Adhs Module7
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Module 7
198 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
Résumé
Le présent module s’intéresse aux principaux aspects qu’un pays en situation de crise doit
prendre en considération en matière de prestation de soins de santé. Le taux de couverture
par les services de santé les plus importants, le volume de soins fourni par les établissements
de santé, ainsi que l’efficience, l’efficacité et la qualité des soins dispensés constituent les
éléments de base à étudier. Ce module passe en revue les différents modèles de prestation des
soins de santé pour mieux comprendre comment fonctionnent les secteurs de la santé et pour
contribuer au débat sur le relèvement et la réforme de ces secteurs. L’intérêt des différents
programmes de prestations de base est ensuite évalué. Dans une seconde partie, le module
aborde des aspects particuliers de la prestation de soins comme les modèles de prescription,
les programmes verticaux, les soins de santé en milieu urbain, les services sanitaires mobiles
et les soins dispensés dans le cadre d’opérations de secours humanitaires.
L’annexe 7 traite des motivations, des modalités, des avantages et des limites de la
contractualisation des services de santé, une option déjà adoptée par le secteur de la santé de
certains pays sortant d’un conflit et à l’étude dans de nombreux autres.
Modules connexes :
Module 2. Donner un sens (approximatif) à des données (bancales)
Module 5. Comprendre les processus d’élaboration de la politique sanitaire
Module 9. Examiner le réseau de santé
Module 11. Analyser le sous-secteur pharmaceutique
Couverture sanitaire
Les réinstallations liées à des événements violents conduisent les populations concernées
à se regrouper à l’écart des zones les plus dangereuses. La répartition disparate de ces
populations diminue l’utilité des mesures de couverture géographique. L’accès effectif
des populations aux soins serait un indicateur bien plus significatif, mais il est difficile
à mesurer, notamment dans les zones instables. C’est pourquoi l’utilisation des soins sert
souvent d’indicateur de substitution de l’accès aux soins. L’accès des utilisateurs potentiels
aux soins peut être permanent dans les zones non touchées par les troubles ou intermittent
du fait d’interruptions de la prestation résultant de problèmes de sécurité ou de logistique
ou encore du fait de mouvements de populations. Si la nature même de certains services
(vaccination, par exemple) autorise un mode de fourniture intermittent, d’autres, au contraire,
sont fortement pénalisés en cas d’interruption et d’imprévisibilité.
En obligeant des communautés auparavant dispersées ou nomades à se concentrer à proximité
des services de santé, les épisodes de violences peuvent améliorer l’accès physique aux
soins. Les violences intracommunautaires peuvent modifier en profondeur la répartition
géographique des individus et, donc, également modifier la carte de l’accès aux services
de soins. Même si, avant la crise, les structures de soins étaient utilisées par différents
groupes ethniques ou religieux, le réseau de soins peut ensuite se recomposer en portions
mutuellement inaccessibles, contrôlées par telle ou telle partie en conflit et utilisées par les
populations leur étant affiliées. La couverture sanitaire s’interprète dès lors différemment.
Compartimentés, les services de santé deviennent partie intégrante du conflit politique en
cours, puis de sa résolution.
On ne dispose de taux de couverture détaillés pour quasiment aucun secteur de la santé
en situation de crise. La couverture sanitaire est calculée à l’aide d’unités quantitatives
(accouchements assistés, vaccination antirougeoleuse, etc.) mais les estimations
démographiques ne sont pas fiables. Des enquêtes types comme les enquêtes démographiques
et sanitaires ou les enquêtes en grappes à indicateurs multiples (MICS) ont été réalisées dans
Module 7
de nombreuses situations d’urgence complexe mais leurs résultats peuvent avoir été biaisés
par des difficultés d’échantillonnage liées à des problèmes de sécurité ou d’accessibilité.
Les estimations auxquelles ces enquêtes ont abouti doivent être interprétées en tenant compte
des groupes étudiés. Les populations échantillonnées peuvent être essentiellement urbaines
ou n’inclure que certaines régions privilégiées ou encore exclure un pourcentage important
Module 7 Analyser les modèles de prestation des soins de santé 199
d’individus concernés mais vivant dans des zones contrôlées par des groupes rebelles.
Les enquêtes sur les taux de couverture, qui sont réalisées par des programmes spéciaux
tels que le Programme élargi de vaccination (PEV), viennent très utilement compléter les
évaluations générales. Comme c’est systématiquement le cas avec les programmes spéciaux,
leurs résultats ne sont pas représentatifs des performances des services de santé en général.
Les estimations de l’utilisation des services de soins telles que le nombre annuel de soins
ambulatoires par habitant sont extrêmement intéressantes. Étant donné la fragmentation de
l’offre de services, les chiffres de la consommation dont on dispose sont souvent incomplets,
ne reflétant qu’une faible partie des performances totales. Avant de les utiliser, il faut
généralement opérer quelques ajustements pour tenir compte des données manquantes.
Il est fréquent que les prestations des organismes d’aide humanitaire soient comptabilisées
séparément des prestations équivalentes fournies par le système de santé traditionnel.
La consommation de services curatifs est la plupart du temps sous-estimée, surtout en ville,
où sont concentrés les prestataires de soins privés à but lucratif.
Les données relatives à la couverture et à l’utilisation doivent toujours être croisées avec
les données sur l’offre de services. Les résultats concernant les services de santé ne pouvant
être fournis qu’au moyen de matériels, d’équipements ou de personnels particuliers doivent
être globalement proportionnels à ces intrants. Par exemple, l’examen des frottis de crachats
permettant de dépister la tuberculose nécessite de disposer de microscopes et de personnel
de laboratoire. Les décalages importants entre le nombre de nouveaux cas signalés et les
équipements et personnels requis amènent à s’interroger sur la fiabilité des données ou
l’utilisation des intrants notifiés.
La méthode de collecte des informations relatives aux soins de santé influe sur la méthode
choisie pour étudier la consommation de services. Dans les secteurs où sont utilisés des
outils standard de collecte de données, les tentatives d’agrégation des chiffres déclarés par
des prestataires de services épars ont quelques chances de réussir. Elles peuvent permettre de
dresser un tableau détaillé, encore qu’imprécis. Avec des systèmes de collecte fragmentaires,
où les différentes catégories de prestataires n’ont pas défini de méthodes communes, il n’est
pas possible d’agréger des données hétérogènes. Les chiffres disponibles, sélectionnés pour
leur fiabilité et compilés sous la forme de séries de données couvrant différentes régions
et différents contextes, doivent demeurer séparés. De cette manière, les séries présentées
peuvent refléter les caractéristiques d’un service donné et révéler des lacunes au niveau de
la prestation de services.
Avec l’aggravation de la crise, l’offre devient très inégale. Les ressources sont concentrées
dans les zones accessibles, sûres, qui peuvent tirer un avantage disproportionné de cette
situation et afficher des niveaux d’offre de services qu’elles n’avaient jamais atteints (y
compris en temps de paix). Tant pour des motifs de sécurité que des raisons opérationnelles,
les organismes d’aide humanitaire privilégient les régions frontalières. Dans les pays en
proie à des troubles, de très vastes portions de territoires, parfois vidées de leur population
originelle, peuvent être privées de services de santé, y compris des plus élémentaires.
La couverture sanitaire de base est un concept auquel il est fréquemment fait
référence mais dont la définition reste vague. Quand un paquet de services essentiels
a été officiellement formulé, il constitue un point de départ pour le travail d’analyse.
Comme l’adoption universelle d’un paquet de base officiel est rare dans les secteurs de
la santé ravagés par la guerre, on retrouve souvent toute une série de services considérés
comme « essentiels » par différents prestataires dans différents contextes. Dans la plupart
des cas, malgré la fragmentation, certains services essentiels sont fréquemment proposés.
Il est plus parlant d’exprimer le taux de couverture par les services essentiels sous la forme
d’un intervalle entre le service ayant le meilleur taux de couverture (PEV, en général) et
le service ayant le plus bas (il s’agit, presque toujours, des accouchements assistés par du
personnel qualifié). Dans certains pays, l’indicateur des accouchements assistés inclut les
Module 7
accouchements assistés par des accoucheuses traditionnelles, ce qui peut expliquer certains
chiffres étonnamment élevés (voir le tableau ci-dessous, par exemple).
Pour évaluer l’accès aux services essentiels de la population cible, les indicateurs suivants se
révèlent utiles, pour peu qu’ils aient été calculés de manière fiable. L’utilisation de certains
200 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
services est mieux exprimée sous la forme d’un taux de couverture allant de 0 à 100 %,
tandis que, dans d’autres cas, la mesure la plus appropriée semble être la consommation
de services, c’est-à-dire le nombre de services utilisés par personne et par an. Les taux
de couverture nationale masquent généralement de formidables disparités à l’intérieur du
territoire. Ils devraient donc être complétés par les taux de couverture enregistrés dans les
zones privilégiées et dans les zones mal desservies. Lorsque les estimations de population
ne sont manifestement pas fiables, mieux vaudrait ne calculer aucun taux de couverture.
La production de services exprimée en valeur absolue est alors préférable.
