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Nam 1851 1 10 32 0

L'article de M. Bardin aborde l'importance de la géométrie descriptive et de l'exécution des épures dans l'enseignement des mathématiques, soulignant que la représentation graphique des objets en trois dimensions est essentielle pour la compréhension des concepts géométriques. Bardin critique l'enseignement traditionnel qui se concentre sur la reproduction d'épures sans réflexion, plaidant pour un apprentissage actif où les élèves doivent concevoir et exécuter leurs propres dessins. Il conclut que la maîtrise de ces compétences graphiques est cruciale non seulement pour les mathématiques, mais aussi pour d'autres disciplines comme la physique, l'architecture et la mécanique.

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L'article de M. Bardin aborde l'importance de la géométrie descriptive et de l'exécution des épures dans l'enseignement des mathématiques, soulignant que la représentation graphique des objets en trois dimensions est essentielle pour la compréhension des concepts géométriques. Bardin critique l'enseignement traditionnel qui se concentre sur la reproduction d'épures sans réflexion, plaidant pour un apprentissage actif où les élèves doivent concevoir et exécuter leurs propres dessins. Il conclut que la maîtrise de ces compétences graphiques est cruciale non seulement pour les mathématiques, mais aussi pour d'autres disciplines comme la physique, l'architecture et la mécanique.

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N OUVELLES ANNALES DE MATHÉMATIQUES

BARDIN
Géométrie descriptive, exécution des épures
Nouvelles annales de mathématiques 1re série, tome 10
(1851), p. 32-47
<[Link]

© Nouvelles annales de mathématiques, 1851, tous droits


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GÉOMÉTRIE DESCRIPTIVE. ÉXECUTION DES ÉPURES;
PAR M. BARDIN,
Ancien élève dé l'École Polytechnique.
« Comment éviter les dégoûts attachés à de premiers essais,
» ou l'esprit n'a pour [Link] que les notions sèches et
» abstraites de nombre et d'étendue? Les sciences physiques et
» les arts du dessin embrassent, presque dès leur origine.
» toutes les propriétés sensibles des corps, la main y exécute en
» même temps que l'esprit y conçoit ; et quoiqu'elles renferment
» peut-être autant de difficultés réelles que les sciences mathéma-
r> tiques, leur accès est moins pénible et leur culture promet des
» jouissances plus promptes. » PRONY, Discours d'ouverture des
cours de l'an vu ( 1er cahier du Journal de l'École Polytechnique ).

MON CHER CONFRÈRE,


Le dessin des projections, moyen à la fois expressif et
conventionnel de représenter les combinaisons sans nom-
bre de l'étendue figurée , est d'une utilité générale -, nul
ne le conteste, et pourtant son enseignement n'a pas en-
core de règles. Cette écriture, universelle par sa nature
même., n'a pas encore d'alphabet, ou plutôt elle n'a qu'un
alphabet incomplet et mal défini.
Dans le dessin d'imitation, qu'on nomme aussi dessin
académique, l'artiste ne s'attache à rendre que ce qu'il
voit, que ce qui est en deçà du contour apparent de l'objet
en ronde bosse qui pose devant lui. Le dessinateur
géomètre, qui se propose un autre but que Y effet, qui ne
s'arrête pas à l'apparence des corps, figure dans ses pro-
jections non-seulement ce qu'il verrait de l'objet en relief
que sa pensée a conçu, mais encore ce qu'il ne verrait pas,
si cet objet était réellement sous ses yeux. Et cela, sans
la moindre confusion, à l'aide d'une convention aussi
simple qu'ingénieuse. Pour lui, les plans de projection
et les surfaces qu'il considère sont des étendues infiniment
( 33 )
minces et transparentes, les corps solides eux-mêmes
sont transparents -, de sorte que les traces, les arêtes, les
contours, les rencontres des surfaces entre elles, en un
mot, tout ce qui concourt à définir les grandeurs dans
l'espace et leurs positions relatives, est vu directement ou
par transparence, et écrit en conséquence sur les feuilles
de dessin. Dans les deux projections, images distinctes
d'un même objet, ce qui se trouve au-dessus du plan
horizontal, ou en avant du plan vertical, ou en deçà du
contour des surfaces, est figuré par un trait noir et con-
tinu, ou trait plein, en langage de dessinateur. Tandis
que les parties vues par transparence, et que par conven-
tion on appelle parties cachées, parce qu'elles sont sous
F un des plans de projection ou derrière l'autre, ou parce
qu*elles sont derrière les contours des surfaces, sont figu-
rées par des lignes discontinues, à points ronds, égaux et
également espacés, qui constituent le ponctué dans le
dessin des projections («*).
On parvient ainsi, par le ponctué seul , à donner aux
épures de la géométrie descriptive toute la généralité des
conceptions de l'esprit; car les lignes, les plans, les sur-
faces courbes, indéfiniment prolongés dans tous les sens,
vont se contourner, se couper, se toucher, sur le papier
comme dans l'espace. Une question est-elle susceptible de
plusieurs résultats, son épure les donne tous ; et s'il en est
qui s'échappent de son cadre restreint, certains artifices
graphiques savent les y ramener.
Cette convention, caractère essentiel, spécifique, du
dessin des projections, est généralement négligée. Aussi

