Chapitre 5
Chapitre 5
Pour réaliser son objet social, la société doit mettre en œuvre des moyens matériels et
humains lors de sa création et en cours de la vie sociale. En effet, tout au long de l’existence
de la société, le contrôle des finances revêt une importance particulière pour les associés et
pour les tiers.
Composé de l’ensemble des apports en nature et en numéraire1, le capital social de la
SA constitue la base de la répartition des droits des associés et la garantie des créanciers
sociaux.
Pour être efficace en tant que garantie, le capital doit être réel2 et intangible.
L’intangibilité ne signifie pas que le capital est immuable mais qu’il ne peut être modifié que
selon les termes et procédures prévues par la loi et par les statuts. Par conséquent, le capital
peut être augmenté ou réduit pendant la durée de la vie de la société à la suite d’une décision
des associés.
Les différentes opérations sur le capital, sont en général décidées librement par les
associés. Cependant, parfois cette mesure est dictée par les circonstances prenant ainsi la
forme d’une modification imposée comme une alternative obligatoire à la dissolution de la
société lorsque ses fonds propres sont en deçà de la moitié de son capital3.
Diverses opérations peuvent être réalisées sur le capital. Ces opérations répondent à
des objectifs différents et des formalités complexes. Le montant du capital est en effet fixé
par les statuts, toute augmentation (Section 1) ou réduction (Section 2) constitue une
modification statutaire qui est de la compétence de l’AGE et qui doit être prise conformément
aux règles y afférentes.
Section 1 : Augmentation du capital
L’augmentation de capital est une mesure de restructuration dont l’objectif principal
est d’accroitre les possibilités d’autofinancement de la société et d’améliorer sa capacité
d’endettement.
La modification du capital par l’augmentation peut être réalisée par l’émission de
nouvelles actions ou par l’augmentation de la valeur nominale de celles existantes (Art.292
CSC).
L’étude des règles juridiques prévues par le CSC relatives à la SA permettent de
distinguer entre différentes formes d’augmentation de capital : par apport en nature, apport
en espèces, incorporation de réserves, conversion d’obligations en actions, etc. Ainsi
l’augmentation de capital peut être effectuée par les associés eux-mêmes ou par des tiers ;
par des apports extérieurs ou sans apports extérieurs (autofinancement). Lors de la prise de
la décision d’augmentation de capital, la société décide qu’elle ne fera pas recours, aux
procédures de démarchage et de publicité prévues pour les opérations pour appel public à
l’épargne ou qu’elle en fera appel.
1
Art.5 CSC.
2
Cela signifie que le montant du capital indiqué dans les statuts doit correspondre à des apports et à des biens
qui figurent dans son patrimoine ou qui vont y figurer au terme légal prévu à cet effet. La réalité de la constitution
du capital se traduit par l’existence d’une règlementation plus au moins minutieuse selon les formes de sociétés
de la souscription, de la libération et de la sincérité des apports à travers les procédures de vérification du capital
(le rôle du CAA) ainsi que les garanties dues par les apporteurs.
3
Voir : Art.388 CSC.
1
L’augmentation de capital est réalisée par des apports effectués par les actionnaires
eux-mêmes ou par les tiers. Lorsqu’elles représentent de nouveaux apports, les actions
nouvelles peuvent être émises à leur valeur nominale ou être assorties d’une prime d’émission
ou de prime d’apport4. L’augmentation de capital exclusive d’apports extérieurs est réalisée
par autofinancement c à d par incorporation de réserves ou de prime d’émission. On parle
d’augmentation de capital à titre gratuit par rapport aux autres procédés qui sont réalisés à
titre onéreux. L’augmentation de capital peut être aussi par apport de créances détenues sur
la société notamment par compensation de créances, incorporation de comptes courants
associés ou conversion d’obligation.
Vue l’importance de la décision d’augmentation de capital, elle est entourée d’un
ensemble de conditions constituant des garanties de rigueur et de transparence (Prg.1). En
effet, quelle que soit la forme ou le procédé de l’augmentation de capital dans la SA, la
décision d’augmentation doit être prise par l’organe compétent selon une procédure
déterminée et faire l’objet de procédures de publicité. On doit en outre mettre l’accent sur
les règles particulières prévues pour chaque forme d’augmentation selon le type de l’apport
(Prg.2).
Prg.1 : Conditions générales de l’augmentation
A- Organe compétent pour décider l’augmentation
L’art.293 CSC dispose que « L’augmentation du capital social doit être décidée par
l’assemblée générale extraordinaire dans les conditions prévues par la loi, sauf stipulation
contraire des statuts et à condition qu’il ne contredise les dispositions légales impératives ».
Cet article pose le principe de la compétence exclusive de l’AGE : l'augmentation du capital
social doit être décidée par l'AGE. Cette disposition est d’ordre public. Selon l’art.294 in fine
CSC « Est réputé non avenue, toute clause statutaire conférant au conseil d’administration ou
au directoire le pouvoir de décider l’augmentation du capital ».
La compétence de l’AGE ne lui interdit pas la possibilité de déléguer au CA ou au
directoire les pouvoirs nécessaires à l'effet de réaliser l’augmentation du capital en une ou
plusieurs fois, d'en fixer les modalités, d'en constater la réalisation et de procéder à la
modification corrélative des statuts. Cette délégation est donnée pour une durée déterminée,
elle ne saurait excéder 5 ans à partir de la date de prise de décision par l’AGE5.
