LA PERSECUTION DE L'EGLISE
La rapide expansion durant l'âge apostolique, se poursuivit au deuxième
et troisième siècle. Cependant l’Eglise dut faire face à l'opposition du judaïsme,
et à la pression de l'état qui demandait une obéissance à “César” plutôt qu'à
Christ. Pendant cette période, de grands leaders se sont levés pour défendre la
foi, pour définir la doctrine et pour conduire l'adoration.
Beaucoup de chrétiens furent persécutés à cause de leur foi en Christ. Leur
témoignage nous inspire par rapport à l'opposition et la persécution que connait
l’Eglise d'aujourd'hui. Nous sommes édifiés par la force spirituelle et la nature
indestructible de l'Eglise des temps passés
I/ Les Raisons de la Persécution
L'Eglise primitive a dû faire face à une forte persécution qui menaçait
d'éteindre la flamme grandissante du christianisme. Par moment, l'opposition
était violente. Habituellement, elle était plutôt localisée et prenait la forme de
discrimination. Les martyres avaient lieu ponctuellement. Ce n'est qu'en 250
après J.-C qu'un empereur a délibérément ordonné la persécution des chrétiens
dans tout l'Empire. Les raisons de la persécution étaient variées.
1) Les questions religieuses
Durant l'âge apostolique, les Romains considéraient le christianisme comme une
secte issue du judaïsme. Mais les leaders juifs qui voyaient que l'enseignement
de la grâce chrétienne remplaçait progressivement leur héritage légal de l'époque
mosaïque marquèrent une séparation nette avec l’Eglise. Cette distinction fut
entérinée par l'état romain.
Cependant les Romains n’arrivaient pas à comprendre quelle sorte de religion
était le christianisme et le considéraient comme une forme d'athéisme. Les
chrétiens n'avaient pas d'idole, ni d'autel.
Par ailleurs, en grandissant, l'Eglise est devenue une menace pour la stabilité de
l’Etat dont l’un des éléments stabilisateurs est le culte de l’empereur. Les païens
convertis refusaient d'adorer leurs anciennes divinités romaines. Ils étaient
accusés d'abandonner les dieux.
2) Les questions politiques
Parce que le gouvernement était tolérant envers toutes les religions, les gens
pouvaient adorer tous les dieux qu'ils désiraient, aussi longtemps qu'ils adoraient
aussi l'empereur (César).
L'empereur Domitien, qui a régné en 81-96 après J.-C. se faisait appeler “maître
et dieu”, afin de démontrer son génie. Ce fut durant son règne que l'apôtre Jean a
été exilé sur l'île de Patmos où il écrit le livre de l'Apocalypse. 10
Il semblait néanmoins que la religion chrétienne menaçait l'unité politique de
l'empire. Les chrétiens présentaient Jésus comme un roi et prêchaient le
Royaume des cieux. Jésus enseignait à ceux qui le suivaient de rendre “à César
ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu” (Matthieu 22: 17-21). Ainsi, les
chrétiens ont compris que l'adoration appartenait à Dieu et non à César. Les
chrétiens refusaient alors d’offrir de l'encens à l'empereur, car c'était pour eux un
acte d'adoration. Ce refus fut considéré comme un acte déloyal
L'état a promulgué donc une loi demandant à tous de prêter serment à Rome en
déclarant, “César est seigneur”. Les chrétiens qui refusaient d'obéir à la loi
étaient traités de manière différente. Certains étaient tolérés, d'autres persécutés.
Une lettre de Pline, représentant de Bithinie, à l'empereur Trajan en 111 après J.-
C. montre que l'acceptation du christianisme était punissable de mort dans
certaines régions de l'Empire. Pline a écrit ceci :
Je leur demandais s'ils étaient chrétiens et s'ils le reconnaissaient, je leur
demandais une deuxième et une troisième fois, avec des menaces. S'ils
persistaient, j'ordonnais l'exécution; car j'étais persuadé que, quelle que soit leur
croyance, l'entêtement et la perversité inflexible méritaient la punition...Pour
ceux qui disaient ne pas être ou avoir été chrétiens, je pensais qu'il était juste de
les laisser partir puisqu'ils récitaient une prière aux dieux dictée par moi et
faisaient devant ta statue des supplications, avec de l'encens et du vin...et de
plus, maudissaient Christ, une chose que (dit-on) ceux qui sont vraiment
chrétiens ne feront jamais.
