations des parties civiles, le premier a été tué par les prévenus BITALE
Léonard Luc et ASIFIWE MUJALIWA Jean de Dieu tandis que le second par tous les trois
prévenus.
C’est ainsi qu’il y a meurtre peu importe que l’intention de l’agent vise ou non une personne
déterminée ou que l’agent ait commis une erreur sur l’identité de la victime ou que par
maladresse, il ait atteint une personne autre que celle qu’il visait (LIKULIA BOLONGO,
op cit p.58).
A ce sujet, il a été jugé que l’usage, le recours à l’arme et l’endroit du corps où il a porté les
coups, le degré de la violence ou de sa gravité peuvent être les indices de l’intention
homicide (LIKULIA, op cit, p.52).
Dans le cas sous examen, le fait pour les prévenus BITALE et ASIFIWE d’étrangler le sieur
ENABYAYI, à partir de son cou, qui du reste, étant une partie vitale du corps d’une
personne, démontre à suffisance cette intention de donner la mort, dans leur chef. De
même, les bâtons utilisés par les prévenus DOUDOU, BITALE et ASIFIWE et le degré
des souffrances suite aux coups administrés sur la personne de USHIRIKA sont révélateurs
de l’intention de donner la mort.
C’est ce qui résulte également des termes de l’article 43 du code pénal ordinaire selon
lesquels l’homicide consiste dans une atteinte dirigée contre la personne d’un individu.
Le meurtre ne peut donc exister que lorsque la victime est une personne humaine, née et
vivante.
Dans le cas sous examen, les deux victimes suscitées étaient des personnes humaines, nées
et vivantes dont l‘une vivait à LUNGOMANGOMA et l’autre à BUKANGA.
Cette infraction de double meurtre sera dite établie en fait et en droit dans le chef de tous
les trois prévenus pour le meurtre du sieur USHIRIKA tandis que le meurtre du sieur
ENABYAYI MULONGE est établi uniquement à charge des prévenus BITALE Léonard
et ASIFIWE MAJALIWA, en ce que tous les éléments constitutifs de celle-ci se trouvent
réunis.
Cette infraction est mise, uniquement, à charge du prévenu ASIFIWE MAJALIWA Jean
de Dieu.
Pour sa réalisation cette infraction requiert la réunion des éléments constitutifs ci-après :
Les éléments matériels et l’élément intentionnel.
1. Le fait d’ériger des barricades, des retranchements ou d’exécuter tous travaux ayant
pour but d’empêcher l’action de la force publique ;
2. Le fait d’occuper à force ouverte, c’est-à-dire par violences ou menaces ou par ruse
ou de détruire tout édifice ou installation ;
3. Le fait de provoquer des rassemblements des insurgés, par quelque moyen que ce
soit ;
4. Le fait de porter personnellement une arme ;
5. Le fait de se substituer à l’autorité légale ;
6. Le fait de s’emparer des armes, des munitions, des subsistances explosives ou
dangereuses ou des matériels de toute espèce soit à l’aide des violences ou des
menaces, soit par pillage soit en désarmant la force publique ;
7. Le fait de procurer aux insurgés des armes, des munitions, des subsistances
explosives ou dangereuses ou des matériels de toute espèce ;
8. Le fait de diriger, d’organiser ou de commander un tel mouvement.
2. La mise en péril des institutions nationales ou de l’intégrité territoriale
Selon la doctrine, le législateur n’exige pas que les effets de ces différents actes de violence
collective se soient nécessairement produits, mais plutôt que les actes que les actes posés
soient de nature à produire lesdits effets, c’est-à-dire la mise en péril des institutions de la
République ou l’atteinte à l’intégrité du territoire national (Cfr Laurent MUTATA LUABA,
Droit Pénal Militaire Congolais, Ed.KIN 2005, p.451).
Av.Kasongo, Quartier Ndendere, Commune d’Ibanda, Ville de Bukavu
Email : [email protected]
27
RPA N°0529/020
Dans le cas d’espèce, le prévenu ASIFIWE MAJALIWA Jean de Dieu était membre du
groupe armé RAIA MUTOMBOKI de MANJINGA, tel que le prévenu BITALE l’a attesté
et confirmé par le concerné lui-même devant l’OPJ et le l’OMP, en étant lui-même porteur
d’arme de guerre.
