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MASTER GOUVERNANCE PUBLIQUE ET TECHNIQUES D’AUDIT

Matière : culture digitales

Intitulé du projet :

Le rôle du juge administratif dans le contentieux des marchés publics

Présenté par : Fadwa Hanine

Sous la Direction et avec l’encadrement du professeur Monsieur Amine El Moustakim


Année Universitaire 2024-2025

DÉDICACE

Je rends grâce à Allah, Le Tout-Puissant, pour m’avoir guidée sur le droit chemin, pour Sa
clémence et Sa miséricorde infinie. Louanges à Lui pour m’avoir donné la capacité et la force
d’aller jusqu’au bout de ce parcours. Que la paix et les bénédictions soient sur Son noble
Prophète Mohammed, paix et salut sur lui.

Je dédie ce modeste travail :

 À mes chers parents, pour leur amour, leurs sacrifices et leurs prières constantes.
 À mon père, pilier de ma vie, pour sa présence rassurante, son dévouement inébranlable
et ses sacrifices silencieux. Tu as toujours été un modèle d’honnêteté, de courage et de
persévérance.
 À ma mère adorée, pour son amour inconditionnel, sa tendresse, sa force et sa sagesse.
Tu as été mon refuge dans les épreuves, ma lumière dans les moments sombres. Cette
réussite est le fruit de ton soutien, de tes prières et de ton affection sans limites. Que
Dieu te protège et t’accorde longue vie, santé et sérénité.
 À mes sœurs, Yasmine et Aya, pour leur amour, leur complicité et leur présence
bienveillante. Je vous souhaite bonheur, réussite et épanouissement, et prie pour que
les liens qui nous unissent demeurent indéfectibles.
 À mes oncles et mes tantes des familles HANINE, pour leur soutien et leur bienveillance.
Que cette dédicace soit le témoignage humble de mon amour et de ma reconnaissance
éternelle.

Remerciements

Avant tout, je rends grâce à Dieu, Le Très-Haut, pour m’avoir accordé la santé, la patience et la
force nécessaires à l’aboutissement de ce travail de recherche.

Je tiens à exprimer ma gratitude la plus sincère à toutes les personnes qui ont contribué, de près
ou de loin, à la réalisation de ce devoir académique dans le cadre de la matière Culture Digitale.

Je remercie tout particulièrement :

 Monsieur Mohammed Anwar, modérateur du Master Gouvernance Publique et


Techniques d’Audit, pour son encadrement attentif, sa rigueur académique et son
engagement constant en faveur de la réussite de ses étudiants. Son professionnalisme,
sa disponibilité et ses conseils avisés ont profondément enrichi mon parcours
universitaire.
 Monsieur Amine Moustakim, enseignant de la matière Culture Digitale, pour la qualité
de son enseignement, sa pédagogie rigoureuse et ses conseils éclairés. Son approche
innovante m’a permis de mieux appréhender les enjeux numériques liés à la
gouvernance publique.
 L’ensemble des professeurs du Master Gouvernance Publique et Techniques d’Audit à
la FSJES Ain Chock – Université Hassan II de Casablanca, pour leur engagement dans la
transmission du savoir et leur dévouement envers les étudiants.
 Mes camarades de promotion, pour leur esprit d’entraide, de collaboration et de
partage.
 Enfin, à ma famille, pour son amour inestimable, sa patience et son soutien constant
tout au long de ce parcours universitaire.

Sommaire

 Dédicace
 Remerciements
 Liste des abréviations
 Introduction
o Mise en contexte
o Problématique
o Objectifs de la recherche et hypothèses
o Annonce du plan
Première partie : Le cadre juridique et contentieux de l’intervention du juge administratif
dans les marchés publics

Section 1 : La compétence juridictionnelle du juge administratif


1. Distinction entre juge judiciaire et juge administratif au Maroc

2. Les textes encadrant la compétence des juridictions administratives

Section 2 : Les categories de litiges en matière de marchés publics

1. Le contentieux de la passation et de l’attribution des marchés

2. Le contentieux de l’exécution et de la résiliation des marchés publics

Deuxième partie : L’effectivité du rôle du juge administratif dans la régulation des marchés
publics