Faut-il remarquer que le juge ne peut se substituer aux actionnaires pour décider une
augmentation de capital même lorsque la société est en difficultés économiques et bénéficie
de l’ouverture de la procédure de règlement judiciaire6.
B- Conditions de prise de décision
- Rapports obligatoires : du CA ou du directoire + du CAC relatif à
l’augmentation et à la suppression du DPS (s’il y a lieu). Art.300 al.2 CSC :
l’AGE approuve, obligatoirement et à peine de nullité de l’augmentation, le
4
On parle de prime d’apport pour les apports en nature, de prime de fusion lorsque l’augmentation de capital
résulte d’une fusion.
5
Art. 294 al.2 CSC.
6
En effet, si le plan de continuation prévoit une augmentation de capital comme mesure de renflouement de la
société (Art.457 CC), cette mesure demeure de la compétence des actionnaires. Le juge ne peut que tirer les
conséquences de la carence de la société à son engagement d’augmenter son capital et de se prononcer
éventuellement sur la résolution du plan de redressement (Art.458 CC).
2
rapport du CA ou du directoire et celui des CAC relatif à l’augmentation du
capital et à la suppression dudit droit préférentiel.
- Quorum et de majorité : la décision est prise par l’AGE dans les conditions
légales (prévues par Art.291 CSC), sauf stipulation statutaire contraire (At.293
al.1 CSC). Cependant, l’unanimité est requise en cas majoration de la valeur
nominale de l’action (Art.293 al.3 CSC), sauf si l'augmentation a été réalisée par
incorporation des réserves, des bénéfices ou des primes d'émission.
C- Publicité légale Art.293 CSC
- Enregistrement du PV de l’AGE à la recette des finances.
- Dépôt au RNE conformément à l’Art.30 de la loi n°2018-52 du 29 octobre 2018
relative au Registre National des Entreprises.
- Si l’augmentation est faite par appel public à l’épargne et d’admission aux
négociations sur le marché alternatif de la cote de la Bourse, la société doit se
conformer à la règlementation y afférentes (publication d’un prospectus
soumis au visa du CMF).
Prg.2 : Formes de l’augmentation de capital
L’augmentation de capital peut être par des apports en nature ou en numéraire. Elle peut
résulter d’un apport en espèces, apport de créances ou par incorporation de réserves7.
Chaque procédé d’augmentation de capital doit suivre des règles juridiques particulières.
A- Augmentation de capital par apports en espèces8
L’augmentation de capital en espèces entraîne un apport d’argent (nouvel apport)9.
Conformément à l’art.295 CSC « Le capital social doit être intégralement libéré avant toute
émission de nouvelles actions à peine de nullité. Cette libération doit être faite en numéraire ».
Le capital social doit être intégralement libéré avant toute augmentation par apports en
numéraire et ce à peine de nullité de l'augmentation. Cette règle est parfaitement logique et
vise à protéger les tiers contre tout gonflement artificiel du capital. Cette condition est
préalable à la décision d’augmentation10.
7
Les actions sont des actions de numéraire ou des actions d’apport. Aux termes de l’art.316 CSC, « Sont réputées
actions de numéraire :
- Celles dont le montant est libéré en espèces ou par compensation ou celles qui sont émises par suite d'une
incorporation de réserves, bénéfices ou primes d'émission au capital.
- Celles dont le montant résulte pour partie d'une incorporation de réserves, bénéfices ou primes d'émission et
pour partie d'une libération en espèces.
A l'exception des actions libérées en espèces les actions de numéraires doivent être intégralement libérées lors de
la souscription. Toutes autres actions sont des actions d'apport. ».
8
Voir : Johann ABRAS, Augmentation par apport en numéraire, JCP éd. E., 2009, p.1317.
9
L’art.293 al.2 CSC prévoit que la publication de la décision d’augmentation se fait conformément aux
dispositions de l'article 163 CSC. Cet article applicable à la constitution d’une SA FAPE exige la formalité de dépôt
de projet des statuts avant souscription. Une mesure destinée à informer le public et les éventuels souscripteurs.
Dans le même sens, l’art.302 CSC, prévoit qu’avant l’ouverture de la souscription, la société accomplit les
formalités de publicité prévues à l’article 163 et suivants du présent code. Le législateur semble ainsi exiger la
publication d’une notice. Cette exigence est excessive si l’augmentation du capital est faite sans appel public à
l’épargne. Une interprétation raisonnable du texte autorise de limiter l’exigence légale à la seule hypothèse
d’augmentation de capital avec appel public à l’épargne, comme en matière de constitution. Un prospectus visé
par le CMF est dans ce cas également requis. Dans ce sens, voir : Sleheddine MELLOULI et Sami FRIKHA, Les
sociétés commerciales, op. cit., p.322.
10
Cette condition est controversée. Faut-il signaler que la rédaction de l’art.295 CSC laisse entendre qu’à la
différence de l’augmentation en numéraire, dans le cas de l’augmentation en nature il n’est pas exigé que le
3
Les souscriptions aux actions nouvelles sont constatées dans un Bulletin de
souscription et par un certificat délivré par l’établissement auprès duquel les fonds sont
déposés (Art.304 CSC).
