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Le document analyse l'évolution des villes nouvelles en Égypte, initiées il y a plus de vingt ans, et leur impact sur l'urbanisation du Grand Caire. Malgré des ambitions de délocalisation et de décongestionnement, ces projets souffrent de lenteur et d'un manque d'adéquation avec les besoins réels de la population. La crise du logement persiste, exacerbée par des politiques économiques et des pratiques de construction inadaptées, entraînant des solutions informelles pour les exclus du marché immobilier.

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Le document analyse l'évolution des villes nouvelles en Égypte, initiées il y a plus de vingt ans, et leur impact sur l'urbanisation du Grand Caire. Malgré des ambitions de délocalisation et de décongestionnement, ces projets souffrent de lenteur et d'un manque d'adéquation avec les besoins réels de la population. La crise du logement persiste, exacerbée par des politiques économiques et des pratiques de construction inadaptées, entraînant des solutions informelles pour les exclus du marché immobilier.

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Égypte/Monde arabe

23 | 1995
Géographies de l’Égypte 2

L'aventure des villes nouvelles


Vingt ans après, bilan et débats

Sabine Jossifort

Édition électronique
URL : https://journals.openedition.org/ema/973
DOI : 10.4000/ema.973
ISSN : 2090-7273

Éditeur
CEDEJ - Centre d’études et de documentation économiques juridiques et sociales

Édition imprimée
Date de publication : 30 septembre 1995
Pagination : 169-194
ISSN : 1110-5097

Référence électronique
Sabine Jossifort, « L'aventure des villes nouvelles », Égypte/Monde arabe [En ligne], 23 | 1995, mis en
ligne le 08 juillet 2008, consulté le 07 juillet 2022. URL : http://journals.openedition.org/ema/973 ;
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L'aventure des villes nouvelles 1

L'aventure des villes nouvelles


Vingt ans après, bilan et débats

Sabine Jossifort

1 Le programme des villes nouvelles de l'agglomération du Grand Caire a maintenant


plus de vingt ans. Alors que les plus importantes commencent à peine à conquérir leur
place au sein de la nouvelle configuration urbaine de la région du Caire, on dresse des
bilans et on s'interroge sur le bien-fondé de cette politique, entamée pendant le mandat
du président Sadate.
2 Longtemps évoquées dans les discours des dirigeants pour valoriser les projets
d'aménagement, les villes nouvelles sont devenues un thème régulièrement abordé par
la presse égyptienne. Le tremblement de terre d'octobre 1992, qui a nécessité le
relogement précipité, dans certaines villes nouvelles en cours de construction, de
milliers de familles sinistrées, a relancé le débat. En outre, face à de puissants
investisseurs en quête de terrains constructibles, et face à la demande de logements
d'une population à bas et moyens revenus inexorablement chassée d'un centre en cours
de recomposition, l'État ne semble guère avoir d'autre alternative que de poursuivre un
projet dont il lui serait difficile de justifier l'abandon.
3 Cependant, malgré la mise en place d'une politique de délocalisation industrielle vers
les villes nouvelles, ces cités se développent avec lenteur. La société civile, par la voix
de ses experts, s'interroge sur leur nature et leur fonction : plans d'urbanisme faisant fi
des réalités et caractéristiques locales, excès d'une certaine forme de planification à la
française qui aboutit à des ghettos...
Le programme des villes nouvelles dans la stratégie de réorganisation du Grand Caire
4 En Égypte, la création de cités dans le désert a connu des précédents. Parmi les plus
notables, on peut citer Héliopolis, au nord-est de la capitale, aménagée par le baron
Empain dans les années vingt, et sa voisine, Madinat Nasr, dans les années soixante, à
destination de la classe moyenne montante.
5 Élaboré en 1970, le premier schéma directeur annonce la création de villes nouvelles
localisées en divers points du territoire national, dont six dans les environs désertiques
du Caire. Ces dernières sont destinées à décongestionner une métropole surdensifiée et
en voie de saturation : « La ville nouvelle, de par sa taille limitée, doit avoir une plus

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L'aventure des villes nouvelles 2

grande efficacité économique que la métropole, dont elle ignore les


1
dysfonctionnements, les déséconomies et les dégradations du cadre de vie. » Conçu
2
pour recevoir à terme 200.000 à 500.000 habitants pour les villes nouvelles et les villes
satellites, et 150.000 à 250.000 habitants pour les new-settlements, le programme
s'annonce ambitieux dès le départ. Les trois générations de villes nouvelles augurent
d'une vision à long terme de la répartition et des mouvements futurs de la population
et des activités économiques.
6 La ville de Dix-de-Ramadan fut la première à être mise en chantier (dès 1977), suivie
par Sadat-City, Six-Octobre, Quinze-Mai, al-'Ubûr et al-Badr. Les trois premières sont
des villes nouvelles qui deviendront à terme des cités autonomes du point de vue de
l'emploi, des services et du logement ; les trois autres ne sont que des satellites qui
dépendront directement de l'activité économique du Caire. Des dix villes nouvelles de
la dernière génération ou new-settlements, programmées dans le cadre du dernier
schéma directeur — approuvé en 1983, il n'est qu'une réactualisation du premier —,
sept seulement sont à ce jour en construction. Si les deux premières générations de
villes nouvelles ont, nous semble-t-il, réellement fait l'objet d'une planification et d'une
réflexion sur le long terme, les new-settlements souffrent, quant à eux, d'un sérieux
manque de définition.
7 Au souci premier de coloniser le désert, tant pour des raisons stratégiques et militaires
que par une volonté de rééquilibrage national des lieux de production et des
établissements humains, s'ajoute une préoccupation importante : tenter de
contrebalancer l'attraction que persistent à exercer Alexandrie et Le Caire, qui à elles
seules accueillent près du quart de la population égyptienne au détriment des autres
régions.
3
8 Comme le souligne Milad Hanna , « le revenu moyen urbain, même faible, est beaucoup
plus important que n'importe quel "haut" revenu rural. » Les provinciaux (dont 80%
d'urbains) sont des centaines de milliers à avoir ainsi rejoint une des deux grandes cités
durant ces quarante dernières années, même s'il semble, d'après le dernier
recensement de 1986, que le phénomène se soit tassé.
La question du logement
9 Le programme des villes nouvelles égyptiennes incarnait la volonté d'Anouar al-Sadate
d'aller de l'avant après les guerres israélo-arabes et de se lancer dans la mise en valeur
des déserts. C'était aussi la réponse du' gouvernement au problème de saturation de la
capitale égyptienne et sa volonté de maîtrise de la croissance urbaine.
10 La question du logement se pose avant tout en termes de crise. Comme le rappelle
4
Manuel Castells , une telle situation n'est pas la conséquence inéluctable des processus
d'urbanisation, mais correspond à un rapport inadéquat entre l'offre et la demande,
lui-même déterminé par les conditions sociales de production du bien objet du marché,
ici le logement. Ces conditions de production se caractérisent en Égypte par
l'importance du secteur public. Il tend cependant à se désengager de l'immobilier au
profit d'un secteur privé encouragé à y investir.
11 Mais le maintien d'une loi obsolète, en gelant les loyers au niveau de ce qu'ils étaient en
1956, a conduit les propriétaires à se désintéresser de leur patrimoine immobilier, à
imposer des « pas de portes » exorbitants aux candidats à la location et surtout, a
convaincu le secteur privé de n'intervenir que sur la demande solvable. Par ailleurs, le
monopole du secteur public sur les matériaux de construction et leur distribution,