Section 1 : L’analyse de l’efficacité de la protection juridictionnelle


1. Délais, procédures et pouvoirs du juge administratif

2. L’étendue du contrôle juridictionnel et ses effets

Section 2 : Les limites et perspectives d’évolution


1. Les obstacles pratiques et institutionnels

2. Les réformes souhaitables et les perspectives d’amélioration

 Conclusion

 Bibliographie
Liste des abréviations

 AJDA : Actualité Juridique Droit Administratif


 CCAG : Cahier des Clauses Administratives Générales
 CESE : Conseil économique, social et environnemental
 CJ : Code de la justice
 CJAM : Code de la justice administrative marocaine (désigne souvent la loi 41-90)
 CR : Conseil régional
 DA : Droit administratif
 IGF : Inspection Générale des Finances
 INPPLC : Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la
Corruption
 JO : Journal Officiel
 MP : Marché public
 OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Économiques
 PJ : Pouvoir judiciaire
 PME : Petite et Moyenne Entreprise
 RP : Référé précontractuel
 RS : Référé suspension
 TA : Tribunal administratif
 TGR : Trésorerie Générale du Royaume
INTRODUCTION :

Le marché public représente un levier essentiel et stratégique pour l’État afin de mettre en
œuvre des politiques publiques, et satisfaire les besoins des collectivités territoriales et des
établissements publics en matière de travaux. À l’intersection du droit administratif, de
l’économie et de la gestion publique, il constitue un mécanisme central de mise en œuvre des
politiques publiques. Sa portée pratique est considérable, tant en raison de son impact
budgétaire que des principes qu’il incarne, notamment la transparence, la concurrence et
l’égalité d’accès à la commande publique¹.

Dans ce contexte, les marchés publics jouent un rôle stratégique dans le développement
économique du Maroc. Ils représentent une part significative des dépenses publiques et sont
donc étroitement liés aux enjeux de gouvernance, de rationalisation des ressources et de lutte
contre la corruption². Une régulation efficace de ce secteur est indispensable pour garantir la
qualité des prestations et renforcer la confiance des citoyens et des opérateurs économiques
dans les institutions publiques³.

Selon l’OCDE, un marché public se définit comme un contrat conclu à titre onéreux entre un
acheteur public et un opérateur économique, ayant pour objet la réalisation d’un ouvrage, la
livraison d’un bien ou la prestation d’un service⁴.

La gestion de la commande publique demeurait une préoccupation historique et au cœur de


chaque étape de modernisation de l’État marocain. Depuis l’indépendance en 1956 jusqu’au
milieu des années 1970, de multiples réformes ont accompagné l’évolution quantitative et
qualitative de la commande publique⁵.
Cette modernisation ne peut se faire sans une évolution réglementaire. De ce fait, le cadre
juridique de la commande publique au Maroc, notamment celui des marchés publics, a connu
une évolution significative ces dernières années avec le décret du 20 mars 2013⁶. Cette
transformation confirme l’importance croissante des acquisitions publiques dans le
développement économique et social du pays.

Il importe de rappeler que le Dahir du 6 août 1958, première législation post-indépendance


relative aux marchés publics, a marqué le début d’une évolution réglementaire en la matière.
Par la suite, la réglementation a connu des modifications fondamentales notamment en 1965,
1976, 1998, 2007, 2013 et récemment en mars 2023⁷. En parallèle, les Cahiers des Clauses
Administratives Générales (CCAG) ont été révisés en 2000, 2002 et 2016⁸. Les réformes des
marchés publics, initiées durant le protectorat et poursuivies après l’indépendance, visent à
optimiser l’efficacité, la responsabilisation et l’intégrité dans la gestion des ressources
publiques, contribuant ainsi au développement national⁹.

Cependant, la complexité et la technicité des procédures de passation, d’exécution ou de


résiliation peuvent entraîner des litiges, mettant en cause la régularité des actes administratifs
et la protection des droits des parties contractantes. Le contentieux des marchés publics s’avère
dès lors particulièrement sensible, en raison des intérêts financiers en jeu et de la nécessité de
maintenir un équilibre entre les prérogatives de l’administration et les droits des
cocontractants¹⁰.

Face à ces enjeux, le juge administratif occupe une position centrale. Il intervient comme garant
de la légalité et arbitre impartial, chargé de trancher les différends opposant l’administration à
ses partenaires économiques. Son rôle ne se limite pas à un simple contrôle formel, mais
s’étend à une véritable régulation du secteur, dans le but d’assurer l’équité, la transparence et
le bon fonctionnement de la commande publique¹¹.

Le cadre juridique marocain des marchés publics a connu, ces dernières années, plusieurs
réformes majeures, notamment à travers le Décret n° 2-12-349 du 20 mars 2013. Ces évolutions
visent à moderniser les procédures, renforcer la sécurité juridique et promouvoir une meilleure
gouvernance. Parallèlement, la justice administrative a été consolidée avec la mise en place de
juridictions spécialisées. Néanmoins, des défis subsistent : lenteur des procédures, accès limité à
la justice pour certaines entreprises, ou encore manque de spécialisation de certains juges.

