Isabelle Racine
Après le FOS et le FOU que nous avons abordés dans les entretiens précédents, nous allons cette
fois-ci continuer notre tour d'horizon avec la notion de français professionnel. Pour cela, nous
accueillons Florence Mourlhon-Dallies, professeure en sciences du langage à l'Université Paris
Cité. Bienvenue Florence ! Merci d'avoir accepté de participer à ce MOOC.
Tu es spécialiste de l'analyse des discours professionnels. Tu t'intéresses également à
l'enseignement de ce français professionnel. Tu as en effet publié en 2008 un ouvrage de
référence intitulé Enseigner une langue à des fins professionnelles. Plus récemment, tu t'es
impliquée en partenariat avec l'OIF, à la mise en place d'une formation MOOC Créateurs de mode
francophone destinée à des stylistes modélistes d'Afrique francophone. Merci d'avoir accepté de
participer à ce MOOC. Nous avons abordé précédemment le FOS, qui est une des démarches,
peut-être la plus connue, mais pas la seule, de ce qu'on appelle le français professionnel. Est-ce
que tu peux nous expliquer cette appellation ?
Florence Mourlhon-Dallies
Oui, alors au risque de vous décevoir, je vais revenir sur le FOS malgré tout avant de parler du
français professionnel, parce que, au tout départ, il y a une cinquantaine d'années à peu près, le
FOS c'était la manière de qualifier l'enseignement du français langue étrangère à des publics
professionnels, par exemple des publics d'infirmiers/ères, de médecins, de réceptionnistes
d'hôtel, donc des personnes déjà dans l’emploi, à la différence du français général qui était plutôt
pour les publics académiques. Et puis c'était aussi une manière d’englober tous les
enseignements du français au public pré-professionnel, comme les étudiant-es en école
spécialisée dans l'enseignement supérieur professionnel. Et donc, cette appellation de FOS elle
se jouait au pluriel. C'était le FOS français sur objectifs spécifiques au pluriel. C'était l'appellation
fourre-tout. Alors actuellement, elle a été remplacée par français professionnel, justement,
français professionnel, c'est l'appellation la plus englobante. Sans doute parce que dans tous les
milieux de formation a émergé le paradigme de l'action et de la professionnalisation et le français
langue étrangère n'y a pas échappé. Et de ce fait, l'appellation français professionnel est devenue
beaucoup plus parlante. Elle est très large. Et le FOS maintenant ne désigne plus qu’un simple
courant, une démarche comme le disent Jean-Marc Mangiante et Chantal Parpette que vous avez
aussi interviewé-es. Donc le FOS au singulier, c'est une démarche pour des publics très cadrés
de professionnel-les auxquels on propose des formations sur mesure. Donc nous voilà
maintenant avec le français professionnel comme appellation générique qui va permettre de
désigner une multiplicité de démarches et de publics visés par ces démarches.
Et donc, il faut bien penser que le français professionnel, il s'adresse à des publics très diversifiés
avec des objectifs d'enseignement, des priorités très diverses aussi. Par exemple, le français
professionnel il peut recouvrir l'enseignement des langues de spécialité qui pourtant date de
1970 plutôt. Par exemple, quand on vise des spécialistes de langues qui vont devenir
traducteurs/trices-interprètes, ils/elles ont besoin de travailler particulièrement le lexique, la
grammaire de spécialité.
Et donc, on va dire, on leur fait du français professionnel mais en réalité, ça va être une démarche,
une méthodologie de français langue de spécialité. On a aussi parlé de français professionnel
pour des publics tout autre, par exemple des jeunes étudiant-es, des jeunes adultes qui sortent
de l'équivalent du baccalauréat dans le monde entier et qui sont dans ces écoles spécialisées.
Et alors là, en fait, ça recouvre plutôt ce qu'on appelle au sens strict le français de spécialité, pas
le français langue de spécialité, mais le français de spécialité avec une connaissance vaste de
différents métiers, de différentes situations de communication, par exemple dans les hôtels,
dans les offices de tourisme aussi, on s'intéresse au français du tourisme. Et de ce fait, il faut
bien penser que selon les publics, selon les objectifs prioritaires, on met en avant certains
aspects et on procède différemment pour enseigner.