• Couverture par le vaccin DTC3. Cette donnée peut servir d’indicateur de substitution
de la proportion d’enfants entièrement vaccinés (couverts par le PEV), dans le cas,
fréquent, où le statut « ayant reçu tous les vaccins » n’est pas enregistré dans le système
d’information. Sachant que ce vaccin nécessite trois contacts répartis sur au moins deux
mois pour qu’ils soient atteints, les taux élevés de couverture par le DTC3 donnent à
penser que l’accès aux services de vaccination est relativement prolongé. Les couvertures
vaccinales calculées à partir d’enquêtes en grappes sont plus fiables que celles obtenues
à partir des injections déclarées et des populations théoriques. Malheureusement, les
enquêtes en grappes se rapportent souvent aux populations vivant dans des zones sûres.
• Couverture antirougeoleuse (indicateur pertinent en raison de l’importance de cette
maladie parmi celles que cible le PEV). N’exigeant qu’une seule injection pouvant être
effectuée en dehors des établissements de soins, c’est celle qui affiche généralement
les taux les plus élevés. Les campagnes de vaccination peuvent entraîner de fortes
variations de cet indicateur. Les chiffres concernant la couverture vaccinale aident à
vérifier la fiabilité des estimations démographiques : le fait que l’on constate souvent des
taux de couverture largement supérieurs à 100 % conduit logiquement à s’interroger sur
l’exactitude de ces estimations.
• Nombre moyen de consultations ambulatoires par habitant et par an. Certains systèmes
d’information sanitaire traitent différemment les premières consultations et les visites
de suivi. La décomposition de cet indicateur par type de praticien fournit des indices
supplémentaires sur le niveau des soins fournis. Les résultats sont fortement influencés
par la disponibilité des médicaments.
• Proportion d’accouchements assistés par du personnel médicalement qualifié ou, en
fonction du système d’information en place, proportion d’accouchements ayant lieu
dans un établissement de santé. Si un pourcentage important d’accouchements ayant lieu
« dans un établissement de santé » est assisté par du personnel non qualifié, l’interprétation
de l’indicateur est différente. Généralement, cet indicateur correspond au taux de
couverture le plus faible parmi les services de base.
• Proportion des nouveaux cas de tuberculose attendus détectés et proportion de ces
malades ayant suivi tout le protocole thérapeutique. Il est fréquent que le nombre
de nouveaux cas attendus soit estimé à partir d’hypothèses réellement audacieuses.
Avant d’interpréter cet indicateur ou de procéder à des comparaisons avec des contextes
différents, il est préférable d’évaluer la manière dont le taux d’incidence a été estimé.
• Proportion des nouveaux cas attendus d’autres maladies transmissibles importantes
détectés puis traités. Le taux de couverture est à interpréter différemment selon que les
services de lutte contre la maladie sont intégrés dans les services médicaux généraux ou
fournis par le biais de programmes spéciaux distincts.
• Des indicateurs se rapportant aux soins hospitaliers seraient extrêmement intéressants
mais il est rare que l’on puisse en disposer à l’échelle nationale. Pour estimer le nombre
de dossiers, mieux vaut se fonder sur les journées d’hospitalisation que sur les admissions
ou les sorties. Compte tenu des fortes variations qu’ils enregistrent, il est préférable de
Module 7
nombreux cas, les ONG fournissent les données se rapportant aux établissements qu’elles
soutiennent. Si l’on se sert de ces chiffres, il faut les interpréter avec prudence. Au sujet des
problèmes de données les plus courants et des moyens d’y remédier, voir le Module 2.
202 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
Les chiffres concernant la charge des services varient de manière spectaculaire et aléatoire
selon les périodes, en fonction de l’évolution de la sécurité, des approvisionnements et des
effectifs. Les évaluations trop ponctuelles peuvent être trompeuses. Quand elles existent, les
séries chronologiques fournissent des indications importantes sur la direction prise par les
services. Toutefois, en raison de la non-déclaration d’un grand nombre de données, un travail
considérable de nettoyage et de correction des données est nécessaire pour construire des
séries chronologiques. Les modifications des flux d’informations et les erreurs de données
sont trop souvent prises à tort pour des variations du volume d’activité des services.
Les charges de travail moyennes pour les principales catégories d’établissements ou
les grandes catégories de services (hospitalisations, soins ambulatoires, interventions
chirurgicales majeures, etc.) sont des données utiles pour évaluer la consommation des
services disponibles. Comme chaque catégorie d’établissements englobe à la fois des unités
de soins trop et trop peu utilisées, les chiffres moyens seraient à compléter avec les chiffres
les plus élevés et les plus bas.
Le taux d’utilisation des services peut atteindre des niveaux très élevés parmi les personnes
déplacées, généralement en mauvaise santé. L’accès aux centres de soins, souvent facilité
ou instauré par des organismes de secours humanitaires, encourage la consommation.
Pour les populations déplacées, le chiffre de quatre consultations ambulatoires par habitant et
par an est considéré comme un chiffre standard (Projet Sphère, 2004), alors que la moyenne
nationale est souvent inférieure à un. Ces derniers chiffres incluent rarement les services
proposés aux réfugiés et aux personnes déplacées dans leur propre pays.
Les secteurs de la santé hypertrophiés tendent plus que les autres à dilapider leurs ressources
limitées dans des établissements sous-utilisés où la qualité des soins ne satisfait pas à des
normes acceptables, ce qui crée une spirale descendante en termes d’efficience et d’efficacité.
Quand le pouvoir politique est contesté, les autorités peuvent attacher une importance
particulière à ces établissements en décrépitude, davantage destinés à signaler la présence
gouvernementale qu’à dispenser des soins.
Il n’est pas rare de constater des charges de travail excessives dans certains établissements
privilégiés en termes de localisation, d’actifs ou de moyens. Les surcharges peuvent être
transitoires, liées à la présence de personnes déplacées ou de praticiens renommés. En outre,
en temps de guerre, l’offre de services particulièrement appréciés par les patients, quels que
soient leur valeur objective et la praticité dans un établissement donné, peut ponctuellement
doper la consommation. Ainsi, les hôpitaux soutenus par des associations caritatives peuvent
voir augmenter le chiffre des hospitalisations pour la tuberculose quand ils proposent des
repas gratuits.
En raison de la diminution du réseau de soins périphérique, de problèmes de sécurité ou
de leur mobilité limitée, certains patients peuvent effectuer des séjours prolongés dans
un établissement de santé ou à sa proximité. Les hospitalisations ont de plus en plus la
préférence, davantage pour des raisons de commodité que des raisons techniques. Le fait
même que des lits soient disponibles induit des admissions, dont certaines ne sont pas
strictement nécessaires. Dans les hôpitaux de mission, le nombre des hospitalisations tend à
être plus élevé qu’ailleurs.
Les épidémies qui, souvent, frappent les populations exposées à des violences tendent à absorber
l’essentiel des capacités hospitalières. Les victimes de famines sont souvent hospitalisées
lorsque les autres modes de prise en charge ne sont pas ou plus disponibles. Les services en
charge des maladies chroniques, qui, en principe, peuvent être gérées en ambulatoire, sont
de plus en plus utilisés et doivent souvent être agrandis. Les populations en mouvement qui
trouvent des hôpitaux sur leur route peuvent temporairement venir les surcharger.
Si ces facteurs sont insuffisamment pris en compte, l’augmentation de la charge de
travail en milieu hospitalier peut inciter à réinvestir dans des infrastructures lourdes, au
Module 7
Si ces informations sont rarement disponibles à l’échelon central, où sont prises la majorité
des décisions d’investissement relatives au secteur hospitalier, elles le sont généralement au
niveau des établissements.
• Multiplication des crises et des urgences donnant à penser que le système est
insuffisamment équipé pour faire face aux événements (ordinaires pour la plupart mais
pour certains imprévisibles) ;
204 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
• Apparition de flambées de maladies malgré les mesures de lutte contre la maladie prises
en amont et censées être efficaces ;
• Marchandisation des soins de santé, les décisions diagnostiques et thérapeutiques se
fondant essentiellement sur le critère de l’intérêt commercial ;
• Recours à des techniques inappropriées ou erronées, parfois parce que les matériels et
les médicaments ont été offerts ou, pour être plus précis, ont été bradés à très bas prix,
dans des situations d’urgence.
niveau technique dépasse souvent les niveaux atteints en période de paix. On devine souvent
les capacités et les ressources d’organismes d’aide ou d’associations caritatives derrière ces
bonnes performances techniques.
Module 7 Analyser les modèles de prestation des soins de santé 205
La plupart des acteurs les plus performants, par exemple des hôpitaux ou des programmes
spéciaux, ont une taille ou une portée limitée, et donc une influence elle aussi limitée
sur la situation sanitaire globale. Leur visibilité et leur prestige peuvent être tout à
fait exceptionnels. Le coût financier de leurs bons résultats est rarement connu, ce qui
empêche d’évaluer les possibilités d’affecter différemment les ressources absorbées par
ces institutions. Une fois établis, ces prestataires de soins de haute qualité sont capables de
préserver leurs sources de financement privilégiées et ainsi de poursuivre leurs activités,
surtout s’ils sont soutenus par des organisations caritatives. Les évolutions apparues à
cause du conflit se pérennisent alors.