(*) Dans le dessin rapide, dans les calques, je remplace le plus sou-
vent le ponctué des parties cachées, qui est assez long à faire, par
un trait continu à l'encre de la Chine très pâle, de manière à figurer une
ligne éteinte par l'effet de la transparence.
Ann. de Mathémal., t. X. (Janvier I85I.) 3
voit-on les plus grosses fautes commises par les élèves à
ce sujet. En voici une preuve : parmi les trois cent dix-
huit compositions mathématiques qui ont été corrigées et
jugées pour le concours d'admission de i85o à FEcole
Polytechnique, une seule épure était à peu près irrépro-
chable en ce qui regarde la distinction des parties vues et
des parties cachées, du vu et du caché (*); une seule!
quoique les programmes du concours eussent signalé ce
point à l'attention des candidats, et en eussent fait même
l'objet d'une prescription. Il est donc permis de conclure
de ce fait bien constaté que les élèves lisent mal dans l'es-
pace, ou flans les trois dimensions, selon l'expressioTn
de Monge, et qu'ils s'inquiètent peu de tracer des épures
illisibles. On sait, en outre , qu'à TEcole Polytechnique ,
les élèves de première année ont beaucoup de peine à se
conformer à ce qu'on exige d'eux à cet égard.
Si j'insiste autant sur cet article, c'est que j'ai entendu
d'anciens élèves faire cette question : A quoi sert la dis-
tinction des parties vues et des parties cachées dans les
épures? — Et d'autres dire : Mais, de notre temps, cela
ne nous embarrassait guère.—Par une bonne raison, mes-
sieurs, c'est que vous n'avez pas été mis aux prises avec
la difficulté. Rappelez-vous que, depuis l'origine de
l'École, candidats et élèves ont reproduit, lineatim. et
punctatùn, les épures des premières promotions, de
nos antiques, d'une collection qui fut belle, originale et
utile en son temps, mais qui, après avoir défrayé pendant
plus de cinquante ans les planches d'un grand nombre de
Traités de Géométrie, est devenue banale et insuffisante.
Ces épures gravées étaient distribuées aux élèves, qui, en
les reproduisant, se trouvaient affranchis de tout travail
de recherche quant au choix et à la bonne disposition des

(*) Comme on dit le nu en peinture et en dessin.


l 35 )
données (*), et de toute attention quant à la distinction
du vu et du caché.
On ne voit plus aujourd'hui, à l'École Polytechnique,
les promotions se succéder et s'engager dans la même
ornière. On ne voit plus, chaque année, cent vingt élèves
intelligents, la plupart adroits de l'oeil et de la main,
résoudre les mêmes questions, aux mêmes jours et aux
mêmes heures, sur les mêmes données, pour arriver aux
mêmes résultats5 produire les mêmes épures, des épures
superposables, ne différant que par la signature de l'au-
teur, ou par un peu plus ou un peu moins de mérite dans
la ligne. On ne voit plus cela à l'Ecole Polytechnique ^
mais on voit encore les candidats de toutes les institu-
tions se livrer à un travail de cette nature} fâcheux état
de choses qu'il est désirable de faire cesser !
Qu'on demande aux élèves de la promotion de 1849,
qui ont vu disparaître sans regret cet enseignement,
s'il n'a pas été grand le résultat utile qu'ils ont tiré de
leurs épures rédigées d'après des programmes particu-
liers , où tout était à trouver et à exprimer par leur tra-
vail propre, le seul qui porte fruit et qui soit réellement
appréciable dans les classements. C'est que comprendre

