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Stage L3 Rapport

Ce document traite de la condensation de Bose-Einstein, un phénomène quantique observé à très basse température dans un gaz de bosons. Il explore les concepts d'énergie d'une particule quantique et d'un système à N particules, ainsi que l'état fondamental des opérateurs de Schrödinger et le modèle de Hartree. L'objectif est de formaliser et prouver la condensation de Bose-Einstein dans le cadre de la limite de champ moyen, en démontrant l'existence et l'unicité d'un état fondamental.

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Stage L3 Rapport

Ce document traite de la condensation de Bose-Einstein, un phénomène quantique observé à très basse température dans un gaz de bosons. Il explore les concepts d'énergie d'une particule quantique et d'un système à N particules, ainsi que l'état fondamental des opérateurs de Schrödinger et le modèle de Hartree. L'objectif est de formaliser et prouver la condensation de Bose-Einstein dans le cadre de la limite de champ moyen, en démontrant l'existence et l'unicité d'un état fondamental.

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Condensation de Bose-Einstein

Arnaud Triay

Stage effectué à l’Institut Henri Poincaré en Juin-Juillet 2013


sous la direction de Mathieu LEWIN (CNRS & Université de Cergy-Pontoise)

Table des matières


1 Introduction 2
1.1 Condensation de Bose-Einstein . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Énergie d’une particule quantique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.3 Énergie d’un système à N particules . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.4 Condensation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3

2 État fondamental des opérateurs de Schrödinger 3

3 Modèle de Hartree 8
3.1 Étude préliminaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
3.2 Théorème : existence et unicité de l’état fondamental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

4 Condensation de Bose-Einstein 11
4.1 Cas de ŵ ≥ 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
4.1.1 Convergence de l’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
4.1.2 Condensation de Bose-Einstein : convergence en loi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
4.2 Cas général . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
4.2.1 Cas de la dimension finie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
4.2.2 Cas de la dimension quelconque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

Références 20

1
1 Introduction
1.1 Condensation de Bose-Einstein
La condensation de Bose-Einstein est un phénomène quantique se manifestant à très basse température
pour un gaz de bosons très dilué. Initialement prédit par Satyendranath Bose pour des photons [1], il a été
généralisé au cas des atomes par Albert Einstein en 1925. Dans cet état de la matière, toutes les particules
du système occupent le même état quantique de plus basse énergie. La première réalisation d’un condensât
date de 1995 par Eric Cornell et Carl Wieman, ce qui leur valut le prix Nobel de physique en 2001. Pour cela
des atomes de rubidium ont été piégés et refroidis par technique "d’évaporation". Il existe plusieurs manières
de piéger des particules : mise en rotation, puits de potentiel, etc. Dans ce qui suit, on considèrera que les
particules sont piégées par un potentiel confinant V (x), x ∈ R3 avec V (x) → ∞ quand x → ∞.

1.2 Énergie d’une particule quantique


Rappelons tout d’abord qu’en mécanique quantique, les objets ne sont pas décrits comme des particules
ponctuelles comme c’est le cas en mécanique classique, mais par une probabilité de présence, de densité notée
|u(x)|2 , x ∈ R3 où u est appelée fonction d’onde de la particule. On prouve, d’après des postulats physiques,
que la densité de probabilité d’impulsion p ∈ R3 (grandeur physique donnant accès à l’énergie cinétique d’un
système) est |bu|2 où u
b est la transformée de Fourier de u.
L’énergie d’une particule classique soumise à un potentiel V est

|p|2
Ecl (x, p) = + V (x).
2m
Le premier terme représentant l’énergie cinétique et le second l’énergie potentielle. Par analogie, l’énergie
moyenne, c’est-à-dire l’espérance de l’énergie mesurée d’une particule quantique est la fonctionnelle suivante,
définie sur un sous-ensemble de la sphère de L2 (R3 ) par

|p|2 |∇u(x)|2
Z Z Z  
2 2 2
Eq (u) = |b
u(p)| dp + V (x)|u(x)| dx = + V (x)|u(x)| dx. (1)
R3 2m R3 R3 2m

1.3 Énergie d’un système à N particules


Soit un système de N particules quantiques, introduisons sa fonction d’onde Ψ(x1 , ..., xN ), xi ∈ R3 , qui
représente l’état quantique du système : |Ψ(x1 , ..., xN )|2 est la densité de probabilité de trouver les particules
n˚i en xi . De même, on introduit t(p1 , ..., pN ) = |Ψ(p
b 1 , ..., pN )| qui est la densité de probabilité de trouver les
particules n˚i avec une impulsion pi . Les particules étant indiscernables |Ψ|2 et |Ψ| b 2 doivent être symétriques,
ce qui impose à ψ d’être symétrique ou bien anti-symétrique.

Définition 1. Si un système de particules identiques possède une fonction d’onde Ψ qui est symétrique, ces
particules sont appelées bosons.
On considère un système de N bosons soumis à un potentiel V , confinant, c’est-à-dire V (x) → ∞ quand
|x| → ∞. Les interactions entre couples de particules sont représentées par un potentiel w que l’on suppose
radial, c’est-à-dire "w(x) = w(|x|)". On suppose que l’interaction entre particules tend vers 0 quand N → ∞
et est un Θ( N1 ), c’est l’approximation de champ moyen. L’énergie du système s’écrit donc
Z N N
1 X 2
X 1 X
E(Ψ) = |∇xi Ψ| + V (xi )|Ψ|2 + w(xi − xj )|Ψ|2 dx. (2)
R3N 2m i=1 i=1
N
1≤i<j≤N

On supposera que V est une fonction continue et quitte à ajouter une constante à V on supposera que
V ≥ 1.

2
1.4 Condensation
L’état fondamental d’un système est l’état de plus basse énergie, le système tend très rapidement vers cet
état, il est l’objet de notre étude. Ainsi, si E(Ψ) est l’énergie moyenne du système représenté par la fonction
d’onde Ψ, il est question de chercher la fonction d’onde Ψ (si elle existe) qui minimise E sur la boule unité
de L2 . Formellement la condensation de Bose-Einstein se traduirait par la convergence de Ψ (en un sens à
préciser) vers une superposition d’un même état, par exemple : u0 (x)⊗N = u0 (x1 )...u0 (xN ). La convergence
de Ψ vers u⊗N n’a pas lieu dans L2 mais on montrera dans un premier temps qu’elle a lieu au sens des
probabilités marginales.

Le but de ce mémoire est de formaliser le phénomène de condensation de Bose-Einstein et de le prouver


dans le cadre de la limite de champ moyen. Il suit notamment le travail de Mathieu Lewin, Phan Thành
Nam et Nicolas Rougerie [5]. Dans la section 2, nous montrons l’existence et l’unicité d’un état fondamental
pour un système d’une particule plongée dans un potentiel confinant. L’opérateur de Schrödinger associé
admet une plus petite valeur propre et l’espace propre associé est de dimension 1. De plus, toute fonction
d’onde minimisant l’énergie admet une régularité qui dépend de celle de la fonction V . Dans la section 3,
nous nous intéressons au modèle de Hartree qui décrit l’énergie d’une particule plongée dans un potentiel
comprenant dorénavant un terme d’interaction avec une autre particule de même type, en plus du potentiel
confinant. L’étude de ce modèle est un préliminaire à la démonstration du résultat central. Nous prouvons
l’existence et l’unicité d’un état fondamental pour l’énergie de Hartree. Enfin dans la section 4, nous don-
nons différentes interprétations mathématiques du phénomène de condensation et nous nous appliquons à
les montrer. On prouve dans un premier temps un résultat de convergence des lois marginales et dans un
second temps la convergence d’opérateurs dits "densité" qui caractérisent la fonction d’onde du système.
Pour ce dernier résultat, une première preuve s’appuie sur le lemme de Schur et traite le cas d’un espace de
dimension finie, tandis qu’une seconde preuve traite le cas de la dimension quelconque et utilise un résultat
d’analyse convexe : le théorème de Choquet [3].

Définition 2. La loi de k particules est la loi de probabilité marginale :


Z
ρk (x1 , ..., xk ) = |Ψ(x1 , ..., xN )|2 dxk+1 ...dxN

On appelle alors condensation de Bose-Einstein les propriétés suivantes :



ρN → u0 dans H 1 , pour un certain u0
ou
∀k, ρkN → |u⊗k 2
0 | dans L
1

ou
inf{E(Ψ), ||Ψ||L2 (R3N ) = 1, Ψ symétrique}
lim = 1.
N →∞ inf{E(u⊗N ), ||u||L2 (R3 ) = 1}
Remarque 3. Cette dernière propriété est à interpréter de la manière suivante : l’énergie fondamental du
système s’approxime par l’énergie fondamentale d’un système dont on a supposé les particules décorrélées.

