X Étude sur la carrière
professionnelle des
inspecteurs du travail
Arsenio Fernández Rodríguez
É tude sur la carriè re
professionnelle des inspecteurs du
travail
Arsenio Fernández Rodríguez
LABADMIN/OSH, Département Gouvernance et Tripartisme
Bureau International du Travail
Genève
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Étude sur a carrière professionnelle des inspecteurs du travail
Bureau International du Travail – Genève: OIT, 2020
ISBN: 9789220313787 (web PDF)
Egalement disponible en Espagnol: Estudio sobre la carrera de los inspectores de trabajo, ISBN
9789220313800 (web PDF); et en Anglais: ISBN: 9789220313763 (web PDF)
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2
Table des matieres
Table des matieres 3
Résumé 4
Abréviations 6
Introduction 7
Chapitre 1. Pouvoirs, limites et statut de l’Inspecteur du travail 12
Chapitre 2. Menaces et difficultés auxquelles les inspecteurs du travail sont
confrontés 19
Chapitre 3. Recrutement et sélection des inspecteurs du travail 32
Chapitre 4. Formation des inspecteurs du travail 42
Chapitre 5. Autres facteurs qui pèsent sur le maintien des inspecteurs du travail
dans l’emploi et sur leur performance 51
Annexe I 63
Annexe II 92
3
Ré sumé
Le présent document a été rédigé à l’intention des responsables des systèmes
d’inspection du travail auxquels il incombe de développer ou d’améliorer la
politique de ressources humaines (RH) en direction de leurs inspecteurs. Il fournit
une base pour l’élaboration de politiques visant expressément les inspecteurs du
travail, donne un aperçu des politiques actuelles en matière de RH les concernant
et présente plusieurs exemples de bonnes pratiques dans les domaines
suivants : recrutement, formation, rémunération, promotion, mobilité et
équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
Lorsque l’on veut élaborer des politiques respectueuses du statut des
inspecteurs du travail et susceptibles d’attirer un plus grand nombre de
personnes très qualifiées et très performantes, il convient de tenir compte dudit
statut et des obligations des inspecteurs, ainsi que des menaces auxquelles ils
risquent d’être confrontés dans l’exercice de leurs fonctions ; menaces qui
peuvent diminuer leur performance. Les informations relatives au statut et aux
obligations des inspecteurs du travail qui figurent dans le présent document sont
tirées des conventions et des recommandations de l’OIT, ainsi que des rapports
de la Commission d’experts pour l’application des conventions et
recommandations (CEACR). S’agissant des menaces auxquelles les inspecteurs
pourraient être confrontés, les commentaires de la CEACR et plusieurs rapports
et études sur des pays ont servi de source.
Afin de donner un aperçu des politiques RH actuelles concernant les inspecteurs
du travail, une recherche documentaire a été menée. Elle s’est appuyée sur les
profils de pays établis par : le BIT traitant de l’inspection du travail ; les sites Web
de différents services nationaux d’inspection du travail ; et plusieurs rapports et
études.
Au moment de choisir les bonnes pratiques devant figurer dans le présent
document, les critères retenus visaient à évaluer comment ces pratiques
semblaient améliorer la qualité de la performance, augmenter le maintien des
inspecteurs dans l’emploi et accroître l’efficacité des inspecteurs en activité. Des
études sur les effets de certaines bonnes pratiques sur la performance ou la
motivation des inspecteurs du travail, mais également des ouvrages sur les RH
en général, ont contribué à repérer ces bonnes pratiques.
4
Les informations, précisions et commentaires sur le statut et les obligations des
inspecteurs du travail figurant dans ce présent document sont suffisamment
complets pour couvrir la plupart des interrogations. Cependant, la rareté des
études analytiques sur les services d’inspection du travail fait qu’il est difficile de
tirer des conclusions catégoriques sur les effets que certaines pratiques et
tendances en matière de RH ou sur le travail des inspecteurs. Même si de futurs
travaux de recherche pourraient contribuer à évaluer l’efficacité des « bonnes
pratiques » décrites dans ce document, il ne faut pas oublier que celles-ci
correspondent à la politique générale concernant la fonction publique et à son
cadre juridique, deux éléments qui peuvent varier d’un pays à l’autre. Par
conséquent, en ce qui concerne les pratiques recommandées en matière de RH,
le présent document doit être considéré comme une source d’inspiration et non
comme un avis faisant autorité ou une liste de pratiques standards.
5
Abré viations
AIIT Association internationale de l’inspection du travail
BIT Bureau international du Travail
CEACR Commission d’experts pour l’application des conventions et
recommandations
CHRIT Comité des hauts responsables de l’inspection du travail
DWEA Agence danoise de l’environnement de travail
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OIT Organisation internationale du travail
PIB Produit intérieur brut
RH Ressources humaines
SST Sécurité et santé au travail
UE Union européenne
ZFE Zones franches d’exportation
6
Introduction
Il va sans dire que la gestion de la main-d’œuvre est essentielle pour maximiser
les niveaux de performance et les compétences du personnel de toute
organisation. Cela est particulièrement vrai dans le cas du service d’inspection du
travail, avec son système administratif complexe.
Le système d’inspection du travail nécessite une gestion des RH moderne et bien
conçue, et ce, pour plusieurs raisons :
Le service public d’inspection du travail emploie de nombreux
inspecteurs du travail. Une politique cohérente en matière de RH
contribue à harmoniser les normes de performance des inspecteurs,
favorisant ainsi une meilleure homogénéité des inspections.
Un service d’inspection du travail doit répondre à de nombreux besoins
avec des ressources limitées. Néanmoins, même si le service dispose de
fonds conséquents, ceux-ci ne sont guère utiles s’ils ne sont pas
employés de manière cohérente. La politique en matière de RH doit
s’efforcer de de concentrer ses moyens au cœur du service public
d’inspection du travail : l’inspecteur du travail.
L’inspection du travail est un service public national et régalien touchant
des milliers d’entreprises et des millions de travailleurs : une politique
uniforme en matière de RH réduit les écarts de performance des
inspecteurs du travail à l’échelle du pays et rétablit tout éventuel
déséquilibre géographique.
Les inspections sont un service public pérenne pour lesquelles une
politique RH sur le long terme est nécessaire.
Depuis longtemps, l’OIT est attentive aux caractéristiques propres au service
d’inspection du travail et à la nécessité d’octroyer aux inspecteurs du travail le
statut et les conditions de service correspondant à l’importance sociale de leur
mission et préservant leur impartialité, leur autorité en tant qu’inspecteur ainsi
que leur indépendance.
7
Dès 1923, la recommandation (no 20) sur l’inspection du travail, 19231, énonçait
ce qui suit :
« Le personnel de l’inspection doit être doté d’un statut organique qui le
rende indépendant des changements de gouvernement. En vue de les
soustraire à toutes influences extérieures, les inspecteurs doivent
posséder une situation et recevoir une rémunération convenables. Ils ne
doivent avoir aucun intérêt dans les établissements qui sont placés sous
leur surveillance. »
L’article 6 de la convention (n° 81) sur l’inspection du travail, 19472, dispose
ce qui suit :
« Le personnel de l’inspection sera composé de fonctionnaires publics dont
le statut et les conditions de service leur assurent la stabilité dans leur
emploi et les rendent indépendants de tout changement de
gouvernement et de toute influence extérieure indue. »
Objet de la pré sente é tude
Dans le présent document, le Bureau tente de répondre au nombre croissant de
demandes d’orientations qui lui sont adressées au sujet de la politique de RH
concernant les services d’inspection du travail. Notre objectif est de fournir une
source d’information et d’inspiration pour les pays qui souhaitent améliorer leur
service d’inspection du travail en perfectionnant leur politique de RH.
Commençons par préciser que le présent document ne constitue nullement un
guide de toutes les politiques existantes en matière de RH qui concernent les
inspecteurs du travail, ni une description détaillée des politiques de quelques
1
Organisation internationale du Travail (OIT), recommandation (no 20) sur l’inspection du travail,
1923, adoptée àla 5e session de la Conférence internationale du Travail (CIT) (1923). Statut :
instrument à statut intérimaire. Disponible à l’adresse suivante :
[Link]
2
OIT, convention (n°81) sur l’inspection du travail, 1947, adoptée à la 30e session de la CIT
(Genève, 1947). Statut : instrument àjour, qui fait partie des conventions de gouvernance
(prioritaires), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
NT_ID:312226:NO.
8
services nationaux d’inspection du travail. Pour un tel guide ou une telle
description, une quantité considérable d’informations contextuelles relatives aux
pays « sources » (notamment au sujet de leur cadre juridique, de leurs traditions
en matière de fonction publique et de leur législation) auraient été nécessaires
afin que le document puisse être utile aux pays souhaitant améliorer leurs
politiques de RH pour leurs inspecteurs du travail. Qui plus est, un tel document
n’aurait pas permis de donner un aperçu des approches et pratiques actuelles en
matière de RH, ni une sélection de pratiques efficaces, alors que nous pensons
qu’il s’agit là du type de contenu qui intéresse les responsables des RH et qui
pourrait les pousser à chercher davantage d’informations.
Nous avons donc choisi d’examiner un large éventail de politiques de RH
concernant les inspecteurs du travail de 35 pays dans six régions. Nous avons
ensuite résumé les principales approches suivies dans les domaines suivants :
recrutement, formation, promotion, rémunération et mobilité. Pour chacun de
ces domaines, nous avons dégagé de bonnes pratiques.
Dans ce contexte, l’expression « bonnes pratiques » renvoie aux pratiques en
matière de RH qui sont susceptibles d’aider les services d’inspection du travail à
attirer et à recruter les personnes les plus adaptées aux fonctions d’ inspecteur
du travail, à les maintenir dans l’emploi et à préserver des niveaux d’efficacité
élevés tout au long de leur temps de service.
Il va sans dire que les bonnes pratiques ici présentées ne sont pas vouées à être
reproduites, car la politique de RH concernant les services d’inspection du travail
doit être conçue conformément à la politique générale relative à la fonction
publique, au cadre juridique, aux pratiques administratives et à la culture de
chaque pays.
Mé thode
Les politiques de RH qui peuvent augmenter le nombre d’inspecteurs du travail
performants diffèrent quelque peu selon les pays, essentiellement pour deux
raisons : tout d’abord, il existe d’importantes disparités entre le niveau de
développement économique, le mandat des services d’inspection du travail et le
cadre juridique de la fonction publique de chaque pays. Ensuite, les fonctions et
les compétences et connaissances nécessaires des inspecteurs du travail
9
généralistes ne sont clairement pas les mêmes que celles des inspecteurs du
travail spécialisés. Néanmoins, tous les inspecteurs du travail détiennent un
même bloc de pouvoirs de base que tous les responsables RH devraient
connaître.
Ces pouvoirs, ainsi que les ressources humaines, organisationnelles et
matérielles nécessaires pour garantir que les inspecteurs du travail les exercent
pleinement et efficacement, sont énoncés dans les textes suivants : la convention
(n° 81) sur l’inspection du travail, 1947, la convention (n° 129) sur l’inspection du
travail (agriculture), 19693, la recommandation (no 81) sur l’inspection du travail,
19474, la recommandation (no 133) sur l’inspection du travail (agriculture), 19695,
le protocole de 1995 relatif à la convention sur l’inspection du travail, 19476, et les
rapports de la Commission d’experts pour l’application des conventions et
recommandations (CEACR)7. C’est par rapport à ce cadre commun que les bonnes
politiques en matière de RH ont été définies. Cela dit, les données et les
conclusions des études et des documents relatifs aux politiques de RH ont
également parfois contribué à les définir.
Les critères concernant la définition des bonnes pratiques ayant été définis, il
convient de consacrer quelques lignes à l’ensemble des politiques de RH à partir
desquelles ces bonnes pratiques ont été choisies.
3
OIT, convention (n°129) sur l’inspection du travail (agriculture), 1969, adoptée à la 53e session de
la CIT (1969), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
:312274.
4
OIT, recommandation (no 81) sur l’inspection du travail, 1947. Statut : instrument àjour, disponible
à l’adresse suivante :
[Link]
5
OIT, recommandation (no 133) sur l’inspection du travail (agriculture), 1969, adoptée à la
53e session de la CIT (1969). Statut : instrument à jour, disponible à l’adresse suivante :
[Link]
6
Protocole de 1995 relatif à la convention sur l’inspection du travail, 1947, adoptéàla 82e session de
la CIT (entréen vigueur le 9 juin 1998). Statut : instrument à jour, disponible à l’adresse suivante :
[Link]
7
OIT, Commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations (CEACR),
rapports depuis 1932. Liens vers ces documents au format pdf à l’adresse suivante :
[Link]
standards/committee-of-experts-on-the-application-of-conventions-and-recommendations/lang--
fr/[Link].
10
Comme indiqué précédemment, l’un des objectifs du présent document est de
servir de source d’information sur les politiques de RH qui s’appliquent aux
inspecteurs du travail. Nous nous sommes donc employés à recueillir des
informations sur ces pratiques dans autant de pays que possible et dans
différentes régions du monde afin d’offrir aux responsables des RH un catalogue
des politiques y relatives aussi complet que possible. Une étude documentaire,
qui a supposé l’examen de toutes les informations à disposition de la population
(généralement en ligne) ou de documents internes sur les politiques de RH
concernant les inspecteurs du travail de 35 pays, a constitué la matière première
de la présente étude.
Structure et contenu du document
Le présent document est essentiellement à l’intention des responsables RH qui
ne connaissent pas nécessairement bien le rôle du service d’inspection du travail
ou les fonctions spécifiques des inspecteurs.
Le chapitre 1 est consacré aux pouvoirs et au statut professionnel des
inspecteurs du travail.
Le chapitre 2 examine quelques grands obstacles à la mise en place de politiques
optimales en matière de RH, à savoir des politiques susceptibles d’accroître
l’efficacité et la qualité de la performance des inspecteurs ou de les encourager
à rester suffisamment longtemps dans le service afin de pouvoir réaliser tout leur
potentiel.
Les chapitres 3, 4 et 5 couvrent six domaines dans lesquels les politiques de RH
pèsent lourdement sur la performance des inspecteurs et la durée de leur
service : le recrutement, la sélection, la formation, la rémunération, la promotion,
la mobilité et l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.
11
Chapitre 1. Pouvoirs, limites et statut de
l’Inspecteur du travail
Les fonctions principales des inspecteurs du travail consistent à faire appliquer
la législation du travail et à fournir des informations et des conseils sur la manière
de s’y conformer. Pour s’acquitter de ces fonctions, les inspecteurs du travail ont
un certain nombre de pouvoirs qu’ils ne peuvent cependant exercer que si on
leur octroie un statut garantissant que leurs décisions, ainsi que l’ensemble de
leurs activités, ne dépendent d’aucune influence externe, par exemple en cas de
changement brutal des cadres intermédiaires pour des raisons politiques.
Il est difficile de comprendre la nécessité d’un statut qui protège l’indépendance
des inspecteurs du travail si l’on ignore leurs principaux pouvoirs et fonctions,
ainsi que leurs obligations. Ces deux points sont examinés dans les sections 1.1
et 1.2 du présent chapitre ; le statut des inspecteurs est décrit dans la section 1.3.
1.1 Pouvoirs des inspecteurs du travail
Les inspecteurs du travail sont chargés de garantir l’application des dispositions
légales relatives aux conditions de travail et à la protection des travailleurs, de
fournir des informations techniques sur les moyens de les mettre en œuvre, et
de porter à la connaissance de l’autorité compétente les déficiences ou les abus
qui ne sont pas expressément couverts par les dispositions légales existantes.
Les inspecteurs du travail jouent donc un rôle essentiel dans le contrôle du
respect de la législation du travail. Il va sans dire qu’ils ne peuvent s’acquitter
d’une telle mission si l’on ne leur confère pas des pouvoirs uniques qu’aucun
autre fonctionnaire ne détient.
Ces capacités, ou pouvoirs, sont énoncés aux articles 12, 13 et 17 (paragraphe 2)
de la convention no 81 :
« Article 12
1. Les inspecteurs du travail munis de pièces justificatives de leurs fonctions
seront autorisés :
12
a) à pénétrer librement sans avertissement préalable à toute heure du jour et de
la nuit dans tout établissement assujetti au contrôle de l’inspection ;
b) à pénétrer de jour dans tous les locaux qu’ils peuvent avoir un motif
raisonnable de supposer être assujettis au contrôle de l’inspection ;
c) à procéder à tous examens, contrôles ou enquêtes jugés nécessaires pour
s’assurer que les dispositions légales sont effectivement observées, et
notamment :
i) à interroger, soit seuls, soit en présence de témoins, l’employeur ou le
personnel de l’entreprise sur toutes les matières relatives à l’application
des dispositions légales ;
ii) à demander communication de tous livres, registres et documents dont
la tenue est prescrite par la législation relative aux conditions de travail, en
vue d’en vérifier la conformité avec les dispositions légales et de les copier
ou d’en établir des extraits ;
iii) à exiger l’affichage des avis dont l’apposition est prévue par les
dispositions légales ;
iv) à prélever et à emporter aux fins d’analyse des échantillons des
matières et substances utilisées ou manipulées, pourvu que l’employeur
ou son représentant soit averti que des matières ou substances ont été
prélevées et emportées à cette fin.
2. A l’occasion d’une visite d’inspection, l’inspecteur devra informer de sa
présence l’employeur ou son représentant, à moins qu’il n’estime qu’un tel avis
risque de porter préjudice à l’efficacité du contrôle. »
« Article 13
1. Les inspecteurs du travail seront autorisés à provoquer des mesures destinées
à éliminer les défectuosités constatées dans une installation, un aménagement
ou des méthodes de travail qu’ils peuvent avoir un motif raisonnable de
considérer comme une menace à la santé ou à la sécurité des travailleurs.
13
2. Afin d’être à même de provoquer ces mesures, les inspecteurs auront le droit,
sous réserve de tout recours judiciaire ou administratif que pourrait prévoir la
législation nationale, d’ordonner ou de faire ordonner :
a) que soient apportées aux installations, dans un délai fixé, les
modifications qui sont nécessaires pour assurer l’application stricte des
dispositions légales concernant la santé et la sécurité des travailleurs ;
b) que des mesures immédiatement exécutoires soient prises dans les cas
de danger imminent pour la santé et la sécurité des travailleurs.
3. Si la procédure fixée au paragraphe 2 n’est pas compatible avec la pratique
administrative et judiciaire du Membre, les inspecteurs auront le droit de saisir
l’autorité compétente pour qu’elle formule des injonctions ou fasse prendre des
mesures immédiatement exécutoires. »
Article 17
« 2. Il est laissé à la libre décision des inspecteurs du travail de donner des
avertissements ou des conseils au lieu d’intenter ou de recommander des
poursuites. »
Il est évident que certains pouvoirs énoncés ci-dessus, tel que celui de faire
ordonner des modifications aux installations, peuvent fortement désorganiser
l’économie de l’entreprise. C’est l’une des raisons pour laquelle l’action des
inspecteurs du travail ne doit pas être politiquement tendancieuse et les
inspecteurs ne doivent pas avoir d’intérêt économique direct dans les entreprises
sous leur contrôle ou chez leurs concurrents. Les inspecteurs ne doivent pas non
plus servir les intérêts d’un groupe ou d’un individu.
Les interdictions auxquelles les inspecteurs du travail doivent se plier, qui
figurent dans les conventions nos 81 et 129 de l’OIT, constituent un moyen de
contrebalancer les pouvoirs qui leur sont confiés. En outre, les inspecteurs du
travail sont tenus par les obligations générales liant les fonctionnaires. L’Etat doit
s’employer à prévenir tout abus de pouvoir de la part des inspecteurs du travail
en cultivant le respect de ces obligations spécifiques et générales, ainsi qu’en
poursuivant et en sanctionnant les contrevenants.
14
Cependant, l’application de mesures législatives ou de fait pour limiter les
pouvoirs des inspecteurs du travail, au prétendu motif d’empêcher les abus,
risque de les priver des moyens nécessaires à l’exercice de leurs fonctions. Le fait
d’obliger les inspecteurs à annoncer leur visite en est un exemple : si l’entreprise
concernée emploie des travailleurs sans contrat, on demandera à ceux-ci de ne
pas venir le jour de la visite de l’inspecteur.
Cela dit, il est aussi nécessaire que les inspecteurs du travail jouissent d’un statut
leur garantissant la stabilité de l’emploi afin qu’ils puissent s’acquitter de leurs
fonctions de manière professionnelle. Si l’on pouvait renvoyer les inspecteurs
pour des motifs arbitraires ou politiques, le service d’inspection du travail ne
serait pas en mesure de remplir son rôle et le respect de la législation du travail
en pâtirait probablement.
Une solide politique de RH concernant les services d’inspection du travail devrait
donc s’employer à garantir l’éthique et la responsabilité des inspecteurs sans
aucunement affaiblir leur statut ni limiter leurs pouvoirs.
1.2 Interdictions auxquelles les inspecteurs du travail
ne peuvent dé roger
L’article 15 de la convention no 81 de l’OIT définit succinctement les trois grandes
interdictions faites aux inspecteurs du travail.