L’augmentation de capital en espèces peut faire l’objet de libération partielle11. Les
autres apports de numéraire doivent être intégralement libérés lors de la souscription.
L’augmentation est réalisée lorsque la totalité du montant exigible des actions auront
été souscrites et libérées. Si les souscriptions réalisées n’atteignent pas la totalité de
l’augmentation de capital, diverses solutions sont offertes au CA ou au directoire12. En effet,
selon l’art.298 CSC,
1) le montant de l’augmentation du capital social peut être limité au montant des
souscriptions sous la double condition que celui-ci atteigne les trois quarts au moins de
l’augmentation décidée et que cette faculté ait été prévue expressément par l’AGE qui a
décidé ladite augmentation.
2) les actions non souscrites peuvent être totalement ou partiellement redistribuées entre les
actionnaires, à moins que l’AGE en ait décidé autrement.
3) les actions non souscrites peuvent être offertes au public totalement ou partiellement,
lorsque l’AGE a expressément admis cette possibilité.
Dans tous les cas, le CA ou le directoire peuvent, d’office, limiter l’augmentation du
capital au montant de la souscription lorsque les actions non souscrites représentent moins
de cinq pour cent de l’augmentation de capital (Art.299 al.3 CSC).
Certaines conditions de l’augmentation de capital sont destinées à garantir les droits
pécuniaires des actionnaires. Cette protection se manifeste à travers le versement de la prime
d’émission et à travers le DPS.
La Prime d’émission : elle compense l’avantage consenti aux nouveaux actionnaires
qui vont acquérir, par l’augmentation du capital, des droits sur les réserves constituées par les
anciens actionnaires ou sur les plus-values d’actifs. C’est une sorte de « droit d’entrée » dans
la société13. Elle correspond à la différence entre la valeur d’émission de l’action et sa valeur
nominale. Généralement, la valeur de la prime d’émission est justifiée par le montant des
capital social soit entièrement libéré puisque la société peut avoir un besoin immédiat du bien apporté. Les deux
formes d’augmentation du capital ne visent pas en effet, les mêmes objectifs. Il s’agit de la position de la majorité
de la doctrine. Voir notamment : Sleheddine MELLOULI et Sami FRIKHA, Les sociétés commerciales, op. cit.,
p.322 ; Khelifa KHARROUBI, Droit des sociétés commerciales, op. cit., p.519. Cependant, cette interprétation
n’est pas aussi nette selon une autre partie de la doctrine (Christine LABASTIE-DAHDOUH et Habib DAHDOUH,
Droit commercial, Entreprises sociétaires et groupements privés, T2, Règles particulières, Editions IHE, 2007,
p.519.). Vue la gravité de la sanction qui frappe la règle de non libération immédiate, la prudence est
indispensable.
11
La libération du quart de l’augmentation du capital social et, le cas échéant, la totalité de la prime d’émission,
doit être réalisée dans un délai de 6 mois à compter de la date de l’ouverture des souscriptions. A défaut, la
décision d’augmentation du capital social est réputée non écrite. Art.294 al.3 CSC
12 Le CA ou le directoire peut utiliser dans l’ordre qu’il détermine les facultés prévues à l'art. 298 du code ou
14
On affirme que la valeur de la société résultant de sa situation financière devrait suffire à justifier le montant
élevé de la prime. Sur cette question voir notamment en droit comparé : Hervé LE NABASQUE, « Prime
d’émission : Conditions de validité », Bulletin mensuel d’information des sociétés Joly (BMIS), n°10, 1 octobre
2001, p.1003-1007.
15
Voir : Daniel COHEN, La prime d’émission entre liberté et contrôle, JCP éd E., 2002, p.35.
5
supérieur à celui qu’ils pouvaient souscrire à titre préférentiel, proportionnellement à leurs
parts dans le capital, et dans la limite de leurs demandes (Art.297 CSC).
Pendant la durée de souscription, le DPS est selon le cas négociable s’il est détaché de
l’action elle-même négociable ; cessible dans les mêmes conditions prévues pour l’action elle-
même (Art.296 CSC)16.
Les actionnaires peuvent renoncer à leur DPS individuellement (Art.296 al.4 CSC) ou
collectivement par une décision de suppression de DPS par l’AGE (Art.300 al.1 CSC)17.
La valeur du DPS est égale à la différence entre la valeur de l’action avant augmentation
de capital et la valeur de l’action après augmentation. Elle est égale à la perte de valeur que
subit chaque action ancienne suite de l’émission de nouvelles actions.
B- Augmentation de capital par incorporation de réserves, de bénéfices, de prime
d’émission
Il s’agit d’une augmentation sans apports extérieurs qui constitue une technique de
capitalisation au profit des associés. L’incorporation au capital peut s’appliquer à toutes sortes
de réserves, y compris les réserves légales. L’indisponibilité de ces réserves pour les
actionnaires signifie qu’elles ne peuvent être mises en distribution. L’opération se réalise par
un simple jeu d’écritures visant à faire basculer tout ou partie du compte « réserves », des
primes d’émission dans le compte « capital » et l’opération aboutira soit à l’élévation de la
valeur nominale des actions existantes18 soit à la distribution gratuite d’actions. Dans ce
dernier cas, le nombre d’actions augmente et les actions préexistantes ouvrent droit à un droit
d’attribution.