Évaluer la qualité des soins exige d’identifier certains critères et certaines normes pour que la
qualité au sens large devienne ensuite mesurable et interprétable. Pour une étude approfondie
de cet aspect complexe, voir Donabedian (2003).
L’examen de la qualité des soins requiert de prendre en compte différents éléments:
• Les aspects structurels concernent les intrants absorbés par la production des services
de santé. Il s’agit notamment des conditions de travail, des qualifications du personnel,
ainsi que des matériels et des médicaments disponibles. Les aspects structurels de la
prestation des soins sont les plus faciles à étudier. Même dans les situations les plus
troublées, on parvient à identifier certains indicateurs structurels à partir des données de
routine ou des rapports d’évaluation et de contrôle. Les listes de vérification destinées à
collecter des indicateurs de ce type abondent.
La valeur de ces indicateurs est principalement négative, c’est-à-dire que l’absence
d’intrants de base suggère une qualité insuffisante, tandis que leur existence ne garantit
pas une qualité suffisante. Dans de nombreux cas, plutôt qu’utiliser des moyennes,
mieux vaut exprimer la disponibilité des intrants de base sous la forme de la proportion
des lieux de prestation de soins en étant dotés. Par exemple, indiquer que 60 % des
structures de soins de santé primaires (SSP) ne sont pas équipées de tensiomètres en état
de marche est plus parlant que d’indiquer que la structure de SSP moyenne est équipée
de 0,8 tensiomètre.
• Les aspects liés au processus concernent la façon dont les intrants disponibles sont
transformés en activités de soin. Ils dépendent de toute une série de facteurs tels que
les compétences des agents de santé, l’organisation du travail, les incitations ou encore
l’information du public. Identification correcte d’une pathologie, prescription du traitement
adapté, observance des consignes par le patient, stockage approprié des médicaments et
des vaccins, tous ces paramètres concourent au processus de transformation, de même
que le ressenti des patients. La majorité des indicateurs de transformation sont collectés
grâce à l’observation directe ou lors d’entretiens. Les systèmes d’information de routine
produisent des indicateurs de transformation tels que les taux de létalité ou le taux de
réussite d’un protocole thérapeutique. Compte tenu du manque de solidité des données de
routine, il faut être extrêmement prudent avant de considérer comme fiable un indicateur
de transformation dérivé de ces données.
• Les effets des soins de santé sont, à l’évidence, l’ultime critère de la qualité.
Malheureusement, leur étude se heurte à des difficultés techniques importantes et revient
généralement cher. De plus, leur interprétation est excessivement délicate. Les effets à
long terme, en particulier, sont difficiles à évaluer dans les contextes instables, quand
les variables ne peuvent pas ou quasiment pas être contrôlées. Dans les secteurs de la
santé traversant une crise, on dispose donc de très peu de mesures relatives aux effets des
soins fournis.
Il est fréquent de s’appuyer sur la seule évaluation des aspects structurels et du processus
de transformation en considérant que, si tous les intrants nécessaires sont disponibles
Module 7
et si les méthodes de travail sont saines, les effets des soins ont des chances d’être
satisfaisants. Dans un secteur de la santé perturbé, il est préférable d’opérer de multiples
vérifications avant de souscrire sans réserve à un tel postulat. La prudence est de mise
avec les programmes de lutte ciblant une seule maladie et qui, par définition, laissent
206 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
de côté toute une série de facteurs de risque liés à l’environnement et aux violences.
Les progrès sanitaires qui sont escomptés en réduisant la charge de morbidité et de
mortalité générée par la maladie ciblée peuvent être contrebalancés par des pertes
concomitantes dans d’autres domaines, pertes induites ou amplifiées par la crise.
par la dispersion des activités entre de très nombreux acteurs, ce qui bloquait l’évolution
et l’essor des services de santé. L’issue politique incertaine du conflit a découragé tout
investissement d’envergure. Durant ce long conflit, les services de santé en milieu rural sont
Module 7 Analyser les modèles de prestation des soins de santé 207
évolution décisive. C’est pourquoi la formulation d’un programme de services est une des
propositions les plus fréquemment avancées au début d’un processus de relèvement. Avant
de s’engager dans cette voie, les décideurs auraient avantage à s’appuyer sur l’expérience
acquise en la matière.
210 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
Modèles de prescription
Les modèles de prescription ont été étudiés dans divers environnements. L’expérience
acquise au fil du temps a débouché sur une méthodologie d’évaluation standard, reconnue
et appliquée partout dans le monde (Organisation mondiale de la Santé, 1993). Le tableau
ci-dessous présente quelques-uns des indicateurs collectés dans les secteurs de la santé en
situation critique.
Quelques aspects de la qualité des prescriptions dans une sélection de
pays en crise
Nombre moyen % d’ordonnances
Pays Année de médicaments prescrivant des
par ordonnance antibiotiques
Cisjordanie et Bande de Gaza 1997 1,8-3,1 35-54 %
Érythrée 1999 1,8 44 %
Module 7
Programmes verticaux
Favorisés par les approches centrées sur les résultats qui ont dominé le secteur de l’aide
et celui de la santé publique dans les années 1980 et 1990, les programmes verticaux sont
devenus des réseaux mondiaux, avec des buts, des modèles de prestation, des habitudes de
travail et des perspectives de carrière identiques. Les milieux politiques, les organismes
bailleurs de fonds, les lobbyistes, les journalistes, les professionnels et les agents de terrain
participent à ces initiatives d’envergure mondiale. Les programmes verticaux possèdent de
nombreuses caractéristiques contribuant à leur permettre de s’adapter à des crises prolongées.
Le fait d’avoir un accès privilégié à des ressources et des capacités internationales protège
les programmes verticaux de certains des facteurs de tension observés dans les services
généraux. Leur contenu technique et leur « neutralité », ainsi que leurs liens relativement
ténus avec des États contestés les aident à opérer de part et d’autre des lignes de front et à
passer des accords avec des parties adverses. Lorsqu’une crise éclate, ils sont capables de
Module 7
sont en pleine déroute, les programmes verticaux exercent sur les organismes bailleurs de
fonds un attrait accru. Ces programmes voient alors leur nombre augmenter et leur champ
d’application s’étendre à tel point qu’ils deviennent parfois le modèle standard de prestation.
Il est difficile d’étudier les programmes verticaux comme s’il s’agissait d’un ensemble
coordonné de prestataires de services de santé. On trouve de très nombreuses évaluations
portant sur tel ou tel programme mais les analyses comparées de leurs mérites sont rares.
Plus rares encore sont les études consacrées aux interactions de ces programmes avec les
services de santé standard. Une culture du repli sur soi, les problèmes liés à la levée de fonds,
l’obligation de rendre des comptes aux bailleurs (souvent éloignés), un désintérêt pour les
événements n’étant pas directement liés aux objectifs du programme et l’absence effective
de liens avec les systèmes de management généraux font partie des facteurs qui contribuent
au cloisonnement entre programmes verticaux et services de santé ordinaires. Le fait que les
modèles de programmation et de compte rendu diffèrent également entre eux est un obstacle
de plus à une étude exhaustive de ces instruments de fourniture de soins.
Comme leurs coûts financiers et d’opportunité sont rarement connus, en tout cas à une
échelle nationale, il n’est pas question de comparer leurs mérites respectifs. Les programmes
verticaux peuvent adapter leurs méthodes opérationnelles aux contextes violents et instables,
mais leurs buts, leurs pratiques de programmation et leurs méthodes de gestion ressemblent de
façon saisissante à ceux de leurs homologues intervenant dans des contextes plus faciles.
Tous les programmes verticaux ont des points communs, que ce soit au niveau de leur
conception (lignes de commandement et méthodes de programmation), de leurs systèmes
d’approvisionnement et de distribution, de la formation sur le terrain et parfois en amont, de
la gestion du personnel ou encore des incitations et des outils de surveillance. Certaines de
leurs composantes, comme les systèmes ou procédures d’approvisionnement, peuvent être
placées sous la responsabilité d’organisations internationales.
Les programmes verticaux ne constituent pas une catégorie homogène. Tout en ayant bien
des approches conceptuelles et des modèles d’organisation en commun, leurs structures
respectives sont très diverses. À côté des organisations phares possédant des ramifications
dans le monde entier et capables de s’imposer sur les terrains les plus difficiles, on trouve
généralement de nombreuses coquilles vides. Créées par des organismes internationaux
ou des ministères de la Santé dans l’espoir de drainer des fonds supplémentaires mais
n’y parvenant pas, elles peuvent être incapables de fournir un travail utile, si l’on excepte
l’organisation ponctuelle d’un atelier ou la publication d’un communiqué de presse.
Certains des atouts de ces programmes sont aussi leurs carences. La capacité à surmonter
les obstacles locaux les conduit à accorder très peu d’attention au contexte local et à mal
s’y adapter. La poursuite d’objectifs de portée mondiale devient une quête du Graal,
qui doit continuer en tout lieu, même là où elle est manifestement déplacée. On observe
fréquemment une absence d’intérêt pour tous les modes de prestation des services autres que
ceux du modèle du programme. Les crédits liés dissuadent toute programmation conjointe
et excluent la redistribution des ressources disponibles dans le système de santé. Le contrôle
exercé sur les agents du programme (même ceux qui figurent nommément sur la liste des
agents publics) nuit à la productivité.
