Espèces Exotiques Envahissantes Dans Les Collectivités Françaises D'outre-Mer
Espèces Exotiques Envahissantes Dans Les Collectivités Françaises D'outre-Mer
Yohann Soubeyran
Ouvrage publié par le Comité français de l’UICN, Paris, France.
La présentation des documents et des termes géographiques utilisés dans cet ouvrage
ne sont en aucun cas l’expression d’une opinion quelconque de la part du Comité
français de l’UICN sur le statut juridique ou l’autorité de quelque Etat, territoire ou
région, ou sur leurs frontières ou limites territoriales.
ISBN : 978-2-9517953-9-6
2
L ’UICN – Union internationale pour la conservation de la nature
La mission de l’UICN : « Influer sur les sociétés du monde entier, les encourager et les
aider pour qu’elles conservent l’intégrité et la diversité de la nature et veillent à ce que
toute utilisation des ressources naturelles soit équitable et écologiquement durable ».
Créé en 1992, le Comité français de l’UICN est le réseau des organismes et des experts
de l’Union internationale pour la conservation de la nature en France. Il regroupe
2 ministères, 5 établissements publics, 35 organisations non-gouvernementales, ainsi
qu’un réseau d’environ 200 experts rassemblés au sein de commissions spécialisées
et de groupes de travail thématiques.
Les programmes du Comité français sont axés sur les politiques nationales et
internationales de la biodiversité et du développement durable, la conservation des
milieux naturels sensibles (forêts, montagnes, mer, littoral et zones humides), les aires
protégées et les espèces menacées. Une priorité est accordée aux zones importantes
pour la biodiversité mondiale dans lesquelles la France est présente : collectivités
françaises d’outre-mer, Méditerranée, Europe et espace francophone.
3
Les espèces exotiques envahissantes
dans les collectivités françaises d’outre-mer
Etat des lieux et recommandations
Yohann Soubeyran
2008
4
SOMMAIRE
Contributions et remerciements 6
Listes des encadrés, figures et tableaux 8
Acronymes 10
Introduction 16
Conclusions et recommandations 44
Martinique 65
Guadeloupe 74
Saint-Martin et Saint-Barthélemy 84
Guyane française 87
Mayotte 90
La Réunion 99
Iles Eparses 114
Nouvelle-Calédonie 118
Polynésie française 133
Wallis et Futuna 149
Clipperton 155
Bibiographie 171
Annexes 181
5
CONTRIBUTIONS ET REMERCIEMENTS
Auteur :
Yohann SOUBEYRAN (Comité français de l’UICN)
Coordinateurs locaux :
Fabien BARTHELAT (DAF, Service Environnement, Mayotte) ; Jean-Marie FLOWER (Conservatoire Botanique
des Antilles Françaises , Guadeloupe) ; Anne-Claire GOARANT (Direction de l’ Environnement, Province Sud,
Nouvelle-Calédonie) ; Philippe JOSEPH (Université Antilles-Guyane, Martinique) ; Christophe LAVERGNE
(Conservatoire Botanique National de Mascarin, Réunion) ; Marc LEBOUVIER (CNRS, TAAF) ; Jean-Yves
MEYER (Délégation à la Recherche, Polynésie française) ; Claudie PAVIS (INRA/AEVA, Guadeloupe) ; Soudjata
RADJASSEGARANE (Conseil Régional, Réunion) ; Benoit de THOISY (Kwata, Guyane) ; Frank URTIZBEREA
(DAF, Saint-Pierre et Miquelon) ; Paino VANAI (Service Environnement, Wallis et Futuna).
6
DUNCAN (LPO) ; Pierre EHRET (Ministère de l’Agriculture) ; Roger ETCHEBERRY (Naturaliste, Saint-Pierre et
Miquelon) ; Elizabeth ETIFIER-CHALONO (Conservatoire Botanique des Antilles Françaises , Martinique);
Lucie FAULQUIER (Société d’Ornithologie de Polynésie française) ; Jacques FAVRE (DAF / DSV, Mayotte);
Daniel FONTAINE (GCEIP, gestionnaire ENS, Réunion) ; Jacques FOURNET (Indépendant, Guadeloupe) ;
Yves FRENOT (IPEV) ; Yves FRONTIER (Associations Mouvement de la G.E.N.E.S. et Mieux Vivre à Dioré,
gestionnaire ENS, Réunion) ; Olivier GARGOMINY (MNHN); Michel de GARINE-WICHATITSKY (CIRAD) ;
Dominique GARNIER (Direction de l’Environnement, Province Sud, Nouvelle-Calédonie) ; Gilles Gaspard
(DAF, Saint-Pierre et Miquelon) ; Gildas GATEBLE (Institut agronomique néo-calédonien, Nouvelle-
Calédonie) ; Valérie GENESSEAUX (Parc Naturel régional de la Martinique) ; Bertrand GOGUILLON
(WWF, Guyane) ; Anne GOUNI (Société d’Ornithologie de Polynésie française) ; Loïc GOUYET (DAF/DSV,
Martinique); Caroline GROSEIL (Direction de l’Environnement, Province Sud, Nouvelle-Calédonie) ; Maurice
HULLE (INRA) ; Béatrice IBENE (Association pour la Sauvegarde et la réhabilitation de la Faune des Antilles);
Daniel IMBERT (Université Antilles-Guyane, Guadeloupe) ; Ivan INEICH (MNHN) ; Jean IOTTI (DAF / SPV,
Martinique) ; Eric JEUFFRAULT (DAF/SPV, Réunion) ; Hervé JOURDAN (IRD, Nouvelle-Calédonie) ; Pierre
JOUVENTIN (CNRS); Isabelle-Julie JURQUET (Conseil Général, service des ENS, Réunion) ; Philippe KEITH
(MNHN) ; Michele LE BOLE (Province des Iles Loyauté) ; Thomas LE BOURGEOIS (CIRAD) ; Julien LE BRETON
(Cabinet BIODICAL, Nouvelle-Calédonie) ; Matthieu LECORRE (Université de La Réunion) ; Luc LEGENDRE
(DIREN, Guadeloupe); Les Naturalistes de Mayotte (Mayotte) ; Daniel LESUR (Conseil Général, Direction de
l’Agriculture, des Ressources Terrestres et maritimes, Mayotte) ; Bruno LETOURNEL (ONCFS, Saint-Pierre et
Miquelon) ; Anthony LEVESQUE (AMAZONA, Guadeloupe) ; Cedric LO (Service de la Perliculture, Polynésie
française) ; Eric LOEVE (Fenua Animalia, Polynésie française); Olivier LORVELEC (INRA Renne, AEVA) ;
Xavier LOUBERT-DAVAINE (MEEDDAT) ; Hervé MAGNIN (Parc National de Guadeloupe) ; Jean-François
MAILLARD (ONCFS, Martinique) ; Carole MANRY (Service Environnement, Wallis et Futuna) ; Jérôme MARIE
(Institut Louis Malardé, Polynésie française) ; Cedric MARTEAU (TAAF) ; Céline MARTINI (Direction de
l’Environnement, Province Sud, Nouvelle-Calédonie) ; Patrick METRO (Association OMDAP, gestionnaire
ENS Piton Mont Vert, Réunion) ; Christian MILLE (Institut agronomique néo-calédonien, Nouvelle-
Calédonie) ; Janice MINATCHY (FDGDON, Réunion) ; Ali MOHAMED (DAF, Bureau de la Protection des
Végétaux, Mayotte) ; François MOUTOU (Ecole Vétérinaire Alfort) ; Léon MU (Service du Développement
Rural, Département de la Protection des Végétaux, Polynésie française) ; Serge MULLER (Université de
Metz) ; Jérôme MUZINGER (IRD, Nouvelle-Calédonie) ; Françoise NEGOUAI (Conseil Régional, Martinique);
Teddy OVARBURY (FREDON, Martinique); Jean-Philippe PALASI (UICN, Bureau européen) ; Michel PERRET
(MEEDDAT) ; Christian PAPINEAU (Programme de conservation des forêts sèches, Nouvelle-Calédonie);
Michel PASCAL (INRA Renne) ; Jerome PETIT (UICN, Bureau Européen) ; Nyls de PRACO NTAL (GEPOG,
Guyane) ; Rudolf PUTOA (Service du Développement Rural, Polynésie française) ; Patrick QUENEHERVE
(IRD/PRAM) ; Serge QUILICI (CIRAD) ; Jean-Pascal QUOD (ARVAM, Réunion) ; Delphine POLLADOU
(Commune de Saint-Paul, gestionnaire ENS Étang de Saint-Paul, Réunion) ; Jean-Michel PROBS (Association
Nature et Patrimoine, Réunion) ; Mickaël RARD (OMAR, Réunion) ; Philippe RAUST (Société d’Ornithologie
de Polynésie française) ; Louis REDAUD (DIREN, Guadeloupe); Philippe RICHARD (ONF, Martinique) ;
Piérique RIVIERE (Association Capitaine Dimitile, gestionnaire ENS, Réunion) ; Gerard ROCAMORA (Island
Conservation Society, Seychelles) ; Robin ROLLAND (DAF/Service Environnement, Mayotte) Melina
ROTH (CAR-SPAW, Guadeloupe); Alain ROUSTEAU (Université Antilles-Guyane, Guadeloupe) ; Sophie
ROUYS (Université de la Nouvelle-Calédonie) ; Marc SALAMOLARD (Société d’Etudes Ornithologiques de
la Réunion, Réunion) ; Matthieu SALIMAN (DAF/SPV, Réunion) ; Jean-Michel SARRAILH (CIRAD) ; Claude
SERRA (Direction de l’Environnement, Polynésie française) ; Marie SIGAUD (ONCFS, Réunion) ; Jérôme
SPAGGIARI (Conservation International, Nouvelle-Calédonie) ; SREPEN (Réunion) ; Lucile STAHL (Institut
de Droit de l’environnement, Université Lyon 3) ; Jacques TASSIN (CIRAD) ; Philippe TORMIN (FREDON,
Guadeloupe) ; Léopold STEIN (Service du Développement Rural, Polynésie française) ; Philippe TERRIEUX
(DAF / SPV, Martinique) ; Jean-Claude THIBAULT (PNR Corse) ; Jean-Marc THIOLLAY (CNRS) ; Hermann
THOMAS (SREPEN-Roche Ecrite, Réunion) ; Michel TILMANN (CELRL, Mayotte) ; Julien TRIOLO (ONF,
Réunion) ; Vincent TURQUET (Conseil Général, service des ENS, Réunion); Pierre VALADE (ARDA, Réunion);
Sandrine VASSEUR (CELRL, Saint-Pierre et Miquelon) ; Jean François VOISIN (MNHN) ;
7
LISTES DES ENCADRÉS, FIGURES ET TABLEAUX
8
Deuxième partie
Tableau 14 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés de Martinique 67
Tableau 15 : Principales plantes exotiques envahissantes des milieux naturels
et secondarisés de Guadeloupe 75
Tableau 16 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés de Guadeloupe 77
Tableau 17 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés de Saint-Barthélemy et Saint-Martin. 85
Tableau 18 : Principales plantes exotiques envahissantes des milieux naturels
et secondarisés de Mayotte 91
Tableau 19 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés de Mayotte 93
Tableau 20 : Principales plantes exotiques envahissantes des milieux naturels
et secondarisés de La Réunion 100
Tableau 21 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés de La Réunion 103
Tableau 22 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés des îles Eparses 116
Tableau 23 : Principales plantes exotiques envahissantes des milieux naturels et
secondarisés de Nouvelle-Calédonie 119
Tableau 24 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés de Nouvelle-Calédonie 122
Tableau 25 : Principales plantes exotiques envahissantes des milieux naturels et
secondarisés de Polynésie française 134
Tableau 26 : Exemples de plantes endémiques de Polynésie française menacées par
des plantes exotiques envahissantes 135
Tableau 27 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés de Polynésie française 137
Tableau 28 : Principales plantes exotiques envahissantes ou potentiellement envahissantes
des milieux naturels et secondarisés de Wallis et Futuna 150
Tableau 29 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés de Wallis et Futuna 150
Tableau 30 : Principales plantes exotiques envahissantes des îles subantarctiques françaises 158
Tableau 31 : Date d’introduction des mammifères exotiques des îles subantarctiques françaises 160
Tableau 32 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés des îles subantarctiques françaises 160
Tableau 33 : Principales espèces exotiques envahissantes d’invertébrés des îles
subantarctiques françaises 161
Tableau 34 : Principales plantes herbacées exotiques à caractère envahissant
ou potentiellement envahissant de Saint-Pierre et Miquelon 167
Tableau 35 : Inventaire et statut des populations exotiques naturalisées ou en semi-liberté
de vertébrés de Saint-Pierre et Miquelon 167
9
ACRONYMES
10
Les espèces exotiques
envahissantes :
contexte, définitions et concepts
Contexte
Tout au long de son histoire, que l’on remonte à l’avènement de l’élevage et de l’agriculture ou plus
en arrière encore, l’Homme est intervenu sur la nature, transportant des milliers d’espèces loin de leurs
aires d’origines. Mais à partir du milieu du 20ème siècle, avec la mondialisation de l’économie et le déve-
loppement des transports, des flux commerciaux et du tourisme qui l’a accompagnée, les déplacements
d’espèces et les phénomènes d’invasions biologiques se sont considérablement accélérés. Du nord au
sud, tous les pays sont aujourd’hui concernés.
Selon l’évaluation des écosystèmes pour le millénaire (Millenium ecosystem assessment) publiée par
les Nations Unies en 2005, les invasions biologiques sont considérées comme la deuxième cause d’éro-
sion de la biodiversité à l’échelle mondiale, après la destruction et la dégradation des habitats naturels
(Figure 1). Les barrières naturelles qui limitaient autrefois la dispersion des espèces ont été brutalement et
durablement battues en brèche par le développement croissant des moyens de transports et l’augmen-
tation fulgurante des volumes de marchandises échangés à travers le monde.
Les espèces exotiques n’induisent pas toutes des conséquences graves au sein des écosystèmes dans
lesquelles elles s’installent. Mais une partie d’entre-elles est à l’origine d’impacts majeurs, directs ou
indirects, observés à différents niveaux. Les plantes et les animaux envahissants peuvent provoquer des
dommages :
• a u niveau des processus écologiques, en altérant le fonctionnement des écosystèmes et les relations
entre les organismes vivants et leur milieu ;
• au
niveau de la composition des écosystèmes, en causant la régression ou l’extinction d’espèces indigènes ;
• a u niveau des activités économiques, en pénalisant les rendements agricoles, le renouvellement des
stocks halieutiques ou la valeur touristique des paysages ;
• a u niveau de la santé humaine, en causant des allergies ou en favorisant la transmission de virus et de
bactéries.
Les espèces exotiques envahissantes (EEE) sont aujourd’hui considérées comme l’une des plus grandes
menaces pour la biodiversité. D’après la liste la liste rouge de l’UICN, les EEE sont la deuxième cause d’ex-
tinctions documentées d’espèces et la troisième menace à venir pour les espèces en danger d’extinction
(Tableau 1). On estime qu’elles menacent 30 % des oiseaux, 15 % des plantes, 11 % des amphibiens et 8 %
des mammifères inscrits dans les catégories d’espèces menacées de la Liste rouge[1]. De plus, les invasions
biologiques constituent une menace pour l’économie, la santé et les conditions de vie des personnes.
11
Nombre d’espèces éteintes et d’espèces menacées au niveau mondial
en fonction des trois principales catégories de menacesI
Menaces
(EX, EW) (CR, VU, EN)
Perte d'habitat naturel 163 7830
Prélèvements directs (chasse, pêche, récolte) 70 1631
Espèces exotiques envahissantes 105 1366
La prise de conscience de l’importance des phénomènes d’invasion biologique a conduit depuis quel-
ques années à leur prise en compte par les pouvoirs publics nationaux et les institutions internationales.
Définitions
Une espèce est dite exotique d’une entité biogéographique quand cette entité est extérieure à l’aire
de répartition naturelle de l’espèce. On utilise également les termes d’espèce allochtone ou introduite
(« alien » en anglais). Dans la grande majorité des cas, l’espèce n’ayant pas pu atteindre sa zone d’introduc-
tion par ses propres moyens, son déplacement ou son introduction sont l’œuvre de l’Homme. L’introduc-
tion peut être délibérée (autorisée ou pas) ou accidentelle (liée aux activités humaines).
Fig ure 1
Pour s’établir et constituer des populations pérennes capables de se reproduire, les espèces introdui-
tes doivent franchir d’importantes barrières d’ordre physique, climatique et biologique (Figure 2). Le cas
échéant, on parle alors d’espèces naturalisées, acclimatées ou établies.
Parmi les espèces naturalisées, seule une fraction se montre capable d’envahir les écosystèmes na-
turels ou semi naturels. Cette fraction varie suivant les groupes taxonomiques (elle diffère par exemple
entre les plantes, insectes, mammifères, reptiles…).
I
D’après la base de données de la Liste rouge de l’UICN, 2007 ([Link])
12
Fig u re 2
Conformément aux définitions de l’UICN[3], du Programme mondial sur les espèces exotiques envahis-
santes[4, 5], et de la Convention sur la Diversité Biologique :
« une espèce exotique envahissante est une espèce exotique (allochtone, non indigène) dont l’introduc-
tion par l’homme (volontaire ou fortuite), l’implantation et la propagation menacent les écosystèmes,
les habitats ou les espèces indigènes avec des conséquences écologiques et/ou économiques et/ou
sanitaires négatives.
Un certain débat demeure en France (mais aussi au niveau international) autour de l’expression à uti-
liser pour désigner ces espèces. Quoi qu’il en soit, on peut considérer que l’expression « espèce exotique
envahissante » est synonyme d’ « espèce invasive ». A cet égard, il serait souhaitable, comme cela a été
rappelé lors de la 8ème Conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique, que les Etats et
les différentes organisations définissent et clarifient les termes utilisés, et travaillent sur une terminologie
commune.
Les EEE se rencontrent dans tous les groupes taxonomiques : virus, algues, fougères, plantes supérieu-
res, invertébrés, poissons, mammifères, oiseaux, reptiles, mammifères, etc.
Mais en toute rigueur, il faudrait parler de populations d’espèces exotiques envahissantes et non d’espè-
ces exotiques envahissantes car sous le terme d’espèces sont rassemblées toutes les populations, celles
de l’aire d’origine comme celles de l’aire d’introduction[6].
II
Un vecteur, ou une voie, peut être défini comme le moyen de transport (avion, bateau), l’activité (agriculture, horticulture), ou le produit (matériaux de construc-
tion, bois) via lequel une espèce exotique est introduite.
13
Exemples de voies et de vecteurs d’introduction volontaires et accidentels
Introductions volontaires Introductions accidentelles
Tableau 2
14
Si plusieurs facteurs peuvent expliquer le succès d’une invasion, le meilleur indice de la capacité d’une
espèce à devenir envahissante dans sa région d’introduction est son histoire comme espèce envahis-
sante ailleurs dans le monde, dans des conditions écologiques et climatiques similaires. C’est pourquoi la
connaissance de la réputation d’envahisseur que peut avoir une espèce est particulièrement importante
pour estimer le risque d’invasion. Ce critère, à la base des systèmes de détection précoce en particulier en
Australie, en Nouvelle-Zélande et à Hawaii, est l’un des paramètres utilisés dans les systèmes d’évaluation
des risquesIII.
L’inventaire des espèces connues pour être envahissantes et de leurs impacts dans le monde, la mise
en réseau de cette information et le développement de la coopération aux niveaux régional et internatio-
nal sont donc autant d’éléments clés pour anticiper et prévenir les menaces de nouvelles invasions.
Cronk, Q. C. B., and J. L. Fuller. 2001. Plant Invaders: the Threat to Natural Ecosystems. Earthscan Publications, London,
UK. xiv + 241p.
Di Castri, F. 1989. History of Biological Invasions with special emphasis on the Old World. In Drake, J. A., Mooney,
H. A., di Castri, F., Groves, R. H., Kruger, F. J. 1989 - Biological invasions; a global perspective. Chichester, John Wiley
& Sons, 525 p.
Muller, S. 2004. Plantes invasives en France. Etat des connaissances et propositions d’actions, Coll « Patrimoine
naturels », tome 62.
Pascal M, Lorvelec O, Vigne J.-D., Keith P. and Clergeau P. (eds). 2006. Invasions biologiques et extinctions, 11 000 ans
d’histoire des vertébrés en France. Quae-Belin editions.
Pimentel, D., Lach, L., Zuniga, R., Morrison, D. 2002. Environmental and economic costs associated with non-
indigenous species in the United States. In Pimentel, D (eds). Biological invasions: economic and environmental costs
of alien plant, animal, and microbe species, 285-303. CRC Press, USA.
Rejmanek, M., Williamson, M. (eds). Scope 37: Biological Invasions, a global perspective. Wiley & Sons, Chichester, UK.
Shigesada, N., Kawasaki, K. 1997. Biological Invasions: Theory and Practices. Oxford Universiy Press, Oxford, UK.
Shine, C., Williams, N., & Gundling, L. 2000. Guide pour l’élaboration d’un cadre juridique et institutionnel relatif aux
espèces exotiques envahissantes. UICN, Gland, Cambridge, Bonn.
Williamson, M. 1997. Biological invasions. Chapman & Hall, London, UK.
Ces systèmes sont le plus souvent des grilles d’évaluation qui recensent les caractéristiques biologiques de l’espèce étudiée, les similitudes pédo-climatiques
III
entre le territoire d’origine et le lieu d’introduction, les potentiels impacts économiques, et qui tentent ainsi de prédire le risque de développement ou non d’un
caractère envahissant pour un organisme dans un territoire donné.
15
Introduction
Les collectivités françaises d’outre-mer (CFOM) abritent des richesses naturelles exceptionnelles : elles
hébergent davantage de plantes vasculaires et de vertébrés endémiques que n’en compte toute l’Europe
continentale et les taux d’endémisme constatés pour certains groupes d’espèces y sont parmi les plus
élevés au monde. Présentes dans 4 des 34 points chauds de la biodiversité mondiale, elles portent avec la
France une responsabilité de premier plan pour la préservation de la diversité biologique de la Planète [7].
Les CFOM sont également parmi les régions du monde les plus concernées par la crise de la biodiver-
sité. Selon les estimations de la Liste rouge de l’UICN publiées en 2007, la France figure avec ses collecti-
vités d’outre-mer parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces animales et végétales
mondialement menacées. Parmi les principales causes de l’érosion de la biodiversité, les espèces exotiques
envahissantes (EEE) sont reconnues comme un facteur majeur. Dans les îles océaniques, elles pourraient
même représenter la première cause d’extinction d’espèces [8].
Les CFOM, hormis la Guyane française et la Terre Adélie, sont toutes des îles ou des archipels et figurent
donc en première ligne face aux espèces exotiques envahissantes. L’un des risques majeurs liés aux inva-
sions biologiques est de voir progressivement se développer une uniformisation des paysages naturels
d’outre-mer, avec la disparition ou la régression des espèces indigènes au profit d’une flore et d’une faune
exotiques, banalisées et cosmopolites. L’état des lieux sur la biodiversité dans les CFOM publié en 2003 par
le Comité français de l’UICN mettait déjà l’accent sur la gravité du phénomène[7].
Alors que la Convention sur la Diversité Biologique appelle les parties, dont la France, à éradiquer ou
à maîtriser les introductions d’espèces qui menacent des écosystèmes, des habitats ou des espèces indi-
gènes, force est de constater que les réponses locales et nationales restent insuffisantes par rapport aux
enjeux. Le Conseil de l’Europe reconnaissait en 1996 que « la nécessité de prévenir l’introduction d’es-
pèces exotiques d’animaux et de plantes continuait à se heurter dans de nombreux pays à l’indifférence
des pouvoirs publics et de la population »[9]. Dix ans plus tard, ce constat demeure d’actualité en France
métropolitaine et dans les collectivités d’outre-mer. Faire émerger la prise de conscience des dangers que
représentent les espèces exotiques envahissantes reste un défi majeur à relever.
Face à cette menace, le Comité français de l’UICN a engagé de juillet 2005 à juillet 2008, avec l’appui du
Secrétariat d’Etat à l’outre-mer, du Ministère chargé de l’écologie, du Conseil régional de La Réunion, de la
Fondation Nature et Découvertes et de la Fondation de France, une initiative associant l’ensemble des col-
lectivités françaises d’outre-mer, basée sur l’échange d’informations et la mobilisation de tous les acteurs.
Les objectifs étaient de 1) réaliser un état des lieux scientifique, technique et juridique ; 2) améliorer la dif-
fusion de l’information à travers la création d’un réseau d’échanges inter-collectivités ; 3) proposer des re-
commandations pour renforcer la sensibilisation, la prévention et la lutte face aux invasions biologiques.
Cette initiative a mobilisé un réseau de plus 100 experts et personnes ressources issus de tout l’outre-
mer et de métropole (chercheurs, gestionnaires d’espaces naturels, membres d’associations de terrain,
représentants d’administrations…). Douze coordinateurs locaux ont contribué à la mobilisation locale, à
l’organisation du recueil des données et à l’élaboration du rapport final.
Cette synthèse propose un état des lieux des espèces exotiques envahissantes dans chacune des col-
lectivités françaises d’outre-mer, en dressant un premier bilan de leurs impacts avérés ou potentiels sur
la biodiversité indigène, de leurs conséquences économiques ou sanitaires et des stratégies de gestion
développées localement.
17
Constitution de la flore vasculaire des collectivités françaises d’outre-mer
Flore vasculaire Flore vasculaire Flore vasculaire Plantes exotiques
% d’endémisme
Tableau 4
Effectif estimé des espèces de vertébrés terrestres et d’eau douce naturalisées ou en semi-liberté
présentes dans les collectivités françaises d’outre-mer
Mammifères terrestres Oiseaux Poissons d’eau douce
Tableau 5
18
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
L’outre-mer particulièrement
exposé aux invasions biologiques
La plupart des CFOM sont des îles et sont de fait particulièrement vulnérables aux invasions biologi-
ques (Encadré 1).
Les milieux insulaires sont beaucoup plus vulnérables aux espèces exotiques envahissantes que les continents[44, 45].
Aux îles « vraies », il convient d’ajouter ici les lacs, les marais, les sommets des montagnes, les vallées enclavées qui
peuvent également constituer des écosystèmes continentaux isolés. Un long isolement évolutif, une faible super-
ficie, de forts taux d’endémisme et un déséquilibre taxonomique et fonctionnel (absence de certains groupes bio-
logiques) constituent les principaux facteurs responsables de cette vulnérabilité aux introductions d’espèces. Dans
les îles, l’isolement géographique a souvent entraîné le développement d’écosystèmes uniques dont la flore et la
faune ont évolué en l’absence de grands prédateurs ou d’herbivores terrestres. Ces espèces animales et végétales
endémiques n’ont pas développé de moyens de lutte pour résister aux herbivores comme les cervidés, les chèvres
ou les moutons, à des prédateurs comme les rats, les chats ou les chiens, et à des plantes plus compétitives venant
des continents. Lorsque l’Homme est arrivé avec son cortège de nouvelles espèces, l’impact sur la flore et la faune
autochtones a souvent été désastreux. L’absence initiale de certains groupes comme les amphibiens, les mammifères
herbivores et carnivores, les reptiles, etc. a permis à des niches écologiques de rester vacantes facilitant l’invasion
d’espèces exotiques plus compétitives aux stratégies de conquête plus agressives que les espèces indigènes.
Les introductions d’espèces dans les collectivités françaises d’outre-mer ne sont pas un phénomène
récent. Etroitement liées à l’histoire humaine, elles ont débuté dès la découverte de ces territoires et ont
été amplifiées au fil des déplacements des hommes et se sont incroyablement accélérées au cours du
20ème siècle. En Polynésie française, le nombre d’introductions d’espèces réalisé au cours des 250 dernières
années est près de 20 fois supérieur à celui constaté pendant les 2500 ans de l’histoire polynésienne[46].
A La Réunion, le taux d’introduction actuelle est 50 000 à 60 000 fois plus rapide qu’avant l’arrivée de
l’homme, il y a 300 ans (Lavergne, in prep).
Réparties dans les trois grands océans du monde, les CFOM présentent une grande diversité de climats
(tropical, subtropical, équatorial, tempéré, froid) ce qui les rend propices à l’installation d’un nombre
important d’espèces exotiques. A la vulnérabilité insulaire s’ajoute l’occurrence plus élevée en outre-mer
des catastrophes naturelles telles que les cyclones, les glissements de terrain ou les éruptions volcani-
ques. Ces catastrophes peuvent favoriser ou a célérer l’invasion d’une espèce exotique par la perturbation
directe des habitats. En Polynésie française, l’explosion de Rubus rosifolius, qui envahit les forêts humides
et mésophiles de Tahiti, ferait suite aux cyclones de 1982-83[47].
Les échanges économiques actuels des CFOM favorisent les introductions d’espèces exotiques.
Le secteur alimentaire dépend encore massivement des importations. Des secteurs comme l’horticul-
ture ornementale sont en pleine expansion. Le nombre croissant de touristes, même jusque dans la zone
antarctique, représente également une source non négligeable d’introduction d’espèces exotiques, ainsi
que l’augmentation très importante des voyages des populations locales vers d’autres régions du monde.
En Nouvelle-Calédonie, le développement de l’activité minière s’accompagne en plus de la pollution et
de la destruction des habitats, d’une augmentation de l’activité de fret, des volumes de déchets, de flux
de main d’œuvre induisant un risque important d’introduction de nouvelles espèces[48].