Le Droit d’Attribution : l’incorporation des réserves donne lieu à l’émission de
nouvelles actions gratuites à attribuer aux actionnaires au prorata de leur participation au
capital social. Chaque action donne un droit d’attribution. Mais parfois, le titulaire d’un
nombre impair d’actions risque de perdre le droit d’attribution rattaché à une action (si dans
le cas d’augmentation de capital par émission d’actions nouvelles donne lieu à l’octroi d’une
action gratuite pour deux actions anciennes, le titulaire de 3 actions recevra une action
gratuite mais risque de perdre le droit rattaché à la troisième). Pour pallier à cette difficulté,
le droit d’attribution est négociable et l’actionnaire ayant des rompus peut vendre les droits
attachés à ses actions ou en acheter d’autres.
Le droit d’attribution est égal au nombre d’actions nouvelles multiplié par le cours de
l’action, divisé par la somme du nombre d’actions anciennes et le nombre d’actions nouvelles.
La décision d’augmentation de capital par incorporation de réserves, de bénéfices ou
primes d’émission est prise par l’AGE statuant dans les conditions de modification des statuts.
16
En effet, le DPS est détachable de l'action et peut ainsi être vendu à un nouvel investisseur souhaitant acquérir
des actions. Les actionnaires ne sont pas obligés de souscrire aux actions nouvelles auxquelles ils ont droit. Ils
peuvent, s’ils le souhaitent, vendre leurs droits à des personnes qui voudraient s’assurer une possibilité de
souscription. Ils peuvent aussi renoncer individuellement à leur droit préférentiel de souscription, ce qui permet
d’accélérer la réalisation de l’augmentation de capital.
17
La suppression du DPS est précédée par la présentation d’un rapport du CA ou du directoire et d’un rapport
du CAC que l’AGE doit expressément approuver (Art.300 al.2 CSC).
18
Cette forme n’est utilisée que très rarement. Bien qu’elle ne présente aucune difficulté sur le plan juridique,
mais elle n’a pas l’impact psychologique de la distribution gratuite d’actions et elle risque d’alourdir le titre en le
rendant plus difficilement négociable. Voir : Christine LABASTIE-DAHDOUH et Habib DAHDOUH, Droit
commercial, Entreprises sociétaires et groupements privés, op. cit., p.554.
6
C- Augmentation de capital par conversion de créance
Une créance détenue par l’apporteur contre la société peut faire l’objet d’apport. Le
mécanisme de l’apport des créances peut être mis en œuvre soit en vue de relancer les affaires
sociales soit encore pour assainir le passif de la société en difficultés.
L’augmentation de capital par conversion de créances peut prendre la forme de
compensation de créances, conversion d’obligations en actions ou incorporation de comptes
courants associés.
• Augmentation de capital par compensation de créances : La compensation
permet au souscripteur, créancier d’une somme d’argent, de payer le montant
souscrit. L’art.316 CSC considère les actions libérées par compensation comme des
actions de numéraires.
La compensation ne se produit que si le créancier accepte la conversion de sa
créance en capital social, il doit accepter de souscrire aux nouvelles actions. La
créance du souscripteur sur la société s’éteint dans son intégralité lors de la
souscription.
• Augmentation de capital par incorporation de comptes courants associés : il s’agit
d’avances ou prêts qui figurent au compte « compte courant » du bilan. L’associé
devient créancier de la société pour leur montant. Cette créance peut être utilisée
pour libérer une augmentation de capital par compensation. L’incorporation au
capital suit le régime de l’augmentation de capital en numéraire
• Augmentation de capital par rachat ou conversion d’obligations en actions19 :
l’obligataire est un créancier20, ses obligations peuvent être converties en actions
lors d’une augmentation de capital. L’augmentation de capital par conversion
d’obligations est un cas particulier d’augmentation de capital par compensation de
créances. La conversion est une option donnée par la société aux obligataires qu’ils
utilisent en toute liberté21. La demande de conversion entraine la création de
nouvelles actions qui ne peut se faire que moyennant une augmentation de capital
de la société émettrice. C’est parce qu’il y aura éventuellement une augmentation
de capital, que le prix d’émission des obligations convertibles en actions ne peut
être inférieur à la valeur nominale des actions que les obligataires recevront en cas
d’option pour la conversion (Art.343 CSC).
D- Augmentation de capital par apports en nature
Dans ce cas, la société ne cherche pas à améliorer ses capacités de financement, mais
plutôt à améliorer son patrimoine social d’un élément ou d’un bien jugé nécessaire à
l’exploitation. L’évaluation de l’apport en nature est faite sur rapport d’un ou plusieurs CAA
désignés par ordonnance sur requête du président du tribunal du siège social à la demande
du CA ou du directoire (Art.306 al.1 CSC).
19
L’augmentation de capital peut être par incorporation de titres participatifs. Les titres participatifs sont des
droits de créances qui ouvrent à leurs titulaires un droit à rémunération mixte (comportant une partie fixe et une
partie variable). L’incorporation dans le capital des titres participatifs avant leur échéance est traitée comme un
apport en nature et soumise à l’évaluation du CAA.
20
Selon l’art.327 CSC, « Les obligations sont des valeurs mobilières négociables qui représentent un droit de
créance ».