(*x Lacroix dit, dans un excellent petit livre trop oublié : « J'ai tou-
» jours soin de proposer aux élèves des questions où les données, expri-
.» mées par des mesures connues ou résultant d'opérations déterminées,
» sont isolées les unes des autres. 11 faut d'abord qu'ils replacent ces
» données dans leurs situations respectives; ce qu'ils ne peuvent faire
* quand ils n'entendent pas les questions; ensuite qu'ils conçoivent le
>» plan de la solution , et qu'ils l'exécutent en expliquant par eux-mêmes
» ce qu'ils ont entendu à la leçon. J'ai toujours vu que, par cette marche,
» ils se fortifient bien plus que lorsqu'on leur met sous les yeux Yépure,
« c'est-à-dire la construction détaillée du problème. La symétrie ^LCS
» lignes dispense les paresseux, qui partout forment le plus grand nom-
» bre, de la peine de réfléchir sur les préceptes qu'ils ont reçus; et ils
» copient leur épure sans l'entendre. » (Complément des Éléments de
Géométrie.)
3.
( 36 )]
et savoir sont deux choses très-différentes. En géométrie
descriptive, par exemple, c'est le travail graphique qui
donne le savoir, c'est-à-dire, le pouvoir de faire usage dans
la pratique de ce que l'on a appris. Les épures moins
nombreuses, mais plus générales et mieux étudiées,
plus laborieusement exécutées par la promotion de 1849,
ont mieux appris aux élèves à lire dans l'espace, faculté
précieuse qui a une grande influence dans les autres
parties de renseignement polytechnique. Ainsi,—en phy-
sique, le dessinateur trouve des instruments de précision
d'un grand intérêt, et de nombreux sujets empruntés aux
lois et aux effets de la réflexion et de la réfraction de la lu-
mière, et d'autres questions où les fluides impondérables
vibrent, ondulent, se meuvent, et vont produire les effets
par lesquels ils manifestent leur mystérieuse existence.—
Dans la mécanique et dans les machines se présentent les
compositions et les décompositions de mouvement et de
force dans l'espace, les transformations de mouvement
qui appartiennent autant à la géométrie qu'à la méca-
nique , des questions de situation où certaines pièces mo-
biles dans des espaces limités ont des formes et des dimen-
sions obligées ; on y rencontre la vis, l'un des principaux
organes des machines, l'une des variétés les plus intéres-
santes des formes hélicoïdales, et les engrenages, dont les
combinaisons si variées sont entièrement du ressort de la
géométrie. —L? architecture a ses grandes "voûtes et leuis
ouvertures, et leur division en caissons,• ses escaliers, si
variés, si élégants, véritables vis en pierre ou en bois, qui
constituent une des applications les plus intéressantes du
dessin des projections, tant pour leur représentation que
pour leur exécution stéréotomique; ses colonnes lorses;
ses formes rampan tes, dansles frontons, lesbalustres, les
cages d'escalier.—\S astronomie, dans ses difficiles spécu-
lations, pourrait à elle seule défrayer en épures tout un
(•37 )
cours de géométrie descriptive.—La géodésie, comme
l'astronomie, a ses instruments d'observation, dont l'intel-
ligence par des dessins exige une grande habitude des pro-
jections , dont l'établissement par le constructeur et les
moyens de vérification et de correction par l'observateur
qui s'en sert, reposent sur des considérations très-délicates
de physique et de géométrie-, la gnomonlque et le tracé
des coordonnées géographiques des cartes en dépendent.
— En chimie, les lois géométriques qui régissent la for-
mation des cristaux sont singulièrement facilitées à ceux
qui sont familiarisés avec les projections. — 1S analyse,
elle-même, se lie à la géométrie descriptive, qui donne les
moyens de représenter graphiquement la loi mathéma-
tique renfermée dans une fonction à trois variables , ou
bien des lois naturelles, observées et consignées dans des
tables numériques.—Enfin, il y a les questions physico-
mathématiques, où le calcul et le trait peuvent se com-
biner utilement, et avec élégance.
En résumé, l'enseignement graphique est revenu aux
programmes de Monge, si admirables d'ordre, de simpli-
cité et de variété, où rien ne fait pressentir, où rien ne
j ustifie l'enseignement stéréotypé de ses successeurs. Qu'on
en juge par cette citation des développements sur Vensei-
gnement adopté pour VÉcole centrale des Travaux pu-
blics de l'an ni (*) : « On le dit une fois pour toutes,
» les règles générales étant enseignées, il ne faut jamais
» que, dans la même salle, deux élèves en fassent les
» mêmes applications-, car la construction des dessins et
» la correction qu'ils exigent, emploient un certain temps
» qui permet à chaque élève de savoir non-seulement ce