« Article 15
Sous réserve des exceptions que la législation nationale pourrait prévoir, les
inspecteurs du travail :
a) n’auront pas le droit d’avoir un intérêt quelconque direct ou indirect dans les
entreprises placées sous leur contrôle ;
b) seront tenus, sous peine de sanctions pénales ou de mesures disciplinaires
appropriées, de ne point révéler, même après avoir quitté leur service, les secrets
de fabrication ou de commerce ou les procédés d’exploitation dont ils peuvent
avoir eu connaissance dans l’exercice de leurs fonctions ;
15
c) devront traiter comme absolument confidentielle la source de toute plainte
leur signalant un défaut dans l’installation ou une infraction aux dispositions
légales et devront s’abstenir de révéler à l’employeur ou à son représentant qu’il
a été procédé à une visite d’inspection comme suite à une plainte. »
S’agissant de la disposition selon laquelle les inspecteurs du travail ne devront
pas avoir « un intérêt quelconque direct ou indirect dans les entreprises placées
sous leur contrôle », la CEACR a souligné que la notion d’intérêt direct ou indirect
devait être définie avec précision dans la législation nationale afin qu’elle puisse
apprécier le champ exact de l’interdiction. Toutefois, même lorsque cette notion
est clairement définie, la CEACR regrette qu’elle le soit souvent de manière trop
étroite. Par exemple, dans certains pays, la notion d’« intérêt » se limite à l’intérêt
matériel ou financier dans l’entreprise soumise à l’inspection.
Or, la CEACR recommande que la notion d’intérêt direct ou indirect ne couvre pas
uniquement les avantages matériels et financiers mais également les intérêts
d’ordre psychologique, émotionnel ou politique susceptibles d’exercer une
fâcheuse influence sur l’exercice des fonctions de l’inspecteur.
En ce qui concerne le devoir de confidentialité, il convient de noter que la portée
de cette obligation varie selon les pays. Ce n’est cependant pas cette différence
qui préoccupe le plus la CEACR mais le fait que tous les Membres n’ont pas inscrit
en droit le fait que les inspecteurs sont tenus de respecter cette obligation après
avoir quitté le service. Il est donc arrivé que la CEACR appelle l’attention de
certains gouvernements sur la nécessité de modifier la législation à cet égard.
La troisième obligation faite aux inspecteurs du travail, à savoir « traiter comme
absolument confidentielle la source de toute plainte leur signalant un défaut
dans l’installation ou une infraction aux dispositions légales », vise à protéger le
plaignant contre des représailles. Compte tenu qu’il s’agit souvent d’un employé,
celui-ci peut être harcelé au travail ou licencié si son identité est révélée.
Heureusement, d’après les informations dont dispose la CEACR, le respect de
cette obligation ne pose pas de difficulté particulière.
16
1.3 Statut de l’inspecteur du travail
Afin de permettre aux inspecteurs du travail de s’acquitter de leurs obligations et
de leur mission, leur impartialité et leur indépendance doivent être garanties en
tout temps. Si cela peut se faire de différentes façons, il est néanmoins nécessaire
que le maintien des inspecteurs dans l’emploi ne dépende pas de considérations
politiques.
Ainsi, l’article 6 de la convention no 81 dispose que le personnel de l’inspection
sera composé de fonctionnaires publics dont le statut et les conditions de service
leur assurent la stabilité dans l’emploi : tout individu nommé qui occupe un poste
au sein d’un service public est un fonctionnaire public. L’article 6 de la convention
no 81 ajoute à cette définition l’obligation de la stabilité de l’emploi.
La CEACR considère que la stabilité de l’emploi est mieux assurée si les
inspecteurs du travail sont des fonctionnaires nommés à titre permanent et non
uniquement des agents publics non statutaires. C’est le cas dans de nombreux
Etats Membres où les inspecteurs du travail sont des fonctionnaires permanents.
Par exemple, ils sont funcionarios de carrera (en espagnol) ou « fonctionnaires
d’Etat » (en français). En France, ils font partie du « personnel statutaire » et sont
des « agents titulaires de leur poste ». Cela n’est pas le cas partout.
A titre d’exemple, il existe des pays où tous les inspecteurs du travail sont
nommés pour une durée déterminée et où leur contrat est renouvelé si leur
performance est jugée satisfaisante. Dans d’autres Etats Membres, certains
membres du personnel de l’inspection se voient offrir un emploi permanent à
l’issue de la période d’essai, tandis que d’autres inspecteurs du travail ayant les
mêmes obligations et fonctions sont employés pendant une durée déterminée.
Cependant, même si le statut de fonctionnaire permanent est associé à une
législation nationale dans laquelle les pouvoirs et obligations des inspecteurs du
travail sont pleinement conformes aux normes de l’OIT, cela est loin de suffire
pour promouvoir et assurer l’intégrité et l’engagement des inspecteurs du travail.
A ce stade du présent document, il convient d’examiner les autres facteurs
nécessaires. Premièrement, se pose la question des ressources, que nous
examinerons en partie dans les chapitres suivants. Deuxièmement, il est
essentiel que les services d’inspection du travail collaborent avec la population et
17
les autorités du pays concerné, en particulier avec les parties prenantes sur le
lieu de travail, tels les représentants des employeurs et des travailleurs.
Troisièmement, le service d’inspection du travail doit s’employer à créer un
environnement de travail propice au respect de l’éthique et de la conduite
professionnelle.
L’Association internationale de l’inspection du travail (AIIT) est conscience du rôle
de ces facteurs. Dans son Global Code of Integrity for Labour Inspection (adopté en
2008), elle dit que l’objectif est d’aider les agents des services d’inspection du
travail à comprendre leurs obligations en tant que fonctionnaires8 et à offrir des
orientations sur les mécanismes leur permettant d’éviter des pratiques peu
scrupuleuses et les rejeter chaque fois qu’elles apparaissent9.
Ce code de l’AIIT contient un cadre éthique articulé autour de six grandes
valeurs :
Connaissances et compétences ;
Honnêteté et intégrité ;
Courtoisie et respect ;
Objectivité, neutralité et équité ;
Dévouement et réactivité ;
Cohérence entre le comportement personnel et le comportement
professionnel.
Chacune de ces six valeurs est exprimée en termes de normes de conduite pour
les agents et le service d’inspection du travail. L’affirmation de ces valeurs et la
mise en œuvre de ces normes exigent un engagement aux niveaux individuel et
structurel. Comme l’AIIT le souligne, il ne faut pas oublier que ce code d’intégrité
n’est qu’un cadre qui devrait encourager chaque pays à considérer et à adopter
son propre code, reflétant ces principes communs et adapté à la situation
locale10.
8
AIIT, Global Code of Integrity for Labour Inspection, (adopté en 2008), p. 4, disponible à l’adresse
suivante : [Link]
9
Ibid., p. 5.
10
Ibid., p. 2.
18
Chapitre 2. Menaces et difficulté s auxquelles
les inspecteurs du travail sont confronté s
Le présent chapitre est consacré aux principaux obstacles à la mise en place d’un
service d’inspection du travail qui s’acquitte de ses fonctions principales. Comme
indiqué au chapitre 1, les fonctions principales de l’inspection du travail
consistent à faire appliquer la législation du travail et à fournir des conseils et des
informations quant à la manière d’y parvenir. Ces deux fonctions sont confiées
aux inspecteurs du travail. Par conséquent, il va sans dire que tout ce qui
empêche les inspecteurs du travail de s’acquitter de leurs obligations ou fragilise
leurs pouvoirs constitue un obstacle à un service d’inspection du travail jouant
pleinement son rôle.
Il convient de souligner avant tout que les politiques inadaptées en matière de
RH ne feront pas partie des obstacles examinés dans le présent chapitre. Celui-ci
sera axé sur les obstacles empêchant les inspecteurs du travail d’exécuter leurs
missions.
Ces obstacles sont notamment :
Les limites imposées au mandat de l’inspection du travail et aux pouvoirs des
services d’inspection du travail.
L’octroi de tâches aux inspecteurs du travail qui n’ont aucun rapport avec
leurs fonctions principales.
Des difficultés propres aux pays à revenu intermédiaire de la tranche
inférieure et aux pays à faible revenu.
Des difficultés propres aux services d’inspection du travail dans les pays à
revenu élevé et les pays à revenu intermédiaire.
Des préjugés sexistes socialement dominants et des préjugés à l’égard de
certains groupes.
La violence à l’endroit des inspecteurs du travail.
Le manque de ressources matérielles.
19
Mandat restreint de l’inspection du travail / pouvoirs
limités du système d’inspection du travail
L’intégralité du mandat du système d’inspection du travail est définie à l’article 3
de la convention no 81 de l’OIT :
« 1. Le système d’inspection du travail sera chargé :
a) d’assurer l’application des dispositions légales relatives aux conditions
de travail et à la protection des travailleurs dans l’exercice de leur
profession, telles que les dispositions relatives à la durée du travail, aux
salaires, à la sécurité, à l’hygiène et au bien-être, à l’emploi des enfants et
des adolescents, et à d’autres matières connexes, dans la mesure où les
inspecteurs du travail sont chargés d’assurer l’application desdites
dispositions ;
b) de fournir des informations et des conseils techniques aux employeurs
et aux travailleurs sur les moyens les plus efficaces d’observer les
dispositions légales ;
c) de porter à l’attention de l’autorité compétente les déficiences ou les
abus qui ne sont pas spécifiquement couverts par les dispositions légales
existantes.
2. Si d’autres fonctions sont confiées aux inspecteurs du travail, celles-ci ne
devront pas faire obstacle à l’exercice de leurs fonctions principales ni porter
préjudice d’une manière quelconque à l’autorité ou à l’impartialité nécessaires
aux inspecteurs dans leurs relations avec les employeurs et les travailleurs. »
Comme l’a fait observer la CEACR (2006), nombre d’éléments différents sont
couverts par l’expression « conditions de travail ». Par exemple, outre les facteurs
énumérés dans la convention no 81, le repos hebdomadaire, les congés et
l’emploi des femmes sont énoncés au paragraphe 1a) de l’article 6 de la
convention no 129.
De la même manière, la CEACR souligne que l’expression « protection des
travailleurs dans l’exercice de leur profession », telle qu’utilisée dans la
convention no 81, doit être comprise largement, à la lumière des conventions et
recommandations ultérieures. Ainsi, la sécurité sociale et les conditions relatives
20
à la cessation de la relation de travail, la SST ainsi que les droits fondamentaux
des travailleurs, tels que le droit d’organisation et de négociation collective,
pourraient être considérés comme inclus dans la notion de « protection des
travailleurs ».
Les normes de l’OIT n’imposent donc pas d’interprétation large ou étroite des
« conditions de travail » ou de la « protection des travailleurs ». Par conséquent,
il réside quelque ambiguïté, ou plutôt quelque souplesse, quant à ce que
pourraient être les attributions du système d’inspection du travail. Cette
souplesse se traduit par deux sortes de services publics nationaux d’inspection
du travail : les services généralistes et les services spécialisés. Les services
généralistes sont dotés d’un large mandat et couvrent des éléments de l’emploi
et des relations professionnelles (dont les conditions de travail, la santé, la
sécurité et le bien-être des travailleurs), tandis que les services spécialisés se
cantonnent généralement à la sécurité et à la santé au travail (SST). Il convient de
noter que, si certains services sont purement généralistes ou exclusivement
spécialisés, dans certains pays, le système est quelque peu mixte.
Il a été affirmé que les services d’inspection du travail généralistes étaient mieux
armés pour faire face aux conséquences de l’évolution de l’économie et du
marché du travail, par exemple à la hausse du nombre de travailleurs migrants
et à l’augmentation de l’économie informelle, parce qu’ils traitaient déjà de
questions sociales et de sujets liés à l’emploi11. En outre, il a été constaté que si
une seule autorité, et non plusieurs, veillait au respect de la plupart des
dispositions relatives à la main-d’œuvre, il était probable que les infractions de
nature différente, par exemple, une infraction à la législation relative à la SST et
à la législation relative à la sécurité sociale, touchant le(s) même(s) travailleur(s),
serait repérée et réglée plus facilement pour l’(les) employé(s) concerné(s). Cela
dit, le BIT ne privilégie pas le modèle généraliste par rapport au modèle
spécialisé ; aucune préférence ne peut être déduite des observations formulées
par la CEACR au fil des ans.
11
P. Teague, «Reforming the Anglo-Saxon model of labour inspection: The case of the Republic of
Ireland », in European Journal of Industrial Relations (2009), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
21
Les principales préoccupations du Bureau quant aux restrictions imposées au
mandat des services d’inspection du travail et aux pouvoirs des inspecteurs du
travail portent sur les sujets suivants :
Domaines auxquels ne s’applique pas la législation nationale du travail et,
par conséquent, ne relevant pas de la compétence des services
d’inspection du travail. Dans certains pays, les zones franches
d’exportation (ZFE) sont partiellement ou entièrement soustraites au
contrôle. Les nouvelles pratiques de travail informelles (par exemple, les
contrats zéro heure, le travail à domicile) font partie des domaines non
couverts par la législation du travail. Elles étaient auparavant parfois
considérées comme faisant partie de l’ « économie informelle ». Enfin, le
travail domestique n’est souvent pas couvert par le mandat des services
d’inspection du travail. Ces exceptions signifient que, dans un pays, tous
les travailleurs ne jouissent pas du même niveau de protection légale.
Les Etats Membres dans lesquels des associations d’employeurs
s’occupent de l’inspection et du contrôle en matière de SST. Le BIT a
toujours affirmé que le contrôle, le lancement d’alertes, l’expertise en
matière de santé et la fourniture de conseils relatifs à la santé devaient
être du ressort d’un organisme public.
Les restrictions imposées aux pouvoirs des inspecteurs du travail. Dans
plusieurs Etats Membres, les inspecteurs du travail doivent annoncer leur
visite à l’employeur. Il s’agit là d’une restriction très grave des pouvoirs des
inspecteurs. En effet, cette annonce peut empêcher de repérer des
infractions telles que le travail des enfants ou l’emploi de travailleurs non
déclarés.
Octroi aux inspecteurs du travail de tâ ches sans rapport
avec leurs fonctions principales
Les restrictions précitées ne constituent pas l’unique cause de préoccupation. En
effet, octroyer aux inspecteurs du travail des tâches sans rapport direct avec
l’exercice de leurs fonctions est souvent à déconseiller. Si certaines de ces tâches
(par exemple, le calcul des indemnités de licenciement, la rédaction de lettres de
démission à la demande d’un travailleur, la délivrance de permis de travail, …)
22
n’entrent pas en conflit avec les fonctions principales de l’inspecteur du travail,
elles prennent du temps et détournent l’attention des inspecteurs du travail de
leurs fonctions principales. Plus préoccupant encore, dans certains Etats
Membres, d’autres tâches octroyées aux inspecteurs du travail sont considérées
comme incompatibles avec leurs fonctions principales.
Après avoir abordé les obstacles liés au cadre juridique qui définit les attributions
des services d’inspection du travail, passons à d’autres sortes de difficultés, sur
lesquelles les inspecteurs du travail n’ont aucune prise, à savoir le niveau de
développement socioéconomique du pays, la force des préjugés raciaux et
sexistes, et la méfiance, voire le mépris, à l’égard des fonctionnaires. Ces facteurs
doivent être pris en compte pour veiller à ce que les inspecteurs du travail soient
aussi efficaces que possible. Une politique de RH bien conçue pour ce qui
concerne l’inspection du travail est tout aussi importante pour atténuer les
répercussions négatives de ces facteurs.
Difficulté s propres aux pays à revenu intermé diaire de la
tranche infé rieure et aux pays à faible revenu
Le niveau de développement socioéconomique d’un pays se reflète
généralement dans le volume de sa main-d’œuvre qualifiée, les secteurs qui
emploient le plus de personnes et le taux d’emploi. Dans les pays dont l’économie
est fondée sur l’agriculture, le pourcentage de personnes au travail et de
travailleurs qualifiés est faible, nombre de personnes travaillant dans l’économie
informelle. Dans ces pays, les inspecteurs du travail sont souvent confrontés à
des cas de travail indépendant fictif ou de travail non déclaré et à des taux élevés
de sous-déclaration d’accidents liés au travail. Cette situation prévaut également
dans les pays ayant connu une croissance économique et une industrialisation
rapides au cours des 20 à 40 dernières années. Toutefois, la tâche de l’inspecteur
du travail y est quelque peu facilitée parce que les lieux de travail sont plus
grands et que le pourcentage de travailleurs sans lieu de travail fixe est moins
élevé.
Dans ces deux catégories de pays, seule une petite part du produit intérieur brut
(PIB) est allouée à la prévention des accidents du travail et des maladies
professionnelles. De ce fait, la part de décès, blessures et maladies pouvant être
23
évités chez les travailleurs est élevée. Le manque de financements ne suffit pas à
expliquer pourquoi les travailleurs indépendants peu qualifiés n’investissent pas
dans les mesures de prévention : souvent, ils sont peu instruits et font confiance
aux pratiques et remèdes traditionnels. En outre, ils n’ont pas facilement accès à
des informations fiables sur la prévention. Dans le cas des pays industrialisés
depuis relativement peu, la gestion de la sécurité et de la santé dans les usines
demeure inadaptée, voire quasiment inexistante.
Une autre difficulté va souvent de pair avec la faiblesse de l’économie : le fait qu’il
y a comparativement peu de personnes très qualifiées et que celles-ci ne sont
généralement pas attirées par la fonction publique mais plutôt par une
expatriation ou le secteur privé.
Difficultés propres aux services d’inspection du travail
dans les pays à revenu é levé et les pays à revenu
intermé diaire
Deux phénomènes relativement nouveaux touchent nombre de pays à revenu
élevé et, dans une moindre mesure, les pays à revenu intermédiaire : la hausse
des formes atypiques d’emploi et l’augmentation du nombre de travailleurs
migrants.
Parmi les formes atypiques d’emploi qui ont surgi ou pris de l’importance au
cours des 20 dernières années, le travail effectué par l’intermédiaire de
plateformes numériques est le plus nouveau. Il a nettement augmenté ces
dernières années. Il est, à plusieurs égards, très hétérogène. Il couvre des tâches
informatiques très spécialisées (couplées et exécutées en ligne), un travail
répétitif peu qualifié et effectué en ligne, et un travail obtenu par l’intermédiaire
de la plateforme qui implique une prestation de service physique, par exemple
dans le cas des grandes sociétés opérant dans les secteurs de la livraison de
repas et du transport de passagers.
Au moment d’appliquer la législation du travail, le statut de ces travailleurs pose
un problème fondamental pour les services d’inspection du travail : sont-ils des
indépendants ou des salariés ? Les inspecteurs du travail doivent bien connaître
24
la législation régissant les relations professionnelles et comprendre le
fonctionnement de ces plateformes. Pour ce faire, une formation doit être
dispensée dans ces deux domaines, ce qui n’est néanmoins pas toujours le cas
pour nombre de services d’inspection du travail.
Si le statut de ces travailleurs ne figure pas encore dans la formation dispensée
dans nombre de pays à revenu élevé ou à revenu intermédiaire, c’est
essentiellement parce qu’il n’existe pas de large consensus autour de la capacité
de la législation du travail en vigueur à couvrir la relation d’emploi entre ces
travailleurs et la plateforme. En effet, savoir si ces travailleurs remplissent les
critères légaux pour être considérés comme salariés reste un point litigieux.
Même s’il est difficile d’établir si ces travailleurs sont des salariés ou des
indépendants, plusieurs pays de l’OCDE ont pris des mesures pour leur assurer
une protection sociale12.
La deuxième difficulté tient à la croissance du « travail non déclaré », qui
augmente parallèlement à la hausse du nombre de travailleurs migrants. La
façon dont le travail non déclaré constitue une difficulté pour les services
d’inspection du travail est bien résumée dans un document de travail du BIT,
intitulé L’inspection du travail en Europe : travail non déclaré, migration et la traite
des êtres humains :
« Dans bien des cas, les travailleurs migrants – en particulier les migrants en
situation irrégulière ou non autorisée – sont recrutés comme travailleurs non
déclarés. Ils deviennent donc vulnérables et sont soumis à des normes de niveau
inférieur. Cependant, si l’on exige que les inspections du travail coopèrent pour
faire appliquer la législation relative à l’immigration, on risque de compromettre
la fonction essentielle des inspecteurs du travail (qui est de veiller à l’application
de la législation du travail à tous les travailleurs). En même temps, les questions
de migration doivent être prises en compte lorsqu’on examine comment les
inspections du travail peuvent contribuer à la prévention et la régularisation du
travail non déclaré. (…)
12
OCDE, The future of social protection. What works for non-standard workers? (2018),
disponible à l’adresse suivante : [Link]
25
Les services d’inspection du travail sont en butte à des obstacles concrets lorsqu’il
s’agit de planifier et d’effectuer des visites puisque le travail non déclaré est par
nature caché et difficile à déceler. Même lorsque les inspecteurs du travail
découvrent des situations de travail non déclaré, il faut veiller à respecter un
équilibre délicat en tenant dûment compte des intérêts des travailleurs, des
entreprises légitimes et, dans certains cas, de la législation applicable à
l’immigration non autorisée13. »
Neuf ans plus tard, en 2019, le travail non déclaré continue à poser problème aux
services d’inspection du travail de toute l’Europe. Il est particulièrement conseillé
que les inspecteurs acquièrent des compétences spécifiques (parler des langues
étrangères) et des connaissances spécialisées (comprendre la législation du
travail et les dispositions relatives à la sécurité sociale d’autres pays) pour les cas
des travailleurs « transfrontaliers »14. Les responsables des services d’inspection
de l’Union européenne (UE) se plaignent généralement du fait qu’ils ont du mal à
engager la coopération avec les autorités fiscales, par exemple en ce qui
concerne l’échange et le partage des données, ou au niveau opérationnel. Il leur
est également difficile de mettre en place une coopération
intergouvernementale accrue en matière stratégique. Il est souvent dit qu’il est
nécessaire d’améliorer considérablement les relations entre les services
d’inspection du travail et les partenaires sociaux, ainsi que d’autres parties
prenantes15.