3. Elément intellectuel
Au regard de la doctrine, le mouvement insurrectionnel est une infraction plurale qui ne
peut être caractérisée que si la violence collective résulte d’une volonté convergente des
agents, conscients de prendre part, librement à un mouvement subversif ; sachant qu’il est
susceptible de menacer ou compromettre l’existence des institutions légitimes d’un Etat ou
de porter atteinte à l’intégrité du territoire national (Cfr Laurent MUTATA LUABA, op cit
p.452).
Cette résolution criminelle renchérit son auteur, résulte soit d’un concert préalable, soit de
la simple volonté de s’associer aux autres pour la matérialisation de cette violence collective.
Ainsi, le dol spécial (réfléchi ou spontané) résulte de tout acte délibéré des agents qui,
conscients du caractère immoral et illégal en recherchent tout de même les conséquences ;
le mouvement insurrectionnel s’accompagne généralement des dégâts matériels importants,
des pertes en vies humaines (Cfr Laurent MUTATA LUABA, op cit p.452).
Cette dernière infraction sera dite établie en fait et en droit à charge du prévenu précité,
parce que tous les éléments constitutifs de celle-ci se trouvent réunis.
La Cour Militaire du Sud-Kivu, examinant l’action civile note qu’il ressort des dispositions
des articles 77 alinéa 1e et 226 du code Judiciaire Militaire, que l’action pour la réparation
des dommages causés par une infraction relevant de la compétence de la juridiction Militaire
peut être poursuivie par la partie lésée en se constituant partie civile en même temps et
devant le même juge que l’action publique.
Quant à la qualité du demandeur en réparation, la Cour fait observer que les articles 77 et
226 du code judiciaire militaire ne déterminent pas de façon formelle la qualité du
demandeur en réparation. Ils parlent seulement de la personne lésée sans en préciser la
qualité de cette dernière.
La doctrine de préciser que le sujet actif, titulaire de l’action civile est d’abord la victime du
dommage résultant de l’infraction. Dès qu’une personne peut prétendre personnellement
être lésée par l’infraction, elle peut demander réparation et se constituer partie civile (Henri
Cette même doctrine renseigne que, pour exercer l’action civile, chaque titulaire doit être
capable d’ester en justice les règles du droit civil sont ici applicables. Ainsi, en cas de la
constitution de la partie civile des personnes morales, celle-ci doivent être représentées par
des personnes physiques désignées soit par les lois qui les instituent, soit par les statuts ou
règlement (Op. Cit P.201) c’est fort de cela que la doctrine renseigne que la qualité de la
personne qui prétend au droit à la réparation d’un dommage n’est pas déterminée de façon
formelle.
En effet l’action civile en réparation des dommages causés par une infraction est accordée
à tous ceux qui ont souffert du dommage directement par elle (Alex Weil et François
TERRE, précis de droit civil, les obligations, Dalloz 1986, Page 620, n°603 ; (HCM, RP
001/2004 P.164 ;
A côté de la victime principale de dommage, il peut avoir d’autres victimes plus éloignées
qui souffrent matériellement ou moralement du dommage survenu à celle-là, de sorte que,
même une concubine peut obtenir réparation du préjudice résultant pour elle de la mort de
son concubin (KATWALA KABA KASHALA, code civil Zaïrois annoté, éd Batena
Ntambwa, Kinshasa, 1995, P.151 n°28)
Une autre doctrine souligne que l’action civile exercée devant le juge confère deux
prérogatives à la victime d’abord un pouvoir pénal important notamment, la mise en
mouvement de l’action publique et la participation à la recherche des preuves, en suite, le
droit de réclamer réparation de son préjudice civil (Jean PRADEL, manuel de procédure
pénale 12e éd revue et augmentée, 1e Décembre 2004, éd Paris, FALAPHILIPE, l’option
entre la voie civile et la voie pénale pour l’exercice de l’action civile, thèse Dacty I, poitiers
1973.
L’existence d’un fait générateur de responsabilité qui n’est autre que la faute.
Il s’agit dans le cas d’espèce du double meurtre des sieurs ENABYAYI MULONGE
NAMIRA et USHIRIKA BITANGALO, l’atteinte à l’intégrité physique de la personne,
l’enlèvement, le vol et l’extorsion.
L’existence des dommages qui peuvent être matériel et moral dont les parties civiles ont
subi durant la période allant de 2016 à 2017, dans le territoire de KALEHE, suite aux actes
posés par les prévenus BITALE Léonard Luc, ASIFIWE MUJALIWA Jean de Dieu et
DOUDOU NDOTO Philip.