📚 Notes de bas de page :

1. "OCDE, Principes pour renforcer l’intégrité dans les marchés publics, Éditions OCDE,
2011, p. 12."
2. "Transparency Maroc, Rapport sur la transparence des marchés publics, Rabat, 2022, p.
15."
3. "CESE, La commande publique, levier stratégique de développement économique et
social, Rabat, 2012, p. 8."
4. "OCDE, Réforme des marchés publics : Progrès de mise en œuvre de la Recommandation
2015, Éditions OCDE, Paris, 2019, p. 4."
5. "Décret n° 2-12-349 du 20 mars 2013 relatif aux marchés publics, Bulletin Officiel n°
6178, entrée en vigueur le 1er janvier 2014."
6. "Dahir du 6 août 1958 relatif aux marchés publics, Bulletin Officiel n° 2381, et réformes
ultérieures."
7. "Portail des marchés publics du Maroc, CCAG révisés 2000, 2002, 2016,
[Link], consulté le 25 mai 2025."
8. "Aboudahab, Rachid, Les mutations du droit public marocain, L’Harmattan, Paris, 2010,
p. 179."
9. "El Yazami, Driss, Histoire de l’administration publique marocaine, Le Fennec,
Casablanca, 2010, p. 221."
10. "DWF Group, Réforme des marchés publics au Maroc : un tournant protectionniste ?,
consulté le 25 mai 2025, [Link]

Problématique :
Comment le juge administratif encadre-t-il et régule-t-il les litiges en matière de marchés publics
au Maroc, afin de garantir la légalité des procédures, la protection des parties contractantes,
ainsi que le bon déroulement des opérations de commande publique ?

Cette problématique s’inscrit dans une double dynamique :

o D’une part, l’évolution du droit marocain vers davantage de transparence, de bonne


gouvernance et de rationalisation des dépenses publiques.
o D’autre part, la nécessité de renforcer l’effectivité du contrôle juridictionnel afin de
consolider les principes fondamentaux de la commande publique, tels que la
concurrence, l’égalité d’accès, et la sécurité juridique.

Objectifs de la recherché:

L’objectif principal de cette recherche est d’analyser la nature et l’étendue de l’intervention du


juge administratif marocain dans le traitement des litiges relatifs aux marchés publics.

Plus spécifiquement, il s’agit de :

 Comprendre les fondements juridiques de la compétence du juge administratif ;


 Identifier les différentes catégories de contentieux relevant de sa compétence
(passation, exécution, résiliation) ;
 Évaluer l’efficacité de la protection juridictionnelle assurée par le juge administratif ;
 Mettre en évidence les limites structurelles et fonctionnelles qui entravent l’action du
juge administratif dans ce domaine.

Hypothèses de recherché:

Cette étude repose sur deux hypothèses principales :

 H1 : Le juge administratif joue un rôle central dans le contentieux des marchés publics,
en garantissant le respect de la légalité et la protection des droits des parties
contractantes.
 H2 : Toutefois, son intervention demeure partiellement entravée par des contraintes
pratiques et institutionnelles, limitant ainsi l’efficacité de son action régulatrice.

Annonce du plan:

La recherche s’articule autour de deux grandes parties :

 La première partie est consacrée au cadre juridique et contentieux de l’intervention du


juge administratif dans les marchés publics. Elle met en lumière les fondements de sa
compétence ainsi que les différents types de litiges qui relèvent de sa juridiction.
 La seconde partie évalue l’effectivité du rôle du juge administratif dans la régulation
des marchés publics, à travers une analyse critique de sa portée pratique, des limites
observées et des perspectives d’amélioration du dispositif contentieux.
Première partie : Le cadre juridique et contentieux de l’intervention du juge
administratif dans les marchés publics
Section 1 : La compétence juridictionnelle du juge administrative

1. Distinction entre juge judiciaire et juge administratif au Maroc

Au Maroc, l’organisation juridictionnelle repose sur une dualité fondamentale entre l’ordre
judiciaire et l’ordre administratif. Cette distinction repose sur la nature des rapports juridiques
en cause et sur les prérogatives de puissance publique exercées par l’une des parties. Le juge
judiciaire est compétent pour statuer sur les litiges de droit privé, c’est-à-dire ceux qui opposent
des personnes physiques ou morales dans des relations marquées par l’égalité juridique entre
les parties. En revanche, le juge administratif intervient lorsque l’une des parties, en
l’occurrence l’administration, agit en usant de prérogatives de puissance publique. Dans ce cas,
la relation juridique est déséquilibrée, car l’administration dispose de droits et de moyens
juridiques que ne possèdent pas les personnes privées.