21
L’AG des obligataires ne peut pas obliger les porteurs à demander la conversion.
7
L’AGE délibère sur l’évaluation des apports en nature. Si cette approbation a lieu, elle
déclare la réalisation de l’augmentation du capital. Si l’assemblée réduit l’évaluation de
l’apport en nature, l’approbation expresse de l’apporteur est requise.
A défaut, l’augmentation du capital n’est pas réalisée. Les actions d’apport doivent être
intégralement libérées dès leur émission.
Les apports en nature sont rémunérés par des actions d’apport qui ont la même valeur
nominale que les actions de numéraire22.
Faut-il signaler qu’il n’existe pas de DPS du moment que la décision d’augmentation de
capital porte sur un bien spécifique appartenant à une personne déterminée23.
Section 2 : Réduction du capital
La réduction de capital est une « opération juridique, réalisée par voie de modification
statutaire qui consiste à fixer pour l’avenir, dans une expression comptable inférieure à la
précédente, la valeur abstraite du capital social »24. Cette opération se traduit par une
modification à la baisse du montant du capital inscrit dans les statuts et qui se réalise par la
diminution soit du nombre soit de la valeur nominale des actions25.
Le plus souvent, la réduction de capital constitue une mesure d’assainissement financier
en alignant le capital statutaire sur la valeur réelle de l’actif afin de ne pas léser les tiers et les
induire en erreur. La réduction est parfois une alternative à la dissolution26. Plus rarement,
elle constitue une mesure d’allègement lorsque la société a un excès de liquidité. Le capital
social peut être réduit en présence de pertes ou en l’absence de pertes. Dans les deux cas,
certaines conditions de fond et de forme, constituant le cadre général de la réduction, doivent
être remplies.
Prg. 1 : Cadre général de la réduction de capital
A- Conditions de la décision de réduction
- Décision du CA ou du directoire de convoquer l’AGE aux fins de décider la réduction
du capital. Le CA ou le directoire doit exposer les motifs de la diminution envisagées
et les modalités principales de sa réalisation.
- Rapport du CAC. Art.307 CSC
- Compétence de l’AGE. L’AGE décide de la réduction du capital selon les conditions
requises pour la modification des statuts. (Art.307 CSC).
- Publicité de la décision. La décision de l’AGE doit faire l’objet de dépôt au RNE
conformément à l’Art.30 de la loi n°2018-52 du 29 octobre 2018 relative au Registre
22
Une série de dispositions légales limite l’accès à la fonction du CAA. Voir : Art.174 CSC. La sanction du non-
respect de ces dispositions est très grave. Les délibérations de l’AG en contravention des dispositions de l’art.174
CSC sont nulles outre les sanctions prononcées contre le commissaire contrevenant.
23
Khelifa KHARROUBI, Droit des sociétés commerciales, Editions LATRACH, 2016, p.523.
24
Gaël CANTENOT, La réduction du capital social dans les sociétés anonymes, Thèse Paris 1934, p.12.
25
Bruno PETIT, Droit des sociétés, 3ème éd., Litec, 2006, p.352 ; Deen GIBIRILA, Droit des sociétés, éd. Ellipse,
1997, p.81.
26
En effet, si les comptes de la société révèlent que les fonds propres sont en deçà de la moitié de son capital en
raison des pertes, le CA ou le directoire doit dans les 4 mois de l’approbation des comptes, provoquer la réunion
de l’AGE à l’effet de statuer sur la question de savoir s’il y a lieu de prononcer la dissolution de la société. L’AGE
qui n’a pas prononcé la dissolution de la société dans l’année qui suit la constatation des pertes, est tenue de
réduire le capital d'un montant égal au moins à celui des pertes ou procéder à l’augmentation du capital pour un
montant égal au moins à celui de ces pertes. Voir : Art.388 CSC.
8
National des Entreprises et publiée au BORNE. Pour les SA FAPE, les résolutions de
réduction du capital sont adressées au CMF et à la BVMT dès leur adoption par l’AGE
(Art.3 quinter de la loi n°94-117 du 14 novembre 1994 portant réorganisation du
marché financier telle que modifiée par la loi n°2005-96 du 18 octobre 2005 relative
au renforcement de la sécurité financière)
B- Les limites de la décision de réduction
Certaines limites sont d’ordre général applicables à toute SA.
- Interdiction de réduire le capital en dessous du minimum légal : La décision de
réduction du capital social à néant, ou en dessous du chiffre minimum légal27, ne peut
être prise qu'à la condition de transformer la société ou d'augmenter son capital
simultanément jusqu'à une valeur égale ou supérieure au chiffre minimum légal
(Art.310 CSC).
- Interdiction de réduire le capital par voie de remboursement d’apport au cas où la
société aurait émis des obligations convertibles il est interdit à la SA, à dater de
l'autorisation de l'AGE d’émettre des obligations convertibles en actions, jusqu'à
l'expiration du délai ou des délais d'option pour la conversion, de réduire son capital
par voie de remboursement (…) (Art. 344 du CSC).
Certaines limites sont spécifiques aux SA FAPE ou exerçant une activité soumise à agrément.