Pré jugé s sexistes socialement dominants et pré jugé s à
l’égard de certains groupes
Les préjugés sexistes et les préjugés à l’égard de certains groupes ethniques (par
exemple, les Roms, les « castes inférieures ») ne sont jamais reflétés dans les
13
OIT, L’inspection du travail en Europe : travail non déclaré, migration et la traite des êtres
humains, document de travail no 7, LAB/ADMIN (Genève, 2010), p. vii, disponible à l’adresse
suivante : [Link]
lab_admin/documents/publication/wcms_144916.pdf.
14
C. Williams, P. Vanden Broeck, A. Scharle, Future role and competence profile of Labour
Inspectorates (Lituanie, 2019).
15
Ibid., p. 5.
26
critères explicites de recrutement ou de promotion des inspecteurs du travail.
Dans les Etats Membres où un entretien fait partie du processus de sélection ou
les performances sont évaluées, ces préjugés peuvent jouer un rôle, en
particulier lorsqu’il n’y a qu’un seul examinateur ou évaluateur et qu’il n’existe
aucune ligne directrice quant à la façon de procéder. Toutefois, dans un certain
nombre de pays, les services d’inspection du travail défavorisent en toute légalité
les candidats âgés ou handicapés. Les limites d’âge imposées aux fonctionnaires
qui souhaitent passer un examen en vue d’une promotion à des postes
administratifs font partie de ce type de discrimination, comme le fait que, dans
certains pays, quiconque souhaite devenir inspecteur du travail doit être une
personne valide.
Malheureusement, les préjugés dominants dans une société influenceront les
inspecteurs du travail dans leurs relations avec les employeurs et les travailleurs,
en particulier s’ils appartiennent à un groupe marginalisé ou peu représenté,
même si ces préjugés ne figurent pas dans les processus de décision des services
d’inspection du travail. C’est l’une des raisons pour lesquelles les conseils, et
même les avertissements, des inspecteurs du travail peuvent être ignorés, ce qui
contraint les services d’inspection à prononcer des sanctions souvent contestées
par les employeurs. De ce fait, les risques professionnels ne sont pas écartés dès
qu’ils ont été repérés et d’autres infractions au règlement persistent longtemps
avant d’être réprimées. Ces préjugés ont également pour effet de maintenir le
nombre d’inspectrices du travail et d’inspecteurs du travail appartenant à des
groupes marginalisés à un niveau peu élevé dans nombre de pays, souvent parce
que les personnes appartenant à ces groupes ont du mal à accéder à
l’enseignement supérieur ou qu’elles sont exposées à la violence ou au mépris
de leurs collègues, des employeurs ou des salariés.
Violence à l’endroit des inspecteurs du travail
Contrairement à tous les obstacles précédemment examinés, la violence à
l’endroit des inspecteurs du travail dans ses formes les moins extrêmes, par
exemple les insultes, est, depuis toujours, relativement courante dans le monde
entier. Cela n’est pas surprenant étant donné que les inspecteurs du travail sont
tenus de faire appliquer la loi et qu’ils sont souvent en butte aux hostilités.
27
Si les agressions physiques sont rares, les insultes au cours des visites
d’inspection sont monnaie courante, même dans des régions du monde où les
niveaux de violence sont très bas. Néanmoins, après le meurtre de deux
inspecteurs du travail français au cours d’une inspection dans une exploitation
agricole, en 2004, le Comité européen des hauts responsables de l’inspection du
travail (CHRIT) a élaboré un guide, intitulé Violence towards inspectors: Good
Practice Guide, qui contient des conseils relatifs à la façon de prévenir les
violences et d’aider les inspecteurs du travail ayant subi des violences. Si la
plupart des mesures qui y figurent ne sont pas particulièrement coûteuses, elles
peuvent constituer une charge financière pour nombre de services d’inspection
du travail qui manquent sérieusement de moyens financiers.
Manque de ressources
Un mauvais financement des services d’inspection du travail se traduit par un
manque de ressources qui limite la capacité des services à s’acquitter de leurs
fonctions principales. Il existe quatre domaines dans lesquels le sous-
financement a les effets les plus néfastes : le nombre d’inspecteurs (insuffisant),
l’utilisation des nouvelles technologies (insuffisante), les moyens de transport
(inexistants) et l’équipement des bureaux et locaux (sous-équipement).
En vertu de l’article 10 de la convention no 81, le nombre des inspecteurs du
travail doit être fixé en tenant compte :
« a) de l’importance des tâches que les inspecteurs auront à accomplir,
et notamment :
i) du nombre, de la nature, de l’importance et de la situation des
établissements assujettis au contrôle de l’inspection ;
ii) du nombre et de la diversité des catégories de travailleurs qui sont
occupés dans ces établissements ;
iii) du nombre et de la complexité des dispositions légales dont
l’application doit être assurée ;
b) des moyens matériels d’exécution mis à la disposition des
inspecteurs ;
28
c) des conditions pratiques dans lesquelles les visites d’inspection
devront s’effectuer pour être efficaces. »
En 2006, la Commission de l’emploi et de la politique sociale du Conseil
d’administration du BIT16 a proposé des ratios population active/inspecteur mais
a utilisé le niveau de développement économique de chaque pays comme unique
critère de fixation de ces ratios. Dans les faits, le nombre d’inspecteurs par
rapport au nombre de travailleurs est peu élevé, voire insuffisant dans les pays à
faible revenu et les pays à revenu intermédiaire. Cependant, même dans des
régions relativement riches du monde, le nombre d’inspecteurs du travail est
également souvent considéré comme insuffisant. Tel était l’avis du Parlement
européen qui, dans sa résolution du 14 janvier 2014, a dit « sa préoccupation face
au manque de personnel dans les services de contrôle des États membres 17 ».
L’une des mesures suggérées pour soulager des inspecteurs du travail
surchargés consiste à recruter du personnel d’appui qui pourrait effectuer une
partie des tâches administratives que les inspecteurs accomplissent à l’heure
actuelle, permettant ainsi à ceux-ci de se concentrer sur leurs fonctions
principales.
Les systèmes d’information sont un outil précieux de collecte et d’analyse des
données sans lesquels il est difficile de mettre au point une planification solide
et une coordination efficace des inspections. Ils peuvent également améliorer la
transparence et la responsabilité de l’administration, compte tenu qu’ils
permettent de conserver la trace des conclusions de chaque visite d’inspection,
de la suite qui y a été donnée et des sanctions qui ont été prononcées.
Cependant, comme l’a fait remarquer la Commission de l’emploi et de la politique
16
BIT, Commission de l’emploi et de la politique sociale du Conseil d’administration
(GB.297/ESP/3), 297e session du Conseil d’administration (Genève, novembre 2006), suite à la
discussion sur l’étude d’ensemble consacrée à l’inspection du travail, à la 95e session de la CIT
(2006) : «les services techniques du BIT considèrent comme raisonnables les critères suivants : un
inspecteur du travail pour 10 000 travailleurs dans les pays industriels àéconomie de marché; 1 pour
15 000 dans les économies en voie d’industrialisation ; 1 pour 20 000 dans les économies en
transition ; 1 pour 40 000 dans les pays moins avancés. ».
17
Parlement européen, Résolution du Parlement européen du 14 janvier 2014 sur des
inspections du travail efficaces à titre de stratégie pour l’amélioration des conditions de
travail en Europe (Strasbourg, 2014), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
0012+0+DOC+XML+V0//FR.
29
sociale du Conseil d’administration du BIT, en 2010 : « L’installation et la
maintenance de nouveaux systèmes technologiques peuvent être onéreuses
dans un premier temps [;] (…) à long terme, ces investissements favorisent une
utilisation plus rationnelle des ressources humaines et la réduction des frais de
communication ». Il est indéniable que les systèmes d’information sont
extrêmement utiles pour la gestion RH et donc le recrutement de nouveaux
membres du personnel de l’inspection du travail, ainsi que pour la promotion des
inspecteurs du travail et l’octroi d’autres mesures incitatives à chacun.
Malheureusement, non seulement les pays à faible revenu mais également ceux
à revenu intermédiaire sont le plus souvent dépourvus de tels systèmes.
En ce qui concerne les conditions concrètes dans lesquelles les inspections sont
menées, le manque de ressources limite le déplacement des inspecteurs du
travail sur les lieux de travail, ce qui a des répercussions négatives sur leur
performance. La CEACR sait pertinemment que l’insuffisance ou l’absence de
moyens de transport constitue un obstacle majeur à l’exercice des fonctions des
inspecteurs du travail. Dans plusieurs pays à faible revenu, le service d’inspection
du travail fournit tellement peu de véhicules que les inspecteurs du travail
doivent souvent annuler ou reporter leur visite, ou la remplacer par une visite sur
un lieu de travail où ils peuvent se rendre à pied. Dans ces pays, les transports
publics sont rares et aléatoires. Par ailleurs, si les inspecteurs du travail utilisent
leur propre véhicule, les frais de déplacement ne leur sont généralement pas
remboursés.
Le quatrième et dernier domaine dans lequel le sous-financement a le plus de
répercussions sur la performance des inspecteurs du travail est le sous-
équipement ou le manque d’aménagement des bureaux. Comme énoncé à
l’article 11 de la convention no 81 :
« 1. L’autorité compétente prendra les mesures nécessaires en vue de
fournir aux inspecteurs du travail :
a) des bureaux locaux aménagés de façon appropriée aux besoins
du service et accessibles à tous intéressés ;
b) les facilités de transport nécessaires à l’exercice de leurs fonctions
lorsqu’il n’existe pas de facilités de transport public appropriées.
30
2. L’autorité compétente prendra les mesures nécessaires en vue du
remboursement aux inspecteurs du travail de tous frais de déplacement
et de toutes dépenses accessoires nécessaires à l’exercice de leurs
fonctions. »
Comme souligné par la CEACR, non seulement nombre de pays ne disposent que
de trop peu de bureaux mais les bureaux existants ne sont pas convenablement
équipés. Les problèmes rencontrés vont du manque d’ordinateurs, logiciels ou
de fournitures de bureau pour écrire à l’absence d’eau ou d’électricité. Certaines
de ces pénuries empêchent clairement les inspecteurs du travail de s’acquitter
de leurs fonctions et peuvent les démotiver.
31
Chapitre 3. Recrutement et sé lection des
inspecteurs du travail
Les conventions nos 81 et 129 disent la même chose au sujet du recrutement :
Article 7, convention no 81
« 1. Sous réserve des conditions auxquelles la législation nationale
soumettrait le recrutement des membres des services publics, les
inspecteurs du travail seront recrutés uniquement sur la base de
l’aptitude du candidat à remplir les tâches qu’il aura à assumer.
2. Les moyens de vérifier ces aptitudes seront déterminés par
l’autorité compétente.
3. Les inspecteurs du travail doivent recevoir une formation
appropriée, pour l’exercice de leurs fonctions. »
Article 8, convention no 81
« Les femmes aussi bien que les hommes pourront être désignées comme
membres du personnel du service d’inspection ; si besoin est, des tâches
spéciales pourront être assignées aux inspecteurs ou aux inspectrices
respectivement. »
Article 9, convention no 129
« 1. Sous réserve des conditions auxquelles la législation nationale
soumettrait le recrutement des agents de la fonction publique, les
inspecteurs du travail dans l’agriculture seront recrutés uniquement sur la
base de l’aptitude des candidats à remplir les tâches qu’ils ont à assumer.
2. Les moyens de vérifier cette aptitude doivent être déterminés par
l’autorité compétente.
3. Les inspecteurs du travail dans l’agriculture doivent recevoir une
formation adéquate pour l’exercice de leurs fonctions, et des mesures
seront prises pour assurer, de manière appropriée, leur perfectionnement
en cours d’emploi. »
32
Article 10, convention no 129
« Les femmes, aussi bien que les hommes, peuvent être désignées comme
membres du personnel des services d’inspection du travail dans
l’agriculture ; si besoin est, des tâches spéciales pourront être assignées
aux inspecteurs ou aux inspectrices, respectivement. »
La recommandation (no 20) sur l’inspection du travail, 1923, donne quelques
indications quant au type de personnes qui devraient travailler en tant
qu’inspecteurs du travail :
« (…) il est essentiel que les inspecteurs possèdent une expérience sérieuse
au point de vue technique, qu’ils aient une bonne culture générale et que,
par leurs aptitudes et leurs qualités morales, ils puissent acquérir la
confiance de tous. »
Les recommandations de la CEACR sont plus précises. Tout d’abord, « l’aptitude
des candidats à remplir les tâches qu’ils ont à assumer » ne devrait pas
uniquement comprendre les compétences et aptitudes techniques mais
également les capacités personnelles et psychologiques. Ensuite, la discrétion,
l’intégrité et l’impartialité devraient faire partie de ces qualités personnelles.
Enfin, d’après la CEACR, des entretiens approfondis et bien conçus, menés de
manière juste et objective, sont le meilleur moyen dont dispose l’autorité
compétente pour choisir les candidats qui conviennent le mieux.
Après avoir étudié les renseignements concernant le processus de sélection dans
les 35 pays énumérés à l’annexe II, nous avons constaté ce qui suit : ce que les
pays estiment être les bonnes aptitudes pour un futur inspecteur dépend en
grande partie du système d’inspection, à savoir s’il est généraliste ou spécialisé,
et de l’importance accordée au profil psychologique du candidat.
Les systèmes d’inspection du travail généralistes (par exemple, le modèle
espagnol ou Français), recherchent des candidats qui connaissent déjà les
dispositions légales relatives aux conditions de travail, contrairement aux
systèmes spécialisés (par exemple, le modèle britannique) qui ne s’occupent que
des questions de sécurité et de santé. De manière générale, dans les systèmes
généralistes, le processus de sélection compte au moins un examen des
connaissances sur la législation du travail. En revanche, dans les autres systèmes,
33
on ne s’attend pas à ce que les candidats à un poste d’inspecteur du travail
connaissent déjà la législation relative à la SST.
Les compétences non techniques jouent quant à elles généralement un rôle
central dans les systèmes spécialisés : les candidats qui ne les possèdent pas ne
seront pas recrutés. Dans les systèmes généralistes, l’importance accordée à ces
compétences varie fortement : dans certains pays, elles ne sont pas du tout
évaluées, alors qu’elles le sont dans d’autres, dans le cadre soit d’un entretien
(par exemple, en France) soit d’une évaluation menée par un professionnel (par
exemple, en Argentine). Les compétences non techniques les plus souvent
évaluées sont : l’aptitude à créer un lien avec les gens et à travailler avec d’autres ;
l’aptitude à savoir travailler sous pression et sans supervision ; l’esprit d’initiative ;
l’aptitude à communiquer.
Nous allons à présent nous pencher sur les points communs entre ces 35 pays
pour ce qui concerne le processus de recrutement et de sélection, en
commençant par d’autres conditions que celles déjà évoquées :
1. Le niveau d’études que les candidats doivent avoir déjà atteint. Il s’agit
d’une condition extrêmement courante. Cependant, le niveau d’études
minimum requis va du certificat d’études secondaires (en Arménie, avoir
fini le cycle secondaire suffit pour un poste de débutant) au diplôme
universitaire supérieur de type master (par exemple, en République
tchèque). Très peu de pays (par exemple, la Finlande et le Danemark)
n’exigent aucun niveau d’études minimum.
2. Le casier judiciaire vierge, comme pour tous les autres postes de la
fonction publique.
3. Le fait d’être un ressortissant du pays qui recrute. Il existe plusieurs
exceptions à cette règle : les postes au Bureau pour la santé et la sécurité
(Health and Safety Executive, HSE) au Royaume-Uni, par exemple, sont
ouverts aux citoyens britanniques, ainsi qu’aux ressortissants du
Commonwealth et de l’Espace économique européen (EEE) et à certains
nationaux de pays n’appartenant pas à l’EEE. Au Brésil, les nationaux
brésiliens et les Portugais couverts par le texte régissant l’égalité de droits
entre le Brésil et le Portugal peuvent être nommés inspecteurs du travail.
34
4. Les épreuves écrites. A un certain stade de la sélection, les candidats
doivent passer une ou plusieurs épreuves écrites qui évaluent, comme
indiqué précédemment, les compétences non techniques et/ou les
connaissances légales utiles. Toutefois, dans certains pays, le processus de
sélection ne prévoit aucune forme d’épreuve écrite. C’est le cas du
Honduras, où les candidats sont choisis après examen de leur curriculum
vitae. Dans d’autres pays, comme la Tunisie, deux voies existent : celle qui
prévoit des examens et celle dans laquelle sont nommés les candidats
dont le curriculum vitae répond le mieux au profil recherché.
5. Les limites d’âge. La tendance générale est à la suppression des limites
d’âge, en vertu des obligations d’égalité. Néanmoins, certains Etats
Membres doivent encore les abroger. En règle générale, l’âge minimum
de recrutement est fixé à 18 ans.
Après avoir examiné les grands points communs entre ces 35 pays, nous allons
passer aux différences :
1. Dans certains pays, il ne peut y avoir que des concours externes pour les
postes d’inspecteur du travail vacants ; dans d’autres, il existe des
concours internes et externes. Il s’agit là de la situation la plus courante,
avec des concours ouverts uniquement aux fonctionnaires, appelés
concours « internes », et des concours ouverts à quiconque remplit les
conditions minimales fixées pour le poste, appelés concours « externes ».
Toutefois, dans un certain nombre de pays, les concours sont toujours
externes, ce qui ne signifie pas nécessairement que les postes vacants sont
systématiquement pourvus par les personnes qui réussissent le mieux au
concours. En effet, il arrive que les postes soient pourvus par des
fonctionnaires, sans concours (par exemple, au Kazakhstan).
2. Dans certains pays, une expérience professionnelle peut être exigée ou
considérée comme un atout ; dans d’autres, elle n’est pas prise en compte
dans le processus de recrutement. Lorsqu’elle est exigée (par exemple, en
Slovénie – cinq ans en tant qu’employeur ou salarié - en Argentine, au
Pakistan, au Pérou), le nombre d’années demandées dépend
généralement du grade : plus celui-ci est élevé, plus l’expérience requise
est longue. Il convient également de faire observer que, de manière
générale, l’expérience professionnelle du candidat doit être en rapport
35
avec les fonctions que l’inspecteur du travail est appelé à exercer (par
exemple, en Finlande).
3. Le processus de sélection peut prévoir un entretien ou non. Plusieurs pays
n’en prévoient pas dans le recrutement des inspecteurs du travail, bien
qu’il arrive qu’ils organisent un examen oral, ou plusieurs (par exemple, en
Espagne). Quand cet entretien fait partie du processus de sélection, il est
généralement conçu de manière à évaluer les qualités personnelles des
candidats et plusieurs compétences non techniques.
4. Une formation peut faire partie du processus de sélection ou être
dispensée après la nomination du candidat. Lorsqu’elle fait partie
intégrante du recrutement, elle a généralement lieu à la fin du processus
de sélection, ce qui signifie qu’elle n’est dispensée qu’aux candidats qui ont
franchi avec succès toutes les autres étapes (par exemple, au Venezuela).
De manière générale, les candidats qui sont arrivés au stade de la
formation passent ensuite une épreuve sur le contenu de cette formation.
5. La politique envers les candidats handicapés varie considérablement d’un
pays à l’autre. Dans plusieurs Etats Membres, le candidat doit être en
bonne santé et ne présenter aucun handicap (par exemple, au Pérou, au
Kazakhstan). Dans d’autres, il doit être en mesure de conduire une voiture
(Nouvelle-Zélande) et posséder plusieurs compétences non techniques,
dont certaines peuvent empêcher une personne handicapée de
candidater. Ailleurs, la condition relative à l’état de santé est formulée en
des termes suffisamment vagues pour encourager des personnes
présentant certains types de handicap à candidater (par exemple, au
Brésil). Parmi les pays à revenu élevé, la discrimination positive à l’égard
des candidats handicapés est courante mais prend différentes formes. Par
exemple, au Royaume-Uni, il existe un dispositif garantissant un entretien
(guaranteed interview scheme, GIS) qui prévoit que toutes les personnes
handicapées qui candidatent dans le cadre de ce dispositif sont invitées à
un entretien si elles satisfont aux critères minimums.