Dans le cas d’espèce, n’eut été le double meurtre des sieurs ENABYAYI MULONGE
NAMIRA et USHIRIKA BITANGALO, l’atteinte à l’intégrité physique de la personne,
l’enlèvement, le vol et l’extorsion dont les parties civiles MNM 8, UEA 22, SMA 16, BVJ
19, BEJ 15, WMK 2, KKY 7, WSJ 20, MBB 13, MIM 5 et MKZ 14 en n’ont été victimes
selon les cas, ces dommages n’existeraient pas.
Sur ce, les prévenus endosseront la responsabilité civile sur pied de l’article 258 du Code
Civil Congolais livre III qui oblige la réparation du dommage à la personne par la faute de
laquelle ce dommage est arrivé.
Cependant, la Cour fait observer, en ce qui concerne certaines victimes qui se sont
régulièrement constituées parties civiles dans la présente cause, à savoir BSB 21, VCM 17,
MWK 12, BBS 11, USF 10, BMJ 9 et GMS 3, KHA 1, MR 4, CGB 6, BBS 11 et BNK 18
vont tout simplement constater que leurs actions ne seront pas examinées.
En effet, l’infraction étant individuelle, les prévenus poursuivis dans cette affaire ne peuvent
répondre des faits d’autrui, dès lors, qu’il a été constaté que, les mêmes faits sous examen,
auraient également été commis, par des personnes autres que ces trois prévenus, quoi que
dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, ne pourra faire de la Cour, compétente
d’examiner leurs actions.
Les parties civiles dans la présente cause réclament également réparation des préjudices
subis à la République démocratique du Congo pour avoir failli à ses obligations prévues à
l’article 52 de la constitution, notamment celle d’assurer la sécurité des personnes.
Pour arriver à la décision, si oui ou non, il y a responsabilité civile de l’Etat congolais dans
la présente cause, il convient de répondre d’abord à la problématique juridique du terme
responsabilité civile ; l’obligation de réparer le préjudice résultant d’une faute dont on est
auteur direct ou indirect (traité de la responsabilité civile, 2 e éd HFL, Bruxelles 1967. P.105).
Pour MAZEANO, il pense que pour qu’il y ait responsabilité civile, il faut un dommage ;
un préjudice et par la suite une personne qui souffre, une victime.
Est responsable, celui qui doit réparer un dommage (traité théorique et pratique de la
responsabilité civile, 4e éd. N°3, 4 et 6 par TUNC, Roger DALLQ).
Pour que cette faute se forme, il n’est pas nécessaire que les agents soient en faute car, il
suffit de relever une mauvaise tenue générale du service public dans son ensemble, d’établir
sa mauvaise organisation ou son fonctionnement défectueux.
Si la responsabilité civile des auteurs de l’infraction ayant causé préjudice aux parties se
fonde sur l’article 258 CCC LIII aux termes duquel « tout fait quelconque de l’homme qui
cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer » ; c’est
ce que la doctrine qualifie de la responsabilité simple qui a pour point de départ le fait
personnel de l’auteur du dommage (Roger DALLQ Op. Cit p.108).
Celui de l’Etat congolais s’apprécie sur base de l’article 260 du code civil congolais, livre III
qui dispose « on est responsable non seulement du dommage que l’on cause par le fait des
personnes dont on doit répondre ou des choses que l’on a sous sa garde ».
Ici, la Cour fait savoir que la responsabilité civile de l’Etat Congolais ne s’apprécie pas, en
termes de réparation des dommages, sur pied de l’article 52 de la constitution et 259 du
code civil congolais livre III tant vantés par les conseils des parties civiles. Elle s’apprécie,
par contre, sur pied de l’article 260 du code civil congolais livre III, à condition qu’il existe
un lien entre le commettant à son préposé.
Or dans le cas d’espèce, certes que le prévenu BITALE Léonard Luc est militaire des
FARDC en ce jour, mais les faits pour lesquels, il est en train de répondre devant la Cour
de céans, remontent à l’époque où il est encore civil.
Partant de cette réalité et surtout que les deux co-prévenus du prévenu BITALE gardent
encore leur qualité des civils, il va s’en dire qu’entre ces trois prévenus et l’Etat Congolais,
il n’existe aucun lien de commettant à son préposé.
Par conséquent, la République sera mise hors cause dans l’affaire sous examen pour le motif
évoqué supra.
