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Cours D-Education A La Citoyennete

Le cours de droits et devoirs du citoyen à l'Université de Kikwit met l'accent sur l'importance de l'éducation à la citoyenneté pour promouvoir la paix, la liberté et la justice sociale en République Démocratique du Congo. Il aborde les droits et devoirs des citoyens, leur rôle dans l'État et la nécessité d'une participation active à la vie civique pour lutter contre l'incivisme et les inégalités. L'éducation à la citoyenneté est présentée comme essentielle pour former des citoyens responsables et engagés face aux défis contemporains.

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Cours D-Education A La Citoyennete

Le cours de droits et devoirs du citoyen à l'Université de Kikwit met l'accent sur l'importance de l'éducation à la citoyenneté pour promouvoir la paix, la liberté et la justice sociale en République Démocratique du Congo. Il aborde les droits et devoirs des citoyens, leur rôle dans l'État et la nécessité d'une participation active à la vie civique pour lutter contre l'incivisme et les inégalités. L'éducation à la citoyenneté est présentée comme essentielle pour former des citoyens responsables et engagés face aux défis contemporains.

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REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE CONGO

MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE


UNIVERSITE DE KIKWIT (UNIKIK)

COURS DE DROITS ET DEVOIRS DU CITOYEN


(Éducation à la citoyenneté)

Dispensé en Licence 3 (LMD)

PAR

MINGIEBE KABAMBA GUILLAUME

Année académique 2023/2024

1
COURS D’ÉDUCATION À LA CITOYENNETÉ

« [L]e fait d’être citoyen (c’est-à-dire participant à une communauté politique à maintenir et à

entretenir) requiert qu’on pose des actes qui – sur base des valeurs du vivre-ensemble – sont à considérer

comme des obligations requises par la politesse et par le respect de la sensibilité des autres, qui

n’appartiendraient pas à votre culture spécifique en matière vestimentaire, religieuse ou de bienséance

(mode de salutation, etc.)1 ».

« Ce n’est pas des richesses que vient la vertu, mais c’est de la vertu que viennent les richesses et tous
les autres biens, pour les particuliers comme pour l’État2 ».

1
Edmond MUTELESI, L’Éducation à la citoyenneté. Un outil pour inspirer les enseignants, Paris, L’Harmattan,
2018, p. 203-204, gras dans le texte.
2
Socrate in PLATON, Le banquet. Phèdre. Apologie de Socrate, Paris Flammarion, 2008, p. 437-438.

2
Table des matières
Table des matières........................................................................................................................ 3
Avant-propos ............................................................................................................................... 5
Introduction ................................................................................................................................. 5
Chapitre premier : L’éducation à la citoyenneté, une nécessité absolue ? ....................................... 9
I. Nécessité et orientations de l’éducation à la citoyenneté ....................................................9
II. L’éducation comme mode d’inculcation d’une discipline ................................................. 10
III. Habitus ou valeurs à transmettre par l’éducation ............................................................ 11
IV. Le principe de l’éducation sociale : agir par habitus calculateur ...................................... 12
V. Quels habitus pour l’éducation du citoyen ? .................................................................... 13
Chapitre II : La Citoyenneté, qualité de citoyen : la notion de citoyen ........................................... 14
I. La notion de citoyen : étymologie et évolution dans l’histoire ............................................ 14
II. La citoyenneté et ses éléments constitutifs ..................................................................... 16
A. Un statut .................................................................................................................... 16
B. Les droits ................................................................................................................... 17
B’. Les droits en République démocratique du Congo ....................................................... 18
C. L’identité .................................................................................................................... 20
D. Les devoirs ................................................................................................................. 21
D’. Les devoirs en République démocratique du Congo .................................................... 22
III. Visions et modes d’accession à la citoyenneté ............................................................... 23
A. Le droit du sang .......................................................................................................... 23
B. Le droit de sol ............................................................................................................. 23
IV. Autres considérations relatives à la notion de citoyenneté............................................... 24
Chapitre III : L’État-nation et le citoyen ........................................................................................ 24
I. Considération générale ................................................................................................... 24
A. L’État ......................................................................................................................... 25
B. La nation .................................................................................................................... 25
II. Le citoyen et l’État : interdépendances ............................................................................ 25
Contributions citoyennes à l’existence de l’État ............................................................... 26
III. Le citoyen, atome ou élément le plus petit de la souveraineté de l’État ............................ 27
IV. La société civile et l’État ................................................................................................ 27
Chapitre IV : La démocratie moderne et la multiple expression de la citoyenneté.......................... 28
I. Les droits et les devoirs du citoyen en démocratie ............................................................ 29
A. Les droits de l’homme, justification de leur fondement prééminent .............................. 29
B. Les droits de l’homme : aboutissement et renouvellement à notre époque ................... 30