Multipliés par le nombre de programmes, les systèmes d’aide ciblés contribuent à la
fragmentation et au gaspillage, ainsi qu’à l’éparpillement de ressources limitées entre un
trop grand nombre d’activités « prioritaires ». L’impression très répandue que les ressources
mobilisées par ces programmes viennent s’ajouter aux ressources générales décourage toute
mesure corrective, voire toute critique ouverte.
Les programmes verticaux ont été critiqués pour leur inefficience intrinsèque, de même que
pour les distorsions à long terme qu’ils introduisent dans les systèmes de santé. L’intérêt
qu’ils suscitent résiste néanmoins à l’épreuve de la critique, comme en témoigne le Fonds
Module 7
services de santé urbains en termes de ressources ne se traduit pas par une meilleure qualité
des soins en raison de l’inefficacité de l’allocation des ressources et des opérations.
Les incertitudes concernant l’avenir des établissements urbains dont la population
croît en temps de guerre n’incitent guère à planifier des réseaux de santé rationnels.
Souvent dépassées par l’ampleur et la gravité des problèmes, les autorités sanitaires ont de
plus en plus de mal à apporter des réponses efficaces. Les mesures prises au coup par coup
(souvent en fonction des apports d’aide extérieure), voire une absolue négligence, deviennent
la règle. Le problème est d’autant plus compliqué qu’il n’existe pas de modèle standard
accepté pour la fourniture de services de santé aux populations démunies concentrées
dans les zones urbaines et périurbaines. Au final, les services de santé urbains évoluent de
façon anarchique, sans cohérence ni direction d’ensemble. En même temps, de nombreux
gouvernements conservent la mainmise sur les principales villes du pays, et la plupart
des infrastructures de santé urbaines résistent, ce qui signifie que, à l’issue de la crise, les
responsables de la planification doivent faire avec l’environnement dont ils héritent. Or une
reconfiguration radicale des réseaux de soins urbains est généralement exclue.
Les prestataires privés à but lucratif sont habituellement prompts à saisir les possibilités
commerciales qu’offrent des populations urbaines en mauvaise santé et sans accès à des
services publics adéquats. Les prestations privées connaissent un essor important, dans
un environnement le plus souvent très peu réglementé. Les agents du service public sont
généralement parties prenantes dans la majorité des transactions privées formelles ou
informelles. En dehors de quelques prestataires offrant des soins de qualité, on assiste à
une prolifération de services exécrables et souvent chers. Comme les données relatives
aux prestataires privés sont le plus souvent incomplètes, ce sous-secteur important n’est
généralement pas pris en compte dans les politiques et les statistiques. Les responsables
de l’élaboration des politiques peuvent formuler quantité de stratégies, de directives et de
normes se rapportant aux prestataires de soins publics et ignorer le secteur en plein essor que
représentent leurs homologues du secteur privé.
Il faut impérativement concevoir un modèle réaliste et approprié pour la prestation des
services de santé urbains. Il est probable qu’il faille radicalement s’écarter des approches
standard qui, le plus souvent, ne prennent pas en compte l’ensemble des spécificités des
soins de santé en ville. Ceux qui conçoivent ou évaluent les stratégies relatives à la fourniture
de soins dans les villes de pays ravagés par la guerre doivent peut-être garder à l’esprit les
quelques considérations ci-dessous :
• L’augmentation spectaculaire de la population urbaine en temps de guerre n’est que
partiellement inversée quand les violences cessent. Les immenses bidonvilles qui
apparaissent à la périphérie des villes à la faveur d’un conflit tendent à y rester ensuite.
C’est précisément pendant le conflit qu’il faudrait prévoir, par précaution, l’installation
de services de santé permanents dans ces zones susceptibles de s’étendre. En outre,
ces réseaux de soins devraient être conçus comme des composantes à part entière des
services de santé généraux. La situation effroyable des populations vivant dans ces
quartiers exige des services dotés de ressources substantielles et capables de traiter un
très grand nombre de patients. Des investissements massifs dans l’infrastructure sont
donc généralement indiqués ;
• Alors que les États en grande difficulté peuvent être prêts à investir dans des soins de santé
en milieu urbain mais ne disposent pas des ressources nécessaires, les donateurs hésitent à
financer les dépenses très importantes qu’il faudrait engager. Les dirigeants et les donateurs
devraient débattre de manière transparente des politiques de répartition, en reconnaissant
que, dans certains quartiers de taudis, la situation sanitaire est aussi préoccupante qu’en
zone rurale. Il faudrait faire comprendre aux décideurs qu’investir dans la fourniture de
soins en milieu urbain ne signifie pas nécessairement construire de grands hôpitaux ;
Module 7
• Réinjecter des fonds dans des services urbains fragmentés, déséquilibrés et organisés
de manière non rationnelle risque d’induire encore plus de gaspillage. De nombreux
arguments plaident en faveur de programmes de développement globaux, s’inscrivant
dans le long terme et s’appuyant sur une évaluation rigoureuse de la situation et sur
216 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
des financements suffisants. Sachant qu’il faut des dizaines d’années d’efforts soutenus
et cohérents pour qu’un programme de soins de santé en milieu urbain ait des effets
démontrables, il faut le concevoir, le financer et l’évaluer en conséquence ;
• Les quartiers de taudis offrent un terrain propice à la propagation des maladies transmissibles,
y compris le VIH/sida, en particulier en temps de guerre, quand de nouveaux venus
s’installent dans des conditions d’hygiène déplorables. La décrépitude des établissements
de santé fait partie des nombreux risques sanitaires auxquels sont exposés les habitants de
ces quartiers. Améliorer leurs performances est judicieux, y compris pour des raisons de
santé publique. Du fait du nombre important de bénéficiaires concernés et des catastrophes
sanitaires qu’ils permettent d’éviter ou, au moins, de limiter, les programmes de santé
publique peuvent s’y révéler extrêmement rentables. Ils doivent être considérés comme
des composantes cohérentes et permanentes des services de santé généraux, au lieu de
n’être de que des mesures ponctuelles prises dans l’urgence, comme c’est souvent le cas ;
• Les prestataires de soins échappant à la réglementation jouent un rôle trop important pour
être ignorés par les décideurs politiques et les responsables de la planification en matière
de santé. Il faut trouver des moyens réalistes et originaux de réglementer leurs activités et
d’exploiter leur potentiel. Bien comprendre leur contribution est la première étape avant
de prendre des dispositions pour faire évoluer leur pratique dans un sens favorable ;
• Les services de santé urbains doivent s’écarter des modèles de SSP classiques qui ont été
conçus pour des populations rurales et s’adapter aux conditions de prestation existantes.
Par exemple, quand la main-d’œuvre est abondante (situation fréquente dans les grandes
villes), il est possible de recycler une grande partie des effectifs et de les redéployer
à l’extérieur des établissements de santé, où ils peuvent, par exemple, devenir des
prestataires privés sans but lucratif. La pratique informelle de nombreux travailleurs du
secteur public de la santé pourrait être réglementée de manière réaliste, sous la forme de
soins à domicile classiques, reconnus comme faisant partie d’un ensemble de services
étendu ;
• La capacité à régler ses dépenses de santé varie selon le niveau économique. Entre les
plus démunis et l’élite aisée, il existe une couche intermédiaire de petits commerçants,
artisans et fonctionnaires disposant de revenus modestes mais non négligeables.
Les stratégies de financement des dépenses de santé doivent prendre en compte cette
diversité et proposer aux habitants des villes des produits adaptés à leurs catégories
socioéconomiques et faisant l’objet de subventions différentes ;
• La population urbaine peut choisir entre un certain nombre de prestataires concurrents.
Il faut mettre en place des stratégies pour améliorer l’information offerte aux usagers et
les aider à choisir parmi les prestataires. Il convient de trouver des manières innovantes
d’employer l’argent public pour encourager les usagers à s’adresser aux prestataires
appropriés et compétents ;
• La fourniture des soins de santé en milieu urbain est fortement parasitée par des
considérations d’ordre politique, pas nécessairement rationnelles. Des dirigeants pressés
de toutes parts, des institutions influentes, des groupes religieux, des associations
professionnelles, des représentants des milieux d’affaires, des ambassades et des services
de coopération, la liste n’est pas exhaustive de ceux qui contribuent à guider les choix,
déjà difficiles à opérer sur le seul plan technique. Les rumeurs et les informations biaisées
circulent rapidement et librement. Apaiser l’électorat urbain figure habituellement parmi
les priorités des acteurs de la vie politique. Toute proposition visant à améliorer la
situation exige des négociations patientes au sein de ce réseau de pouvoir et d’influence.
On dispose généralement de très peu d’informations sur les services de santé fournis par des
unités mobiles. La plupart des systèmes d’information sanitaires ne font pas la différence
entre les services fournis à l’intérieur des établissements de santé et les autres. Par conséquent,
les données concernant les services fournis ailleurs que dans les établissements de santé
permanents peuvent être mélangées aux autres ou n’être enregistrées nulle part.
Module 7 Analyser les modèles de prestation des soins de santé 217
Les services de santé mobiles sont rarement évalués, les informations sont
insuffisantes et il n’existe donc pas de corpus de bonnes pratiques auxquelles se référer.