(*) « Précieux document où la main de Monge est fortement em-


« preinte », dit Fourcy à la pago ji de son Histoire de l'École Voly-
trchnique.
( 38 )
» qu'il a fait, mais encore ce qu'ont fait tous ses cama-
» rades de la même salle, et en variant les exemples dans
» une même salle publique, on produit le même effet que
» si l'on décuplait le temps dans une école particulière. »
Et plus loin, à propos du dessin des principales machines
employées dans les travaux publics : « On distribuera les
» objets de manière que, dans la même salle, deux élèves
» n'aient pas la même machine à dessiner, afin que, dans
» celte salle, on ait la connaissance d'un plus grand
» nombre de machines. » — Pensée qui se reproduit en
plus d'un autre endroit.
Les élèves entrent aujourd'hui dans les salles d'étude
de TEcole Polytechnique, non plus pour y entasser les
unes sur les autres des épures faciles, insignifiantes
même, pour tirer la ligne, mais pour y apprendre à tra-
vailler comme on travaille dans les services publics, dans
la vie pratique, et pour s'y enrichir réciproquement de
l'expérience acquise des uns et des autres.
Permettez-moi maintenant, mon cher confrère, d'ap-
peler votre attention sur quelques autres points, afin que
je puisse porter dans votre esprit une conviction qui vous
engage à m'ouvrir les pages de vos Annales. Qu'on ne
prétende pas que ce sont là de petites choses. Y a-t-il
d'ailleurs rien de petit en vue d'un but qui a son impor-
tance et son utilité bien reconnues ?
Dans chaque projection, avons-nous dit, les données
et les résultats qui existent réellement sont figurés en
noir, en plein ou en ponctué, selon que ces grandeurs
sont vues ou cachées. Mais il existe dans les épures une
autre espèce de lignes très-nombreuses, qui constituent les
quatre cinquièmes du travail graphique, et qui, sous le
nom de lignes auxiliaires ou de construction 9 servent à
réaliser les opérations par lesquelles on passe des données
d'ujoe question aux résultats.
Revenez, par la pensée, aux épures d'il y a quelques
années, et voyez-les tellement chargées de lignes de con-
struction, qu'on les comparait à des toiles d'araignée (*).
Rappelez-vous que ces constructions, entassées comme à
plaisir, étaient en pointillé, c'est-à-dire à points longs ,
égaux et également espacés, ou a points longs, séparés
par un ou plusieurs points ronds, ce qui produisait un
travail dont on ne peut bien apprécier la longueur et la
fatigue qu'après y avoir été condamné. Ce pointillé,
simple ou mixte, emprunt malheureux fait à la gravure,
rendait rebutant un travail tout manuel qu'on ne saurait,
au contraire, rendre trop facile. Il a disparu des dessins
manuscrits de l'École Polytechnique, et la vue des élèves,
qui dessinent dans des salles les plus mal éclairées peut-être
de toutes les écoles du Gouvernement, s'en trouve bien.
Les lignes de construction, véritables lignes idéales, puis-
qu'on pourrait les enlever après avoir obtenu le résultat,
sont d'une autre couleur que les données et les résultats -,
elles sont en trait rouge de carmin, continu et léger.. Il im-
porte maintenant de faire disparaître le pointillé desexer-
c ices graphiques dos candidats, de substituer aux planches
on noir du graveur les épures à deux couleurs (noir et
rouge), et même les épures à trois couleurs (noir, rouge
ot bleu), qui se prêtent à d'intéressantes combinaisons.
Telles sont les épures, véritables résumés, où les cas
principaux d'une même question générale, par exemple
rintersection de deux cylindres, sont réunis sans con-
iusion et sans grand travail : pénétration avec courbe
d'entrée et courbe de sortie distinctes, pénétration avec