Enfin et surtout, l’exiguïté de ces territoires par rapport à l’importance des populations qui y vivent,
se traduit par un niveau de perturbation et de dégradation des habitats naturels très important (ex: agri-
culture, urbanisme, exploitation forestière, activités minières, aménagements touristiques, feux, ouvertu-
res de pistes), qui représente un facteur majeur de facilitation des invasions. Or, les perturbations qu’elles
soient naturelles ou anthropiques, jouent un rôle déterminant dans le déclenchement des invasions et
19
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
dans leur diffusion spatiale en augmentant la disponibilité des ressources et de l’espace et surtout en
déstructurant et en fragilisant l’équilibre écologique de ces habitats naturels. La synergie entre fragmen-
tation, surpâturage, et feux répétés, est bien connue pour faciliter l’installation des plantes exotiques. En
Nouvelle-Calédonie, les incendies qui ravagent 50 000 hectares de savanes à niaouli et de maquis miniers
chaque année[50], conjugués au pâturage plus ou moins divagant des bovins et des cerfs, fragmentent ces
écosystèmes permettant l’installation de nombreuses plantes exotiques envahissantes[51].
La fragmentation des habitats naturels conduit à ce que des zones perturbées se retrouvent au contact
d’habitats encore intacts. Or, des îles comme La Réunion, la Polynésie française ou les Antilles françaises
concentrent sur une petite surface des densités records d’habitats. A La Réunion, près de 130 habitats ont
ainsi été référencésIV. La distance très réduite entre ces habitats et les zones anthropisées (villes, cultures,
pâturages, forêts plantées, zones dégradées) facilite les flux d’espèces animales et végétales entre ces
différents compartiments et une espèce exotique peut ainsi atteindre et envahir tous les milieux qui lui
sont favorables.
Les Tableaux 4 et 5 regroupent les données disponibles pour les milieux terrestres et d’eau douce sur le
nombre d’espèces indigènes, d’espèces exotiques et d’espèces exotiques envahissantes de plantes et de ver-
tébrés dans les collectivités françaises d’outre-mer.
Les collectivités françaises d’outre-mer, en dépit de leur isolement géographique, ont été soumises à
des vagues d’introductions d’espèces et ont vu leurs flores et leurs faunes originelles modifiées par des
milliers d’espèces exotiques (Figures 4 et 5). Avec plus de 2000 plantes introduites à La Réunion et 1800
en Polynésie française, on compte dans ces collectivités plus de plantes exotiques que de plantes indi-
gènes. 145 espèces exotiques de vertébrés terrestres ont constitué des populations naturalisées ou en
semi libertéV dans les CFOM. Plus de 95% des espèces exotiques de vertébrés ont été introduites à partir
de la période européenneVI. La Martinique et la Guadeloupe ont vu leur faune mammalienne terrestre en-
démique (à l’exception des chauves souris) remplacée par des espèces introduites[25]. Tous les mammifères
terrestres de Polynésie française ou des TAAF sont des espèces exotiques. La plupart des groupes d’inver-
tébrés (oligochètes, myriapodes, crustacés, nématodes, mollusques, insectes…) présentent des espèces
exotiques dans tous les milieux (cultures, milieux naturels, eaux douces, milieux marins) mais l’important
manque de connaissance de ces groupes est une limite pour leur inventaire et l’analyse de leur impact.
Il y 4000 ans, les premiers Amérindiens introduisaient en Martinique des plantes alimentaires comme la papaye, la
noix de cajou ou le manioc[49]. Les premiers Polynésiens introduisirent en Polynésie française le taro, l’arbre à pain ou
l’igname il y a environ 1000 ans.
Pendant la colonisation européenne, les introductions étaient principalement destinées à la production alimentaire,
forestière ou fourragère, et visaient à renforcer les ressources alimentaires des populations nouvellement installées ou
à récréer des conditions familières. Les premiers jardins botaniques tropicaux apparaissent au 18ème siècle, comme le
jardin de Pamplemousse à Maurice en 1736 ou les Jardins du Roy à La Réunion en 1761, et deviendront des portes
d’entrées pour de nombreuses plantes exotiques envahissantes
Le 19ème siècle est la période des sociétés d’acclimatation. A partir du milieu de ce siècle, avec la croissance démogra-
phique des colonies et le développement de l’élevage, un grand nombre de plantes fourragères dont des légumineuses
envahissantes comme l’Acacia farnesiana, Mimosa pudica ou Leucaena leucocephala seront introduites dans toutes les col-
lectivités tropicales d’outre-mer.
A la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, des jardins botaniques privés de « collectionneurs » se développent
et deviendront une source importante d’espèces exotiques envahissantes. Ainsi, le miconia (Miconia calvescens) fut in-
troduit à Tahiti en 1927 par Harrison Smith pour son jardin de Papeari (aujourd’hui Jardin Botanique Harrison Smith) qui
héberge aujourd’hui une collection de 250 espèces introduites[46].
Après la deuxième guerre mondiale, la quasi totalité des collectivités tropicales d’outre-mer connaissent une politique de
reboisement intensif avec des espèces exotiques (pins, eucalyptus, filaos, Acacia spp, Cryptomeria japonica, mahogany etc)
afin de créer des massifs forestiers, reboiser des terrains soumis à l’érosion ou détruits par des feux et fournir du bois d’œuvre.
IV
CBNM (2005-en cours). Cahier des habitats de la Réunion. 43 fiches rédigées non publiées, Conservatoire Botanique National de Mascarin.
V
On définit une espèce en semi-liberté comme une espèce exotique dont des individus sont trouvés dans le milieu naturel mais qui ne constituent pas une
population pérenne et restent liés en partie aux activités humaines
Pour 4 espèces, le rat du Pacifique dans les collectivités du Pacifique, avec le chien et le cochon en Polynésie française, l’agouti en Guadeloupe,
VI
20
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Des espèces à croissance rapide et à reproduction précoce, adaptées à la faible luminosité des sous
bois, et produisant de grandes quantités de fruits pouvant être dispersés par des oiseaux, comme le mi-
conia (Miconia calvescens) envahissant à Tahiti ou le troène de Ceylan (Ligustrum robustum) envahissant à
La Réunion, représentent une menace pour toutes les forêts denses humides intactes ou peu perturbées
d’outre-mer (Figure 6). Les plantes aquatiques envahissantes comme la jacinthe d’eau, la salvinia, ou la
laitue d’eau menacent toutes les zones humides tropicales d’outre-mer. Les rats se rencontrent quant à
eux depuis les forêts humides jusqu’aux agro-systèmes.
Fig ure 4
21
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Fig u re 6
Carte de l’invasion
potentielle du
miconia en
Nouvelle-Calédonie[48, 11]
22
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Les CFOM partagent entre elles un pool commun de plantes et d’animaux exotiques envahissants
ou potentiellement envahissants (Tableaux 6, 7, 8). Des espèces comme le lantana (Lantana camara) ou
le Leucaena leucocephala, deux arbustes, le martin triste (Acridotheres tristis), l’escargot géant d’Afrique
ou achatine (Lissachatina fulica) et l’escargot carnivore de Floride (Euglandina rosea), et bien sûr les rats
(Rattus rattus, Rattus norvegicus et Rattus exulans), sont envahissants dans plusieurs collectivités, même
éloignées les unes des autres. Sur les 6 espèces de fourmis les plus largement répandues au niveau mon-
dial et ayant un impact reconnu lorsqu’elles s’installent dans un nouveau milieu[53], quatre sont présentes
dans plusieurs collectivités (Tableau 6). Ces quatre espèces, la fourmi folle jaune (Anoplolepis gracilipes), la
fourmi à grosse tête (Pheidole megacephala), la fourmi rouge (Solenopsis geminata) et la fourmi électrique
ou petite fourmi de feu (Wasmannia auropunctata), appartiennent au cortège des fourmis vagabondes
actuellement en cours d’expansion dans la ceinture tropicale, en liaison avec l’augmentation des échan-
ges économiques. Parmi les mollusques, l’escargot carnivore de Floride a été introduit en Polynésie fran-
çaise, à La Réunion, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et à Wallis et Futuna avec comme même objectif
la lutte biologique contre l’achatine. Avec l’achatine, ce sont les gastéropodes exotiques envahissants les
plus largement distribués dans les CFOM.
Vertébrés exotiques naturalisés ou en semi-liberté dans les collectivités françaises d’outre-mer pour
lesquels un impact est avéré localement ou connu ailleurs comme important
Entre (), le nombre de collectivités dans lesquelles l’espèce est présente.
Amphibiens Mammifères
Chaunus marinus (2) Crapaud buffle Bos taurus (4) Bœuf
Eleutherodactylus johnstonei (2) Hylode de Johnstone Canis familiaris (4) Chien
Litoria aurea (1) Rainette verte et dorée Capra hircus (7) Chèvre
Osteopilus septentrionalis (2) Rainette de Cuba Cervus timorensis russa (2) Cerf de Java
Scinax ruber (1) Rainette des maisons Felis catus (8) Chat
Scinax x-signatus (1) Rainette X signée Herpestes auropunctatus (3) Petite mangouste indienne
Oiseaux Mus musculus (11) Souris grise
Acridotheres tristis (5) Martin triste Odocoileus virginianus (1) Cerf de Virginie
Anas platyrhynchos (1) Canard colvert Oryctolagus cuniculus (4) Lapin de Garenne
Bubo virginianus (1) Grand-duc d’Amérique Ovis ammon (1) Mouflon
Circus approximans (1) Busard de Gould Ovis aries (1) Mouton
Leiothrix lutea (1) Rossignol du Japon Procyon lotor (3) Raton laveur
Passer domesticus (5) Moineau domestique Rangifer tarandus (1) Renne
Pycnonotus cafer (2) Bulbul à ventre rouge Rattus exulans (3) Rat du Pacifique
Pycnonotus jococus (1) Bulbul Orphée Rattus norvegicus (12) Rat surmulot
Streptopelia decaocto (2) Tourterelle turque Rattus rattus (13) Rat noir
Poissons Suncus murinus (1) Musaraigne musquée
Cyprinus carpio (1) Carpe commune Sus scrofa (4) Cochon
Micropterus salmoides (1) Black bass Reptiles
Oncorhynchus mykiss (1) Truite arc-en-ciel Gymnophtalmus underwoodi (2) Gymnophtalme d’Underwood
Oreochromis mossambicus (5) Tilapia du Mozambique Hemidactylus frenatus (5) Gecko des maisons
Poecilia reticulata (6) Guppy Iguana iguana (4) Iguane commun
Trachemys scripta elegans (5) Trachémyde à tempes rouges
A l’opposé, des EEE comme l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus) ou la liane papillon (Hiptage
benghalensis) à La Réunion, le busard de Gould (Circus approximans) en Polynésie française, ou la fourmi
manioc (Acromyrmex octospinosus) en Guadeloupe qui s’attaque aux fougères arborescentes indigènes,
ne sont présentes et très envahissantes que dans ces seules collectivités.
23
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Pour mieux envahir les écosystèmes indigènes les invasions peuvent se faciliter les unes les autres
et des plantes et des animaux peuvent agir en synergie. Des oiseaux frugivores généralistes comme le
martin triste, le bulbul Orphée (Pycnonotus jocosus), le bulbul à ventre rouge (Pycnonotus cafer) ou le
rossignol du Japon (Leiothrix lutea) facilitent la dispersion sur de grandes surfaces de nombreuses plan-
tes envahissantes comme le raisin marron (Rubus alceifolius), le lantana, le troène de Ceylan (Ligustrum
robustum), ou Clidemia hirta. Les herbivores tels les cerfs ou le bétail divagant et les omnivores comme le
cochon sauvage ou les rats favorisent également la dispersion de pestes végétales en consommant leurs
fruits ou en véhiculant leurs graines zoochores.
Selon, l’organisation maritime internationale (OMI), les EEE sont considérées comme la quatrième plus grande
menace pour les océans du monde, après la pollution d’origine terrestre, la surexploitation des ressources marines
et la destruction des habitats côtiers et marins. Les voies d’introduction sont multiples. Les espèces peuvent être
introduites par les eaux et les sédiments de ballast, en se fixant sur les coques des bateaux, par l’aquaculture et
l’aquariophilie, ou encore via des programmes de recherche scientifique. Chaque année, entre 3 et 5 milliards de
tonnes d’eaux de ballast sont transportées par les navires à travers le monde. On estime que jusqu’à 7 000 espèces
différentes sont déplacées chaque jourVII.
Présentes dans les trois océans, les collectivités françaises d’outre-mer hébergent près de 10% des récifs coralliens et
lagons du monde, connus pour être parmi les écosystèmes les plus riches de la planète. Ces écosystèmes sont d’une im-
portance écologique et économique majeure pour l’outre-mer, mais leur intégrité peut être menacée par des espèces
exotiques envahissantes. La prolifération de l’Acanthaster pourpre (Acantaster planci) par exemple, une étoile de mer
prédatrice du corail, est l’une des principales causes de la dégradation des récifs dans la zone Pacifique.
Le milieu marin n’est donc pas épargné par les espèces exotiques envahissantes, mais celles-ci restent encore mal
connues. L’amélioration des connaissances dans ce domaine est indispensable pour mesurer l’ampleur et les impacts
des invasions biologiques marines.
L’agriculture et plus généralement les activités qui exploitent les ressources naturelles, sont les pre-
mières touchées par les espèces exotiques envahissantes. La dégradation des pâturages par des ad-
ventices ligneuses ou herbacées apparaît comme une des contraintes importantes pour l’élevage et
l’agriculture en Nouvelle-Calédonie et à La Réunion. Plusieurs insectes comme le ver blanc (Hoploche-
lus marginalis) à La Réunion ou les mouches des fruits ont des impacts économiques très importants.
En Nouvelle-Calédonie, la fourmi électrique (Wasmannia auropunctata) affecte un grand nombre de
secteurs économiques (maraîchage, production fruitière, élevage…) en occasionnant des dommages
aux plantes et aux fruits en raison de son association avec des cochenilles ou des pucerons, ou en gê-
VII
Source : programme Globallast, [Link]
24
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
nant la conduite des récoltes à cause des piqûres[54, 55]. De leur coté, les rats et l’achatine sont connus
de longue date comme d’importants ravageurs des cultures. Le bulbul Orphée est un ravageur des
cultures fruitières à La Réunion. Des oiseaux granivores introduits qui se déplacent en nombre comme
Lonchura punctulata en Guadeloupe peuvent causer des pertes agricoles, empêchant la culture du riz
par exemple (Feldmann, comm. pers., 2007).
Le maintien des écosystèmes naturels en bonne santé est indispensable pour certaines activités éco-
nomiques fondamentales comme l’écotourisme, l’aquaculture ou la perliculture. Mais ces activités peu-
vent être directement menacées par des invasions biologiques. Dans les atolls des Tuamotu, l’introduc-
tion d’une anémone, inconnue jusqu’à 1994, menace des élevages de la fameuse huître à perles noires
(Lo, comm. pers., 2007).
Exemples de coûts économiques engendrés par des espèces exotiques envahissantes dans différents pays[5, 56]
E n c ad ré 4
• Les coûts annuels des dommages causés par plusieurs espèces exotiques de plantes et d’animaux aux Etats-Unis sont
estimés à 137 milliards US$.
• Les coûts annuels sur les agro-systèmes australiens de 6 mauvaises herbes sont estimés à 105 millions US$.
• Les coûts annuels de la jacinthe d’eau dans 7 pays africains sont estimés entre 20 et 50 millions US$.
• L’impact du « Golden apple snail » (Pomacea canaliculata) sur la production de riz aux Philippines est estimé entre
28 et 45 millions US$/an.
• En Nouvelle Zélande, le coût des pertes économiques et de la lutte en milieu agricole contre 200 plantes est évalué à
100 millions NZ$/an ; la lutte contre 450 insectes nuisibles est évaluée à 960 millions NZ$/an.
La fièvre du West Nile est une maladie virale dont le cycle sauvage implique comme vecteur un moustique et comme réservoir l’avifaune sauvage. Cette zoonose
VIII
transmise majoritairement par des moustiques du genre Culex, touche les oiseaux d’élevage (canards, poules, etc.) et secondairement les chevaux et les hommes
qui sont des impasses épidémiologiques.
25
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Nombre d’espèces terrestres menacées inscrites sur la Liste rouge de l’UICN en fonction du type de
menace. Source : Liste rouge de l’UICN, 2007. [Link]
Selon la Liste rouge de l’UICN (2007), 15% des espèces terrestres menacées de l’outre-mer français
le sont à cause des espèces exotiques envahissantes, ce qui en fait la deuxième menace après la des-
truction des habitats (Figure 7). Ce constat est une sous-estimation importante de la réalité, l’impact de
nombreuses EEE n’étant pas connu. De plus l’importance relative des menaces représentées par les EEE
est variable en fonction des taxons considérés. En considérant uniquement le groupe des oiseaux, sur les
75 espèces classées menacées, 54 ont subi les effets directs (prédation, compétition) ou indirects (des-
tructions des habitat) d’espèces introduitesIX (Tableau 10).
Exemples d’espèces d’oiseaux indigènes ou endémiques menacées par des prédateurs introduits.
Menace Collectivité Espèce indigène Statut UICN
Tableau 10
IX
D’après la Liste rouge des espèces menacées ([Link]). Collectivités: Guyane, Polynésie française, Terres Australes et Antarctiques françaises, Guade-
loupe, Martinique, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Réunion, Saint-Pierre et Miquelon, Wallis et Futuna. Catégories de la Liste rouge : CR, EN, VU. Principales menaces :
1.5=Invasive alien species (directly impacting habitat) ; 2 = Invasive alien species (directly affecting the species).
26
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
D’après la Liste rouge de l’UICN (2007), l’action prédatrice de rats, de chats et de chiens introduits par
les hommes est citée parmi les causes d’extinctions documentées de 11 espèces d’oiseaux survenues
dans les CFOM. Pour 5 espèces (Gallirallus pacificus, Pomarea pomarea, Prosobonia ellisi, Prosobonia leu-
coptera, Ptilinopus mercierii), toutes de Polynésie française, les prédateurs exotiques sont cités comme la
seule cause de l’extinction.
C’est dans l’outre-mer français qu’a pris place une des plus grandes crises d’extinction moderne consé-
cutive à l’introduction d’une espèce. L’escargot carnivore de Floride introduit en Polynésie française à
des fins de contrôle biologique contre l’achatine est directement responsable de l’extinction de près de
57 espèces de partulidés (d’autres escargots) dont 29 sur la seule île de Raiatea qui comptait 33 espèces
connues. Cette introduction est aussi responsable de l’extinction de tous les escargots endémiques de la
région appartenant au genre Trochomorpha, à l’exception des deux espèces de l’île de Tahiti [58-60].
Mais globalement peu d’extinctions documentées d’espèces dans l’outre-mer sont uniquement dues
aux impacts d’espèces exotiques. C’est bien souvent un ensemble de facteurs (destruction des habitats,
surexploitation, prédation par des rats...) qui ont conduit des espèces à l’extinction.
La plupart des EEE conduisent à un appauvrissement des communautés végétales et animales indigè-
nes. Des plantes exotiques envahissantes comme le raisin marron, le goyavier-fraise (Psidium cattleianum),
le lantana, Leucaena leucocephala, Acacia spp. deviennent rapidement dominantes dans les paysages et
entrent en compétition avec les espèces indigènes. Ce qui peut être particulièrement problématique
quand les habitats envahis sont réduits à l’état de reliques ou rares comme les forêts sèches ou semi-sè-
ches de Nouvelle-Calédonie ou de La Réunion, ou les forêts littorales de Polynésie française.
Concernant les prédateurs introduits, il n’y a guère de doute à avoir sur les dégâts que peuvent cau-
ser les populations sauvages ou en semi-liberté de chats (Felis catus), de chiens (Canis familiaris), ou de
mangoustes (Herpestes auropunctatus) sur les oiseaux et les reptiles indigènes [63-66]. Les faunes lacustres et
d’eau douce d’outre-mer sont menacées par des tilapias introduits connus ailleurs pour leurs conséquen-
ces catastrophiques. L’impact écologique des oiseaux introduits est peu documenté. Le martin triste ou
le bulbul à ventre rouge affectent les espèces indigènes par compétition pour la nourriture ou les sites
de reproduction. Le busard de Gould (Circus approximans) et le grand-duc de Virginie (Bubo virginianus)
en Polynésie française agissent directement par prédation sur les œufs, les oisillons ou les adultes[67].
Plus rarement, des espèces exotiques pourraient se croiser avec des espèces indigènes. En Guade-
loupe, des individus hybrides résultant du croisement entre l’iguane commun (Iguana iguana) introduit
et l’iguane des Petites Antilles (Iguana delicatissima), endémique des Petites Antilles, sont observés[23].
En Nouvelle-Calédonie, le canard colvert (Anas platyrhyncos) pourrait s’hybrider avec le canard à sourcils
(Anas superciliosa) indigène [38]. L’hybridation entre le canard colvert et le canard à sourcils indigène a été
décrite en Nouvelle-Zélande[68, 69].
27
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Enfin des animaux introduits peuvent être des réservoirs et des vecteurs d’agents pathogènes (ar-
boviroses, varioles, hémoparasites…) pouvant contaminer des populations d’espèces indigènes. Le ros-
signol du Japon (Leiothrix lutea), originaire de l’Himalaya et introduit à La Réunion, est connu pour être
un réservoir du parasite Plasmodium relictum responsable de la malaria des oiseaux qui est à l’origine de
l’extinction de près d’une dizaine d’espèces endémiques à Hawaii[70].
Effets sur le fonctionnement, la composition et la structure des écosystèmes
L’impact majeur des EEE relève le plus souvent de l’altération des processus écologiques en place.
Des plantes exotiques envahissantes peuvent être à l’origine d’un changement significatif de la composi-
tion, de la structure et du fonctionnement des écosystèmes en modifiant la luminosité, le taux d’oxygène
dans l’eau, la chimie des sols, le cycle des éléments nutritifs, le régime des feux, les interactions plantes ani-
maux etc. Une seule espèce peut altérer le fonctionnement d’un écosystème. Ainsi à Tahiti, l’arbuste miconia
(Miconia calvescens) forme des couverts denses monospécifiques où la lumière arrivant au sol est extrême-
ment réduite. Il empêche toute régénération de plantes indigènes et endémiques en sous bois, et favorise
l’érosion du sol par suppression de la couverture herbacée. Près de 80 000 ha ont été envahis à Tahiti et entre
40 à 70 espèces de plantes endémiques sont directement menacées de disparition[46, 71, 72] (Figure 8).
Fig ure 8
Réputées avoir envahis plus de 80% des îles du monde[73], les trois espèces de rats, le rat noir (Rat-
tus rattus), le rat surmulot (R. norvegicus) et le rat du pacifique (R. exulans), ont toutes la réputation
d’avoir contribué à la disparition de nombreux taxons indigènes, notamment de l’avifaune et de l’her-
pétofaune. Dans les CFOM, elles sont impliquées dans la régression de plusieurs espèces d’oiseaux en-
démiques comme par exemple les monarques (Pomarea spp.) de Tahiti et des Marquises, la perruche
d’Ouvéa (Eunymphicus uvaeensis) en Nouvelle-Calédonie, l’échenilleur de La Réunion (Coracina newtoni),
ou plusieurs espèces de pétrels dans les TAAF. Les rats contribuent également à modifier la composi-
tion spécifique et la dynamique des communautés végétales en consommant des graines de plantes
endémiques rares, comme le santal (Santalum insulare) en Polynésie française ou l’Ochrosia inventorum
en Nouvelle-Calédonie[74-76], et en favorisant la dispersion de certaines plantes exotiques envahissantes
(ex : Miconia calvescens, Psidium cattleianum). De par leurs impacts multiples, les rats sont de véritables
« transformateurs d’écosystèmes ».
Les fourmis envahissantes représentent une des plus grandes menaces pour de nombreuses espèces
d’invertébrés ou de petits vertébrés indigènes ou endémiques et peuvent affecter l’ensemble du fonc-
tionnement d’un écosystème. La fourmi électrique ou petite fourmi de feu altère la structure et le fonc-
tionnement des écosystèmes en éliminant la majorité des invertébrés dans les zones infestées, tout en
favorisant certains autres, et en diminuant nettement la diversité et la densité de certains petits vertébrés
comme les lézards[77-79]. C’est l’une des plus grandes menaces pour la biodiversité néo-calédonienne et
polynésienne et une source d’importantes nuisances pour les populations[55, 80].
28
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Espèces parmi les plus envahissantes au monde présentes dans les collectivités d’outre-mer[81]
E n c ad ré 5
Sur les 100 espèces parmi les plus envahissantes au monde listées par le GISP (Programme mondial sur les espèces
envahissantes), 49 sont présentes dans les collectivités françaises d’outre-mer et doivent à ce titre faire l’objet d’une
attention particulière. Il s’agit :
• des arbres : Spathodea campanulata, Acacia mearnsii, Schinus terebinthifolius, Pinus pinaster, Melaleuca quinquenervia,
Miconia calvescens, Cecropia peltata ;
• du cactus : Opuntia stricta
• des arbustes : Lantana camara, Leucaena leucocephala, Ligustrum robustum, Psidium cattleianum, Mimosa pigra, Ulex europaeus
• des herbacées : Arundo donax, Imperata cylindrica, Hedychium gardnerianum, Clidemia hirta, Lythrum salicaria, Fallopia
japonica, Ardisia elliptica, Sphagneticola trilobata ;
• des lianes : Hiptage benghalensis, Mikania micrantha ;
• des plantes aquatiques : Eichhornia crassipes, Pistia stratiotes ;
• des vertébrés : Chaunus marinus (anciennement Bufo marinus), Salmo trutta, Cyprinus carpio, Micropterus salmoides,
Oreochromis mossambicus, Oncorhynchus mykiss, Acridotheres tristis, Pycnonotus cafer, Trachemys scripta elegans, Felis
catus, Capra hircus, Mus musculus, Sus scrofa, Oryctolagus cuniculus, Rattus rattus et Herpestes auropunctatus.
• des invertébrés : Lissachatina fulica, Euglandina rosea, Bemisia tabaci, Aedes albopictus, Pheidole megacephala,
Anoplolepis gracilipes, Wasmannia auropuncta
Des espèces listées ci-dessus sont indigènes dans certaines collectivités et ne peuvent donc pas être considérées dans
ce cas comme des espèces exotiques envahissantes ou à surveiller, même si elles ont un impact très négatif ailleurs
(ex : Mikania micrantha est indigène dans les Antilles françaises et exotique envahissante en Polynésie française).
Dans le futur, le changement climatique et la diffusion des espèces exotiques envahissantes interagiront de
manière significative. Ce changement ne fera pas que fournir un climat plus favorable aux espèces exotiques,
mais il perturbera profondément le fonctionnement des écosystèmes, permettant à un grand nombre d’espè-
ces exotiques, inoffensives pour l’instant, de devenir envahissantes (Encadré 6). Avec les changements globaux
annoncés, les EEE risquent de prendre une place de plus en plus importante dans les écosystèmes.
Espèces exotiques envahissantes et réchauffement climatique dans les TAAF [82, 83] et IPEV
E n ca dré 6
Dans les îles australes françaises (îles Kerguelen, archipel Crozet, îles Amsterdam et Saint Paul), les espèces introdui-
tes proviennent essentiellement des régions tempérées et ont dû s’acclimater à un environnement contraignant. La
mouche bleue Calliphora vicina, arrivée dans les années 1970 aux Iles Kerguelen, vivait réfugiée dans les bâtiments
chauffés des bases scientifiques sans pouvoir boucler son cycle de reproduction. Dans les années 1980, une aug-
mentation de la température de quelques dixièmes de degrés a permis le déroulement complet de son cycle. Elle a
ainsi commencé à coloniser la région et à entrer en compétition pour l’accès aux ressources avec une mouche aptère
indigène (Anatalanta aptera). De même, des plantes exotiques aujourd’hui au développement limité pourraient avec
quelques dixièmes de degrés supplémentaires augmenter considérablement leur pouvoir de dissémination et de-
venir de ce fait une réelle menace pour la flore indigène. Le pissenlit, originaire des régions tempérées, se développe
déjà sur de grandes surfaces à Kerguelen à la faveur du changement climatique.
29
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Les engagements
internationaux, nationaux
et locaux
Conventions et engagements internationaux
Les conventions internationales ratifiées par la France s’appliquent dans toutes les collectivités d’outre-
mer sauf réserves ou quand celles-ci ne sont pas concernées par le champ géographique de la convention.
La Convention sur la diversité biologique (CDB) est le seul traité international à prévoir une approche
globale des espèces exotiques envahissantes. Il est demandé que chaque Partie contractante, « dans la
mesure du possible et selon qu’il conviendra, empêche d’introduire, contrôle ou éradique les espèces
exotiques qui menacent des écosystèmes, des habitats ou des espèces » (Article 8(h)). Cette obligation
s’applique aussi bien aux milieux marins et aquatiques qu’aux milieux terrestres et à toute espèce animale
ou végétale, y compris les ressources génétiques.
La plupart des CFOM sont couvertes par des conventions régionales pour la protection de l’environne-
ment envisageant la limitation des introductions d’espèces exotiques ou leur contrôle. Il s’agit par exemple :
• de la Convention pour la protection et la mise en valeur du milieu marin dans la région des Caraïbes
(Cartagena de Indias, 1983) et son Protocole relatif aux zones et à la vie sauvage spécialement protégées
(Kingston, 1990) ;
• de la Convention pour la Protection, la Gestion et la Mise en Valeur du Milieu Marin et des Zones Côtières
de l’Afrique de l’Est (Nairobi, 1985) et son Protocole sur les aires protégées et la faune et la flore sauvage
dans la région est-africaine ;
• de la Convention sur la protection de la nature dans le Pacifique Sud (Apia, 12 juin 1976, amendée à
Guam le 9 Octobre 2000) ;
• de la Convention sur la protection des ressources naturelles et de l’environnement de la région du
Pacifique Sud (Nouméa, 1986) ;
• de la Convention portant création du Programme régional océanien de l’environnement (Apia, 1993) ;
•d u Traité de l’Antarctique et le Protocole de Madrid relatif à la protection de l’environnement (4 octobre 1991).
A côté de ces instruments, des recommandations d’organismes internationaux ont été émises pour la
prévention et le contrôle des introductions d’espèces. Au niveau international, l’UICN a notamment proposé
un guide complet pour la préservation de la biodiversité menacée par des invasions d’espèces introduites[3].