36
Bonnes pratiques
Lorsque l’on évalue le caractère judicieux d’une pratique en matière de
recrutement ou de sélection, il est important de garder deux éléments à l’esprit :
les ressources disponibles pour le processus de recrutement et celles du service
d’inspection du travail, d’une part, et la signification concrète du travail de
l’inspecteur du travail dans le pays en question, d’autre part. Plusieurs questions
stratégiques sont posées ci-après. Les réponses apportées dépendent souvent
de l’un de ces éléments, ou des deux.
La priorité devrait-elle ê tre accordé e aux compé tences non
techniques et aux connaissances pratiques plutôt qu’aux
diplô mes universitaires et à la connaissance de la lé gislation du
travail ? ou vice-versa ?
Comme indiqué précédemment, dans certains pays, les inspecteurs du travail
s’occupent uniquement de questions de SST. Dans d’autres, ils doivent contrôler
le respect de l’ensemble de la législation du travail pour ce qui concerne les
conditions de travail. Néanmoins, les tâches des inspecteurs du travail diffèrent
également sur d’autres points. Par exemple, dans certains Etats Membres, les
inspecteurs du travail ne s’occupent que d’un type de travail (par exemple, en
Finlande). De manière générale, un champ d’action plus étroit justifie qu’un
moindre accent soit mis sur la connaissance de la législation du travail : moins
les inspecteurs du travail inspectent des types de travaux différents et moins ils
doivent contrôler de conditions de travail, plus l’importance accordée aux
compétences dites non techniques est grande au moment de la sélection des
candidats.
Malgré ces différences, il est indéniable que tous les inspecteurs du travail
doivent posséder plusieurs compétences non techniques. Cependant, bien qu’il
soit, semble-t-il, amplement prouvé que l’on peut renforcer ces compétences au
cours de formations 18 , il est également vrai qu’au moment de s’employer
18
T. Chamorro-Premuzic, «Can you really train soft skills? Some answers from the science of
talent », in Forbes, disponible à l’adresse suivante :
[Link]
answers-from-the-science-of-talent/#54f4e45dc460.
37
ouvertement à améliorer les compétences non techniques des personnes, on a
déjà parcouru la moitié du chemin (…). En outre, il est très probable que la
formation aux compétences non techniques et leur développement n’aura des
effets que sur ceux qui en ont le moins besoin 19 . La solution la plus sûre
semblerait donc consister à recruter des personnes possédant déjà quelques
compétences non techniques essentielles, notamment l’aptitude à bien
communiquer, à faire preuve d’initiative, à prendre des décisions sans
supervision constante et à faire preuve de discrétion.
Les candidats devraient-ils ê tre nommé s par sé lection directe
ou sur la base de leur curriculum vitae ?
Si les ressources allouées au processus de recrutement sont maigres et que les
inspecteurs du travail n’ont pas besoin de connaître pleinement la législation du
travail, ni les dernières modifications qui y ont été apportées, pour accomplir
leurs tâches courantes, l’option consistant à choisir les candidats dont les
curriculum vitae conviennent le mieux semble tout à fait raisonnable.
En revanche, si un pays possède suffisamment de ressources pour mettre au
point des épreuves écrites adaptées et évaluer les résultats des candidats, les
curriculum vitae ne devraient pas servir de base unique ou principale au
recrutement pour les raisons suivantes : premièrement, si les candidats passent
le même examen, dans les mêmes conditions, et qu’ils sont évalués à l’aune des
mêmes critères, cela contribuera à instaurer des conditions d’égalité.
Deuxièmement, des examens spécialement conçus pour recruter les inspecteurs
du travail permettent de vérifier si les connaissances des candidats sont toujours
d’actualité et adaptées au poste pour lequel ils se présentent.
Faut-il exiger une expé rience professionnelle ?
Compte tenu des fonctions des inspecteurs du travail, il semble judicieux que les
candidats aient au moins une à deux années d’expérience professionnelle avant
de postuler, et qu’ils ne se présentent pas dès la fin de leurs études. La prise en
compte de l’expérience professionnelle, comme condition préalable ou tout du
19
Ibid.
38
moins comme atout, a également pour avantage de permettre aux services
d’inspection du travail de ne pas se retrouver avec de nouveaux membres du
personnel trop jeunes. En effet, les recrues plus âgées sont moins susceptibles
de quitter leur emploi et plusieurs services publics nationaux d’inspection du
travail ont besoin d’une main-d’œuvre stable. Il est également plus logique que
les pays allouent des ressources à la formation de nouveaux membres du
personnel qui resteront probablement à leur poste suffisamment longtemps
pour acquérir les compétences et connaissances nécessaires pour leur carrière,
plutôt qu’à la formation de candidats à la recherche de possibilités d’emploi de
courte durée.
Le processus de sé lection devrait-il comprendre un entretien ?
De manière générale, l’entretien est considéré comme l’un des meilleurs moyens
d’évaluer si un candidat possède les compétences non techniques nécessaires
pour bien faire son travail.
En bonne logique, il devrait y avoir un jury de sélection afin de garantir que les
candidats retenus pour un entretien soient évalués par plusieurs personnes,
réduisant ainsi le risque de subjectivité au minimum. Ce jury devrait être en partie
composé d’inspecteurs du travail expérimentés. Les groupes sous-représentés
doivent pouvoir également siéger à ces comités.
On devrait poser aux candidats des questions pertinentes au regard du poste
vacant et des compétences et aptitudes nécessaires pour cet emploi. Ces
questions devraient également se fonder sur plusieurs critères
comportementaux prédéterminés. Par exemple, au lieu de simplement
considérer les « bonnes compétences en matière de communication », il
conviendrait d’établir une liste de comportements pouvant révéler si le candidat
possède ces qualités. A titre d’exemple, on pourrait citer la « capacité à utiliser
différents registres pour communiquer la même idée ».
D’autres règles doivent être observées. Les mêmes questions devraient être
posées à tous les candidats et être en partie ouvertes, c’est-à-dire appeler une
réponse autre que par « oui » ou par « non », à l’instar des questions sur les
situations que le candidat est appelé à rencontrer dans ses fonctions. A titre
d’exemple, citons la question suivante : « Que feriez-vous si le responsable de
l’usine que vous inspectez vous insulte ? ».
39
Le processus de sé lection devrait-il comprendre une formation ?
Un nombre non négligeable de pays prévoit une formation dans le cadre du
processus de sélection, formation dont la durée et la nature varient d’un pays à
l’autre. Ici, elle dure quelques jours (Pérou) ; là, plusieurs mois (par exemple,
Espagne ou France). Le fait que cette formation inclut un stage, ou non, constitue
une autre différence de taille.
Même quand elle ne dure que quelques jours, la formation peut s’avérer décisive
pour certains candidats, si son contenu a trait aux tâches de l’inspecteur du
travail. Certains candidats peuvent se rendre compte que ce métier ne les attire
finalement pas ou qu’ils n’ont pas les compétences pour l’exercer. Ils
abandonneront probablement le processus de recrutement à ce stade et ceux
qui poursuivront seront très motivés, et partant, plus susceptibles d’obtenir de
bons résultats, s’ils sont retenus.
En règle générale, les pays qui ne prévoient pas cette formation dans le
processus de sélection dispensent une formation initiale aux inspecteurs du
travail fraîchement recrutés au cours de leur période d’essai. Cette formation
pouvant durer plusieurs mois ou plusieurs années, elle est beaucoup plus
approfondie. Cependant, il serait plus rentable de proposer une formation
pendant le processus de sélection et d’offrir une formation plus approfondie
uniquement aux candidats retenus.
Devrait-il y avoir une discrimination positive en faveur des
candidats handicapé s ?
L’absence de personnels handicapés n’est pas n nécessairement volontaire dans
nombre de pays. Toutefois, des mesures préférentielles en faveur des candidats
handicapés devraient-elles être prises au moment de recruter des inspecteurs du
travail ?
Tout d’abord, la discrimination positive au moment du recrutement doit être
légale dans le pays, comme cela est le cas au Royaume-Uni (loi de 2010 sur
l’égalité). Ensuite, la forme de discrimination positive choisie devrait garantir des
conditions d’égalité et non accorder une forme de privilège aux candidats
handicapés.
40
Deux éléments doivent être pris en compte lors de la suppression des obstacles
à la candidature de personnes handicapées :
Les candidats devraient recevoir suffisamment d’informations sur chaque
stade du processus de recrutement, en particulier sur les tests qu’ils
devront passer. Ces informations, dans les pays où le jury est autorisé à
apporter les aménagements nécessaires pour les candidats handicapés,
aideront les candidats présentant un handicap à décider s’il est nécessaire
qu’ils en fassent état ou non.
Les examens écrits permettent de protéger les personnes présentant un
handicap physique contre tout préjugé lié à leur handicap car il n’y a aucun
contact visuel entre le candidat et le correcteur. Cependant, il faut faire
part du handicap si le candidat risque d’être désavantagé en l’absence
d’aménagements nécessaires pour l’examen écrit. Par exemple, les
candidats dyslexiques pourraient être autorisés à utiliser un correcteur
orthographique pendant l’examen écrit.
41
Chapitre 4. Formation des inspecteurs du
travail
Les recommandations nos 20 et 133 et les conventions nos 81 et 129 évoquent la
formation. Les recommandations nos 20 et 133 mettent l’accent sur la formation
des inspecteurs récemment recrutés. La recommandation no 133 conseille que
« les personnes nommées en qualité d’inspecteurs du travail (…) [reçoivent] une
formation appropriée en cours d’emploi aussi rapidement que possible »
(art. 7) 20 ; la recommandation no 20 fait le lien entre la période de stage et la
formation des inspecteurs du travail récemment recrutés :
« Avant d’être nommés définitivement, les inspecteurs devront subir une
période de stage destinée à éprouver leurs qualités, à les entraîner dans
leurs fonctions ; (…) leur nomination ne pourra être rendue définitive, à la
fin de cette période de stage, que s’ils ont montré les aptitudes nécessaires
pour les fonctions d’inspecteur. »
S’agissant de la convention no 81 (art. 7) et de la convention no 129 (art. 9), ces
deux instruments disposent que les inspecteurs doivent être dûment formés
pour s’acquitter de leurs fonctions. La convention no 129 ajoute néanmoins que
« des mesures seront prises pour assurer, de manière appropriée, leur
perfectionnement en cours d’emploi » (art. 9, paragr. 3).
En effet, comme l’a souligné la CEACR, la nécessité du perfectionnement est
apparue entre l’adoption de l’instrument de 1947 et celui de 1969 :
« Une formation initiale de base, fût-elle renforcée par une formation
supplémentaire au cours d’une période probatoire, ne suffisait pas à
garantir le maintien des compétences nécessaires à l’accomplissement
efficace par les inspecteurs du travail de leurs missions de plus en plus
complexes. »
20
[Link]
42
Ces sources montrent clairement que la formation initiale pour les inspecteurs
qui viennent d’être nommés et le perfectionnement pour les inspecteurs du
travail plus expérimentés sont nécessaires. Aucun pays n’a jamais remis cette
nécessité en question. Le fait que les inspecteurs du travail sont peu ou pas
formés est généralement attribué à un manque de fonds.
Cela est vrai dans beaucoup de pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de
la tranche inférieure où la seule formation que les inspecteurs du travail
reçoivent est celle dispensée par des organisations internationales, dont l’OIT.
L’efficacité de ces mesures est néanmoins limitée car celles-ci ne peuvent
concerner qu’un petit nombre d’inspecteurs et ne porter que sur un ou quelques
domaines. En outre, il s’agit généralement de formations ponctuelles.
Dans le cas des pays à revenu intermédiaire et de certains pays à revenu élevé,
une formation initiale est dispensée. En revanche, souvent, il n’y a pas de
formation pour les inspecteurs confirmés, ou celle-ci est insuffisante. Fort de ce
constat, le Parlement européen a exprimé sa préoccupation à ce sujet dans sa
résolution du 14 janvier 2014 sur des inspections du travail efficaces à titre de
stratégie pour l’amélioration des conditions de travail en Europe.
Les pays qui dispensent suffisamment de formation initiale et continue font
partie des plus riches du monde. Penchons-nous sur les différents modes de
formation qu’ils emploient.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de faire observer que les différences
de formation des inspecteurs du travail ne semblent pas dépendre du type de
système d’inspection du travail (généraliste ou spécialisé). Il va sans dire que les
inspecteurs de services d’inspection qui ne s’occupent que des questions de SST
ne reçoivent aucune formation à la législation du travail allant au-delà des
dispositions relatives à la SST. Cependant, d’autres différences ou points
communs du contenu de la formation peuvent être expliqués de diverses façons,
par exemple l’éventuelle spécialisation des inspecteurs dans un secteur industriel
et non une zone géographique (Finlande) ou le fait que les inspecteurs viennent
d’horizons similaires ou très différents.
Si l’on laisse de côté le contenu, on peut trouver des différences dans les
éléments suivants de la formation dispensée aux inspecteurs fraîchement
recrutés :
43
Le nombre d’heures consacrées à la formation et la durée de la formation
peuvent varier ;
La formation initiale peut faire partie du processus de recrutement ou
être dispensée pendant la période d’essai ;
La formation peut être théorique et/ou pratique ;
La façon dont les inspecteurs débutants sont évalués, et leur évaluateur,
peuvent changer.
La durée de la formation varie fortement selon le pays. Certains n’y consacrent
que quelques semaines (Finlande), tandis que d’autres l’organisent sur plusieurs
années (Royaume-Uni). Il est difficile de déterminer les raisons qui motivent la
durée exacte de la formation initiale dans chaque pays mais, de manière
générale, une période de formation de plus d’un an traduit le fait que les
inspecteurs du travail sont considérés comme des fonctionnaires d’élite, ce qui
explique pourquoi autant de temps et d’argent sont consacrés au plein
développement de leurs capacités.
Dans la plupart des pays à revenu élevé, la formation initiale se déroule au cours
de la (des) première(s) année(s) d’emploi et non pendant le processus de
recrutement. L’Espagne et la France sont les seuls pays à revenu élevé où la partie
théorique de la formation initiale (qui peut durer jusqu’à 480 heures) fait partie
du processus de sélection et où les participants sont évalués dans le cadre d’un
examen, à la fin de la formation. La formation pratique, qui dure cinq semaines,
se déroule dans le service d’inspection d’une province, à l’issue du processus de
sélection.
Dans la plupart des pays à revenu élevé, la formation initiale comporte un volet
théorique et un volet pratique. Le volet théorique comprend un enseignement
dispensé en classe et/ou des cours en ligne et s’achève généralement par un
examen. Le volet pratique comprend presque toujours des visites sur des lieux
de travail effectuées avec un inspecteur du travail plus expérimenté.
Ce « collègue plus expérimenté » (dans certains pays, le supérieur hiérarchique)
n’a pas partout la même importance ni le même rôle dans la formation des
inspecteurs fraîchement recrutés. Dans certains pays à revenu élevé, son rôle est
très limité dans le temps et dans sa portée, tandis que, dans d’autres, le
« mentor » ou « tuteur » est chargé de structurer la formation et d’effectuer
44
l’évaluation continue et finale de l’inspecteur du travail fraîchement recruté (par
exemple, en Belgique).
S’agissant du perfectionnement, et sans parler du contenu, des différences
peuvent exister dans les domaines suivants :
Fréquence et portée ;
Mode d’enseignement ;
Caractère facultatif ou obligatoire de la formation ;
Commentaires sur le contenu de la formation et le mode
d’enseignement.
Dans la majorité des pays à revenu élevé et des pays à revenu intermédiaire, la
plupart de la formation professionnelle continue est suivie de manière
volontaire. Le public concerné par cette formation dépend de pléthore de
facteurs, notamment de l’utilité des sujets du point de vue des inspecteurs du
travail confirmés (leur cible visée).
Dans de nombreux pays, la formation pour les inspecteurs du travail confirmés
n’est obligatoire qu’en cas de modification majeure de la législation ayant des
répercussions sur les fonctions des inspecteurs, ou de mise en place de nouveaux
systèmes d’information comprenant de nouveaux modes d’enregistrement des
données collectées lors des visites d’inspection et de la suite qui leur est donnée.
Par conséquent, dans la plupart des pays, la fréquence de la formation des
inspecteurs du travail varie fortement et dépend de la nature des changements
survenus pendant les années de service d’un inspecteur. Seuls quelques pays
font de la formation des inspecteurs du travail confirmés une obligation (par
exemple, le Kazakhstan et le Venezuela).
Une formation formelle en milieu de carrière est dispensée en ligne et en
présentiel. La mesure dans laquelle chaque format est utilisé varie selon les pays.
Néanmoins, la formation en présentiel et la formation en ligne sont offertes dans
la plupart des cas. Souvent à des fins d’économies, un nombre limité
d’inspecteurs assistent aux cours en présentiel. La formation en cascade est
également utilisée : des représentants des services d’inspection du travail de
district suivent des cours de formation centralisés et transmettent ce qu’ils ont
appris dans le cadre de séances de formation organisées au niveau du district.
Dans certains pays, ces cours et séminaires sont dispensés, ou tout du moins
45
organisés, par un centre de formation national. Dans d’autres, il incombe aux
services d’inspection du travail de district ou aux supérieurs hiérarchiques
d’assurer la formation professionnelle continue des inspecteurs.
S’agissant de la formation théorique, l’une des différences les plus criantes est
celle qui existe entre les pays qui dispensent une formation sur mesure (par
exemple, les Pays-Bas) et ceux qui décident du contenu de la formation
essentiellement sur la base de facteurs concernant tous les inspecteurs du travail
(par exemple, les changements apportés à la législation nationale du travail) ou
selon le grade des inspecteurs (par exemple, ceux qui ont des responsabilités de
gestion). Parmi ce dernier groupe de pays, une autre différence majeure consiste
à effectuer ou non, et, le cas échéant, dans quelle mesure, une analyse des
besoins avant de décider du contenu de la formation.
Dans la plupart des pays, les commentaires sur la formation dispensée sont un
domaine à améliorer car ils sont souvent mal développés et structurés. Le plus
souvent, on distribue des questionnaires aux participants à la fin du cours.
Toutefois, certains pays utilisent également des formulaires de commentaire que
remplissent les formateurs. D’autres pays se fient principalement aux visites
effectuées là où les cours et la formation sont dispensés par le centre national de
formation ou un autre service public doté de fonctions de contrôle.
Outre ces cours, ces séminaires et ces ateliers de formation, tous les pays à
revenu élevé et à revenu intermédiaire proposent des moyens d’échanger les
connaissances. Dans nombre de ces pays, l’intranet du service d’inspection du
travail met des matériels de formation à la disposition de tous les inspecteurs et
offre l’accès à l’ensemble de la législation et des documents utiles. D’autres
systèmes d’échange informel de connaissances et d’expériences sont également
courants : forums en ligne, mais aussi réunions régulières consacrées à des
dossiers sur lesquels des inspecteurs du travail ont travaillé ou travaillent encore
(par exemple, en Belgique). Ces réunions ont apporté un bénéfice inattendu aux
inspecteurs qui travaillent dans des services d’inspection du travail où la plupart
du travail se fait « en solo » et en dehors du bureau. L’échange de connaissances
crée donc la possibilité d’un contact social et professionnel entre collègues.
En ce qui concerne les sujets abordés dans les cours dispensés, examinons
séparément la formation dispensée aux inspecteurs fraîchement recrutés et celle
dispensée aux inspecteurs confirmés. Dans la grande majorité des pays à revenu
46
élevé et à revenu intermédiaire, les inspecteurs fraîchement recrutés, n’ayant
aucune expérience préalable dans les tâches attribuées à un inspecteur du
travail, et quelle que soit la portée de leurs fonctions d’inspection, reçoivent une
formation sur les éléments suivants :
- Pouvoirs et fonctions des inspecteurs ;
- Législation applicable ;
- Enquête sur les infractions à la législation relative au lieu de travail.
Un nombre croissant de pays à revenu élevé inclut les risques psychosociaux et
les aptitudes à la communication et ne les réservent pas aux inspecteurs
expérimentés. D’autres composantes de la formation initiale dépendent de la
mission du service d’inspection du travail, des caractéristiques du secteur
productif de chaque pays et du bagage des nouveaux inspecteurs.
Les inspecteurs les plus expérimentés suivent des formations sur tout domaine
dans lequel les changements sont assez importants pour avoir des répercussions
sur leur travail quotidien (par exemple, les modifications de la législation du
travail). Cependant, nombre de pays à revenu élevé leur offrent désormais une
formation dans des domaines liés aux « risques nouveaux et émergents ».
En théorie, les « risques nouveaux et émergents » sont essentiellement présents
dans les emplois verts, l’intermédiation du travail, les nanotechnologies, la
robotique et l’impression en 3D... Dans la pratique, la plupart des risques liés à
ces catégories de travail ne sont pas nouveaux mais existent depuis longtemps :
la nouveauté tient au service proposé ou aux produits fabriqués et, plus
important encore, à la forme d’emploi en jeu. Dans les pays à revenu élevé, les
services d’inspection du travail commencent précisément à centrer leur
formation sur ces formes atypiques d’emploi dans lesquelles il est difficile
d’atteindre et de protéger les travailleurs.