(*) Lacroix , dans la préface du Complément des Éléments de Géométrie,


dit : « Des figures chargées de toutes les lignes de construction sont aux
» planches d'un Traite de Géométrie ce que des minutes de calcul sont
* aux exemples d'un Traité d'Arithmétique. »
point multiple, arrachement. — L'épure des sections
planes du cône en présente un autre exemple.
Résumons : Dans le dessin des projections, toute ligne
noire représente une trace, un contour, une arête, une
grandeur qui existe réellement, nécessairement, parce
qu'elle tient à la forme ou à la situation, aux données ou
aux résultats. Cette ligne est pleine ou ponctuée, selon
qu'elle est vue ou cachée dans telle ou telle projection.
Toute ligne rouge représente une ligne auxiliaire, ap-
partenant au système des constructions, système dont
les détails peuvent et doivent être supprimés en partie.
— Tels sont les signes, bien peu nombreux et pourtant
sufiisants du dessin des projections. Je voudrais qu'on y
ajoutât cette convention, qui n'aurait, je crois, que des
avantages : Tout résultat sera d'un trait un peu plus fort
que les données. Enfin, je compléterais notre alphabet
en y introduisant le pointillé, mais seulement dans quel-
ques cas, comme pour garder la trace ou le souvenir de
lignes montrant certain état de continuité ou de liaison ,
certaines extensions nécessaires, certaines particularités
dont le détail ne saurait trouver place ici. Cela étant, le
dessin des projections pourrait aborder et rendre, de la
manière la plus satisfaisante, la solution de toutes les
questions de géométrie, abstraite ou appliquée.
Récemment on a introduit à l'École Polytechnique ,
dans la mise à l'encre des épures au crayon, une amé-
lioration non moins réelle que la précédente. On a réduit
ce travail manuel à sa plus simple expression, en posant
en principe qu'une épure est complète, achevée, lors-
qu'elle renferme tout ce qui est nécessaire pour l'intelli-
gence et l'explication delà solution de la question propo-
sée*, rien de plus, rien de moins. On ne voit plus de ces
épures où les mêmes constructions étaient répétées jus-
qu'à satiété, de ces redites comparables au verbiage d'un
( 4» )
parleur à vide, qui avaient le grave inconvénient de
nuire à la clarté, sans laquelle une épure est difficile, pé-
nible à lire, quand elle n'est pas illisible.
Par là on a gagné un temps précieux que Ton con-
sacre à la partie géométrique, c'est-à-dire à discuter les
questions, à bien disposer les données, à construire des
épures claires, originales et instructives. — « La géomé-
» trie nouvelle, dit M. Charles Dupin , par ses considé-
» rations intellectuelles et par ses opérations graphiques,
» est éminemment propre à fortifier la raison et à per-
)> fectionnerles sens (*). »—L'imprévu, dans la solution
graphique des différents cas d'une même question géné-
rale, où le dessinateur géomètre lance à son gré les
formes dans l'espace, conduit souvent les élèves et, par
suite, le professeur à d'intéressantes discussions. Il est
bien constaté qu'on lui doit plus d'une heureuse ren-
contre, que rien ne faisait soupçonner? Monge et, après
lui, Hachette, et bien d'autres encore, ont trouvé dans les
épures d'ombres, de perspective et de stéréotomie plus
d'une difficulté géométrique à résoudre, a C'est aux re-
» cherches que les accidents curieux des ombres ont pro-
» voquées, dit Eisenmann (**), que nous devons une
» grande partie des progrès de la science, et particulière-
» ment des surfaces développables. »
J'arrive aux épures muettes, au sujet desquelles il
existe un préjugé fâcheux. Les élèves disent journelle-
ment : Les écritures gâtent les épures.—Cela est vrai des
écritures mal faites. Le dessin le plus soigné perd, en
effet, tout son mérite d'exécution graphique &ous l'in-
fluence de l'écriture cursive de la très-grande majorité des