Les services mobiles sont généralement organisés au coup par coup, en fonction des
décisions prises sur le terrain et en l’absence de directives standard ou bien conformément
aux instructions de programmes spéciaux, élaborés indépendamment les uns des autres.
Ces services sont souvent considérés comme un modèle déficient, non durable, mais la
question n’est abordée qu’en surface et aucune autre approche réaliste n’est proposée.
Une étude sur les unités de soins mobiles a conclu que « la stratégie de recours aux unités
de soins mobiles devait rester exceptionnelle et n’être qu’une solution de dernier ressort
pour fournir des services de santé à des groupes de populations n’ayant accès à aucun
système de soins. Les unités de soins mobiles peuvent être envisagées sur une courte période
de transition, en attendant la réouverture de structures fixes ou la possibilité d’y avoir de
nouveau accès » (Du Mortier et Coninx, 2007).
De fait, les services de santé mobiles sont une option très attrayante dans de nombreux
secteurs de la santé en crise, quand les problèmes de sécurité sont extrêmement importants, les
communications difficiles et les déplacements de population continuels. Lorsque le maillage
du réseau de santé périphérique est défaillant et que les systèmes d’appui manquent de fiabilité,
les soins mobiles peuvent, dans certaines circonstances bien spécifiques, représenter l’unique
formule envisageable. En outre, la fourniture de services tournés vers l’extérieur peut être
l’occasion de tirer parti des sureffectifs souvent constatés dans les structures de soins ayant
résisté à la crise.
Des capacités mobiles importantes offrent certaines possibilités pendant les périodes de
combat ou dans les zones récemment accessibles aux opérations de secours. Lors de conflits
où les services de santé sont la cible d’éléments hostiles, l’existence d’unités mobiles
diminue la vulnérabilité du système. Après une guerre, pendant la période de transition qui
se caractérise par d’importants mouvements de population et des profils de réinstallation
manquant de clarté, les soins mobiles offrent de véritables avantages. Pour répondre aux
besoins créés par les situations de ce type, il peut être plus judicieux d’investir dans des
unités de soins mobiles et temporaires que dans des infrastructures permanentes.
Sur le terrain, diverses approches sont mises en œuvre et certains inconvénients sont
fréquemment cités.
• La gamme de services proposés est souvent très restreinte. Nombre d’opérations
sont peu rentables, de sorte que le coût unitaire des services mobiles peut être
formidablement élevé.
• La fragmentation verticale est courante : les équipes chargées de la lutte contre une
maladie en particulier travaillent sans aucun lien avec les équipes mobiles responsables
d’autres programmes sanitaires. Les occasions manquées sont légion.
• Les avantages inhérents à certains services mobiles fournis de façon tout à fait ponctuelle,
sans le soutien d’un établissement de premier recours (soins prénatals, par exemple),
paraissent discutables.
• Les réseaux de soins mobiles sont difficiles à maintenir en fonction sur la durée.
Des problèmes de sécurité, des lignes de front qui se déplacent, des véhicules en fin de
course, des personnels fatigués et sous tension, des routes en mauvais état, des obstacles
saisonniers, l’incertitude concernant les déplacements de population et le caractère
aléatoire des financements sont autant de facteurs qui affectent les performances des
services mobiles.
• Les équipes mobiles peuvent induire des coûts d’opportunité importants car leurs membres
sont des professionnels qui abandonnent provisoirement leur poste de travail habituel.
Les services de soins fournis en brousse peuvent dès lors ne plus être disponibles dans
Module 7
• Les incitations financières dont les organismes d’aide assortissent généralement leur
stratégie avancée entraînent la multiplication de ce type d’activités, quels qu’en soient
l’efficacité et le coût. À l’inverse, la suppression des incitations entraîne l’arrêt des
missions, alors même qu’elles seraient nécessaires et techniquement faisables.
Tous les inconvénients précités sont loin d’être négligeables. Certains semblent liés à la façon
même dont le travail des équipes mobiles est financé et promu, et il est donc difficile d’y
remédier. Rarement à la portée des services de soins essentiels confrontés à une pénurie de
ressources, la fourniture de soins mobiles dépend en grande partie de programmes verticaux
ou du soutien d’ONG. Ce mode de prestation doit toujours être envisagé sous réserve que ses
avantages priment ses coûts, généralement élevés.
Aide humanitaire
L’aide humanitaire constitue un cas particulier de rationalisation des ressources sanitaires.
Le but suprême de l’aide humanitaire est de réduire la charge de mortalité et de morbidité
évitables par des opérations de secours plutôt que de remédier aux causes profondes des
problèmes de santé. Une situation d’urgence se traduit généralement par une surmorbidité et
une surmortalité par rapport aux niveaux « habituels ». Le surcroît de morbidité, d’invalidité
et de mortalité s’explique non seulement par l’absence d’actions essentielles de santé
publique et de prise en charge médicale mais également par la pénurie de biens essentiels à
la survie (eau, nourriture, abris, assainissement, sécurité, etc.) et par l’incapacité à atténuer
les effets des facteurs déterminants (biologiques, sociaux, politiques ou économiques).
Les populations contraintes de se déplacer sont exposées à de nouveaux risques sanitaires :
insécurité alimentaire, mauvaise qualité de l’eau et de l’assainissement, surpopulation dans
les lieux d’installation temporaires, exposition à des agents infectieux et à des vecteurs
contre lesquels elles ne sont pas immunisées, etc. Les personnes déplacées à l’intérieur de
leur propre pays et les réfugiés sont également plus vulnérables que les autres car ils ont
perdu leur emploi, leurs biens et leurs réseaux sociaux et sont parfois devenus entièrement
dépendants de l’aide. À la fin d’une crise prolongée, de nombreuses personnes déplacées
ou réfugiées se réinstallent et peuvent facilement submerger les services de santé locaux.
Si les réfugiés ont en principe droit à une protection et une assistance, les personnes déplacées
ne jouissent en revanche d’aucun statut particulier ; aucun organisme n’est chargé de s’en
occuper. Parmi tous les migrants forcés, les personnes déplacées dans leur propre pays sont
les plus vulnérables.
Les déplacés internes et les réfugiés ne sont pas toujours concentrés dans des camps où ils
ont accès à des services de santé. Dans bien des cas, ils se mêlent à la population locale et
dès lors ne sont plus aussi facilement identifiables et susceptibles de bénéficier de l’aide
humanitaire. Une évaluation des programmes sanitaires en faveur des réfugiés afghans
installés au Pakistan a été réalisée en 2005. Au final, il s’est avéré que plus d’un million
d’Afghans, qui n’étaient pas officiellement enregistrés comme réfugiés et, ne bénéficiant
d’aucune aide, vivaient dans habitats urbains précaires. Globalement, seulement la moitié
des Afghans réfugiés au Pakistan vivaient dans des camps et bénéficiaient du statut de
réfugié ainsi que de la protection et de l’assistance auxquelles ce statut donne droit (Michael,
Corbett et Mola, 2005).
Étant donné que les personnes déplacées sont globalement très vulnérables, que l’urgence
est d’aider des populations nombreuses et que l’objectif est d’éviter toute surmortalité, les
opérations sanitaires sont rarement rentables. En outre, elles sont rarement intégrées dans
les services qui sont fournis aux populations non déplacées vivant dans la même zone (et
qui bénéficient souvent de services de moins bonne qualité). Il s’ensuit fréquemment des
tensions entre les déplacés et les résidents qui se disputent des ressources limitées. Dans le
même temps, les services de santé fournis par des organismes étrangers, dont les coûts et les
Module 7
normes sont plus élevés, peuvent affaiblir des services locaux déjà fragiles.
Qui plus est, l’approche humanitaire peut être appliquée par des organismes et des personnels
qui en ont l’habitude, même en l’absence de toute urgence objective. L’urgence de la situation
peut être exagérée par les médias, les responsables politiques, les bailleurs de fonds et par les
Module 7 Analyser les modèles de prestation des soins de santé 219
organismes d’aide humanitaire pressés d’utiliser des fonds. Le personnel humanitaire qui est
dépêché sur place par des organismes disposant de financements substantiels est susceptible
de mal apprécier la situation et de tout ignorer des dispositifs déjà en place. Compte
tenu de l’absence d’informations fiables qui caractérise les zones ravagées par la guerre,
les divergences d’appréciation sont la norme. Dans d’autres cas, c’est un comportement
moutonnier que l’on observe, comme en 2003 après l’invasion de l’Iraq par les alliés, où
les organismes de secours humanitaires ont mis en œuvre des méthodes classiques dont
l’adéquation à cet environnement nouveau et très particulier était discutable.
Le secteur de l’aide humanitaire a travaillé d’arrache-pied pour définir des normes
opérationnelles (Le Projet Sphère, 2004). Toutefois, appliquer ces normes sans aucune
discrimination peut créer de graves problèmes. Lorsqu’un déplacement de population devient
définitif, continuer de respecter des normes de soins qui sont beaucoup plus ambitieuses
que les normes en vigueur avant l’arrivée de l’aide est clairement impossible et tout à
fait inéquitable. De surcroît, lorsque les financements se font rares, les organismes d’aide
humanitaire peuvent décider de réduire le nombre de bénéficiaires des soins pour pouvoir
continuer à respecter leurs normes. L’écart entre les quelques bénéficiaires du secours
humanitaire et le reste de la population se creuse alors.