Les « risques psychosociaux » et la « violence à l’égard des inspecteurs du
travail » sont les seuls risques qui sont « nouveaux », non pas parce qu’ils sont
apparus il y a peu mais parce qu’ils sont devenus une préoccupation majeure et
un sujet de formation il y a relativement peu de temps. Il convient de faire
remarquer que, si la formation sur les risques psychosociaux est assez courante
47
dans les pays à revenu élevé, celle sur la violence à l’égard des inspecteurs est
relativement nouvelle et limitée à certains pays.
Bonnes pratiques
Programme de formation à la SST
Le document intitulé Common standards for OSH inspector training programme du
CHRIT de l’UE peut servir de guide à tout pays souhaitant élaborer un programme
de formation en matière de SST pour les nouvelles recrues, compte tenu qu’il va
dans le même sens que les normes de l’OIT et qu’il ne concerne pas uniquement
un pays ou une région, à l’exception du chapitre consacré aux directives de l’UE.
Le programme présenté par le CHRIT précise le contenu essentiel de la formation
et la façon de le structurer. Les sept domaines abordés sont les suivants :
Formation aux risques mentionnés dans la directive-cadre et les
directives filles ;
Formation des inspecteurs à l’évaluation des risques ;
Formation à la préparation d’une inspection ;
Formation à l’enquête sur les accidents du travail et les maladies
professionnelles ;
Formation aux droits et aux devoirs des inspecteurs ;
Formation aux compétences en communication ;
Formation à la gestion des conflits et de la pression.
Il convient de noter que la publication du CHRIT ne contient pas d’indication
quant au mode d’enseignement (formation dispensée en ligne ou en présentiel,
formateur habilité ou durée de la formation). Il ne s’agit pas d’une lacune en soi
mais du reflet de la prise en compte des différences s’agissant des budgets et des
démarches en ce qui concerne la formation, de manière générale, ainsi que la
fonction publique, dans l’ensemble de l’UE. Le document précité ne contient
qu’une recommandation concernant le mode d’enseignement : le recours au
mentorat ou au tutorat au moment de préparer une visite d’inspection et de
l’effectuer, ainsi qu’en cas d’enquête sur un accident du travail ou une maladie
professionnelle.
48
Mentorat
Le mentorat ou tutorat, qui va au-delà d’une simple observation en situation de
travail, sert d’outil de formation aux nouvelles recrues dans plusieurs pays. De
manière générale, le mentor ou tuteur est un collègue plus expérimenté qui
mène les inspections avec l’inspecteur placé sous son aile et qui l’aide pendant
toute la période de mentorat. Des pays tels que le Canada et la Belgique, qui
prévoient un mentorat d’une durée importante (six mois au Canada et 12 mois
en Belgique) associé à d’autres modes de formation, parviennent à raccourcir le
temps dont l’inspecteur récemment nommé a besoin pour acquérir confiance et
savoir-faire.
En outre, les recherches menées depuis les années 1980 montrent que les
travailleurs qui bénéficient du mentorat ont davantage de chances d’être gardés
et promus. Une récente étude 21
portant sur 829 moyennes et grandes
entreprises aux Etats-Unis, consacrée à la façon dont le mentorat améliore la
diversité au sein d’une entreprise, est utile pour les pays qui souhaitent
augmenter le nombre de femmes et de membres de groupes minoritaires
rejoignant les rangs de l’inspection du travail :
Le mentorat réussit mieux à promouvoir la diversité sur le lieu de travail
que les seuls programmes de formation à la diversité. L’un des enjeux
majeurs consiste à structurer le programme de telle manière qu’il est utile
à tous les groupes. Les programmes de mentorat sont plus susceptibles
d’améliorer la promotion et le maintien des groupes si les hauts
responsables jouent le rôle de mentor, si les mentors et pupilles potentiels
sont évalués et associés selon cinq grands traits de leur personnalité et si
les supérieurs directs des pupilles participent au programme de mentorat.
Les chiffres de ces 829 entreprises américaines montrent en particulier que les
programmes de mentorat peuvent faire passer la représentation des femmes
noires, hispaniques et américaines d’origine asiatique, ainsi que des hommes
21
K. Conboy et C. Kelly, «What evidence is there that mentoring works to retain and promote
employees, especially diverse employees, within a single company? »(UniversitéCornell, 2016),
disponible à l’adresse suivante :
[Link]
dir=1&article=1120&context=student.
49
hispaniques et américains d’origine asiatique aux postes de responsable de 9 %
à 24 %, contre 2 % à 18 % lorsque d’autres mesures sont prises22.
Une initiative de dé veloppement : l’heure pour le droit
Même si, comme indiqué précédemment, la formation continue dans les pays à
faible revenu, et même dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche
inférieure, est, dans le meilleur des cas, insuffisante, il convient de faire état
d’initiatives prises en matière de mise en commun des connaissances, telle
l’heure pour le droit, mise en place par le Département chargé de l’inspection des
usines et des établissements (DIFE), au Bangladesh :
Il s’agit d’une initiative menée dans chaque bureau de district, une fois par
semaine. Les inspecteurs, chacun à leur tour, proposent d’examiner une
zone d’ombre dans la loi. L’inspecteur général adjoint mène ensuite la
discussion, à laquelle tout le monde prend part. Des conclusions en
matière de bonnes pratiques sont tirées. En l’absence de consensus,
l’inspecteur général adjoint demandera leur avis à ses supérieurs du DIFE.
Cela permet d’adopter une démarche cohérente sur le point de droit à
l’examen.
Formation dans le cadre du processus de recrutement
Comme indiqué au chapitre 3, inclure un volet dédié la formation au processus
de sélection aide les candidats à en savoir plus sur les connaissances et
compétences qu’un inspecteur du travail doit posséder. Les candidats qui sont
découragés par les informations qu’ils reçoivent pendant cette période de
formation initiale peuvent ainsi retirer leur candidature avant le processus de
nomination. Les ressources et le temps alloués à ce stade devraient évidemment
être limités afin que le service d’inspection du travail puisse concentrer ses efforts
sur les candidats les plus motivés qui achèvent avec succès l’ensemble du
processus de recrutement.
22
Ibid.
50
Chapitre 5. Autres facteurs qui pè sent sur le
maintien des inspecteurs du travail dans
l’emploi et sur leur performance
Les chapitres 3 et 4 ont porté sur la façon dont les méthodes et critères de
recrutement influençaient le recrutement de bons candidats pour les postes
d’inspecteur du travail et le rôle de la formation dans la dispense des
connaissances et compétences nécessaires aux inspecteurs du travail pour
l’exercice de leurs fonctions. En outre, il a été constaté que les critères de
recrutement et la formation avaient une incidence sur le maintien du personnel
dans l’emploi.
Le chapitre 2 contenait une liste des difficultés qui rendent le travail de
l’inspecteur du travail moins attrayant, par exemple le manque d’infrastructures
de transport, les préjugés et la violence. De même, d’autres facteurs peuvent
aussi peser sur le maintien des inspecteurs du travail dans l’emploi et sur leur
performance, facteurs que les responsables des RH devraient prendre en
compte : le remboursement des frais nécessaires à l’exercice des fonctions ; la
rémunération ; les possibilités de promotion ; la mobilité ; l’équilibre entre vie
professionnelle et vie personnelle.
Les conventions nos 81 et 129 de l’OIT rappellent aux Etats Membres qu’il faut
rembourser les inspecteurs du travail « de tous frais de déplacement et de toutes
dépenses accessoires nécessaires à l’exercice de leurs fonctions »23. Dans le cas
contraire, les lieux de travail sont moins fréquemment visités, voire presque
jamais, ce qui revient à dire que le service d’inspection du travail n’est pas en
mesure de s’acquitter de ses fonctions principales.
Sous-payer les inspecteurs du travail peut avoir des conséquences graves. La
recommandation no 20 appelle l’attention sur la « rémunération » des
inspecteurs mais ne la relie qu’au fait « de les soustraire à toutes influences
extérieures »24, soit un juste salaire afin d’éviter la « tentation d’un traitement
23
Convention (no 81) de l’OIT sur l’inspection du travail, 1947, article 11, paragraphe 2.
24
Recommandation (no 20) de l’OIT sur l’inspection du travail, 1923, article 14 (partie III, B.).
51
complaisant à l’égard de certains employeurs en contrepartie d’un avantage
quelconque » 25 . La CEACR appelle également l’attention sur le fait qu’une
rémunération insuffisante du personnel du service d’inspection du travail peut
entraîner un plus fort renouvellement chez les inspecteurs du travail et rendre
plus difficile le fait d’attirer des personnes hautement qualifiées. Elle fait aussi
observer que les inspecteurs du travail peuvent être considérés avec dédain en
raison de leur bas salaire.
La CEACR souligne que la rémunération des inspecteurs du travail devrait être
« appropriée au niveau de leurs responsabilités » et être au moins égale à celle
d’autres fonctionnaires occupant des grades comparables dans le pays. Elle dit
que l’attribution de récompenses pour performances individuelles ou collectives
traduisent « la reconnaissance, le renforcement et l’utilisation rationnelle des
compétences des fonctionnaires ».
A ce stade, il semble pertinent d’examiner la mesure dans laquelle les Etats
Membres suivent les recommandations de la CEACR. Les niveaux de
rémunération dans les pays à faible revenu sont bas, et souvent inférieurs à ceux
des autres fonctionnaires exerçant des fonctions d’une complexité similaire. Cela
vaut également pour de nombreux pays à revenu intermédiaire. Parmi les pays
à revenu élevé, il existe de grandes différences dans les niveaux de salaire, même
entre des pays ayant un PIB approximativement identique. Nous pouvons
prendre l’exemple de l’Espagne et du Royaume-Uni : un inspecteur du travail
fraîchement recruté gagne environ le double du salaire minimum au Royaume-
Uni et 4,5 fois le salaire minimum en Espagne. La principale raison pour laquelle
il est mieux payé, en termes relatifs, en Espagne (même si, au Royaume-Uni, le
salaire minimum avoisine davantage le salaire moyen d’un inspecteur) tient au
fait que les nouvelles recrues y ont essentiellement les mêmes responsabilités
que les inspecteurs du travail confirmés, ce qui n’est pas le cas au Royaume-Uni,
où la formation initiale dure deux à quatre ans.
En ce qui concerne les écarts de rémunération globale des inspecteurs du travail
entre les pays, la principale différence tient à son lien, ou non, à la performance.
25
Rapport III (Partie 1B) àla 95e session de la CIT, 2006.
[Link]
52
Aucun exemple de rémunération liée à la performance n’a été trouvé parmi les
pays à faible revenu étudiés dans le cadre de l’élaboration du présent document,
dans lesquels la rémunération semble déterminée par le grade, le poste et
l’ancienneté. Dans les pays à revenu intermédiaire et élevé, il n’est pas rare de
trouver une prime à caractère incitatif. Sa part dans la rémunération totale varie
néanmoins considérablement et il existe plusieurs moyens pour évaluer la
performance. L’évaluation dépend de l’appréciation du supérieur hiérarchique
(par exemple, en Ukraine) ou de l’écart entre le stade où en est l’inspecteur et/ou
le service d’inspection du district et les cibles fixées pour l’année ou le trimestre
(par exemple, en Espagne).
Lorsque l’évaluation incombe uniquement au supérieur hiérarchique, des
orientations sont souvent données quant aux aspects de la performance à
considérer. Cependant, les éléments utilisés pour décider des notes ou des
commentaires à donner peuvent considérablement varier d’un évaluateur à
l’autre. Lorsque la performance individuelle et celle de l’équipe sont mesurées à
l’aune de résultats préalablement déterminés, les différences entre les pays
peuvent dépendre de la façon dont plusieurs types de résultats sont pris en
considération. Il peut s’agir du nombre de visites d’inspection menées, du
montant d’impôts non payés collectés ou du nombre de travailleurs non déclarés
enregistrés dans le système de sécurité sociale. La fixation d’objectifs précis et
quantitatifs passe par un plan d’action national solide fondé sur des données
fiables relatives au niveau d’application de la législation du travail dans le pays.
Les possibilités de promotion et le salaire ont des effets indiscutables sur le taux
de renouvellement. Comme l’ont souligné Mendeloff et coll. :
Une rémunération de base faible, une progression des salaires
insuffisante et l’absence de perspective de carrière au sein du service
d’inspection peut conduire à une usure conséquente26.
D’après les rapports du BIT sur les pays à faible revenu, le manque de bonnes
perspectives de carrière constitue l’une des principales causes du fort taux de
renouvellement chez les inspecteurs du travail. Il semble en aller de même pour
26
Mendeloff et coll., «Human resource practices for labor inspectorates in developing countries »
(UniversitéCornell, 2014), p. 7, disponible à l’adresse suivante :
[Link]
53
les pays à revenu intermédiaire. Deux rapports récents 27 sur le DIFE, au
Bangladesh, indiquent que le manque de postes de cadre dissuade quiconque
souhaitant faire carrière et qu’il s’agit de l’un des éléments qui poussent les
inspecteurs à quitter le service. Le BIT fait partie de ceux qui ont apporté des
éléments montrant qu’une bonne rémunération et des possibilités de carrière
sur le long terme avaient contribué à constituer des services d’inspection du
travail efficaces au Brésil et en République dominicaine28.
S’agissant des critères de promotion, pour passer de la première catégorie
d’inspecteur-élève à celle d’inspecteur de premier échelon, il est généralement
nécessaire de réussir un examen ou de réussir une formation ou un diplôme.
Après cette première promotion, les suivantes, à l’exception de celles concernant
les plus hautes fonctions, peuvent être accordées automatiquement (après avoir
accompli un certain nombre d’années à l’échelon précédent) ou sur la base de
l’ancienneté et du mérite. Ce second système peut prendre différentes formes
selon la façon dont le mérite est mesuré : certains pays évaluent la performance
(par exemple, le Portugal et la Belgique) tandis qu’ailleurs les inspecteurs doivent
acquérir de nouvelles qualifications ou compétences (par exemple, au
Kazakhstan).
La mobilité serait un autre facteur qui pèserait sur la motivation, les taux de
maintien dans l’emploi et la qualité de la performance. Nous avons déjà abordé
la mobilité verticale (promotion) mais la mobilité horizontale, qui consiste à
occuper un autre emploi pour la même autorité ou à être détaché auprès d’un
autre service ou organisme public ou d’une organisation internationale, peut
avoir un effet positif sur la performance de l’inspecteur quand il retrouve son
ancien poste. Plusieurs études suggèrent que les transferts vers des unités ayant
un fonctionnement similaire permettent aux intéressés d’acquérir de multiples
27
J. D. Martín Gonzalez, «Study on Department of Inspection of Factories and Establishments
(DIFE). High level staff retention and motivation »(Genève, OIT, 2017) ; S. Ashcroft et S. Williams,
«Strategic Review of the Labour Inspection System delivered by the Department for Inspection of
Factories in Bangladesh ».
28
R.R.C. Pires, «Flexible bureaucracies: Discretion, creativity, and accountability in labor
market regulation and public sector management », in Humanities and Social Sciences, vol.
71, no 1-A, (2010), p. 327.
54
compétences et d’avoir davantage de chances d’obtenir une promotion29, ce qui
signifie que le service d’inspection et l’inspecteur peuvent tirer parti de la mobilité
horizontale.
La recommandation no 20 recommande la mobilité de main-d’œuvre : « il est
désirable que les inspecteurs, en particulier pendant les premières années de
leur service, soient transférés d’un district à l’autre à des intervalles de temps
convenables, pour qu’ils acquièrent une expérience complète du fonctionnement
de l’inspection ». Von Richthofen30 suggère que les inspecteurs ne devraient pas
rester dans le même secteur de l’industrie pendant de longues périodes parce
qu’ils risquent de ne pas être suffisamment critiques face à des pratiques établies
depuis longtemps. Des données empiriques viennent étayer cette affirmation. En
1982, plusieurs auteurs ont conclu que les inspecteurs envoyés dans les mêmes
exploitations à ciel ouvert aux Etats-Unis pendant longtemps étaient moins
susceptibles d’exiger une application rigoureuse de la loi. De la même manière,
une étude sur les plateformes pétrolières en mer dans le golfe du Mexique 31 a
conclu que la durée d’une affectation avait un rapport avec le laxisme du
contrôle.
Les pratiques relatives à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ont des
effets sur le maintien dans l’emploi. Les recherches32 qui appuient les avantages
29
K. Ariga, «Horizontal transfer, vertical promotion, and evolution of firm organization »(Elsevier,
2004), disponible à l’adresse suivante : [Link]
[Link]/p/seido/output/Ariga/[Link].
30
W. von Richthofen, Labour inspection: A guide to the profession (Genève, BIT, 2002),
consultable depuis le 5 novembre 2014 à l’adresse
suivante : [Link]
31
L. Muehlenbachs, S. Staubli et M. Cohen, The effect of inspector group size and familiarity
on enforcement and deterrence: Evidence from oil platforms, Vanderbilt Law
and Economics Research Paper no 13-35, Vanderbilt Owen Graduate School of
Management Research Paper no 2350923 (2013), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
32
P. Mayberry, «Work-life balance policies and practices in the UK: Views of an
HR practitioner », in Journal of management, 23 (2) (2006), pp. 167-188 ; L. Morgan, The
impact of work-life balance and family-friendly human resource policies on employees’ job
satisfaction (London, Oxford University Press, 2009) ; M. White et coll., «‘High
55
d’un tel équilibre pour les services sont considérables. Les effets portent
notamment sur la satisfaction et le bien-être de l’employé ; la diminution de
l’absentéisme et du taux de renouvellement ; la réussite du recrutement et du
maintien dans l’emploi ; le renforcement de l’efficacité ; la satisfaction des clients.
Une étude du Roffey Park Institute33 a conclu que 38 pour cent d’un échantillon
d’employés envisageraient de quitter leur emploi actuel pour parvenir à un
meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, même si cela entraînait
une baisse de leur rémunération. Dans une autre étude, il est également affirmé
que les services qui investissent beaucoup dans cet équilibre connaissent un taux
de renouvellement des employés moindre34.
Quelques services d’inspection du travail nationaux ont, depuis de nombreuses
années, des pratiques qui favorisent l’équilibre entre vie professionnelle et vie
privée. L’Espagne en est un bon exemple. Depuis le début des années 1990, les
inspecteurs du travail y sont autorisés à travailler depuis chez eux et disposent
des moyens techniques pour ce faire. Ils sont uniquement tenus de se rendre au
bureau pour accomplir certaines tâches très précises (par exemple, rencontrer
des représentants d’employeurs ou d’employés).
Dans la plupart des pays de l’UE, l’amélioration de l’équilibre entre la vie
professionnelle et la vie privée des inspecteurs du travail a débuté pendant la
période allant de 2007 à 2014. Cela ne s’est pas fait par hasard mais fut la
conséquence d’efforts déployés pour contrebalancer les coupes budgétaires qui
avaient entraîné une diminution de l’équipe de direction et du personnel d’appui
dans plusieurs pays de l’UE. Des changements étaient nécessaires afin d’éviter
qu’une charge de travail trop importante ne pèse sur les épaules des inspecteurs
du travail en exercice.
Une étude du CHRIT, présentée à la soixantième réunion du CHRIT, en 2011, a
fait l’éloge de plusieurs outils et dispositifs informatiques qui ont eu des effets
importants sur la planification et la performance, en ce qui concerne le temps
Performance’ management practices, working house and work-life balance », in British
Journal of Industrial Relations, 41 (2) (2003), pp. 175-195.
33
Roffey Park Institute (2004), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
34
Mayberry, [Link].
56
passé aussi bien au bureau qu’en dehors du bureau35. Il s’agit d’un système de
planification du travail entièrement intégré (Agence danoise de l’environnement
de travail, DWEA), de bases de données enregistrant les travaux effectués, ainsi
que d’iPads et d’autres ordinateurs personnels de type tablette à utiliser sur le
terrain. Dans cette étude, plusieurs mesures visant à réduire les déplacements
non nécessaires au bureau sont énumérées, dont la tenue de réunions les jours
de bureau établis et une augmentation des vidéoconférences pour les réunions
internes. Une deuxième étude du CHRIT, rédigée en 201636, a résumé les niveaux
d’activité réglementaire entre 2008 et 2014 dans l’UE :
La plupart des services d’inspection nationaux du travail ne semblent pas
avoir fondamentalement changé leur approche en matière d’application
du règlement après les inspections et les investigations. Lorsqu’une
activité réduite apparaît, ce phénomène peut être lié aux ressources et aux
activités ciblées ou peut refléter l’évolution du profil de risque des
industries et des commerces entre 2008 et 2014. Les liens avec l’activité
économique doivent être pertinents, à un certain niveau, et une
diminution de l’activité de la construction peut à elle seule expliquer
certaines variations de l’activité des services d’inspection nationaux du
travail signalée.
Plusieurs pays ont conservé des profils d’activité très similaires et, même
là où les services d’inspection nationaux du travail ont réduit leur activité
d’inspection, la démarche suivie pour enquêter sur les incidents était
largement cohérente (…).
Les niveaux d’activité ont varié entre 2008 et 2014, mais aucune tendance
majeure ne s’est dessinée et l’activité a largement retrouvé des niveaux
similaires à ceux de 2008.