( *) Essai historique sur les services et les travaux scientifiques de G. Monge,


page 19.
(**) 4e Cahier du Journal de VÉcole Polytechnique, page 621.
élèves à qui les devoirs des humanités ont enlevé tout ta-
lent calligraphique. Mais les écritures bien faites, en
lettres linéaires et dessinées, genre facile à acquérir par
tous, n'ont jamais gâté une épure; elles la relèvent même
quand sa mise à l'encre laisse quelque chose à désirer ; bien
plus, elles la complètent par des indications nécessaires,
indispensables, sans lesquelles elle pourrait être comparée
à un rébus difficile à deviner par tous les lecteurs, même
par l'auteur appelé à la lire après un certain laps de temps.
D'où vient cette opinion erronée, qu'une épure n'a pas
besoin d'indications écrites, pas même d'un titre, qu'elle
se lit d'elle-même, seulement avec plus ou moins de faci-
lité, selon que le lecteur est plus ou moins exercé ? Cette
erreur vient du long règne de l'ancienne collection de
l'Ecole, de ces épures types, sacramentelles en quelque
sorte, qu'on exécutait religieusement de Bayonne à Metz,
de Rennes à Strasbourg, qu'on savait par cœur, qu'on
lisait à première vue, couramment, et qui, par consé-
quent, n'avaient besoin d'aucun secours, pas même d'un
titre. Mais que l'on sorte de ce recueil, que l'on prenne
seulement l'épure de l'intersection de deux surfaces co-
niques, considérée dans toute sa généralité, pouvant don-
ner lieu à quatre branches hyperboliques, ou à deux
branches hyperboliques et à une branche parabolique...,
et qu'on dise si une telle épure peut se passer d'indica-
tions écrites, si elle peut être muette.
J'aurais déjà dû vous parler de la solution au crayon ;
j'ai dit plus haut de Y épure au crayon. C'est qu'en effet,
faute de temps ou par d'autres motifs, on peut être obli-
gé d'arrêter là son travail, qui souvent suffit à cet état.
Mais cela suppose qu'on a eu le soin de ne pas tracer une
foule de lignes inutiles, qui ôtent au dessin la clarté,
qualité encore plus difficile à obtenir au crayon qu'à
l'encre. Ce soin, je le recommande expressément, afin
( 43 )
que tout élève, même le moins habile , puisse terminer
complètement ses épures au crayon. Je vais plus loin, je
pose comme règle absolue qu'on ne doit jamais mettre une
épure à l'encre que lorsque la solution au crayon est en-
tièrement terminée, le résultat bien épuré, le vu et le
caché arrêtés dans chaque projection, de manière qu'elle
puisse, au besoin, être mise à l'encre par un autre des-
sinateur, ou rester au crayon. C'est alors que la mise à
Fencre devient ce qu'elle doit être, un simple travail ma-
nuel , une reproduction, servile si Ton veut, d'un pre-
mier travail, mais assurée contre les grattages et contre
des mécomptes qui conduisent, sans profit et avec dégoût,
à recommencer une œuvre que tout semblait annoncer
terminée.
Puis-je ne pas vous soumettre quelques observations
sur le mode même de Venseignement oraly auquel je
trouve plus d'un défaut ? Le premier, c'est qu'on y ex-
plique des épures, rien que des épures, et non une doc-
trine , celle de Monge. Il résulte de là que les élèves n'ont
appris à résoudre qu'un certain nombre dequestions, et non
l'art de résoudre les questions, et que, pour eux, toute
la géométrie descriptive est dans leur cahier d'épurés. Le
second, c'est qu'on leçonne trop, qu'on me pardonne ce
barbarisme , et que l'explication de ces épures est telle-
ment détaillée, minutieuse, que tout y est prévu, noté \
c'est que ces épures, déjà disséquées aux leçons, sont re-
prises au tableau dans les salles d'étude, puis reportées
sur le papier en présence des modèles gravés, et enfin
dessinées de nouveau aux interrogations. De sorte que,
chose presque incroyable, renseignement par la mémoire
à pénétré jusque dans la science de l'étendue, dans une
partie où l'invasion paraissait impossible. Que peut
produire un tel état de choses? Des dessinateurs routi-
niers, craintifs, qu'un rien arrête, parce qu'ils sont sans
(44 )
initiative et sans expérience des difficultés; trop souvent
aussi des élèves prévenus contre un art discrédité par son
enseignement, contre une partie dont Futilité, je le ré-
pète avec tous mes anciens camarades, est de tous les
instants. De là un défaut originel que les candidats appor-
tent avec eux en entrant à l'École Polytechnique, où il
n'était pas combattu et qu'ils conservaient dans les écoles
d'application, et jusque dans les services publics.
Les épreuves d'autrefois , qu'on appelait des concours,
dans lesquelles les élèves, jusqu'alors tenus en lisière,
étaient abandonnés à leurs propres forces, ont toujours
produit des résultats qui prouvaient d'une manière irré-
cusable la faiblesse des élèves et la mauvaise direction de
l'enseignement de la géométrie descriptive.
Il me reste à dire, à propos de Y enseignement oral,
que Monge s'appliquait avec soin à faire des rapproche-
ments entre l'analyse des trois dimensions et la méthode
des projections, et que cela n'a plus lieu. « Monge, pro-
» fesseur au Louvre, montrait quelles relations admira-
» bles unissent les opérations de l'analyse et de la géonié-
» trie (*). »
On néglige aussi l'emploi des projections auxi-
liaires (**), qui sont à la fois un moyen de simplifier la
solution de beaucoup de questions dans lesquelles les
données sont quelconques, et un exercice graphique très-
utile. Les programmes de la composition mathématique
pour le concours d'admission de cette année, en ont pré-
senté plusieurs exemples. Il serait regrettable que cet
avertissement passât inaperçu. Dans la détermination des