2 État fondamental des opérateurs de Schrödinger


Dans cette section, on prouve l’existence et l’unicité de l’état fondamental d’une particule soumise à un
potentiel confinant. Ce résultat sera réutilisé dans les sections ultérieures où l’on posera une condition sur le
potentiel d’interaction à deux corps pour se ramener au cas d’un potentiel confinant.
Rappelons l’expression de l’énergie d’une particule dans l’état u, soumise à un potentiel V , que l’on a
supposé continu et confinant (V (x) → ∞ quand |x| → ∞) :

3
|∇u(x)|2
Z
E(u) = + V (x)|u(x)|2 dx,
R3 2m
Dans la suite, pour simplifier les calculs, et sans perte de généralité, on prendra 2m = 1. L’état fonda-
mental d’une particule est la fonction u0 qui minimise E.
Théorème 4. Si V ∈ C 0 et vérifie V (x) → ∞ quand |x| → ∞ alors le problème de minimisation

n Z o D  E
E0 = inf E(u) = |∇u(x)|2 + V (x)|u(x)|2 dx = inf u, − ∆ + V u
1
u∈H ,kukL2 =1 R3
1
u∈H ,kukL2 =1 H 1 ,H −1

est atteint en un unique u0 ∈ H 1 (modulo U). De plus u0 ∈ C 1 , u0 > 0 et résout


 
− ∆ + V u0 = E0 u0 ,

au sens des distributions (ou dans H −1 ). Par ailleurs, si v ≥ 0, kvkL2 = 1 et vérifie (−∆ + V v = λv, alors
v = u0 .

Remarque 5. Le caractère C 0 de V ne sert qu’à montrer la régularité de u0 , prendre V dans L2loc suffit,
en fait, à montrer l’existence et l’unicité de l’état fondamental.
Démonstration. La démonstration s’effectue en trois étapes : existence, régularité et unicité. L’existence d’un
état fondamentale est un résultat de compacité qui tient à ce que le potentiel est confinant et empêche la
perte de masse à l’infini. La régularité est une conséquence du théorème d’injections de Sobolev. On prouve
l’unicité par deux méthodes dont les résultats seront réutilisés ultérieurement.

Étape 1 : existence d’un minimiseur



Considérons V = u ∈ H 1 , E(u) < ∞ muni du produit scalaire induit par la forme quadratique E.
2
(u, v)V = R3 ∇u.∇v+V uv dx. On rappelle que l’on a supposé V ≥ 1 et que cela implique E(u) = kuk2V ≥ kukH 1 .
R

Lemme 6. (V, k.kV ) est un espace de Hilbert.


Démonstration. Soit (un ) ∈ V N une suite de Cauchy pour k.kV , alors elle est aussi de Cauchy pour k.kH 1 .
Comme H 1 est complet, on peut considérer u0 , sa limite dans H 1 . Il reste à montrer que uR0 ∈ V et un → u0
dans V. La partie gradient converge grâce Rà la convergence dans H 1 . Il suffit de montrer que V |un −u0 |2 → 0.
Soit alors  > 0 et n0 tel que ∀p, q ≥ n0 : V |up − uq |2 < . La
R convergence
2
R lieu aussi dans L , il existe
ayant
R telle que uϕ(p)
une extractrice → u0 presque partout. Alors V |u0 − uq | = lim inf p→∞ V |uϕ(p) − uq |2 ≤
2

lim inf p→∞ V |uϕ(p) − uq | ≤ . Ce qui implique V |u0 |2 < ∞ et un → u0 dans V.


2
R

Soit alors un ∈ H 1 , kun kL2 = 1, une suite minimisante, c’est-à-dire telle que E(un ) → E0 . Alors (un )
est bornée dans V et dans H 1 . Les deux espaces étant des Banach, leur boule unité est compacte pour la
topologie faible. En effet :
Lemme 7. Soit E un Banach. Alors E est réflexif si et seulement si BE (0, 1) est compacte pour la topologie
faible.
Quitte à extraire on peut supposer que un * u0 faiblement dans V et que un * u˜0 faiblement dans H 1 .
Or on la le
Lemme 8. Théorème de Rellich : L’injection canonique de H 1 (Ω) dans L2 (Ω) est compacte pour Ω est un
ouvert à bord C 1 .

4
Alors on a u0 = u˜0 . En effet, prenons Ω = B(0, N ), la suite (un ) est bornée dans H 1 (Ω) car convergente
2 ˜
faiblement, on peut donc R en extraire une sous-suite convergenteR dans L (Ω). Appelons u˜0 sa limite. Pour
ϕ ∈ D(Ω) : (ϕ, un )H 1 = ∇ϕ∇un + ϕun = (−∆ϕ + ϕ)un → (−∆ϕ + ϕ)u˜0 (car un → u˜˜0 dans L2 ). Mais
˜
R

on a aussi, par hypothèse : (ϕ, un )H 1 → (ϕ, u˜0 )H 1 . Donc u˜˜0 ∈ H 1 et u˜˜0 = u˜0 par identification sur D(Ω).
Le même raisonnement permet d’identifier u0 à u˜0 .
Lemme 9. Soit E un Banach et (fn ) ∈ (E)N . Si fn * f alors (kfn k) est bornée et kf k ≤ lim inf kfn k.
Démonstration. Par le théorème d’Hahn-Banach, il existe un élément de x ∈ E ∗ tel que x(f ) = f et
kxk ≤ 1. Alors x(fn ) → x(f ) et pour tout entier n, kx(fn )k ≤ kxkkfn k, en passant à la limite inférieure on
a : kx(f )k = kf k ≤ lim inf kfn k.
Nous pouvons maintenant terminer la preuve de l’existence. On a E(u0 ) = k lim un k2V ≤ lim inf kun k2V =
E0 . Il reste à montrer que ku0 kL2 = 1. Rappelons les hypothèses, on a :
– un * u0 faiblement dans H 1
– un → u0 fortement dans L2 (Ω) (pour Ω ouvert à bord C 1 (et donc borné)).
Mais cela ne suffit pas à montrer ku0 kL2 = 1. Par exemple : un (x) = f (x − n) avec f ∈ H 1 satisfait
les propriétés précédentes mais sa limite simple est nulle. Cependant, dans le modèle étudié, la particule est
confinée à l’aide d’un potentiel coercif et elle ne peut pas "s’en aller à l’infini". Montrons que la masse se
concentre dans un compact.
Lemme 10. Pour tout  > 0, il existe un ouvertΩ à bord C 1 et ∃n0 tel que pour tout entier n ≥ n0 :

k1Ωc un kL2 ≤ ,

Démonstration. En effet, sinon : on trouve  > 0 tel que pour tout Ω à bord C 1 il existe ϕ une extractrice
qui vérifie : k1Ωc uϕ(n) kL2 > . Soit un tel , V (x) → ∞ quand |x| → ∞, on peut alors trouver r0 tel que
pour |x| ≥ r0 on ait V (x) > E0+1 . Alors E(uϕ(n) ) ≥ |x|≥r0 V |uϕ(n) |2 > E0 + 1. Ce qui contredit le caractère
R

minimisant de (un ).

Montrons maintenant que la convergence a lieu dans L2 . Soit  > 0, n0 ≥ 0 et Ω un boule centrée en
l’origine qui concentre la masse des termes de la suite à  près à partir du rang n0 et aussi celle de u0 , c’est-
à-dire ku0 .1Ωc kL2 < . Alors : kun − u0 kL2 ≤ k(un − u0 ).1Ωc kL2 + k(un − u0 ).1Ω kL2 ≤ 2 + k(un − u0 ).1Ω kL2 .
Le second terme tend vers 0 d’après le théorème de Rellich (Lemme 10). La convergence a donc lieu dans
L2 et ku0 kL2 = 1, ce qui montre que le minimum est atteint.

Étape 2 : régularité
On montre maintenant que u0 est C 1 et que u0 > 0 (modulo U).
Lemme 11. Tout minimiseur u0 pour E vérifie −∆u0 + V u0 = E0 u0 au sens de H −1 .

Démonstration. Si u0 est une solution au problème de minimisation, alors pour tout h ∈ H 1 , l’application
E(u0 +t.h)
φ : t 7→ ku0 +t.hk
2 admet une dérivée nulle en 0. Ce qui donne :

Z
0
φ (0) = 2<( ∇u0 ∇h + V u0 h − E0 u0 h) = 0

Le résultat s’obtient en effectuant les changements de variable h ↔ h, et h ↔ ih.

Comme V ∈ L∞ 2 2 2
loc et u0 ∈ L , on vient de montrer que ∆u ∈ Lloc et donc u0 ∈ Hloc . Le théorème
d’injections de Sobolev donne la régularité de u0 .