En ce qui concerne les effets de la réduction des ressources financières, l’étude
de 2016 conclut que la plupart des Etats membres n’ont pas eu à recourir à des
coupes budgétaires ni à augmenter le temps de travail des inspecteurs du travail.
35
CHRIT, Labour Inspectorate resource reductions in the European Union, Comitédes hauts
responsables de l’inspection du travail, document 756, 60e réunion du CHRIT (mai 2011).
36
CHRIT, Study about the impact of the economic crisis on the European labour inspection systems
from 2007 to 2014.
57
Cela indique que les outils et pratiques adoptés entre 2008 et 2014 pour gagner
du temps ont donné aux inspecteurs du travail davantage de temps avec leur
famille et pour leur vie privée, sans nuire aux niveaux d’efficacité.
De manière générale, le sous-effectif est un problème sérieux dans les pays à
faible revenu et à revenu intermédiaire. A cela s’ajoute le manque de véhicules
pour se rendre sur les lieux de travail et l’absence d’outils ou de dispositifs
informatiques qui pourraient aider à gagner du temps. Toutes ces difficultés
allongent généralement les journées de travail et diminuent l’efficacité, ce qui fait
qu’il est impossible, pour la plupart des inspecteurs du travail, de parvenir à un
équilibre acceptable entre leur vie professionnelle et leur vie privée.
Bonnes pratiques
Ré duction des dé penses lié es aux dé placements
Le remboursement des dépenses engagées par les inspecteurs du travail devant
se déplacer peut constituer une difficulté pour les services d’inspection du travail
qui manquent de moyens financiers. Cela dit, les frais de repas et de logement
peuvent être quelque peu réduits en prévoyant : la formation en cascade afin
qu’une seule personne par service d’inspection de district engage des dépenses
liées à son déplacement ; l’emploi de la vidéoconférence pour les réunions de la
haute direction des services d’inspection de district ; un logiciel d’organisation du
travail et de planification des trajets contribuant à organiser et rationaliser les
visites des lieux de travail, permettant ainsi de choisir les solutions les plus
économiques. L’acquisition de ce logiciel peut nécessiter des fonds
supplémentaires, au moins au début, mais les économies ultérieures
justifieraient un tel investissement.
En 2009, la DWEA a mis en place Transvision, un programme informatique
d’organisation des visites et de planification des trajets, après avoir remarqué
que le système antérieur faisait parcourir trop de kilomètres et répéter les trajets.
Ce programme :
Est directement lié aux systèmes d’enregistrement et de gestion du
travail existants ;
58
Enregistre la position des inspecteurs (domicile) et leurs
« caractéristiques » (expertise sectorielle, etc.) ;
Etablit la liste des lieux de travail à visiter au cours du trimestre suivant et
leurs « caractéristiques » (type d’industrie, taille, etc.) et ajoute les
investigations, selon que de besoin ;
Attribue le bon inspecteur à l’entreprise et agende les visites ;
Prévoit les visites sur le bon trajet ;
« Fixe » les visites une semaine à l’avance, donnant ainsi aux inspecteurs
le temps de la préparer ;
Permet aux inspecteurs de rejeter une visite ou de demander une visite
supplémentaire.
Systèmes d’incitation à la performance
Dans plusieurs pays, on a constaté que la qualité du travail des inspecteurs du
travail, leur efficacité et la probabilité d’une démission dépendaient de la mesure
dans laquelle leur rémunération était liée à leur performance.
Il semble que si une partie de la rémunération totale est liée à la performance,
cela a des effets bénéfiques sur le moral des inspecteurs et les encourage à rester
dans le service d’inspection. En outre, il semble que les travailleurs considèrent
que mesurer la performance au moyen d’indicateurs objectifs constitue la plus
juste méthode d’évaluation.
Plusieurs expériences (par exemple, au Brésil avant 2008) donnent à penser que
fonder une compensation seulement sur le nombre d’inspections effectuées ou
sur le montant du recouvrement d’impôts impayés pousse les inspecteurs à se
concentrer strictement sur les mesures de leur performance et à négliger les
aspects de leur travail qui ne sont pas récompensés. Une rémunération incitative
exclusivement fondée sur l’efficacité individuelle a également été critiquée car
elle décourage la coopération entre collègues.
Il semblerait donc conseillé d’introduire un système qui : premièrement,
récompense le mérite en évaluant la performance sur la base de critères
objectifs ; deuxièmement, tient compte de la performance individuelle et par
équipe ; troisièmement, inclut certaines vérifications de la qualité du travail fait.
S’agissant des critères objectifs, ils devraient inclure autant d’indicateurs
59
quantifiables pertinents que possibles : nombre et types d’inspections ; résultats
issus de ces inspections, sans se limiter aux recouvrements d’impôts impayés. Le
terme « équipe » peut non seulement désigner le service de district mais aussi
les équipes spécialisées d’inspecteurs du travail. Dans tous les cas, les objectifs à
atteindre doivent être fixés à l’avance et dépendre d’un plan d’action national
conçu sur la base de données actualisées concernant des aspects relatifs aux
attributions du service d’inspection du travail (par exemple, accidents du travail
et maladies professionnelles). Les contrôles de la qualité peuvent consister en un
examen des rapports, des avis d’amélioration et d’autres documents pertinents
établis par les inspecteurs du travail, effectué par le supérieur hiérarchique à une
fréquence plus ou moins importante. Il s’agit de l’un des moyens visant à aider
les inspecteurs à élever leurs normes de travail.
L’Espagne est un pays où le service d’inspection du travail a adopté, depuis
longtemps, un système de compensation qui remplit les trois conditions
précitées. Avec quelques petites modifications, n’importe quel pays peut
aisément adopter le modèle espagnol, pour autant que son service d’inspection
du travail ait accès aux données relatives aux infractions à la législation du travail
et aux questions de SST sur le territoire national. Ces données devraient
constituer le socle d’un plan d’action national précisant les programmes et
activités du service d’inspection du travail et les résultats escomptés dans une
période donnée. Ainsi, les critères objectifs qui déterminent la rémunération de
l’inspecteur sont solidement ancrés. Le montant incitatif lié à la performance que
chaque inspecteur du travail reçoit en Espagne dépend de la mesure dans
laquelle le service de district et l’inspecteur concerné accomplissent leur part
dans les résultats escomptés.
Des parcours professionnels attrayants
Un parcours professionnel attrayant semble diminuer les risques de voir les
inspecteurs quitter le service d’inspection. Il devrait donc offrir suffisamment de
postes de direction afin que tout inspecteur ambitieux, efficace et qualifié puisse
raisonnablement escompter qu’il aura la possibilité d’assumer un rôle de
direction à un moment de sa vie professionnelle. Les concours internes évaluant
l’acquisition de nouvelles qualifications ou prenant la forme d’examens semblent
être le moyen le plus fiable de promouvoir les meilleurs inspecteurs. Ils
60
permettent d’éviter le risque posé par des critères hautement subjectifs
appliqués à l’appréciation des candidats, ou les soupçons de favoritisme.
Aucune étude n’a été menée pour évaluer si les mesures précitées ont réussi à
retenir des inspecteurs du travail et à améliorer leur efficacité. Cela n’est guère
surprenant, car les informations relatives aux effets des gratifications
professionnelles accordées aux employés du secteur public sont rarement
significatives et ne peuvent être aisément extrapolées d’un pays à l’autre 37 .
Cependant, d’après plusieurs études et des entretiens avec des inspecteurs du
travail portant sur les motifs de mécontentement, le manque de postes
administratifs et le fait que les promotions se fondent sur des critères opaques
ou trop subjectifs jouent un rôle non négligeable dans le maintien des
inspecteurs dans l’emploi et leur manque d’efficacité. Dans plusieurs pays
d’Amérique latine, dont l’Argentine, le Brésil, le Chili, El Salvador, le Nicaragua et
l’Uruguay, des réformes substantielles ont été entreprises pour mettre en place
un parcours professionnel plus clair pour les inspecteurs, ce qui, semble-t-il, a
réduit le taux de renouvellement38.
Faciliter le retour des inspecteurs du travail au service
d’inspection du travail
Dans plusieurs pays, les inspecteurs du travail détachés auprès d’une autre
organisation, internationale ou nationale, ont le droit de revenir au service
d’inspection du travail au niveau ou au rang qu’ils occupaient avant d’être
détachés. Toutefois, d’après notre recherche documentaire, seuls trois pays au
monde, l’Espagne, la France et le Portugal, accordent ce droit aux inspecteurs du
37
Economic Insight, Valuing different workplace rewards (octobre 2017), disponible à l’adresse
suivante :
[Link]
988/Valuing_Different_Workplace_Rewards.pdf.
38
M. L. V. Ruiz, Labour administration: To ensure good governance through legal
compliance in Latin America. The central role of labour inspection, Programme
d’administration et d’inspection du travail, document de travail no 1 (Genève, BIT, 2009).
Depuis le 5 novembre 2014, disponible à l’adresse
suivante : [Link]
61
travail lorsqu’ils reviennent après avoir été employés, et non seulement
détachés, par une organisation du secteur privé ou du secteur public.
Il est indéniable que l’organisation dans laquelle les inspecteurs du travail se
rendent devient leur nouvel employeur. Cependant, la raison pour laquelle les
mêmes droits sont accordés à ces inspecteurs du travail qu’à ceux qui ont été
détachés tient au fait que les avantages pour le service d’inspection sont
considérés comme étant globalement identiques. Pour le service d’inspection du
travail, être employé ailleurs permet aux inspecteurs d’améliorer leurs
connaissances, leurs aptitudes et leurs compétences, ce qui peut renforcer leur
motivation et diminuer le taux de renouvellement.
62
Annexe I
A) Justification
La présente annexe contient une description de la politique de RH concernant
les inspecteurs du travail dans quatre pays : un en Amérique latine et trois en
Europe. Les trois pays européens n’ont pas été uniquement choisis parce que
leur système d’inspection du travail est complet et qu’il existe depuis
longtemps mais, plus important encore, parce qu’il influence fortement le
système de pays ayant un cadre juridique et une organisation de la fonction
publique similaires.
En présentant des exemples de politiques de RH cohérentes et répondant
aux besoins des inspecteurs du travail, la présente annexe vise à réunir les
différents systèmes qui ont été analysés séparément dans la présente étude,
permettant ainsi d’en illustrer l’interdépendance.
Il convient de noter que les informations fournies sur chacune de ces trois
politiques de RH ne décrivent pas dans le détail le cadre juridique ni le statut
ou la carrière des inspecteurs du travail dans chacun de ces pays mais qu’elles
en présentent les principales caractéristiques. Les lecteurs qui souhaiteraient
en savoir davantage peuvent consulter les pages Web mentionnées.
B) L’exemple de quatre pays
Espagne
Royaume-Uni
Pérou
France
63
ESPAGNE39
Statut de l’inspecteur du travail et de la sé curité sociale
En Espagne, l’inspection du travail et de la sécurité sociale (ITSS) est le service
public chargé de veiller au respect des normes relatives au travail et à la sécurité
sociale, d’assurer le respect du principe de responsabilité et de fournir des
conseils et, le cas échéant et subsidiairement, un service de conciliation, de
médiation et d’arbitrage sur les sujets de sa compétence.
Les inspecteurs du travail et de la sécurité sociale sont autorisés à exercer tous
les pouvoirs légalement attribués à l’ITSS et sont considérés, dans l’exercice de
leurs fonctions, comme dépositaire de l’autorité publique.
Les inspecteurs du travail et de la sécurité sociale sont des fonctionnaires qui, en
tant que tels, sont soumis au cadre juridique applicable à tous les fonctionnaires
en ce qui concerne leurs droits, leurs responsabilités et les limites de leur action.
Afin de comprendre ce que le statut de l’inspecteur du travail et de la sécurité
sociale signifie au sein de la fonction publique espagnole, il est important de
relever que le classement des fonctionnaires de carrière reflète :
- Le corps auquel ils appartiennent. Il regroupe les pouvoirs, capacités et
connaissances acquis au cours du processus de sélection.
- La catégorie à laquelle appartient ce corps. Il en existe trois, selon la
qualification minimum requise pour appartenir à chacune d’entre elles. Un
diplôme universitaire est nécessaire pour faire partie de la catégorie la
plus élevée (catégorie A).
- Certaines catégories, dont la catégorie A, sont divisés en sous-catégories,
selon le niveau de responsabilité auquel correspondent les fonctions que
les fonctionnaires sont appelés à exercer et la nature des tests d’admission
39
For more detailed information see: [Link]
64
dans cette sous-catégorie. La sous-catégorie A1 est la plus haute placée
dans le groupe A.
- Classification du poste. Chaque corps, selon la catégorie à laquelle il
appartient, est divisé en grades selon le poste. La catégorie A en compte
entre 20 et 30. Le grade d’un fonctionnaire dépend des fonctions dont il
s’acquitte ou, le cas échéant, de celles qui lui incombaient auparavant.
En résumé, en Espagne, le statut des inspecteurs du travail et de la sécurité
sociale au sein de la fonction publique implique : l’appartenance à un corps
supérieur de l’administration (le Corps supérieur des inspecteurs du travail et de
la sécurité sociale) ; l’appartenance à un corps de catégorie A1, qui fait partie de
la catégorie la plus élevée des fonctionnaires ; le fait d’occuper un poste aux
grades 26 et 27, qui sont les grades les plus élevés.
Processus de sé lection des inspecteurs du travail et de la sé curité sociale
Pour faire partie du Corps supérieur des inspecteurs du travail et de la sécurité
sociale, il faut être majeur, de nationalité espagnole et titulaire d’un diplôme
(doctorat ou diplôme de fin de deuxième cycle universitaire, d’ingénieur ou
d’architecte) et réussir le processus de sélection qui, comme tous les processus
de sélection de la fonction publique, en Espagne, est régi par les principes
constitutionnels d’égalité, de mérite et d’aptitude.
Lorsqu’un avis de vacance au sein de la fonction publique est publié, le Sous-
secrétariat du ministère du Travail, des Migrations et de la Sécurité sociale
(service par lequel l’Agence gouvernementale de l’inspection du travail et de la
sécurité sociale, OEITSS, est rattachée au ministère) annonce le processus de
sélection visant à pourvoir ce poste. Cet avis, publié au Journal officiel, précise le
nombre de postes ouverts, les sujets couverts par le processus de sélection, les
exercices que devront passer les candidats, l’évaluation à laquelle ils seront
soumis, les résultats à obtenir dans le cadre des tests et la composition du jury
de sélection.
Les candidats externes et internes peuvent participer au processus de sélection.
Cependant, les candidats internes (des sous-inspecteurs du travail (contrôleurs
du travail) pour la plupart) peuvent obtenir des points supplémentaires s’ils
65
soumettent des éléments attestant qu’ils possèdent les qualifications, les
compétences ou l’expérience professionnelle nécessaires.
Pendant la phase des épreuves, les candidats doivent passer une série de tests
visant à démontrer leur connaissance de la réglementation en ce qui concerne le
rôle de l’inspection (par des exposés oraux et écrits), leur aptitude à prendre une
décision sur des cas d’inspection (c’est-à-dire, à appliquer la réglementation dans
une situation concrète) et leur maîtrise d’une langue étrangère.
Le temps de préparation nécessaire pour réussir les épreuves varie
considérablement. Il convient de ne pas oublier que le programme compte
quelque 270 sujets et que l’expérience montre que la préparation dure au moins
un an (très rarement) et va jusqu’à trois, voire quatre ans. En règle générale, la
préparation est de trois ans environ.
Une fois que le candidat a réussi ces épreuves, il devient « inspecteur stagiaire »
et entre dans la seconde étape du processus, qui est un cours de sélection axé
sur la pratique. Ce cours se divise en deux parties : la première, organisée par
l’Ecole de l’inspection du travail et de la sécurité sociale (unité de formation
spécialisée de l’OEITSS), vise à enseigner aux inspecteurs stagiaires les
compétences analytiques des différents domaines de l’inspection du travail. Les
inspecteurs stagiaires doivent ensuite passer des tests pour faire la preuve des
connaissances qu’ils ont acquises. La deuxième partie prévoit que les inspecteurs
stagiaires examinent un cas, leur examen étant ensuite noté par le jury de
sélection.
La durée de ce cours de sélection a varié par le passé. Les plus récents sont
d’environ 400 heures, étalées sur cinq mois maximum.
Le total des notes qu’un candidat obtient au stade des épreuves et lors du cours
de sélection constitue la note finale du candidat externe. Les candidats internes
peuvent ajouter à ce total les points accordés pour leur « mérite » (qualifications
et/ou expérience professionnelle pertinente).
Après avoir réussi le processus de sélection, les inspecteurs stagiaires sont placés
dans les communautés et provinces autonomes, où ils accompagnent les
inspecteurs expérimentés qui y sont affectés. Cela leur permet d’apprendre le
côté pratique du travail de l’inspecteur. A l’issue de la période de placement, les
inspecteurs stagiaires deviennent des fonctionnaires de carrière et sont affectés
66
à un lieu (selon la note qu’ils ont obtenue lors du processus de sélection) où ils
obtiendront finalement un poste. La période de placement d’un inspecteur
stagiaire varie. Elle dure généralement de cinq à huit semaines.
Politique en matiè re de formation des inspecteurs du travail et de la sé curité
sociale
Outre la formation initiale qu’ils suivent pour obtenir leur poste, les inspecteurs
du travail et de la sécurité sociale suivent une formation continue tout au long de
leur vie professionnelle. Pour l’ITSS, cette formation est :
i) Un droit. Il est admis que les inspecteurs ont droit à une formation
continue et à la mise à jour de leurs connaissances et capacités
professionnelles tout au long de leur vie professionnelle. A cet égard,
l’Ecole de l’inspection du travail et de la sécurité sociale est chargée
d’organiser, de diriger et d’évaluer les cours, programmes et activités de
formation aux fins de formation continue et d’élaborer des programmes
et activités de mise à jour des connaissances professionnelles, de
spécialisation et de perfectionnement professionnel. Chaque année, un
programme dispense des activités de formation sur différents aspects du
travail des inspecteurs (essentiellement, mais non exclusivement, sur la
sécurité sociale et l’emploi, la prévention des accidents du travail, les
relations professionnelles, les nouvelles technologies et les technologies
de l’information, les relations internationales et les langues, les
compétences relationnelles et la protection des données). Il se compose
d’une formation en présentiel, dispensée au niveau central (à Madrid, dans
l’Ecole) et au niveau régional (au niveau de la communauté autonome et
de la province), et d’une formation en ligne. Afin d’encourager leur
participation, la présence des inspecteurs à ce programme est prise en
compte dans leurs objectifs d’efficacité.
ii) Une obligation. Les inspecteurs sont tenus de participer aux activités de
formation et de spécialisation auxquelles ils sont affectés. Même si la
participation aux cours est généralement volontaire, la présence à certains
cours, tels ceux qui visent à leur dispenser la formation nécessaire pour
qu’ils puissent répondre aux exigences de leur rôle, par exemple participer
à une campagne sur l’inspection, est obligatoire.
67
Evolution de carriè re des inspecteurs du travail et de la sé curité sociale en
Espagne
Les possibilités de carrière et de promotion des inspecteurs du travail et de la
sécurité sociale sont régies par les mêmes principes que ceux qui s’appliquent à
l’admission au corps (égalité, mérite et aptitude). Comme indiqué au début du
présent rapport, le poste d’inspecteur figure aux grades 26 et 27. Les inspecteurs
sélectionnés débutent leur carrière au grade 26 et montent en grade au bout de
deux années de service.
Pour passer du grade 26 aux grades supérieurs de la catégorie A (qui, comme
précédemment indiqué, en compte 30 au maximum), les étapes suivantes
doivent être franchies (toutes deux doivent faire l’objet d’un avis public) :
Un concours. C’est la voie habituellement suivie pour pourvoir un
poste. Les avis de concours doivent indiquer les conditions
d’admission et notamment les éléments pris en compte (années de
service, niveau de formation, aptitude à concilier vie personnelle et
familiale, etc.), l’échelle de notation et la composition du jury
d’évaluation. Le poste est attribué au candidat qui obtient les
meilleures notes. En participant à ce concours, les inspecteurs
peuvent atteindre le grade 27, en se présentant pour des postes
annoncés à ce grade, ou le grade 28, en se présentant pour des
postes de direction vacants annoncés dans les services provinciaux
d’inspection.
Une libre nomination pour les postes à responsabilité spéciale (statut
d’emploi) et les postes de confiance. L’annonce d’un tel poste doit
indiquer les exigences du poste nécessaires et le corps qui évaluera, à
sa discrétion, l’aptitude des candidats. Une fois nommé, le candidat
peut être renvoyé, à la discrétion du corps.
Au sein de la structure administrative de l’OEITSS, certains postes sont
généralement occupés par des inspecteurs du travail et de la sécurité sociale, ce
qui permet aux inspecteurs d’occuper des postes aux grades 28, 29 et 30. Cela
est le cas dans :
La structure administrative centrale, à savoir à la tête de la Sous-
direction du Bureau chargé de la lutte contre la fraude, de la Sous-
68
direction générale de la coordination de l’inspection du système des
relations professionnelles et de la Sous-direction générale des
relations institutionnelles et de l’assistance technique.