Cette distinction prend tout son sens dans le domaine des marchés publics, qui sont considérés
comme des contrats administratifs régis par un régime juridique particulier. Dans ce cadre,
l’administration ne se comporte pas comme un simple contractant ; elle détient des pouvoirs
dits "exorbitants du droit commun". Elle peut ainsi modifier unilatéralement certaines clauses
du contrat, imposer des pénalités contractuelles sans le consentement du cocontractant ou
encore résilier le marché pour des motifs liés à l’intérêt général. Ces prérogatives révèlent une
inégalité structurelle dans la relation contractuelle, ce qui justifie le recours au juge
administratif en tant que garant de la légalité et de la protection des droits du cocontractant
privé.

La reconnaissance de cette dualité juridictionnelle au Maroc a été consacrée par la loi n° 41-90
portant création des tribunaux administratifs, entrée en vigueur en 1994. Cette réforme a
représenté une avancée significative dans la spécialisation de la justice administrative. L’article 8
de ladite loi attribue expressément compétence au juge administratif pour connaître des
recours en annulation pour excès de pouvoir, des actions en responsabilité dirigées contre
l’administration, ainsi que des litiges relatifs aux marchés publics. Cette spécialisation vise à
répondre à la technicité croissante de la commande publique et à la complexité des rapports
entre l’administration et les opérateurs économiques.

En définitive, la séparation entre juge judiciaire et juge administratif ne constitue pas


uniquement un choix d’organisation juridictionnelle. Elle répond à un impératif fonctionnel
visant à garantir la légalité des décisions administratives, à assurer la sécurité juridique des
contractants et à préserver l’équité dans les relations contractuelles publiques. Le juge
administratif apparaît ainsi comme un acteur indispensable dans l’encadrement des rapports
juridiques impliquant l’administration, notamment en matière de marchés publics.

2 - Les textes encadrant la compétence des juridictions administratives:

La compétence du juge administratif en matière de marchés publics ne repose pas uniquement


sur le principe de séparation des ordres juridictionnels. Elle s’inscrit également dans un cadre
juridique structuré, en constante évolution, composé de lois, décrets et textes réglementaires
qui définissent avec précision les règles applicables aux contrats publics et les prérogatives des
juridictions administratives.

Le point de départ de cette construction juridique est la loi n° 41-90 portant création des
tribunaux administratifs, promulguée en 1993 et entrée en vigueur en 1994. Cette loi marque
une avancée majeure dans la consolidation de l’État de droit au Maroc. Son article 8 précise
expressément la compétence des juridictions administratives pour connaître des litiges relatifs
aux contrats administratifs, incluant les marchés publics. Elle confère également aux juges
administratifs le pouvoir de statuer sur les recours en excès de pouvoir, les actions en
responsabilité dirigées contre l’administration, ainsi que les litiges relatifs à l’exécution ou à la
résiliation de ces contrats. Ce dispositif législatif érige le juge administratif en véritable garant
du respect de la légalité dans l’action contractuelle de l’administration.

Ce socle législatif est complété par le décret n° 2-12-349 du 20 mars 2013 relatif aux marchés
publics, entré en vigueur le 1er janvier 2014. Ce décret constitue le texte réglementaire de
référence en matière de commande publique au Maroc. Il encadre de manière détaillée les
procédures de passation, d’exécution et de résiliation des marchés, tout en énonçant les
principes fondamentaux qui doivent guider l’action administrative : la transparence, la liberté
d’accès à la commande publique, l’égalité de traitement entre les soumissionnaires, et la
rationalisation des dépenses publiques. Ce texte a fait l’objet de plusieurs révisions, dont la plus
récente remonte à mars 2023, pour intégrer les exigences liées à la digitalisation, à la
modernisation de la gestion publique et à l’alignement sur les standards internationaux,
notamment en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption.

Outre ces textes fondamentaux, les Cahiers des Clauses Administratives Générales (CCAG)
constituent un autre pilier important du droit des marchés publics. Ces documents, bien
qu’ayant une valeur réglementaire, jouent un rôle essentiel dans la pratique contractuelle.
Révisés en 2000, 2002 et 2016, les CCAG fixent les conditions générales applicables à chaque
catégorie de marché (travaux, fournitures, services, études, etc.). Ils définissent avec précision
les obligations des parties, les procédures de réception des prestations, les pénalités en cas de
manquement, ainsi que les règles encadrant la résiliation des contrats. Ils permettent ainsi de
standardiser et de sécuriser juridiquement les relations entre l’administration et les opérateurs
économiques.