(*) Essai historique sur les se/vices et les travaux scientifiques de G. Monge
(page n ) ; par M. Charles Dupin.
(**) Ce sont les changements de plan de projection de la géométrie de
M. Théodore Olivier.
(45 )
ombres linéaires sur la surface des corps, dans les épures
de charpenterie surtout, on a le plus souvent recours
à une troisième projection, quelquefois même à une
quatrième.
Enfin, on néglige l'étude des formes poljédrales pour
s'attacher presque exclusivement aux formes continues:
ce dont on s'aperçoit à l'École Polytechnique, où l'ensei-
gnement de la charpenterie, qui traiîe de formes disconti-
nues, a toujours présenté plus de difficulté que celui de la
coupe des pierres. Il serait bon, après les généralités sur
la ligne droite et le plan, d'étudier un peu les polyèdres,
au lieu de s'arrêter à la perpendiculaire au plan et à la
plus courte distance entre deux droites, comme on le fait
généralement.
Je dirai seulement, quant à la rédaction des textes
de la géométrie descriptive, que c'est un travail qui me
paraît laisser beaucoup à désirer. Les compositions de
cette année en ont fourni une preuve convaincante. Je
crois qu'il pourrait y avoir là quelques règles à donner.
Enfin, je voudrais, si je n'étais déjà trop long, vous
parler de certaines parties de l'enseignement, parties
très-secondaires, dont on est surpris de trouver le pre-
mier apprentissage à l'Ecole Polytechnique. —Je vous le
demande ; est-il convenable de n'apprendre qu'à dix-neuf
ans (âge moyen des candidats à leur entrée à l'École), l'art
si facile de dessiner des lettres linéaires (*), genre d'écri-
ture qui convient aux épures, au dessin architectural,
au dessin des machines, en un mot, à tous les genres,
à la seule exception du dessin top ographique, qui ne
comporte que les lettres moulées, bien autrement diffi-
ciles à faire que les lettres simplement dessinées par