C’EST POURQUOI
Vu la loi n°023/2002 du 18 Novembre 2002 portant code judiciaire militaire en son article
278;
Vu le décret du 30 janvier 1940, tel que modifié et complété à ce jour portant code pénal
congolais en ses articles 43, 44-45 ;
La République entendue ;
DISANT DROIT
Reçoit les appels des parties civiles et les déclare partiellement fondés ;
Par conséquent annule le jugement entrepris dans toutes ses dispositions et va statuer à
nouveau, en faisant ce qu’aurait dû faire le premier juge ;
STATUANT A NOUVEAU
A la question de savoir si les prévenus BITALE Léonard Luc, ASIFIWE MAJALIWA Jean
de Dieu et DOUDOU NDOTO Phillip sont coupables des faits infractionnels mis à leur
charge ;
La Cour à la majorité des voix des membres de sa composition et par vote au scrutin secret
répond OUI pour toutes les infractions sauf pour l’infraction de meurtre du sieur
ENABYAYI MULONGE mise à charge du prévenu DOUDOU NDOTO Phillip ;
A la question de savoir s’il y a lieu de leur accorder les circonstances atténuantes, les causes
de justification objectives ou subjectives, des causes absolutoires ou le sursis,
La Cour à la majorité des voix des membres de sa composition et par vote au scrutin secret
répond NON ;
A celle de savoir s’il y a lieu de prononcer une sanction pénale et peine complémentaire ;
Av.Kasongo, Quartier Ndendere, Commune d’Ibanda, Ville de Bukavu
Email : [email protected]
32
RPA N°0529/020
La Cour à la majorité des voix des membres de sa composition et par vote aux scrutins
secret répond OUI pour la sanction pénale ;
Le condamne à payer les frais de double instance évalués à 342.000 francs congolais, payable
dans le délai de 8 jours francs, récupérables par 3 mois de contrainte par corps ;
Confirme sa détention.
Le condamne à payer les frais de double instance évalués à 342.000 francs congolais, payable
dans le délai de 8 jours francs, récupérables par 3 mois de contrainte par corps ;
Confirme sa détention.
Le condamne à payer les frais de double instance évalués à 342.000 francs congolais, payable
dans le délai de 8 jours francs, récupérables par 3 mois de contrainte par corps ;
Confirme sa détention.
La Cour déclare recevables et fondées les actions civiles mues par les parties civiles MNM8,
UEA 22, SMA 16, BVJ 19, BEJ 15, WMK 2, KKY 7, WSJ 20, MBB 13, MIM 5, MKZ 14.
En conséquence, La Cour condamne, selon le bon sens et l’équité, chacun des prévenus,
dû à l’absence au dossier des éléments d’appréciation objective, à payer au titre des
dommages et intérêts aux parties civiles qui ont subi des préjudices de suite de leur
comportement comme suit :
Les prévenus BITALE Léonard Luc et ASIFIWE MAJALIWA Jean de Dieu pour
l’infraction de meurtre du sieur ENABYAYI MULONGE NAMIRA, à payer chacun :
Les prévenus BITALE Léonard Luc, ASIFIWE MAJALIWA Jean de Dieu et DOUDOU
NDOTO Philip pour l’infraction de meurtre du sieur USHIRIKA BITANGALO, à payer
chacun :
Les prévenus BITALE Léonard Luc, ASIFIWE MAJALIWA Jean de Dieu et DOUDOU
NDOTO Philip pour l’infraction de terrorisme, à payer chacun :
• Aux parties civiles WMK 2, KKY 7, WSJ 20, MBB 13, à la suite d’atteinte à leur
intégrité physique, la somme équivalente en franc congolais de 400 dollars
américains, à chacune d’elles, pour tous préjudices confondus ;
• Aux parties civiles WMK 2, MIM 5, SMA 16, MKZ 14, à la suite du vol et extorsion,
la somme équivalente en franc congolais de 300 dollars américains, à chacune d’elles,
pour tous préjudices confondus.
Cependant, elle se déclarera incompétente à examiner les actions civiles des parties civiles
BSB 21, VCM 17, MWK 12, BBS 11, USF 10, BMJ 9, GMS 3 KHA 1, MR 4, CGB 6, BBS
11 et BNK 18 pour les motifs évoqués supra.
Par ailleurs, elle met hors cause la République, pour absence de lien de commettant à
préposé entre elle et les prévenus, civils de leur état, au moment de la commission des faits
leur reprochés.
Ainsi arrêté et prononcé à l’audience publique des jour, mois et an que dessus à
laquelle siègent :
LE GREFFIER LE PRESIDENT