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L'aventure des villes nouvelles 3

auquel s'ajoute le déficit en main-d'œuvre qualifiée (émigrée vers les pays du Golfe),
ont contribué à la hausse du coût de la construction et encouragé la spéculation dans ce
secteur.
12 Si l'on construit au Caire, de toute évidence, cette offre ne correspond pas à la demande
réelle. D'après les estimations réalisées à ce sujet, on considère que 75 % des unités
d'habitation réalisées chaque année par le secteur public et par le secteur privé officiel
devraient être destinées au logement social. Or 13 % de ces unités appartiennent à la
catégorie « de luxe », 27 % à la catégorie « moyenne » et 60 % seulement à la catégorie
« économique ». Dans ces conditions, le secteur privé dit « informel », dont relèvent
plus de 80 % du total des unités construites chaque année, répond tant bien que mal à la
5
demande de logements dits économiques . Caractérisé par une grande capacité
d'adaptation, ce secteur a cependant subi, lui aussi, la hausse des prix du foncier et de
la construction et a dû majorer ses propres prix, de sorte qu'une fraction de la
population naguère cliente de ses services n'est plus à même de faire appel à lui.
13 Pour ces exclus du logement, les alternatives ne manquent pas mais sont toutes
illégales : habitat précaire, logements aménagés sous les escaliers d'immeuble ou sur les
toits en terrasse, surdensification des logements, en particulier dans de vieux quartiers
déjà très peuplés, ou encore accaparement (principe de droit coutumier de la
mainmise) de terres désertiques appartenant à l'État dans la couronne cairote.
14 Le programme des villes nouvelles représente donc, dans une certaine mesure, une
réponse du gouvernement aux dysfonctionnements de ce marché du logement
auxquels la politique d'ouverture économique [infitâh) inaugurée par Anouar al-Sadate
a largement contribué. L'État, ne parvenant pas à juguler une pénurie chronique de
logements dans l'agglomération existante, a donc été conduit à redéfinir les modalités
de son intervention dans ce secteur. De fait, les nouvelles communautés urbaines
devaient pourvoir en logements bon marché les couches de la population urbaine qui
ne pouvaient se loger au Caire et à Alexandrie et, par la même occasion, réduire le
nombre des constructions illégales, surtout sur les terres agricoles.
15 La création, dès les années soixante-dix, de grosses compagnies de construction
chargées d'exécuter le programme étatique d'urbanisation dans le désert a déterminé
ces modes mêmes de développement. Devenus très puissants grâce, notamment, à des
liens privilégiés avec le pouvoir, ces entrepreneurs ont fixé selon leur logique propre
les modalités de construction dans les villes nouvelles, répondant à la volonté des
autorités d'engager des chantiers d'envergure en des temps réduits. Créées pour
construire vite et en série, ces entreprises ont participé à l'uniformisation du paysage
urbain dans le désert.
16 On notera en outre l'absence d'investissement de l'État dans les régions rurales et son
refus de réévaluer les prix des produits agricoles, ce qui a entretenu pendant longtemps
un exode rural massif. Toutefois, selon les études effectuées à partir du recensement de
1986, l'accroissement de la capitale est désormais dû à la croissance naturelle de la
population et aux courants migratoires interurbains. Si la réforme agraire engagée dès
la révolution des officiers libres a probablement contribué à appauvrir les grands
propriétaires terriens, la petite paysannerie, dans l'ensemble, reste très pauvre.
Les développements actuels de la réorganisation de l'espace
17 Depuis le lancement du programme des villes nouvelles, la répartition géographique
des fonctions urbaines de la métropole cairote s'est modifiée de manière substantielle.

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L'évolution en cours en matière de réorganisation urbaine manifeste plusieurs


tendances sensibles au sein de la politique gouvernementale. Nous ferons globalement
l'hypothèse que cette réorganisation vise à transformer la structure spatiale de
l'agglomération cairote. En contribuant à redistribuer les activités et les groupes
sociaux dans l'espace, l'État tend à rompre avec des formes spatiales liées à des modes
de production et d'organisation sociale antérieurs. L'évolution en cours des
mouvements migratoires à l'intérieur de l'agglomération du Grand Caire semble
préfigurer une nouvelle géographie résidentielle et une nouvelle répartition de la
fonction de production. Répartition et ségrégation qui obéiraient aux lois de la
rentabilité de la production industrielle et tertiaire d'un secteur privé en pleine
expansion.
18 La planification de la redistribution des investissements sur tout le territoire, qui avait
été annoncée par Nasser, n'a pas encore réalisé ses objectifs. Selon certaines études,
6
« l'indice de pauvreté est maximal en Haute-Égypte (Fayoum, Sohag et Assiout) » .
Empêché d'appliquer sur son territoire agricole les réformes qu'il souhaiterait mener,
cela pour des raisons politiques complexes, le pouvoir a, de fait, réorienté son
expansion territoriale vers des zones vierges de toute présence humaine antérieure. Le
désert, notamment celui qui sépare de grands centres urbains (Le Caire/Alexandrie, Le
Caire/Ismaïlia, Suez, etc.) a donc été investi. Ces zones désertiques appartenant à l'État,
celui-ci se libérait des problèmes que lui causaient les statuts juridiques des terrains
urbains à réaménager, l'impératif de la protection absolue mais irréalisable des terres
agricoles et la croissance exponentielle du prix du mètre carré au Caire. Il se libérait
des blocages institutionnels mais aussi humains et historiques qui affectaient toute
tentative de redéploiement et de développement à l'échelle du territoire
historiquement donné. Obsédé par un exode rural qui, pourtant, est bien moindre que
ce qu'il était entre 1937 et 1960, l'État s'est lancé éperdument dans la conquête de
nouveaux espaces où il pourrait loger ses paysans sans terres, futurs sous-prolétaires
urbains potentiellement «à la pointe de la contestation ».
19 Si les déserts ont été investis, d'autres régions du territoire ont pris à leur tour un
intérêt soudain aux yeux du pouvoir. Il s'agit d'espaces situés aux marges du territoire,
non exploités et peu habités, généralement ouverts sur la mer : la côte qui s'étend de
Marsah-Matrûh à Alexandrie, les côtes du Sinaï, le littoral de 'Ayn-Sukhna à Hurghada
ainsi que les villes du canal, dont les revenus sont plus élevés que la moyenne
nationale.
L'agglomération du Grand Caire
20 Alors que la ville du Caire subit nombre de crises, structurelles pour la plupart, son
dynamisme reste grand et elle « résiste » mieux qu'on aurait pu s'y attendre. Car elle
fonctionne malgré ses densités et sa croissance incontrôlée, malgré la persistance de la
pauvreté qui n'épargne plus les couches moyennes (fragilisées par la libéralisation
économique ou par les effets de la politique d'ajustement structurel). La ville évolue au
gré des vicissitudes que lui occasionne le frottement permanent entre deux catégories
d'espaces : d'un côté, l'espace planifié qui, à partir de normes, aboutit à une proposition
7
de plan et, de l'autre, un espace « expérientiel » qui part des conditions matérielles
8
d'existence de ses habitants et constitue ce qu'Agnès Deboulet appelle des « quartiers
d'émanation populaire ».
21 L'attitude des pouvoirs publics à l'égard de ces derniers s'est longtemps traduite par
une fermeté et un refus ponctuels, tempérés par une reconnaissance officieuse de