- Soumission des réductions de capital à l’autorisation du CMF dans le cas où la société
aurait émis des obligations : Selon l’art. 336 du CSC les sociétés émettrices
d'obligations doivent soumettre à l’approbation du CMF toutes les propositions
traitant d’une réduction du capital non-motivée par des pertes. Les sociétés émettrices
d'obligations ne peuvent méconnaître le refus d'approbation du CMF que par le
remboursement intégral des obligations dans un délai ferme ne dépassant pas un mois
à compter de la notification du refus à la société concernée.
- Soumission des réductions de capital des banques et des établissements financiers à
agrément. L’art. 24 de la loi n° 2016-48 du 11 juillet 2016, relative aux banques et aux
établissements exige que toute réduction du capital d’une banque ou d’un
établissement financier soit soumise à l’agrément de la banque centrale de Tunisie.
27
En règle générale, le capital social minimum de la SA est fixé par l’art. 161 CSC.
9
- La sanction de l’amende s’applique au PDG, au DG, aux membres du CA, aux membres du
directoire et aux contrôleurs qui, sciemment, présentent ou approuvent des mentions
inexactes figurant dans les rapports visés par les articles cités à l’alinéa premier du présent
article.
- S’il est fait recours au faux pour commettre l’infraction en vue de priver les actionnaires ou
certains d’entre eux d’une partie des droits qu’ils ont dans la société, le contrevenant est
sanctionné, en sus de ce qui est mentionné ci-dessus, d’une peine d'emprisonnement d’un an
à cinq ans.
- Dans la SA FAPE qui rachète ses propres actions mais ne réduit pas son capital ou n’annule
pas ses actions dans le délai de 3 mois, les représentants légaux sont tenus de payer une
amende dont le montant est égal à la valeur des actions achetées (Art.83 al.2 de la loi n° 94-
117 du 14 novembre 1994 portant réorganisation du Marché Financier).
D- Protection des personnes intéressées
a- Protection des actionnaires
Lors de la réduction de capital, il est souhaitable de préserver l’égalité entre les
actionnaires. La réduction de capital maintien certes l’équilibre contractuel (droit de vote,
dividendes), mais elle crée une inégalité quant à la reprise des apports.
Le rapport obligatoire du CAC a un effet informatif et donc protecteur. Cependant, cet
effet risque d’être amoindri s’il ne comprend pas suffisamment de détails pour permettre à
l’actionnaire d’être éclairé. Ce rapport revêt une importance particulière lorsque la réduction
de capital n’est pas motivée par des pertes et que la société se propose de racheter des
actions. Par conséquent, le rapport du CAC doit informer les actionnaires convenablement et
clairement sur ce point qui est d’une importance particulière et de répercussion
considérables.
b- Protection des créanciers
La réduction de capital est opposable aux créanciers qui ont traité avec la société après
la réduction.
Pour ceux qui ont contracté avant, dont le gage est amoindri par l’effet de la réduction
de capital, ils ont un droit d’opposition (Art.311 CSC). Ce droit est accordé aux créanciers dont
la créance est née avant de la date de la dernière annonce de la décision de réduction. Ces
créanciers ont le droit de s’opposer à cette réduction, jusqu’à ce que leurs créances non
échues au moment de la publication, soient garanties. Le droit d’opposition doit être exercé
dans le délai d’un mois à partir de la date de la dernière annonce de la décision.
Cependant, certains créanciers n’ont pas le droit d’opposition. Selon l’art.312 CSC,
« Les créanciers ne pourront s’opposer à la réduction du capital social dans les cas suivants :
1) lorsque la réduction du capital a pour seul objectif de rétablir l’équilibre entre le capital et
l’actif de la société diminué à la suite de pertes.
2) lorsque la réduction a pour but la constitution de la réserve légale ».
Par ailleurs, l’art. 311 CSC exclut du bénéfice du droit d’opposition, les créanciers dont
les créances sont déjà suffisamment garanties.
La réduction de capital n’a pas d’effet si la société n’a pas donné au créancier une garantie
(Art.311 al.4 CSC). La société qui veut réaliser une diminution de capital malgré l’opposition
des créanciers risque de se trouver tenue de rembourser des sommes élevées de créances.
10
Prg.2 : Procédés de réduction de capital
La société peut choisir entre 2 techniques pour réaliser l’opération, inverses de celles
envisagées pour l’augmentation de capital : réduire le nombre d’actions ou réduire la valeur
nominale de chacune d’elles. Elle peut également combiner les 2 techniques.
Particulièrement, si l’objectif de la réduction est de rétablir l’équilibre entre le capital et l’actif
social ayant subi une dépréciation à cause des pertes, la réduction est réalisée soit par la
réduction du nombre des actions ou la baisse de leur valeur nominale (Art.307 al.3 CSC).
Aux termes de l’art.308 CSC, « La réduction du capital peut avoir pour objet la
restitution d’apports, l’abandon d’actions souscrites et non libérées, la constitution de réserve
légale ou le rétablissement de l’équilibre entre le capital et l’actif de la société diminué à la
suite de pertes.
Il peut être procédé à la diminution du capital pour la société lorsque les pertes auront
atteint la moitié des fonds propres et que son activité s’est poursuivie sans que cet actif ait été
reconstitué ».
