DEA de Physique Quantique 21 janvier 2005
Théorie des Champs
TD no 8 : L’effet Casimir
On isole dans le vide un condensateur plan non chargé, formé de deux plaques identiques,
parfaitement conductrices, distantes de a et de surface S idéalement infinie. Ces plaques imposent
des conditions aux limites sur le champ électromagnétique, présent ici uniquement sous forme
de fluctuations quantiques. Il en résulte une force entre les deux plaques : c’est l’effet Casimir.
1. Par des arguments d’analyse dimensionnelle, prédire la forme de la force par unité de surface
en fonction de a.
2. Champ scalaire. Dans un premier temps, on considère pour simplifier un champ scalaire
réel de masse nulle ϕ(x) au lieu du champ électromagnétique. Nous supposerons que la présence
des plaques impose des conditions aux limites de type Dirichlet : ϕ = 0 à la surface des plaques.
Quels sont alors les modes propres du champ entre les plaques ?
3. Variation de l’énergie du vide. Chaque mode du champ se quantifie comme un oscillateur
harmonique : son énergie dans le vide vaut ~ω/2 où ω est la pulsation du mode.
Régularisation. La somme qui apparaı̂t en calculant l’énergie est divergente. Ce type de di-
vergence est dite ultraviolette car elle concerne les hautes énergies. On emploie une procédure
de régularisation pour rendre les quantités finies et on s’assure à la fin que le résultat physique
ne dépend pas des paramètres introduits dans la procédure de régularisation. On choisit de
pondérer les contributions d’énergie ~ω par une fonction f (ω) qui vaut 1 pour les pulsations
petites devant une échelle ωM et qui décroit suffisamment vite à l’infini pour rendre les sommes
et intégrales absolument convergentes (exemple d’une telle fonction : f (ω) = e−ω/ωM ).
Physiquement, une telle procédure est justifiée si l’effet qu’on cherche à décrire ne fait interve-
nir que les basses énergies. Par exemple, pour l’effet Casimir les conditions aux limites imposées
par les plaques sont de nature macroscopique et n’ont aucune raison d’être encore valables aux
trop petites échelles. Dans ce cas il existe un cut-off naturel qui est l’échelle atomique.
Écrire l’énergie E du champ entre les plaques puis l’énergie E0 contenue dans le même volume
en l’absence des plaques. Vérifier que :
"∞ Z ∞ #
E − E0 ~c X
= g(n) − dn g(n)
S 8π 0
n=1
où l’on a posé !
∞
Z r nπ 2 r nπ 2
g(n) = du u+ f u+
0 a a
4. Pression. En déduire que la pression s’exerçant sur les plaques s’écrit sous la forme :
∞
X Z ∞
P = h(n) − dn h(n)
n=1 0
où
π 2 ~c 3 nπ
h(n) = − n f
4a4 a
1
5. Formule d’Euler-MacLaurin. Le calcul de la différence entre la somme et l’intégrale revient
donc à calculer l’erreur commise en approximant une intégrale par une somme par la méthode
des trapèzes. Retrouvons la formule d’Euler-MacLaurin qui permet d’évaluer ce type de quantité.
d
Notons dx = dx l’operateur de dérivation. Si h(x) est indéfiniment dérivable, comment s’exprime
l’operateur de translation permettant de relier h(x) à h(x + 1) ? En déduire qu’on peut écrire
formellement
∞
X 1
h(n) = h(x)
1 − ed x x=0
n=0
R∞
En écrivant h(x) comme −dx x dt h(t) et en utilisant l’expression de la fonction génératrice
des nombres de Bernoulli
∞
z X Bp p
z
= z ,
e −1 p=0
p!
déduire la formule d’Euler-MacLaurin :
∞ Z ∞ ∞
X X Bp (p−1)
h(n) = dn h(n) − h (0).
0 p!
n=0 p=1
Déduire l’expression de la pression. Discuter son signe.
On donne : B0 = 1 ; B1 = −1/2 ; B2 = 1/6 ; B3 = 0 ; B4 = −1/30 ; B5 = 0 ; B6 = 1/42 ;...
6. Condition de Neumann. Quels sont les modes propres entre les plaques pour des conditions
~ = 0 à la surface des plaques ? La pression est-elle modifiée ?
de Neumann : ∇ϕ
7. Champ électromagnétique. Quelles sont les conditions aux limites pour le champ électro-
magnétique si les plaques sont supposées parfaitement conductrices ? En déduire la pression de
Casimir. La calculer numériquement pour a = 1µm.
8. Compétition avec la pression de radiation. À température T finie il apparaı̂t spon-
tanément un rayonnement du corps noir qui exerce une pression de radiation. Calculer le grand
potentiel des photons. Déduire la variation de grand potentiel J−J
S due à la présence des plaques.
0
Montrer que la pression s’exprime comme précédemment en définissant :
πkB T 2 ~cπ nπ
h(n) = − 3 n ln 2 sh n f
a 2akB T a
où kB est la constante de Boltzmann. Quelle condition doit vérifier a pour pouvoir négliger l’effet
de la température ?