Enfin, le développement de la commande publique au Maroc s’est accompagné de l’adoption de


textes spécifiques visant à moderniser le système, notamment en matière de dématérialisation
des procédures, de transparence budgétaire, ou encore de régulation des contentieux. Ces
réformes, souvent inspirées des recommandations d’organisations internationales telles que
l’OCDE, la Banque mondiale ou l’Union européenne, visent à instaurer un climat de confiance
entre l’administration et ses partenaires, tout en renforçant la sécurité juridique.

Ainsi, l’intervention du juge administratif dans les marchés publics repose sur un cadre juridique
cohérent et évolutif, destiné à garantir la légalité des décisions administratives, à protéger les
droits des cocontractants et à assurer une gestion rigoureuse et équitable des ressources
publiques. Ce dispositif témoigne d’une volonté croissante de professionnaliser la commande
publique et de soumettre l’action de l’administration à un contrôle juridictionnel effectif, dans le
respect des principes de l’État de droit.
section 2 : Les catégories de litiges en matière de marchés publics

1. Le contentieux de la passation et d’attribution des marches:

Le contentieux des marchés publics englobe une diversité de litiges pouvant survenir à
différentes étapes du cycle contractuel. Ces différends traduisent la complexité des relations
entre l’administration et les opérateurs économiques, tout en soulignant la nécessité d’un
contrôle juridictionnel rigoureux pour garantir la régularité, la transparence et l’équité des
procédures. On distingue généralement deux grandes catégories de contentieux : d’une part,
ceux liés à la passation et à l’attribution des marchés, et d’autre part, ceux relatifs à l’exécution
et à la résiliation des contrats.

Le contentieux de la passation concerne les litiges qui apparaissent avant même la conclusion
du contrat. Il porte principalement sur des contestations relatives aux conditions de mise en
concurrence, aux critères de sélection, ou encore aux modalités de publicité. Les opérateurs
économiques peuvent ainsi dénoncer l’irrégularité d’un appel d’offres, la présence de clauses
discriminatoires ou la violation des principes fondamentaux de transparence, d’égalité d’accès
et de non-discrimination. Ces recours ont pour objectif de garantir une concurrence loyale entre
les candidats et de prévenir les pratiques de favoritisme ou de corruption.

Dans ce cadre, le juge administratif peut être saisi en référé précontractuel, une procédure
d’urgence permettant de suspendre ou d’annuler la procédure de passation en cas
d’irrégularités manifestes. Ce mécanisme offre un contrôle juridictionnel préventif qui contribue
à préserver l’intégrité de la commande publique avant même la signature du contrat. Par
ailleurs, les candidats évincés peuvent contester la décision d’attribution, en invoquant une
erreur d’appréciation, un manquement aux règles de sélection ou une irrégularité dans
l’évaluation des offres. Le juge administratif intervient alors pour vérifier que la décision
respecte les critères légaux et qu’elle n’est pas entachée d’un détournement de procédure ou
d’une atteinte au principe d’égalité.

2. Le contentieux de l’exécution et de la résiliation des marchés publics


En ce qui concerne le contentieux de l’exécution, celui-ci intervient après la signature du
marché. Il regroupe les litiges relatifs à la mise en œuvre effective des obligations
contractuelles. Les différends les plus fréquents portent sur les retards dans l’exécution des
prestations, les défauts de conformité, la mauvaise qualité des travaux ou encore les désaccords
liés à des modifications unilatérales imposées par l’administration. Dans ces situations, le juge
administratif est amené à trancher les conflits en s’appuyant sur les clauses contractuelles, les
principes généraux du droit administratif et l’exigence de bonne foi dans l’exécution du contrat.
Il doit trouver un équilibre entre la protection des droits de l’entreprise et la légitimité des
interventions de l’administration, notamment lorsque celles-ci sont motivées par l’intérêt
général.

Un autre volet majeur de ce contentieux concerne la résiliation des marchés publics.


L’administration peut décider de mettre fin à un contrat pour des raisons tenant à l’inexécution
grave des obligations contractuelles par l’entreprise, ou en vertu de motifs d’intérêt public.
Cette faculté, qui illustre les pouvoirs exorbitants de l’administration, doit cependant être
exercée dans le respect des garanties procédurales, du principe de sécurité juridique et du droit
à une indemnisation équitable. Les litiges dans ce domaine portent généralement sur la légalité
de la décision de résiliation, l’existence ou non d’une faute contractuelle, ainsi que la
détermination du montant des indemnités dues à la partie lésée. Le juge administratif assure ici
un contrôle de légalité et de proportionnalité, visant à prévenir tout usage abusif du pouvoir de
résiliation et à préserver les droits du cocontractant.