En 2003, l’Europe a adopté, sous la convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu na-
turel de l’Europe, une « stratégie européenne en matière d’espèces exotiques envahissantes » (Encadré 7).
La Stratégie paneuropéenne de la diversité biologique et paysagère fait également des EEE une question
30
spécifique. La cinquième Conférence ministérielle « Un environnement pour l’Europe » (Résolution de Kyiv
sur la biodiversité, 2003), a réaffirmé avec force la volonté d’enrayer l’appauvrissement de la diversité
biologique à tous les niveaux d’ici 2010. Il a été notamment déclaré : “D’ici 2008, la Stratégie européenne
relative aux espèces exotiques envahissantes, élaborée dans le cadre de la Convention de Berne et pleinement
compatible avec les principes directeurs de la Convention sur la diversité biologique, sera mise en oeuvre par la
moitié au moins des pays de la région paneuropéenne, à travers des stratégies et des plans d’action nationaux
en faveur de la biodiversité”.
Dispositions européennes
Le dispositif européen relatif aux espèces exotiques envahissantes est fragmenté et fait actuellement
l’objet d’une analyse approfondie. La protection phytosanitaire et zoosanitaire relève de la compétence
communautaire et nécessite des mesures harmonisées au niveau des Etats membres. Les DOM, en tant que
Régions Ultra-Périphériques, appliquent également cette réglementation élaborée en conformité avec les
normes et codes de la Convention Internationale sur la Protection des Végétaux CIPV et de l’OEPP (Orga-
nisation Européenne et méditerranéenne pour la Protection des Plantes). La Directive 2000/29/CE établit
des procédures standardisées en matière des inspections aux frontières et à l’intérieur des pays (introduc-
tions depuis les pays tiers, certificats et passeports phytosanitaires, reconnaissance de zones indemnes…).
La prise en compte des espèces potentiellement envahissantes est maintenant en cours d’acceptation
dans le cadre de la réglementation phytosanitaire européenne, comme le prévoit la CIPV depuis 2005.
Deux dispositions relatives aux espèces envahissantes sont intégrées à la réglementation communau-
taire pour l’application de la CITES (Règlement 338/97/CE modifié relatif à la protection des espèces de
faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce)XI. Parmi les 4 espèces interdites d’importa-
tion en Europe, l’une d’elles, l’érismature rousse (Oxyura jamaicensis) est indigène en Martinique et en
Guadeloupe, 2 RUP de l’Europe, ce qui aboutit à une incohérence juridique.
Le réseau Natura 2000, qui est l’instrument de mise en œuvre de la Directive Oiseaux (Directive 79/409/
CEE) et la Directive Habitats (Directive 92/43/CEE), dans lesquelles les Etats membres veillent à ce que l’intro-
duction intentionnelle dans la nature d’une espèce non indigène à leur territoire soit réglementée afin de
ne porter aucun préjudice aux habitats naturels ni à la faune, n’est pas applicable dans les RUP françaisesXII
(article L. 414-7 CE). Néanmoins, une partie de l’outil financier correspondant (LIFE) est applicable dans les RUP.
Les EEE sont évoquées de façon très générale dans la Stratégie communautaire en faveur de la diver-
sité biologique et dans les quatre plans d’action sectoriels qui l’accompagnent (Conservation des res-
sources naturelles; Agriculture; Pêche; Coopération économique et au développement). Aucun de ces
instruments de politique générale, complémentaires des stratégies et mesures nationales, ne comporte
d’éléments d’analyse adaptés à la spécificité de l’outre-mer.
Pour les milieux aquatiques, la Directive Cadre Eau (Directive 2000/60/EC) identifie les EEE parmi les
critères biologiques à prendre en compte lors de la réalisation d’un état des lieux et la mise en place d’un
programme de surveillance et de mesures correctives. Le Règlement n° 708/2007 du Conseil relatif à
l’utilisation en aquaculture des espèces exotiques et des espèces localement absentes, appelle les Etats
membres à veiller à ce que toutes les mesures appropriées soient prises afin d’éviter tout effet néfaste sur
la biodiversité, qui pourraient résulter de l’introduction ou du transfert à des fins aquacoles d’organismes
aquatiques ou d’espèces non visées.
XI
Quatre espèces sont actuellement frappées d’une interdiction d’importation : Trachemys scripta elegans, Chrysemys picta, Rana catesbeiana et Oxyura jamaicesis
XII
Contrairement aux RUP françaises, les directives « oiseaux » et « habitats » sont applicables aux autres RUP de l’Union Européenne (Açores, Madère et Canaries).
XIII
Publication [Link], à télécharger [Link]
31
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Application régionale des Principes Directeurs de la CDB : l’exemple de la stratégie européenne rela-
E n c ad ré 7
Engagements nationaux
Au niveau national et local, les autorités ont pris ces dernières années plusieurs engagements pour
améliorer la conservation de la biodiversité et la lutte contre les espèces exotiques envahissantes. La Stra-
tégie Nationale pour la Biodiversité, adoptée en 2004 par le Gouvernement, définit l’outre-mer comme
une priorité et souligne l’urgence d’un renforcement de l’action dans le domaine de la lutte contre les
invasions biologiques. Elle propose notamment :
• l’établissement de critères de sélection et la constitution de listes d’espèces exotiques envahissantes
menaçant les écosystèmes, les habitats et les espèces indigènes ;
• la mise en place de plans de lutte correspondants ;
• la maîtrise des voies de passage des principales espèces invasives par la mise en place de mesures de
détection et d’intervention rapide;
• l’achèvement de la réglementation ;
• la mise en place d’un observatoire au rôle d’alerte et de veille scientifique (par exemple, activation du
réseau des Conservatoires Botaniques Nationaux, dans le cas des plantes).
Les plans d’actions locaux des collectivités françaises d’outre-mer élaborés dans le cadre de la Straté-
gie Nationale pour la Biodiversité abordent chacun la problématique à des degrés variables (voir les plans
locaux de chaque collectivité).
Un cadre juridique
incomplet et fragmenté
L’analyse des outils juridiques portant sur les espèces exotiques envahissantes dans les collectivités
françaises d’outre-mer a fait l’objet d’un rapport spécifique réalisé par Clare Shine, juriste spécialisée en
droit de l’environnement.
L’Etat est le principal garant de la conservation de la nature dans les quatre DOM, les collectivités de
Saint-Pierre et Miquelon, de Mayotte, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy et dans les Terres australes et
antarctiques françaises. La législation nationale en matière de prévention et de gestion des espèces exo-
tiques envahissantes joue donc un rôle déterminant dans les cadres réglementaires de ces collectivités.
32
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Alors que les EEE sont aujourd’hui reconnues au niveau mondial comme l’une des principales menaces
pour la biodiversité, le cadre législatif national applicable dans ces collectivités ne correspond pas dans
son état actuel aux engagements internationaux de la France relatifs à la prévention et au contrôle des
EEE. Plus particulièrement, il ne permet pas une gestion adéquate du risque que posent les invasions
biologiques aux petits territoires insulaires dont la biodiversité est plus riche et plus vulnérable que celle
de la métropole.
Les cadres réglementaires des collectivités varient de façon importante. Certaines reproduisent as-
sez fidèlement le schéma législatif national, d’autres comme La Réunion ou Mayotte l’adaptent, dans la
mesure du possible, pour tenter de mieux prévenir et gérer les EEE. Mais certains arrêtés récemment pris
dans ces collectivités sont confrontés à des problèmes de régularité (absence de fondement) ce qui plai-
de en faveur de la création d’un mécanisme juridique cohérent à l’échelle nationale. Les collectivités du
Pacifique, Wallis et Futuna, la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie ont la compétence territoriale
environnementale et peuvent prendre des dispositions pour réglementer les introductions d’espèces,
leur transport, leur commerce, etc.
Un dispositif mieux adapté au contexte de l’outre-mer prendrait la forme d’un système de double
liste avec une liste positive d’espèces évaluées à un niveau de risque acceptable et une liste des espèces
interdites d’introduction car reconnues comme présentant un risque d’invasion avéré. L’avantage de ce
système est de déclencher une analyse du risque pour toute introduction de nouvelle espèce non listée.
Des systèmes de ce type sont déjà en place en Nouvelle-Zélande et en Australie, développés conformé-
ment aux principes et aux conditions des accords de l’OMC. A La Réunion, le CSRPN a rédigé une motion
sur l’article L. 411-3 pour le Ministère de l’écologie demandant un changement de la réglementation
afin de pouvoir élaborer simultanément une liste positive des plantes sans risque d’invasion autorisées à
XIV
Un premier arrêté du 2 mai 2007 interdit la commercialisation, l’utilisation et l’introduction dans le milieu naturel de Ludwigia grandiflora et Ludwigia peploides,
deux espèces de jussie.
XV
Arrêtés du ministère de l’Agriculture du 03/09/1990 ; 31/07/2000 ; 24/05/2006
XVI
Loi du 2 février 1995 (art. L 212-1 du Code Rural), les articles L 412-1 et L.413-2 du Code de l’Environnement et les deux arrêtés du 10 août 2004 du Ministère de
l’Agriculture et du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable
33
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
l’introduction, une liste des plantes interdites d’introduction car reconnues comme présentant un risque
d’invasion avéré, et que toute introduction de nouvelle espèce soit soumise à une analyse de risque per-
mettant de la classer dans une des listes.
La complexité des prérogatives administratives dans le milieu marin complique la définition de mesu-
res au niveau local. Le Domaine Public Maritime relève de l’autorité exclusive de l’Etat mais l’articulation
entre les mandats respectifs des ministères concernés (Agriculture et pêche, Transport, Environnement,
Défense) est mal définie. A l’exception des TAAF, aucune autre collectivité ne réglemente les voies et les
vecteurs marins d’introduction.
A cela s’ajoute le manque critique de connaissances sur la biodiversité marine en général et sur les
espèces marines envahissantes en particulier.
Des dispositifs
de biosécurité à développer
Conditionnée par les règles communautaires du marché unique, la réglementation des importations
sur le territoire des DOM se limite essentiellement aux mesures phytosanitaires et zoosanitaires. Les
contrôles portent principalement sur l’absence de maladies chez des spécimens des espèces couvertes
par la réglementation et des systèmes de contrôle et de quarantaine sont donc appliqués conformément
aux standards phytosanitaires et zoosanitaires internationaux ou locaux en vigueur.
Le dispositif actuel de limitation des introductions d’espèces exotiques, basé sur la création de liste
d’espèces interdites à l’importation, et adopté par la Convention Internationale sur la Protection des Vé-
gétaux (CIPV), correspond mal aux besoins des CFOM car les règles alignées sur le marché unique ne tien-
nent pas compte des spécificités des territoires insulaires éloignés. Dans l’état actuel de la législation, il est
impossible pour un DOM d’interdire l’entrée sur son territoire d’un spécimen d’une espèce exotique en
raison de son caractère potentiellement envahissant à moins que l’espèce ne relève de la réglementation
phytosanitaire ou zoosanitaire ou de la CITES.
34
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
d’une part les principaux points d’entrée des EEE et d’autre part les îles les plus envahies. Elles constituent
de ce fait une source de dispersion d’ EEE vers les autres îles de l’archipel.
En dépit des principes de la Convention sur la diversité biologique, la mise en oeuvre généralisée de
dispositifs de contrôle et de quarantaine vis-à-vis des EEE menaçant la biodiversité, reste insuffisante et
souffre de l’absence de méthodes standardisées d’analyse de risque d’invasion. La poursuite actuelle des
introductions d’espèces dans les CFOM témoigne des limites des mesures phytosanitaires et zoosanitai-
res, d’un système de biosécurité faible et de l’absence de procédure de détection précoce et de réaction
rapide. L’absence ou le manque de formation des agents de la police phytosanitaire ou des douanes à
la reconnaissance des espèces potentiellement envahissantes et le manque d’outils d’aide à la recon-
naissance et de bases d’information facilement consultables sont des obstacles de plus à l’efficacité des
contrôles. Cette situation contraste violemment avec les contrôles draconiens des introductions par les
autorités néo zélandaises ou australiennes par exemple.
L’absence de stratégie nationale et locale sur les invasions biologiques contribue fortement au manque
de réactivité des collectivités face à de nouvelles invasions et ne facilite pas la mise en œuvre d’actions
et le développement de politiques, de mesures et d’objectifs déterminants et prioritaires, en fonction du
temps disponible et de leur faisabilité. Au niveau de l’Etat, le relais est souvent insuffisant et se traduit
localement par des financements inadéquats par rapport aux besoins en terme de prévention, de moyen
de lutte et de recherche.
Certains Etats membres de l’Union Européenne ont d’ores et déjà adopté une démarche transversale. Par
exemple, la Grande Bretagne a conduit depuis 2001 un audit transversal des mesures existantes, a constitué des
groupes de travail pluridisciplinaires et a créé le Non-native species secretariat ([Link]
Alors que l’industrie horticole est considérée au niveau mondial comme la principale source de dissé-
mination de plantes exotiques envahissantes, de nombreuses espèces envahissantes continuent d’être
vendues dans les jardineries ou les pépinières comme les plantes aquatiques Salvinia molesta, Eichhornia
35
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
crassipes ou Pistia stratiotes. L’aménagement du territoire comme le verdissement des bords de routes,
des ronds points, des espaces publics est essentiellement réalisé à base d’espèces exotiques ornemen-
tales sélectionnées pour leurs critères esthétiques et économiques, parfois même pour leur caractère de
robustesse et de croissance rapide (cas des plantes de couverture pour la stabilisation des talus routiers)
sans prendre en considération leur potentiel envahissant. Le tulipier du Gabon (Spathodea campanulata)
aux belles fleurs rouges, planté comme arbre d’ornement et d’ombrage dans la majorité des collectivités
tropicales d’outre-mer est l’une des espèces les plus envahissantes au monde et envahit par exemple les
vallées de Tahiti. Le paradoxe est qu’au même moment des sommes considérables sont dépensées dans
le monde pour lutter contre ces plantes.
Fig u re 9
Principales voies
d’introduction
d’espèces exotiques
à Mayotte
Au niveau mondial, plus de 280 espèces ligneuses utilisées en foresterie et 200 utilisées en agroforesterie
sont considérées comme des espèces exotiques envahissantes[84]. Le pin des Caraïbes (Pinus caribaea), une
des espèces forestières les plus largement plantées dans collectivités tropicales d’outre-mer, se naturalise et
devient envahissant par endroits dans le Parc national de la Guadeloupe, en Polynésie française et en Nouvel-
le-Calédonie où il est une des rares espèces capable de coloniser les sols ultrabasiques du maquis minier[85].
De nombreuses plantes exotiques, principalement des graminées ou des plantes fourragères, introduites
initialement pour la diversification agricole ou l’amélioration des pâturages, sont actuellement considérées
comme envahissantes (ex : Leucaena leucocephala, Ulex europaeus, Acacia spp., Penisetum spp., Panicum spp.).
La mode des nouveaux animaux de compagnie et de cage est à l’origine de nombreuses introductions
d’espèces. On peut citer par exemple la récente naturalisation d’une espèce d’écureuil (Funambulus pen-
nantii) en Guadeloupe[25], de nombreuses espèces d’oiseaux (l’astrild ondulé, le bulbul Orphée, le foudi
de Madagascar, le serin du Cap, le tisserin gendarme, la perruche ondulée, etc.) ou encore la trachémyde
à tempes rouges (Trachemys scripta elegans), connue sous l’appellation tortue de Floride. Bien que cette
tortue soit interdite au commerce depuis 1997, d’autres sous-espèces de T. scripta et d’autres espèces de
Avec le développement des activités de jardinage et d’agrément, de nombreuses plantes exotiques ornementales
sont proposées à la vente dans les hypermarchés, les jardineries, les pépinières, sans considération pour leur poten-
tiel envahissant. Les organismes chargés de l’aménagement du territoire, et notamment des aménagements publics,
ne tiennent pas compte des risques environnementaux liés à l’utilisation d’espèces exotiques reconnues mondiale-
ment pour être envahissantes comme l’arbuste Tecoma stans, le tulipier du Gabon ou l’herbe de la Pampa (Cortaderia
selloana). A La Réunion, plus de la moitié des plantes exotiques envahissantes majeures ont été introduites pour leur
intérêt ornemental. Présentes dans de nombreux jardins privés, le nombre réel de ces espèces ornementales poten-
tiellement envahissantes, bien que sans aucun doute important, reste difficile à estimer.
36
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
tortues d’eau douce continuent d’être vendues et leur implantation dans le milieu naturel est un risque
potentiel important.
Bien que le nombre d’actions de sensibilisation et d’éducation se soit considérablement accru ces der-
nières années (articles de presse, reportages télévisuels, plaquettes et dépliants), la prise de conscience
du grand public, des professionnels, des étudiants et des décideurs demeure insuffisante. La connais-
sance des enjeux reste encore très limitée. En outre, les actions menées de manière ponctuelle, sont le fait
d’une grande variété d’organismes (associations, administrations, établissements publics, collectivités,
organismes de recherche,…) sans réelles approches coordonnées ni stratégiques.
La surveillance des espaces naturels est, par faute de moyens financiers et humains, insuffisante et
des réactions rapides de contrôle sont rarement engagées pour des espèces autres que des ravageurs ou
pathogènes de cultures. Pourtant, la réactivité, notamment celle des pouvoirs publics, est un facteur clé
de succès du contrôle d’une espèce exotique envahissante et de limitation des coûts. Les systèmes de sur-
veillance sont pour la plupart embryonnaires même si La Réunion ou la Nouvelle-Calédonie envisagent
l’intégration de la surveillance des EEE aux observatoires en place ou prévus. Mayotte ou Wallis et Futuna
sont handicapées par l’absence d’inventaires adéquats pour chaque groupe biologique, ce qui entrave la
détection précoce et la réaction rapide aux nouvelles invasions.
Le contrôle des espèces exotiques envahissantes est régulièrement confronté au manque d’intérêt,
de volonté et de moyens financiers et humains dédiés, autant de facteurs qui réduisent l’efficacité des
programmes. Les actions de lutte sont généralement fragmentées et ne s’intègrent que rarement dans
des programmes de gestion intégrée. Une multiplicité d’acteurs peut être impliquée dont les activités
et les investissements ne sont pas toujours bien coordonnés. Alors que le suivi sur le long terme des
programmes de lutte doit être une nécessité (régénération des espèces indigènes, problèmes de réinfes-
tations, perturbations provoquées par les méthodes de lutte, évaluation du succès, etc.), il n’est souvent
pas possible de le faire, faute de financements pérennes. Les efforts de lutte se heurtent également aux
coûts ou à l’absence de main d’œuvre formée pour la gestion des invasions (Tableau 11). A titre d’exem-
ple, une étude réalisée à La Réunion a estimé que l’éradication d’un hectare de longose (Hedychium
gardnerianum) coûte 24 000 euros pour 172 j/homme[86].
Cf à La Réunion, l’arrêté préfectoral de lutte contre le bulbul Orphée donne de tels pouvoirs à la FDGDON.
XVII
37
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
La légalité des mesures de contrôle est conditionnée par le statut juridique de l’espèce concernée. Les
mesures réglementaires pour contrôler les espèces envahissantes sont éparpillées entre plusieurs textes
et ne bénéficient pas d’une grande lisibilité. En outre, l’articulation entre les différents services compé-
tents, les gestionnaires et les autres acteurs du terrain peut poser des difficultés.
Une autre difficulté concerne le statut juridique des espèces. Des lacunes, des conflits ou des zones de
flou juridique concernent en particulier :
•d es plantes exotiques envahissantes n’ayant pas le statut d’organisme de quarantaine/nuisible aux végétaux ;
• des espèces animales envahissantes n’ayant pas le statut d’animaux nuisibles ;
•d es espèces exotiques protégées automatiquement en raison de la protection d’un groupe entier d’espèces ;
• la protection d’une espèce introduite qui devient envahissante ultérieurement ;
• les poissons/crustacés introduits qui sont classés comme déjà représentés dans les eaux douces d’un
territoire.
L’absence d’un statut approprié ou l’existence d’un statut inapproprié, comme par exemple la protec-
tion d’une espèce exotique, peut empêcher la prise des mesures de contrôle nécessaires.
La prise en charge des rongeurs et des populations ensauvagées d’animaux domestiques est géné-
ralement insuffisante. L’action de l’autorité administrative compétente (souvent la commune) se limite
aux milieux urbains à des fins de salubrité publique et n’est pas toujours à la hauteur du problème (ex. à
Mayotte, à La Réunion, ou en Guyane) et les réactions de la société civile sont parfois démesurées lorsqu’il
s’agit par exemple des chiens ou des chats. Les cadres réglementaires en vigueur n’abordent pas les me-
sures de contrôle dans les lieux isolés et difficiles d’accès, sauf pour les aires protégées. En outre, des
collectivités (Mayotte, Guyane) ne disposent pas encore des fourrières prévues au Code Rural.
Actions Financement
Tableau 11
Entre 2003 et 2006, environ 100 ha ont été traités. A raison de 2 400 €/ha,
Lutte contre quelques plantes envahissantes à Mayotte
cette opération, au résultat incertain, a coûté 240 000 €
Un département en métropole a utilisé cette disposition en amont sans attendre l’adoption d’une liste par arrêté interministériel. En l’occurrence, l’espèce cible
XVIII
était un oiseau sauvage dont le statut de res nullius permettait une destruction par tous moyens, dont celui des battues administratives décidées par le préfet
(L.427-6 du CE). La Martinique a également pris un arrêté autorisant la destruction de l’iguane commun par les agents de l’ONCFS.
38
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Albizia lebbeck x x x x x x
Acacia mangium x
Cinammomum verum x x
Lantana camara x x
Leucaena leucocephala x
Litsea glutinosa x x x x x x
Psidium catteianum x x x
Spathodea campanulata x x x
Plusieurs espèces, parfois parmi les plus envahissantes, sont jugées utiles et profondément ancrées dans
les cultures, d’autres ont une valeur économique ou sociale importante. Ainsi, des plantes exotiques enva-
hissantes servent de fourrages, de bois de construction ou de bois de chauffe, d’alimentation, à la pharma-
copée, au maintien des sols, etc. (Tableau 12). Les plantes ornementales envahissantes sont bien souvent
au centre de conflits d’intérêts entre ceux qui en font le commerce et les gestionnaires et conservateurs de
la nature. Par exemple, l’hortensia (Hydrangea macrophylla), a été planté dans les années 1970 à La Réunion
le long des pistes forestières mais il est devenu hautement envahissant. La population ne comprend pas
toujours pourquoi cette espèce, qui a un moment donnée a fait l’objet de campagnes de promotion, doit
être aujourd’hui contrôlée. En Nouvelle-Calédonie, le cerf rusa a acquis une telle importance culturelle, nu-
tritionnelle et économique qu’en 1957 Barrau et Devambez écrivaient déjà que « nul Néo-calédonien, qu’il
soit Européen ou autochtone, ne concevrait, aujourd’hui, son île sans cerf : l’effigie de ce dernier figure sur
les billets de banque… et sur bien d’autres symboles de la Nouvelle-Calédonie »[88]. En Polynésie française,
les échanges de plantes sont une tradition et une passion, et l’élevage de cochons et de chèvres laissés en
liberté pour la chasse est une activité traditionnelle.
A la faveur de modifications du milieu, des espèces végétales indigènes peuvent développer un caractère envahis-
sant, se propager rapidement et former des couverts monospécifiques au détriment d’autres espèces indigènes.
Ainsi à Mayotte, certaines espèces de lianes indigènes (ex : Saba comorensis, Entada rheedii), étouffent la canopée des
forêts et ont un impact important sur leur régénération. Le niaouli (Melaleuca quinquenervia), le bois de fer (Casuarina
collina) ou l’Acacia spirorbis, espèces indigènes de Nouvelle-Calédonie, montrent le même genre de comportement
envahissant dans des zones anthropisées dégradées de cette collectivité. Si l’éradication des espèces indigènes en-
vahissantes n’est pas nécessaire ni prioritaire, il convient de limiter leur diffusion en évitant de les déplacer volon-
tairement mais surtout en évitant toute nouvelles ouvertures (sentiers, pistes, layons, incendies…) et perturbations
dans les massifs forestiers naturels. Ces espèces indigènes peuvent être des espèces potentiellement envahissantes
pour d’autres régions du monde et il est donc important de communiquer avec les pays voisins sur les risques d’in-
troduction de ces espèces.
39
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Les populations de racoon, ou raton laveur, des Bahamas, de Barbade et de la Guadeloupe ont longtemps été consi-
dérées comme endémiques à chacune de ces îles (Procyon minor en Guadeloupe, Procyon maynardi aux Bahamas et
Procyon gloveralleni aux Barbades). Mais des travaux de génétique[90, 91], historiques et biogéographiques[21, 92, 93] ont
conclu que les ratons laveurs caribéens ne pouvaient pas être distingués du raton laveur nord américain Procyon
lotor et qu’il ne faisait aucun doute que ces différentes populations ont été introduites depuis l’Est des Etats-Unis, il y
a peut être plusieurs siècles. L’introduction du raton laveur en Guadeloupe daterait du début du 19ème siècle[25].
Les conséquences de ces travaux sont potentiellement larges. Le raton laveur, espèce exotique omnivore et ubi-
quiste, représente une menace écologique potentielle pour la biodiversité de ces îles. A la lumière de ces informa-
tions, les mesures réglementaires (espèce intégralement protégée) et l’image officielle (emblème du Parc National de
Guadeloupe) donnée à l’espèce devraient être reconsidérées puisqu’il s’agit sans équivoque d’une espèce introduite
et abondante dans son aire de répartition originelle et dont l’impact sur les écosystèmes n’est pas négligeable[91].
Bien que ces efforts aient été significatifs, ils furent trop réduits et trop fragmentés ne favorisant guère
les synergies entre la recherche et les besoins de gestion et la définition commune de priorités de recher-
che. Alors que les populations d’espèces exotiques constituent d’excellents modèles pour appréhender
de nombreux sujets scientifiques, le financement des activités de recherche reste insuffisant.
Les impacts de la majorité des EEE demeurent méconnus et sans aucun doute largement sous-évalués.
L’impact écologique ou socioéconomique de près de 80% des espèces de vertébrés représentées
par des populations exotiques dans les CFOM n’est pas documenté localement. L’impact écologique
des plantes exotiques envahissantes majeures comme le Lantana camara, les Psidium spp., les Acacia spp.
demeure inexploré ainsi que les modes de compétition en jeu. Les phénomènes d’introgression généti-
que, consécutifs à l’installation d’espèces exotiques, restent à explorer. Alors que les invertébrés aux im-
pacts économiques comme les mouches des fruits ou sanitaires comme les moustiques sont relativement
bien documentés, très peu de travaux concernent l’impact des invertébrés exotiques sur la biodiversité
indigène. Les coûts indirects des invasions biologiques, comme les conséquences de la dégradation es-
thétique d’un site, du déclin d’une espèce endémique, ou de la diminution des services rendus par les
écosystèmes, ne sont jamais estimés. Peu de collectivités ont développé une politique volontariste de
recherche d’espèces locales de substitution et de méthodes de multiplication des espèces indigènes.
40
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Des comités locaux de réflexion et d’action ont vu le jour dans plusieurs collectivités. Ces comités sont
constitués des acteurs de la recherche, de la gestion des milieux naturels, de la réglementation et du dé-
veloppement rural, des associations, ainsi que des instances décisionnelles.
En Polynésie française, un premier comité interministériel de lutte contre le miconia et les autres es-
pèces végétales menaçant la biodiversité est créé en 1998. En 2006, ce comité, réunissant notamment
les services de l’environnement, de l’agriculture et de la recherche, est remplacé par le Comité de lutte
contre les espèces menaçant la biodiversité avec un mandat élargi à l’ensemble des espèces exotiques
envahissantes. A La Réunion, après une prise de conscience ancienne datant du début des années 1980
et diverses études scientifiques et d’expérimentation, un comité des invasions biologiques a été créé en
mars 2003 puis réactivé en 2005 dans le cadre du CSRPN. Une étude de préfiguration est également en
cours de développement depuis 2007 pour la mise en place d’une cellule permanente de veille et d’in-
tervention précoce sur les invasions biologiques qui associerait tous les acteurs. En Nouvelle-Calédonie,
un groupe technique s’est constitué en 2004 et réunit des représentants des quatre collectivités (les 3
provinces et la Nouvelle-Calédonie), de l’État et des organismes de recherche et associe depuis peu les
ONG et le Programme de conservation des forêts sèches.
Actuellement, le programme de recherche français ALIENSXXIV est mené par 5 équipes travaillant sur
la problématique des mammifères introduits dans les écosystèmes insulaires. Les résultats de ce pro-
gramme devraient permettre de mieux comprendre l’impact des espèces introduites sur le fonction-
nement des écosystèmes insulaires et la dynamique des espèces indigènes et de dégager des priorités
en termes de restauration écologique des îles les plus menacées. Les Terres australes françaises, les îles
Eparses, les îlots français des Caraïbes, Clipperton et l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon sont parmi
les sites d’études.
XX
C Mauremootoo, 2003
XXI
Meyer & Smith (eds.), 1997
XXII
Atelier PILN
XXIII
Blanfort, 2003
XXIV
ALIENS : Assessment and Limitation of the Impacts of Exotic species in Nationwide insular Systems
XXV
DAISIE : Delivering Alien Invasive Species Inventories for Europe
41
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Le programme mondial sur les espèces exotiques envahissantes (GISP) a été créé en 1997 sous l’égide de l’UICN, du
CABI et du SCOPE dans le but de fournir de l’information et de l’expertise sur les invasions biologiques conformé-
ment à l’article 8h de la Convention sur la Diversité Biologique. Son objectif est de permettre la mise en place d’outils
efficaces pour améliorer les systèmes de prévention et de contrôle des espèces exotiques envahissantes. Le GISP a
développé une base de données internationale sur les espèces envahissantes. Elle est administrée par le groupe de
spécialistes des espèces envahissantes de l’UICN (ISSG). Cette base de données consultable en ligne ([Link]/
database/welcome) contient des informations sur l’écologie, les impacts et les moyens de lutte sur plus de 400 espè-
ces dont près de 150 sont présentes dans les collectivités d’outre-mer.