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l'existence de certains quartiers au gré de l'état des rapports de force entre les
9
habitants et les autorités. « La réglementation en vigueur », dit Férial Drosso , « loin de
convoquer à l'obéissance, se condamne à la démission. Elle contient les pratiques des
citoyens sur les quartiers informels sans en prendre l'initiative. » Si la vaste opération
de réhabilitation/rénovation des zones centrales dégradées et des quartiers informels
périphériques bénéficie en soi d'une certaine estime auprès des professionnels
10
interrogés , on devrait néanmoins examiner, sérieusement les effets que cette
réorganisation ne manquera pas de produire sur la structure urbaine cairote.
La question des villes nouvelles dans la presse égyptienne
22 La place, le rôle et l'image des villes nouvelles sont au centre du discours de l'État. A
travers ce programme, c'est toute la symbolique de la modernité qui est ici en jeu. Si
11
l'on considère, avec S. Ostrowetsky , que le symbolique possède sur la dimension
sociale des capacités inductives d'unification et d'organisation, l'on comprendra mieux
l'usage idéologique dont ces villes font l'objet dans le contexte égyptien. Planifiées pour
régler à terme les problèmes, de saturation de la capitale, elles sont devenues
l'étendard favori des pouvoirs publics, celui que l'on brandit dès qu'il s'agit de rendre
des comptes sur la gestion de l'État et de sa capitale. Arguant de son effort particulier
en direction des villes nouvelles, ce dernier peut d'autant mieux se plaindre
ouvertement du manque d'urbanité des citoyens qui s'obstinent à construire sur les
terres agricoles ou qui refusent de quitter des quartiers dits insalubres, sur lesquels ce
même État a des visées rénovatrices.
Ville nouvelle et « modernité » dans la presse
23 « Le fait d'avoir choisi de mettre en valeur un domaine désertique immense ne pouvait
12
être le fait que d'hommes d'affaires hardis. » Si le projet du baron Empain à Héliopolis
peut inspirer de telles réflexions, que dire du programme des villes nouvelles ? La
presse pro-gouvemementale donne le ton : il s'agit d'une entreprise qualifiée de « lutte
contre l'emprise du désert », de sa colonisation pour l'élargissement des espaces de vie
jusque-là resserrés le long du Nil, complémentaire du projet de bonification des terres
désertiques. Cette lutte figurait déjà dans le programme nassérien sous l'intitulé
13
guerrier de « conquête du désert » .
24 Le programme des villes nouvelles dans le désert est bel et bien présenté, dans la
presse, comme un outil « moderne » employé par de nombreux pays pour résoudre des
problèmes comme l'extrême saturation de centres existants et le redéploiement de
populations et des activités sur un territoire déséquilibré. On cite fréquemment
l'exemple américain en ce qui concerne l'aménagement du territoire et la
redistribution des communautés et activités productives, malgré toutes les différences
pouvant opposer l'histoire des deux pays.
25 En fait, le principe de la ville nouvelle a été adopté le plus souvent par des États forts et
autoritaires — URSS, pays de l'Est, Algérie (les mille villages socialistes), etc. — qui se
lançaient dans des programmes ambitieux visant à transformer le paysage humain et
productif national. Il s'agissait de redessiner la carte démographique du pays et,
partant de là, de redistribuer les investissements à l'échelle du territoire tout entier.
26 Le thème de la modernité du projet est récurrent. De fait, la planification est, avec le
progrès, communément considérée comme la pierre angulaire de la modernité. La ville
nouvelle participe de la grandeur nationale, qui passe par l'élaboration d'un
programme post-révolutionnaire dont la conquête du désert est une option clef. Pour

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L'aventure des villes nouvelles 6

donner d'emblée la mesure de son ambition, l'État se dote, dès 1975, d'un ministère des
Nouvelles Communautés urbaines qu'il confie à Hasab Allah al-Kafrawi. Jusqu'en
octobre 1993, date de sa sortie du gouvernement, ce dernier détenait aussi le ministère
de l'Habitat.
27 « Image d’un État central fort, la ville nouvelle semble ici l'objet signifiant par
excellence : prise de position sur des sites vierges, prise de position idéologique
affirmée ; c'est sa dimension politique qui est déterminante : ces programmes
ambitieux sur des sites nouveaux symbolisent les dimensions et les formes nouvelles de
14
l'intervention de l'Étal. » Dans le cas égyptien, cette image sert à conforter l'idée,
pourtant quelque peu altérée, d'un État-Providence investi dans une entreprise quasi
pharaonique d'aménagement et de construction qui représenterait aussi un
mouvement de générosité sociale. En défendant ce programme de villes nouvelles en
tant qu'accès à la « modernité », synonyme ici de conditions de vie décentes et dont il
serait le garant, l'État peut se permettre d'être critique sur les comportements des
citoyens qui ne cessent d'enfreindre les lois dans les centres urbains anciens. Cette
façade lui permet par ailleurs de se justifier a posteriori sur les dysfonctionnements
croissants de ces centres, qu'il ne contrôle guère et surtout, sur la question plus
qu'épineuse du logement.
28 Stabilité sociale et prospérité économique, efforts de l'État, tels sont les mots d'ordre
relatifs à rétablissement des villes nouvelles, satellites et new-settlements dans
15
l'agglomération du Grand Caire. Les journaux pro-gouvernementaux font de plus en
plus référence à ces programmes urbains, en des termes différents suivant que l'article
les concernant se trouve à la une ou à l'intérieur du journal. Ainsi, en première page,
les citoyens sont-ils régulièrement informés des projets, réalisations, inaugurations,
nouvelles affectations de budget à tel ou tel poste concernant les villes nouvelles. Alors
que sur le terrain, les réalisations sont très lentes, la lecture de ces manchettes donne
l'impression qu'elles avancent à une cadence soutenue.
Le secteur industriel
29 Outre l'annonce ponctuelle de la réalisation de différents équipements ou de
programmes de logements, l'accent est mis le plus souvent sur les zones industrielles
des villes nouvelles, que le président de la République visite régulièrement. C'est
notamment à ces occasions qu'est souligné le rôle du secteur industriel privé dans la
réussite du développement des zones d'activité. Par ailleurs, on regrette son manque de
bonne volonté en faveur de l'investissement dans d'autres secteurs moins
rémunérateurs comme le logement dans les villes nouvelles ou même le transport.
30 Le gouvernement considère comme prioritaire le développement des zones
industrielles des villes nouvelles. Depuis le début de l'ouverture économique, le secteur
privé a bénéficié d'encouragements répétés de la part des autorités égyptiennes alors
même que celles-ci, jalouses de leurs prérogatives, maintiennent fermement quoique
difficilement la haute main sur toutes les questions relatives à l'aménagement et à la
réalisation des programmes des villes nouvelles et de leurs zones industrielles. Les
remerciements chaleureux qu'adressent aux autorités les clubs d'entrepreneurs et
16
d'investisseurs à chaque visite présidentielle dans l'une de ces villes montre bien que
l'activité de l'Étal, sur le terrain des zones industrielles situées dans des villes
nouvelles, est jugée satisfaisante par un secteur privé en pleine expansion. Le succès de
cette collaboration est largement repris dans la presse. En revanche, il est rarement fait
allusion à la faible incidence, sur la matrice économique, de ces unités de production