Il convient également de souligner que, face à l’urgence ou à la spécificité de certains litiges en


matière de marchés publics, le juge administratif dispose de procédures accélérées telles que le
référé suspension ou le référé provision. Ces mécanismes permettent de prononcer des
mesures provisoires dans un délai court, afin de prévenir un préjudice grave et imminent pour
l’une des parties. Ils participent à l’effectivité de la justice administrative en apportant une
réponse rapide aux situations critiques.

Ainsi, la diversité des contentieux en matière de marchés publics reflète à la fois la technicité
croissante de la commande publique et l’importance du rôle du juge administratif dans la
régulation et la sécurisation des relations contractuelles entre l’administration et les opérateurs
économiques.

Deuxième partie : L’effectivité du rôle du juge administratif dans la régulation des


marchés publics

Section 1 : L’efficacité de la protection juridictionnelle offerte par le juge administratif

L’intervention du juge administratif dans le contentieux des marchés publics constitue un pilier
essentiel de la régulation de la commande publique. Son rôle ne se limite pas à veiller à la
légalité des décisions administratives ; il assure également la protection des droits des
entreprises contractantes et garantit une utilisation efficiente et conforme des deniers publics.
L’efficacité de cette protection juridictionnelle repose sur plusieurs dimensions, notamment la
célérité des procédures, les pouvoirs du juge, l’intensité de son contrôle ainsi que la
construction d’une jurisprudence cohérente.

L’un des premiers indicateurs d’efficacité est lié aux délais de traitement des recours. En
matière de marchés publics, la rapidité des décisions judiciaires est un enjeu majeur, car les
projets concernés impliquent souvent des enjeux économiques considérables et une exécution
dans des délais restreints. Conscient de cette nécessité, le juge administratif marocain peut
recourir à des procédures de référé, permettant d’intervenir en urgence pour suspendre ou
annuler une décision litigieuse avant qu’elle ne produise des effets irréversibles. Ces mesures
provisoires contribuent à protéger les intérêts des opérateurs économiques, tout en assurant la
continuité des services publics et la régularité des procédures.

Par ailleurs, les pouvoirs reconnus au juge administratif renforcent considérablement son
efficacité. Ce dernier peut non seulement annuler des décisions administratives jugées illégales,
mais aussi ordonner le versement de dommages-intérêts en cas de préjudices subis, suspendre
provisoirement une mesure ou encore constater la nullité d’un contrat. À travers ces
prérogatives, le juge ne se contente pas d’intervenir à posteriori ; il joue un rôle actif dans la
régulation des relations contractuelles, en sanctionnant les abus, en rétablissant l’équilibre
contractuel et en imposant le respect des normes juridiques.
L’étendue du contrôle juridictionnel exercé par le juge administratif constitue également un
facteur clé. Celui-ci ne se limite pas à un simple contrôle formel de légalité ; il opère une
appréciation substantielle des actes administratifs. Il vérifie non seulement la conformité aux
textes, mais aussi la proportionnalité des décisions, l’absence d’erreur manifeste d’appréciation,
et le respect des principes d’égalité, de transparence et de non-discrimination. Cette approche
qualitative du contrôle juridictionnel contribue à renforcer la crédibilité de la justice
administrative et à garantir une régulation équitable des marchés publics.

En outre, la jurisprudence administrative marocaine reflète cette dynamique de protection et de


régulation. Plusieurs décisions rendues par les tribunaux administratifs ou la Cour d’appel
administrative ont rappelé avec force les exigences de transparence dans la passation des
marchés, sanctionné les irrégularités de procédure et affirmé la responsabilité de
l’administration en cas de mauvaise exécution contractuelle. Ces décisions enrichissent
progressivement le droit des marchés publics au Maroc et offrent des repères essentiels tant
pour les praticiens que pour les opérateurs économiques.

Section 2 : Les limites et perspectives d’évolution du rôle du juge administratif

Malgré ces avancées indéniables, le rôle du juge administratif dans la régulation des marchés
publics demeure confronté à plusieurs limites qui en réduisent l’impact réel. L’une des
principales contraintes réside dans la lenteur persistante des procédures contentieuses. Bien
que des mécanismes d’urgence existent, les délais de traitement des affaires demeurent parfois
trop longs pour répondre efficacement aux besoins du secteur public et aux attentes des
entreprises, en particulier dans les cas où l’exécution rapide des projets est indispensable.