Les organisations humanitaires doivent réagir rapidement et massivement en cas de
catastrophe. Leurs opérations tendent donc à consommer énormément de ressources dans
des délais plutôt brefs. Quand les décisions sont prises, les considérations de coût ont
essentiellement trait au niveau de fonds disponibles. Les coûts d’opportunité sont rarement
pris en compte. Une telle approche paraît peu adaptée aux situations d’urgence complexes
et prolongées, lorsque les interventions sanitaires des organismes étrangers peuvent durer
plusieurs dizaines d’années. Bien que connu depuis longtemps, cet inconvénient majeur
semble avoir résisté à toute mesure corrective. Le principal obstacle paraît donc presque
consubstantiel à la manière dont l’aide humanitaire est financée et gérée.
Il n’est pas facile de recenser en détail les interventions humanitaires actuellement en cours.
Certaines organisations importantes ont coutume de travailler seules de leur côté ou de
se coordonner uniquement avec leur organisation mère. Le secteur de l’aide humanitaire
est financé par des circuits spécifiques, sans lien avec le reste de l’aide. Les forums et les
mécanismes de coordination définis par les organismes de secours sanitaires tendent à
fonctionner séparément de ceux concernés liés aux services de santé généraux.
Les délais de financement et de programmation des opérations humanitaires sont courts,
ce qui rend encore plus difficile l’étude des interventions futures. Les donateurs peuvent
subordonner leurs décisions à des événements politiques ou militaires très aléatoires, comme
l’éclatement d’un conflit ou la signature d’un accord de paix. De nouvelles ONG ayant
réussi à collecter des fonds peuvent arriver sur place, tandis que d’autres sont contraintes de
se retirer malgré le travail efficace qu’elles peuvent avoir entamé.
Au final, les informations concernant les organismes d’aide tendent à ne pas être intégrées
dans les rapports sur les services de santé généraux. Les erreurs grossières d’appréciation des
réalités du terrain sont la norme et même une documentation relativement précise devient
vite obsolète. Le fait d’omettre ou d’inclure certaines activités sanitaires d’urgence peut
considérablement modifier le tableau. Les services chirurgicaux dirigés par le CICR dans le
Sud-Soudan sont réputés avoir absorbé une part considérable des ressources affectées aux
soins de santé mais aucun élément quantitatif n’est venu étayer cette allégation importante.
professionnels de santé peuvent être recrutés par l’armée. Il arrive que certains services de
santé militaires soient accessibles à la population, mais dans ce cas, cette utilisation par
les civils ne représente qu’une faible partie de l’activité totale. À l’inverse, il arrive que
220 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
des formations de combattants désorganisées s’adressent aux services de santé civils pour
obtenir des médicaments ou des soins, qu’ils extorquent souvent sous la contrainte.
Parfois, les hôpitaux militaires se servent de leurs capacités et moyens techniques excédentaires
pour jouer le rôle de prestataires privés à but lucratif, proposant des soins payants aux civils.
Une fois le conflit terminé, les services de santé militaires gérés par l’armée gouvernementale
et les rebelles peuvent rendre à la vie civile de très nombreux agents de santé, modifiant ainsi
profondément la composition des effectifs de soignants civils et le marché du travail dans le
secteur sanitaire.
Les armées étrangères et les forces de maintien de la paix ont également leurs services
de santé, qui peuvent dispenser des soins à l’ensemble de la population, quelquefois pour
améliorer leur image de marque.
Conseils de lecture
Braveman P. Monitoring equity in health: a policy-oriented approach in
low- and middle-income countries. (Equity Initiative Paper n° 3) Genève,
OMS, 1998. WHO/CHS/HSS/98.1.
Un inventaire intelligent des principaux concepts, des outils disponibles, des sources
Module 7
d’information et des indicateurs utiles pour les études sur l’équité. Ce document examine
les atouts et les limites des méthodes d’étude existantes. Le lecteur y trouve des conseils
pratiques sur le traitement des données. Les écueils potentiels sont mis en lumière. Grâce à
son exhaustivité, l’analyse va au-delà des seules questions d’équité et englobe de nombreux
Module 7 Analyser les modèles de prestation des soins de santé 221
la réalité des services de santé. Lecture recommandée à tous ceux qui envisagent de se
lancer dans la formulation des programmes de services de soins.
222 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
Van Damme W., Van Lerberghe W. et Boelaert M. Primary health care vs.
emergency medical assistance: a conceptual framework. Health Policy
and Planning, 17:49-60, 2002.
Une présentation claire des caractéristiques respectives que les soins de santé primaires
et l’aide médicale d’urgence devraient présenter dans l’idéal. Un travail utile pour
les décideurs et les professionnels du terrain, qui ne connaissent pas forcément les
fondements conceptuels et les conséquences pratiques des deux approches. Dans la
plupart des situations de transition, les soins de santé primaires et l’aide médicale
d’urgence coexistent dans des proportions variables, selon l’évolution des demandes et
des pressions, les préférences en termes d’organisation et les financements disponibles
ou pour de simples questions de commodité. La clarté conceptuelle préconisée par les
auteurs, sous réserve d’être parfaitement assimilée par les différents acteurs en présence,
devraient décourager l’adoption de beaucoup de mesures mal conçues ainsi que les débats
stériles sur la durabilité, la responsabilité et le caractère participatif qui s’ensuivent et
parasitent si souvent le travail engagé après un conflit.
Références bibliographiques
Doherty J. et Govender R. The cost-effectiveness of primary care services in developing
countries: a review of the international literature. Disease Control Priorities Project (Working
Paper n° 37), 2004. Disponible en ligne à l’adresse suivante : [Link], consulté le
10 janvier 2011.
Donabedian A. An introduction to quality assurance in health care. New York, Oxford
University Press, 2003.
Du Mortier S. et Coninx R. Mobile health units in emergency operations: a methodological
approach. Londres, Overseas Development Institute (ODI Humanitarian Practice Network
Paper n° 60), 2007. Disponible en ligne à l’adresse suivante : [Link], consulté le
10 janvier 2011.
Gouvernement islamique de transition d’Afghanistan, ministère de la Santé. A basic package
of health services for Afghanistan. Mars 2003/1382, 2003. Disponible en ligne à l’adresse
suivante : [Link] consulté le 10 janvier 2011.
Le Projet Sphère. Manuel : Charte humanitaire et normes minimales pour les interventions
lors de catastrophes. 2e édition révisée. Genève, 2004.
Michael M., Corbett M. et Mola G. The road to health and the road to Afghanistan: joint
UNHCR/WHO evaluation of health and health programmes for Afghan refugees in Pakistan.
Genève, HCR, 2005.
Organisation mondiale de la Santé. Comment étudier l’utilisation des médicaments dans les
services de santé. Quelques indicateurs de l’utilisation des médicaments. Genève, 1993.
Organisation mondiale de la Santé. Rapport sur la santé dans le monde. Les soins de santé
primaires. Maintenant plus que jamais. Genève, 2008.
Segall M. District health systems in a neoliberal world: a review of five key policy areas.
International Journal of Health Planning and Management, 18:S5-S26, 2003.
Module 7
Annexe 7 Contractualisation des services de santé 223
Généralités
« Produire ou acheter » 1 ou encore « fournir ou acquérir » les soins de santé à financement
public est devenu l’une des alternatives majeures du débat sur la prestation de services de
santé dans les pays sortant d’une longue crise. Née dans les pays développés, cette politique
est de plus en plus souvent adoptée dans les secteurs de la santé aux ressources limitées, qui
y voient un moyen de développer la prestation de services. Dans les pays sortant d’un conflit
et où les autorités ont été considérablement affaiblies par une crise prolongée, cette approche
a été saluée comme un moyen de formaliser et de réglementer le rôle déjà important des
ONG, d’orienter les prestataires de services sur les zones mal desservies, d’étoffer l’offre de
services et de contribuer ainsi à consolider une situation politique précaire.
La présente annexe examine les principales caractéristiques de la contractualisation, analyse
ses avantages et inconvénients théoriques et pratiques, passe en revue les éléments attestant
de l’expérience des pays en crise et identifie les questions que les responsables et les décideurs
politiques doivent se poser avant de retenir cette formule.
La sous-traitance externe est définie comme « la méthode par laquelle le secteur public ou
des entreprises privées emploient et financent un agent extérieur pour exécuter à leur place
des tâches déterminées » (Kinnon, Velasquez et Flori, 1995). L’internalisation signifie qu’une
subdivision de l’organisation mère (un hôpital, un groupe de médecins, etc.) est chargée de
la fourniture de certains biens ou services. Quand la contractualisation s’effectue en interne,
les contrats sont passés entre différents niveaux de décision, créant ainsi une concurrence sur
un marché interne ou « quasi-marché ». Différents services peuvent être achetés : les soins
cliniques, les interventions en santé publique, les services non cliniques et les fonctions
de gestion.
