REVUE DE LITTÉRATURE : IMPLICATION COMMUNAUTAIRE
ET PERFORMANCES SCOLAIRES AU PRIMAIRE
La littérature empirique sur les déterminants de la réussite scolaire les classes généralement en
quatre catégories (Bijou mohamed, 2017) : Les facteurs liés à l’environnement familial et
social de l’élève, les caractéristiques individuelles de l’élève, les spécificités des
établissements scolaires, les éléments relatifs au système éducatif dans son ensemble.
Dans le cadre de cet article nous focaliserons la revue de littérature sur les facteurs liés à
l'environnement et au milieu scolaire qui intègrent la communauté.
De nombreux études ont exploré le lien entre l’école et la communauté, soulignant son impact
sur les apprentissages et le développement de l’enfant (R. Deslandes, 2010). Plusieurs
recherches (Bempechat, 1992 ; Dauber & Epstein, 1993 ; Reynolds, 1992 ; Epstein, 1991)
montrent que la réussite scolaire ne dépend pas uniquement des capacités cognitives de
l’élève, mais aussi de facteurs externes, tels que les stratégies éducatives (Montandon, 1996)
mise en place. L’investissement parental constitue ainsi un facteur déterminant. En effet, un
engagement fort favorise non seulement la réussite scolaire, mais aussi la socialisation de
l’enfant (Deslandes & Jacques, 2004 ; Henderson & Mapp, 2002 ; Epstein, 2001).
Des recherches montrent que les enfants dont les parents participent activement à leur
scolarité réussissent mieux que ceux dont les parents sont moins impliqués (Fehrman, Keith &
Reimers, 1987 ; Davis-Kean, 2005). (Anathe et Haruni, 2015) ont à cet effet examiné le degré
d’implication des parents dans les activités scolaires et sa relation avec le processus de
scolarisation des enfants du primaire à travers un questionnaire administrés à 288 enfants et
125 enseignants issus de six écoles primaires. Les résultats révèlent une relation positive et
significative entre l’implication parentale dans les activités scolaires et le niveau scolaire des
enfants, ainsi qu’entre cette implication et la fourniture d’éléments scolaires clés liés aux
résultats éducatifs. L’étude conclut sur la nécessité des réunions parents-enseignants et des
contacts en face-à-face entre parents et enseignants car perçus comme des modes de
communication souhaitables ayant un impact sur la réussite scolaire des enfants. Dans la
même veine, (Tousignant Beaudette et al., 2019) évalue les liens entre l’implication scolaire
des parents d’enfants ayant présenté des problèmes de comportement extériorisés au primaire
(PCE) et l’adaptation de ces jeunes à l’adolescence à travers un questionnaire administré aux
parents et enseignants. Les résultats des régressions hiérarchiques montrent que l’implication
des parents est liée à une meilleure adaptation comportementale, sociale et scolaire, et ce,
particulièrement pour les filles. Bolduc, N. (1991), trouve les mêmes résultats à travers une
analyse exploratoire. Les résultats indiquent que l’implication parentale, particulièrement au
niveau du suivi à la maison et de la communication avec l’école, est positivement associée au
rendement scolaire. L’implication ne doit d’ailleurs pas se limiter au suivi domestique : elle
doit aussi s’étendre à la gestion scolaire. Diagne, A. (2007) a confirmé cette idée à travers une
étude des performances scolaires d’une cohorte d’élèves suivie de 1996 à 2000 dans le cadre
du PASEC, complétées par une enquête sur les ménages et communautés en 2003 (EBMS).
Un modèle de croissance hiérarchique à trois niveaux (élève/ménage, école, communauté) est
utilisé. Les résultats montrent que la réussite scolaire est positivement associée à la
disponibilité de manuels scolaires, au niveau d’instruction des parents, au score initial à
l’entrée à l’école et à la qualification des enseignants et surtout la présence d’un comité de
gestion actif. Il conclut que les infrastructures économiques et sociales communautaires
atténuent les inégalités.