Cette procédure lancée en novembre 2002 s’inscrit dans le cadre de la démarche qualité de l’ONF (certification ISO
9001 et 14001). La détection précoce et la réaction rapide sur les espèces potentiellement envahissantes à La Réu-
nion reposent sur la formalisation des différentes observations sur une fiche d’alerte ainsi que sur un réseau territorial
d’observateurs sur toute l’île. Une base de données liée à un logiciel SIG a été créée. Plus de 250 signalements concer-
nant une centaine d’espèces exotiques ont été enregistrés et ont débouché sur des chantiers de lutte confirmant
l’intérêt d’agir rapidement sur le plan économique et environnemental. A titre d’exemple, l’éradication précoce d’un
pied nouvellement détecté d’herbe de la Pampa (Cortaderia selloana), plante hautement envahissante, n’aura coûté
que 20 €, alors qu’une réaction tardive aurait engendré d’importants coûts d’éradication.
Au moins six espèces de vertébrés ont fait l’objet d’éradications réussies dans au moins 25 localités
d’outre-mer (Tableau 13). Les rongeurs commensaux sont les espèces dont l’éradication de populations
insulaires a été tentée le plus de fois avec succès. Ces éradications ont eu des effets favorables à l’égard de
nombreuses populations d’espèces indigènes, dans la mesure où des suivis scientifiques et techniques
avant et après les opérations de lutte ont pu être réalisés. Ainsi l’éradication du rat noir sur les îlets de
Sainte Anne en Martinique a généré un accroissement du succès de reproduction du puffin d’Audubon
(Puffinus lherminieri) de 0 % à 90 % entre 1999 et 2001[66].
Ces succès d’éradication montrent que si le cadre réglementaire ne s’oppose pas à l’action et que si
des ressources financières appropriées sont disponibles pour une surveillance et un suivi scientifique de
la zone traitée, ces opérations ont toutes les chances de réussir.
42
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Fig u re 10
Essais d’éradication de populations exotiques de vertébrés dans les collectivités françaises d’outre-mer
(d’après [102] et complété)
Collectivité île Surface terrestre (ha) Espèce cible Année succès
Tableau 13
43
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Conclusions
et recommandations
Toutes les collectivités françaises d’outre-mer sont aujourd’hui confrontées à la menace des espèces
exotiques envahissantes, directement liée à l’expansion des transports, du commerce et d’activités ré-
créatives qui sont autant de filières d’introduction d’espèces.
Cependant, la connaissance de la situation est très variable d’une collectivité à l’autre. L’impact de la
majorité des espèces exotiques envahissantes sur la biodiversité indigène des collectivités d’outre-mer
reste mal connu. Mais plusieurs exemples montrent que la situation actuelle des invasions biologiques
dans ces territoires est sérieuse, parfois très grave, avec des modifications du fonctionnement des écosys-
tèmes, des régressions et des extinctions d’espèces indigènes et d’espèces endémiques.
Dans le domaine de la gestion des espèces exotiques envahissantes, les collectivités françaises d’outre-
mer offrent pourtant des opportunités uniques du fait de leur isolement et de leur superficie limitée. Ces
caractéristiques facilitent d’une part la réalisation et le succès de programmes de contrôle qui ne seraient
pas réalisables sur les continents, et d’autre part le développement de stratégies orientées vers l’alerte,
la détection précoce et la réaction rapide. A cela s’ajoute la présence d’un réseau dynamique de centres
de recherche, d’organismes gestionnaires et d’associations. Alors que la France apparaît en retard sur la
connaissance et la gestion des invasions biologiques par rapport à d’autres pays, elle dispose, grâce à ses
collectivités d’outre-mer, d’atouts rarement rencontrés ailleurs pour devenir exemplaire dans le domaine
de la gestion des invasions.
Enfin, la gestion des espèces exotiques envahissantes ne peut pas se contenter de remèdes palliatifs à
court terme. Une politique globale doit être élaborée et partagée avec l’ensemble des partenaires : l’Etat, les
scientifiques, les gestionnaires de l’environnement, les collectivités locales, les acteurs privés et les ONG. La
mise en oeuvre de cette approche doit être transversale et nécessite des interventions à différents niveaux :
• la prévention, qui représente le moyen le moins couteux de lutte contre les espèces exotiques envahissantes ;
• la veille et la détection précoce des nouvelles espèces, incluant l’analyse du risque d’invasion ;
• l’intervention rapide, dès qu’une espèce exotique envahissante est signalée, en éradiquant les individus
introduits ;
• l’adaptation de la réglementation concernant le commerce, le contrôle des transports, les mesures de
contrôle aux frontières et de mise en quarantaine des espèces ;
• l’information et la sensibilisation du public sur les risques liés aux espèces exotiques envahissantes ;
• la lutte à long-terme pour contenir les espèces envahissantes déjà installées (lutte manuelle, mécanique,
chimique ou biologique).
44
Dans le cadre de son initiative spécifique sur les espèces exotiques envahissantes en outre-mer et en
se référant aux recommandations émises au niveau international par le GISP[4] et l’UICN[3], le Comité fran-
çais de l’UICN recommande deXXVI:
Bâtir une stratégie nationale et locale contre les espèces exotiques envahissantes par :
Conformément aux décisions de la Conférence des Parties de la Convention sur la Diversité Biologique
et en conformité avec la Stratégie nationale pour la biodiversité, une stratégie nationale contre les EEE,
prenant pleinement en compte les collectivités d’outre-mer, doit être élaborée et validée prioritairement.
Conformément aux plans d’action locaux pour la biodiversité, les collectivités d’outre-mer doivent
s’engager dans l’élaboration et la validation de leur stratégie contre les EEE. Le travail engagé en Polynésie
française sur l’élaboration d’une stratégie déclinée en plans d’action prioritaires pourrait servir de modèle
de réflexion aux autres collectivités.
Afin que la stratégie nationale contre les EEE permette une véritable prise en compte transervale de
la problématique, la mission « espèces envahissantes » du MEEDDAT pourrait être élargie dans tous les
domaines d’action du Ministère et promue, via les plans d’action sectoriels de la Stratégie nationale pour
la biodiversité, auprès des autres Ministères concernés (chargés de l’outre-mer, de l’agriculture et de la
pêche, etc.), dans une perspective de coordination générale des actions.
La mise en œuvre d’une stratégie et de plans d’action locaux contre les EEE nécessite la coordination
de tous les partenaires et le bon usage des connaissances disponibles. Une structure clairement identifiée
doit être chargée de la coordination horizontale (entre les différentes structures et acteurs) et verticale
(entre la région, le département, la province, la commune, etc.). Ces structures sont appelées à contribuer
à la mise en oeuvre des stratégies et des plans d’action locaux, à animer la réflexion sur les axes de recher-
che à explorer, et à collaborer avec des structures ou des réseaux internationaux ou régionaux afin d’ac-
croître leur propre efficacité. Des structures formalisées existent déjà dans certaines collectivités comme
le Groupe de travail sur les invasions biologique à La Réunion et en Nouvelle-Calédonie, ou le Comité de
lutte contre les espèces envahissantes en Polynésie française. Il s’agirait de rendre ces groupes complète-
ment opérationnels grâce à des financements propres.
La création d’un réseau permanent de concertation entre l’Etat (ministères chargés de l’environne-
ment, de l’outre-mer, de l’agriculture et de la pêche…) et les structures locales de concertation en outre-
mer contribuerait à assurer une visibilité des EEE comme enjeu prioritaire dans l’outre-mer, à soutenir
les actions locales et à améliorer l’échange d’informations entre les structures compétentes en matière
d’alerte, d’élaboration et de mise en place de protocoles de biosécurité, d’inventaire, de lutte, etc.
Ces recommandations ont été proposées et validées lors du dernier atelier de travail qui a réuni en février 2008 à Paris l’ensemble des coordinateurs locaux
XXVI
45
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
l a création d’un mécanisme national de financement pour la gestion des espèces exotiques
envahissantes
Les coûts engendrés par les EEE et leur gestion sont généralements très élevés et sont bien souvent
supportés par les gestionnaires d’espaces naturels ou les collectivités. L’enjeu de la mise en place d’un
mécanisme national permettant une intervention publique efficace est de modifier le partage des coûts
de façon à ce que les responsables des introductions d’espèces contribuent à la restauration des milieux,
et de disposer d’un fonds public permettant d’engager rapidement des actions, en situation d’urgence
ou à plus long terme. Le principe pollueur-payeur pourrait être mis en œuvre par des taxes ou des contri-
butions instituées sur certaines activités à risque véhiculant des EEE (commerce, tourisme, plantes orne-
mentales, etc.).
Conformément aux objectifs du plan d’action outre-mer de la Stratégie nationale pour la biodiversité,
aux plans d’action des stratégies locales pour la biodiversité et aux engagements du Grenelle de l’envi-
ronnement, un programme outre-mer sur les EEE devrait être engagé dès 2009 afin de :
• renforcer les moyens de lutte techniques, financiers et humains adaptés ;
• soutenir la mise en œuvre de mécanismes de veille, d’analyse de risque et d’échange rapide d’information ;
• renforcer la connaissance sur les EEE et sur leurs impacts ;
• mettre en place un réseau coordonné de coopération, d’échange d’informations et de partage d’expé-
riences à l’échelle de l’ensemble des collectivités d’outre-mer.
Pour les DOM, Saint-Pierre et Miquelon et Mayotte, l’article L.411-3 du Code de l’Environnement doit
être rendu pleinement opérationnel au contexte de l’outre-mer, conformément aux Principes Directeurs
et aux décisions adoptées dans le cadre de la CDB. Il est indispensable de donner la priorité à l’adoption
par arrêtés interministériels de listes d’espèces animales et végétales en permettant à chaque collectivité
concernée de proposer un système de liste parmi les options suivantes, en fonction des contraintes et du
degré d’exigence de protection du milieu :
• une liste positive des espèces autorisées à l’entrée sur le territoire. Toute espèce absente de cette liste
est interdite d’entrée sans une autorisation basée sur une analyse scientifique du risque, menée le cas
échéant par la personne physique ou morale proposant l’introduction.
• une liste négative des espèces interdites d’entrée. Toute inscription d’une espèce en fonction du danger
qu’elle présente pour la santé humaine, animale ou végétale doit être justifiée, le cas échéant par une
analyse de risque scientifiquement fondée, objective, transparente et non discriminatoire. Sur les listes
négatives doivent figurer des espèces absentes du territoire mais connues ailleurs pour être envahis-
santes, des espèces présentes non envahissantes mais connues ailleurs pour être envahissantes, et des
espèces déjà envahissantes sur le territoire.
• ou une combinaison de ces deux types de liste. C’est l’approche qui offre le plus de sécurité sans pour
autant empêcher par principe toute introduction.
La construction de listes d’espèces devra être accompagnée d’un important travail de formation des ser-
vices en charge de la biosécurité, en particulier sur les groupes biologiques à risque (fourmis, rongeurs,
légumineuses…).
46
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Le retour à l’état sauvage d’animaux de compagnie comme les chats et les chiens ou de nouveaux
animaux de compagnie (ex: écureuil, reptile, furet) est une cause courante d’invasion biologique dans les
CFOM. Des dispositions du Code rural (art. L. 211-11 à 28) visent à contrôler les chiens et les chats errants
et la mise en oeuvre de ces dispositions relève de la compétence des communes. Néanmoins, ces espèces
ne se cantonnent pas seulement aux milieux urbains et c’est sur la faune sauvage des milieux indigènes
qu’elles posent le plus de problèmes. Dans les CFOM où des populations sauvages d’animaux domes-
tiques sont établies dans des lieux souvent isolés et difficiles d’accès, des dispositions exceptionnelles
(comme des arrêtés préfectoraux) doivent être prises pour pouvoir agir rapidement afin de protéger la
biodiversité indigène (ex : espèces menacées, habitats naturels fragiles).
l a mise en place de mesures adaptées à la gestion des eaux de ballast pour la protection de la
biodiversité marine
Les eaux de ballast des navires sont l’un des principaux facteurs d’invasion biologique en milieu marin.
L’application des normes sur les équipements ou méthodes de traitement est prévue à compter de 2009.
La France ne doit pas attendre l’entrée en vigueur de ces nouveaux standards pour mettre en place des
mesures adaptées à la protection de la biodiversité marine. Ceci d’autant plus que de nombreux systèmes
envisagés ne sont pas encore au point ou opérationnels et nécessitent donc des efforts de recherche et
de développement.
En concertation avec les acteurs des DOM, de Mayotte et de Saint-Pierre et Miquelon, le statut de cer-
taines espèces inscrites sur les listes réglementaires (listes des arrêtés du 10 août 2004, listes d’espèces
protégées et listes de poissons représentés en eaux douces), notamment les espèces dont le caractère
exotique et potentiellement envahissant est avéré, devrait être reconsidéré. Le déclassement d’une es-
pèce est une procédure longue et complexe. Il doit s’appuyer sur les meilleures données scientifiques
et, dans le cas du déclassement d’une espèce exotique protégée, son impact sur les écosystèmes ou les
espèces indigènes et endémiques devra être clairement démontré.
Afin de répondre à l’augmentation des volumes de marchandises échangés et des flux touristiques
croissants, le renforcement de l’inspection à l’entrée du territoire est fondamental et nécessite :
• l’augmentation des capacités humaines, techniques et financières de contrôle aux points d’entrée ;
• l’amélioration de la formation des inspecteurs à la reconnaissance des espèces ou des groupes d’espèces
susceptibles de représenter une menace et le développement d’outils d’aide à la reconnaissance (sys-
tème d’identification assistée par ordinateur, bases de données, etc.) ;
• l’évaluation du niveau du risque de l’espèce au moment de l’importation. La création d’un système
d’analyse du risque d’invasion ou l’adaptation des systèmes existants aux cas des espèces exotiques
envahissantes est indispensable et urgente ;
• la vigilance et la surveillance des filières les plus à risque : produits horticoles, aquaculture, animaleries,
matériaux de construction, etc. ;
• des campagnes d’information du public dans les aéroports et les ports.
Les mesures qui doivent être prises pour limiter les introductions d’espèces exotiques depuis l’exté-
rieur du territoire doivent également être mises en application à l’intérieur des territoires archipélagiques
(ex : Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, Guadeloupe) en appliquant le contrôle aux
mouvements inter-îles.
47
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
L’instruction des dossiers d’autorisation d’introduction d’espèces est généralement réalisée par des
services vétérinaires pour ce qui concerne les animaux (les DSV dans les DOM) et des services de protec-
tion des végétaux pour ce qui concerne les plantes (les SPV dans les DOM), et seule la dimension phyto-
sanitaire ou zoosanitaire est prise en compte.
L’instruction des dossiers doit mieux prendre en compte les risques environnementaux potentiels
d’une introduction d’espèce en recourant de façon systématique à la consultation des services en charge
du patrimoine naturel et des experts locaux ou régionaux, notamment pour les espèces qui ne seraient
pas inscrites sur les listes d’espèces interdites d’importation. La consultation et la mise en réseau d’ex-
perts scientifiques sont une composante essentielle du processus d’évaluation. Il s’agit de permettre aux
services instructeurs et décideurs de travailler à partir des données les plus exhaustives possibles et de
s’accorder un temps de décision suffisamment important au vu des délais nécessaires pour que soient
constatés des dégâts potentiels.
Dans le cas d’introductions volontaires répondant à un besoin identifié (animaux de compagnie, hor-
ticulture, aquaculture, chasse, restauration écologique, foresterie…), l’autorisation d’introduction d’une
espèce exotique doit être systématiquement soumise à une expertise préalable statuant sur le risque lié
à l’introduction de l’espèce. Ces analyses de risque contribueront à dresser des listes de surveillance et
à étayer les restrictions imposées par la réglementation. Les résultats des analyses de risque pourraient
être listés en annexe de la réglementation et servir ainsi de référence. Un premier travail d’analyse de
risques d’invasion réalisé sur une cinquantaine de plantes potentiellement envahissantes des DOM est
aujourd’hui disponible[103].
La construction d’infrastructures (routes, bâtiments, structures de loisirs …) peut favoriser les intro-
ductions d’EEE ou d’espèces potentiellement envahissantes. Or, l’aspect paysager figure parmi les préoc-
cupations environnementales que les ouvrages doivent respecter. L’application de l’étude d’impact avec
une analyse des risques d’introduction doit être systématiquement étendue à toute décision publique
impliquant l’éventuelle introduction d’espèces non indigènes (art. L. 122-1 CE).
Compte tenu de l’importance accordée aux analyses de risque, il est essentiel que les CFOM acquièrent
la compétence pour instruire ce type d’analyses. Ce système scientifique basé sur les caractéristiques bio-
logiques de l’espèce exotique peut être utilisé au moment de la demande d’importation, mais également
par les gestionnaires d’espaces naturels afin de mieux déceler les espèces exotiques potentiellement en-
vahissantes, identifier celles qui nécessitent une action précoce ou un suivi, et estimer les impacts poten-
tiels économiques, sanitaires et écologiques à long terme.
Une des principales lacunes en termes de biosécurité dans les CFOM vient de l’absence ou de la vé-
tusté des stations de quarantaine végétales et animales et des laboratoires d’identification. Ces structures
sont pourtant des éléments incontournables d’un système destiné à estimer le risque d’une introduction
volontaire (par exemple des végétaux à risque destinés à être plantés ou cultivés). Seul un investissement
significatif des collectivités et de l’Etat permettra de combler ces limites et de fournir les moyens de sécu-
riser les opérations de contrôle phytosanitaire et zoosanitaire.
48
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Dans le cadre de partenariats commerciaux responsables, la France métropolitaine, les CFOM et les
pays tiers devraient s’assurer qu’aucune EEE sur leur territoire ne puisse être exportée vers un autre terri-
toire qui en est indemne. L’approche régionale de la biosécurité trouve tout son intérêt dans l’élaboration
de listes d’espèces communes aux collectivités et aux pays voisins dont l’importation doit être évitée, ou
dans la définition et la mise en œuvre de plans d’action spécifiques au niveau régional (ex : le PRPV, le Plan
de prévention contre les fourmis envahissantes dans le Pacifique ou le protocole d’accord entre La Réu-
nion et l’île Maurice pour éviter la diffusion du ver blanc, ravageur de la canne à sucre, vers l’île Maurice).
Les programmes régionaux de biosécurité offrent l’occasion aux organismes liés à l’agriculture et à
la conservation de la biodiversité de travailler ensemble sur la mise en place d’outils de quarantaine et
doivent donc être soutenus. La pérennisation de programmes régionaux de biosécurité pourrait se faire
le cas échéant au travers des contrats de développement Etat-collectivités.
Des protocoles de détection et d’éradication précoce des espèces exotiques potentiellement enva-
hissantes, ainsi qu’un réseau de surveillance basé sur la formation d’experts locaux pour l’interception, la
détection et la lutte (ex : gardes forestiers, naturalistes amateurs, ONG) devront être développés. Le travail
engagé à La Réunion depuis 2007 pour la mise en place d’une cellule permanente de veille et d’interven-
tion précoce sur les invasions biologiques pourrait servir de modèle aux autres collectivités.
La réactivité, facteur déterminant dans la lutte contre les EEE, se heurte souvent au délai important
qu’il peut y avoir entre la preuve du risque encouru et le début de l’intervention, à l’absence d’une auto-
rité locale clairement identifiée et dotée de pouvoir de décision et d’intervention, ainsi qu’à l’absence de
fonds d’urgence pour l’’intervention. La création de fonds d’urgences dans les CFOM permettrait :
• de réduire le délai entre la preuve de l’existence de l’invasion et le début de l’intervention ;
• d’assurer rapidement le contrôle ou l’éradication précoce d’une nouvelle EEE ;
• de mener une campagne urgente d’information et de sensibilisation.
Ce fonds d’urgence devrait être alimenté par la fiscalité locale, par des taxes ou des contributions sur
des activités à risques ou par des mesures compensatoires (voir plus haut « la création d’un mécanisme
national de financement »).
ne meilleure coordination des efforts et une mutualisation des moyens techniques et des
u
données existants
La mise en place d’un réseau de bio-surveillance efficace à l’échelle du territoire est un complément
indispensable à tout système de limitation des introductions. L’objectif d’un tel réseau est d’assurer une
veille du territoire et permettre le signalement aux services compétents de toute nouvelle espèce exo-
tique détectée. Les systèmes de surveillance d’espèces exotiques potentiellement envahissantes sur des
49
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
stations écologiques sont à implanter dans les différents ensembles écologiques du territoire en question
et pourraient se coupler aux systèmes de surveillance épidémiologiques ou phytosanitaires déjà en place.
Une meilleure coordination des efforts et une mutualisation des moyens techniques existants, ainsi que le
renforcement du personnel affecté à ce type de mission serait profitable pour une meilleure surveillance
et une meilleure détection des espèces exotiques. La surveillance pourrait être assurée par exemple par
des agents des services phytosanitaires et zoosanitaires, par des scientifiques des organismes de recher-
che présents sur place, par des gestionnaires d’espaces naturels, par des associations de conservation de
la nature ou par des naturalistes.
Actuellement les données disponibles sont très dispersées, ce qui complique et diffère l’acquisition
d’une vision globale de la situation. Or, un accès rapide à des données scientifiques valides et d’autres
renseignements pertinents (biologie, répartition des EEE, méthodes de lutte et de gestion) est essentiel
pour la prise de décision. Localement, ces bases de données pourraient être rattachées à un système d’in-
formation géographique permettant de suivre en temps réel l’invasion.
Les actions de lutte sont souvent fragmentaires, réparties entre différents intervenants. Et les résultats,
positifs ou négatifs, ne sont pas assez partagés lorsqu’un suivi a été réalisé. Un apprentissage collectif
basé sur le partage et la capitalisation des expériences de prévention, de gestion et de lutte est le garant
d’un contrôle plus efficace des EEE et d’une approche concertée et partagée du problème.
Un des obstacles majeurs à la surveillance et à la détection de nouvelles espèces réside dans l’absence
ou la très faible capacité de diagnostic taxonomique indispensable pour l’identification des nouvelles
espèces. L’amélioration des capacités de diagnostic et d’expertise taxonomique passe par la coopéra-
tion régionale et l’utilisation des réseaux d’expertise existants, par la formation et par le développement
d’outils informatiques d’aide à la reconnaissance.
Une approche stratégique doit favoriser l’action là où elle est susceptible d’avoir le plus d’efficacité et
où elle est indispensable pour assurer les objectifs de conservation. S’il est indispensable d’inscrire des
actions de contrôle contre des EEE installées pour contenir leur expansion et protéger les habitats rares
ou particulièrement riches, l’urgence doit être avant tout d’éliminer rapidement les EEE qui sont encore
très localisées mais qui représentent une menace. Les rapports coûts/bénéfices de la lutte doivent être
mieux prix en compte.
XXVII
Global Invasive Species Database ([Link] /database)
XXVIII
Global Invasive Species Information Network ( [Link])
XXIX
Delivering Alien Invasive Species Inventories for Europe ([Link]/)
XXX
Pacific Island Ecosystems at Risk ([Link]/Pier/)
XXXI
Inter American Biodiversity Information Network, Invasive Information Network ([Link]
XXXII
Organisation Européenne et méditerranéenne pour la Protection des Plantes ([Link]/)
50
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Le suivi sur le long terme et l’évaluation des programmes de lutte sont indispensables pour juger de
leur réussite (disparition de l’espèce exotique, régénération des espèces indigènes…) ou des difficultés
(réinfestations, perturbations provoquées par les méthodes de lutte…) et donc pour pouvoir opérer, le
cas échéant, des ajustements. Cependant, ce suivi est très rarement réalisé, faute de financements suf-
fisants et faute de planification des opérations de lutte. Lors de la planification de tout programme de
lutte, l’estimation des coûts financiers devrait impérativement prendre en compte la mise en œuvre d’un
programme de suivi et d’évaluation des actions engagées.
La première étape de la mise en place du suivi d’un programme de lutte à moyen et long terme doit
être la description précise du milieu avant l’intervention. Cela permet d’évaluer dans un premier temps la
pertinence de l’opération et d’apprécier a priori comme a posteriori les conséquences sur l’écosystème.
L’objectif est de sensibiliser à la menace des espèces exotiques envahissantes, de faire prendre conscience de
l’importance de prévenir de nouvelles introductions et de soutenir les programmes de gestion de ces espèces.
Une stratégie d’information et de sensibilisation doit être développée sur la base d’une communica-
tion formatrice et pédagogique, scientifiquement rigoureuse, avec des outils de communication et des
messages adaptés à chaque cible :
• élus locaux ;
• services de l’Etat et des collectivités ;
• propriétaires privés, usagers et grand public ;
• acteurs gestionnaires d’espaces naturels ;
• professionnels identifiés comme vecteurs d’invasions (ex. paysagistes, horticulteurs, aquaculteurs, agri-
culteurs, secteur touristique, santé traditionnelle…) ;
• professionnels de l’éducation (rectorat, académie, centre de formation, écoles…).
Une stratégie de formation peut être réalisée sur la base de partenariats avec des organismes gestion-
naires d’espaces naturels, des organismes de recherche ou des associations de conservation de la nature.
Différents types de formations sont à envisager :
• formation des services assurant les contrôles aux frontières à l’identification des espèces potentielle-
ment envahissantes ;
• formation des équipes techniques des collectivités et des acteurs gestionnaires d’espaces naturels à
l’identification des EEE, aux techniques de contrôle et à la restauration écologique ;
• formation des services assurant les contrôles et des gestionnaires d’espaces naturels à l’analyse du risque ;
• formation des gestionnaires d’espaces naturels aux nouvelles techniques de suivi (SIG, télédétection…).
Les campagnes de communication sur les espèces exotiques envahissantes en outre-mer comme en
métropole n’ont jamais fait l’objet d’études d’impact, si bien que l’on peut difficilement évaluer si elles
sont parvenues à toucher leurs cibles et à modifier des comportements. Une évaluation menée sur la
base d’indicateurs pertinents pendant la campagne et à son terme permettrait de comprendre les raisons
des réussites ou des échecs, et par la suite d’accroître progressivement l’efficacité des campagnes.
51
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
Il s’agit de construire les bases de l’éducation et de la sensibilisation aux EEE en intégrant la science des
invasions biologiques aux contenus des manuels scolaires des collèges et lycées et aux formations univer-
sitaires. Les formations supérieures en environnement des universités d’outre-mer (Nouvelle-Calédonie,
Polynésie française, Réunion, Antilles-Guyane) devraient inclure les thèmes des invasions biologiques et
de la biosécurité dans leur cursus.
Les journées dédiées à l’environnement et à la nature (la semaine du développement durable, les jour-
nées de l’environnement, la fête de la Nature, la fête de la science …) constituent des occasions qui doi-
vent être saisies pour utiliser le canal des medias et conduire des programmes d’éducation sur les EEE.
Certains pays très touchés par les invasions biologiques consacrent des journées annuelles à la problé-
matique, comme par exemple la semaine « Weedbuster » en AustralieXXXIII. Des manifestations de ce genre
pourraient être organisées dans les CFOM les plus touchées.
l’explication des enjeux et des mesures mises en place et l’implication des populations
Les nombreux conflits d’intérêts dans les domaines de l’élevage, de la chasse, de la foresterie, de l’horti-
culture et de l’aménagement du territoire, ou les conflits d’opposition aux programmes de contrôle (espèces
domestiques) rencontrés dans les CFOM sont rarement abordés, en raison de l’absence de mécanismes de
concertation. Pourtant l’implication des populations apparaît bien souvent comme une condition néces-
saire de réussite des opérations de lutte. La gestion des EEE considérées comme « utiles » ou « patrimoniales
» doit nécessairement faire l’objet d’explications et de négociations afin de recueillir l’adhésion du public.
L’application de guides de bonnes pratiques a un caractère volontaire. Ces guides doivent être dé-
veloppés en partenariat avec les professionnels concernés, pour assurer une pleine appropriation de la
démarche et garantir la pertinence des bonnes pratiques préconisées. L’objectif principal des guides de
bonnes pratiques est de réduire l’utilisation des espèces exotiques envahissantes ou potentiellement en-
vahissantes au profit d’espèces indigènes ou d’autres espèces de substitution non envahissantes. L’initia-
tive engagée en 2005 par l’Agence Méditerranéenne de l’Environnement et le Conservatoire Botanique
National Méditerranéen de Porquerolles sur les plantes exotiques envahissantes pourrait servir de mo-
dèle à cet égardXXXIV. Au niveau européen, un code de bonne conduite destiné à la filière horticole est en
cours de préparationXXXV.
l e soutien à la recherche pour améliorer la connaissance des EEE et de leurs impacts, et pour
développer les méthodes de diagnostic, de lutte et de restauration
Malgré des progrès significatifs accomplis ces dernières années, de nombreuses questions sur les EEE
demandent d’importants efforts de recherche pour les années à venir. Les impacts écologiques et socio-
XXXIII
Voir : [Link]/
XXXIV
Cette initiative se singularise par la participation active des professionnels de l’horticulture et du paysage. Elle a donné lieu à une publication « Plantes envahis-
santes de la région méditerranéenne ». L’originalité du document est de proposer, à la demande des professionnels, des plantes de substitution indigènes ou
exotiques.
XXXV
Code of conduct on horticulture and invasive alien plants. Ce code de bonne conduite est le produit d’une collaboration entre le Conseil de l’Europe et l’OEPP.
52
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
économiques de la majeure partie des EEE ne sont pas documentés localement. La connaissance du nom-
bre et de l’identité des espèces introduites demande des recherches taxonomiques ou archéo-zoologi-
ques, car ces informations sont encore souvent mal connues. Les phénomènes d’introgression génétique,
consécutifs à l’installation d’espèces exotiques, restent à explorer pour dépasser le stade d’hypothèses de
recherche.