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L'aventure des villes nouvelles 7

qui sont généralement peu créatrices de valeur ajoutée. Il en va ainsi des multiples
entreprises d'assemblage et agro-alimentaires très largement représentées dans les
villes nouvelles.
Espace « sauvage » et espace « civilisé »
31 Cependant, le discours que l'État tient sur les villes nouvelles fait pendant à celui qu'il
tient, plus que jamais, sur ce qu'il appelle les « zones sauvages », c'est-à-dire les
17
quartiers « informels » ou « spontanés » . A l'articulation de ces deux réalités qui
s'opposent et se complètent dans un discours résolument manichéen, le programme
des villes nouvelles trouve une justification idéale qui permet à l'État de tenir des
positions dures, du moins dans son discours, sur une réalité urbaine — « les quartiers
spontanés » — qui lui a toujours échappé et qu'il a toujours ignorée, jusqu'à ce que ces
derniers se retrouvent sous les feux de l'actualité. Alors que l'État tentait tant bien que
mal d'oublier l'existence de ces excroissances urbaines que sont les multiples quartiers
18
non planifiés , ces derniers se sont rappelés à lui par la voix de la contestation
19
islamiste . L'image qu'en donne la presse renvoie à l'hypothèse selon laquelle il
existerait un système spécifique de relations sociales (la « culture urbaine ») dans un
cadre écologique donné (le quartier ou la ville). L'idéologie urbaine contemporaine
reste très imprégnée des thèses dites « culturalistes » selon lesquelles l'urbain serait
20
style de vie et expression de civilisation. Que déduire, nous dit M. Castells , des
formulations les plus répandues à propos des questions urbaines : les grands ensembles
« aliènent », le centre « épanouit », les espaces verts « détendent », la grande ville est le
« règne de l'anonymat », le quartier rend « solidaire », les taudis « produisent la
criminalité », les villes nouvelles « suscitent la paix sociale »... Le cadre environnant
serait-il facteur déterminant des rapports sociaux ? Cette théorie, qui s'appuie sur
l'idée d'une société sans classes (ou naturellement regroupée en classes), montre à
notre sens une incompréhension des transformations culturelles que l'on ne saisit ou
ne contrôle pas et biaise, par voie de conséquence, toute analyse des structures
urbaines qui ne s'accompagne pas d'une analyse des structures sociales. Dans la
pratique, ce défaut d'analyse s'est notamment traduit, au Caire, par l'envoi de blindés
pour quadriller et maîtriser Imbâba, quartier constitué pour les deux tiers de
21
logements informels et où existe, par ailleurs, une forte implantation islamiste .
32 A l'image de « saleté » — donc de criminalité — que lui renvoient ces quartiers, l'État
répond par l'image délavée de la ville nouvelle qui, par la pureté de son air et
l'alignement de ses rues, deviendrait un havre de tranquillité et de paix sociale.
Perception critique de l’image des villes nouvelles et des new-settlements
33 En l'absence de consensus politique — il n'y a jamais eu de réels débats publics sur la
question des villes nouvelles —, les critiques portent principalement sur l'importation
en Égypte de ce modèle d'urbanisation, plus que sur le modèle lui-même. Ainsi les
professionnels continuent-ils de s'interroger sur le bien-fondé d'une telle opération sur
un site aussi hostile que le désert, tandis que les habitants se répandent à longueur de
colonnes sur l'insuffisance des équipements.
Les villes nouvelles vues par les professionnels de l'urbain
34 Lancé par les seuls pouvoirs publics, le programme des villes nouvelles a surtout
rencontré, chez les architectes, urbanistes et chercheurs égyptiens, une hostilité à
peine voilée ou un feu nourri de critiques. Les plus courantes concernent les moyens
requis pour la mise en œuvre de ce type de projets, ainsi que l'identification de leur

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L'aventure des villes nouvelles 8

nature. Les objectifs recherchés par l'établissement de ces programmes sont également
l'objet de vifs débats. Les arguments présentés, quelles que soient les écoles auxquelles
ils se rattachent, aboutissent à des conclusions pouvant paraître stériles. Car se
contenter de dénoncer ces projets conduit à encourager la construction sur les terres
arables de la vallée du Nil. Or, il est communément admis que la protection de celles-ci
est prioritaire. Si les villes nouvelles dans le désert ne représentent pas une alternative
adéquate aux problèmes de congestion urbaine des centres anciens et de pénurie de
logements, où donc construire ?
35 Le coût du programme est jugé exorbitant eu égard aux revenus du pays : « Les villes
22
nouvelles seraient la façon la plus onéreuse de financer le développement urbain. »
Cette dilapidation des fonds publics serait mise sur le compte de la mégalomanie
supposée de dirigeants préférant, à la transformation des quartiers anciens, la
23
construction de nouvelles communautés urbaines. Car comme le constate M. Volait ,
« la ville, au cours des années cinquante, fut, en Égypte comme ailleurs, pensée dans
une logique d'expansion et non pas de recomposition ; la rénovation des tissus
existants ou la reconversion des centres anciens fut une problématique bien plus
tardive, datant en Europe des années soixante-dix, mais peu prise en compte en Égypte
par le milieu professionnel. »
36 Le caractère exogène du modèle des villes nouvelles soulève maintes interrogations.
Contrairement aux réalisations de l'architecte égyptien Hassan Fathy, qui s'était
appuyé sur des méthodes et surtout des matériaux traditionnels (projet déjà vivement
critiqué à l'époque), les villes nouvelles de la périphérie du Caire reposent sur un
modèle importé. Produit urbanistique, outil des politiques d'aménagement du territoire
employé avec plus ou moins de bonheur par de nombreux pays, l'établissement d'une
ville nouvelle nécessite un engagement total, tant financier qu'humain, une
convergence des intérêts et des efforts de la part des institutions chargées des dossiers
de développement urbain. Or, estiment les professionnels, les pouvoirs publics auraient
donné la mesure de leur incompétence, notamment dans la gestion défaillante des
quartiers populaires de la capitale, bâtis illégalement ou non.
37 La nature du rapport que ces nouvelles agglomérations entretiendront avec la capitale
ne fait pas davantage l'unanimité. Nombreux sont ceux qui considèrent — faisant écho
aux critiques formulées en France sur le programme des villes nouvelles de la région
parisienne — qu'implantées trop près de la capitale, ces nouvelles cités risquent de
renforcer le processus d'attraction exercé par la mégapole au détriment des campagnes
24
et des villes de province. Ainsi, selon Milad Hanna , « au lieu d'accueillir les
populations chassées des quartiers informels ceinturant le Caire, ces nouvelles colonies
vont devenir un centre d'attraction pour les nouveaux émigrants, qu'ils soient
originaires des villages voisins ou de la campagne reculée ». D'autres, en revanche,
dénoncent le choix de sites trop éloignés qui, en consacrant la coupure du « cordon
25
ombilical » avec la « ville-mère » , condamnerait irrémédiablement les villes nouvelles
à une mort certaine.
38 Ainsi, la question non résolue de la distance souhaitable à la capitale reste très
débattue. Elle le fut de la même manière dans tous les pays engagés dans de tels
programmes. Il n'existe pas de réponse universelle à cette question, nous disent-ils,
chaque territoire a ses spécificités et ses manières d'organiser l'espace.