D’autres études montrent que le niveau d’instruction des parents joue un rôle essentiel dans la
réussite de l’enfant (Diagne, A. (2007)). A cet effet, en Guinée, Glick & Sahn (2000), à partir
de données d'enquêtes ménages, ont constaté que l'éducation de la mère influençait fortement
la réussite des filles mais, Aboubacar, M. (2015) trouve que le niveau d’instruction parental a
un effet positif sur la réussite scolaire des deux sexes, tandis que Tansel (1997) observait que
l'instruction du père jouait un rôle plus important pour les garçons au Ghana et en Côte
d'Ivoire. Certaines recherches aboutissent cependant à des conclusions plus nuancées. C’est
notamment le cas des travaux de Hijri et al. (1995) au Maroc. Ces auteurs montrent que le
niveau d’éducation de la mère n’exerce pas d’influence significative sur les performances
scolaires des enfants. Cette absence d’effet s’explique par le contexte de l’échantillon retenu
(ville de Rabat, 1993), où les femmes les plus instruites étaient majoritairement investies dans
leur carrière professionnelle et déléguaient le suivi scolaire de leurs enfants à des aides
ménagères, souvent analphabètes (Mourji et Abbaia, 2013). Mais certains auteurs
différencient l’impact de l’éducation des parents en fontion de la discipline. En effet, en
utilisant les données issues du Programme International pour le suivi des acquis des élèves
(PISA), Fuchs et Wöβmann (2004) concluent que les effets de l’éducation des parents sur la
réussite des élèves de 15 ans en lecture sont plus significatifs comparativement à l’impact de
celle-ci sur leur réussite en mathématique et en sciences.
D’autres auteurs se sont focalisés sur le type d’implication du parent. Patall et al. (2008)
avancent que l’aide aux devoirs peut avoir des effets positifs. Toutefois, contrairement à une
idée largement répandue, les recherches montrent qu’il n’existe pas de lien systématiquement
favorable entre l’assistance aux devoirs et la réussite scolaire, qu’il s’agisse de supervision
active ou de simple vérification ; certaines études mettent même en évidence une corrélation
négative, possiblement due au fait que les parents ne disposent pas toujours des compétences
nécessaires pour cette tâche (Castro et al., 2015 ; Fan et Chen, 1999 ; Hill et Tyson, 2009 ;
Jeynes, 2005 ; Wilder, 2014). Hill et Tyson (2009) soulignent d’ailleurs que la supervision et
l’assistance aux devoirs constituent la seule dimension de l’implication parentale qui n’a pas
d’effet positif. Néanmoins, ces résultats doivent être nuancés : Jeynes (2012) observe que le
contrôle des devoirs peut avoir un impact favorable, tandis qu’Erion (2006) note qu’un tutorat
parental ciblé exerce un effet modéré. Patall et al. (2008) eux-mêmes reconnaissent que, si
l’implication parentale générale dans les devoirs exerce peu ou pas d’influence au primaire,
certains aspects spécifiques sont bénéfiques : par exemple, l’instauration de règles claires sur
le moment et l’endroit où les devoirs doivent être réalisés produit un effet significatif. Ainsi,
le monitoring (contrôle) des devoirs tend à avoir un impact négatif, alors que l’aide directe
semble, au contraire, avoir un effet positif.
On n’observe pas de cohérence dans les résultats en ce qui concerne l’implication parentale
définie comme la participation aux activités de l’école (Wilder, 2014). La participation et la
présence des parents à l’école n’ont pas l’impact aussi élevé que l’on pourrait croire (Jeynes
2005), voire pas d’impact apparent (Castro et al., 2015). Cependant, les programmes destinés
à encourager l’appui des parents dans la scolarité de leurs enfants ont un impact positif sur la
réussite chez les enfants. (Jeynes, 2005, 2007, 2012). La communication entre parents et
enseignants a un impact positif (Jeynes, 2012) et les efforts des enseignants pour encourager
les parents à davantage d’implication ont un impact positif (Jeynes, 2012).
Certaines recherches (Stevenson & Baker, 1987 ; Bempechat, 1992) soulignent l’impact du
statut socio-économique (SSE) sur l’engagement parental.
Abdramane Chérif Haidara (2018) souligne que l’implication des parents dans le suivi
scolaire de leurs enfants dépend de plusieurs facteurs internes aux familles, parmi lesquels le
facteur socioéconomique apparaît comme déterminant. Selon lui, il existe une interaction
entre le statut socioéconomique, le lieu de résidence, le niveau d’instruction et le degré
d’engagement parental dans le suivi de la scolarité (Haidara, 2018). Son étude qualitative,
menée auprès de parents d’élèves du lycée Ibrahima Ly de Banankabougou (Mali), révèle que
les familles les plus aisées sur le plan socioéconomique sont également celles qui
s’investissent le plus dans la scolarité de leurs enfants. Toutefois, certains travaux nuancent ce
constat en indiquant que les facteurs socioéconomiques ne constituent pas nécessairement
l’indicateur principal de l’implication parentale dans la gestion scolaire (Clark, 1983 ;
Glasman, 1992).
Bibliographie
Deslandes, R. & Lafortune, L. (2001)
Bijou M. (2017), Déterminants des performances scolaires en France et au Royaume Uni : zoom sur
les élèves issus de l'immigration - une analyse multiniveau avec correction du biais d'endogénéité,
Éditions universitaires européennes, 56 p.