Pourtant, une bonne connaissance de l’impact des populations exotiques envahissantes sur les éco-
systèmes et la biodiversité est primordiale pour améliorer les stratégies de contrôle et de lutte. Le volet
des impacts socio-culturels est rarement abordé par des études sur la perception des invasions dans les
communautés locales, qui peuvent parfois être en décalage avec le discours des scientifiques et des ges-
tionnaires. La recherche appliquée, en partenariat étroit avec les gestionnaires d’espaces naturels, permet
de son côté d’améliorer les méthodes de contrôle et de restauration ou d’estimer par exemple la faisabi-
lité technique et économique d’une action.
Le soutien financier aux programmes de recherche apparaît donc comme un axe nécessaire de toute
stratégie de gestion efficace des populations d’EEE fondée sur des bases scientifiques.
Pour une meilleure gestion des EEE, la recherche nécessite des actions à différents niveaux avec des fi-
nalités différentes : recherche sur les espèces, sur les milieux envahis, sur le developpement de méthodes
de suveillance et de suivi, etc. Des programmes de recherche-gestion sont à entreprendre afin de favo-
riser les partenariats entre chercheurs et gestionnaires. Parmi les thèmes de recherche à encourager afin
que les gestionnaires et les décideurs disposent des outils critiques requis pour développer une stratégie
efficace de gestion, on peut mentionner :
• l’amélioration des méthodes de surveillance, de détection précoce et de suivi des invasions ;
• la hiérarchisation des impacts écologiques et socio-économiques afin de permettre aux gestionnaires
d’espaces naturels et aux décideurs de définir des priorités d’action ;
• le développement de méthodes de contrôle et d’éradication d’espèces envahissantes ;
• le développement de méthodes de multiplication d’espèces indigènes pour la restauration écologique,
pouvant également servir à l’aménagement ;
• l’amélioration des connaissances (inventaire, distribution, facteurs d’évolution, impacts…) ;
• l’appui et la contribution à l’élaboration d’outils législatifs, à la sensibilisation et à l’information du public
sur des bases scientifiques rigoureuses.
La recherche sur le milieu marin doit être développée afin d’apporter aux collectivités et aux organi-
sations régionales les connaissances nécessaires à l’analyse des risques et à la définition de mesures de
gestion intégrées des voies et des vecteurs marins.
l’intégration de la recherche sur les EEE dans les programmes sur les changements globaux.
La problématique des EEE est un sujet transversal de par la nature des divers mécanismes biologiques
qui régissent leur apparition, leur installation et leur dynamique spatiale et temporelle. La problématique
nécessite donc d’être intégrée dans d’autres problématiques globales comme celles de la dégradation
des milieux, de l’utilisation des terres ou du changement climatique.
L’ampleur des questions de recherche liées aux EEE nécessite de mobiliser largement au-delà des ac-
tions ponctuelles existant actuellement, et en s’appuyant sur un réseau plus vaste que celui de l’outre-mer
français. A cet égard, la diversité des situations géologiques, géographiques, historiques et écologiques
rencontrées dans les différents territoires européens ultra-marins offre une situation privilégiée pour la
compréhesion des enjeux liés aux EEE. Le projet de coordination de la recherche sur la gestion durable de
53
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
la biodiversité dans l’outre-mer européen (Eranet Net-Biome) sera un outil précieux pour la construction
d’un tel réseau.
ne meilleure intégration des collectivités d’outre-mer aux réseaux régionaux et aux pro-
u
grammes des organisations régionales sur les EEE ou en favorisant si besoin l’émergence de
telles structures
L’intégration plus forte des collectivités dans les réseaux et les programmes des organisations régio-
nales comme le PILN et le PII (Pacific Invasives Initiative) dans le Pacifique, ou encore la CII (Cooperative
islands Initiatives)XXXVI, contribuerait à une meilleure circulation des connaissances et des compétences
et au développement d’une cohérence régionale des politiques, des législations et des programmes de
gestion et de recherche nécessaires.
La concertation entre les CFOM pourrait être renforcée en pérennisant le réseau « espèces exotiques
envahissantes » initié dans l’outre mer français par le Comité français de l’UICN.
Une politique active de coopération régionale autour de ce sujet fédérateur par le biais de la recherche
permettrait d’une part d’améliorer la communication entre les chercheurs de la zone et d’autre part, de
favoriser la construction de réseaux et la mobilité dans la zone concernée. En outre, la coopération régio-
nale permettrait de mobiliser des moyens plus importants pour entreprendre des actions telles que des
analyses d’impacts ou des programmes de lutte biologique à des échelles régionales.
l a collaboration avec les institutions régionales afin de renforcer les capacités et les compé-
tences locales et accroître les transferts technologiques (procédures, protocoles, outils…)
La mise au point de méthodes de lutte efficaces sur des espèces exotiques envahissantes bien instal-
lées sur un territoire est souvent longue et coûteuse. Or, la coopération régionale permet de diminuer les
coûts et d’accélérer la diffusion des informations pour un contrôle plus efficace des EEE. Les opportunités
de transferts de compétences et de technologies sous forme de coopérations bilatérales ou multilatérales
peuvent par exemple concerner des EEE d’intérêt commun ou la gestion de milieux similaires entre diffé-
rents territoires. Ainsi, quelques plantes exotiques envahissantes dans les CFOM comme la jacinthe d’eau
(Eichhornia crassipes), la laitue d’eau (Pistia stratiotes), l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus) ou Clidemia hirta,
sont efficacement contrôlées par des agents de contrôle biologique dans des pays comme l’Australie ou
l‘Afrique du Sud. Ces méthodes pourraient être transférées aux CFOM dans le strict respect des normes
OEPPXXXVII, du code de bonne conduite de la FAOXXXVIII, XXXIX, et de la réglementation propre aux CFOM.
Des formations de personnels dans des structures spécialisées des pays voisins devraient également
être facilitées.
la mise en place d’ateliers régionaux sur les problèmes liés aux invasions biologiques
Les échanges entre les CFOM et les pays voisins ayant acquis une solide expérience en matière de
prévention, de gestion et de lutte contre les invasions (la Nouvelle Zélande, l’Australie, la Californie et
Hawaii dans la région Pacifique ; les Seychelles, Maurice et l’Afrique du Sud dans la région Océan Indien ;
le Canada pour l’Amérique du Nord ; Floride pour les Caraïbes ; Brésil pour l’Amérique du Sud…) doivent
XXXVI
La CII a été lancée à la COP 6 de la CDB en 2002. C’est une initiative globale destinée à renforcer la coopération, la coordination et les capacités en matière de
gestion des espèces exotiques envahissantes dans les îles. En 2004, un premier programme régional a été développé dans le Pacifique (PII)
XXXVII
OEPP. (2000). Sécurité de la lutte biologique
XXXVIII
FAO. (2005). Directives pour l’exportation, l’expédition, l’importation et le lâcher d’agents de lutte biologique et autres organismes utiles.
Normes Internationales pour les Mesures Phytosanitaires, NIMP n° 3. Paris, FAO, CIPV, 33 p
XXXIX
FAO. (1996). Code of conduct for the import and release of exotic biological control agents. FAO, Rome, Italy.
54
Partie 1 - Présentation générale et recommandations
être développés ou renforcés. L’organisation régulière d’ateliers régionaux de formation sur les différents
aspects liés aux invasions biologiques contribuerait au renforcement des capacités et des compétences
locales. La visite et l’intervention d’experts extérieurs sont souvent très utiles pour initier ou faire avancer
des programmes relatifs aux invasions (comme dans le cas de la collaboration entre Hawaii, la Polynésie
française et la Nouvelle-Calédonie sur la lutte contre le miconia).
Promouvoir une prise en compte formelle du problème au niveau européen et international par :
Pendant la présidence française de l’UE, et lors des présidences à venir, la priorité devrait être accordée
aux dossiers de biodiversité qui nécessitent un traitement transversal au niveau européen, dont celui des
EEE, pour :
• assurer la prise en compte de l’outre-mer européen dans la réflexion portant sur une future stratégie
communautaire sur les espèces exotiques envahissantes, en portant une attention particulière à la ges-
tion des risques des EEE en outre-mer dans le contexte de la libre circulation des biens sur le territoire
communautaire;
• faire progresser le dossier en cours d’examen par le Comité Phytosanitaire Permanent de l’Union Euro-
péenne pour accélérer l’intégration du contexte ultrapériphérique au sein du cadre réglementaire phy-
tosanitaire européen ;
• faire émerger une initiative européenne spécifique aux EEE avec l’appui de la Communauté
européenne.
Afin de contribuer au développement d’un système plus efficace de contrôles frontaliers et d’alerte
visant spécifiquement les EEE et de relayer les initiatives et les enjeux locaux auprès des organisations
internationales régissant l’utilisation et le commerce des espèces, les CFOM et l’Etat sont appelés à ren-
forcer leur coopération avec les organes des conventions régionales pertinentes et avec les organes des
conventions et des organisations internationales (CITES, OIE, OMI, CDB, CIPV, OEPP).
L’OMI a adopté la Convention internationale pour le contrôle et la gestion des eaux et sédiments de
ballast le 13 février 2004 en vue de réduire au maximum le transfert d’organismes aquatiques nuisibles
et d’agents pathogènesXL. La ratification par la France de cette convention doit être une priorité afin d’en-
courager la mise en place de systèmes techniques de traitement adaptés à la protection de la biodiversité
marine des CFOM.
L’aviation civile internationale est une voie significative d’introduction involontaire d’espèces exotiques
envahissantes, notamment dans les îles isolées. L’OACI élabore actuellement, avec l’aide du Programme
mondial sur les espèces envahissantes, des lignes directrices pour réduire ce risque d’introduction. Cette
démarche doit donc être appuyée et soutenue.
Le texte a été adopté à l’unanimité le 13 février 2004 par 74 états. Cette convention entrera en vigueur 12 mois après sa ratification par 30 Etats représentant au
XL
55
DES ESPECES EXOTIQUES ENVAHISSANTES
Les rats introduits sont une menace mondiale pour de nombreuses espèces indigènes. Ils
modifient la composition spécifique et la dynamique des communautés végétales, affectent
les plantes endémiques dont ils consomment les graines et favorisent la dispersion de
certaines plantes exotiques envahissantes. Ils sont impliqués dans la disparition de diverses
espèces de reptiles, d’amphibiens et d’oiseaux endémiques. Photo : SEOR.
Après son abandon en 1871 sur l’île Amsterdam, le troupeau de vaches s’est fortement
développé pendant près d’un siècle, occasionnant des dégâts importants aux
écosystèmes et à des espèces sensibles comme l’albatros d’Amsterdam ou le phylica,
seule espèce d’arbre indigène de l’île. Un programme de restauration menée entre 1987
et 1994 s’est traduit par l’éradication d’une partie du troupeau, la construction d’une
clôture et la reconstitution de boisements de phylicas dont les plants sont produits sur
place. Photo : Marc Lebouvier.
Les fourmis sont souvent considérées comme les espèces Le martin triste est l’un des oiseaux exotiques les plus communs
exotiques envahissantes les plus dévastatrices. des collectivités d’outre-mer de l’Océan Indien et du Pacifique. En
A gauche : La fourmi manioc (Acromyrmex octospinosus), Polynésie française, il a contribué à l’exclusion de plusieurs oiseaux
originaire d’Amérique du Sud, est en expansion constante en endémiques. Il contribue également à la dissémination de plantes
Guadeloupe et met en péril les fougères arborescentes de la forêt envahissantes. Photo : J.P. Palasi.
primaire. Photo : INRA Antilles-Guyane.
A droite : La fourmi électrique (Wasmannia auropunctata) est
envahissante en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à
Wallis et Futuna. Elle altère le fonctionnement des écosystèmes
en éliminant la majorité des invertébrés. C’est une nuisance
importante pour les populations en raison de ses piqûres
douloureuses. Photo : A. Nobile.
57
DES ESPECES EXOTIQUES ENVAHISSANTES
Le raisin marron (Rubus alceifolius) est l’une des plantes Le tulipier du Gabon (Spathodea campanulata) est l’une des
exotiques les plus envahissantes de La Réunion. En 1895, 100 espèces parmi les plus envahissantes au monde. Introduit dans
Cordemoy notait à son propos : «Espèce originaire de l’Asie plusieurs collectivités comme arbre ornemental et d’ombrage, il s’est
méridionale, importée il y a environ un demi-siècle. Cette acclimaté et est devenu envahissant dans plusieurs d’entre elles. Le
espèce envahit aujourd’hui presque toute l’île, étouffe la tulipier du Gabon envahit les vallées de Tahiti où l’espèce est classée
végétation indigène, contribue à la destruction des forêts et « menace pour la biodiversité ». Photo : J.-Y. Meyer.
représente un véritable fléau». Photo : G. Lebreton.
58
Introduit à la Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion,
l’Acacia Saint Domingue (Dichrostachys cinerea) est envahissant dans
ces trois collectivités. Photo : T. Le Bourgeois.
59
EXEMPLES DE LUTTE CONTRE DES ESPECES EXOTIQUES ENVAHISSANTES
Une opération de restauration écologique est entreprise sur l’île Pour lutter contre le miconia (Miconia calvescens) en
Amsterdam, avec la plantation de plants de Phylica arborea produits Polynésie française, l’introduction d’un agent biologique
sur place. Déjà fortement affecté par les incendies de grande ampleur (le champignon Colletotrichum gloeosporioides forma
au cours des derniers siècles, le phylica, seule espèce d’arbre indigène specialis miconiae) a été réalisée en 2000 à Tahiti. En 2006,
des TAAF, voyait ses peuplements relictuels menacés par les troupeaux environ 15% des plants de miconia inoculés étaient morts
de bovins en liberté. Photo : P. Jouventin. et jusqu’à 50% avaient subi de sévères dommages aux
feuilles ou à la tige. La Délégation à la Recherche poursuit
l’évaluation scientifique de ce programme de lutte
biologique. Photos : J.-Y. Meyer.
60
Depuis 2004, la SEOR, la SREPEN et l’ONF contrôlent les populations de rats et de chats dans la réserve naturelle de la Roche Ecrite qui
héberge la dernière population de tuit-tuit (Coracina newtoni), un oiseau endémique de La Réunion classé en danger critique d’extinction
par BirdLife et l’UICN. Mais l’absence de financements pérennes remet en question la poursuite de ces opérations. Photos : SEOR.
61
DES CONFLITS D’INTERETS LIES AUX ESPECES EXOTIQUES ENVAHISSANTES
Plaquette d’information sur les dangers de Couverture du guide d’identification des principales plantes exotiques
l’introduction d’espèces aquatiques. Source : envahissantes de Polynésie française. Source : Délégation à la Recherche et Direction
DENV Province Sud de la Nouvelle-Calédonie. de l’Environnement de Polynésie française
63
DEUXIEME PARTIE
64
Partie 2 - martinique
Statut fr
ançais :
Départem
ent et rég
Statut eu ion d’outre
-mer
Martinique
ropéen :
Région ult
ra périphé
rique
65
Partie 2 - martinique
L’acacia Saint-Domingue (Dichrostachys cinerea), ori- 14 espèces d’oiseaux exotiques sont considé-
ginaire d’Afrique, s’installe et colonise les milieux très rées comme nicheuses. La grande majorité de
dégradés notamment les anciennes parcelles agrico- ces espèces a été introduite à partir de lâchers
les. Il forme des peuplements denses quasiment mo- ou d’échappées de cage ou de volières. Peu d’in-
no-spécifiques qui bloquent la succession végétale. formations sont disponibles sur la taille et la dy-
namique des populations de ces espèces mais il
Le tulipier du Gabon (Spathodea campanulata), semble que certaines d’entre-elles soient en ex-
arbre ornemental originaire d’Afrique, s’installe dans pansion. Une petite population d’amazone, Ama-
les zones dégradées urbaines et rurales ainsi que dans zona amazonica, introduite au début des années
les trouées en forêts humides. Il est déjà très répandu 1990 s’est installée dans les zones résidentielles
dans l’île. Le tulipier du Gabon est sur la liste de l’UICN de Fort de France (Cluny, Didier, Bellevue). Cette
des 100 espèces les plus envahissantes au monde et population a augmenté de 20% par an depuis
dérangeant le plus les écosystèmes d’accueil[81], et qui son installation[108]. La tourterelle turque (Strepto-
donc doivent faire l’objet d’une surveillance accrue. pelia decaocto) relâchée en 1976 en Guadeloupe
lors de l’éruption de la Soufrière a été observée
Du fait de son âge géologique ancien, de la proximi- la première fois en Martinique en 1994[109]. A ces
té des continents nord et sud-américains et de la pré- 14 espèces exotiques nicheuses viennent s’ajouter
sence d’espèces indigènes plus nombreuses et peut 10 autres espèces d’oiseaux introduites, essentiel-
être plus compétitives, la Martinique peut paraître lement des oiseaux d’agrément. Leur reproduc-
aujourd’hui moins touchée par les invasions de plantes tion sur le territoire reste à confirmer.
exotiques que d’autre collectivités comme La Réunion
ou la Polynésie française. Mais les quelques exemples Six espèces de poissons ont été introduites dont
d’invasions développés ci-dessus montrent que cette 5 se sont acclimatées[26]. Le tilapia du Mozambique
apparente « résilience » des écosystèmes Martiniquais (Oreochromis mossambicus), originaire d’Afrique, a
n’est que passagère, et que les invasions par des plantes été introduit depuis Sainte Lucie dans les années
exotiques se multiplieront dans l’avenir, facilitées par la 1950 dans le cadre de projets aquacoles. Il a ensuite
poursuite de la dégradation des milieux naturels [49]. gagné le milieu naturel par la vidange des bassins.
Le guppy (Poecilia reticulata) et le molly (Poeci-
lia vivipara) ont été introduits entre 1940 et 1950
2.2 Vertébrés pour lutter contre la prolifération des moustiques.
2.2.1 Bilan des introductions Ces deux espèces sont également très prisées en
aquariophilie. Deux autres espèces, le porte épée
Au moins 34 espèces de vertébrés terrestres et (Xiphophorus hellerii) et le poisson zèbre (Danio re-
d’eau douce sont exotiques et ont constitué des rio) ont probablement été introduites à partir de
66
Partie 2 - martinique
Plusieurs auteurs considèrent que les deux es- Le manicou pourrait être responsable de la dis-
pèces de rats et la mangouste ont contribué à la parition du crapaud de la Dominique (Leptodacty-
disparition ou à l’extinction de différentes espèces lus fallax) qui est peut-être une espèce introduite
de lézards, de serpents, d’oiseaux et de mammifè- par les Amérindiens comme vient de le montrer
res des Petites Antilles[21, 115, 116]. L’introduction de une étude récente[111].
la mangouste est notamment évoquée comme la
source de raréfaction de certaines espèces de l’her-
pétofaune et d’oiseaux nichant au sol ou à proximi- Oiseaux
té du sol comme le moqueur gorge blanche (Ram-
phocinclus brachyurus) classé en danger par l’UICN. Parmi les oiseaux, la tourterelle turque a une
grande faculté à coloniser de nouveaux milieux
Le rat noir et le rat surmulot sont soupçonnés avoir en s’appuyant principalement sur son comporte-
participé à l’extinction des rongeurs endémiques[21, 106, ment erratique exploratoire et sur son régime ali-
115]
. L’impact du rat noir a été identifié et quantifié sur mentaire plastique lui permettant de s’adapter aux
les îlets de Saint Anne. Il réduit de 30% à 100% le taux ressources locales notamment celles disponibles
de succès à l’envol de plusieurs espèces d’oiseaux ma- en milieu périurbain. Son impact n’a pas été étudié
rins (puffin d’Aubudon, noddi brun) ainsi que l’indice spécifiquement mais elle est fortement suspectée
d’abondance de certaines espèces de la carcinofaune d’entrer en concurrence avec la tourterelle à queue
terrestre comme le crabe zombi (Gecarcinus ruricola) carrée (Zenaida aurita), endémique des Caraïbes.
[66]
. Les rats sont identifiés comme des ravageurs des L’hybridation entre les deux espèces est évoquée
cultures particulièrement celle de la canne à sucre. mais aucune étude génétique de permet d’étayer
Une étude réalisée en Martinique a évalué la perte cette thèse.
imputable aux rongeurs (les 2 espèces de rat et la
souris grise) à 40% du chiffre d’affaire par hectare[117]. Remarque : le merle de Sainte-Lucie (Molothrus
En outre, les rongeurs sont vecteurs et réservoir de la bonariensis) est arrivé de manière naturelle depuis
leptospirose dont le taux de prévalence est 40 fois su- les îles voisines vers 1960 et parasite les nids d’es-
périeur en Martinique et Guadeloupe par rapport à pèces indigènes comme le carouge (Icterus bona-
celui de la France métropolitaine[118, 119]. na), endémique de la Martinique.
68
Partie 2 - martinique
69
Partie 2 - martinique
gènes (MNHN-INPN, 2007). Deux espèces peuvent • l’arrêté ministériel modifié du 3 septembre 1990
être considérées comme envahissantes : Melanoi- relatif au contrôle sanitaire des végétaux ;
des tuberculatus et l’achatine (Lissachatina fulica). • l’arrêté ministériel du 24 mai 2006 relatif aux exi-
gences sanitaires des végétaux ou produits végé-
Melanoides tuberculatus (Thiaridae) a été décou- taux et autres objets.
verte pour la première fois en 1979 en provenance
d’Afrique de l’Est et a rapidement colonisée toute Toute importation de plante nécessite l’obten-
l’île. Les eaux douces de la Martinique et de l’archi- tion d’un permis d’importation. Cependant, le
pel de la Guadeloupe ont été le théâtre d’invasions contrôle porte essentiellement sur l’état phytosani-
répétées par des mollusques de la famille des Thia- taire du matériel végétal importé. Les inspecteurs
ridae, probablement introduits accidentellement phytosanitaires sont chargés de contrôler les mar-
via le commerce des plantes d’aquarium. Cette chandises de nature végétale et de délivrer ces cer-
espèce tropicale dont l’aire de répartition s’éten- tificats. Dans la pratique, leurs efforts sont consa-
drait du nord de l’Afrique à l’Asie peut désormais crés au fret. Les voies d’entrée par les bagages, les
être considérée comme cosmopolite. La repro- passagers et les colis postaux sont quasiment ex-
duction pouvant être parthénogénétique, l’intro- clues de ce dispositif.
duction d’un seul individu pourrait servir à établir
une population. Les introductions de Thiaridae en Le seul autre dispositif réglementant l’entrée
Martinique ont concurrencé deux espèces locales d’espèces exotiques sur le territoire relève de la ré-
(Biomphalaria straminea et Biomphalaria glabrata) glementation d’application de la Convention CITES.
au point de les faire disparaître[126].
La coopération entre les services martiniquais de
L’achatine, originaire d’Afrique, a été observé la contrôle des frontières se traduit par une augmenta-
première fois en 1988. Il est considéré comme une tion des sorties conjointes ONCFS, SPV et Douanes
peste pour l’agriculture et les jardins. Son impact (port/aéroport). La contrainte principale grevant
sur la faune ou la faune indigène n’est pas docu- ces missions est le manque de moyens humains.
menté mais il peut constituer une menace pour
des plantes indigènes[127] ou encore exclure des Détention, commerce et transport
espèces d’escargots indigènes. L’achatine est sur la
liste des 100 espèces parmi les plus envahissantes Dans l’état actuel de la réglementation, en at-
au niveau mondial et qui engendre le plus de per- tendant l’adoption de listes par arrêté ministériel
turbation sur les écosystèmes d’accueil. dans le cadre de l’art. L. 411-3 du CE, il n’y a aucune
restriction applicable au commerce ou transport
Concernant les crustacés, la chevrette (Macro- internes d’espèces exotiques végétales en dehors
brachium rosenbergii) a été importée au début des du dispositif phytosanitaire. Les services déconcen-
années 1970 pour y être élevée. C’est à partir des trés en Martinique n’ont pas entamé de travail pour
bassins d’élevage que l’espèce a colonisé les cours élaborer des propositions de listes dans le cadre de
d’eau avoisinants[26]. l’art. L. 411-3 du CE.
70
Partie 2 - martinique
tée (en dehors du régime des organismes nuisibles). pèce sur le territoire de la Martinique.
Seule l’introduction de poissons dans les eaux dou- Un arrêté préfectoral prévoit la lutte contre une
ces est réglementée : espèce qui n’est pas classée nuisible mais qui est
connue pour son impact sur la biodiversité indi-
• l’article L. 432-10 du CE réglemente les introduc- gène. L’arrêté n° 05/0589 du 28 février 2005 auto-
tions de poissons susceptibles de provoquer des rise la destruction par des agents de l’ONCFS de
déséquilibres écologiques dont la liste est fixée spécimens de l’espèce Iguana Iguana (iguane com-
par décret. Il est notamment interdit d’introduire, mun) pour protéger l’espèce indigène Iguana deli-
dans les eaux de premières catégories le brochet, catissima. L’ONCFS agit sur appels des services de
la perche, le sandre et le black-bass ; secours/gendarmerie/mairies pour capturer ou ré-
• le décret n°95-40 du 6 janvier 1995 fixe la liste des cupérer les spécimens, suivis d’euthanasie (certains
poissons, grenouilles, crustacés, susceptibles de spécimens sont conservés pour mesures de recher-
provoquer des déséquilibres biologiques et dont che). Ces actions sont financées dans le cadre de
l’introduction est interdite ; leur mission de service public.
• l’arrêté ministériel du 12 novembre 2001 fixe la
liste des poissons et crustacés présents dans les Contrôle des populations errantes d’ani-
cours d’eau et plans d’eau de la Martinique et en maux domestiques
réglemente l’introduction.
Depuis 1996, à la demande du Préfet et relayée
La liste des poissons ou crustacés représentés par la DSV, les agents de l’ONCFS interviennent
dans les eaux douces de Martinique (arrêté minis- dans la capture et la régulation des populations
tériel du 12 novembre 2001) inclut 5 espèces intro- de chiens errants. Ces chiens, souvent en nombre,
duites. Une chevrette d’élevage Macrobrachium ro- menacent les troupeaux de cabris, moutons et les
senbergii a déjà colonisé les cours d’eau avoisinant jeunes bovins. (ONCFS). Dernièrement, les agents
les bassins et deux espèces sont connues ailleurs de l’ONCFS sont autorisés à détruire des cochons
pour être très envahissantes (Poecilia reticulata, sauvages sur une décharge du nord au titre de la
Oreochromis mossambicus). Les deux dernières es- santé publique (J.-F., Maillard, comm. per., 2008).
pèces étant Poecilia vivipara et Xiphophorus hellerii.
Le lâcher de ces espèces n’est pas réglementé. Entraves juridiques
71
Partie 2 - martinique
ont un statut de réserve naturelle depuis 1995, dont La progression de l’iguane commun fait l’objet
la gestion a été confiée au Parc Naturel Régional de la d’un suivi depuis plusieurs années par les services
Martinique. La présence du rat noir sur les îlots ne da- de l’Etat et des collectivités.
terait que de 1995 et pourtant, suite à cette invasion,
de fortes perturbations ont été observées parmi les La distribution des passereaux introduits dans
populations d’oiseaux marins. L’importance des per- les zones rurales (bengalis, capucins, cordon
turbations occasionnées par le rat noir a conduit le bleu…) est suivie par l’association AOMA.
Parc Naturel Régional de la Martinique à tenter l’éradi-
cation du rongeur simultanément sur les quatre îlets La démographie des Thiaridae et les relations
de Sainte-Anne (Burgaux, Percé, Hardy, Poirier) à par- envahisseurs-espèces locales de mollusques ont
tir de 1999 avec le soutien de l’INRA de Rennes. Sur été étudiées entre 2000 et 2005 dans le cadre du
l’ilet Hardy, la réduction des effectifs des populations programme de recherche Invabio du Ministère
de rats a généré une augmentation spectaculaire du de l’écologie et du développement durableXLI. Ces
succès reproducteur du puffin d’Aubudon et du nod- travaux suggèrent plusieurs recommandations im-
di brun qui est passé de 0% en 1999 à 90% en 2001 portantes en termes de santé publique humaine et
et une augmentation significative de l’indice d’abon- animale. La présence de mollusques gastéropodes
dance du crabe zombi (Gecarcinus ruricola), espèce exotiques (Lymnea columella) potentiellement vec-
terrestre fortement menacée des Antilles [66]. teurs d’helminthes (Fasciola hepatica, la douve du
foie) pouvant affecter l’homme et les animaux do-
Les rats ont été éradiqués de l’îlet Cabri en 2001 mestiques nécessite une veille sanitaire.
et un suivi annuel est réalisé (PNRM, AOMA, SEPAN-
MAR). Le Conservatoire du littoral, le Parc Régional
et la commune du Robert ont conduit en 2006, un 3.4 Sensibilisation
programme d’éradication des rats noirs sur l’îlet
Boisseau (îlets du Robert). La sensibilisation est globalement insuffisante.
Programme de recherche Invasion Biologique. Démographie comparée des invasions et relations envahisseurs-espèces locales : cas des Thiaridae aux Antilles
XLI
françaises.
72
Partie 2 - martinique
XLII
Missions précisées par l’accord France/P.N.U.E du 12 mai 2000 [Link]
XLIII
art.12.
XLIV
art.5.2.6.
XLV
Kairo, M., B. Ali, [Link], [Link] and [Link] (2003) Invasive Species Threats in the Caribbean Region: Report to The Nature Conservancy. CAB International.
XLVI
National and Regional Capacities and Experiences on Marine Invasive species, including Ballast Water Management Programmes in the Wider Caribbean Region
- a Compilation of Current information (CABI, juillet 2006).