3) Les questions pratiques et les Intérêts financiers
En dehors du différent religieux et politique, les chrétiens se trouvaient
aussi en conflit avec le mode de vie des Romains. (1 Corinthiens 1: 26) En effet,
hommes et femmes des classes supérieures et inférieures de la société adoraient
tous ensemble. Mais les membres nobles influents de la société romaine se
méfiaient de cette insistance pour l'égalité de tous.
De même, les chrétiens se sont retirés de certaines pratiques et
manifestations en vogue dans la société romaine. Ils refusaient de prendre part
aux jeux sanglants des Romains. Ils rejetaient le théâtre romain sensuel. Ils
refusaient d'assister aux rassemblements païens dans les temples. Leurs voisins
païens les accusaient d’haïr l'humanité. En acceptant Christ, les croyants
rejetaient non seulement les dieux et certaines lois des sociétés païennes, mais
aussi la moralité de ces sociétés.
Plus l'opposition grandissait, plus les chrétiens devaient être prudents dans
leurs rassemblements. Ils se rencontraient souvent dans les lieux privés et de
nuit ; ce qui a entraîné plus de questions. Qu'est-ce que les chrétiens avaient à
cacher ? Quelle conspiration tramaient-ils ?
A cela s’ajoutent les spéculations et les accusations. Les croyants sont dit
immoraux car ils parlaient de l'amour qu'ils avaient pour leurs frères et sœurs.
On disait même qu'ils pratiquaient l'inceste et organisaient les orgies sexuelles.
Quand les chrétiens parlaient des éléments de la cène comme étant le “corps et
le sang du Seigneur,” ils étaient accusés de cannibalisme. Certains disaient que
ces chrétiens tuaient et mangeaient des nouveau-nés en sacrifice à leur Dieu. Ces
fausses accusations augmentaient la suspicion, la méfiance et le ressentiment
contre ceux qui suivaient Jésus-Christ. Cette opposition populaire basée sur la
crainte a conduit plus tard à une politique de persécution gouvernementale.
En fait, la pureté et l'action sociale des premiers chrétiens étaient un
reproche contre l'immoralité et l'égoïsme de la société romaine, une accusation
silencieuse contre son indifférence. Un écrivain du milieu du deuxième siècle a
résumé la place des chrétiens dans le monde :
Un écrivain du milieu du deuxième siècle a résumé la place des chrétiens
dans le monde :
Ce que l'âme est pour le corps, les chrétiens le sont pour le monde. L'âme est
dispersée dans tous les membres du corps et les chrétiens sont éparpillés dans
toutes les villes du monde. L'âme demeure dans le corps, mais n'appartient pas
au corps, et les chrétiens demeurent dans le monde, mais n'appartiennent pas au
monde.
II/ Le Résultat de la Persécution
Les premiers chrétiens ont souffert de formes variées de persécution. Ils ont
subi la discrimination, la moquerie, l'exil, l'emprisonnement et la mort. De la
plupart des persécutions résultait la crainte qu’inspiraient au peuple leurs
“pieux” voisins. Les leaders politiques n'intervenaient que dans les persécutions
localisées, comme celle de l'empereur Néron à Rome en 64 après J.-C.
Si la persécution n'était pas toujours violente, elle affectait néanmoins la
vie et le témoignage des premiers chrétiens. Cet engagement ferme envers Christ
et la volonté de mourir pour Lui ont entraîné beaucoup de conversions et
stabilisé certains chrétiens qui flanchaient sous la pression de la persécution. En
fin de compte, les effets de la persécution ont fortifié et fait grandir l'Eglise.