5
Théorème 12. Injections de Sobolev
Pour Ω un ouvert borné à bord C 1
n
W k,p (Ω) ⊂ C r,α (Ω) où k, p, r ∈ N et α ∈ [0; 1[ si r + α = k −
p
Ici, r + α = 2 − 3/2 = 1/2, u0 est alors 1/2-Hölderienne donc continue. Comme V est continu, il en est
de même pour ∆u0 . Alors, si Ω est un domaine borné, u0 ∈ W 2,p (Ω) ∀p et donc d’après le lemme, u0 ∈ C 1,α
∀α ∈ [0; 1[. On remarque que la régularité de u0 est limitée par celle de V . Si on prend V ∈ C ∞ alors u0 est
C ∞.
Montrons que u0 > 0. Pour cela, utilisons le lemme suivant.
Théorème 13. Soit f ∈ C 0 (Ω) telle que ∆f − µf ≥ 0 pour un certain µ > 0. Alors
1
f (x) ≤ [f ]x,R
J(R)
où J (dont on admet l’existence
1
R et l’unicité) est la fonction radiale solution sur Ω de ∆J − µJ = 0 qui vérifie
J(0) = 1 et [f ]x,R = |Sn−1 | Sn−1 f (x + Rω)dω est la moyenne sur la sphère centrée en x et de rayon R.
L’inégalité est satisfaite tant que la boule est incluse dans le domaine Ω.
La démonstration suit celle du théorème 9.9 de [6] qui énonce un résultat plus général.
Démonstration. On prouve le résultat pour une fonction à régularité C ∞ , puis on généralise par densité pour
la norme uniforme. On admet ici l’existence de J, sa régularité C ∞ et sa stricte positivité. Si f ∈ C ∞ alors
l’hypothèse est valable ponctuellement. On a alors

div(J∇f − f ∇J) = ∇J.∇f + J∆f − ∇f.∇J − f ∇J = J(∆f − uf ) ≥ 0.


En intégrant sur la sphère, et en utilisant la formule de Green-Ostrogradsky
Z Z
div(v) = v.n,
ω ∂Ω
on obtient Z Z
J(R)∇f.n − f ∇J.n ≥ 0.
S(0,R) S(0,R)

d 1 1 d [f ]x,r
R R
Or dr [f ]x,R = |Sn−1 | ω.∇f (x + Rω)dω = |Sn−1 | ∂r f . D’où dr ( J(r) ) ≥ 0, ce qui conclut la preuve.

Cas de u0 ≥ 0
Quitte à prendre |u0 | au lieu de u0 , on peut supposer que u0 ≥ 0. En effet, d’après le Lemme 15, on
ak∇ukL2 ≥ k∇|u|kL2 , il s’en suit que E(|u0 |) ≤ E0 (u0 ). On remarque alors que sur un domaine Ω borné, V
est bornée, disons par µ, on a donc

(∆ − µ)(−u0 ) = −∆u0 + µu0 ≥ −∆u0 + V u0 = E0 u0 ≥ 0.


Donc −u0 satisfait les hypothèses du lemme, ce qui donne [u0 ]x,R ≤ u0 (x). La fonction u0 étant positive,
si elle s’annule en x, elle s’annule sur toute boule centrée en x incluse dans le domaine. On en déduit que u0
ne prend que des valeurs strictement positives.

Cas de u0 quelconque
La Proposition 15 entraine l’existence d’un |ω| = 1 tel que ωu0 soit à valeurs réelles. En effet, sinon
k∇|u0 |kL2 < k∇u0 kL2 et EH (|u0 |) < EH (u0 ) = E0 . Alors |u0 | > 0 d’après le cas précédent, comme ωu0 est
C 0 elle ne peut changer de signe, d’où ωu0 > 0.

6
Unicité
1ère méthode : Ground state resolution
Cette méthode consiste à montrer la propriété suivante :
Proposition 14. Ground State Resolution
Si u ∈ V alors
Z
u 2
E(u) = |u0 |2 |∇( )| + kuk2L2 E0
R3 u0
Alors, l’égalité n’ayant lieu que si ∇( uu0 ) = 0 (on a montré que u0 > 0), i.e. si u est proportionnel à u0 ,
on a u = ωu0 où |ω| = 1.
Démonstration. On montre d’abord la propriété pour u = f u0 avec f ∈ Cc1 (ce qui revient à prendre u ∈ Cc1
puisque u0 > 0), puis on généralisera par densité. On a la formule
Z Z Z Z
E(u0 f ) = |∇(u0 )f + u0 ∇(f )|2 + V |f u0 |2 = |f ∇u0 |2 + |u0 ∇f |2 + 2u0 ∇u0 .R(f ∇f ) + V |u0 f |2 .

2
En remarquant R que ∇(|f | 2) = 2R(f
R ∇f ), une intégrationR par parties permet alors de réécrire le troisième
terme comme : u0 ∇u0 ∇|f | = − |f |2 div(u0 ∇u0 ) = − |f |2 (|∇u0 |2 + u0 ∆u0 ) et se simplifie en partie
avec le premier. En utilisant l’expression de −∆u0 du Lemme 11 on a :
Z Z Z
u
E(u0 f ) = u20 |∇(f )|2 + E0 |f |2 u20 = |u0 |2 |∇( )|2 + kuk2L2 E0 .
u0
Alors pour u ∈ Cc1 développons |u0 ∇( uu0 )| = |∇u − uu0 ∇u0 | ≥ ||∇u| − | uu0 ∇u0 ||. Donc si un ∈ Cc1 → u ∈ V
dans V et presque partout, on a E(un ) → E(u) et par le lemme de Fatou, on trouve : k uu0 ∇u0 kL2 =
k lim inf uun0 ∇u0 kL2 ≤ lim inf k uun0 ∇u0 kL2 ≤ E(u) + k∇ukL2 < ∞.
Soit alors u ∈ V et un → u dans V et presque partout. Comme u0 ∇( u−u 2 u−un
u0 ) ∈ L et ∇(u − un ) − u0 ∇u0 ∈ L
n 2
0 1 2
et qu’ils sont égaux sur D (on rappelle que u0 ∈ C ), alors ils sont égaux sur L . On a donc

u − un 2 u − un up − un
Z Z Z
2
|u0 ∇( )| = |∇(u − un ) − ∇u0 | = lim inf |∇(up − un ) − ∇u0 |2
u0 u0 p u0
up − un
Z
≤ lim inf |∇(up − un ) − ∇u0 |2 = lim inf E(up − un ) − E0 .kup − un kL2
p u0 p

≤ E(u − un ) − E0 .ku − un kL2 −→ 0.


n→∞

On en déduit que |u0 ∇( uun0 )|2 → |u0 ∇( uu0 )|2 . Ce qui montre le résultat. AinsiE atteint son minimum
R R

une et une seule fois sur la sphère unité de L2 modulo U.

2ème méthode : inégalité de convexité pour les gradients


Cette méthode utilise la stricte convexité de la fonctionnelle énergie et repose sur la propriété suivante
dont la démonstration, disponible en annexe, suit celle du Théorème 7.8 de [6].
Proposition 15. Inégalité de convexité pour les gradients
Si f, g ∈ H 1 à valeurs réelles alors
Z p Z Z
2 2 2
|∇ f + g | ≤ |∇f | + |∇g|2 .
2

Si de plus g > 0 alors il y a égalité si et seulement si ∃c ∈ R tel que f = cg.

7
Maintenant, si f est à valeurs complexes, en considérant <f et =f , l’inégalité donne : k∇|f |kL2 ≤ k∇f kL2 .
Nous pouvons alors utiliser la Proposition 15 pour prouver q l’unicité dans le théorème. Si E atteint son
|u|2 +|v|2
minimum sur la sphère unité de L2 en u et v. Posons w = 2 ∈ H 1 et kwkL2 = 1. Alors

Z
1 2 2
 1
V (|u|2 + |v|2 )

E(w) ≤ k∇|u|kL2 + k∇|v|kL2 +
2 2
Z
1 2 2
 1
V (|u|2 + |v|2 )

≤ k∇ukL2 + k∇vkL2 +
2 2
≤ E0 .

On a donc égalité dans les inégalités de convexité de gradients, en particulier il existe un complexe |ω| = 1
tel que v = ω.u, ce qui prouve l’unicité.

3 Modèle de Hartree
Comme expliqué dans l’introduction, on introduit un potentiel d’interaction à deux corps dont l’intensité
décroit proportionnellement au nombre de particules. Cette dernière hypothèse est justifiée par ce qui suit.
L’énergie du système est
Z N N
1 X X X
E(Ψ) = |∇xj Ψ|2 + V (xj )|Ψ|2 +  w(xi − xj )|Ψ|2 dx1 ...dxN .
R3N 2m j=1 j=1 1≤i<j≤N

On désire étudier le couplage entre le terme d’interaction et celui d’énergie de la particule seule lorsque
N → ∞. Pour que ces deux termes soient du même ordre de grandeur, on prend  = N 1−1 .
On aimerait comparer Ψ (qui minimise E sur son domaine qui, on rappelle, est un sous-ensemble de
la sphère unité de L2 ) à u⊗N , avec un certain u. C’est-à-dire montrer que le système évolue comme si les
particules étaient indépendantes les unes des autres.

3.1 Étude préliminaire


Considérons l’énergie d’un système dont la fonction d’onde est u⊗N
N Z
X Z
E(u⊗(N ) ) = |∇u(x)|2 + V (x)|u(x)|2 dx × |u⊗N −1 |2 (x2 , ...xN )dx2 ...dxN
j=1 R3 R3N −1
Z Z Z
1 X
+ 2 2
|u(x)| |u(y)| w(x − y)dxdy × |u⊗N −2 |(x3 , ..., xN )dx3 ...dxN .
N −1 R3 R3 R3N −2
1≤i<j≤N

Les deux facteurs valent 1 si l’on prend kukL2 = 1.