À partir de cet article, la réduction de capital peut avoir plusieurs motifs :
1. La résorption de pertes,
2. La régularisation de la situation de la société ses fonds propres sont inférieurs à la moitié
du capital social,
3. Le remboursement d’apports,
4. L’abandon d’actions souscrites et non libérées,
5. Le rachat des actions suite au non-agrément de tiers en qualité d’actionnaires,
6. La constitution de la réserve légale,
7. La correction d’une surévaluation des apports,
Ces motifs peuvent donner lieu à une réduction justifiée par des pertes ou non justifiée
par des pertes.
A- Réduction de capital motivée par des pertes
Les pertes constatées par la société peuvent engendrer une diminution de l’actif social
comme elles peuvent consommer tout le capital social. On peut par conséquent distinguer
entre 2 hypothèses de réduction de capital motivée par des pertes :
- L’opération de réduction du capital permet son ajustement à l’actif net de la société.
- L’opération de réduction permet de résorber les pertes et renflouer la société.
* L’opération de réduction du capital permet son ajustement à l’actif net de la société :
La réduction de capital peut avoir pour objectif le rétablissement de l’équilibre entre
le capital et l’actif de la société diminué à la suite des pertes. Elle constitue l’un des moyens
de régularisation lorsque les pertes atteignent les fonds propres et que l’activité de la société
s’est poursuivie sans que cet actif ait été reconstitué. Il s’agit d’un moyen de régularisation et
d’une alternative à la dissolution. Dans ce sens, l’art.388 CSC prévoit que si les comptes ont
révélé que les fonds propres de la société sont devenus en deçà de la moitié de son capital en
raison des pertes, le CA ou le directoire doit dans les quatre mois de l’approbation des
comptes, provoquer la réunion de l’AGE à l’effet de statuer sur la question de savoir s’il y a
lieu de prononcer la dissolution de la société.
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L’AGE qui n’a pas prononcé la dissolution de la société dans l’année qui suit la constatation
des pertes, est tenue de réduire le capital d'un montant égal au moins à celui des pertes ou
procéder à l’augmentation du capital pour un montant égal au moins à celui de ces pertes.
Si l’AGE ne s’est pas réunie dans le délai précité, toute personne intéressée peut demander
la dissolution judiciaire de la société.
* L’opération de réduction permet de résorber les pertes et renflouer la société :
Si les pertes consomment tout le capital social, l’entrée de nouveaux actionnaires est
souvent subordonnée à la réduction du capital à zéro. Le procédé permet de faire disparaître
les pertes figurant dans les capitaux propres et de permettre la transmission du contrôle de la
société à un preneur nouveau.
L’art.310 CSC reconnaît la validité du procédé en le soumettant à une condition. En effet,
« La décision de réduction du capital social à néant, ou en dessous du chiffre minimum légal,
ne pourra être prise qu’à la condition de transformer la société ou d’augmenter son capital
simultanément jusqu'à une valeur égale ou supérieure au chiffre minimum légal ».
Cette opération de réduction-augmentation de capital, appelée « coup d’accordéon »28,
constitue une mesure d'assainissement financier permettant à un investisseur de renflouer
une société ayant subi des pertes. La réduction du capital social aura alors pour effet de
résorber les pertes. Son augmentation subséquente permet, de reconstituer les fonds propres
de la société et de redresser la situation de celle-ci. Le coup d'accordéon est en cela conforme
à l'intérêt social29, il intervient notamment dans les sociétés en redressement judiciaire
permettant ainsi la préservation de l’entreprise dans la poursuite de l’activité.
28
Sur la notion voir notamment : Le coup d'accordéon ou les vicissitudes du capital, Stéphane SYLVESTRE-
TOUVIN, Thèse, Presses Universitaires d'Aix-Marseille 3 à Aix-en-Provence, 2003 ; Coup d’accordéon,
Thèmexpress, éd. Francis LEFEBVRE, 2019 ; Houda TAHRI, La réduction du capital des sociétés anonymes, Thèse
de doctorat, Faculté de droit de Sfax, 2015-2016, p.260 et s. ; Ines KAMMOUN, La permanence de la qualité
d’associé, Mémoire en Mastère en droit des affaires, Faculté de droit de Sfax, 2006.
29
Le procédé suscite la question de savoir si les actionnaires bénéficient d’un DPS aux actions nouvelles.
Théoriquement, la réduction du capital à néant entraîne l’annulation de toutes les actions et corrélativement
tous les droits qui leurs sont rattachés (y compris DPS). Pour éviter un tel embarras, les actionnaires peuvent
procéder à l’inversement de l’ordre chronologique des procédés ou décident la réduction du capital sous la
condition suspensive de son augmentation. Sur cette question, voir : Slaheddine MELLOULI et Sami FRIKHA, Les
sociétés commerciales, Editions Maison du Livre, 2013, p.331 ; Cass. Com., 18 juin 2002, JCP, éd.E, 2002, .1556,
note Alain VIANDIER. La Cour de cassation française s'est prononcée sur la validité du coup d'accordéon pour
lequel l'augmentation du capital était réservée à un tiers par suppression du DPS. D'après la Cour de
cassation, la suppression du DPS avait pour objet d’assurer la pérennité de l’entreprise et n'avait pas porté
atteinte à l'intérêt commun des associés (et notamment des associés minoritaires). En effet, l'opération n'avait
pas lésé les actionnaires, car compte tenu de la situation, un dépôt de bilan était l’alternative. Par ailleurs, les
actionnaires majoritaires avaient subi le même sort, faisant ainsi ressortir que la réduction de capital à zéro ne
constituait pas une atteinte au droit de propriété des actionnaires. La suppression du DPS est possible, quand
bien même il serait le seul droit qui subsiste à l'actionnaire. Cette solution permet ainsi à l'investisseur qui vient
au secours d'une société en difficulté de prévoir que l'augmentation de capital à laquelle il souscrit lui est
réservée pour en obtenir le contrôle.