( * ) Lettres sans pleins ni déliés, qu'on nomme, en typographie, lettres


maigres.
(46)
un trait présentant leur forme générale i} — Pourquoi le
dessin en croquis, le dessin cursif, est-il complètement
oublié dansVenseignement préparatoire, malgré son utilité
non moins grande que celle du dessin à la règle et au com-
pas, pour préparer aux croquis de l'architecture et des ma-
chines, pour suivre facilement les professeurs aux leçons ,
et, surtout) pour discuter rapidement le choix et les dispo-
sitions des données des épures, étude préliminaire sans la-
quelle les élèves perdent beaucoup de temps dans leurs
essais à la règle et au compas, qui ne sont pas des instru-
ments de tâtonnement? Je ne parle pas du découragement
que ces essais infructueux leur causent trop souvent.—
Pourquoi ne trouve-t-on pas, avant l'école, des exercices
sur le maniement de la plume? Je ne pense pas qu'on
regarde comme une préparation suffisante les quelques
courbes que les candidats ont à tracer sur leurs épures.
D'ailleurs elles sont presque toutes mises à l'encre avec
le guide-courbe, vulgairement appelé pistolet. Aussi avec
quel soin les élèves comptent les courbes et les évitent! Je
ne proscris pas d'une manière absolue le pistolet, qui a
son utilité et ses applications propres ; mais je ne l'admets
qu'à côté d'exercices spéciaux sur le maniement de la
plume, etc.
Qui ne sait qu'il y a de ces choses qu'on ne doit pas
commencer trop tard , sous peine de les croire au-dessous
de soi, ou tout au moins de ne les faire qu'avec une
certaine répugnance? Il est aussi de ces détails qui ne
peuvent être abordés dans un amphithéâtre , tant ils
sont simples et minutieux , qui appartiennent à ce que
l'on pourrait appeler l'enseignement familier.
Je ne vous parlerai pas du dessin d'imitation, bien
-qu'il se rattache de près au dessin des projections ; c'est
un sujet important qui ne saurait être traité incidemment.
* 11 faudrait considérer cette imitation libre des corps non
(47 )
susceptibles de définition exacte (*), comme art d'agré-
ment , avant l'École Polytechnique, et à l'École, comme
art mixte, si je puis m'exprimer ainsi. De chacun de ces
points de vue, son enseignement me paraît incomplet et
mal dirigé. A l'École Polytechnique, par exemple, où le
mérite des maîtres offre certainement toutes les garanties
de succès, on s'étonne de voir un résultat utile si peu en
rapport avec le temps qui consacré au dessin d'imitation,
et avec la dépense qu'entraînent ses leçons de nuit. Et puis,
n'est-il pas regrettable de n'y trouver aucune liaison
entre les ombres linéaires et la perspective linéaire des
exercices graphiques, et les études de perspective, d'ombre
et de couleur de la salle de dessin P de n'y pas trouver non
plus le dessin d'ornement que Monge, savant et artiste,
avait mis avec tant de raison dans ses programmes? etc.
— Ce que je prendais surtout à partie, si je pouvais m'oc-
cuper de ce sujet, ce serait son enseignement par copie
qui règne partout, et dont le fâcheux effet s'étend plus
loin qu'on ne pense.
Que si ces observations, ces critiques, vous paraissent
fondées, mon cher confrère, prenez-en votre part do
responsabilité en leur donnant place dans vos Annales,
En même temps, vous m'autoriserez à vous offrir quel-
ques conseils sur la partie graphique de l'enseignement
de la géométrie descriptive.

Note. Naguère, cioyani à la pudeur, je ne croyais pas que l'on oserait,


dans le haut enseignement, remplacer la mécanique des Lagrange par
le verbiage industriel de nos machinistes; je commettais une double
erreur. Aujourd'hui, il est question de remplacer en Sorbonne le calcul
des probabilités par un cours à l'usage des charpentiers. Maintenant, je
crois tout. Les publicains régnent dans le temple. O. TERQUEM.

'*) Journal de l École Polytechnique, i c r Cahier,

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