Z 1
Z Z 
⊗(N ) 2 2
E(u )=N |∇u(x)| + V (x)|u(x)| dx + |u(x)|2 |u(y)|2 w(x − y)dxdy = N EH (u)
R 3 2 R3 R3

Cela amène à étudier le problème suivant

(Z Z Z )
2 2 1 2 2
inf EH (u) = inf |∇u(x)| + V |u(x)| dx + |u(x)| |u(y)| w(x − y)dxdy .
kukL2 =1 kukL2 =1 R3 2 R3 R3

EH est l’énergie de Hartree d’une particule. Dans le cas d’une seule particule, on avait
R considéré V l’espace
des états d’énergie finie. C’est ce que l’on cherche ici aussi. En effet kuk2V = k∇uk2L2 + V |u|2 < ∞ n’assure

8
pas que |EH | < ∞ ni que inf kukL2 =1 EH (u) > − ∞. On se restreint alors à une classe de fonction plus petite.
Cherchons p et r tels que V ∩ Lp pour w ∈ Lr convienne, c’est-à-dire que pour u ∈ V ∩ Lp on ait |EH (u)| < ∞
et inf V∩Lp EH > −∞.
Lemme 16. Inégalité de convolution de Young [6, Th. 4.2]

Soit f ∈ Lp , g ∈ Lq , g ∈ Lr . Si p1 + 1q + 1r = 2 alors
Z
| f (x)(g ? h)(x)dx| ≤ Cp,q,r,n kf kLp kgkLq khkLr .

Raisonnons par analyse-synthèse. Ici f = g = u2 ∈ Lp , d’où : 1r = 2(1− p1 ) et | (u2 ? w)u2 | ≤ kuk4L2p kwkLr .
R

Ce qui assure |EH (u)| < ∞ On a alors la minoration suivante :


Z Z
EH (u) ≥ V (x)|u(x)|2 dx + |∇u|2 − kwkLr kuk4L2p

or on a le
Théorème 17. Sobolev

Pour 1 ≤ s < d on a
d.s
CkukLs∗ ≤ k∇ukLs où s∗ =
d−s
Ici on prend s = 2 et donc s∗ = 2d
d−2 et on a la minoration :
Z
EH (u) ≥ V (x)|u(x)|2 dx + C 2 .kuk2Ls∗ − kwkLr kuk4L2p

Lemme 18. Inégalité d’interpolation


1−θ
Si p̂1 = θq̂ + 1−θ θ
r̂ alors kf kLp̂ ≤ kf kLq̂ kf kLr̂ , où θ ∈ [0; 1].

Démonstration. C’est une reformulation de l’inégalité d’Hölder.


Appliquons le lemme avec q̂ := 2, r̂ := s∗ et p̂ := 2p. On cherche donc un p tel que ∃θ : 2p 1
= θ2 + 1−θ
s∗ .
Cherchons alors une condition sur p pour en déduire une sur r. On a pour kukL2 = 1 : kukL2p ≤ 1 kuk1−θ θ
s∗
on veut donc : 4(1 − θ) < 2. Ce qui se traduit par r > d2 et qui garantie inf kukL2 =1 EH (u) > − ∞ sur V ∩ Lp
et w ∈ Lr avec 1r = 2(1 − p1 ).
Z
EH (u) ≥ V (x)|u(x)|2 dx + C 2 .kuk2Ls∗ + o(kuk2Ls∗ )

Dans le suite on supposera w ∈ Lr avec r > d2 , et on notera p le nombre qui vérifie 1


r + 2
p = 2 et on aura
u ∈ Lp (p > 6).

3.2 Théorème : existence et unicité de l’état fondamental


Théorème 19. Énergie de Hartree

inf kukL2 =1 EH (u) est atteint. De plus, si on suppose ŵ > 0 alors il est atteint de manière unique (à une
phase près).

9
Étape 1 : existence
Soit (un ) ∈ (V ∩ Lp )N une suite minimisante pour EH . Rappelons que l’on a l’inégalité :
Z Z
EH (u) ≥ V (x)|u(x)|2 dx + |∇u|2 − kwkLr kuk4L2p .

4(1−θ) 4(1−θ)
Or kuk4L2p ≤ kukLs∗ ≤ C 0 k∇ukL2 si kukL2p ≥ 1. On en déduit que (un ) est bornée dans V. On peut
en extraire une sous-suite qui converge faiblement dans V et dans H 1 , fortement dans L2 et presque partout
vers la même limite (cf 2.1).
On a kukV ≤ lim inf kun kV . On va prouver que le terme d’interaction à deux corps tend vers celui de la
limite u0 . Pour cela on montre que un → u0 dans L2p et on a recours au

Lemme 20. ∀a ≤ b < c : si un → u dans La et (un ) est bornée dans Lc alors un → u dans Lb .
Démonstration. C’est une conséquence du Lemme 18. Sans perte de généralité on prend u = 0, alors il existe
1−θ
0 < θ ≤ 1 tel que 1b = aθ + 1−θ θ
c et kun kLb ≤ kun kLa .kun kLc . Ce qui montre le résultat.

Comme kun kp∗ ≤ k∇un kL2 et que un → u0 dans L2 . Il reste à montrer que 2 ≤ 2p ≤ p∗ . Or 2r > d d’où :
2d 4r 4r
p∗ = > > = 2p ≥ 2.
d−2 2r − 2 2r − 1
Alors d’après le lemme précédent : un → u0 dans L2p . L’inégalité d’Young
qR nous assureqla continuité du
p p
R 2 2 p
R
terme d’interaction à deux corps sur l’espace L × L . Or |u0 − un | ≤ 2p
|u0 − un | . |u0 + un |2p ≤
qR qR qR 
|un |2p → 0. Ainsi (w ? u2n )u2n → (w ? u20 )u20 . Ce qui montre que
R R
|u0 − un |2p . |u0 |2p +
EH (u0 ) ≤ inf kukL2 =1 EH (u) et un → u0 dans L2 assure que kukL2 = 1.

Étape 2 : convexité de la fonctionnelle énergie, unicité et régularité du minimiseur positif


Sous l’hypothèse ŵ > 0, on peut montrer que EH atteint n’admet qu’un minimiseur positif sur S(0, 1)L2 .
Tout d’abord, la Proposition 15 nous assure que si u minimise EH sur S(0, 1)L2 alors il existe un nombre
complexe |ω| = 1 tel que ω u soit à valeurs réelles. Sinon k∇|u|kL2 < k∇ukL2 et EH (|u|) < EH (u) = E0 . On
ne considérera à présent que des fonctions réelles. Enfin, la transformation de Fourier, qui est une isométrie
de L2 dans lui même, permet d’écrire :
Z Z Z
2 2 c2 |2 .
EH (u) = |∇u| + V |u| + ŵ|u (3)

Vu l’expression de E : E(|u|) = E(u). On supposera dorénavant u ≥ 0 sans perte de généralité.

Unicité du minimiseur positif


R √
Démonstration. Posons ρ = u2 et montrons l’unicité de ρ. L’énergie associée à ρ est F(ρ) = |∇ ρ|2 +
p
V ρ + ŵ|ρ̂|2 . Soit σ = v 2 ≥ 0 un autre minimiseur de F alors posons w = t ρ + (1 − t)σ. kwkL2 = 1
R R
R p
et on a : EH (w) = |∇ tu2 + (1 − t)v 2 |2 + V (tu2 + (1 − t)v 2 ) + ŵ|(tu2 +\ (1 − t)v 2 )|2 . Le premier
R R

terme est une expression convexe en ρ d’après la Proposition 15, le second est linéaire, donc convexe,
en ρ, et le dernier est strictement convexe car on a supposé ŵ > 0. Alors si u 6= v pour 0 < t < 1 :
EH (w) < tEH (u) + (1 − t)EH (v) = E0 , ce qui est absurde.

10
Régularité du minimiseur positif
Le schéma de la preuve est le même que dans le cas à 1 particule, à ceci près que l’équation différentielle
vérifiée par un minimiseur u n’est plus linéaire. Cependant, l’opérateur intervenant ne dépend que de |u| qui
(cf 3.2) est unique en tant que solution positive. Une condition sur w permet alors de se ramener au cas à 1
particule.
Lemme 21. Si u minimise E sur S(0, 1)L2 alors il vérifie l’équation suivante au sens des distributions :

− ∆ + V + w ? |u|2 u = E0 u,


où E0 est l’énergie fondamentale.


Démonstration. La preuve suit exactement celle du Lemme 11 et utilise le fait que w(−x) = w(x).