L’externalisation, c’est-à-dire la conclusion de « contrats de services » implique un processus
concurrentiel au cours duquel le secteur public se procure des services auprès de prestataires
privés. En vertu des modalités de ces contrats fondés sur les résultats, la rémunération des
prestataires dépend d’indicateurs de résultats, l’objectif étant d’améliorer l’efficience et
l’équité des services de santé, ainsi que la coordination et la transparence. Des incitations
financières peuvent aussi être instaurées pour stimuler la demande (transferts monétaires
conditionnels au Nicaragua et au Mexique, par exemple).
Il existe différentes approches en matière de contractualisation des prestations de services
(Perrot, 2006 ; Loevinsohn et Harding, 2005). Depuis les années 1980, l’introduction
de mécanismes de marché dans le secteur des soins de santé s’inscrit dans une tendance
politique mondiale à réduire le rôle de l’État et à développer celui du secteur privé, considéré
comme relativement plus efficient, souple et à l’écoute des consommateurs. La faillite de
l’État a été attribuée au fait que le secteur public n’était pas incité à répartir ses ressources
de manière efficiente ou à l’autocentrisme d’administrations ou de groupes de pression
influents. Cette prise de conscience progressive des lacunes du secteur public et du coût des
soins de santé dans un contexte général de crises économiques et budgétaires a contraint
les responsables des politiques à recourir à différents modes de prestation des services et
à trouver de nouvelles sources de revenus et de nouveaux moyens d’accroître l’efficience.
Annexe 7
Néanmoins, « assez peu d’études se sont attachées à vérifier la validité de ces déclarations
d’ordre général » (Green, 2007). Le débat sur la contractualisation est ouvert, comme l’illustre
la présente annexe : une revue (Green, 2007) de l’expérience de contractualisation des
services de santé dans une dizaine de pays en développement révèle les progrès accomplis
sur le plan de l’efficacité, tout en soulignant que de nouvelles études seraient nécessaires
pour en évaluer les effets sur l’équité. L’«enthousiasme » que suscite actuellement cette
approche (Eldridge et Palmer, 2009) requiert une évaluation rigoureuse des risques potentiels
qu’elle implique dans les environnements spécifiques où elle doit être mise en œuvre. Il faut
notamment être extrêmement vigilant quant au risque de « triche », c’est-à-dire au fait que
les rapports sur les performances des services peuvent être manipulés de sorte à atteindre les
objectifs souhaités.
Comme il a été indiqué plus haut, des solutions relevant du secteur privé et inspirées
de la « nouvelle gestion publique » ont été préconisées pour contourner les obstacles
inhérents au secteur public. Ainsi, des réformes sectorielles ont été engagées pour réduire
les administrations publiques, en dissociant les fonctions d’élaboration des politiques, de
réglementation et de surveillance (demeurant du ressort du ministère de la Santé) de la
prestation des services de santé, destinés à être sous-traités à différents prestataires publics
et privés (à but lucratif ou sans but lucratif). Cette séparation, déjà adoptée dans le cadre de
différents modèles mis en œuvre dans la majorité des pays développés, a été introduite plus
tard dans certains pays en développement et elle est envisagée dans la plupart des autres.
Le fait de savoir dans quelle mesure la nouvelle gestion publique a tenu ses promesses est
matière à controverses ; il faudrait disposer de davantage d’éléments probants pour établir un
bilan valable (Global Health Watch 2005-2006, 2005-2006).
L’occasion qu’offrent les secteurs de la santé désorganisés de transférer des réformes
politiques sans rencontrer de trop fortes résistances, de même que le pari que, dans de
telles conditions, il sera possible de repartir de zéro sur le plan institutionnel 2 , ont incité
les partisans de la nouvelle gestion publique à insister pour que la contractualisation soit
adoptée sans préparation, même sur les terrains les plus difficiles comme en Afghanistan et
au Sud-Soudan. Dans ces pays pourtant, bien que les ONG puissent assurer des services de
santé efficaces, la capacité actuelle des nouveaux pouvoirs publics à jouer correctement leur
rôle d’acheteur de services (préparation des contrats de service, gestion et surveillance des
prestataires) est extrêmement limitée (voir plus loin).
2 Les détracteurs de cette thèse font valoir que, même dans les pays où l’État est presque
complètement déliquescent, certaines institutions, structures traditionnelles et capacités
administratives résiduelles sont préservées.
Annexe 7 Contractualisation des services de santé 225
• après un conflit (le développement des soins de santé est alors généralement une priorité),
la contractualisation est considérée comme une formule garantissant une meilleure
coordination des prestataires et un recentrage plus rationnel des services autour d’un
programme commun, ce qui devrait ensuite se traduire par un essor rapide des services
de santé.
Les opposants à la contractualisation des services de santé avancent plusieurs arguments.
• Premièrement, elle peut, dans un premier temps, induire des coûts de transaction
élevés liés à la rédaction et la négociation des accords, ainsi qu’au suivi des contrats
et au règlement des litiges ; une fois le système en place, les coûts tendent à baisser 3.
L’asymétrie de l’information entre les prestataires et les acheteurs de soins explique
pourquoi ces derniers, à savoir les États, manquent souvent d’informations sur le coût et
la qualité des prestataires publics et privés, et ont rarement les compétences juridiques et
techniques requises pour rédiger des contrats détaillés et veiller efficacement à l’exécution
des dispositions contractuelles. L’asymétrie d’information s’explique notamment
par la grande complexité technique des soins de santé et les incertitudes concernant
la charge de travail ; ces deux facteurs font qu’il est difficile de définir précisément
le produit objet du contrat (en l’occurrence les services à fournir) qui, contrairement
aux autres produits marchands, ne peut pas être marchandisé, mais aussi de définir les
conditions financières.
• Deuxièmement, la concurrence entre prestataires est souvent limitée, en particulier dans
les zones reculées et difficiles d’accès où prévalent généralement des arrangements de
gré à gré, c’est-à-dire non contractuels et non concurrentiels mais simplement fondés sur
la confiance. Les contrats de longue durée (qui ont parfois la préférence car ils entraînent
des coûts de transaction moins importants) « verrouillent » les fonds publics pour un usage
spécifique, ce qui limite les possibilités de réaffecter les ressources de manière à régler
les problèmes d’efficience ou d’équité. Par exemple, pour une ONG présente depuis
longtemps dans une région dotée de ressources pléthoriques, il serait difficile et onéreux
de transférer ses activités dans une zone non desservie. L’un des risques réside dans
l’opportunisme de prestataires qui pourraient, par exemple, pratiquer une antisélection
de leurs patients ou se sentir moins tenus par l’objectif d’efficience : pour réduire ces
risques, il faut des mécanismes de surveillance idoines et des incitations directement
liées aux résultats. Le caractère limité de la concurrence est un phénomène flagrant dans
les pays en développement et plus encore dans ceux où la situation est chaotique et où les
principaux financeurs et la plupart des prestataires sont respectivement des organismes
d’aide et des ONG, c’est-à-dire deux types d’agents économiques particuliers.
Avant le recours à la contractualisation, les organismes d’aide finançaient les activités
des ONG via des subventions, dont l’attribution n’impliquait pas de concurrence ouverte.
Avec cette formule, en outre, le rôle décisionnel des autorités sanitaires concernées est
nettement plus important.
• Troisièmement, la capacité d’un opérateur à se faire une place sur le marché de la santé
et à en sortir est limitée. Le coût des actifs (hôpitaux, équipements) dont il faut disposer
pour fournir les services de santé (la plupart des actifs étant irrécouvrables donc perdus),
le niveau de qualification très élevé qui doit être celui des professionnels de santé, le
temps nécessaire à bâtir une réputation et les règles de délivrance des agréments sont
autant de barrières à l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché des soins de santé et à
leur sortie ensuite.
Annexe 7
3 D’après une source, les coûts de gestion du ministère afghan de la Santé publique sont
minimes par rapport aux aides non remboursables (Fritsche, information obtenue à titre privé).
226 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
• Quatrièmement, d’aucuns ont souligné que mettre trop fortement l’accent sur l’efficience
pouvait conduire à négliger d’autres aspects tout aussi importants, tels que l’équité ou la
qualité des soins. C’est la raison pour laquelle certaines expériences de contractualisation
des services de santé, comme celle conduite au Rwanda, incluaient la qualité des soins
dans le suivi des résultats obtenus par les prestataires 4 .
• Cinquièmement, la plupart des pays en situation d’urgence sont très dépendants de l’aide
extérieure : ce sont les donateurs et non le ministère de la Santé qui achètent les services
de santé et, en raison des conditions dont l’aide est assortie, ils préfèrent souvent des
contractants internationaux (ONG, par exemple) à des prestataires locaux.
• Enfin, déléguer la tâche d’achat des soins peut entraîner des surcoûts. Ainsi, du fait des
sommes tout à fait considérables qui sont en jeu, les centrales d’achat de médicaments
négocient souvent des prix plus intéressants que des acheteurs isolés comme les ONG.
Ces difficultés sont accentuées en période de crise, quand les capacités institutionnelles
(fonctionnaires compétents en matière de rédaction de contrats, de gestion, d’administration
et de surveillance) sont réduites et que les marchés de la santé sont généralement sous-
développés. Le risque d’aggraver la fragmentation du système de santé en multipliant le
nombre de prestataires ne peut pas être négligé. Toutes ces raisons expliquent que, par le
passé, les contrats de services liés aux soins de santé se limitaient aux services annexes
(restauration, nettoyage, etc.), pour lesquels le cahier des charges est plus simple et les
services eux-mêmes sont bien moins complexes ; la contractualisation n’a concerné les
services cliniques qu’à partir des années 1990.