73
Partie 2 - guadeloupe
Statut fr
ançais :
Départem
ent et rég
Statut eu ion d’outre
-mer
Guadeloupe
ropéen :
Région ult
ra périphé
rique
74
Partie 2 - guadeloupe
Sur la base d’un potentiel floristique commun à la licoccus bijugatus Jacq) ont un caractère plus ou
Martinique et à la Guadeloupe de plus de 3000 espè- moins envahissant (Tableau 15). Le faible nombre
ces, au moins 1260 espèces ont été introduites, dont de plantes exotiques naturalisées et de plantes
236 (18%) sont naturalisées, 180 (14%) sont subs- exotiques envahissantes peuvent témoigner d’une
pontanées et 847 (67%) uniquement cultivées[18]. certaines « résistance » des écosystèmes. Mais plu-
sieurs exemples montrent que cette résistance n’est
2.1.2 Degré d’envahissement et impacts que passagère et que les invasions par des plantes
exotiques se multiplieront sans aucun doute dans
Douze espèces de plantes exotiques et deux l’avenir, facilitées par la poursuite de la dégradation
espèces indigènes (Typha domingensis Pers, Me- des milieux naturels.
Le bambou (Bambusa vulgaris), d’origine asiatique Le pomme rose (Syzygium jambos), originaire d’Asie
a été introduit au 18ème siècle. Depuis 1960, il s’est tropicale a été introduit au 18ème siècle. Il a large-
installé grâce à l’aide de l’homme dans le Parc Na- ment colonisé et transformé une grande partie des
tional et à tendance à se diffuser essentiellement de ripisylves de basse et moyenne altitude à l’intérieur
manière végétative. Le bambou a toujours été un même du Parc National.
indicateur de la présence humaine en Guadeloupe.
Des peuplements de tulipier du Gabon (Spathodea
Le pin des Caraïbes (Pinus caribaea), originaire des campanulata), espèce considérée au niveau mon-
Grandes Antilles, fut introduit pour la foresterie. Il dial comme l’une des plus envahissantes, se déve-
est aujourd’hui en expansion progressive dans cer- loppent de manière importante en milieu naturel.
taines parties du Parc National, à proximité immé- Cultivé pour l’ornement, le tulipier du Gabon s’est
diate de plantations faites sur la route des mamelles souvent échappé des jardins ou des plantations. Il
entre 100 et 600 m d’altitude. La menace présentée est par exemple devenu envahissant à Porto Rico,
par le pin des caraïbes impose au gestionnaire la en Polynésie française ou à Mayotte (voir chapi-
mise en place rapide d’actions de contrôle. tres correspondants). De nouvelles plantations le
75
Partie 2 - guadeloupe
long des routes forestières sont à proscrire et il est Dix espèces d’oiseaux sont signalées comme
convient de prendre les mesures nécessaires pour exotiques et nicheuses. La grande majorité des es-
limiter sa diffusion[17]. pèces a été introduite à partir de lâchers de cage
ou de volière. Peu d’informations sont disponibles
L’engouement pour des espèces d’orchidées sau- sur la taille et la dynamique des populations de ces
vages a déjà conduit à la naturalisation de 2 espè- espèces. Il semblerait néanmoins que les popula-
ces au comportement envahissant : Spathoglottis tions de moineaux domestiques (Passer domesticus)
plicata et Oeceoclades maculata. Ces deux espèces et de tourterelles turques (Streptopelia decaocto)
sont aujourd’hui pantropicales. Les premières ob- soient en expansion. Les premiers signalements
servations de [Link] datent de la fin des an- du moineau domestique en Guadeloupe datent de
nées 1980. Cette orchidée peut avoir un comporte- 1999-2000[131]. Plusieurs hypothèses peuvent expli-
ment envahissant dans les sous-bois en particulier quer son arrivée sur l’île mais son introduction par
en côte sous le vent et dans d’anciennes cultures le biais des bateaux de marchandise ou touristiques
de caféier et de cacaoyer. Espèce exotique nouvelle semble la plus probable. La tourterelle turque a été
pour la Guadeloupe, elle doit être surveillée en rai- relâchée en 1976 lors de l’éruption de la Soufrière[109].
son de son potentiel invasif[130]. La conure maîtresse (Aratinga chloroptera), exotique
en Guadeloupe, est menacée (classée vulnérable se-
2.2 Vertébrés lon l’UICN) dans son île d’origine, Hispaniola. A ces
10 espèces exotiques nicheuses viennent s’ajouter
16 autres espèces d’oiseaux introduites, essentiel-
2.2.1 Bilan des introductions lement des oiseaux d’agrément. Leur reproduction
sur le territoire n’est pas confirmée.
Au moins 32 espèces exotiques de vertébrés
terrestres et d’eau douce ont constitué des popula- Huit espèces exotiques de reptiles sont recen-
tions naturalisées ou en semi-liberté (Tableau 16). sées dans l’archipel. La tortue charbonnière (Chelo-
noidis carbonaria) aurait été introduite à plusieurs
Huit espèces de mammifères constituent reprises[132]. La péluse de Schweigger (Pelusios cas-
aujourd’hui des populations exotiques naturali- taneus) et la trachémyde de Porto-Rico (Trachemys
sées. L’agouti (Dasyprocta leporina) a probable- stejnegeri) ont été introduites au début du 19ème
ment été introduit par les Amérindiens. L’espèce siècle[23]. La trachémyde à tempes rouges (Trache-
est actuellement très rare. Les cinq autres espèces mys scripta elegans), dont la reproduction n’est pas
de mammifères terrestres non volants, ont proba- confirmée, est signalée de la Grande-Terre et de la
blement toutes été introduites pendant la période Basse-Terre depuis 1975 et son introduction est liée
coloniale. Le rat noir (Rattus rattus) et la souris grise au commerce des animaux[23]. Originaire d’Améri-
(Mus musculus) ont été signalés dès le milieu du que tropicale, l’iguane commun (Iguana iguana)
17ème siècle (père Du tertre, 1654). L‘introduction du aurait fait l’objet d’introductions multiples, aussi
rat surmulot (Rattus norvegicus) daterait de la fin du bien amérindiennes[132] que modernes durant le
18ème siècle[106]. La petite mangouste indienne (Her- 20ème siècle[23]. La dernière espèce exotique signa-
pestes auropunctatus) a été introduite en 1888 dans lée de Basse-Terre et Grande-Terre est le typhlops
le but de contrôler les populations de rats qui rava- brame (Ramphotyphlops braminus), une espèce de
geaient les plantations[106]. Elle se rencontre sur la serpent parthénogénétique qui étend son aire de
Grande-Terre, la Basse-Terre et Marie Galante[21, 25]. répartition très rapidement[113]. Un python amé-
Le raton laveur ou racoon (Procyon lotor) est signalé thyste se promène actuellement en Basse-Terre et
de la Basse-Terre, de la Grande-Terre, de Marie-Ga- sa reproduction n’est pas confirmée[113].
lante et de La Désirade[21]. Autrefois considéré en-
démique de l’île sous le nom de Procyon minor, il ne Au moins trois espèces exotiques de poissons
fait aucun doute aujourd’hui qu’il n’est pas différent se sont acclimatées. Il s’agit du tilapia du Mozam-
de l’espèce nord américaine Procyon lotor et qu’il bique (Oreochromis mossambicus) introduit dans
aurait été introduit au 19ème par les européens[21, 25, 90]. le cadre de projets aquacoles et du guppy (Poecilia
Dans le passé, des populations sauvages de chè- reticulata) et du molly (P. vivipara) introduits pour
vres (Capra hircus) ont existé et aujourd’hui certai- lutter contre la prolifération des moustiques.
nes populations vivent encore en semi liberté sur
des îlots non habités comme l’îlet Kahouanne[25]. La Trois espèces d’amphibiens sont exotiques. Le
plus récente introduction concerne un écureuil, Fu- crapaud géant a été introduit avant 1914 pour lutter
nambulus pennantii[25]. contre les insectes ravageurs de la canne[120, 23]. La pre-
76
Partie 2 - guadeloupe
77
Partie 2 - guadeloupe
78
Partie 2 - guadeloupe
hnstone est une grenouille colonisatrice qui profite eu un impact négatif sur les populations de pois-
des habitats perturbés créés par les activités hu- sons indigènes.
maines[23]. Sur Basse-Terre, l’hylode de Johnstone
est suspecté d’être un compétiteur de deux hylo- Le guppy (Poecilia reticulata) est connu pour
des endémiques Eleutherodactylus pinchoni et E. consommer les œufs des autres poissons. Son im-
barlagnei [23]. pact n’est pas documenté en Guadeloupe. Dans
certains pays, il est responsable de la régression
Depuis sa découverte, la rainette x-signée conti- d’espèces indigènes[122].
nue son expansion et pourrait menacer par com-
pétition, si elle pénètre en forêt humide, l’hylode
de la Martinique (Eleutherodactylus martinicensis)
2.3 Invertébrés
endémique de la Guadeloupe, de la Martinique Sept espèces d’arthropodes exotiques sont
et de la Dominique et les hylodes endémiques de considérées comme particulièrement probléma-
Basse-Terre (E. pinchoni et E barlagnei)[113]. tiques : la tique sénégalaise (Amblyomma varie-
gatum), Bemisia tabaci, le charançon de la patate
L’impact du crapaud géant n’est pas documen- douce (Cylas formicarius), la cigale (Fidicina man-
té. Il ne semble pas être un facteur de déclin des nifera), la cochenille rose de l’hibiscus (Maconelli-
amphibiens indigènes de la Guadeloupe[23]. En re- coccus hirsutus), la cochenille des cycas (Aulacaspis
vanche, sur l’île d’Hispaniola, il est impliqué dans yasumatsui) et la fourmi manioc (Acromyrmex oc-
le déclin des populations d’espèces d’amphibiens tospinosus).
indigènes.
Le charançon de la patate douce récemment
Reptiles introduit, la tique sénégalaise et Bemisia tabaci po-
sent des problèmes économiques.
L’iguane commun, plus grand que l’iguane des
Petites Antilles (Iguana delicatissima) et plus op- La cochenille des Cycas découverte en 2003,
portuniste dans ses choix alimentaires, est un fort est maintenant détectée dans quasiment toutes
compétiteur face à ce dernier, endémique des les communes. Elle engendre un dépérissement
Petites Antilles et classé vulnérable par l’UICN[23]. généralisé et une forte mortalité chez une espèce
Depuis sa protection légale dans les années 1980, d’ornement, le cycas.
l’iguane commun est en forte expansion[23] et il me-
nace par compétition et introgression génétique La fourmi manioc (Acromyrmex octospinosus) est
l’iguane des Petites Antilles et l’aurait conduit à sa l’espèce qui suscite les plus grandes inquiétudes.
quasi disparition des Saintes pendant la seconde Originaire d’Amérique du Sud, la fourmi manioc
moitié du 20ème siècle[143]. Cependant, des études a été détectée en Guadeloupe dans les années
approfondies de génétique doivent être conduites 1950[144]. Longtemps considérée comme un rava-
localement afin de préciser les flux géniques entre geur agricole, elle a récemment envahi la forêt à la
les deux espèces. faveur des chemins qu’on y a tracés et du cyclone
de 1995. En expansion constante, elle est retrouvée
La trachémyde à tempes rouges dont la repro- jusqu’à 700 m d’altitude et met en péril les fougè-
duction n’est actuellement pas confirmée, pourrait res arborescentes de la forêt primaire. C’est sans
représenter une menace pour des amphibiens ou doute une des menaces actuelles majeures pour la
des poissons indigènes si des populations venaient Guadeloupe. L’espèce est encore absente des dé-
à s’installer durablement dans les cours d’eau et les pendances de la Guadeloupe ainsi que de la Marti-
plans d’eau de l’archipel. D’un point de vue sani- nique.
taire, elle peut être vecteur de la salmonellose hu-
maine[121]. 82 espèces de nématodes parasites ont été
identifiées. Les deux espèces les plus dommagea-
Poissons bles pour la Guadeloupe mais également pour la
Martinique sont l’anguillule mineuse du bananier
Parmi les poissons introduits, le tilapia du Mo- (Radopholus similis) et le nématode de l’igname
zambique semble aujourd’hui acclimaté aux eaux (Scutellonema bradys). Toutes ces espèces ont été
guadeloupéennes. Son impact sur les écosystèmes introduites accidentellement avec des importa-
aquatiques n’est pas documenté mais dans d’autres tions de marchandises. R. similis, originaire d’Asie
régions du monde l’introduction de cette espèce a du sud-est, a été introduite dans toutes les régions
79
Partie 2 - guadeloupe
de culture du bananier dès le début du 15ème siè- Le seul autre dispositif réglementant l’entrée
cle. L’espèce a provoqué de gros dégâts agricoles à d’espèces exotiques sur le territoire relève de la ré-
l’échelle mondial mais elle est surtout responsable glementation d’application de la Convention CITES.
d’une utilisation massive et chronique de produits
phytosanitaires, notamment aux Antilles[123, 124]. La réglementation actuelle ne permet pas d’ins-
L’introduction accidentelle de S. Bradys dans les taurer un vrai dispositif de prévention, que ce soit
années 1980 aux Antilles à travers la diffusion de aux frontières ou pour minimiser les transferts en-
cultivars d’ignames a largement contribué à la tre les îles de l’archipel. Le caractère archipélagique
quasi disparition de nombreuses autres espèces du territoire n’est pas pris en compte.
d’ignames cultivées auparavant[125].
Détention, commerce et transport
Au moins sept espèces de mollusques sont
identifiées comme exotiques et 5 espèces sont Dans l’état actuel de la réglementation, en at-
cryptogènes (MNHN-INPN, 2007). Seul l’achatine tendant l’adoption de listes par arrêté ministériel
(Lissachatina fulica) est envahissant. dans le cadre de l’art. L. 411-3 du CE, il n’y a aucune
restriction applicable au commerce ou transport in-
L’achatine, d’introduction accidentelle, a été ternes d’espèces exotiques végétales en dehors du
observé la première fois dans les années 1980. dispositif phytosanitaire. Les services déconcentrés
Son impact sur la faune ou la flore indigène n’est en Guadeloupe n’ont pas entamé de travail pour
pas documenté. Il est considéré comme une peste élaborer des propositions de listes dans le cadre de
pour l’agriculture et les jardins mais il peut consti- l’art. L. 411-3 révisé du CE.
tuer une menace pour des plantes ou encore ex-
clure des espèces d’escargots indigènes[127]. Les seules mesures réglementaires en place
concernent la détention en captivité d’espèces
animales exotiques dans le cadre du régime des
établissements détenant les spécimens d’animaux
3G
estion des invasions sauvages (arts. L. 413-1 à 5 du CE ; arrêtés du 21 no-
vembre 1997 et du 10 août 2004). Ce dispositif est
biologiques appliqué par la DSV, en concertation avec la DIREN,
mais principalement afin d’assurer le respect des
dispositions CITES.
3.1 Cadre réglementaire Des mesures appropriées pour minimiser le
risque de transfert des espèces déjà introduites
Importation
(ex : fourmi manioc) vers les îlets de l’archipel se-
raient à envisager, en concertation avec toutes les
La réglementation nationale sanitaire et phyto-
parties prenantes.
sanitaire s’applique directement à la Guadeloupe.
Les bases réglementaires phytosanitaires en vi-
Introduction dans le milieu naturel
gueur pour l’importation sont encadrées par :
• l’arrêté ministériel modifié du 3 septembre 1990
Dans l’état actuel de la réglementation et en at-
relatif au contrôle sanitaire des végétaux ;
tendant l’adoption de listes par arrêté ministériel
• l’arrêté ministériel du 24 mai 2006 relatif aux exi-
dans le cadre de l’art. L. 411-3 du CE, l’introduction
gences sanitaires des végétaux ou produits végé-
d’espèces dans le milieu naturel n’est pas réglemen-
taux et autres objets.
tée (en dehors du régime des organismes nuisibles
aux végétaux).
Toute importation de plante nécessite l’obtention
d’un permis d’importation. Cependant, le contrôle
Il n’y a donc aucune contrainte juridique sur la
porte essentiellement sur l’état phytosanitaire du
plantation des 16 espèces inventoriées comme
matériel végétal importé. Les inspecteurs phyto-
envahissantes, dont le tulipier du Gabon (toujours
sanitaires sont chargés de contrôler les marchandi-
utilisé en agrément le long des routes forestières),
ses de nature végétale et de délivrer ces certificats.
le pin des Caraïbes ou le bambou.
Dans la pratique, leurs efforts sont consacrés au
fret. Les voies d’entrée par les bagages, les passa-
Les introductions d’espèces dans les eaux douces
gers et les colis postaux sont quasiment exclues de
de Métropole et des DOM sont réglementées par :
ce dispositif.
80
Partie 2 - guadeloupe
La pisciculture est peu développée mais au Dans les années 1970, la mangouste a fait l’objet
moins une espèce s’est acclimatée en eau douce, le de campagnes de destruction massive. La campa-
tilapia Oreochromis mossambicus. Le plan d’action gne la plus récente date de 1977 et fait état de près
guadeloupéen pour la biodiversité reconnaît l’ab- de 15 787 têtes (payées 2.20 FF de l’époque l’unité)
sence de connaissances des conséquences possi- comptabilisées par la Fédération Départementale
bles sur l’environnement d’espèces exotiques pro- des Chasseurs. Ces campagnes sont restées vaines.
duites en élevage et qui viendraient à s’échapper.
Le risque d’invasion biologique devrait être pris en Un programme d’éradication conjointe du rat
compte lors des autorisations d’ouverture d’élevage. noir, de la souris grise et de la mangouste a été
mené en 2001 et 2002 par l’INRA de Rennes et le
Mesures de contrôle Parc National de Guadeloupe sur l’îlet Fajou qui fait
partie de la réserve naturelle du Grand cul-de-sac
Des arrêtés préfectoraux sont pris deux fois dans marin, gérée par le Parc National de la Guadeloupe.
l’année portant ouverture d’une campagne de Cette tentative a fait appel à l’utilisation successive
lutte collective contre les rongeurs ravageurs des du piégeage et de la lutte chimique. Seule l’éradi-
cultures (rat noir, surmulot, souris grise) dans les cation de la souris grise et de la mangouste a été
zones urbaines et rurales, sur proposition de la Fé- acquise. Les populations de rats ont été fortement
dération Départementale des Groupements de Dé- réduites. L’élimination de la mangouste et la forte
fense contre les Ennemis des Cultures (FDGDEC) et réduction des effectifs du rat noir sont directement
le SPV de la Direction de l’Agriculture et de la Forêt. corrélées à la totale cessation des destructions de
nids de la tortue imbriquée et à une apparente co-
Aucune mesure réglementaire ne semble être lonisation de la partie sèche de l’île par le râle gris,
en place pour contrôler l’achatine également clas- cantonné auparavant à la mangrove[65].
sé “organisme nuisible aux végétaux”.
Les fortes populations de chèvres sauvages sur
Limites juridiques les îles des Saintes font l’objet d’un contrôle régu-
lier par abattage pour limiter leurs impacts sur la
Plusieurs arrêtés fixant des mesures de protec- végétation.
tion d’espèces représentées dans le département
confèrent la stricte protection juridique à des espè- Plantes
ces exotiques :
• l’arrêté du 17 février 1989 (protection des mam- Dans la zone centrale du Parc National de Gua-
mifères) protège le raton laveur ; deloupe, des tests sur les bambous avec un herbici-
• l’arrêté du 17 février 1989 (reptiles et amphibiens) de ont été conduits sans grands résultats. Une étu-
protège trois reptiles introduits, la Péluse de de menée par le Parc est en cours sur la répartition
Schweigger (Pelusios castaneus), la trachémyde de spatiale du bambou avec des essais de typologie
Porto Rico (Trachemys stejnegeri) et l’iguane com- des stations occupées.
mun (Iguana iguana), et un amphibien, l’hylode
de Johnstone (Eleutherodactylus johnstonei).
81
Partie 2 - guadeloupe
Programme de recherche Invasion Biologique. Démographie comparée des invasions et relations envahisseurs-espèces locales :
XLII
82
Partie 2 - guadeloupe
que la coordination institutionnelle, la surveillance deux régions et de leurs différents acteurs pour ce
et la réponse stratégique. qui concerne les études, qui doivent s’appliquer sur
les mêmes protocoles, et les mesures de conserva-
tion de cette espèce.
3.6 Coopération régionale
Au niveau régional, le centre Régional Cari-
La coopération régionale porte principalement béen du Centre International pour l’Agriculture
sur les espèces CITES. et la Bioscience (CAB International) a réalisé une
synthèse en 2003 qui a relevé 552 espèces enva-
La coopération régionale est peu ambitieuse. Or, hissantes dans la Caraïbe insulaire dont seulement
la Guadeloupe est bien placée pour avancer sur ce 18 espèces marines. Cet écart reflèterait les lacunes
thème car elle héberge le Centre d’Activités Régio- dans les connaissances sur le statut des organis-
nal pour le Protocole SPAW. Le Protocole SPAWXLVIII mes maritimes et leurs impacts dans le milieu ma-
de la Convention pour la protection et la mise en rin. Une étude complémentaire commandée par
valeur du milieu marin dans la région des Caraïbes le UCR/PNUE en 2006LI a permis d’approfondir ces
fournit un cadre de coordination pour l’application connaissances en relevant 118 espèces marines en-
régionale de la CDB, la Convention de Ramsar et la vahissantes. Elle souligne la faible visibilité et le fait
CITES. Les Parties doivent prendre les mesures ap- que les espèces envahissantes marines ne sont pas
propriées pour réglementer ou interdire : perçues comme une priorité par les agences com-
• l’introduction volontaire ou accidentelle d’espè- pétentes au niveau national et régional.
ces exotiques ou génétiquement modifiées qui
pourraient avoir des impacts négatifs sur la flore La Guadeloupe participe au Programme Cari-
ou la faune naturelle de la région ou sur d’autres béen d’éradication et d’épidémio-surveillance de la
composantes de son environnementXLIX; tique sénégalaise.
• l’introduction d’espèces exotiques dans les aires
protégées créées en vertu du ProtocoleL.
XLIX
art.12.
L
art.5.2.6.
LI
National and Regional Capacities and Experiences on Marine Invasive species, including Ballast Water Management Programmes in the Wider Caribbean Region - a
Compilation of Current information (CABI, juillet 2006).
83
Partie 2 - Saint-Martin et Saint-Barthélemy
Statut fr
ançais :
Saint-Martin
Collectivit
és d’outre
promulga -mer, dep
tion de la uis la
84
Partie 2 - Saint-Martin et Saint-Barthélemy
85
Partie 2 - Saint-Martin et Saint-Barthélemy
activités humaines[23]. Son impact n’est pas docu- Depuis le 15 juillet 2007, ces collectivités exer-
menté localement. Sur Basse-Terre en Guadeloupe, cent les compétences jadis dévolues aux commu-
l’hylode de Johnstone est suspecté d’être un com- nes, aux départements et aux régions, ainsi que
pétiteur de deux hylodes endémiques[133]. des compétences qui pourront être transférées ul-
térieurement à ces collectivités dans le cadre des
L’impact de la rainette de Cuba n’est pas étudié futures lois de décentralisation. Elles sont dotées
localement mais dans les autres îles voisines l’espè- de l’autonomie et d’un régime législatif fondé sur
ce se comporte comme un hyper-prédateur et en- le principe d’identité législative avec des excep-
tre en compétition avec des espèces locales [23, 113]. tions relevant de la spécialité législative. Elles peu-
Absente de la Guadeloupe et de la Martinique, des vent dorénavant adapter les lois et règlements en
dispositions doivent être prises rapidement pour vigueur localement en matière d’urbanisme, de lo-
limiter la propagation de cette espèce aux autres gement, d’environnement, de tourisme, de doma-
îles des Petites Antilles. nialité publique et d’enseignement.
86
Partie 2 - Guyane française
Statut fr
ançais :
Départem
ent et rég
Statut eu ion d’outre
Guyane française
ropéen : -mer
Région ult
ra périphé
rique
La Guyane est, avec la terre Adélie, la seule collec- Quelques espèces indigènes ont localement des
tivité d’outre-mer continentale. La région se caracté- impacts sur la biodiversité dans des habitats sensi-
rise par une très forte biodiversité naturelle, avec sur bles. C’est le cas de Thalia geniculata et de Montrichar-
l’ensemble du plateau des Guyanes environ 20.000 dia arborescens dans les marais de Kaw, et de Mimosa
espèces de plantes vasculaires, dont 7 000 espèces pudica sur les savanes-roches forestières sur socle gra-
endémiques, 975 espèces d’oiseaux dont 150 endé- nitique ou sur les savanes isolées.
miques, 282 espèces de mammifères dont 27 endé-
miques, 280 espèces de reptiles dont 76 endémiques, 2.2 Vertébrés
2.200 espèces de poissons dont 700 endémiques.
Concernant la faune, quelques espèces exotiques
Plus de 80% de la Guyane est recouvert par la forêt ubiquistes sont observées : souris grise (Mus mus-
dense humide équatoriale. Au sein de ce paysage ap- culus), rat noir, (Rattus rattus) moineau domestique
paremment homogène, les lacs, les mares, les maréca- (Passer domesticus). Leurs impacts ne sont ni perçus ni
ges, les inselbergs ou les savanes peuvent être consi- documentés.
dérés comme des « îles » aux biotopes particuliers.
Le problème majeur vient des impacts occa-
sionnés par les chiens divagants (ce terme inclut les
2 Invasions biologiques chiens avec propriétaire mais qui ont échappé à son
contrôle) sur les populations de tortues marines, dont
celle de tortue olivâtre particulièrement fragile et
classée en danger par l’UICN. Les dégâts se portent à
2.1 Plantes naturalisées et la fois sur les femelles venant nidifier sur les plages, et
envahissantes surtout sur les œufs et les juvéniles.
379 plantes exotiques sont répertoriées en Guya- Sur la réserve naturelle du Grand Connétable, île
ne dont 131 sont considérées naturalisées, mais sans rocheuse à 15 km au large de la côte, l’iguane com-
réel impact sur l’environnement et 213 espèces sont mun (Iguana iguana), espèce indigène abondante sur
cultivées[19]. le continent et d’arrivée récente sur le site, interagit
avec deux espèces d’oiseaux, la sterne royale (Sterna
Les savanes sont les habitats les plus menacés. maxima) et la sterne de Cayenne (Sterna sandvicen-
On y trouve deux espèces introduites intentionnel- sis eurygnatha). Les dérangements occasionnés par
lement par des organismes gouvernementaux qui les iguanes entraînent une baisse du succès de ni-
ont un impact important et qui doivent faire l’objet dification de ces oiseaux qui comptent ici l’une des
de plans d’actions immédiats. Il s’agit de l’Acacia man- plus grosses populations connues sur le continent.
gium, utilisé pour favoriser la revégétalisation des si- Le broutage sélectif des plantes les plus appétentes
tes miniers, et du Melaleuca quinquenervia, introduit a conduit à l’élimination d’une légumineuse annuelle
dans les années 1970 lors du « Plan Vert », pour la fi- qui offrait un abri sûr aux sternes fuligineuses.
lière de production de bois. Melaleuca quinquenervia
présente notamment des peuplements quasiment La demande en aquariophilie se développe, et des
monospécifiques (jusqu’à 1000 individus/100m²) en- poissons exotiques pourraient être introduits dans
tre Sinnamary et Kourou. L’espèce est sur la liste des les fragiles marais côtiers de la partie Est. Certains
87
Partie 2 - Guyane française
oiseaux utilisés par les collectionneurs se retrouvent commercialisation d’espèces animales non domesti-
aussi dans la nature après des relâchés accidentels ou ques sont réglementer par les 2 arrêtés ministériels
intentionnels, et semblent survivre. du 10 août 2004 qui fixent : i) les règles générales de
fonctionnement des installations d’élevage d’agré-
3G
estion des invasions ment d’animaux d’espèces non domestiques ;ii) les
conditions d’autorisation de détention de certaines
biologiques espèces non domestiques dans les établissements
d’élevage, de vente, de location, de transit ou de pré-
sentation au public.
3.1 Cadre réglementaire
A l’heure actuelle, il n’y a aucun moyen d’interdire
La Guyane étant peu touchée par les invasions bio- la détention, l’utilisation et le transport d’oiseaux non
logiques pour l’instant, l’élaboration d’un cadre régle- domestiques ou domestiques achetés en métropole
mentaire fort n’a pas été définie comme une priorité. et introduits comme effets personnels par les person-
nes venant de métropole.
Importation
Concernant les poissons d’aquarium, la DSV de-
La Guyane étant un DOM, la réglementation mande aux animaleries de prévenir leurs clients de ne
nationale sanitaire et phytosanitaire s’y applique pas relâcher de poissons dans le milieu naturel mais
directement. reconnaît que cette pratique ne comporte aucune
garantie, vu l’impossibilité dans les faits de contrôler
Les bases réglementaires phytosanitaire en vigueur les acheteurs à leur domicile.
pour l’importation en Guyane sont encadrées par :
• l’arrêté ministériel modifié du 3 septembre 1990 Introduction dans le milieu naturel
relatif au contrôle sanitaire des végétaux ;
• l’arrêté ministériel du 24 mai 2006 relatif aux exigen- Dans l’état actuel de la réglementation, en at-
ces sanitaires des végétaux ou produits végétaux et tendant l’adoption de listes par arrêté ministériel
autres objets. dans le cadre de l’art. L. 411-3 du CE, les introduc-
tions dans le milieu naturel ne sont réglementées
Le seul autre dispositif réglementant l’entrée d’es- que pour les poissons.
pèces exotiques sur le territoire relève de la réglemen-
tation d’application de la Convention CITES. L’article L. 432-10 du CE réglemente les introduc-
tions de poissons susceptibles de provoquer des
Les frontières terrestres de la Guyane française déséquilibres écologiques dont la liste est fixée par
avec ses pays voisins sont difficiles à contrôler. Les décret. Il est notamment interdit d’introduire, dans les
échanges illégaux, notamment pour l’agriculture lo- eaux de premières catégories le brochet, la perche, le
cale (produits phytosanitaires, plantes, animaux), sont sandre et le black-bass ;
fréquents.
Le décret n°95-40 du 6 janvier 1995 fixe la liste des
A noter que les arrêtés ministériels de protection poissons, grenouilles, crustacés, susceptibles de pro-
d’espèces du 15 mai 1986 interdisent de faire sortir du voquer des déséquilibres biologiques et dont l’intro-
département les espèces protégées de Guyane. duction est interdite.