En droit tunisien, plusieurs arguments peuvent être présentés à l’appui de la validité de la suppression du DPS et
de ce procédé. D’abord, l’art.310 CSC ne précise rien quant au DPS. Ensuite, l’art.300 CSC prévoit que l’AGE qui
décide autorise une augmentation du capital social peut supprimer le DPS pour la totalité de l’augmentation du
capital ou pour une ou plusieurs parties de cette augmentation. Ainsi, dès lors que la possibilité de supprimer le
DPS est prévue par la loi, rien n’interdit de procéder à une augmentation de capital réservée à un tiers. D’ailleurs
c’est souvent la vois par laquelle il faut passer pour renflouer la société.
Mais, dans tous les cas, le coup d’accordéon ne doit pas être un moyen de détournement utilisé par les
majoritaires afin d’exclure les minoritaires. Il faut que l’opération ne s’accompagne pas d’un abus de majorité et
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B- Réduction de capital non motivée par des pertes
La réduction de capital peut avoir pour objet, la restitution d’apports, l’abandon
d’actions souscrites et non libérées en vue d’une augmentation ultérieure ou la constitution
de réserves légales. Elle peut également intervenir après le rachat par la société de ses propres
actions en cas de refus d’agrément d’un cessionnaire30.
* Restitution d’apport : cela suppose donc que les sommes recueillies par les associés suite
à la réduction de capital aient été initialement apportées par ces mêmes associés. Les sommes
attribuées à cette occasion aux associés ont généralement le caractère de remboursement
d’apports et ne sont pas considérées, comme des distributions de revenus.
* Abandon d’actions souscrites et non libérées31 : la société se trouve dans le cas de la
défaillance de l’actionnaire entre l’alternative de la vente des actions en bourse desdites
actions sans autorisation judiciaire, ou la réduction du capital du montant des dites actions.
* Constitution de réserve légale : Prélevée sur les bénéfices de l'entreprise, la réserve
légale permet d'augmenter les capitaux propres de l’entreprise, ce qui permet d'accroître les
garanties des créanciers, d'augmenter les capacités d'investissements de l'entreprise et de
faire face à des pertes éventuelles. Les réserves obligatoires dans la SA sont d’une fraction
égale à 5 % du bénéfice (Art.278 CSC). L’art. 308 CSC permet de réduire le capital en vue de
constituer une réserve pour couvrir une perte prévisible. Cette réserve ne peut être affectée
qu’à l’apurement de pertes. Dans la plupart des cas, on décide qu'elle est indisponible.
* Rachat d’actions : la société décide de réduire son capital en déterminant le montant de
réduction, le nombre d’actions à racheter et à annuler32. Cette diminution de capital est
interdite dans le cas où la société a émis un emprunt obligataire convertible en actions sous
peine de nullité de l’opération de rachat (Art.344 CSC). La société ne peut pas procéder à cette
opération tant qu’il existe encore des obligations convertibles en actions.
Le rachat des actions peut être lié à un refus d’agrément (Art.321 al. 4 CSC). En effet,
si la société n'agrée pas le cessionnaire proposé, le CA ou le directoire est tenu, dans un délai
de trois mois à compter de la notification du refus, de faire acquérir les actions soit par un
actionnaire, ou par un tiers, soit, avec le consentement du cédant, par la société - même. Dans
ce dernier cas, le capital social devra être réduit de l’équivalent de la valeur de ces actions. Le
rachat ayant pour conséquence l’obligation de réduire le capital, parait comme une option
pour la société.
ne traduit pas simplement une volonté d’éliminer les minoritaires. Sur cette question, voir notamment : Olivier
PAULHAN, « L'éviction des actionnaires minoritaires par un « coup d’accordéon » »,
http://www.journaldunet.com/juridique/juridique021001.shtml, repéré le 31 janvier 2020. En effet, il est à noter
que les décisions sociales prises par la majorité des associés ne sont pas à l'abri d'une éventuelle annulation
judiciaire si elles sont abusives. En ce sens, voir notamment : l'art. 290 CSC ; CA Sousse, arrêt n° 14663 du 12 avril
1990, R.T.D. 1990, p. 367 et s. ; C. cass. T, arrêt n° 19416 du 14 juin 1986, R.T.D. 1990, p. 289, note Mohamed
LARBI HACHEM ; CA Monastir, arrêt n° 3065 du 28 juin 1990, R.T.D. 1990, p. 392, note Mohamed LARBI HACHEM).
30
Voir : Art.321 al.4 CSC
31
Les actions souscrites et non libérées sont régies par les dispositions de l’art.325 CSC.
32
Les droits sociaux rachetés ne peuvent pas être détenus durablement par la société. Celle-ci doit en effet les
annuler. Voir : Christine LABASTIE-DAHDOUH et Habib DAHDOUH, Droit commercial, Entreprises sociétaires et
groupements privés, T2, Règles particulières, Editions IHE, 2007, p.619.
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