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L'aventure des villes nouvelles 9

39 Autre problème fréquemment soulevé par les professionnels : le ciblage des


populations susceptibles d'être réinstallées dans une ville nouvelle ou, plus récemment,
dans un new-settlement. Ils soulignent le peu d'attention accordé à cette question
importante par les pouvoirs publics. Définir précisément les usagers potentiels aurait
pourtant permis de construire des lieux de vie plus proches de leurs réalités sociales.
Avant de construire et de vendre, n'est-il pas opportun de savoir qui va acheter, au lieu
d'apprendre qui sont les occupants... au moment de leur installation ?
40 Les critiques de fond sont, elles, sans appel, et largement favorables à des opérations de
restructuration et de reconquête des agglomérations existantes, en lieu et place du
programme « villes nouvelles » dans un désert hostile par nature. Dès le début, on
reproche au gouvernement de s'investir dans ce programme alors que l’état de
l'agglomération s'aggrave. Les quartiers existants se paupérisent, le bâti et la voirie
sont insuffisamment entretenus et les réseaux d'alimentation vieillissent
prématurément. Des hectares de terres agricoles sont vendus à des lotisseurs grâce aux
failles de l'administration égyptienne : une terre agricole devient soudain impropre à la
culture et constructible. De fait, l'absence de définition d'une politique de planification
urbaine et de rééquilibrage à l'échelle du pays, de même que l'absence d'un réel projet
de décentralisation administrative, rendent factice le programme des villes nouvelles.
Cette focalisation des décideurs sur l'espace métropolitain « extra-muros » occulte
l'existence de villes petites et moyennes dont l’économie végète par manque
d'investissements, et de quartiers centraux, ou de proche périphérie, sous-équipés ou
dégradés.
41 Si les deux premières générations de villes nouvelles et satellites n'ont toujours pas
trouvé de réelles justifications aux yeux des élites de la profession, les derniers nés de
la gamme, les new-settlement, sont unanimement décriés. La question qui revient
constamment est la suivante : pourquoi l'État s'est-il engagé dans cette voie sans savoir
à quelle population s'adressait ce type d'habitat, alors que les villes nouvelles auraient
mérité à elles seules la convergence de tous les efforts ? On peut poser la question de
manière plus radicale : pourquoi se lancer dans un tel projet alors que les villes
nouvelles étaient déjà, au moment du schéma directeur de 1983, un demi-échec, qui
s'est ensuite confirmé ? Demi-échec qui procéderait d'une évaluation erronée des
besoins : dans les années soixante-dix, il s'agissait avant tout de créer des zones
industrielles hors de la vallée, sans que cela s'accompagne obligatoirement du transfert
des autres fonctions urbaines, résidentielle ou autre. Cette thèse dénonce a posteriori
l'analyse officielle, considérée comme irréaliste, des tendances qui ont prévalu lors de
l'établissement du schéma directeur de 1983. L'infléchissement de la croissance de la
seule ville du Caire, déjà sensible entre 1966 et 1976, fut considéré par les experts
comme provisoire et principalement dû à l'émigration de la main-d'œuvre égyptienne
vers l'étranger. Cette tendance devait par la suite s'inverser, selon ces mêmes experts,
et la croissance retrouver son rythme élevé. Ce ne fut pas le cas, et au lieu d'atteindre
les 3 % prévus, la croissance a continué à s'infléchir : elle était à 1.62 % pour la ville du
Caire pendant la période intercensitaire 1976-1986. Les chiffres ridiculement bas de
population résidant dans les villes nouvelles seraient la preuve irréfutable de l'échec
d'une telle prospective démographique. De plus, le caractère artificiel des villes
nouvelles serait attesté par un prétendu refus des ouvriers de s'installer à proximité de
26
leur lieu de travail alors qu'ils se trouvent très bien là où ils vivent : au milieu des
leurs, dans un univers spatial et social traditionnel. Partant de là, on peut imaginer

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L'aventure des villes nouvelles 10

qu'un tel comportement freine toute évolution des modes d'occupation de l'espace
même si, nous rappellent certains des professionnels interrogés, le blocage des loyers à
27
un niveau dérisoire explique le maintien dans un logement situé en ville, que ce soit le
Caire, Bilbeis ou Zagazig (deux villes du Delta proches de la ville du Dix-de-Ramadan).
Les villes nouvelles vues par la population
42 Les enquêtes réalisées auprès des habitants des villes nouvelles sont légion, tant dans la
presse pro-gouvemementale que dans celle de l'opposition.
28
43 Le rôle de la presse, nous dit Nadia Khouri-Dagher , est fondamental en Égypte « dans
la mesure où la presse contrôlée par l'État est le principal vecteur de sa communication
avec les citoyens ». Si l'auteur applique cette analyse au cas de l'alimentation et au rôle
de l'État « nourricier », certaines de ses conclusions peuvent, nous semble-t-il,
s'étendre à la question du logement. Ainsi, dit-elle, « les abondantes dénonciations
d'abus » paraissant dans la presse, à travers des reportages sur le terrain et des
interviews de consommateurs, vont permettre au pouvoir d'affirmer haut et fort son
rôle de protecteur de ces derniers contre les « agents du marché noir ». Dans les
articles sur les villes nouvelles, il s'agira de plaintes sur le caractère inachevé, voire
inhabitable de ces villes, sur l'absence d'équipements et d'infrastructures, sur l'opacité
des systèmes de décision et de gestion. Toutes les aberrations sont soigneusement
répertoriées, et elles sont infinies. Cependant, les réponses à ces objections suivent
toujours, sinon dans le même article, du moins lors d'une parution ultérieure. Les
causes de ces aberrations sont connues, et généralement attribuées à la négligence des
entreprises de construction, aux abus des spéculateurs, à la mauvaise volonté des
résidants (qui refuseraient d'informer les autorités de certains dysfonctionnements) et,
occasionnellement, à l'incompétence des planificateurs, bureaucrates et technocrates,
mais jamais à celles des politiques. Il est intéressant de noter que lorsque les
gestionnaires de l'État sont mis en cause, on évoque, pour leur défense, leur
inexpérience en matière de projets urbains dans le désert...
44 La presse devient ici un moyen d'expression qui ne parvient, au mieux, qu'à exprimer
des besoins et des mécontentements. A supposer même que cela soit un de ses objectifs,
elle arrive rarement à structurer la critique et, a fortiori, à faire d'une opinion publique
une « force de proposition ». Le rapport entre le gouvernement—qui affirme pouvoir
satisfaire les besoins de base, dont le logement — et les citoyens révèle ici la
dépendance de ces derniers et une forme de paternalisme : les habitants sont mis dans
une position infantile de sollicitation. Lors du tremblement de terre d'octobre 1992 ou
des inondations de Haute-Égypte en novembre 1994, les autorités manifestent haut et
fort leur intention de prendre en charge le relogement des sinistrés comme si cette
responsabilité leur incombait naturellement, déclaration qui leur permet par ailleurs
de se défendre contre les reproches formulés sur la lenteur d'exécution et les
inévitables dysfonctionnements de l'opération. Cependant, si la responsabilité et
surtout la diligence des services de l'État sont régulièrement la cible de critiques
amères, il est une autre institution qui, elle, est félicitée pour sa rapidité de réaction et
son organisation : l'armée. Ainsi serait-il réconfortant d'apprendre que si les
fonctionnaires civils ne savent pas affronter une situation d'extrême pénurie de
logements, les cadres militaires, eux, savent monter des tentes et distribuer
couvertures et vivres...
Blocages et ambiguïtés des programmes : les enjeux de demain