La structure administrative territoriale de l’OEITSS, à la tête de la
Direction spéciale, des directions territoriales, de la direction des
services d’inspection provinciaux et, au sein de ceux-ci, de la direction
des unités spécialisées.
Politique en matiè re de ré muné ration pour les inspecteurs du travail et de la
sé curité sociale
La rémunération des inspecteurs du travail et de la sécurité sociale
(fonctionnaires) se divise en deux parties : la rémunération de base, payée à
l’inspecteur en fonction de la catégorie ou sous-catégorie à laquelle son corps
professionnel appartient, et la rémunération complémentaire, proportionnelle
aux caractéristiques de son poste, de sa carrière professionnelle et de ses
objectifs de performance.
Il convient de noter que le salaire de la plupart des fonctionnaires équivaut à la
rémunération de base. Les fonctionnaires qui appartiennent à des corps inclus
dans des sous-catégories inférieures et ceux dont le travail est moins complexe
reçoivent une rémunération complémentaire moindre, tandis que les
fonctionnaires des corps supérieurs, tels les inspecteurs, reçoivent une
rémunération complémentaire plus importante.
La rémunération de base consiste en :
- Un salaire, soit le montant alloué aux inspecteurs pour leur travail, au
sein de la sous-catégorie A1 ;
- Une augmentation triennale. Ces catégories de rémunération de base
sont payées en douze mensualités, avec deux paiements supplémentaires
en juin et en décembre de chaque année.
La rémunération supplémentaire couvre :
- L’indemnité pour postes spéciaux, qui requièrent certaines exigences
techniques, certains engagements et une certaine responsabilité. Il s’agit
69
de l’une des formes de rémunération les plus importantes pour les postes
à responsabilité spéciale.
- L’indemnité d’affectation : plus le poste est complexe et riche en
responsabilités, plus cette indemnité est élevée. Lorsqu’ils entrent dans le
système, l’indemnité d’affectation des inspecteurs est celle du grade 26. A
mesure qu’ils avancent dans leur carrière, le montant de cette indemnité
augmente.
- Le bonus d’efficacité : cette rémunération varie selon la performance
individuelle de l’inspecteur. Elle récompense la performance élevée et les
efforts et le dévouement des inspecteurs dans l’exercice de leurs fonctions.
Un plan d’action intégré pour le système de l’ITSS est élaboré chaque
année. Il fixe des cibles de performance pour les inspecteurs selon leur
niveau de responsabilité afin de garantir que leur performance est
conforme à la situation économique et sociale. En Espagne, le bonus
d’efficacité du système de rémunération de l’ITSS va de 10 à 21 pour cent
de la rémunération totale.
- La prime pour les services supplémentaires assurés en dehors des heures
de travail normales : rémunération pour les services de garde lorsqu’il
s’agit d’enquêter sur des accidents du travail (mortels, graves ou majeurs)
survenus le week-end ou un jour férié. Cette prime tient compte du lieu,
de la disponibilité de l’inspecteur et du déplacement sur les lieux de
l’accident, dans les limités horaires fixées. Dans ces cas, la prime couvre la
présence sur les lieux et les interventions, en raison des services
supplémentaires assurés.
- Indemnités d’exercice des fonctions : il s’agit des paiements pour les
dépenses encourues par les inspecteurs lorsque ceux-ci ont dû utiliser leur
véhicule privé pour effectuer une visite d’inspection. Ces indemnités
couvrent le nombre de kilomètres parcourus, les frais de péage et, le cas
échéant, les frais d’entretien du véhicule.
Mobilité des inspecteurs du travail et de la sé curité sociale
La mobilité des inspecteurs du travail et de la sécurité sociale au sein de
l’organisation territoriale de l’OEITSS peut prendre différentes formes.
70
De manière générale, quand un inspecteur souhaite changer de lieu
d’affectation, il doit répondre à un avis de concours qui énumère les lieux
d’affectation vacants dans différentes provinces, ainsi que les conditions qui
régissent le processus. Le poste est attribué au candidat qui obtient les
meilleures notes au concours.
Même si cela arrive moins souvent, il est également possible que deux
inspecteurs qui occupent le même poste dans différentes provinces échangent
leur place.
Il est également possible de déplacer ou de couvrir temporairement des postes,
par exemple au moyen de détachements ou d’affectations temporaires. Dans ces
deux cas, le poste occupé n’est pas « transféré » et la situation est temporaire.
La mobilité des inspecteurs peut également être motivée pour des raisons de
santé ou de réadaptation, ou par un cas de violence sexiste (afin de garantir leur
protection et leur droit à une aide sociale complète).
ROYAUME-UNI40
Bureau pour la santé et la sécurité (Health and Safety Executive, HSE)
Statut des inspecteurs du travail dans l’emploi
Permanent
Recrutement des inspecteurs du travail
Campagnes de recrutement payées dans des médias externes :
o Google
o TARGETjobs
o Jobs The Word
o Totaljobs
40
Pour tous renseignements complémentaires, veuillez consulter la page suivante :
[Link]
71
o Annonce dans le journal The Guardian (The Guardian jobs)
Médias gratuits :
o LinkedIn
o Disability Job Board
o Site Web du HSE
Participation aux salons de recrutement de diplômés.
Processus d’évaluation:
Etape 1 : Formulaire synthétique de candidature
Tests en ligne - test de raisonnement verbal et test de connaissance
sur la fonction publique (en ligne).
Etape 2 : Centre d’évaluation - notamment l’exercice « du bac à courrier », un
exposé suivi d’une séance de questions/réponses, un test écrit, un
jeu de rôle.
Formation. Le programme de formation des inspecteurs alterne le
travail de terrain et l’apprentissage. Les inspecteurs stagiaires tentent de
décrocher le diplôme du Bureau national d’examen en sécurité et santé
au travail (NEBOSH) (niveau 7), mention réglementation liée à la sécurité
et la santé au travail, diplôme propre au HSE.
Les deux premières années ont essentiellement pour objectif de donner
au candidat retenu, qui travaille sur le terrain, tout en étant encadré, les
connaissances juridiques nécessaires pour qu’il sache mener à bien une
inspection, enquêter et faire appliquer la loi. Cela fait partie du socle de la
formation technique de base qui vise à déterminer les problèmes en
matière de santé et de sécurité, à analyser les situations de travail, à
juger du respect de la loi et à décider si des mesures correctives doivent
être prises. Le progrès et la performance du candidat sont évalués à
l’aune d’étapes clés de progression qu’il faut franchir en temps voulu
pour rester employé par le HSE. Le candidat doit obtenir le diplôme pour
rester au HSE.
72
Le HSE apporte un soutien complet aux inspecteurs stagiaires en les
formant par l’intermédiaire de leur supérieur, d’un tuteur dévolu et de
responsables du perfectionnement. Les inspecteurs stagiaires bénéficient
également de l’appui des autres collègues stagiaires.
La troisième année du programme de formation suit le même processus
d’apprentissage par l’expérience que les deux premières années. Elle est
l’année du « développement professionnel continu ». Elle est consacrée
aux connaissances techniques sur les questions relatives à la santé et à la
sécurité afin que les stagiaires puissent s’occuper de la multitude
d’entreprises qui relèvent de la compétence du HSE.
Promotion. S’il franchit les étapes du perfectionnement et s’il réussit en
particulier les évaluations imposées, le stagiaire peut prétendre à une
promotion au rang d’inspecteur principal et à d’autres modules du
programme de formation. En tant qu’inspecteur principal, son salaire
passe à 37 292 livres sterling. Les recrues devraient parvenir à ce stade
dans les deux ans qui suivent le début du programme de formation.
Rémunération. Elle s’élève à 29 472 livres et passe à 37 292 livres à
l’issue des deux années du programme de formation des inspecteurs. Les
candidats à Londres reçoivent 4 260 livres supplémentaires (selon le
coefficient de pondération appliqué pour Londres).
Mobilité. Elle suppose le déménagement vers d’autres services
d’inspection ou sièges de district ou le détachement vers d’autres
services ou organisations. En tant que fonctionnaires, les inspecteurs
doivent être mobiles dans les services publics, dans les limites du
raisonnable. Ce qui est raisonnable dépend de la situation personnelle au
moment de tout changement de lieu de travail proposé. Le transfert
d’une division à l’autre peut être nécessaire, selon que de besoin.
73
PEROU41
Politiques de RH pour les inspecteurs du travail de la SUNAFIL
La présente partie vise à examiner la gestion des RH au sein de la Direction
générale nationale de l’inspection du travail (SUNAFIL) en analysant la relation
entre les politiques d’indemnisation financière et non financière en place, d’une
part, et les conditions de travail, la procédure de recrutement, la formation et la
promotion interne des inspecteurs du travail, d’autre part, ainsi qu’en définissant
les meilleures pratiques et les possibilités d’amélioration de la performance des
inspecteurs.
Elle brosse également le profil du personnel de l’inspection et indique
notamment la tranche d’âge à laquelle les fonctionnaires appartiennent. Les
relations de travail entre les inspecteurs du travail et la SUNAFIL, dont la politique
actuelle en matière de rémunération, seront également abordées.
SUNAFIL
La SUNAFIL est une agence technique spécialisée rattachée au ministère du
Travail et de la Promotion de l’emploi. Elle est chargée de promouvoir, de
superviser et de contrôler le respect des lois sociales et de la législation du travail,
ainsi que de la législation relative à la sécurité et à la santé, et de fournir des
conseils techniques, de mener des enquêtes et de promouvoir l’action normative
sur ces questions. La vision de la SUNAFIL consiste à rendre les citoyens
péruviens hautement employables et à veiller à ce qu’ils soient protégés par les
droits au travail et à ce qu’ils puissent occuper des emplois qui contribuent au
développement durable et inclusif du Pérou, garantissant ainsi un travail décent
et productif.
41
Pour tous renseignements complémentaires, veuillez consulter la page suivante :
[Link]
74
La SUNAFIL est une agence administrative indépendante dotée d’un fort degré
d’autonomie dans l’exercice de ses fonctions, dans le cadre juridique prévu par
la même loi que celle qui a porté création de l’agence, le 15 janvier 2013. Elle est
opérationnelle depuis avril 2014. Le personnel de l’inspection est réparti en trois
niveaux : les inspecteurs assistants, les inspecteurs du travail et les inspecteurs
superviseurs qui, jusqu’alors, exerçaient leurs fonctions au sein d’une direction
générale du ministère du Travail et de la Promotion de l’emploi.
Cré ation de la SUNAFIL
Dès sa création, en 2013, les compétences fonctionnelles et le personnel
d’inspection du ministère du Travail et de la Promotion de l’emploi ont été
transférés à la SUNAFIL. Il a été précisé que les travailleurs qui appartenaient au
service d’inspection seraient employés en vertu de la réglementation régissant le
travail dans le secteur privé, offrant une plus grande sécurité de l’emploi et de
meilleures prestations aux travailleurs que la réglementation du secteur public
au Pérou.
Avant la création de la SUNAFIL, les inspecteurs du travail exerçaient leurs
fonctions, dans le cadre de la réglementation du travail de la fonction publique,
en vertu de laquelle les salaires étaient inférieurs à leur rémunération actuelle
(40 pour cent de moins), et dans des conditions de travail qui ne pouvaient
aucunement satisfaire les exigences du rôle de l’inspection. Depuis, la SUNAFIL,
agissant de son propre chef ou au moyen de différents mécanismes de
négociation collective, garantit progressivement des avantages au personnel
d’inspection.
Ré muné ration des inspecteurs du travail
A l’heure actuelle, les membres du personnel d’inspection assurent leurs
missions dans le cadre de la réglementation du travail relative au secteur privé
et sont rémunérés selon leur poste. En outre, ils bénéficient des prestations
prévues par la loi, touchent le bonus annuel pour le personnel d’inspection et
une indemnité qui couvre le transport et les frais de repas pendant les heures de
travail, reçoivent un uniforme de travail et des vêtements de travail, et
bénéficient également de 30 jours de congé pour chaque année travaillée, de
75
congés rémunérés et d’une compensation non financière. Le revenu annuel des
inspecteurs du travail est détaillé dans le tableau A.1 ci-après.
Tableau A.1 Revenu annuel du personnel d’inspection du travail
Paiement Superviseur Inspecteur Assistant
Rémunération 102 000 90 000 78 000
Formation 400 400 400
Bonus 17 000 15 000 13 000
Compensation pour le 9 917 8 751 7 584
temps travaillé
Bonus du personnel 8 370 8 370 8 370
d’inspection
Transport et collations 6 534 6 534 6 534
Revenu annuel (en 144 221 129 055 113 888
soles)
Conditions de travail des inspecteurs du travail
Les avantages accordés aux inspecteurs du travail répondent aux exigences
financières et non financières en matière de compensation pour le personnel
d’inspection. En outre, la compensation accordée a été conçue pour répondre à
certains besoins non financiers, propres à chaque individu, conjoncturels et
répondant aux exigences légales du travail des inspecteurs.
76
Au cours des deux dernières années, le travail d’équipe, l’engagement au travail,
l’autonomie, l’entreprise et l’innovation, éléments nécessaires pour que la
SUNAFIL ait une culture plus holistique et fasse plus efficacement son travail, ont
notamment été promus.
En outre, la SUNAFIL a optimisé les conditions de travail du personnel
d’inspection qui reçoit notamment chaque année : des vêtements de travail
adaptés aux fonctions que ses membres exercent, un équipement de protection
individuelle, une assurance contre les accidents du travail et les maladies
professionnelles, et une assurance complémentaire pour les travaux dangereux.
Elle a également instauré des groupes de travail, réunissant des membres du
personnel de tous les niveaux, qui se concentrent sur des problèmes précis,
notamment liés au travail, au travail des enfants, à la sécurité et à la santé au
travail, au travail rural et au travail informel en milieu urbain.
Les inspecteurs ont également à leur disposition une flotte de fourgonnettes et
de minibus qui leur permet de se rendre de leur bureau aux lieux de leurs
contrôles.
Il convient de faire observer que, depuis qu’elle est à sa tête, la direction actuelle
de la SUNAFIL a créé les conditions nécessaires au versement du bonus annuel
au personnel d’inspection (au moyen d’une négociation collective lorsque le
personnel d’inspection travaillait sous l’égide du ministère du Travail et de la
Promotion de l’emploi avant la création de la SUNAFIL). Elle verse ce bonus depuis
2017, après avoir autorisé les paiements cumulés des années précédentes. En
outre, elle examine actuellement s’il y a suffisamment de fonds pour payer le
transport (soit 15 soles par jour) et les repas (soit 12 soles par jour) au travail.
Cette question fait l’objet d’une négociation collective.
Recrutement des inspecteurs du travail
L’ensemble du personnel d’inspection est entré à l’inspection du travail de deux
manières clairement distinctes :
i. En étant transféré du ministère du Travail et de la Promotion de l’emploi
à la récente SUNAFIL, en 2014 ;
77
ii. En réussissant l’un des deux concours publics tenus en 2018.
Les premiers, transférés du ministère du Travail et de la Promotion de l’emploi,
sont entrés à l’inspection du travail comme suite à un concours public. Leurs
conditions de travail et leur situation financière étaient beaucoup moins bonnes
quand ils travaillaient au ministère que maintenant.
A l’heure actuelle, ces inspecteurs représentent au moins 66 pour cent de tous
les inspecteurs du travail. Ils sont âgés de 40 à 60 ans, avocats de profession et
formés au travail de l’inspection sur le terrain.
Les seconds sont inspecteurs depuis relativement peu de temps. Entrés à
l’inspection par l’un des deux concours publics, ils représentent environ 34 pour
cent de tous les inspecteurs, sont âgés de 25 à 35 ans et ont des professions
différentes (ils sont notamment géologues, ingénieurs dans plusieurs domaines,
comptables, médecins ou infirmiers). Il y a beaucoup moins d’avocats dans le
deuxième groupe que dans le premier.
Comme indiqué précédemment, deux processus de sélection ont eu lieu à
l’échelle nationale, en 2018. Au cours du premier, quelque 12 000 candidats se
sont présentés pour 160 postes, contre 10 000 candidats environ pour 80, lors du
second. Deux universités prestigieuses, à savoir l’Université nationale
d’ingénierie (Universidad Nacional de Ingeniería, UNI) et l’Université nationale de
San Marcos (Universidad Nacional Mayor de San Marcos, UNMSM) ont participé aux
concours publics.
Formation des inspecteurs du travail
Les documents de la direction de la SUNAFIL fixent six objectifs stratégiques :
1) Contribuer à la formation des travailleurs ;
2) Veiller au respect des lois sociales et de la législation du travail pour les
travailleurs de l’économie formelle ;
3) Veiller au respect de la législation relative à la sécurité et à la santé au travail
parmi la population active ;
78
4) Garantir l’exercice des droits sociaux et des droits au travail pour les enfants
et l’utilisation du Programme d’assistance aux employés (EAP) ;
5) Renforcer la gestion institutionnelle ;
6) Mettre en place un dispositif de gestion du risque de catastrophes pour la
SUNAFIL.
Pour atteindre ces objectifs, la SUNAFIL a mis au point deux stratégies de
formation continue de ses inspecteurs :
i. Un programme d’initiation pour le personnel, à son entrée dans
l’inspection ;
ii. La formation du personnel.
Un programme a été mis au point pour les nouvelles recrues. Il porte sur cinq
grands domaines du rôle d’un inspecteur. Il englobe le travail sur le terrain, qui
donne à l’inspecteur assistant une expérience directe du travail d’inspection, dont
la délivrance d’ordres d’inspection, la conduite même de l’inspection,
l’élaboration des comptes rendus et des rapports d’inspection et l’utilisation du
système d’information de l’inspection du travail (SIIT). Ainsi, les inspecteurs
assistants peuvent mettre en pratique les connaissances et compétences
acquises lors de la partie théorique du programme d’introduction.
S’agissant de la formation du personnel, la SUNAFIL compte une équipe qui se
consacre à la formation de l’ensemble du personnel d’inspection. Le centre de
formation de la SUNAFIL est chargé de mener des programmes annuels
d’initiation, une formation régulière et des activités de perfectionnement sur
différents sujets relatifs à la sécurité et à la santé au travail, et d’assurer
l’assistance technique aux utilisateurs du SIIT (inspecteurs, médiateurs et
stagiaires). Le personnel de la SUNAFIL, tant dans les bureaux de la SUNAFIL que
dans les services des autorités régionales, peut travailler plus efficacement grâce
au programme de formation annuelle du système d’inspection du travail de
l’organisation. La formation du personnel a toujours pour objectif d’améliorer la
gestion du système d’inspection du travail, et partant de veiller au respect des
lois sociales et de la législation du travail, ainsi que des conditions nécessaires à
la sécurité et à la santé au travail.
79
Evolution de carriè re des inspecteurs du travail
En outre, trois concours de promotion interne ont été organisés entre 2017 et
2018 (promotion au poste d’inspecteur du travail ou d’inspecteur superviseur). Ils
étaient similaires au concours public quant à leur évaluation des compétences
académiques et administratives et des aptitudes. Environ 60 pour cent du
personnel d’inspection ont été promus par ces concours qui étaient les premiers
concours de promotion à grande échelle organisés depuis la création de la
SUNAFIL.
Les concours d’entrée publics et les concours de promotion interne ont évalué
les candidats sur les points suivants : connaissances techniques du rôle ;
réflexion logique-mathématique ; raisonnement verbal ; documents attestant
des cours de spécialisation ou des programmes liés au rôle ; expérience
professionnelle. Le personnel de la SUNAFIL a également interrogé les candidats
de manière approfondie. L’examen était extrêmement compétitif et a garanti que
ceux qui entraient dans l’inspection, ou qui y étaient promus, étaient qualifiés,
dans le cadre des processus de sélection fondée sur le mérite au Pérou.
Syndicalisation des inspecteurs du travail
A l’heure actuelle, 95 pour cent des inspecteurs appartiennent à un syndicat (il
existe deux syndicats d’inspecteurs dont aucun ne détient la majorité absolue).
Ces deux syndicats, conformément à la législation en vigueur, soumettent des
documents à la négociation collective deux fois par an. Il s’agit essentiellement
de demandes financières, bien que la législation nationale interdise aux
organismes publics de négocier des questions financières. C’est là que réside la
principale source de conflit entre les deux syndicats et la SUNAFIL. Cependant,
afin d’assurer une communication directe et fluide, de prévenir toute source de
conflit et de traiter les questions non financières, des comités des relations
professionnelles ont été constitués et se réunissent une fois par mois. Des
représentants de la SUNAFIL et des syndicats y siègent.
Il convient de faire observer que cette syndicalisation à grande échelle du
personnel d’inspection est généralement source de suspicion et de méfiance
pour les entreprises. En effet, celles-ci craignent qu’elle ne mette en péril
80
l’impartialité des inspecteurs de la SUNAFIL qui travaillent sur des cas concernant
les droits fondamentaux liés aux libertés syndicales.