3
II. La participation démocratique du citoyen et ses différentes modalités ............................. 30
A. Le vote ou le choix des représentants du peuple .......................................................... 30
B. Le syndicalisme.......................................................................................................... 32
C. La vie associative ....................................................................................................... 32
D. La jeunesse de parti ................................................................................................... 33
E. L’action humanitaire ................................................................................................... 34
F. Les groupes de pression .............................................................................................. 34
III. La discussion libre comme fondement de l’État démocratique moderne ......................... 35
Chapitre V : La défense de la citoyenneté .................................................................................... 36
I. Le combat contre l’ethnocentrisme ................................................................................. 36
II. Du vivre-ensemble et de la catégorisation croisée ........................................................... 36
II. La promotion de l’unité-civique....................................................................................... 37
Conclusion ................................................................................................................................. 38
Bibliographie .............................................................................................................................. 40

4
Avant-propos
Avant toute chose, je tiens à signaler que le présent cours se base principalement sur ce
livre de Mutelesi Edmond : L’Éducation à la citoyenneté. Un outil pour inspirer les
enseignants, Paris, L’Harmattan, 2018, 241 pages. J’ai recouru secondairement à l’ouvrage de
Kaluba Dibwa Dieudonné : Éducation à la citoyenneté. Leçon inaugurale, Kinshasa,
Eucalyptus, 2017, 159 pages.
Les étudiants sont vivement invités à y recourir pour complément d’informations non
moins utiles, en vue d’une citoyenneté responsable. Certains autres éléments de la
documentation relative aux enseignements aux droits et devoirs du citoyen ou l’Éducation à la
citoyenneté sont à trouver dans la bibliographie du présent cours, mais à compléter
individuellement aussi. Excellent apprentissage, excellente recherche académique !

Introduction
Avouons de prime abord que face aux « multiples défis de l’avenir, l’éducation à la
citoyenneté apparaît comme une arme indispensable à la portée de l’humanité dans le but de
progresser vers les idéaux de paix, de liberté et de justice sociale3 ».
Le mot citoyenneté est naturellement lié au double concept de droits et devoirs du
citoyen : droit et devoir vis-à-vis de l’État et vis-à-vis de la collectivité4. Dans la vie de tout
citoyen, la prise de conscience et de mesure relative à la notion de citoyenneté, de ses droits et
devoirs, permettent de s’impliquer à une stabilité morale, sociale et politique, face à une société
vouée à de multiples crises et mutations, une société où se côtoient des données apparemment
inconciliables : une société à la fois plus riche, plus pauvre, complexe, divisée, ouverte,
enclavée, etc. « Ces données […] sont celles de notre monde et celui de demain ; un monde que
nul ne peut plus accueillir dans une confiance béate mais que rien ne doit inciter à craindre a
priori, s’il est appréhendé comme il se doit5 ».
La réalité citoyenneté aide et permet de concilier ces réalités contradictoires, unir la
nationalité et l’identité tant individuelle que collective. Elle s’apprend et doit s’apprendre tant
à la famille, à l’école/université que dans tous les contextes où se déroulent des échanges
sociaux : religion, amitié, travail, marché, sport, etc. Cette citoyenneté a comme expression
concrète, le vécu de sa participation à la vie civique : vivre en bon citoyen de sa patrie. Cette

3
Dieudonné KALUBA DIBWA, Education à la citoyenneté. Leçon inaugurale, Kinshasa, Eucalyptus, p. 12.
4
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 5.
5
Ibid.

5
affirmation conduit à éviter la « contre-citoyenneté » ou « l’incivisme » : agir au détriment de
son milieu de vie, de son pays.
Comprenez dès ici, le double héritage patriotique que l’histoire politique de la
République démocratique du Congo lègue à tout Congolais : le noble combat historique de
Patrice Emery Lumumba et compagnons, ainsi que le lourd Testament du Président Laurent
Désiré Kabila : « NE JAMAIS TRAHIR LE CONGO ». L’un et l’autre ont agi, toute proposition
gardée, en vrais Citoyens congolais. La nation a en mémoire la discipline et la salubrité qui
régnèrent à Kinshasa durant le bref mandat de Laurent Désiré, dit M’Zee. Ceux-ci avaient déjà
compris en leur temps que « dans le dédale des revendications ethnoculturelles qui sont
devenues inhérentes aux sociétés démocratiques d’aujourd’hui, la citoyenneté doit être
défendue et protégée, parce que sans elle, il n’y a pas d’État6 ».
Soulignons que l’éducation du citoyen préconisée à travers les lignes qui suivent n’est
nullement une simple information ou un simple rappel des droits des étudiant(e)s. Ce cours
voudrait mettre en exergue la nécessité d’une implication de chaque étudiant(e) ou citoyen(ne)
en formation dans le quotidien de la République. Il est un fort appel au vécu de son vrai être
citoyen, si l’on ne l’a pas encore commencé.
Le cours de droits et devoirs du citoyen (Éducation à la citoyenneté) n’est pas un appel
à l’héroïsme. Il est plutôt une contribution à l’éveil de conscience, un appel à l’agir citoyen
responsable face aux multiples mutations sociales tant nationales qu’internationales. Cet appel
s’avère plus vibrant pour tout(e) jeune, tout(e) citoyen(e) congolais(e) face à l’agression et
occupation étrangères de notre pays.
Ce cours est un impératif pour nous tous, au regard de la révolution scientifique,
technologique et électronique qui s’opère et prend de plus en plus de l’ampleur ; une révolution
dont la République démocratique du Congo s’avère la clef de voûte, pourtant la grande absente
dans les instances décisionnelles. Pensons à la fois aux énormes enjeux des minerais
stratégiques dont regorge notre sous-sol ; pensons au changement climatique ou le
réchauffement de la planète face auquel la Tourbière congolaise (36 % de la superficie mondiale
des tourbières tropicales, stockant 28 % du carbone des tourbières tropicales du monde7) est