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L'aventure des villes nouvelles 11

45 A l'analyse descriptive des grandes tendances de l'urbanisme officiel dont sont issus les
programmes de villes nouvelles, a ainsi succédé l'analyse des discours des
professionnels égyptiens de l'urbain et des nouveaux usagers. Si la critique telle qu'elle
est formulée ne permet guère une lecture globale des enjeux réels sur lesquels reposent
ces programmes, l'étude des modalités opératoires des projets engagés par l'État
égyptien permet d'en saisir partiellement les dimensions. Elle met en relief les
difficultés d'ordre structurel auxquelles sont confrontés les pouvoirs publics, qui se
traduisent par de multiples dysfonctionnements à divers niveaux. Le programme est
encore trop jeune pour établir des conclusions définitives, mais les logiques en cours
autorisent à formuler certains constats au regard des objectifs visés et de la situation
telle qu'elle se présente en 1995.
Quel type d'agglomération se profile à l'horizon ?
46 Le modèle de ville nouvelle tel qu'il est suggéré par les planificateurs est, nous l'avons
vu, contestable à plus d'un titre. Ce modèle participe très probablement d'un
phénomène de clivage entre l'urbanisme et l'architecture : on risque de voir se
multiplier des espaces qui ne sont plus que le support d'une société productiviste, un
urbanisme qui consacre le fonctionnalisme et le zonage. On peut penser qu'un tel
urbanisme préfigure une nouvelle occupation de l'espace cairote, plus conforme à
l'évolution d'une économie en pleine transition libérale. La reconquête des centres et
de la première couronne (constituée de quartiers informels) et son corollaire,
l'évacuation d'une partie — voire, à terme, de la majorité — de la population vers ces
nouvelles colonies, confirment cette hypothèse. L'on assisterait ainsi à l'ébauche d'une
nouvelle stratégie de la classe dominante visant à contrôler les communautés sociales
en les dispersant dans un espace planifié en fonction des impératifs d’une nouvelle
donne économique.
Quel devenir pour les villes nouvelles ?
47 L'espace où l'on érige les villes nouvelles se caractérise par le vide, l'absence de vie. On
n'y retrouve pas cette atmosphère particulière, ensemble de mouvements, de bruits et
d'odeurs, caractéristique des villes en général et notamment des cités égyptiennes.
« Vide » est le terme auquel on a recours pour qualifier la ville nouvelle, tous
observateurs confondus. « Villes fantômes», « Villes habitées par des fantômes », sont
les titres récurrents des articles traitant du sujet. De fait, ces nouvelles agglomérations
sont très faiblement peuplées au regard des prévisions des planificateurs (voir schéma
page suivante}. Aucune des villes n'a atteint à ce jour le niveau démographique
escompté. Les greffes urbaines dans le désert n'ont pas encore « pris ». Seule la ville du
29
Quinze-Mai aurait dépassé le seuil des 100.000 habitants , mais c'est précisément la
seule qui soit à proximité immédiate du vieux centre urbain d'HeIwan.

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L'aventure des villes nouvelles 12

Figure 1- Schéma d’organisation générale du développement de l’agglomération du Caire vers les


déserts orientaux et occidentaux

48 En revanche, les zones industrielles des deux villes du Six-Octobre et du Dix de-
Ramadan se sont remplies à un rythme soutenu depuis l'ouverture de ces secteurs aux
industriels locaux ou étrangers. Des enquêtes ponctuelles montrent que l'on vient
travailler dans ces deux villes sans y résider. L'inadéquation entre l'offre et la demande
de logements constitue une donnée imprévue à laquelle sont confrontés les
responsables, l'offre de travail ne s'étant pas accompagnée d'une offre — ou d'une
demande — de logement sur place alors que les logements existent. La gestion
centralisée et administrative de ces projets a, semble-t-il, engendré des blocages
institutionnels qui oblitèrent toute tentative d'adéquation entre ces deux termes- A
cela s'ajoutent des pratiques clientélistes favorisant la spéculation sur le logement dans
ces villes.
Les transports
49 C'est probablement dans ce domaine que réside la plus grande faille de ce programme.
Si de nets progrès sont perceptibles en matière de voiries primaires et de grands axes
de circulation (comme l'autoroute du désert, qui va du Caire à Alexandrie en desservant
la ville du Six-Octobre et Sadat-City, ou celles qui mènent à Ismaïliya et Suez en
desservant toute une pléiade de villes nouvelles de la région), leur jonction avec les
infrastructures routières interurbaines de l'agglomération cairote elle-même est
encore imparfaite et le trafic est systématiquement ralenti dès l'entrée dans
l'agglomération. Cependant, la rocade (ring-road), lorsqu'elle sera achevée, permettra
de soulager les principales voies d'accès au Caire par les multiples échangeurs
disséminés sur son pourtour.
50 La question des transports en commun constitue un dilemme sérieux pour les autorités,
qui ont décidé de ne pas souscrire pour l'instant au projet de desserte des principales
villes nouvelles (Six-Octobre, Dix-de-Ramadan, al-'Ubûr, al-Badr) par un réseau express
régional : le coût des travaux, la rentabilité du projet, la peur de voir s'urbaniser et se
peupler les espaces longeant les lignes de métro au détriment des villes nouvelles elles-

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L'aventure des villes nouvelles 13

mêmes seraient les motifs de ce choix. De plus, en équipant en réseaux ferrés express
les couronnes de l'agglomération, on risque de voir se renforcer l'attraction de la
capitale au détriment des nouvelles communautés. La rationalité économique dicte en
effet une grande prudence à l'égard d'un tel engagement. Car si l'on divise le coût de
l'opération avec le nombre d'utilisateurs actuels, il est évident que les rares employés
et habitants des villes nouvelles paraîtront privilégiés par rapport à ceux qui vivent
dans des régions sous-équipées.
51 La création de lignes de métro vers les villes nouvelles encouragerait sans doute les
Cairotes, dans un premier temps, à travailler dans les zones industrielles de ces villes,
et les jeunes couples travaillant au Caire et en quête de logement à s'y installer. Par la
suite si la politique de construction et de vente de logements s'harmonise avec celle de
l'embauche dans les entreprises et institutions des villes nouvelles, le volume des
migrations pendulaires pourrait se réduire ; s'amorcerait ainsi une véritable
autonomisation — voire un rayonnement — de ces nouvelles communautés, tant du
point de vue du logement que des services et de l'emploi. L'attitude des autorités sur
cette question est pour le moins contradictoire : tout en affirmant que ces nouvelles
communautés doivent être autonomes par rapport à la capitale, elles s'emploient à les
isoler du reste des communautés urbaines. Et c'est bien cet isolement que redoutent les
habitants éventuels : hormis dans la ville du Six-Octobre, où la construction privée de
logements de haut standing est assez dynamique et où la production publique de
logements pour moyens et hauts revenus commence à trouver sa clientèle, la plupart
des habitants des villes nouvelles sont d'origine modeste et n'ont pas les moyens
d'acheter une voiture.
52 Est-il possible de peupler des villes nouvelles dans le désert en faisant quasiment
l'impasse sur la question des transports, surtout celle des transports en commun,
rapides et bon marché ?
Réfléchir sur les acquis
53 Un suivi plus rigoureux du devenir des villes nouvelles existantes serait souhaitable.
Favoriser l'implantation humaine, accueillir, dans les meilleures conditions, de
nouveaux « colons » du désert, représente un défi que ministres, planificateurs et
administratifs ne peuvent ni ne doivent relever seuls. Au lieu de s'interroger sans fin
sur le bien-fondé du peuplement du désert, le temps est venu d'aménager, d'équiper, de
rendre vivables, voire attractives, ces cités en devenir. Puisqu'elles existent et qu'elles
se peuplent, même lentement, les décideurs et les élites de la société civile ne
devraient-ils pas prêter attention sur ce qu'il est convenu d'appeler, dans le jargon des
urbanistes. l'« habitabilité» de ces nouveaux lieux ? La capacité d'adaptation des
Égyptiens à leur environnement, qui résulte moins d'un choix que d'une nécessité, a
déjà transformé la physionomie de certains quartiers du Dix-de-Ramadan ou, plus
récemment, du quartier qui a accueilli les sinistrés du tremblement de terre. Un
assouplissement des normes de construction, d'aménagement et des modèles de
gestion des nouvelles unités urbaines pourrait permettre une appropriation sociale du
lieu.
Persistance des problèmes de fond
54 La création de new-settlements résulterait de la prise de conscience par les urbanistes, de
30
l'échec des villes nouvelles, échec qui tiendrait à une raison fondamentale : un
processus d'urbanisation établi sur un modèle européen et ignorant les dynamiques
d'auto-urbanisation des terres agricoles. Le ton est ainsi donné : il s'agira, dans le cas