FRANCE42
Avertissement
A la suite des recommandations de l’Inspection Générale des Affaires Sociales en 2016
sur le recrutement, la formation et les parcours professionnels des membres du corps
de l’inspection du travail, des travaux ont été engagés pour:
Réformer le concours d’accès (épreuves, jury, ratios entre les différentes
voies) afin de mieux répondre aux questions d’attractivité, d’ouverture et
d’expérience professionnelle ;
Rénover la formation initiale et les modalités de prise de poste des
inspecteurs du travail, mais aussi la formation continue, notamment la
préparation aux fonctions d’encadrement
Améliorer les parcours professionnels des IT (pyramidage, mobilité,
attractivité,)
Améliorer la gouvernance et le pilotage des ressources humaines et de
l’Institut national du travail de l’emploi et de la formation professionnelle
(INTEFP) qui forme les inspecteurs du travail.
Sur les 3 derniers points, les informations communiquées ci-après sont
actualisées à octobre 2019 mais des évolutions sont donc attendues en
particulier en ce qui concerne la formation.
42
Useful links (in French):
[Link]
[Link]
inspection-du-travail
[Link]
[Link]
81
Situation professionnelle des inspecteurs du travail
Les fonctions d’agent de contrôle sont exercées par des fonctionnaires régis par
le statut de la fonction publique et par des textes conformes aux exigences des
conventions n° 81, 129 et convention maritime de 2006.
Les membres du corps de l’inspection du travail qui est un corps
spécialisé de fonctionnaires géré par le ministère du travail qui
appartient à la plus haute catégorie de fonctionnaires. Cette catégorie
regroupe les fonctions de conception, de direction et d’encadrement. Le
recrutement se situe au niveau de la licence.
Les contrôleurs du travail qui disposent des mêmes prérogatives de
contrôle et moyens d’action que les inspecteurs du travail mais n’ont pas
de compétence en matière de décisions administratives (autorisation de
rupture du contrat de travail des salariés protégés par l’exercice d’un
mandat, dérogation en matière de durée du travail, …) et relève de la
catégorie de fonctionnaires intermédiaires. Cette catégorie regroupe les
fonctions d'application et de rédaction (comparable aux professions
intermédiaires). Ils peuvent encadrer des équipes, des ateliers, des
services. Le recrutement se situe au niveau du baccalauréat à bac +2.
Dans le cadre la réforme de l’inspection du travail engagée en 2013, ce corps est
en cours d’extinction et les recrutements ont été arrêtés. Parallèlement, un
plan de transformation de contrôleurs en inspecteurs du travail a été mis en
œuvre par la voie d’un concours réservé. Environ 400 contrôleurs exercent
encore à fin 2018 les fonctions d’agent de contrôle de l’inspection du travail
Les développements suivants ne concernent en conséquence que les
inspecteurs du travail.
Recrutement d'inspecteurs du travail
Les inspecteurs du travail sont recrutés par concours :
Au choix parmi les contrôleurs du travail justifiant de 15 ans de services
publics (dans la limite d’1/5 des postes offerts au concours).
82
Par examen professionnel parmi les contrôleurs du travail justifiant de 8
ans d’ancienneté dans le corps (dans la limite d’1/5 des postes offerts au
concours ou de l’effectif des inspecteurs du travail).
Trois concours permettent de devenir inspecteur du travail :
1. Le concours externe (objectif : 50 à 60 % des postes ouverts au concours)
s’adresse principalement aux étudiants. Il est ouvert aux candidats titulaires
d’un diplôme de niveau II (Bac + 3) ou d’une qualification équivalente (une
demande d’équivalence peut être déposée auprès du service recruteur).
Il se déroule en deux phases : les épreuves d’admissibilité qui permettent de
sélectionner les candidats autorisés à passer les épreuves suivantes et les
épreuves d’admission pour déterminer les lauréats du concours.
Admissibilité :
Une épreuve de composition portant sur un sujet contemporain d’ordre
général portant sur la place des pouvoirs publics et leur rôle dans les
grands domaines de l’intervention publique. Un dossier peut être mis à
disposition du candidat ;
Une épreuve de 4 à 5 questions à réponses courtes ou cas pratiques dans
le domaine du droit du travail et du droit social européen ;
Une composition portant sur un ou plusieurs sujets dans l’une des
matières à option choisie par le candidat (droit public; droit privé ;
économie de l’entreprise, politiques de l’emploi et politiques sociales ;
santé et sécurité au travail, ergonomie et organisation du travail ;
sciences de la matière ou de la vie). Un dossier est mis à disposition des
candidats.
Admission :
Une mise en situation individuelle à partir d’un sujet tiré au sort suivie
d’un entretien individuel, tendant à apprécier les aptitudes du candidat à
la résolution d’un cas pratique, à la recherche de solutions, son
raisonnement face à une situation concrète ;
83
Un entretien avec le jury permettant l’évaluation des capacités, de la
motivation et des aptitudes relationnelles du candidat à être inspecteur
du travail ;
Une épreuve de conversation dans la langue étrangère choisie par le
candidat.
2. Le concours interne s’adresse aux fonctionnaires justifiant de quatre ans de
services publics (objectif : 15 à 25% des postes)
Il comporte trois épreuves d’admissibilité obligatoires :
Rédaction d’une note à partir d’un dossier se rattachant aux questions de
travail ou d’emploi et de formation professionnelle
Les deux autres épreuves sont identiques à celles prévues au concours
externe.
Et trois épreuves d’admission :
La première épreuve est identique à celle prévue au concours externe ;
Un entretien avec le jury permettant l’évaluation des capacités, de la
motivation et des aptitudes relationnelles du candidat à être inspecteur
du travail ainsi que les acquis de l’expérience professionnelle ;
La troisième épreuve, facultative, de langue étrangère, est identique à
celle prévue au concours externe.
3. Le troisième concours s’adresse principalement aux personnes ayant
travaillé dans le secteur privé (objectif : 25 à 30% des postes). Il est ouvert aux
candidats justifiant de l’exercice de huit années au total d’un ou plusieurs des
mandats ou d’une ou de plusieurs activités professionnelles, quelle qu’en soit
la nature, d’un ou de plusieurs mandats de membre d’une assemblée élue
d’une collectivité territoriale ou d’une ou de plusieurs activités en qualité de
responsable, y compris bénévole, d’une association. Est prise en compte pour
le calcul de la période d’expérience professionnelle, pour les activités
salariées, toute activité exercée en qualité de salarié de droit privé ou en
qualité de travailleur indépendant.
84
Il comprend deux épreuves d’admissibilité obligatoires :
Rédaction d’une note à partir d’un dossier se rattachant aux questions de
travail ou d’emploi et de formation professionnelle ;
Une épreuve de 4 à 5 questions à réponses courtes ou de cas pratiques
dans le domaine du droit du travail et du droit social européen.
Et trois épreuves d’admission:
Une mise en situation collective à partir d’un sujet tiré au sort suivie d’un
entretien individuel, tendant à apprécier les aptitudes du candidat au
travail en commun et à la négociation;
Un entretien avec le jury permettant l’évaluation des capacités, de la
motivation et des aptitudes relationnelles du candidat à être inspecteur
du travail ainsi que les acquis de l’expérience professionnelle
Une épreuve, facultative, de langue étrangère, identique à celle prévue
au concours externe.
Formation
Les métiers ouverts aux membres du corps de l’inspection du travail concernent
le contrôle de l’application du droit du travail, la mise en œuvre des politiques de
l’emploi et de la formation professionnelle, le développement et l’appui du
dialogue social et de la négociation collective dans les entreprises.
A l’issue du concours, les inspecteurs élèves du travail suivent une formation de
18 mois rémunérée les préparant à l’exercice des fonctions d’inspecteur du
travail.
Celle-ci est dispensée par l’Institut National du Travail de l’Emploi et de la
Formation Professionnelle, établissement public administratif sous tutelle du
ministre du travail, qui assure la formation initiale et continue des inspecteurs du
travail et des contrôleurs du travail ainsi que de l’ensemble des agents du
ministère du travail.
85
La formation se décompose en deux périodes:
Une période de formation professionnelle de 15 mois qui vise à faire
acquérir les connaissances et capacités professionnelles communes aux
différentes fonctions d’inspecteur du travail, à l’issue de laquelle les
inspecteurs élèves sont affectés sur leur poste après des épreuves
d’évaluation.
Une période de formation complémentaire de 3 mois qui vise à faire
acquérir les compétences propres à l’exercice du premier emploi. Les
enseignements sont dispensés dans les 12 mois suivants sous la forme
de périodes d’environ une semaine par mois.
La formation comporte en alternance des périodes d’enseignement à l’institut et
des stages hors institut. La pédagogie mise en œuvre associe des séquences
d’apports de connaissance et des travaux d’applications et de mises en situation
professionnelles.
Les stages comportent plusieurs séquences dans les services, un stage en
entreprise, un stage en juridiction et un stage européen dans une autre
inspection du travail, une administration du travail de l’emploi ou de la formation
professionnelle, ou une institution européenne.
Nota :
La formation initiale des inspecteurs du travail et les modalités d’évaluation des
compétences fait actuellement l’objet d’une réforme dont les objectifs sont d’adapter
la formation à des métiers en forte évolution ; d’assurer une formation de 18 mois
consécutive, les 6 derniers mois étant centrés sur une formation à la prise de poste ;
d’organiser une véritable alternance et une plus forte responsabilisation des services
dans la formation; d’adapter la formation à la diversification des profils recrutés ;
d’adapter la pédagogie à une formation professionnelle d’adultes. Cette refonte sera
opérationnelle pour les lauréats du concours 2020 qui débuteront leur formation en
janvier 2021.
86
Promotion
Le corps de l’inspection du travail comporte quatre grades : inspecteur du travail,
directeur adjoint du travail, directeur du travail, directeur du travail hors classe.
Les inspecteurs du travail peuvent dans le cadre de leur évolution professionnelle
occuper des postes d’expertise ou d’appui, d’encadrement (Responsable d’une
unité de contrôle d’inspection du travail ou responsable sectoriel en pôle Travail)
et de direction dans les services territoriaux ou en administration centrale.
Dans chaque grade, l’avancement d’échelon se déclenche avec l’ancienneté
(tandis que l’avancement de grade intervient par choix de l’autorité hiérarchique,
après inscription à un tableau d’avancement.
La durée de carrière est d’environ 8 ans pour atteindre le 2eme grade permettant
notamment d’accéder à des fonctions d’encadrement d’inspecteurs du travail ;
de 13 ans pour atteindre le 3ème grade permettant d’exercer des emplois de
direction ; de 18 ans pour atteindre le dernier grade et de 29 ans pour atteindre
le dernier indice du plus haut grade. (C.f tableau 1)
Ré muné ration
A l’issue de la formation, le salaire mensuel brut d’un inspecteur du travail en
début de carrière est de 2085 euros.
Il est d’environ 3330 euros au dernier échelon du grade d’inspecteur, et en fin de
carrière, de près de 4 555 euros au dernier échelon du grade de directeur du
travail.
Cf. grille détaillée.
S’ajoutent à ce salaire :
Une indemnité de résidence (selon le lieu d’affectation),
Un éventuel supplément familial en fonction du nombre d’enfants,
Un régime indemnitaire. Le montant indemnitaire est en moyenne de 7000
euros pour l’année en début de carrière. (C.f tableau 2)
87
Tableau 1 : Promotion
Directeur adjoint du travail
-
8e échelon
CORPS DE L’INSPECTION DU TRAVAIL
2017 3 ans
7e échelon
6e échelon 3 ans
Durée de
GRADES ET ÉCHELONS Durée
carrière
d'échelon 5e échelon 2 ans
cumulée
4e échelon 2 ans
Directeur du travail hors classe
3e échelon 2 ans 12,75 ans
1 an 29,75 ans
Echelon spécial 2e échelon 2 ans 10,75 ans
1 an 28,75 ans
1 an 27,75 ans 1er échelon 2 ans 8,75 ans
4e échelon 1 an 26,75 ans
1 an 25,75 ans Inspecteur du travail
3e échelon 3 ans 22,75 ans 10e échelon
2e échelon 2,5 ans 20,25 ans 9e échelon 4 ans
1er échelon 8e échelon 3 ans
2,5 ans 17,75 ans
7e échelon 3 ans
Directeur du travail 6e échelon 3 ans
6e échelon HEA HEA 2 ans
5e échelon
2 ans 6,75 ans
5e échelon 3 ans 4e échelon
3e échelon 2 ans 4,75 ans
4e échelon 3 ans
2e échelon 2 ans 2,75 ans
3e échelon 3 ans
2e échelon 2 ans 15,75 ans 1er échelon 1,5 ans 1,25 ans
1er échelon 2 ans 13,75 ans Inspecteurs 1,25 ans
élève
Tableau 2 : grille en vigueur octobre 2019 :
INSPECTEUR DU TRAVAIL
Grades et Indices Durées Rémunération
Indices bruts
échelons majorés d'échelon par échelon
Directeur du travail hors classe
Echelon 1067 - 4 999,96 €
HEB
spécial 1013 1 an 4 746,92 €
972 1 an 4 554,79 €
4e échelon HEA 925 1 an 4 334,55 €
890 1 an 4 170,54 €
3e échelon 1027 830 3 ans 3 889,38 €
2e échelon 995 806 2,5 ans 3 776,92 €
1er échelon 930 756 2,5 ans 3 542,62 €
Directeur du travail
972 - 4 554,79 €
6e échelon HEA 925 1 an 4 334,55 €
890 1 an 4 170,54 €
5e échelon 1027 830 3 ans 3 889,38 €
4e échelon 995 806 3 ans 3 776,92 €
3e échelon 930 756 3 ans 3 542,62 €
2e échelon 871 711 2 ans 3 331,75 €
1er échelon 830 680 2 ans 3 186,48 €
Directeur adjoint du travail
8e échelon 995 806 - 3 776,92 €
7e échelon 945 767 3 ans 3 594,16 €
6e échelon 906 738 3 ans 3 458,27 €
5e échelon 858 701 2 ans 3 284,89 €
4e échelon 826 677 2 ans 3 172,42 €
3e échelon 785 646 2 ans 3 027,16 €
2e échelon 740 611 2 ans 2 863,15 €
1er échelon 678 564 2 ans 2 642,90 €
Inspecteur du travail
10e échelon 871 711 - 3 331,75 €
9e échelon 827 678 4 ans 3 177,11 €
8e échelon 786 647 3 ans 3 031,84 €
7e échelon 740 611 3 ans 2 863,15 €
6e échelon 678 564 3 ans 2 642,90 €
5e échelon 622 522 2 ans 2 446,09 €
Grades et Indices Durées Rémunération
Indices bruts
échelons majorés d'échelon par échelon
Inspecteur du travail (suite)
4e échelon 595 501 2 ans 2 347,69 €
3e échelon 558 473 2 ans 2 216,48 €
2e échelon 518 445 2 ans 2 085,27 €
1er échelon 480 416 1,5 ans 1 949,38 €
Inspecteur-
390 357 1,25 ans 1 672,90 €
élève
Mobilité (vers d'autres services d'inspection de district ou le siè ge
ou dé tachements dans d'autres dé partements ou organisations)
L’essentiel des inspecteurs du travail exercent dans les services déconcentrés du
Ministère du travail, majoritairement au sein des services d’inspection du travail,
mais aussi au sein des services en charge des politiques de l’emploi, de
l’accompagnement des mutations économiques et du contrôle de la formation
professionnelle.
Les métiers occupés par les inspecteurs du travail se répartissent essentiellement
au sein des 4 familles professionnelles: « réglementation et contrôle »,
« conception, promotion et mise en œuvre des politiques et dispositifs
d’intervention », « expertise et appui des services de fonctionnement » et
« pilotage et animation de services et des grands projets ».
Au sein de l’inspection du travail, ils occupent les métiers de :
Inspecteur chargé du contrôle des entreprises ;
Chargé de l’expertise juridique et du contentieux ;
Chargé de l’appui juridique et méthodologique à l’inspection du travail ;
Chargé d’appui au dialogue social;
Chargé du renseignement en droit du travail.
Ils peuvent être également affectés :
En administration centrale (notamment comme chargé de l’expertise
juridique et du contentieux ; chargé de l’appui juridique et
méthodologique à l’inspection du travail ; chargé de la conception, de
l’animation et du suivi des politiques).
90
À l’Institut National du Travail, de l’Emploi et la Formation Professionnelle
qui forme les inspecteurs du travail (comme responsable de projet,
formateur interne ou chargé de l’ingénierie de formation).
Une centaine d’inspecteurs du travail exerce des fonctions à l’extérieur du
ministère (Office Central de Lutte contre le Travail Illégal, Organisation
Internationale du Travail, Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions
de Travail et ses antennes régionales, Pôle emploi, ministères chargés de
l’agriculture ou des transports, de la Justice).
91
Annexe II
Bibliographie choisie
Le présent document s’est appuyé sur les principales sources suivantes : normes
internationales du travail relatives à l’inspection du travail, études d’ensemble de
l’OIT sur l’inspection du travail, avis de la Commission d’experts pour l’application
des conventions et recommandations et rapports soumis par les Etats Membres
sur la façon dont ils mettent en œuvre les dispositions de la convention n o 81 de
l’OIT.
a) Recherche documentaire interne au BIT sur la carriè re
professionnelle des inspecteurs du travail :
Amé riques:
Argentine
Brésil
Canada : Québec
Chili
Honduras
Pérou
Venezuela
Asie:
Arménie
Bangladesh
Kazakhstan
Viet Nam
Nouvelle-Zélande
92
Europe:
Belgique
Danemark
Espagne
Estonie
Finlande
France
Luxembourg
Moldova
Portugal
République tchèque
Roumanie
Royaume-Uni
Slovaquie
Suède
Ukraine
Africa:
Burkina Faso
Cote d’Ivoire
Madagascar
Mali
Maroc
Mauritanie
Tunisie
Algérie
93
b) Autres sources d’information:
K. Ariga. Horizontal transfer, vertical promotion, and evolution of firm
organization (Elsevier, 2004), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
[Link]/p/seido/output/Ariga/[Link].
S. Ashcroft et S. Williams. Strategic Review of the Labour Inspection System
delivered by the Department for Inspection of Factories in Bangladesh.
Association internationale de l’inspection du travail (AIIT). Global Code of
Integrity for Labour Inspection (SafeWork, Australie du Sud, 2008),
disponible à l’adresse suivante :
[Link]
Bureau pour la santé et la sécurité (Health and Safety Executive, HSE).
Strategic review of the labour inspection system delivered by the Department
for Inspection of Factories in Bangladesh.
T. Chamorro-Premuzic. « Can you really train soft skills? Some answers
from the science of talent », in Forbes, disponible à l’adresse suivante :
[Link]
train-soft-skills-some-answers-from-the-science-of-talent/#54f4e45dc460.
Comité des hauts responsables de l’inspection du travail (CHRIT). Study
about Labour Inspectorate Resource Reductions in the European Union. Doc.
Circa 756. (Mai 2011).
- . Study about the impact of the economic crisis on the European labour
inspection systems from 2007 to 2014.
- .Common standards for OSH Inspector Training Programme.
- . Training and recruitment of Labour inspectors: Initiative on an EU level
action. Journée thématique. Luxembourg (2015).
- . Violence towards inspectors: Good Practice Guide (2007).
94
K. Conboy et C. Kelly. What evidence is there that mentoring works to retain
and promote employees, especially diverse employees, within a single
company? (Université Cornell, 2016), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
/[Link]/&httpsredir=1&article=1120&context=student.
Economic Insight. Valuing different workplace rewards, A report for the
Office of Manpower Economics (2017), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
oads/attachment_data/file/655988/Valuing_Different_Workplace_Reward
[Link].
Gouvernement de l’Espagne. Processus de sélection pour accéder à
l’inspection du travail et de la sécurité sociale, ministère du Travail, des
Migrations et de la Sécurité sociale, école de l’inspection du travail et de
la sécurité sociale (EITSS), disponible à l’adresse suivante :
[Link]
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Establishments (DIFE). High-level staff retention and motivation (Genève, OIT,
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an HR practitioner », in Journal of management, 23 (2) (2006), pp. 167-188.
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University Press, 2009).
L. Muehlenbachs, S. Staubli et M. Cohen. The effect of inspector group size
and familiarity on enforcement and deterrence: Evidence from oil platforms,
Vanderbilt Law and Economics Research Paper no 13-35, Vanderbilt Owen
Graduate School of Management Research Paper no 2350923 (2013),
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pratiques de l’OCDE pour la politique de la réglementation (Paris, 2014),
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Europe : travail non déclaré, migration et la traite des êtres humains,
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R.R.C. Pires. « Flexible bureaucracies: Discretion, creativity, and
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case of the Republic of Ireland », in European Journal of Industrial Relations
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legal compliance in Latin America. The central role of labour inspection.
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travail no 1 (Genève, BIT, 2009). Depuis le 5 novembre 2014, disponible à
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house and work-life balance », in British Journal of Industrial Relations, 41
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profile of Labour Inspectorates (Lituanie, 2019).
Université de Cardiff. Potential impact of emerging trends and risks on
labour inspection methodologies in the domain of occupational health and
safety (Centre de recherches sur l’environnement).
97
Bureau international du Travail
Service de l’administration du travail,
de l’inspection du travail et de
la sécurité et de la santé au travail
(LABADMIN/OSH)
Route des Morillons 4
1211 Genève 22
Suisse
T: +41 22 799 67 15
E: labadmin-osh@[Link]
[Link]/labadmin-osh