On voudrait une estimation de −∆u pour appliquer le théorème d’injection de Sobolev. On voudrait au
0
moins (w ? u2 )u ∈ L2 . Or, w ∈ Lp , p0 > 3/2 et u ∈ L2 ∩ Lp , p > 6 donc u2 ∈ Lq avec 1 < q < 3 et l’inégalité
d’Hölder montre que w ? u2 ∈ L∞ .
Donc (w ? |u|2 )u ∈ L2 (R3 ). Le théorème d’injection de Sobolev 12 donne u ∈ C 1,5 .
Remarque 22. L’unicité d’une solution positive aurait en fait suffi à prouver le phénomène de condensation
puisque la loi marginale associée à la position ρ ne dépend que de |u|. Cependant, il est intéressant de
connaître l’ensemble des solutions car une fonction d’onde u, à valeurs complexes, contient plus d’information
que son module |u|.

Étape 3 : Ground State Resolution, unicité du minimiseur modulo U


On rejoint donc les hypothèses de régularité utilisés dans le proposition 14. D’après 3.2 |u| est unique,
on peut donc poser Ṽ = V + w ? |u|2 qui est commun à tout les minimiseurs. De la continuité de u0 , on en
déduit que Ṽ est localement borné, et on peut appliquer le Lemme 13 qui prouve la stricte positivité de u0 .
Proposition 23. Si u ∈ V minimise E sur S(0, 1)L2 alors il vérifie
Z
u
E(u) = |u0 |2 |∇( )|2 + E0 .
u0
Démonstration. En effet, si u minimise E sur S(0, 1)L2 , alors |u| aussi et |u| = |u0 | par 3.2, donc u il est
soumis au même potentiel Ṽ que u0 . Le reste de la preuve suit exactement celle de la proposition 14.

Mais alors, E(u) = E0 et donc ∇( uu0 ) = 0. La régularité C de u et u0 donne immédiatement la colinéarité.

Remarque 24. On a le résultat plus général suivant : si f, g ∈ H 1 et g > 0 alors ∇( fg ) = 0 =⇒ ∃c ∈ , f = cg.


Voir Proposition 15.

4 Condensation de Bose-Einstein
4.1 Cas de ŵ ≥ 0
4.1.1 Convergence de l’énergie
On désire montrer la propriété suivante :
Proposition 25.
inf{E(Ψ), ||Ψ||L2 (R3N ) = 1, Ψ symétrique}
−→ 1
inf{E(u⊗N ), ||u||L2 (R3 ) = 1} N →∞

11
Ce qui s’interprète par le fait que l’énergie du système de particules se rapproche de l’énergie fondamentale
d’un système de particules indépendantes.
Démonstration. On a clairement que inf{E(Ψ), ||Ψ||L2 =1 } ≤ inf{E(u⊗N ), ||u||L2 =1 }. Pour l’inégalité inverse
Ron minore un à2 un les termes de l’énergie associée à une fonction√ d’onde Ψ quelconque (2). On note ρ(x) =
dx2 ...dxN |Ψ| (x, x2 , ..., xN ). On cherche à comparer E(Ψ) et E( ρ⊗N ).

Z N N
1 X X X
E(Ψ) = |∇xi Ψ|2 + V (xi )|Ψ|2 +  w(xi − xj )|Ψ|2 dx
R3N 2m i=1 i=1 1≤i<j≤N
√ ⊗N √ √
Z Z Z
E( ρ ) = N EH ( ρ) = N |∇ ρ|2 + N V ρ + N ŵ|ρ̂|2

Minoration du terme d’énergie cinétique


Pour ϕ ∈ Cc∞ (R3 ) on a
Z Z Z
ρ∇ϕ = |Ψ(x1 , ..., xN )|2 ∇ϕ dx1 ...dxN = − ϕ 2<(Ψ̄∇Ψ).
R
D’où ∇ρ = 2 <(Ψ̄∇x1 (Ψ)). D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on a presque partout :
sZ sZ sZ

|∇ρ| ≤ 2 |Ψ|2 dx2 ...dxN |∇x1 Ψ|2 dx2 ...dxN = 2 ρ |∇x1 Ψ|2 dx2 ...dxN .


Ainsi |∇ ρ|2 = | 12 ∇ρ
√ |2 ≤ |∇x1 Ψ|2 dx2 ...dxN . Alors
R
ρ

N

Z X Z Z
2 2
|∇xi Ψ| = N |∇x1 Ψ| ≥ N |∇ ρ|2 .
i=1

Minoration du terme d’énergie potentiel

N Z
X Z Z
V (xi )|Ψ|2 = N V (x1 )|Ψ|2 (x1 , ..., xN ) = N V ρdx
i=1

On a en fait égalité.

Minoration du terme d’interaction à deux corps


Théorème 26. Approximation par des fonctions C ∞ [6, Thm 2.16]
Soit j ∈ L (L ) tel que j = 1, pour  > 0 on pose j (x) = −d j( x ). Alors pour f ∈ Lp où 1 ≤ p < ∞
1 d
R

on note : f = j ? f . On a les propriétés suivantes :

– f ∈ Lp et kf kLp ≤ kf kLp


– f → f dans Lp quand  → 0
– si j ∈ C ∞ alors f ∈ C ∞ .
Quitte à extraire, on supposera dorénavant que la convergence à lieu presque partout.

12
Pour f ∈ Lp on a (w ? f )f = ŵ|fˆ|2 ≥ 0. Soit alors jx i (x) = −3 j( x−x ) où j ∈ L1 (R3 ) et j = 1,
R R i
R
PN 
prenons f = i=1 jx i − g où g ∈ Lp , alors (w étant radial) :
Z N
X XN
dxdy w(x − y)( jx i (x) − g(x))( jx i (y) − g(y)) =
i=1 i=1
XZ N Z
X
2 dxdy w(x − y)jx i (x)jx j (y) + dxdy w(x − y)jx i (x)jx i (y)
i<j i=1
N Z
X Z
−2 dxdy w(x − y)g(y)jx i (x) +N 2
dxdy w(x − y)g(x)g(y) ≥ 0.
i=1

Par le Théorème 26, appliqué avec j  et (j  )⊗2 , pour presque tout x1 , ..., xN , on a :

X N Z
X Z
2 w(xi − xj ) + N w(0) − 2 dy w(xi − y)g(y) + N 2 dxdy w(x − y)g(x)g(y) ≥ 0.
i<j i=1

Après multiplication par |Ψ|2 (x1 , ..., xN ) et intégration ( |Ψ|2 = 1) on a :


R

N Z
X N Z
X Z Z
2 2 2
2 w(xi − xj )|Ψ| ≥ 2 w(xi − y)g(y)|Ψ| − N w(0) − N dxdy w(x − y)g(x)g(y).
i=1 R3N i=1 R3N R3 R3 ×R3

Prenons g = N ρ, alors :
N Z
N2
Z
X N
w(xi − xj )|Ψ|2 ≥ dxdy w(x − y)ρ(x)ρ(y) − w(0).
i=1 R3N 2 2

Finalement, les trois estimations réunies donnent : E(Ψ) ≥ N EH ( ρ)− 2(NN−1) w(0) ≥ N eH − 2(NN−1) w(0),
où eH est l’énergie fondamentale du modèle de Hartree. Ce qui montre que

inf{E(Ψ), ||Ψ||L2 =1 } ∼ inf{E(u⊗N ), ||u||L2 =1 }.


N →∞

4.1.2 Condensation de Bose-Einstein : convergence en loi


On montre de la même manière que pour le modèle de Hartree que inf kΨkL2 =1 E(Ψ) est atteint.

Proposition 27. On note ρN (x) = dx2 ...dxN |Ψ|2 (x, x2 , ...xN ) où Ψ est un état fondamental (il minimise
R

l’énergie). Alors ρN → u0 dans V où u0 est l’unique minimiseur positif de EH


Remarque 28. La convergence dans V entraine la convergence dans H 1

Démonstration. En effet, d’après l’étude de l’énergie d’un système à N particules (Proposition 25), ( ρN )

est une suite minimisante de EH . Il s’en suit que ( ρN ) est bornée dans V, on peut donc en extraire une sous

suite convergente faiblement dans V (c’est un espace de Hilbert). Comme V est un potentiel confinant ( ρN )

converge fortement dans L2 (R3 ) (cf Lemme 10). Notons ρ∗ cette limite, elle est donc de norme 1, minimise
√ √
EH et est positive. La proposition 19 nous assure l’unicité d’un tel état fondamental : u0 = ρ∗ = lim ρN
(dans L2 ).
√ √
Or, V est un Hilbert, il suffit de remarquer que EH ( ρN ) = k ρN k2V → E0 = ku0 k2V (cf Proposition 25)

car la suite ( ρN ) converge déjà faiblement. On en déduit la convergence forte dans V.