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L'aventure des villes nouvelles 14

des new-settlements, de « coller » aux pratiques sociales, culturelles et économiques du


pays. L'objectif est d'attirer quelque deux millions d'habitants en moins de 15 ans.
Outre le fait que les modalités et les outils méthodologiques de cette entreprise n'ont
pas fait l'objet d'une étude suffisamment claire pour être exploitée concrètement par
les autorités égyptiennes en charge du dossier, on peut se demander pourquoi ne pas
avoir, dès 1983, reformulé les conditions d'établissement des villes nouvelles déjà en
chantier à la lumière de ce constat. Ainsi, alors qu'il était flagrant que les villes
nouvelles ne seraient pas à même, du moins dans l'immédiat, d'accueillir une portion —
fût-elle infime — du surplus démographique de la capitale, l'État s'engagea dans un
autre programme censé permettre à la petite promotion foncière et immobilière de
s'épanouir dans un cadre légal.
55 Or, on ne planifie pas l'informel. Une telle fuite en avant ne peut résulter que d'un
sentiment d'urgence justifié par un prétendu échec. La nécessité de parer au plus
pressé empêche une planification globale et soigneusement concertée. En prétendant
planifier l'habitat informel sur les new-settlements, option qui n'a jamais fait l'unanimité
chez les politiques, et en l'absence d'études de faisabilité, on a peut-être,
31
involontairement, participé à l'inévitable « sarcellisation » des new-settlements. Car si
les politiques n'ont jamais consenti à l'implantation de lotissements pour les plus
32
démunis ; par méfiance et du fait de leur répugnance à voir leurs gouvernorats
respectifs se couvrir de quartiers non planifiés, ils n'en ont pas moins subi une forte
pression pour trouver une solution rapide à la crise du logement II fallait agir d'autant
33
plus vite que déjà, la reconquête des espaces centraux dégradés était prévue . L'on
comprend dans ce contexte que le ministre de l'époque, Hasab Allah al-Kafrawi, ait
subitement décidé, en 1990, de lancer le projet des new-settlements en construisant
10.000 unités de logement sur les six new-settlements qui venaient de démarrer.
56 Enfin, la question de l'autonomie des nouvelles cités reste posée, et avec elle celle de la
distance qui les sépare.de la capitale. Si l'on a d'abord choisi de les bâtir loin du Caire,
comme ce fut le cas pour Dix-de-Ramadan et Sadat-City (voir schéma plus haut), le peu
de dynamisme de ces deux villes a poussé les pouvoirs publics à remettre ce choix en
question. Les villes satellites de la deuxième génération (Quinze-Mai, Six-Octobre,
al-'Ubûr et al-Badr) sont nettement plus proches. Autonomes dans toutes leurs
fonctions, seule leur activité économique est subordonnée à celle de la capitale. Le
rythme d'installation des nouvelles populations restant lent malgré tout, on a décidé de
rapprocher encore du Caire ces nouvelles communautés et de les implanter à la
périphérie externe de l'agglomération : ainsi sont nés les new-settlements.
57 Perdant en autonomie ce que les premières villes nouvelles perdaient en éloignement,
ces derniers relèvent davantage de la cité de banlieue où l'emploi, mais aussi de
multiples équipements publics, sont absents. Centre autonome ou « cité dortoir », ville
de banlieue ou ville de province ? La nature de chacune des nouvelles communautés
34
oscille entre ces différents termes . À la question de savoir s'il fallait créer des « cités
dortoir » ou des centres urbains autonomes, les pouvoirs publics n'ont pas tranché et
ont opté pour les deux formules. Les premières, qui obéissent à une logique d'urgence
en matière d'offre de logement, seront édifiées sur les new-settlements tandis que les
seconds, plus longs à mettre en œuvre, devraient organiser à terme le rééquilibrage
géographique d'une agglomération qui continue de s'étendre en « tache d'huile »
malgré l'infléchissement relatif de sa croissance.
Conclusion

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L'aventure des villes nouvelles 15

58 L'attitude des pouvoirs publics à l'égard du projet des villes nouvelles reflète bien
l'incertitude d'institutions peu préparées à soutenir de tels efforts : un effort financier
— jugé exorbitant par les banques nationales et internationales — et une mobilisation
exceptionnelle des ressources humaines sont les conditions sine qua non de la mise en
œuvre et de la gestion d'un tel projet. Cette mobilisation des énergies et des
compétences n'a pas encore abouti aux objectifs escomptés. On dénonce les lenteurs
d'une organisation administrative bureaucratique alliées à l'absence de coordination
des centres de décision, parties prenantes de l'aventure. L'État a, de fait, de grandes
difficultés à maintenir le cap sur l'aspect « centre urbain » des villes nouvelles et pas
seulement sur leur aspect « zone industrielle ». La vente de zones à aménager dans les
new-settlements à des investisseurs privés comme l'Alexandria Company for Real Estate
Investment augure une nouvelle dynamique de développement de ces espaces. Ce
projet laisse peu de place au logement social, si l'on en juge par les prix des villas qui
35
s'échelonnent entre 600.000 et 1.029.000 £é . Détournement d'investissements publics
au profit d'intérêts privés ou, en d'autres termes, ciblage inadéquat où les moins nantis
sont toujours aussi mal lotis alors que les couches supérieures, informées et heureuses
de l'aubaine, profiteraient largement d'accès privilégiés à l'achat sur ces lots en new-
36
settlements ? Dans cette hypothèse, la prophétie de « sarcellisation » des new-settlements
risque de devenir caduque. Pour les aménageurs-urbanistes publics, le phénomène est
en soi encourageant et va dans le sens du développement de ces « banlieues » du Caire,
oubliant l'aspect « excluant » de ces programmes de résidences de luxe que rappelle le
grillage ceinturant le quartier. Les terrains de golf sont, certes, propices à la détente
mais relativement peu à la constitution d'une forme urbaine. Quelles villes-banlieues
pourront jaillir de la succession de quartiers sans communications matérielles ni
symboliques ?
59 Ainsi, le logement dit « social », sous forme de lots de petite taille à construire et à des
prix compétitifs avec les prix proposés sur les quartiers informels, ne semble pas la
priorité du moment pour le nouveau ministre. Qattamiyya, le seul new-settlement
occupé à ce jour et qui accueille exclusivement des populations à bas et moyen bas
revenus, est devenu la « bête noire » des administrations chargées de son
développement. Il fait les frais des tâtonnements et des erreurs d'une formule qui se
cherche encore, et qui risque de laisser de côté ceux qu'elle était censée servir.