Par ailleurs, le manque de spécialisation de certains magistrats constitue un obstacle non


négligeable. La technicité croissante des marchés publics, notamment en matière économique,
financière et technologique, exige une maîtrise approfondie que tous les juges n’ont pas
nécessairement acquise. Ce déficit de compétence spécialisée peut affecter la qualité des
décisions rendues et nuire à la cohérence de la jurisprudence. Il est donc indispensable de
renforcer la formation continue des juges et de favoriser la création de chambres spécialisées au
sein des juridictions administratives.
Une autre limite concerne la difficulté d’exécution des décisions judiciaires. Même lorsque le
juge administratif statue en faveur d’un justiciable, la mise en œuvre concrète de sa décision
peut se heurter à des résistances de l’administration ou à des lenteurs administratives. Cette
situation nuit à l’autorité de la chose jugée et réduit la confiance des opérateurs économiques
dans l’effectivité du recours juridictionnel. De surcroît, la crainte de représailles ou d’exclusion
implicite lors de futurs appels d’offres dissuade certaines entreprises, notamment les PME, de
porter plainte ou de saisir la justice, malgré l’existence d’un préjudice manifeste.

Face à ces défis, plusieurs perspectives d’amélioration peuvent être envisagées. Il convient tout
d’abord de promouvoir une spécialisation accrue des juridictions administratives, notamment
par la création de pôles dédiés aux litiges économiques et à la commande publique. Une telle
initiative permettrait d’assurer une meilleure compréhension des enjeux spécifiques à ces
domaines et de renforcer la qualité des décisions. En parallèle, des réformes législatives
peuvent être introduites pour simplifier les procédures contentieuses, réduire les délais de
traitement et faciliter l’exécution des jugements.

Enfin, le rôle du juge administratif peut être renforcé par une meilleure coordination avec les
autres institutions de contrôle, telles que la Cour des comptes ou l’Instance nationale de la
probité et de la prévention de la corruption. Ces organes disposent de prérogatives d’audit,
d’enquête et de recommandation qui viennent compléter l’action du juge. Leur synergie
permettrait de créer un écosystème de régulation plus cohérent, transparent et efficace, au
service d’une gouvernance publique modernisée et responsable.

En définitive, si le juge administratif occupe une position stratégique dans la régulation des
marchés publics au Maroc, l’amélioration de son efficacité passe par une série de réformes
structurelles et institutionnelles. Celles-ci doivent viser à renforcer sa capacité de réaction, à
perfectionner sa spécialisation et à inscrire son action dans un cadre global de transparence, de
redevabilité et de bonne gouvernance.
Conclusion

Le juge administratif joue un rôle clé dans la gestion des litiges liés aux marchés publics au
Maroc, dans un système juridique basé sur la séparation entre justice administrative et justice
judiciaire. Son intervention repose sur un cadre légal clair, défini notamment par la loi sur les
tribunaux administratifs et le décret sur les marchés publics. Il est chargé de trancher les conflits
liés à la passation, à l’exécution ou à la résiliation des contrats publics, tout en assurant un
équilibre entre les pouvoirs de l’administration et les droits des entreprises.

Ce rôle est essentiel pour faire respecter les principes de transparence, d’égalité et de bonne
gouvernance. Grâce à des procédures rapides comme le référé, le juge peut intervenir sans délai
pour corriger des irrégularités. Par l’étendue de ses pouvoirs, il renforce la sécurité juridique et
la confiance des acteurs économiques dans le système des marchés publics.

Cependant, plusieurs obstacles limitent encore l’efficacité de son action. Parmi eux : la lenteur
des procédures, le manque de spécialisation de certains juges et les difficultés dans l’application
des décisions rendues. De plus, les entreprises, surtout les PME, saisissent peu les tribunaux
administratifs, souvent par crainte, méconnaissance ou manque de moyens.

Pour améliorer la situation, des réformes sont nécessaires. Il faut former davantage les juges
aux spécificités des marchés publics, accélérer les procédures et renforcer la coopération entre
le juge administratif et des institutions comme la Cour des comptes ou l’Instance nationale de
probité.

Ainsi, renforcer la justice administrative dans ce domaine n’est pas seulement une question de
droit : c’est aussi un enjeu majeur pour améliorer la gestion des ressources publiques et
soutenir le développement du pays.
Bibliographie
Textes législatifs et réglementaires