88
Partie 2 - Guyane française
LII
Propositions faites lors du dernier atelier de travail qui a réunit en février 2008 à Paris les coordinateurs locaux de l’initiative du Comité français de l’UICN sur les
espèces exotiques envahissantes en outre-mer
LIII
South America Invasive Species Program. The Nature Conservancy.
89
Partie 2 - Mayotte
Statut fr
ançais :
Collectivit
é
d’outre-m départementale
er
Mayotte
Statut eu
ropéen :
Pays et te
rritoire d’o
utre-mer
90
Partie 2 - Mayotte
biologique biologique
Acacia auriculiformis A. Cunn. ex Benth. Fabaceae Arbre Mimosa diplotricha Sauvalle Fabaceae Arbuste
Acacia farnesiana (L.) Willd. Fabaceae Arbuste Mimosa pudica L. Fabaceae Arbuste
Acacia mangium Willd. Fabaceae Arbre Oxalis corniculata L. Oxalidaceae Herbacée
Achyranthes aspera L. Amaranthaceae Herbacée Panicum maximum Jacq. Poaceae Herbacée
Adenanthera pavonina L. Fabaceae Arbre Passiflora foetida L. Passifloraceae Liane
Ageratum conizoides L. Asteraceae Herbacée Passiflora suberosa L. Passifloraceae Liane
Albizia chinensis (Osbeck) Merr. Fabaceae Arbre Pennisetum glaucum (L.) [Link]. Poaceae Herbacée
Albizia lebbeck (L.) Benth. Fabaceae Arbre Pennisetum polystachyon (L.) Schultz) Poaceae Herbacée
Aleurites moluccana (L.) Willd. Euphorbiaceae Arbre Pentas lanceolata (Forssk.) Deflers Rubiaceae Herbacée
Ananas bracteatus (Lindl.) Schultes f. Bromeliaceae Herbacée Pithecellobium dulce (Roxb.) Benth. Fabaceae Arbre
Annona squamosa L. Annonaceae Arbuste Psidium guajava L. Myrtaceae Arbuste
Antigonon leptopus Hook. & Arn. Polygonaceae Liane Quisqualis indica L. Combretaceae Liane
Asystasia gangetica (L.) T. Anderson Acanthaceae Herbacée Ricinus communis L. Euphorbiaceae Arbuste
Bidens pilosa L. Asteraceae Herbacée Rubus alceifolius Poir. Rosaceae Arbuste
Canna indica L. Cannaceae Herbacée Salvinia molesta D.S. Mitch Salviniaceae Plante
Castilla elastica Sessé Moraceae Arbre Aquatique
Chloris barbata (L.) Sw. Poaceae Herbacée Sapindus saponaria L. Sapindaceae Arbre
Cinnamomum verum Presl. Lauraceae Arbre Senna alata (L.) Roxb. Fabaceae Arbuste
Cissus quadrangularis L. Vitaceae Liane Senna obtusifolia (L.) H.S. Irwin & Barneby Fabaceae Herbacée
Citrus aurantiifolia (Christm.) Swingle Rutaceae Arbuste Senna occidentalis (L.) Link Fabaceae Herbacée
Citrus reticulata Blanco Rutaceae Arbuste Sida acuta Burm. f. Malvaceae Herbacée
Clidemia hirta (L.) D. Don * Melastomataceae Arbuste Solanum americanum Mill. Solanaceae Herbacée
Coffea canephora Pierre ex Froehner Rubiaceae Arbuste Solanum mauritianum Scop. Solanaceae Arbuste
Coix lacryma-jobi L. Poaceae Herbacée Solanum seaforthianum Andrews Solanaceae Liane
Desmanthus virgatus (L.) Willd. Fabaceae Arbre Solanum torvum Sw. Solanaceae Arbuste
Desmodium incanum DC. Fabaceae Herbacée Spathodea campanulata P. Beauv. * Bignoniaceae Arbre
Duranta erecta L. Verbenaceae Arbuste Sphagneticola trilobata (L.C. Rich.) Prucki Asteraceae Herbacée
Echinochloa colona (L.) Link Poaceae Herbacée Stachytarpheta cayennensis (Rich.) Vahl Verbenaceae Herbacée
Flacourtia indica (Burm.f.) Merr. Flacourtiaceae Arbuste Stachytarpheta jamaicensis (L.) Vahl. Verbenaceae Herbacée
Hibiscus surratensis L. Malvaceae Liane Sterculia foetida L. Malvaceae Arbre
Hippobroma longiflora (L.) G. Don Campanulaceae Herbacée Stictocardia tiliifolia (Desr.) Hallier f. Convolvulaceae Liane
Imperata cylindrica (L.) Beauv. * Poaceae Herbacée Syzygium jambos (L.) Alston Myrtaceae Arbre
Ipomoea hederifolia L. Convolvulaceae Liane Tecoma stans (L.) Juss. ex Kunth Bignoniaceae Arbuste
Ixora finlaysoniana Wall. ex [Link] Rubiaceae Arbuste Terminalia catappa L. Combretaceae Arbre
Kleinhovia hospita L. Malvaceae Arbre Thunbergia alata Boj. ex Sims Acanthaceae Liane
Lantana camara L. * Verbenaceae Arbuste Tithonia diversifolia (Hemsley) A. Gray Asteraceae Arbuste
Lantana trifolia L. Verbenaceae Herbacée Tristellateia australiasae A. Rich. Malpighiaceae Liane
Leucaena leucocephala* (Lam.) de Wit Fabaceae Arbuste Tristemma virusanum Comm. Melastomataceae Herbacée
Litsea glutinosa (Lour.) C.B. Robins Lauraceae Arbre Urena lobata L. Malvaceae Herbacée
Ludwigia erecta (L.) Hara Onagraceae Herbacée Urera acuminata (Poir.) Decne. Urticaceae Liane
Mangifera indica L. Anacardiaceae Arbre Zingiber zerumbet Rosc ex Sm. Zingiberaceae Herbacée
91
Partie 2 - Mayotte
2.1.1 Degré d’envahissement et impacts train d’étouffer la canopée des forêts par la double
action de leur poids qui brise les arbres et par la
Les formations secondaires (forêts secondaires, diminution de lumière qui empêche toute photo-
jachères, fourrés, « padzas ») sont majoritairement synthèse des plantes hôtes.
composées d’espèces exotiques dont certaines de-
viennent envahissantes pouvant concurrencer les 2.2 Vertébrés
espèces indigènes.
2.2.1 Bilan des introductions
Le lantana (Lantana camara), l’avocat marron
26 espèces exotiques de vertébrés ayant consti-
(Litsea glutinosa) et l’Albizia lebbeck sont les espèces
tué des populations naturalisées ou en semi-liberté
exotiques envahissantes les plus impressionnantes
sont recensées, dont 10 espèces de mammifères,
en termes de dispersion et d’étendue couverte.
11 espèces d’oiseaux, 1 espèce de poisson, 2 espèces
L’avocat marron (Litsea glutinosa) couvre plus de
de reptiles et 2 espèces d’amphibiens (Tableau 19).
9% de l’espace en recrue forestière et occupe les 2/3
nord de Mayotte[147]. Dans les forêts secondarisées,
Des espèces domestiques ont sans doute été in-
jusqu’à 15% des individus appartiennent à cette es-
troduites il y a plusieurs siècles. Sur le site archéolo-
pèce. La surexploitation de cet arbre aux Comores
gique de Dembéni, daté du 9ème au 13ème siècle, des
n’empêche pas sa large présence et en cas de dimi-
restes de chèvres, bœufs, chats, rats noirs pour les
nution du rôle de l’agriculture dans le maintien des
mammifères et de colombiformes et de coqs pour
paysages, ses populations pourraient exploser[87].
les oiseaux ont été retrouvés[31]. Le maki mahorais
ou lémur brun (Eulemur fulvus forme de Mayotte)
Les vestiges de forêts humides sont menacés
a sans doute été introduit par l’homme depuis Ma-
par l’invasion de Clidemia hirta, du Syzygium jambos
dagascar, il y a plusieurs siècles[7, 148, 149].
et d’Adenanthera pavonina. Le tulipier du Gabon
(Spathodea campanulata) est déjà naturalisé et il est
Le guppy, seul poisson exotique recensé, a été
parfois le constituant principal des forêts secondai-
introduit pour lutter contre la prolifération des
res. Le cannelier (Cinnamomum verum) envahit les
moustiques[32].
milieux dégradés en zone fraîche. Rubus alceifolius,
une des espèces les plus envahissantes de La Réu-
Les amphibiens de Mayotte ne sont représentés
nion commence à former à certains endroits des ta-
que par deux espèces exotiques.
pis monospécifiques. Une fougère exotique aqua-
tique (Salvinia molesta), envahit la réserve d’eau
douce de Combani et peut poser un problème dans 2.2.2 Impacts et menaces
le traitement de l’eau potable. Fin 2007, l’envahis-
sement du bassin était presque total (17, 5 kg/m2). L’impact des espèces exotiques de vertébrés
n’est pas documenté localement. Néanmoins, pour
Les impacts écologiques sont peu documentés. 11 d’entres elles, l’impact est connu ailleurs pour
Des espèces capables de former des taillis monos- être déterminant. En outre, 6 espèces figurent sur
pécifiques comme Syzygium jambos, Lantana ca- la liste de l’UICN des 100 espèces parmi les plus en-
mara ou Clidemia hirta empêchent la régénération vahissantes et dérangeant le plus les écosystèmes
d’espèces indigènes et modifient considérable- d’accueil[81]. Il s’agit du chat, du rat noir, de la chè-
ment la structure de la forêt. vre, du cochon, de la souris grise et du martin triste.
Amphibiens[31]
Boophis tephraeomystax ND
Mantidactylus granulatus ND
Mammifères[31, 148, 149]
Canis familiaris Chien NDE
Capra hircus * Chèvre NDE
Eulemur fulvus (mayottensis) Maki, lémur brun ND
Felis catus * Chat NDE
Mus musculus * Souris grise NDE
Rattus norvegicus Rat surmulot NDE
Rattus rattus * Rat noir NDE
Sus scrofa * Cochon NDE
Tenrec ecaudatus Tenrec ND
Viverricula indica Petite civette indienne ND
Oiseaux[31]
Acridotheres tristis * Martin triste NDE
Agapornis canus Inséparable à tête grise ND
Agapornis pullarius inséparable à tête rouge ND
Cairina moschata Canard musqué ND
Columba livia Pigeon biset ND
Foudia Madagascariensis Foudi de Madagascar ND
Gallus gallus Coq bankiva ND
Numida meleagris Pintade de Numidie ND
Passer domesticus Moineau domestique NDE
Psittacula krameri Perruche à collier ND
Turtur tympanistria Tourterelle tambourette ND
Reptiles[31]
Calotes versicolor Agame asiatique ND
Hemidactylus frenatus Gecko des maisons NDE
Poissons[32]
Poecilia reticulata Guppy NDE
dation de tortues marines adultes sont toutefois des milieux insulaires tropicaux. La souris grise est
rapportés, et ce serait près de 20% des nids qui se- connue pour engendrer des dégâts aux cultures
raient détruits chaque année (source : ONCFS). et aux stocks agricoles. Son régime alimentaire ré-
puté granivore peut comporter en milieu insulaire
Concernant les rongeurs commensaux de une part importante d’invertébrés ce qui pourrait
l’homme, le rat noir est connu pour être impliqué avoir un impact sur les peuplements d’invertébrés
dans la disparition ou la régression de nombreuses indigènes.
espèces indigènes ou endémiques de vertébrés,
principalement des oiseaux et des reptiles en mi- Si l’existence de populations sauvages de chè-
lieu insulaire. D’après un inventaire faunistique des vres n’est pas confirmée, des individus en liberté ou
oiseaux et des mammifères de tous les îlots du la- semi liberté existent probablement. Le cheptel ovin
gon, le rat noir est présent sur tous les îlots du la- était estimé en 2001 à plus de 15 000 têtes[151]. Bien
gon de plus de 0,1 ha. Les fortes densités de rats qu’il n’existe aucune information sur l’impact lié au
noirs observées sur les îlots Hajangoua avant leur pâturage des chèvres sur la végétation indigène,
éradication seraient à mettre en relation avec la le pâturage caprin est un facteur très important de
rareté des oiseaux marins nicheurs sur ces îlots[150]. l’érosion à Mayotte, notamment dans les zones sè-
L’impact négatif du rat surmulot n’est pas docu- ches (Barthelat, comm. pers., 2007). Le pâturage des
menté localement mais il est connu pour être im- chèvres et des zébus, associé aux feux et débrous-
portant sur les avifaunes, herpétofaunes, carcino- saillages répétés, représente une réelle menace
faunes, entomofaunes et malacofaunes indigènes pour la sauvegarde des reliques de forêts originelles.
93
Partie 2 - Mayotte
Des populations en liberté ou semi liberté de gine d’impacts agricoles importants. Les mouches
cochons sont rapportées mais du fait de la chasse des fruits sont des espèces de quarantaines causant
pratiquée par les métropolitains et de l’aversion d’importants dégats aux cultures fruitières. Le sca-
culturelle qu’éprouvent les mahorais, l’espèce a rabée du cocotier est l’un des principaux ravageurs
presque disparu des milieux naturels (Barthelat des cocotiers et des palmiers.
comm. pers., 2007). L’impact du cochon sur la bio-
diversité indigène de Mayotte n’est pas connu mais Une liste préliminaire de 13 espèces exotiques
il a pu être important en raison du régime alimen- de mollusques a été établie dont 5 espèces sont
taire omnivore de l’espèce et de son opportunisme. cryptogènes et 3 espèces sont considérées comme
L’impact des cochons sur la biodiversité a été dé- envahissantes : l’achatine (Lissachatina fulica), l’es-
montré à plusieurs reprises dans différents pays du cargot carnivore de Floride (Euglandina rosea) et
Pacifique et il se porte à la fois sur la végétation, Gonaxis kibweziensis[153] (MNHN-INPN, 2007).
sur la microfaune terrestre, les mollusques et sur les
oiseaux. L’achatine a été re-introduit intentionnellement
au début du siècle comme source de nourriture
Oiseaux pour pallier à un déficit en protéine. C’est une peste
pour l’agriculture et les jardins mais il peut consti-
Le martin triste a été introduit en 1958. L’espèce tuer une menace pour des plantes indigènes[127] ou
est très commune et exclusivement présente dans encore exclure des espèces d’escargots indigènes.
les espaces urbanisés et agricoles. Son impact n’est
pas documenté localement. Cependant, le martin L’introduction de l’escargot carnivore de Flo-
triste est un oiseau agressif suspecté d’entrer en ride (Euglandina rosea) et de Gonaxis kibweziensis,
compétition avec des espèces d’oiseaux indigènes deux escargots carnivores, pour contrôler les po-
pour les ressources alimentaires et les sites de nidi- pulations d’achatine met en péril la malacofaune
fication. Il serait également capable de prédation indigène même si leurs impacts semblent limités
sur les couvées. Il est connu pour contribuer à la en raison de la présence d’escargots prédateurs in-
dissémination de plantes exotiques envahissantes digènes[7]. Leurs impacts ne sont pas documentés
en consommant leurs fruits. localement. L’introduction de l’escargot carnivore
de Floride en Polynésie française s’est soldée par
Reptiles l’extinction de plusieurs dizaines d’espèces d’escar-
gots endémiques[59, 60].
Le gecko des maisons (Hemidactylus frenatus) est
une espèce anthropophile et se rencontre essentiel-
lement dans les habitats humains ou dans les cultu- 2.4 Invasions marines
res. Son impact n’est pas documenté à Mayotte mais
l’introduction de cette espèce dans des îlots satellites Le cobia (Rachycentron canadum), élevé en
de l’île Maurice a causé, par compétition pour les ha- aquaculture, commence à être observé dans le la-
bitats, un déclin important des populations de cer- gon et sur les pentes externes.
taines espèces de geckos endémiques de ces îles[152].
2.5 Usages et conflits d’intérêts
Poissons
De nombreuses plantes ligneuses envahissan-
Le seul poisson exotique de Mayotte, le guppy tes sont perçues de manières positives car uti-
(Poecilia reticulata) est capable de prédation sur les puisqu’elles servent de fourrages, de bois de
les œufs d’autres poissons et il est connu pour être construction, de bois de chauffe ou à la pharma-
responsable de la régression d’espèces indigènes copée traditionnelle. Par exemple, l’avocat marron
dans certains pays[122]. Son impact n’est pas docu- (Litsea glutinosa) véritable peste végétale, a une
menté localement. place importante dans la société mahoraise. Il est
utilisé comme fourrage pour les zébus et les chè-
2.3 Invertébrés vres, la médecine traditionnelle l’utilise comme an-
tiseptique, il sert en agroforesterie de tuteur pour
La mouche des fruits (Bemisia tabaci), le scara- la vanille et reste très utilisé par les charbonniers.
bée du cocotier (Oryctes rhinoceros) et la mouche
méditérranéenne (Ceratitis capitata) sont les princi- En fait, les plantes exotiques ne sont perçues
paux insectes exotiques envahissants et sont à l’ori- comme envahissantes que lorsqu’elles posent des
94
Partie 2 - Mayotte
problèmes aux cultures. Il est intéressant de consta- végétales envahissantes pouvant menacer la flore
ter que se sont bien souvent les espèces les plus indigène car elle vise essentiellement à contrôler
envahissantes comme l’avocat marron et l’Albizia l’introduction de pathogènes. En outre, certains
lebbeck qui sont les plus utilisées. Bien qu’exploi- organismes classés nuisibles aux végétaux (arrêté
tées, elles parviennent tout de même à proliférer et du 31 juillet 2000) ne figurent pas aux annexes ap-
si l’utilisation actuelle de ces plantes comme four- propriées de l’arrêté n°06 (ex. Rattus rattus, Rattus
rage venait à disparaitre, leur démographie pour- norvegicus, Lissachatina fulica).
rait prendre une ampleur catastrophique[87].
D’importants travaux préparatoires sont en
Les conflits d’intérêts sont nombreux et évidents cours et l’adoption d’une liste de plantes exotiques
et l’engagement des habitants est un pré requis in- envahissantes interdites d’importation devrait être
dispensable à toute opération de lutte contre les une priorité dans le cadre de l’adoption d’un arrêté
EEE à Mayotte[87]. préfectoral. Plusieurs conflits d’intérêts persistent,
aussi bien entre services administratifs qu’au ni-
veau du public. Des mesures de sensibilisation rela-
3G
estion des invasions tives aux conflits d’intérêts et à la culture de plantes
de substitution dans les pépinières de la Collecti-
biologiques vité départementale de Mayotte sont à engager.
Par exemple, les introductions de zébus en provenance des Comores, qui commercent avec l’Afrique de l’est, multiplient les possibilités d’introductions de
LIV
saires. En parallèle, il a vocation de lutter contre les luer vers des arrêtés ministériels afin de disposer de
trafics clandestins. Les interdictions s’appliquent à sanctions nettement plus élevées. Cette évolution
toutes les espèces animales exotiques de la faune réglementaire ne devrait point affaiblir la rigueur
sauvageLV figurant dans la liste établie par l’annexe des dispositions adoptées qui reflètent les princi-
A. Le critère d’inscription est de présenter des dan- pes de prévention et de précaution intégrés à la
gers ou inconvénients graves pour les milieux na- CDB et aux Principes Directeurs.
turels, les espèces sauvages indigènes, la sécurité
des personnes ou la salubrité publiqueLVI. 3.2 Programmes de contrôle et de
L’arrêté prévoit la réglementation (autorisation restauration
d’ouverture/certificat de capacité) des établisse-
ments détenant déjà des spécimens des espèces Les programmes de contrôle des espèces enva-
listées. Ceci concerne aussi bien des particuliers hissantes sont fragmentés, manquent de coordi-
que des personnes morales. nation, de suivi et d’évaluation technique. Il n’y a
aucune stratégie de lutte contre les EEE mais seule-
Etant donné qu’il n’y a pas encore d’établisse- ment des séries d’actions ciblant certaines espèces.
ments commerciaux d’aquariophilie/oisellerie/ani- La mise en place de programmes de lutte coordon-
malerie à Mayotte, l’arrêté est rédigé dans l’esprit nés devrait être une priorité notamment à l’égard
de freiner toute installation ultérieure. Cette fina- des invasions localisées de plantes envahissantes
lité est justifiée dans les considérants : « du fait des (ex : Salvinia molesta, raison marron) et des popu-
difficultés, des coûts et du caractère incertain des lations sauvages d’animaux domestiques.
actions de lutte contre les invasions biologiques, il
y a lieu de prévenir le plus en amont possible tout Plantes
risque d’introduction dans les milieux de certaines
espèces animales présentant des risques très pro- Ces dernières années, Mayotte a développé des
noncés pour le patrimoine naturel mahorais, la sé- activités de restauration forestière dans les zones
curité des personnes et la salubrité publique ». écologiquement riches. On peut distinguer deux ty-
pes de travaux : le contrôle de plantes envahissantes
Introduction dans le milieu naturel et la restauration des mauvaises terres « padzas ».
LV
Non domestique et non indigène de Mayotte (art.2.b).
96 art.3.
LVI
Partie 2 - Mayotte
utilisation (plantules endommagées par le bétail). Des lacunes importantes grèvent le dispositif de
Le raisin marron reste encore cantonné à la région contrôle des chats et chiens errants sur toute l’île
de Coconi où il pourrait être contrôlé facilement[87]. ainsi que celui des populations de chèvres et de zé-
bus menaçant les reliques de forêts originelles.
En 2002, 10 hectares de Lantana camara ont été
éradiqués à Pointe Saziley en zone de forêt sèche
de haute valeur patrimoniale. Cependant, la re-
3.3 Recherche et études
plantation en espèces indigènes, préconisée dans La recherche se limite à des travaux scientifiques
le schéma de gestion, ne s’est pas faite car ces espè- universitaires sur l’envahissement végétal :
ces sont difficilement maîtrisées en pépinière. Des • dynamique écologique du Lantana camara L. en
actions similaires ont été entreprises dans d’autres Milieu sec. Domaine de Saziley[154];
sites de l’île. Depuis 2002, environ 100 ha ont été • dynamiqueetécologied’uneplanteenvahissantesur
traités pour un coût estimé à 240 000 euros. Mais l’île de Mayotte : Litsea glutinosa (Lour.) C.B Rob.[155];
ces travaux coûteux et aux résultats incertains, se • diagnostic sur les espèces spontanées à Mayotte.
caractérisent par l’absence de suivi post opératoire Perception et utilisation de ces espèces par les
et d’évaluation des techniques. paysans[151].
En 2002, 15 ha de forêt en réserve forestière ont
été délianés (Saba comorensis, Merremia peltata) à 3.4 Sensibilisation
Sohoa, Bouyouni et Mavingoni. Etant donné l’ampleur
de l’envahissement à Mayotte, le délianement n’est La prise de conscience des problèmes d’enva-
envisageable que sur des petites surfaces ciblées. hissement, notamment par le Service des eaux et
forêts, date du début des années 1990. Depuis lors,
Fin 2007, un programme de lutte mécanique a les travaux sur la connaissance des principales EEE
permis l’élimination de Salvinia molesta de la réser- se sont multipliés. En 1997, Pascal publiait une liste
ve d’eau de Combani. Le résultat de cette opération des plantes introduites de Mayotte, réalisait une
au coût très élevé (recrutement de 15 personnes analyse de la végétation de l’île et notamment de
pendant 6 mois) et avec une forte probabilité de son degré d’envahissement, et proposait des pistes
réapparition du phénomène aura néanmoins illus- pour limiter l’envahissement[147].
tré l’impact sanitaire potentiel des EEE.
Quelques actions de sensibilisation et de com-
Animaux munication sont menées sous la forme de publica-
tions ou d’articles de presse. Mais la médiatisation
La DAF a mené en 1993 un programme de lutte du problème est faible et sa connaissance au sein
contre le bulbul Orphée (Pycnonotus jocosus) qui a de la population semble limitée. La perception « na-
abouti à son éradication. Cet oiseau, reconnu enva- turaliste » du problème et des enjeux des EEE existe
hissant dans plusieurs régions du monde, a été intro- mais l’impact sur la biodiversité est peu perçu[87].
duit à Mayotte depuis La Réunion entre 1985 et 1986.
3.5 Cadre stratégique et coordination
Un programme d’éradication du rat noir sur les
îlots d’Hajangoua a été commandité par la DAF Cadre stratégique
en 2004. Les îlots d’Hajangoua (îlot Pouhou, îlot
Kolo Issa, îlot Pengoua), d’une superficie totale de Le plan d’action pour la biodiversite 2005-2010LVII
6,8 ha, hébergeaient des fortes densités de rats prévoit une série de mesures pour prévenir et limi-
noirs (195 rats/hectare pour Pouhou) ce qui consti- ter les invasions biologiques. Elles se déclinent en
tuait une menace sérieuse pour l’avifaune marine plusieurs opérations :
nicheuse[150]. Ce programme a permis d’une part • mener une réflexion de fond sur les espèces en-
l’éradication du rat noir de ces îlots, d’autre part vahissantes ;
de tester une méthode pouvant être reproductible • évaluer et rénover la réglementation relative aux
sur des îlots de taille similaire, et enfin de former du importations ;
personnel mahorais aux techniques d’éradication. • réorganiser la consultation des services de l’Etat
Dans le cadre de la gestion des réserves naturelles lors de l’instruction de certificats d’importation et
(future réserve naturelle du lagon, et réserve natu- lors de contrôles ;
relle de Mbouzi), d’autres îlots pourraient faire l’ob- • surveiller et réguler certaines populations d’EEE
jet de programmes d’éradication similaires. dans les milieux naturels remarquables.
[Link]
LVII 97
Partie 2 - Mayotte
Depuis 2005, des progrès ont été réalisés dans tif est de développer la coopération scientifique et
le renforcement de la réglementation des impor- technique dans la zone océan Indien en matière
tations (voir plus haut). Cependant, l’absence de de protection phytosanitaire des végétaux. Mal-
concertation pour les actions prévues par le plan gré sa position géographique entre le continent
freine la mise en place d’un dispositif réglemen- africain et Madagascar, Mayotte n’est pas membre
taire fort et adapté à la spécificité de la collectivité. de la Communauté de développement de l’Afrique
australeLVIII. Cette organisation régionale regroupe
La prévention des invasions biologiques dans le actuellement 14 Etats membres dont les îles de
milieu marin n’est pas abordée par le plan. Le port Maurice et de Madagascar. Elle a élaboré plusieurs
de commerce de Longoni a vu sa capacité augmen- protocoles régionaux définissant des obligations
ter exponentiellement sans la mise en place préa- communes de prévention, communication et ges-
lable de mesures préventives (ex. régulation des tion des EEE.
eaux de ballast). Mayotte est donc écartée des mécanismes exis-
tants de coopération régionale (Commission de
Coordination l’Océan Indien, Communauté de développement
de l’Afrique australe), en dépit d’intérêts en com-
Un groupe de travail transversal sur les EEE a mun avec les pays voisins de la région en matière
été créé à l’initiative de la DAF/SEF mais s’est rapi- de prévention et de gestion des EEE.
dement essoufflé à cause du manque d’intérêt de
plusieurs parties. La DAF/SEF prévoit de relancer la
concertation lors de l’évaluation de la mise en œu-
3.7 Acteurs impliqués dans la gestion
vre du plan d’action pour la biodiversité, prévue en des espèces exotiques envahissantes
2008 à la demande du MEEDDAT, en poursuivant
notamment la réorganisation de la consultation Recherche et étude : DAF/SEF, CIRAD, MNHN,
des services de l’Etat. Conservatoire Botanique National de Mascarin.
Contrôle, restauration : DAF/SEF, CELRL, CBNM,
Collectivité départementale de Mayotte.
3.6 Coopération régionale Information, sensibilisation, éducation ; DAF/
SEF, Collectivité départementale de Mayotte,
Mayotte n’est pas membre de la Commission de associations (ex : les Naturalistes de Mayotte).
l’Océan Indien et participe donc pas au Programme Réglementation et contrôle aux frontières : DAF/
Régional de Protection des Végétaux, dont l’objec- SPV, DAF/DSV, DAF/SEF, Douanes.
98 [Link]
LVIII
Partie 2 - La Réunion
Statut fr
ançais :
Départem
ent et rég
Statut eu ion d’outre
-mer
La Réunion
ropéen :
Région ult
ra périphé
rique
CBNM (2005-en cours). Cahier des habitats de la Réunion. 43 fiches rédigées non publiées, Conservatoire Botanique National de Mascarin.