NOTES
1. Chaline C, Les villes nouvelles dans le monde. Que sais-je ?, PUF, 1985.
2. L'an 2000 était la date butoir de référence en 1980. En 1990, l'an 2020 est devenu la
nouvelle échéance sans que les projections aient changé.
3. Hanna M., al-Ahrâm, 20/05/93.
4. Castells M., La question urbaine, coll. textes à l'appui, Maspéro, 1972.
5. La contribution du secteur privé « informel " à la construction de logements était
estimée à 44 % en 1960, à 75 % en 1976 et à 84 % en 1986. Voir Gil Feiler, « Housing

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L'aventure des villes nouvelles 16

Policy in Egypt », Middle Eastern Studies 28, n° 2, avril 1992. Voir aussi le Programme
interministériel Rexcoop, République française, 1986.
6. Al-Laithy H., Kheir Al-Din H., « Évaluation de la pauvreté en Égypte en fonction des
données sur les ménages », Égypte/monde arabe n° 12-13 (4 e trim. 1992, 1er trim. 1993).
Voir aussi, dans le même numéro, l'article de N. Fergany, « Profils de la pauvreté el du
chômage en Égypte au niveau des unités administratives »
7. Solinis G., « Villes et quartiers », Journée-débat organisée le 03/09/93 à Paris sur
L'espace et le temps de la ville par l'Association des professionnels du développement
urbain el de la coopération.
8. Deboulet A., Vers un urbanisme d'émanation populaire. Compétences et réalisations des
citadins : le cas du Caire, Thèse de 3e cycle, IUP, Université de Paris XII, 1994. Voir
également son article dans le présent numéro d'Égypte/Monde arabe.
9. Drosso F., « Le Caire : décalages entre la loi el les pratiques urbaines », Les Annales de
la recherche urbaine n° 38, juin-juillet 1988.
10. Nous avons réalisé une série d'interviews auprès de personnes travaillant dans le
secteur de la construction en Égypte. Cet échantillon se compose d'ingénieurs et
d'architectes qui, pour nombre d'entre eux, cumulent des fonctions au sein du
ministère des Nouvelles Communautés urbaines, d'agences d'urbanisme privées et
d'instituts universitaires d'enseignement.
11. Ostrowetsky S., L'imaginaire bâtisseur ; les villes nouvelles françaises, Librairie des
Méridiens, 1983.
12. Ilbert R., Héliopolis-Le Caire. 1905-1922. Genèse d'une ville, Éditions du CNRS, 1981.
13. Sekal A. et Hassounn A., L'an 1 de la République d'Égypte, publié par la Direction des
relations publiques des Forces armées, 1954.
14. J. P. Alduy cité par S. Ostrowetsky, op. cit., p. 186.
15. Principalement, al-Ahrâm (en arabe, anglais et français), al-Akhbâr, Mayo et Rose al-
Yûsuf.
16. Le président de la République est souvent promu » parrain de l'industrie
nationale ». Voir encart publicitaire p. 27, al-Abrâm Hebdo du 29/03 au 04/04/95.
17. Le deuxième terme est plus couramment utilisé dans le cas du Caire.
18. Cette « absence de planification » est récurrente dans la manière dont la presse
caractérise ces quartiers, ce qui induit inversement le caractère « planifié » des autres
quartiers.
19. Voir Denis E., « La mise en scène des 'ashswaiyyat », Égypte/Monde arabe n 0 20,4e trim.
1994, p. 117-132.
20. Castells M., op. cit.
21. D'après un ensemble de relevés réalisés par la Général Organisation for Physical
Planning et l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-Françe, 75 % de
la surface bâtie de l'agglomération de Giza sont constitués de quartiers informels.
22. Leloup G., « L'exportation des villes nouvelles dans les pays du tiers-monde », Crédit
Foncier Magazine n° 174, janvier-février 1983. p. 30-36.
23. Volait M., L'architecture moderne en Égypte et la revue Al-lmara 1939-1959, Dossier du
Cedej n° 4,1987.
24. Hanna M., Le logement en Égypte, Cedej, Le Caire, 1992.
25. La représentation imagée d'une relation maternelle entre la « ville-mère » capitale,
Le Caire, et ses « petits », les villes nouvelles, est récurrente dans les discours recueillis.
26. Ceux qui habitent la ville nouvelle de Dix-de-Ramadan et la ville satellite du Six-
Octobre proviennent majoritairement du Delta et du Caire.

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L'aventure des villes nouvelles 17

27. Ces loyers, qui pouvaient être relativement élevés au départ, se trouvent très bas
actuellement en raison de l'inflation.
28. Khouri-Dagher N., Crise de l'État-Providence et ordre social au Caire. Etre marginal au
Maghreb, textes réunis par F. Colonna el Z. Daoud, édifions du CNRS, 1993.
29. Estimations principalement tirées des chiffres annoncés par l'Autorité des
nouvelles communautés (organisme exécutif du ministère des Nouvelles Communautés
urbaines) qui grossit systématiquement le nombre d'habitants résidant dans les villes
nouvelles.
30. Bécard L, « Peut-il se développer une véritable promotion foncière et immobilière
populaire sur les terres désertiques autour du Caire ? » Communication au séminaire
international « Harvard-Aga Khan », Institut du Monde arabe, Paris, 30/03/87.
31. Ce terme est employé dans « villes nouvelles ou la sarcellite du Caire », Ali Al-
Hefnaoui, L'Antenne, Club d'affaires franco-égyptien n0 4. mai 1993.
32. Des projets de type « sites and services » existent mais n'ont pour la plupart jamais
été appliqués. Citons à ce titre les projets EMS/Extension of Municipal Services, réalisés
conjointement par trois bureaux de consultants de 1984 à 1986, pour deux
gouvernorats (Le Caire et Giza) avec un financement de la Banque mondiale.
33. Plusieurs quartiers vont faire l'objet d'un programme de rénovation, dont Bulaq,
'Abdin, Sayyida Zaynab (tanneries et abattoirs), Gamaliyya, Shubra al-Khayma, etc.
34. Ainsi la ville du Six-Octobre est-elle passée du statut de ville nouvelle à celui de ville
satellite, quand il s'est avéré que son développement, étant donné sa proximité, pouvait
difficilement se distinguer de celui du Caire.
35. A titre de comparaison, le prix d'une unité de logement pour bas revenus sur new-
settlements, d'une superficie allant de 60 à 95 m2, varie entre 14.000 et 30,000 £e.
36. Les bureaux de vente des lots à aménager et à construire sur les new-settlements n° 5,
n° 2 (al-Shurûq), n° 6 A et B (Shaykh Zayyid) ne désemplissent pas les jours ouvrables.

INDEX
Mots-clés : Grand Caire, Le Caire, urbanisation, villes nouvelles, urbanisme

AUTEUR
SABINE JOSSIFORT
Institut d'urbanisme de Paris XII

Égypte/Monde arabe, 23 | 1995

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