 Décret n° 2-12-349 du 20 mars 2013 relatif aux marchés publics, Bulletin Officiel n° 6178,
entrée en vigueur le 1er janvier 2014.
 Dahir du 6 août 1958 relatif aux marchés publics, Bulletin Officiel n° 2381, et réformes
ultérieures.
 Loi n° 41-90 portant création des tribunaux administratifs, promulguée en 1993, entrée
en vigueur en 1994.
 Code des marchés publics
 Arrêté du ministre délégué auprès de la ministre de l’économie et des finances, chargé
du budget n° 1692-23 du 4 hija 1444 (23 juin 2023) relatif à la dématérialisation des
procédures, des documents et des pièces relatifs aux marchés publics. BO n°7222 du 17
août 2023, p. 1774.
 Décret n° 2-76-479 relatif aux marchés de travaux, fournitures ou services au compte de
l’État.
 Décret n° 2-98-482 fixant les conditions et les formes de passation des marchés de l’État
ainsi que certaines dispositions relatives à leur contrôle et à leur gestion.
 Décret royal n° 957-65 portant légère modification au décret ci-dessus en matière de
champs d’application.
 Décret n° 123-23 du 8 mars 2023 relatif aux mesures de renforcement du cadre juridique
des marchés publics au Maroc

Ouvrages
 ABOUDAHAB Rachid, Les mutations du droit public marocain, L’Harmattan, Paris, 2010,
p. 179.
 EL YAZAMI Driss, Histoire de l’administration publique marocaine, Le Fennec, Casablanca,
2010, p. 221.
 KHADIRI Mohammed, Le droit des marchés publics au Maroc, Éditions Maghreb,
Casablanca, 2018, p. 45-60.
 ZIADÉ Farid, Le contentieux administratif au Maroc, Éditions Seddif, Rabat, 2015, p. 120-
145.
 BENJELLOUN Youssef, La justice administrative marocaine, Éditions Koutoubia,
Marrakech, 2017, p. 85-110.

Rapports et publications institutionnelles

 OCDE, Principes pour renforcer l’intégrité dans les marchés publics, Éditions OCDE, 2011,
p. 12.
 OCDE, Réforme des marchés publics : Progrès de mise en œuvre de la Recommandation
2015, Éditions OCDE, Paris, 2019, p. 4.
 Transparency Maroc, Rapport sur la transparence des marchés publics, Rabat, 2022, p.
15.
 CESE, La commande publique, levier stratégique de développement économique et social,
Rabat, 2012, p. 8.
 Ministère de l’Économie et des Finances, Guide pratique de la commande publique,
Rabat, 2021.
 Cour des Comptes, Rapport annuel sur la gestion des marchés publics au Maroc, Rabat,
2023, p. 45-60.
 Banque Mondiale, Évaluation du système de passation des marchés au Maroc, rapport
PEFA, 2019.
 Ministère de l’Économie et des Finances, Guide des marchés publics, Rabat, 2014.

Sites web officiels et ressources en ligne


 Portail des marchés publics du Maroc, CCAG révisés 2000, 2002, 2016,
[Link], consulté le 25 mai 2025.
 DWF Group, Réforme des marchés publics au Maroc : un tournant protectionniste ?,
consulté le 25 mai 2025, [Link]
 Transparency International, Guide sur la lutte contre la corruption dans les marchés
publics, [Link], consulté le 18 mai 2025.
 Banque mondiale, Portail sur les marchés publics, [Link], consulté le 22
mai 2025.
 Cour des comptes du Maroc, site officiel, rapports et actualités,
[Link], consulté le 25 mai 2025.

Revues

 Omar Bekkari, « Les marchés publics au Maroc : entre règles de procédure et enjeux de
performance », REMALD, n°141, 2022.

 El Amrani N., « L’efficacité du contrôle juridictionnel des marchés publics au Maroc


», Revue Marocaine de Droit Public, 2021, n° 12, p. 45-68.
Table des matières

Dédicace.................................................................................................
Remerciements.....................................................
Liste des abréviations... ......................................................................
Introduction.................................................................................................
1. Mise en contexte
2. Problématique
3. Objectifs de la recherche et Hypothèses
4. Annonce du plan
Première partie : Le cadre juridique et contentieux de l’intervention du juge
administratif dans les marchés publics ..................................................

Section 1 : La compétence juridictionnelle du juge administratif .......................................

1. Distinction entre juge judiciaire et juge administratif au Maroc


2. Les textes encadrant la compétence des juridictions administratives

Section 2 : Les catégories de litiges en matière de marchés publics ...............................

1. Le contentieux de la passation et de l’attribution des marchés


2. Le contentieux de l’exécution et de la résiliation des marchés publics

Deuxième partie : L’effectivité du rôle du juge administratif dans la régulation des


marchés publics .................................................................

Section 1 : L’analyse de l’efficacité de la protection juridictionnelle ...............................

1. Délais, procédures et pouvoirs du juge administratif


2. L’étendue du contrôle juridictionnel et ses effets

Section 2 : Les limites et perspectives d’évolution ............................................................

1. Les obstacles pratiques et institutionnels


2. Les réformes souhaitables et les perspectives d’amélioration

Conclusion .........................................................................................................................
Bibliographie..........................................................................

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