LIX 99
Partie 2 - La Réunion
biologique biologique
Acacia dealbata Link Fabaceae Arbre Kalanchoe pinnata (Lam.) Pers. Crassulaceae Succulente
Acacia farnesiana (L.) Willd. Fabaceae Arbre Lantana camara L. * Verbenaceae Arbuste
Acacia mearnsii De Wild. * Fabaceae Arbre Leucaena leucocephala (Lam.) de Wit * Fabaceae Arbuste
Agave vera-cruz Mill. Agavaceae Succulente Ligustrum ovalifolium Hassk. Oleaceae Arbuste
Ageratina riparia (Regel) R.M. King & Asteraceae Herbacée Ligustrum robustum* subsp. walkeri Oleaceae Arbuste
H. Rob. (Decne.) [Link]
Albizia lebbeck (L.) Benth. Fabaceae Arbre Litsea glutinosa (Lour.) C. Rob. Lauraceae Arbre
Anthoxanthum odoratum L. Poaceae Herbacée Litsea monopetala (Roxb.) Pers. Lauraceae Arbre
Antigonon leptopus Hook. et Arn. Polygonaceae Liane Lonicera japonica Thunb. Caprifoliaceae Liane
Ardisia crenata Sims Myrsinaceae Arbuste Lophospermum erubescens D. Don Plantaginaceae Liane
Bambusa multiplex (Lour.) Raeusch. ex Poaceae Herbacée Melinis minutiflora Beauv. (1) Poaceae Herbacée
Schult. & Schult. f. Merremia tuberosa (L.) Rendle Convolvulaceae Liane
Bambusa vulgaris Schrad. ex Wendl. Poaceae Herbacée Michelia champaca L. Magnoliaceae Arbre
Begonia cucullata (Lodd.) Golding Begoniaceae Herbacée Microlaena stipoides (Labill.) R. Br. Poaceae Herbacée
Begonia diadema Linden ex Rodigas Begoniaceae Herbacée Oxalis corniculata L. Oxalidaceae Herbacée
Begonia rex Putz. Begoniaceae Herbacée Panicum maximum Jacq. Poaceae Herbacée
Begonia ulmifolia Willd. Begoniaceae Herbacée Paspalum paniculatum L. Poaceae Herbacée
Boehmeria penduliflora Wedd. ex D.G. Urticaceae Arbuste Passiflora suberosa L. Passifloraceae Liane
Long
Breynia retusa (Dennst.) Alston Phyllanthaceae Fougère Pinus pinaster Aiton * Pinaceae Arbre
Bridelia micrantha (Hochst.) Baill. Phyllanthaceae Arbre Pistia stratiotes L. Araceae Plante aquatique
Caesalpinia decapetala (Roth) Alston Fabaceae Arbuste Plantago lanceolata L. Plantaginaceae Herbacée
Carex ovalis Gooden. Cyperaceae Herbacée Pogonatherum paniceum (Lam.) Hack. Poaceae Herbacée
Casuarina equisetifolia L. Casuarinaceae Arbre Polygonum capitatum Buch.-Ham Polygonaceae Herbacée
Cinnamomum burmannii (Nees & [Link]) Lauraceae Arbre Polygonum chinense L. Polygonaceae Herbacée
Blume Prosopis juliflora (Sw.) DC. Fabaceae Herbacée
Cinnamomum camphora (L.) J. Presl Lauraceae Arbre Prunella vulgaris L. Lamiaceae Herbacée
Clidemia hirta (L.) [Link] * Melastomataceae Arbuste Psidium cattleianum Sabine * Myrtaceae Arbuste
Cocculus orbiculatus (L.) DC. Menispermaceae Arbuste Pteridium aquilinum (L.) Kuhn Dennstaedtiaceae Fougère
Colocasia esculenta (L.) Schott Araceae Herbacée Ravenala madagascariensis Sonn. Strelitziaceae Arbre
Cortaderia selloana (Schult. et Schult. f.) Poaceae Herbacée Rhus longipes Engl. Anacardiaceae Arbuste
Asch. et Graebn. Rorippa nasturtium-aquaticum (L.) Hayek Brassicaceae Herbacée
Cuphea ignea A. DC. Lythraceae Herbacée
Rubus alceifolius Poir. Rosaceae Arbuste
Cyathea cooperi (Hook. ex F. Muell.) Cyatheaceae Fougère
Rubus rosifolius Sm. Rosaceae Arbuste
Domin
Dichrostachys cinerea (Linnaeus) [Link] Fabaceae Arbuste Rumex abyssinicus Jacq. Polygonaceae Herbacée
& Arnott Rumex acetosella L. Polygonaceae Herbacée
Duchesnea indica (Andrews) Focke Rosaceae Herbacée Rumex obtusifolius L. Polygonaceae Herbacée
Eichhornia crassipes (Mart.) Solms * Pontederiaceae Plante Salvia coccinea Buc'hoz ex Etl. Lamiaceae Herbacée
aquatique Salvinia molesta D.S. mitch. Salviniaceae Plante
Erigeron karvinskianus DC. Asteraceae Herbacée
aquatique
Eriobotrya japonica (Thunb.) Lindl Rosaceae Arbre Schinus terebinthifolius Raddi * Anacardiaceae Arbre
Flacourtia indica (Burm. F.) P. Wilson Salicaceae Arbre Solanum mauritianum Scop. Solanaceae Arbuste
Fraxinus floribunda Wall. Oleaceae Arbre Solanum seaforthianum Andrews Solanaceae Arbuste
Fuchsia boliviana Carrière Onagraceae Arbuste Strobilanthes hamiltonianus (Steud.) Acanthaceae Herbacée
Fuchsia magellanica Lam. Onagraceae Arbuste Bosser et Heine
Fuchsia x exoniensis Paxton Onagraceae Arbuste Syzygium jambos (L.) Alston Myrtaceae Arbre
Furcraea foetida (L.) Haw. Agavaceae Succulente Tecoma stans (L.) Juss. ex Kunth Bignoniaceae Arbre
Grevillea banksii [Link]. Proteaceae Arbre Tetragonia tetragonoides (Pall.) Kuntze Aizoaceae Herbacée
Hedychium coccineum Buch.-Ham. ex Sm. Zingiberaceae Herbacée Tibouchina urvilleana (DC.) Cogn. Melastomataceae Arbuste
Hedychium flavescens Carey ex Roscoe Zingiberaceae Herbacée Trema orientalis (L.) Blume Cannabaceae Arbre
Hedychium gardnerianum Sheppard ex Zingiberaceae Herbacée Tridax procumbens L. Asteraceae Herbacée
Ker Gawl. * Triphasia trifolia (Burm. f.) P. Wilson Rutaceae Herbacée
Hiptage benghalensis (L.) Kurz * Malpighiaceae Liane Typha domingensis Pers (cryptogène ?) Typhaceae Plante aquatique
Holcus lanatus L. Poaceae Herbacée Ulex europaeus L. * Fabaceae Arbuste
Hydrangea macrophylla (Thunb.) Ser. Hydrangeaceae Herbacée Verbascum thapsus L. Scrophulariaceae Herbacée
Hylocereus undatus (Haw.) Britton & Rose Cactaceae Succulente Vitex trifolia L. (cryptogène ?) Lamiaceae Arbuste
Hypochaeris radicata L. Asteraceae Herbacée Zantedeschia aethiopica (L.) Spreng Araceae Herbacée
Impatiens walleriana Hook. f. Balsaminaceae Herbacée
(1
Melinis minutiflora est considérée comme une espèce cryptogène.
Kalanchoe laxiflora Baker Crassulaceae Succulente
100
Partie 2 - La Réunion
2 .1.2 Envahissement et impacts paeus) est sans doute l’espèce la plus menaçante.
Pyrophyte, elle forme des fourrés très denses sur de
Les invasions par des plantes introduites concer- grandes surfaces après incendies[162, 163].
nent l’ensemble des écosystèmes réunionnais sur
tout le gradient altitudinal[95, 157]. En périphérie des Sur les coulées de lave, des espèces exotiques
milieux indigènes, tous les habitats perturbés par ont totalement perturbé les successions végétales.
les activités humaines sont dominés par des plan- Le bois de chapelet (Boehmeria penduliflora) et le
tes introduites, essentiellement des arbustes et des filao (Casuarina equisetifolia), qui enrichit le sol en
herbacées[156] et depuis quelques années par les es- azote, dominent la végétation pionnière sur les
pèces lianescentes. coulées de lave récentes[164].
Les forêts humides de basse altitude, qui sont par- Les étendues d’eau douce littorales sont
mi les écosystèmes les plus menacés de disparition périodiquement presque totalement envahies par
au monde, ne subsistent qu’à l’état de reliquat. Très la laitue d’eau (Pistia stratiotes) et la jacinthe d’eau
fragmentés, ces milieux sont colonisés par de nom- (Eichhornia crassipes).
breuses espèces héliophiles comme le raisin mar-
ron (Rubus alceifolius) qui s’installe rapidement dans L’impact et les mécanismes de compétition en
les trouées[158-160]. D’autres espèces plus adaptées à jeu ont été documentés dans quelques cas. Les
des faibles luminosités comme le goyavier-fraise principales plantes exotiques envahissantes peu-
(Psidium cattleianum) et le jamerosade (Syzygium vent former des fourrés denses monospécifiques
jambos)[94] ou plus récemment le tabac bœuf (Cli- capables d’exclure les espèces indigènes. On peut
demia hirta)[161] se développent dans les sous-bois. citer par exemple : Clidemia hirta, Dichrostachys ci-
nerea, Fuchsia spp., Ligustrum robustum subsp. wal-
Les derniers vestiges de la forêt semi-sèche sont keri, Psidium cattleianum, Hiptage benghalensis et
menacés d’envahissement par plusieurs plantes Rubus alceifolius. Cette dernière espèce est consi-
envahissantes : le choca vert (Furcraea foetida), le dérée localement comme la pire des plantes exo-
galabert (Lantana camara), le faux poivrier (Schinus tiques envahissantes. Le raisin marron en recou-
terebinthifolius) et l’avocat marron (Litsea glutinosa). vrant les arbres, les rendrait plus vulnérables aux
L’invasion par la liane papillon (Hiptage benghalen- cyclones et augmenterait la fréquence des trouées
sis) est la plus problématique à cause de sa rapidité. offrant ainsi des conditions propices à l’installation
Elle forme des fourrés impénétrables qui étouffent de nouvelles espèces exotiques[94].
et se substituent à la végétation indigène[162].
Acacia mearnsii, Ageratina riparia, Clidemia hirta,
Les forêts de montagne, mieux conservées que Lantana camara sont parmi les espèces les plus im-
les milieux précédents, connaissent néanmoins une pressionnantes en termes de dispersion. L’Acacia
invasion importante. Certaines espèces comme mearnsii a été introduit comme plante à tannin en
les fuchsias (Fuchsia magellanica et Fuchsia × exo- 1878, et notamment utilisé dans le cycle de culture
niensis) ont déjà remplacé des espèces indigènes. du géranium-rosat (Pelargonium capitatum × Pelar-
Le troène de Ceylan (Ligustrum robustum subsp. gonium radens cv. ‘Rosé’) pour l’enrichissement des
walkeri) et le longose à fleurs jaunes (Hedychium sols et le bois de chauffe pour la distillation. La sur-
gardnerianum) ont envahi les sous-bois et le raisin face totale des tâches d’Acacia mearnsii sur l’île est
marron s’installe dans les ouvertures. L’ hortensia estimée entre 5300 et 5800 ha. Comme la plupart
(Hydrangea macrophylla), planté comme plante or- des légumineuses envahissantes, cet acacia est
nementale aux bords des routes forestières, forme capable de modifier les successions végétales en
des fourrés denses dans les zones de sous-bois en- augmentant les teneurs en azote du sol. Il pourrait
vironnantes[162, 163]. venir remplacer progressivement l’Acacia hetero-
phylla, endémique de l’île et économiquement im-
Au dessus de 2000 m, la végétation éricoïde (éta- portant. En altitude, Acacia mearnsii réduirait l’ac-
ge altimontain) n’est pas épargnée. Le pâturage di- cès à l’eau pour les autres espèces végétales. Des
vagant et le piétinement de la végétation facilitent processus allélopathiques sont supposés [52, 165, 166].
l’installation d’espèces exotiques originaires des ré-
gions tempérées comme les herbacées Anthoxan- Le troène de Ceylan (Ligustrum robustum subsp.
thum odoratum, Rumex acetosela et Holcus lanatus. Walkeri) forme des couverts denses monospécifi-
Des espèces fourragères ont été introduites pour ques qui réduisent la quantité de lumière arrivant
développer l’élevage. L’ajonc d’Europe (Ulex euro- au sol et empêchent toute régénération de plantes
101
Partie 2 - La Réunion
indigènes et endémiques en sous-bois. Des proces- rat surmulot, la souris grise et la musaraigne mus-
sus allélopathiques sont également suspectés[16]. quée ont débarqué respectivement en 1680, 1735,
1660 et 1730. Le hérisson d’Europe, l’écureuil de
Des espèces exotiques entrent en compétition Corée, et le furet ont été introduits récemment en
avec des espèces indigènes congénériques occu- captivité puis relâchés ou échappés dans la nature.
pant des niches écologiques similaires (ex : Boeh-
meria spp., Syzygium spp.). Au moins 22 espèces exotiques d’oiseaux contri-
buent au peuplement avien de l’île. Les introduc-
Des graminées comme Melinis minutiflora ou tions d’espèces gibiers (caille de Chine, caille rouge,
la fougère aigle (Pteridium aquilinum) sont très in- caille des blés, francolin, perdrix de Madagascar,
flammables. Elles augmentent l’intensité et la fré- etc.) ont commencé dès le début du 18ème siècle
quence des feux et forment des paysages monos- et se sont poursuivies pendant le 19ème et le 20ème
pécifiques après incendies. siècle. Des lâchers de faisan de Colchide ont encore
lieu actuellement. Originaire d’Inde, le martin triste
L’impact économique peut être apprécié par a été introduit à La Réunion dans les années 1760
le coût de la lutte menée depuis une vingtaine pour lutter contre des invasions d’insectes notam-
d’années sur le domaine forestier géré par l’ONF. ment des sauterelles. Plus récemment, plusieurs
Le coût moyen pour restaurer un hectare de forêt espèces (astrild ondulée, bulbul Orphée, foudi de
humide de basse altitude est de 46 000 euros et de Madagascar, rossignol du Japon, etc.) ont été in-
24 000 euros pour la restauration d’un hectare de troduites en captivité et relâchées ou échappées
forêt semi-sèche[167]. Un programme de rechercheLX dans la nature. Le bulbul Orphée a été introduit en
a permis d’estimer sur un site atelier de la côte 1972 et l’introduction du rossignol du Japon date
Ouest que l’éradication d’un hectare de longose de 1980. Plusieurs espèces d’oiseaux introduits
(Hedychium gardnerianum) coûte 24 000 euros pour présenteraient des diminutions très importantes
172 j/homme[86, 168]. L’impact des plantes envahis- de leurs effectifs (bengali rouge, serin du Cap, serin
santes sur l’agriculture n’est pas documenté. du Mozambique)[29].
2.2 Vertébrés Onze espèces exotiques de poissons sont inven-
toriées. La carpe et la truite ont été introduites res-
2.2.1 Bilan des introductions pectivement en 1880 et 1940. La truite a été intro-
duite depuis Madagascar et il s’agissait à l’époque
Soixante quatre espèces exotiques de vertébrés de valoriser les cours d’eau considérés alors comme
ont constitué des populations naturalisées ou en pauvres[30]. Ces deux espèces continuent d’être in-
semi-liberté (Tableau 21). Pour tous les groupes troduites pour les activités de pêche. Le guppy a
biologiques, sauf pour les poissons, le nombre d’es- été introduit en 1908 comme agent de lutte biolo-
pèces exotiques est supérieur au nombre d’espèces gique contre les larves de moustique pour limiter la
indigènes . prolifération de ces derniers, vecteurs du paludis-
me ou de la dengue. Plus récemment, des poissons
Au moins 15 espèces exotiques de mammifères d’aquarium ont été relâchés comme le porte-épée
sont recensées. A partir du milieu du 16ème siècle, (Xiphophorus sp.), le gourami bleu (Trichogaster tri-
l’île devenant une réserve de nourriture sur la route copterus) ou le faux néon (Tanichthys albonubes).
des Indes, les premières introductions ont été celles
d’animaux domestiques, principalement le bœuf, Quatorze espèces exotiques de reptiles sont na-
la chèvre et le cochon[169]. La chèvre a été introduite turalisées. La trachémyde à tempes rouges et plu-
dès 1530. L’installation de colonies permanentes à sieurs espèces de phelsuma ont été introduites via
partir du 17ème siècle va accélérer les introductions le commerce des animaux puis ont été relâchées
d’espèces. Les premières espèces introduites sont ou se sont échappées dans la nature. La couleuvre
des animaux domestiques de compagnie et des es- loup est présente sur l’île depuis au moins 130 ans,
pèces gibiers comme le cerf de Java introduit vers sans doute importée depuis l’île Maurice[169].
1600, le lièvre indien introduit vers 1700 et le tenrec
(ou tangue) introduit à La Réunion et à Maurice au Les amphibiens ne sont représentés que par les
milieu du 19ème siècle afin de nourrir les travailleurs 2 espèces exotiques. Aucun amphibien indigène
des plantations[170, 171]. Les introductions de ces es- n’existe à La Réunion.
pèces se sont poursuivies jusqu’au 20ème siècle. Les
espèces commensales de l’homme, le rat noir, le
Programme Invabio (MEDAD). Invasions par les plantes exotiques dans une île océanique : impact écologique à La Réunion et valeur patrimoniale des écosystè-
LX
102 mes indigènes envahis.
Partie 2 - La Réunion
Amphibiens[27-29] Reptiles[27-29]
Bufo gutturalis Crapaud guttural ND Agama agama Agame des Colons ND
Ptychadena mascareniensis Grenouille ND Calotes versicolor Agame ND
Mammifères[27-29, 169] Chamaeleo pardalis Caméléon ND
Bos taurus Bœuf NDE Gehyra mutilata Gecko blanc ND
Capra hircus * Chèvre NDE Hemidactylus frenatus Gecko des maisons NDE
Cervus timorensis russa Cerf rusa, cerf de Java NDE Hemidactylus brookii Gecko gris des jardins ND
Erinaceus europaeus Hérisson ND Hemiphyllodactylus typus Petit gecko gris ND
Felis catus * Chat E Lycodon aulicus Couleuvre loup NDE
Lepus nigricollis Lièvre indien ND Phelsuma cepediana Lézard vert mauricien ND
Mus musculus * Souris grise NDE Phelsuma laticauda Phelsume doré ND
Mustela putorius 1 Furet ND Phelsuma lineata Gecko vert à ligne noire ND
Oryctolagus cuniculus * Lapin de Garenne NDE Phelsuma madagascariensis Gecko vert à points rouges ND
Rattus norvegicus Rat surmulot NDE Ramphotyphlops braminus Typhlops brame ND
Rattus rattus * Rat noir E Trachemys scripta elegans* 1 Trachémyde à tempes rouges NDE
Sciurus vulgaris Ecureuil d'Europe ND Poissons[30, 32, 173]
Suncus murinus Musaraigne musquée NDE Archocentrus nigrofasciatus Cichlide zebre ND
Tamias striatus 1 Ecureil de Corée ND Carrassius auratus Carassin doré ND
Tenrec ecaudatus Tenrec, tangue ND Cyprinus carpio* Carpe commune NDE
Oiseaux[29, 172] Oncorhynchus mykiss* Truite arc-en-ciel E
Acridotheres tristis * Martin triste E Oreochromis niloticus Tilapia du Nil NDE
Amandava amandava Bengali rouge ND Parachromis managuensis 1 Poisson tigre ND
Columba livia Pigeon biset ND Poecilia reticulata Guppy NDE
Coturnix chinensis Caille de Chine ND Tanichthys albonubes 1 Faux néon ND
Coturnix coturnix Caille des blés ND Trichogaster trichopterus Gourami bleu ND
Estrilda astrild Astrild ondulé, bec rose ND Xiphophorus hellerii Porte-épée ND
Foudia madagascariensis Foudi de Madagascar ND Xiphophorus maculatus Porte-épée ND
Francolinus pondicerianus Francolin gris ND 1
espèce présente dans le milieu mais dont la reproduction reste à confirmer
Gallus gallus Coq bankiva ND
Geopelia striata Géopélie zébrée, tourterelle ND
Leiothrix lutea Rossignol du japon NDE
Lonchura punctulata Capucin damier ND
Margaroperdix madagascariensis Perdrix de Madagascar ND
Passer domesticus Moineau domestique NDE
Perdicula asiatica Caille de l'Inde ND
Phasianus colchicus 1 Faisan de Colchide ND
Ploceus cucullatus Tisserin gendarme ND
Psittacula krameri Perruche à collier ND
Pycnonotus jocosus Bulbul Orphée E
Serinus canicolis Serin du Cap ND
Serinus mozambicus Serin du Mozambique ND
Turnix nigricollis Turnix de Madagascar ND
Vidua macroura Veuve dominicaine ND
103
Partie 2 - La Réunion
bable que le rat noir ait également un impact sur des détaillées. Cependant, l’examen de leur régime
la malacofaune endémique et sur les peuplements alimentaire au Piton des Neiges montre qu’ils exer-
végétaux. Il consomme par exemple des graines cent une forte prédation sur les colonies localisées
d’espèces végétales rares et menacées comme cel- et menacées de Procellariidae, tout particulière-
les du bois d’éponge (Gastonia cutispongia) ou du ment celles du pétrel de Barau (Pterodroma baraui),
latanier rouge (Latania lontaroides). classé en danger par l’UICN[177].
L’impact du rat surmulot n’est pas documenté Plusieurs espèces d’herbivores ont un impact
localement mais il est cependant reconnu comme négatif sur la régénération forestière. L’existence de
important sur les avifaunes, herpétofaunes, carci- populations sauvages de boeuf n’est pas démon-
nofaunes, entomofaunes et malacofaunes indigè- trée, mais le pâturage divagant et illégal constitue
nes des milieux insulaires tropicaux. Les rats sont un problème important dans les forêts de monta-
largement répandus dans toute l’île jusqu’au som- gne et les fourrés altimontains, en particulier pour
met du Piton des Neiges. Ils consomment une quan- les forêts de tamarins des hauts (Acacia hetero-
tité importante de fruits et de semences et peuvent phylla) où le bétail limite considérablement la ré-
limiter de manière significative la régénération de génération naturelle et transforme les strates her-
plantes aux populations déjà réduites. Des études bacées et arbustives en vastes pâtures[163]. Le bétail
récentes ont ainsi montré que les prélèvements est également impliqué dans la dissémination de
par les rats et les achatines étaient les principaux plantes exotiques envahissantes notamment des
facteurs de la régression actuelle du mazambron herbacées.
marron (Aloe macra)[127, 174].
Des populations de chèvres sauvages sont loca-
La musaraigne musquée se rencontre aujourd’hui lisées au moins sur certains massifs dans les cirques,
dans tous les habitats terrestres réunionnais. Espè- notamment autour de Mafate (trois Salazes, Taïbit,
ce commensale de l’homme, avec une capacité de Piton cabri). Aucune information n’est disponible
reproduction très importante (capacité d’ailleurs concernant l’impact de ces chèvres sur la biodiver-
commune à tous les petits mammifères) et un régi- sité indigène mais il ne fait aucun doute que du fait
me alimentaire opportuniste, la musaraigne mus- de son comportement grégaire et de son régime
quée a toutes les qualités pour être un envahisseur alimentaire varié, la chèvre représente une menace
efficace. Son impact sur les écosystèmes réunion- pour les milieux indigènes[33].
nais n’a pas été étudié. Cependant, sur l’île Maurice,
la musaraigne musquée est connue pour consom- La présence du cerf de Java pendant plus d’un
mer des invertébrés indigènes et introduits ainsi siècle sur le massif forestier de la Roche Ecrite
que pour endommager des jeunes plants en creu- aurait profondément modifié le paysage[178]. Selon
sant des galeries[175]. Par prédation ou compétition, des témoignages des années 1970, la strate herba-
elle serait impliquée dans la régression de plusieurs cée avait complètement disparu de la Roche Ecrite
espèces de lézards endémiques de Maurice et des dans les zones où le cerf s’était installé. Aujourd’hui,
îles satellites[176]. Depuis son introduction sur l’île de la population sauvage de cerf de Java a nettement
Rodrigues en 1997, elle a colonisé toute l’île et elle régressé suite à un braconnage intensif. La taille
serait fortement impliquée dans le déclin drastique actuelle de la population n’est pas connue précisé-
de plusieurs espèces d’invertébrés dont deux my- ment. Cependant, des élevages pourraient alimen-
riapodes indigènes[175]. ter les populations sauvages avec des individus
échappés. Des traces d’abroutissements sont rele-
La souris grise est connue pour engendrer des vées sur des espèces végétales endémiques com-
dégâts aux cultures et aux stocks agricoles. Son ré- me la fougère arborescente Cyathea glauca (fanjan
gime alimentaire réputé granivore peut comporter femelle)[179]. A une densité trop élevée, ce qui n’est
en milieu insulaire une part importante d’inverté- a priori plus le cas, le cerf de Java pourrait modi-
brés ce qui pourrait avoir un impact sur les peuple- fier la composition du sous-bois et avoir une action
ments d’invertébrés indigènes. Son impact n’est directe défavorable sur l’échenilleur de La Réunion
pas documenté localement. (Coracina newtoni) et sur d’autres oiseaux[172] (plan
de gestion de la réserve naturelle de la Roche Ecri-
Des populations sauvages de chats sont confir- te). Il serait nécessaire d’étudier à nouveau l’impact
mées, tout au moins sur certains massifs comme actuel des populations sauvages de cerf de Java
le Piton des Neiges et le Grand Bénard. L’impact sur la biodiversité indigène.
local des chats marrons a fait l’objet de peu d’étu-
104
Partie 2 - La Réunion
Oiseaux
Le gecko gris des jardins (Hemidactylus brookii)
Le martin triste est l’un des oiseaux les plus est un prédateur de geckos indigènes. Il pourrait
communs de l’île mais il ne semble fréquenter que être à l’origine de la disparition du gecko nocturne
les zones littorales et anthropisées. Son impact sur de Bourbon (Nactus borbonicus), un gecko endémi-
les espèces indigènes n’est pas spécifiquement do- que (Probst, [Link]. 2008).
cumenté à La Réunion mais il est suspecté d’entrer
en compétition avec des espèces locales pour les La couleuvre loup est plutôt commune et peut
ressources alimentaires et les sites de nidification se rencontrer de 0 à 1100 m d’altitude[186]. L’impact
et d’exercer une pression sur les couvées. Il contri- de cette espèce sur la faune reptilienne indigène
buerait à la dispersion de nombreuses espèces de n’est pas documenté. Cependant, son introduction
plantes exotiques envahissantes. dans l’archipel des Mascaraignes aurait eu un rôle
important dans la disparition du scinque de Bojer
Le bulbul Orphée est considéré comme un ra- (Gongylomorphus bojerii)[186]. L’espèce fait l’objet
vageur des cultures[180, 181 , 182, 183]. Agressif, il est sus- d’un programme d’éradication sur l’île aux Aigret-
pecté d’entrer en compétition avec des espèces tes[187]. A La Réunion, les espèces remarquables
d’oiseaux indigènes. Il contribue également à la consommées par la couleuvre loup sont le gecko
dispersion et à la germination des graines de nom- vert de Manapany (Phelsuma inexpectata), le scin-
breuses plantes exotiques envahissantes : Clidemia que de Bouton (Cryptoblepharus boutonii) et dans
hirta, Psidium cattleianum, Rubus alceifolius, Sola- une moindre mesure le gecko vert des forêts (Phel-
num mauritianum, Lantana camara, Ardisia crenata, suma borbonica)[186]. Ces quelques données laissent
Schinus terebinthifolius[183]. supposer que l’introduction de la couleuvre loup
peut constituer une menace pour l’herpétofaune
Le rossignol du Japon, d’introduction récente, indigène de l’île.
envahit actuellement la côte au vent de l’île[184]. Son
impact n’est pas documenté localement mais il se- La trachémyde à tempes rouges a, selon toute
rait impliqué dans la dissémination de plantes exo- vraisemblance, été relâchée dans le milieu naturel
tiques envahissantes[185]. A Hawaii, son régime ali- par des particuliers. L’impact de cette espèce sur la
mentaire est varié et inclut aussi bien des végétaux faune aquatique des eaux réunionnaises n’est pas
(fruits, bourgeons) que des animaux (mollusques documenté. D’un point de vue sanitaire, elle peut
et insectes diptères, hyménoptères, lépidoptères). être vecteur de la salmonellose humaine[121].
Il consomme notamment des quantités considéra-
bles de fruits de « framboisier » (Rubus rosifolius), Poissons
de « goyavier-fraise » (Psidium cattleianum) et de «
tabac bœuf » (Clidemia hirta), trois plantes envahis- La carpe commune ne se maintiendrait dans
santes majeures à Hawaii et à La Réunion dont il fa- les milieux naturels qu’à la faveur de lâchés pério-
vorise la dispersion. Toujours à Hawaii, l’espèce est diques[173]. Son impact sur les écosystèmes aquati-
un réservoir du parasite responsable de la malaria ques réunionnais n’est pas documenté.
des oiseaux (Plasmodium relictum)[70]. Ce parasite
transmis par un moustique vecteur (Culex quinque- L’impact de la truite arc-en-ciel sur les faunes
fasciatus), présent à La Réunion, a contribué à l’ex- aquatiques a fait l’objet de très peu d’études locales
tinction d’une dizaine d’espèces d’oiseaux endémi- détaillées. Une étude récente a démontré l’impact
ques d’Hawaii. négatif de la truite arc-en-ciel sur les populations
larvaires d’une espèce endémique de zygoptère
Reptiles (Coenagriocnemis reuniensis)[188]. Dans d’autres
pays d’introduction, la truite arc-en-ciel est suspec-
Le gecko des maisons (Hemidactylus frenatus) tée d’avoir des impacts négatifs sur les espèces de
est anthropophile et se rencontre essentiellement poissons, d’amphibiens et d’invertébrés indigènes
dans les habitats humains ou dans les cultures. Son par prédation ou par compétition pour les ressour-
impact sur la faune reptilienne de La Réunion n’est ces alimentaires.
pas documenté mais son introduction dans des
îlots satellites de l’île Maurice a causé, par compé- L’impact du guppy sur les écosystèmes aquati-
tition pour les habitats, un déclin important des ques réunionnais n’est pas documenté. Toutefois, il
populations de certaines espèces de geckos endé- est suspecté d’avoir un impact sur les populations
miques de ces îlots[152]. de Micronecta praetermissa, hétéroptère aquati-
105
Partie 2 - La Réunion
que, récemment découvert[188]. Ailleurs dans le morata, Anguilla bicolor et Anguilla mossambica)
monde, le guppy est suspecté de prédation sur les sont infestées par le nématode parasite Anguillicola
œufs d’autres poissons et d’être responsable de la crassus responsable de l’anguillicolose[191].
régression d’espèces indigènes[122].
Sur les 38 espèces exotiques de mollusques gas-