13
4.2 Cas général
Résultats sur les opérateurs densité
Le résultat qui vient d’être prouvé montre que la marginale de la loi de probabilité relative à la position
d’une particule converge vers la fonction d’onde de l’état fondamental du modèle de Hartree avec hypothèse
supplémentaire ŵ > 0. Mais, comme on l’a déjà souligné à la Remarque 22, une fonction d’onde contient plus
d’information qu’une loi de probabilité. Il est donc légitime de vouloir généraliser ce résultat de convergence
aux fonctions d’ondes. Dans ce but, on définit des "opérateurs densité", caractérisant la fonction d’onde du
système. Ce sont des opérateurs à trace, et nous allons montrer que l’opérateur densité du système à N
particules converge dans S1 vers l’opérateur densité d’états décorélés correspondant à l’état fondamental du
modèle de Hartree. On prendra désormais w ∈ L∞ .
Définition 29. Pour un état représentant N particules, Ψ ∈ L2 (R3N ), on définit la matrice densité (ou
(k)
opérateur densité) de k particules associée comme l’opérateur ΓΨ sur L2 (R3k ) de noyau :
Z
(k)
γΨ (x1 , ...xk , y1 , ..., yk ) = Ψ(x1 , ..., xk , zk+1 , ..., zN )Ψ(y1 , ..., yk , zk+1 , ..., zN )dzk+1 ...dzN .

Voici d’abord quelques définitions et propriétés sur les opérateurs à trace. Étant donné un Hilbert H, on
note L(H) l’ensemble des opérateurs bornés sur H, K l’ensemble des opérateurs compacts. Pour A ∈ L(H),

on note |A|
P∞l’unique opérateur positif dont le carré est A A. Pour un opérateur positif T , on définit :
tr(T ) = i=1 (ui , T ui ) où (ui ) est une base de Hilbert de H, cette quantité (éventuellement infinie) ne
dépend pas
P∞de la base. OnP note alors S1 l’ensemble des opérateurs A ∈ L(H) tels que tr(|A|) < ∞, et on a

tr(A) = i=1 (ui , Aui ) = i=1 µi (A) où (µi (A))i sont les valeurs singulières de A, c’est à dire les valeurs
propres de |A|. S1 est un *-idéal bilatère de L(H).
(k)
Proposition 30. Quelques propriétés sur ΓΨ :
(k)
– ΓΨ est borné et symétrique, donc autoadjoint.
(k)
– ΓΨ ≥ 0
(k) (k)
– ΓΨ ∈ S1 et tr(ΓΨ ) = 1
(k)
– ρ(k) (x1 , ..., xk ) = γΨ (x1 , ..., xk ; x1 , ..., xk )
(k) (k) (k) (k)
– F ΓΨ F −1 = ΓF Ψ , il s’en suit que tΨ (p1 , ..., pN ) = F γΨ (p1 , ..., pN , p1 , ..., pN )
Fort de ces nouveaux outils, on peut ré-écrire l’énergie d’un état quantique de la manière suivante.
Proposition 31.  
 (1)  1  (2) 
E(Ψ) = N trL2 (−∆ + V )ΓΨ + trL2S (R3 ×R3 ) w ΓΨ
2
(1)
Le sens du premier terme est ambigu car, bien que ΓΨ soit dans S1 qui est un ∗-idéal dans L(L2 ),
−∆ + V n’est pas borné. Cependant, le produit d’opérateur est défini sur tout L2 quand Ψ ∈ H 2 . De plus,
la résolvante de −∆ + V est compacte : ce résultat est essentiellement du au caractère confinant de V ,
c’est une conséquence du théorème de Lax-Milgram ainsi que du Lemme 10. Étant symétrique et positif on
peut trouver une base orthonormée (ui ) et des réelles positifs tendant en croissant vers l’infini (λi )i tels que
P∞  (1)  P (1) R (1) (1)
−∆ + V = i=1 λn |ui i hui |. Alors trL2 (−∆ + V )ΓΨ := i λi hui | ΓΨ |ui i = −∆γΨ (x, x) + V γΨ (x, x).
Cette dernière égalité ce justifie de la manière suivante. Donnons nous une base de L2 : (ϕi )i , alors
(1) (1)
((x, y) → ϕp (x) ϕq (y)) est une de L2 (R3 × R3 ). Écrivons γΨ (x, y) = p,q cp,q ϕp (x) ϕq (y). Alors tr(ΓΨ ) =
P
P R (1) RP P
p cp,p . D’autre part : γΨ (x, x)dx = p,q cp,q ϕp (x)ϕq (x)dx = p cp,p . L’intégrale le long de la diago-
(1) (1)
nale est bien définie par la forme de γΨ . Les mêmes calculs mènent au résultat pour (−∆ + V )ΓΨ qui a
(1) (1)
pour noyau −∆x γΨ + V γΨ et donne donc un sens à l’intégrale le long de la diagonale.
Enfin, on désigne par w l’opérateur de multiplication par w(x − y). Alors comme w ∈ L∞ (R3 ) l’opérateur
 (2) 
w est borné et cela donne un sens à trL2S (R3 ×R3 ) w ΓΨ .

14
Théorème 32. Si ΨN minimise E sur S(0, 1)L2 (R3N ) . Alors, à extraction près, pour tout entier k on a :
(k)
ΓΨN → Γ(k) dans S1 . Et la famille (Γ(k) )k vérifie trk (Γ(k) ) = Γ(k−1) .
N →∞

Remarque 33. Le sens de cette dernière égalité ( trk (Γ(k) ) = Γ(k−1) ) est donné à la Définition 36.

(1)
Démonstration. Convergence de (ΓN )
(1) (1) (1) (1)
La suite (ΓΨN )N est bornée dans S1 = K ∗ car ΓN ≥ 0, tr(ΓN ) = 1 = kΓN kS1 . On peut ainsi en
(1) (1)
extraire une sous-suite convergeant faiblement ΓN *∗ Γ(1) . Comme |ui i hui | ∈ K : tr( |ui i hui | ΓN ) =
(1)
hui | ΓN |ui i → hui | Γ(1) |ui i.
P (1) P (1) P (1)
On a par ailleurs i λi hui | ΓN |ui i ≥ λ1 i hui | ΓN |ui i et ( i λi hui | ΓN |ui i)N est bornée uniformé-
P (1) P (1)
ment, disons par C, or (λi )i croit vers l’infini donc : λj i≥j hui | ΓN |ui i ≤ i≥j λi hui | ΓN |ui i ≤ C et
P (1) C
i≥j hui | ΓN |ui i ≤ λj → 0, uniformément par rapport à N .
j→∞
(1)
D’après ce qui précède, en coupant la somme en deux on montre aisément que tr(ΓN ) → tr(Γ(1) ). Cepen-
(1)
dant, la convergence forte dans S1 n’est pas évidente pour autant, il faut montrer que tr(|ΓN − Γ(1) |) → 0.
On a recours au lemme suivant :
Lemme 34. Pour A et B ∈ S1 et C ∈ L(H) on a :
– tr(|A + B|) ≤ tr(|A|) + tr(|B|)
– tr(|AC|) ≤ kCk tr(|A|) et tr(|CA|) ≤ kCk tr(|A|)
Lemme 35. Pour A ∈ S1 on a tr(|A|) ≤ kAk tr(A∗ A)
P
Démonstration. La démonstration repose sur l’égalité tr(|A|) = k µk , où (µk ) est la suite des valeurs
singulières de A.
(1)
Notons P j le projecteur orthogonal sur vect(ui )i≤j . Alors d’après le premier lemme, on a tr(|ΓN − Γ(1) |)
(1) (1)
≤ tr(|(ΓN − Γ(1) )Pj |) + tr(|(ΓN − Γ(1) )Pj⊥ |). Mais, en appliquant successivement les lemmes précédents on
majore le second terme comme suit :

(1) (1) (1) (1)


tr(|(ΓN − Γ(1) )Pj⊥ |) ≤ tr(|ΓN Pj⊥ |) + tr(|Γ(1) Pj⊥ |) ≤ kΓN k tr(Pj⊥ (ΓN )2 Pj⊥ ) + kΓ(1) k tr(Pj⊥ (Γ(1) )2 Pj⊥ )
(1) (1)
≤ kΓN k2 tr(ΓN Pj⊥ ) + kΓ(1) k2 tr(Γ(1) Pj⊥ )
(1)
X X
hui | Γ(1) |ui i −→ 0.

≤C hui | ΓN |ui i +
j→∞
i>j i>j

Fixons alors  > 0 et j tel que le second terme soit inférieur à /2, pour tout entier N . Minorons
(1) Pj ∗
alors le premier terme à j fixé. Posons A = (ΓN − Γ(1) )Pj . On a tr(|A|) = i=1 µi (A) et tr(A A) =
Pj Pj Pj 2 (1)
i=1 (ui , A ∗ Aui ) = i=1 (Aui , Aui ) = i,k |(uk , Aui )| . Or, la convergence faible-* de ΓN entraine la
convergence vers 0 de tous les termes de cette somme (finie). On peut donc trouver N0 tel que la somme soit
(1)
plus petite que /2 à partir de ce rang. Ceci montre la convergence de (ΓN )N (à extraction près).