1) L'admiration pour les martyrs
La mise à mort à la romaine était douloureuse et publique :
Ils étaient mis à mort avec une cruauté raffinée et Néron ajoutait à leurs
souffrances la moquerie et la dérision. Certains étaient couverts de peaux
d'animaux sauvages et abandonnés pour être dévorés par les chiens ; d'autres
étaient cloués sur une croix ; nombreux étaient ceux qui étaient brûlés sur le
bûcher ; beaucoup étaient aspergés de produit inflammable et servaient de torche
humaine durant la nuit. (Vue globale de la mission chrétienne, J. Herbert Kent,
p. 130
Ceux qui scellaient leur témoignage de leur sang faisaient l'objet d'une
grande admiration. Leur martyre était le signe ultime de leur consécration de
disciple. L'histoire raconte qu'Origène, devenu plus tard un grand apologiste,
voulait être tué avec son père alors qu'il était enfant. Sa mère l'en a empêché en
lui cachant ses vêtements.
Très vite cette admiration s'est transformée en vénération. De nombreux
chrétiens pensaient que les martyrs étaient particulièrement saints et bénis de
Dieu. L'église de Smyrne, par exemple, célébrait la mort de Polycarpe chaque
année, en se rassemblant autour de sa tombe. Ce genre de pratique a conduit à
vénérer les reliques des martyrs. Les gens ont fini par croire que prier Dieu au
nom de certains martyrs était particulièrement efficace.
Ainsi, l'Eglise primitive a commencé à associer les conceptions païennes
aux martyrs. Les chrétiens ont précieusement gardé les reliques des martyrs, les
tombes et tout ce qui pouvait de loin les rattacher à eux. Ils en sont venus à
croire que ces choses avaient la puissance de faire des miracles. Dans les siècles
suivants, cette admiration extrême a été incorporée à la théologie de l'Eglise.
2) La propagation de la foi
Dans Actes 8: 1-4, nous lisons que suite au martyre d'Etienne et à la
persécution, les chrétiens sont partis prêcher l'Evangile partout. Nous verrons
que tout au long de l'histoire de l'Eglise, la persécution a entraîné l'expansion.
Au deuxième siècle, l'Eglise était implantée en Gaule (la France actuelle) avec
un évêché à Lyon. Au troisième siècle, il y avait beaucoup d'églises et d'évêques
en Espagne (les évêques sont des anciens). Personne ne sait comment le
christianisme est arrivé dans les îles britanniques. Nous savons qu'en l'an 314
après J.-C., trois évêques de York, Londres et Lincoln étaient présents au conseil
d'Arles, aujourd'hui au sud de la France.
Sur le continent africain, le christianisme a été bien reçu en Egypte. En
fait, Alexandrie est devenue un des centres importants pour la théologie
chrétienne et l'évangélisation. Bien que l'église d'Alexandrie prétende que c'est
Marc qui leur a prêché l'Evangile, nous ne savons pas exactement qui leur a
transmis la foi. En Egypte, le christianisme a pénétré non seulement la
population juive, mais aussi la population grecque. A la moitié du troisième
siècle, une traduction des Ecritures en langue copte a été commencée.
En l'an 410 après J.-C., Cyrène, une province plus à l'ouest en Afrique,
comptait près de six évêchés. Il est intéressant de réfléchir à la relation entre ceci
et le fait que Cyrène soit mentionné quatre fois dans le Nouveau Testament
(Matthieu 27: 32, Actes 2: 10, 11: 20, 13: 1).
Dans les régions qui sont aujourd'hui la Tunisie et l'Algérie, le
christianisme était largement accepté. Il est possible que l'Evangile soit venu
dans cette région depuis Rome et l'Egypte. Le latin était la première langue
parlée des chrétiens de ces régions, et il y a des raisons de croire que la première
Bible en latin était de là. Les églises de l'Afrique étaient parmi les plus
puissantes de l'Empire. Il en est sorti de nombreux évêques, quelques-unes des
premières traductions de la Bible, ainsi que beaucoup de grands évangélistes et
théologiens de l'Eglise primitive.
Les possibilités d'expansion de l'Eglise étaient présentes depuis le jour de
la Pentecôte. Rassemblés à Jérusalem, il y avait des gens venant d'une vaste
région et de nombreuses nationalités (Actes 2: 5-11). En fait, Luc dit qu'il y avait
des Juifs craignant Dieu venus de toutes les nations de la terre. Ils ont été
témoins de l'effusion du Saint-Esprit et du pouvoir donné à l'Eglise. Sans aucun
doute, beaucoup d'entre eux ont cru en Jésus et ont rapporté l'Evangile dans leur
propre pays