Et c'est ce qui fait que l'enseignement du français professionnel nécessite un petit peu de
technicité. Et la toute dernière appellation, qui est plus récente, qui date à peu près de 2004-
2005. C'est un courant auquel j'ai contribué largement avec la didacticienne Mariela de Ferrari,
et c'est le français langue professionnelle, vous voyez. Alors ça se joue à un mot près, ce n’est
pas le français professionnel qui est l'enveloppe d'ensemble, l'expression la plus courante, c'est
le français langue professionnelle, qui correspond tout d'abord à une analyse du travail et des
organisations qui est une manière tout à fait particulière de procéder. Donc, pour toute personne
qui veut se spécialiser dans l'enseignement du français professionnel. Et bien il faut qu'elle sache
qu'elle a un répertoire méthodologique didactique très large qui est recouvert par l'appellation
français professionnel en réalité.
Isabelle Racine
Alors, est-ce que justement, comment, quels conseils tu pourrais donner aux enseignant-es ou
quelles ressources tu pourrais mentionner aux enseignant-es qui souhaiteraient s'équiper ou
s'outiller pour mettre en pratique cela ?
Florence Mourlhon-Dallies
Alors évidemment, pour s'outiller, il n'y a pas toujours la possibilité de suivre des formations, ça
dépend dans quel pays on est, dans quel système éducatif on se trouve et si soi-même on est
déjà membre d'une école de langue ou bien employé-e dans un organisme de formation, on a
accès à plus ou moins de possibilités de se former au français professionnel.
Alors le MOOC justement, ça en fait partie, c'est l'objectif. Mais je dois rappeler qu’entre 2016 et
2022, dans la revue la plus basique, Le Français dans le monde, revue pour les professeur-es de
français langue étrangère, dans les numéros ordinaires, pas dans les numéros Recherches et
Applications, il y avait pour les numéros impairs, un numéro sur deux donc, une chronique du
français professionnel que j'ai tenue personnellement, que j'ai rédigée, avec à chaque fois des
thèmes ou des méthodes d'enseignement, des méthodologies, des outillages qui peuvent servir
de ressources aux enseignant-es qui voudraient aborder cette question du français
professionnel.
Donc, il y a ces numéros qui sont largement diffusés dans les bibliothèques, aussi des espaces
numériques. Mais évidemment, c'est peu de choses, c'est une simple double page qui paraissait
tous les deux mois. On peut aussi imaginer se reporter vers le site du français professionnel de la
Chambre de commerce et d'industrie de Paris, dont vous avez peut-être déjà parlé, qui propose
des ressources au numérique pour les enseignant-es. Il y a dedans un parcours qui n’est pas
toujours finalisé, qui est en cours de construction je crois en cette date de 2023 mais qui propose
la méthodologie pour le FOS au singulier, pour la démarche sur mesure de création de modules.
C'est une aide précieuse pour les personnes qui voudraient se spécialiser. Évidemment, on peut
aussi essayer de s'inscrire à des universités d'été mais en général, il faut venir en France et c'est
plus coûteux. Par exemple, au Cavilam à Vichy, il y a souvent des modules d'enseignement de
français professionnel, mais encore faut-il pouvoir y accéder. Et enfin, bien sûr, les universités
françaises, quelques-unes du moins, proposent dans les masters FLE quelques parcours FOS.
Évidemment, il y a celui de l'Université d'Artois à Arras, de Jean-Marc Mangiante et moi-même à
l'Université Paris Cité, j'ai un cours de français professionnel arts et culture de travail, mais ce
sont des formations très pointues et assez rares. Donc on peut dire qu'il y a beaucoup de travail
en autodidacte je pense pour les personnes qui veulent se former.
Isabelle Racine
Très bien. Merci beaucoup Florence pour cet éclairage très intéressant.
Florence Mourlhon-Dallies
Merci en tout cas de nous avoir convoqué-es aussi largement. Voilà, merci.