(k)
Convergence de ΓN
(1) 1
On applique le même raisonnement. Il suffit de remarquer que trL2 (−∆ + V )ΓN = k trL2S ((R3 )k ) ((−∆x1 +
(k) 1 (k)
V (x1 ) + ... − ∆xk + V(xk ))ΓN )= tr((−∆ + Ṽ
k où Ṽ est aussi confinant. ce qui entraine que −∆ + Ṽ
)ΓN )
est diagonalisable en base orthonormée et que ses valeurs propres tendent vers l’infini.
(k)
Enfin, en réalisant une extraction diagonale, on trouve une sous-suite de (ΓN )N qui converge pour tout
k.

15
La propriété de trace n’a pas encore été prouvée, c’est le but de ce qui suit.

Propriété des Γ(k) relatives à la trace partielle


Définition 36. On définit la trace partielle par dualité. Pour T1,2 ∈ S1 (H1 ⊗ H2 ), l’application K(H1 ) 3
A 7−→ tr((A ⊗ 1) T1,2 ) est une forme linéaire continue sur K, elle admet donc un représentant pour la trace
dans S1 (H1 ) = K(H1 )∗ . Notons le T1 .
T1 := tr2 (T1,2 )

Trace partielle d’opérateurs à noyau


Soit (ui )i une base de L(H1 ) Posons Ai,j R= |ui i huj | ∈ RK(H1 ). Soit T ∈ S1 un opérateur de noyau
R : ∀i, j tr(Ai,j ⊗ 1 T ) = uj (x1 )ui (z1 )( t(z1 , x2 ; x1 , x2 )dx2 )dx1 dz1 . Ainsi, tr1 (T ) est
t(x1 , x2 , y1 , y2 ). Alors
l’opérateur à noyau t(x1 , z, y1 , z)dz.
(k−1) (k)
On a donc bien ΓN = trk (ΓN ). Montrons que (Γ(k) ) hérite de cette propriété. Soit A ∈ K, alors
(k) (k−1) (k)
tr(A ⊗ 1ΓN ) = tr(A ΓN ), comme les (ΓN ) convergent fortement dans S1 , en passant à la limite quand
N → ∞ on a l’égalité : tr(A ⊗ 1 Γ ) = tr(A Γ(k−1) ). A étant arbitraire dans K, il s’en suit que Γ(k−1) =
(k)

trk (Γ(k) ). Ce qui termine la démonstration du théorème.


Il vient :

E(ΨN ) 1  (2) 
= trL2S (R3 ×R3 ) (−∆ + Ṽ + w)ΓN .
N 2
Le lemme de Fatou pour les séries donne : lim inf E(Ψ
N
N)
≥ 12 tr((−∆ + Ṽ + w)Γ(2) ). Une question naturelle
(k)
est alors : Γ est-il la matrice densité d’un état quantique du système ?

Théorème de structure
Le théorème de De Finetti quantique donne la structure de telles familles d’opérateurs : Ak−1 = trk (Ak ).
Théorème 37. Théorème de De Finetti quantique [4]
Soit (Ak ) une famille d’opérateurs auto-adjoints positifs sur L2 (Rd ) vérifiant Ak−1 = trk (Ak ) et tr(A1 ) =
1. Alors, il existe une mesure de probabilité de Borel µ sur la sphère de L2 (Rd ) telle que
Z
Ak = |u⊗k i hu⊗k | dµ(u).
S(0,1)L2

Il est clair que le théorème


 principal sur la condensation suit du théorème de De Finetti quantique. En
effet, 12 tr (−∆ + Ṽ + w)Γ(2) = 21 hu⊗2 | (−∆ + Ṽ + w) |u⊗2 i dµ(u) = EH (u)dµ(u) ≥ 1 × eH = eH . Ce qui
 R R

impose à µ d’être la mesure de Dirac supportée par u0 , état fondamental du modèle de Hartree. Nous allons
maintenant donner la preuve du théorème 4.2 en commençant par le cas plus simple de la dimension finie.

4.2.1 Cas de la dimension finie


Dans ce qui suit, on montre un version du théorème où L2 est remplacé par un Hilbert H de dimension
finie. L’idée est d’estimer la différence entre l’opérateur γ k et la moyenne sur les opérateurs produit d’une
certaine mesure µN . L’outil principal est la représentation intégrale de l’identité par le groupe orthogonal
produit, c’est une application du lemme de Schur. Il faut néanmoins montrer l’irréductibilité du groupe
orthogonal produit.
N
H = H⊗N le produit tensoriel de H par lui même N fois. On
N
Définition 38. Soit H un Hilbert, on note
i=1
note H⊗N
S le produit tensoriel symétrique de H par lui même. C’est le sous espace vectoriel de H⊗N définit de
la manière suivante. Si (ui )1≤i≤d est une base de H, alors x = λi1 ,...,iN ui1 ⊗ ... ⊗ uiN ∈ H⊗N
S si et seulement

16
si ∀σ ∈ SN : λσ(i1 ),...,σ(iN ) = λi1 ,...,iN . Cette propriété de dépend pas de la base (ui )1≤i≤d choisie. H⊗N
S est
un sous-espace de dimension Nd−1 +d−1


∼ R
Remarque 39. H⊗N S = H⊗N /R où R est la relation d’équivalence définie par : ui1 ⊗ ... ⊗ uiN = uiσ(1) ⊗ ... ⊗ uiσ(N )
pour σ ∈ SN . Dorénavant, sur H⊗N
S , on utilisera l’abus de notation qui consiste à rendre le produit tensoriel
commutatif.
Théorème 40 (De Finetti en dimension finie). Soit H un Hilbert de dimension d et (γ k )k une suite d’opé-
rateurs positifs chacun défini sur H⊗k k
S et vérifiant la propriété trk (γ ) = γ
(k−1)
. Alors il existe une mesure
de probabilité µ sur SH, la sphère unité de H, telle que
Z
∀k, γ k = |u⊗k i hu⊗k | dµ(u).
SH

La démonstration du théorème s’appuie fortement sur le lemme suivant.


Lemme 41. On note du la mesure de probabilité uniforme sur SH. Alors
Z
1
P := |u⊗k i hu⊗k | du = Id ⊗k .
SH cN HS
⊗k
Où ck = k+d−1

d−1 , la dimension de HS .

Démonstration. Remarquons que pour U ∈ O(H), du? U = du, et donc


Z Z Z
⊗k ⊗k ⊗k ∗ ⊗k ⊗k
U |u i hu | du = |(uU ) i hu | du = |u⊗k i hu⊗k | du U ⊗k .
SH SH SH
⊗k ⊗k
 ⊗k avec tout élément de la forme U , U ∈ O(H). L’espace HS est clairementk stable par
Ainsi P commute
k
O(H) := U , U ∈ O(H) , montrons qu’il n’admet pas de sous-espace propre stable par O(H) . Soit V un
aα u⊗α ⊗ ... ⊗ ud⊗αd 6= 0. Soit alors α0 = (α10 , ..., αd0 ) tel que aα0 6= 0.
P
tel sous-espace et V 3 X = 1
1

α1 +..+αd =k
Considérons U (θ1 , ..., θd ) ∈ O(H) : uk 7→ eiθk uk , alors
X
U ⊗k X = aα eiα1 θ1 +...+iαk θk u1⊗α1 ⊗ ... ⊗ ud⊗αd ∈ V .
α1 +..+αd =k

Donc
Z
⊗α0 ⊗α0 1 0 0
u1 1 ⊗ ... ⊗ ud d = 0 U ⊗k (θ1 , ..., θd )Xe−iα1 θ1 −...−iαk θk dθ1 ...dθd ∈ V.
α
Notons alors Ui ∈ O(H), u1 7→ u1√+u 2
i
, ui 7→ u1√−u 2
i
, uj 7→ uj si j 6= i, 1. On a U2 ...Uk X = u⊗N
1 + u⊗N −1 ⊗
(...). La même procédure que précédemment montre que u⊗N ∈ V . Enfin, en considérant un élément
d
U 0 (θ1 , ..., θd ) ∈ O(H) tel que u1 7→ √1d eiθj uj , il vient
P
j=1
d
1 X 1 X
U 0⊗k u⊗k = ( √ eiθj uj )⊗k = √ eiα1 θ1 +...+iαd θd u⊗α
1
1
⊗ ... ⊗ u⊗α
d
d
∈ V.
d j=1
d α1 +..+αd =k

Par ailleurs on a
Z
u⊗α
1
1
⊗ ... ⊗ u⊗α
d
d
= U 0⊗k (θ1 , ..., θd ) u⊗k e−iα1 θ1 −...−iαd θd dθ1 ...dθd ∈ V,

pour tout (α1 , ..., αd ). Ce qui montre que V = H⊗k k ⊗k


S et que O(H) est irréductible sur HS . D’après le lemme
de Schur, P est une homothétie, de trace 1, ce qui conclut la démonstration.

17
Démonstration. (du théorème)

Notons Pk = |u⊗k i hu⊗k |, le projecteur orthogonal sur u⊗k . D’après le Lemme 41, 1N = 1k ⊗ 1N −k =
1k ⊗ ( cN −k PN −k du). On peut donc réécrire γ k comme
R

Z Z
γ k = trk+1→N (γ N ) = trk+1→N 1k ⊗ ( cN −k PN −k du)γ N = cN −k trk+1→N 1k ⊗ (PN −k )γ N .
 