Expériences nationales
Plusieurs facteurs expliquent que l’on dispose d’encore assez peu d’éléments probants
sur l’efficacité de la sous-traitance des services de santé dans les pays en crise et que ces
divers éléments manquent de cohérence : adoption fragmentée de cette approche, portée
de la contractualisation (de simples programmes spéciaux à des services complets de
SSP), objectifs différents poursuivis selon les contextes, difficulté à évaluer les coûts et
les avantages, importance du contexte (le modèle qui fonctionne le mieux dans un cadre
donné n’est pas forcément transposable ailleurs), caractère « déviant » des incitations de
marché dans un contexte où les sources de financement et les prestataires se combinent de
manière complexe (secteur public, donateurs, secteur privé à but lucratif, secteur privé à
but non lucratif), essor progressif du secteur privé dans de nombreux secteurs de la santé.
Néanmoins, au terme d’une décennie très riche en expérimentations, un certain nombre
d’enseignements empiriques commencent à se dégager. Globalement, des effets bénéfiques
ont été constatés sur le plan de l’accès aux services de santé et de l’équité en matière de
soins ; en revanche, les éléments indiquant une amélioration de la qualité et de l’efficience
des services sont peu nombreux. Des observateurs ont suggéré que les améliorations
observées pour certains aspects pouvaient se produire au détriment d’autres aspects (voir
Liu, Hotchkiss et Bose, 2007).
Deux modèles pilotes de contractualisation (externe et interne) ont été expérimentés au
Cambodge à la fin des années 1990 et évalués par rapport à des districts de référence.
Les enquêtes réalisées avant et après les interventions ont montré que la couverture par les
SSP avait davantage progressé dans les districts où les services avaient été contractualisés
que dans les districts de référence sous l’effet, principalement, d’une utilisation accrue par
les ménages les plus pauvres (Bhushan, Keller et Schwartz, 2002). Toutefois, les différences
entre les flux de ressources convergeant vers les districts étudiés pourraient expliquer cette
variation. La quasi-absence de prestations publiques offertes au Cambodge doit être prise en
compte lorsqu’on évalue ces résultats positifs (Palmer et Mills, 2006). Sur ce point, des avis
Annexe 7
Le cas de l’Afghanistan
Parmi les pays connaissant une situation de crise prolongée et où la contractualisation des
services de santé est effective, l’Afghanistan fait figure d’exception à de nombreux égards.
Au terme de plus de vingt années de conflit, le système de santé afghan était exsangue.
Le secteur privé à but non lucratif jouait un rôle prépondérant, 80 % des établissements de
soins « publics » étant gérés par des ONG. Les prestataires privés à but lucratif détenaient
probablement la part la plus importante du marché des soins de santé. L’insécurité qui régnait
dans le pays constituait un obstacle majeur : le fait que de vastes zones étaient inaccessibles
ne faisait qu’aggraver le problème des capacités déjà limitées des autorités sanitaires.
Dans le chaos qui a suivi la chute du régime taliban, les donateurs, sous la houlette de la Banque
mondiale, ont été les fers de lance d’une évolution de la politique de santé visant à faire des
ONG les principaux prestataires d’un programme de services de base. Le changement s’est
amorcé très rapidement, malgré une certaine réticence des ONG à devenir des sous-traitants
et en dépit des craintes initialement exprimées par le ministère de la Santé publique. Aucun
projet pilote comparable à l’expérience cambodgienne n’a été tenté. Trois mécanismes et
contenus contractuels différents ont été financés respectivement par la Banque mondiale,
USAID et la Commission européenne, en collaboration avec le ministère.
L’organisation internationale Management Sciences for Health a estimé que les dépenses
récurrentes à engager pour fournir un paquet de services de soins essentiels s’élevaient à
US $4,55 par habitant et par an. Ce chiffre, qui est devenu la référence pour la tarification
des contrats utilisés par les trois bailleurs de fonds, est contesté par plusieurs observateurs,
qui le jugent trop bas et fondé sur une étude peu fiable (Strong, Wali et Sondorp, 2005).
Une conférence organisée en 2007 sur ce thème a conclu que « la fourniture d’un paquet
minimum, sans même parler d’un paquet plus complet, pour un coût compris entre US $5 et
10 se révélera sans doute être une utopie » (Carlson, 2007).
Le but était de couvrir tout le territoire afghan rapidement, au moyen d’arrangements
contractuels progressivement étendus aux 34 provinces du pays. Si l’on se base sur la
Annexe 7
population d’un district ou d’une province comptant un organisme sous contrat, le taux de
couverture par le programme de base était estimé à 82 % en 2006, ce qui apparaît comme un
progrès très significatif sur une courte période. Toutefois, une enquête de portée nationale
conduite auprès des ménages ruraux fait ressortir des niveaux de couverture nettement
228 Analyse du secteur de la santé dans les urgences complexes
moins importants : seulement 19 % des accouchements étaient assistés par des soignants
qualifiés et la couverture du DTC3 était de 35 % (ministère de la Santé publique, 2007).
Les tendances sont encourageantes, même si les améliorations sont lentes et toujours fragiles
en raison de l’insécurité ambiante. Les autorités sanitaires ont donc fait en sorte de mieux
gérer et de mieux surveiller le respect des contrats et les résultats des ONG. Par ailleurs,
les experts internationaux ont participé de manière significative à la mise en œuvre de la
contractualisation.
Un temps relativement court s’est écoulé depuis l’introduction de ce dispositif et les
principales questions soulevées par les autres expériences nationales restent ouvertes,
notamment celles concernant la durabilité, l’équité et le suivi de la qualité des services.
En outre, les évaluations des effets de la contractualisation négligent souvent un aspect crucial : le
facteur décisif de la période postérieure à la chute des Talibans a été l’augmentation spectaculaire
des niveaux de financement, qui a permis le développement des services de santé. L’aide en
faveur de ces services est passée de US $2-3 par habitant et par an en 2002 à un montant moyen
de US $22 au cours de la période 2004-2006 (OCDE, base de données en ligne du CAD). Les
utilisateurs afghans des services de santé ont complété les apports de fonds des donateurs à
hauteur d’environ US $14 par habitant et par an (ministère afghan de la Santé publique, 2007).
Il est possible que la contractualisation ait accentué cette remarquable progression des niveaux
de ressources et elle a très certainement permis une régulation de la croissance des services après
le conflit. Toutefois, sans augmentation substantielle des moyens affectés à l’offre de soins, il ne
fallait guère s’attendre à des progrès significatifs dans ce domaine.
Conclusions
Globalement, les éléments accumulés sont encourageants et donnent à penser que la
contractualisation des services de santé pourrait contribuer à améliorer les prestations.
Néanmoins, il faut être prudent avant de généraliser les résultats actuellement disponibles :
aucune des différentes expériences nationales n’a débouché sur des succès incontestables.
Les décideurs et les responsables des politiques qui tentent de remettre sur pied un système
de santé délabré doivent donc garder à l’esprit les obstacles qui devront être surmontés.
Les secteurs de la santé défaillants semblent se prêter tout particulièrement mal aux réformes
inspirées du concept de nouvelle gestion publique. « Un État incapable de fournir des
services sociaux de qualité en raison de capacités administratives largement insuffisantes
a peu de chances d’être en mesure de sous-traiter efficacement ses services cliniques ou
autres » (Bennett et Mills, 1998). Il ne faut donc pas voir dans la contractualisation une
panacée ou un moyen commode de pallier l’inefficience de l’État ou l’absence de capacités
administratives et de gestion. C’est pour cette raison que l’externalisation des services de
santé devrait être envisagée avec beaucoup de prudence dans les zones où la désorganisation
qui règne amplifie la majorité des problèmes évoqués ci-dessus.
Dans les secteurs de santé ébranlés par la guerre, il est souvent impossible d’évaluer si
les prestataires de soins respectent leur contrat ; en outre, les raisons pour lesquelles la
contractualisation peut échouer sont légion (progression de l’insécurité, par exemple) et
l’évolution du contexte peut rapidement avoir pour effet de rendre obsolètes les objectifs
initialement fixés. Dans plusieurs secteurs publics très affaiblis, les relations entre le
ministère de la Santé et les prestataires privés qui sont censées être le pivot de tout dispositif
de contractualisation, peuvent être tout à fait superficielles. Les organismes donateurs
demeurent aux manettes et imposent différentes conditions aux prestataires de soins, comme
en Afghanistan. L’établissement de relations contractuelles durables est une question qui
s’applique aux zones non exposées à une crise. D’après Palmer et Mills (2006), « on ne sait
pas encore exactement ce qui se produirait dans l’hypothèse où ce soutien serait retiré aux
États, si les gouvernements concernés pourraient continuer à contractualiser les services et
Annexe 7
si cela se révélerait d’un bon rapport coût-efficacité pour eux ». Dans les pays en proie à une
crise prolongée et souvent très dépendants de l’aide étrangère, la question de la durabilité des
relations peut ne plus être pertinente.
Annexe 7 Contractualisation des services de santé 229
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