Posons alors : µN (u)du = cN tr(PN γ N )du, cela définit une mesure de probabilité. Comparons γ k et
R
Pk µN (u)du :
Z Z
Pk µN (u)du = cN Pk trk+1→N 1k ⊗ PN −k γ N Pk du,


car tr(PN γ N ) = tr((1N −k ⊗Pk )(PN −k ⊗1k )γ N ) = tr(Pk trk+1→N (PN −k ⊗1k γ N )) = hu⊗k | trk+1→N (1k ⊗ PN −k γ N ) |u⊗k i.
En posant : A = trk+1→N (1k ⊗ PN −k γ N ) et B = Pk et en s’aidant de l’identité

A − BAB = (A − BA) + (A − AB) − (1 − B)A(1 − B),


on a

 Z   Z   Z 
cN −k cN −k
tr γk − Pk µN (u)du ≤ tr γk −
Pk µN (u)du + tr (1 − ) Pk µN (u)du
cN cN
 Z 
cN −k
≤ 2 tr A − BAdu + tr(|(1 − B)A(1 − B)|) + (1 − ).
cN
Or : R
– A − BAdu = A − ABdu = (1 − cNcN−k )γ k
R
R R R
– tr(| (1 − B)A(1 − B)|) ≤ tr(|(1 − B)A(1 − B)|) = tr(|A(1 − B)|) car 1 − B est un projecteur
orthogonal.
N d−1
Ainsi tr(|γ k − |u⊗k i hu⊗k | µN (u)du|) ≤ 4(1 − cNcN−k ) et cN = N +d−1
R 
N ∼ (d−1)! , ce qui entraine
(1 − cNcN−k ) → 0. Il suffit d’extraire une sous-suite de (µN )N qui converge faiblement vers une mesure de
probabilité µ, cette mesure convient.

Remarque 42. H⊗N S s’injecte dans H⊗N , on peut alors reformuler les hypothèses du théorème par : (γ k )k
une famille d’opérateurs agissant chacun sur H⊗k laissant stable H⊗k S et le résultat final serait restreint
⊗k ⊗k
à HS . On remarque alors que l’on peut remplacer HS par tout sous-espace de H⊗k sur lequel le groupe
orthogonal est irréductible puisque cette hypothèse ne sert qu’à la démonstration du Lemme 41.

4.2.2 Cas de la dimension quelconque


La démonstration suivante repose sur le fait que dans certains espaces convexes, tout point est le bary-
centre d’une certaine mesure supportée par l’ensemble des points extrémaux, c’est le Théorème de Choquet
[3, Thm 27.6]. Le schéma de la preuve suit [4] dont le résultat est plus général.
Théorème 43. Soit E un espace métrique localement convexe séparé et X ⊂ E convexe et compact métrique.
Alors pour tout x ∈ X, il existeR une mesure de probabilité µ sur X supporté par E(X) l’ensemble des points
extrémaux de X telle que x = E(X) e dµ(e).

Prenons E = S1 et considérons l’ensemble Λ des suites (γ k )k telles que :


– γ k ∈ L(H⊗k )
– tr(γ (1) ) = 1

18
– trk (γ (k) ) = γ (k−1)
– γ (k) ≥ 0
– ∀Ai ∈ L(H), σ ∈ Sk : tr(γ (k) A1 ⊗ ... ⊗ Ak ) = tr(γ k Aσ(1) ⊗ ... ⊗ Aσ(k) )

– tr (−∆ + V )γ (1) ≤ C, où C est une constante quelconque.
Λ est clairement un convexe et le Théorème 32 montre que c’est un compact métrique pour tr(|.|). Pour
montrer le résultat, il reste à établir que ses points extrémaux sont les états produits purs (γ k ) = ((γ 1 )⊗k )
où γ 1 est un opérateur à densité issu d’une fonction d’onde Ψ.
Proposition 44 (Points extrémaux). Les points extrémaux de Λ sont des états produits de Λ.
Démonstration. Soit (γ k )k un point extrémal de Λ, supposons qu’il n’est pas un état produit. Alors on peut
trouver Am ∈ L(H⊗m ), An ∈ H⊗n tels que tr(γ m+n Am ⊗ An ) 6= tr(γ m Am ) tr(γ n An ). Quitte à multiplier par
un scalaire, on peut supposer 13 ≤ tr(γ m Am ) ≤ 23 . Définissons alors deux nouvelles suites σ et τ par

1
σk = γ m+k (Am ⊗ 1k )ik →m+k
tr(γ m A m)
et
1
τk = γ m+k ((1m − Am ) ⊗ 1k )ik →m+k .
1 − tr(γ m Am )

On a γ = tr(γ m Am )σ + (1 − tr(γ m Am ))τ , comme γ est un point extrémal et que la combinaison convexe est
non triviale σ = τ , et particulier σ n (An ) = τ n (An ) et donc tr(γ m+n Am ⊗ An ) = tr(γ m Am ) tr(γ n An ), ce qui
est une contradiction.
Remarque 45. La réciproque est aussi vraie, c’est-à-dire que les états produits de Λ sont des points extré-
maux, mais nous n’en avons pas besoins pour montrer le théorème.

Montrons maintenant qu’un état produit de Λ est nécessairement pur, c’est à dire qu’il existe Ψ ∈ H tel
que γ 1 = |Ψi hΨ|. En effet, soitP(γ ⊗k ) ∈ Λ un état produit. Puisque γ ∈ S1 , il est compact et admet une

décomposition de la forme γ = i=1 µi |ui i hui |, où µi ≥ 0 et (ui )i est une famille de vecteurs
P orthonormés. Si
γ n’est pas un état pur, il existe des réels 0 < µj < 1 et γ = µj |uj i huj |+(1−µj )(1−µj )−1 i 6=j µi |ui i hui | =
µρ1 + (1 − µ)ρ2 où ρi est un opérateur à densité. Soit En = (n!)−1 σ∈Sn Uσ le projecteur sur les opérateurs
P
à symétrie de Bose-Einstein. Pour un opérateur à densité ρ et un projecteur E on a tr(Eρ) ≤ 1 et égalité si
et seulement si Eρ = ρ. Et puisque ρ1 ⊗ ρ2 et ρ2 ⊗ ρ2 ne sont pas à symétrie de Bose-Einstein

tr(E2 γ ⊗ γ) = µ2 tr(E2 ρ1 ⊗ ρ1 ) + µ(1 − µ) tr(E2 ρ1 ⊗ ρ2 ) + µ(1 − µ) tr(E2 ρ2 ⊗ ρ1 ) + (1 − µ)2 tr(ρ2 ⊗ ρ2)


< µ2 + 2µ(1 − µ) + (1 − µ2 ) = 1.

Ce qui contredit le fait que γ 2 soit à symétrie de Bose-Einstein. Les états extrémaux de Λ sont donc les états
purs, c’est-à-dire les éléments de la forme (|u⊗k i hu⊗k |).
Remarque 46. Ceci montre un résultat plus faible que le théorème de De Finetti quantique, en effet l’en-
semble Λ est composé d’opérateurs dont l’énergie est uniformément bornée, c’est ce qui le rend compact
métrique et qui permet d’utiliser le théorème de Choquet.

Remerciements
Je tiens à remercier mon directeur de stage M. Lewin pour la disponibilité qu’il m’a accordée, la pédagogie
dont il a fait preuve ainsi que la bienveillance qu’il m’a témoignée ; elles ont permis à ce stage d’être une
expérience à la fois enrichissante et agréable. Je remercie aussi Julien Sabin, doctorant sous la direction de
M. Lewin, pour ses nombreux conseils et explications. Enfin, je remercie l’université de Cergy-Pontoise et
l’Institut Henri Poincaré pour m’avoir accueilli.

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Références
[1] Bose, Plancks Gesetz und Lichtquantenhypothese, Zeitschrift fur Physik, 26 (1924), pp. 178–181.
[2] H. Brezis, Functional Analysis, Sobolev Spaces and Partial Differential Equations, Springer, universi-
text ed., 2010.
[3] G. Choquet, Lectures on analysis. Vol 2. Representation theory, Mathematics lecture note series, W.A.
Benjamin, Inc, New York, 1969.
[4] R. L. Hudson and G. R. Moody, Locally normal symmetric states and an analogue of de Finetti’s
theorem, Z. Wahrscheinlichkeitstheorie und Verw. Gebiete, 33 (1975/76), pp. 343–351.
[5] M. Lewin, P. T. Nam, and N. Rougerie, Derivation of Hartree’s theory for generic mean-field Bose
gases, preprint arXiv, (2013). preprint arXiv.
[6] E. H. Lieb and M. Loss, Analysis, vol. 14 of Graduate Studies in Mathematics, American Mathematical
Society, Providence, RI, second ed., 2001.
[7] M. Reed and B. Simon, Methods of Modern Mathematical Physics. I. Functional analysis, Academic
Press, 1972.

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