6
Ibid., p. 8.
7
Cf. https://www.africamuseum.be/fr/research/news/the-worlds-largest-tropical-peatland-is-the-DRC, consulté le
4 avril 2024.

6
aujourd’hui le premier bouclier et la Forêt équatoriale garantie en deuxième position la
régulation de l’atmosphère8.
Le Président burkinabè, Ibrahima Traoré dit : « On vous a toujours dit que le Burkina
Faso est pauvre. Non ! c’est faux. Le Burkina Faso est riche ». Moi, je vous dis que la
République démocratique du Congo est, si pas le premier pays riche du monde en potentialités
naturelles, en tout cas pas le troisième. C’est plutôt le Congolais qui est si pauvre. Cette pauvreté
est avant tout due au manque de patriotisme, au manque d’éducation à la citoyenneté et à
l’ignorance de ses potentialités. C’est ici qu’il convienne d’évoquer à l’attention de la jeunesse
congolaise cette préoccupation majeure des évêques de la République démocratique du Congo :
« Les évêques parlent de la mystique d’engagement en termes d’une mystique démocratique.
Celle-ci doit se réaliser en priorité à travers l’éducation civique et électorale. L’objectif lointain
poursuivi par l’Église est la transformation de la mentalité pour que le peuple cesse
d’abandonner la gestion de la cité entre les mains des seuls politiciens qui se montrent peu
soucieux pour le bien commun9 ». Le changement de mentalité du Congolais ! l’éducation à la
citoyenneté s’y prête bien à cette fin.
« Les temps actuels contraignent à une recherche de sens dont on peut bien présumer
qu’elle entraînera une réhabilitation de la démarche d’implication des citoyens dans la vie
publique, en clair la tendance à une participation plus active à la vie politique10 ». Une telle
implication ne peut pas se justifier par la recherche du pur intérêt égocentriste. Elle doit plutôt
être motivée par la recherche de l’intérêt général11, l’intérêt supérieur de la nation ; une
recherche susceptible de réduire les inégalités sociales, sources de conflits sociaux, à défaut de
les éradiquer. Voilà ce qui justifie, entre autres, « une meilleure concentration sur l’éducation
du citoyen et une éducation authentique, qui ne soit donc pas sous influence et qui soit
idéologiquement vigilante12 ».
Soulignons qu’une éducation à la citoyenneté qui mène à une telle recherche donne lieu
à « un regain d’intérêt pour l’État de droit. Un État fondé donc sur le respect d’une Constitution
et qui apparaît, surtout si organisé selon la démocratie, comme l’organisation la plus
performante pour lutter contre la violence qui menace à l’intérieur et l’extérieur. Or vivre dans

8
La transition écologique déjà entamée ne se fait pas sans la République démocratique du Congo, même si c’est
sans le Congolais. Ce dernier doit en prendre conscience, afin qu’il rattrape le train écologique et devienne lui-
même au cœur ces enjeux écologiques. L’éducation à la citoyenneté est l’une de clefs, si pas la première.
9
CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO, Manuel de référence d’éducation civique et électorale,
Kinshasa, Secrétariat général, 2004, p. 20.
10
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 8.
11
La notion d’intérêt général désigne ce qui est un avantage à tous, qui profite à toute la société.
12
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 9, italique dans le texte.

7
un État de droit, c’est sans doute aussi participer à cette lutte, participation des citoyens qui est
nécessaire d’abord pour s’opposer à l’action arbitraire d’un Gouvernement en faisant prévaloir
l’idée de Droit. Participation des citoyens nécessaire ensuite parce qu’un Gouvernement a
besoin d’interlocuteurs pour légitimer par la discussion certaines politiques. Et dans ces deux
cas, lesdits interlocuteurs et ceux qui seraient amenés à combattre l’arbitraire d’un
Gouvernement doivent avoir bénéficié d’une éducation… à la citoyenneté justement13 ».
En ce sens, négliger l’éducation à la citoyenneté, c’est exposer toute la nation au danger
de la voir dirigée, gouvernée par des inciviques arrivistes, c’est-à-dire des individus animés de
moins en moins par l’intérêt général de la nation. Le cas de la République démocratique du
Congo ne nécessité aucun commentaire. Ne perdons pas de vue que pour un État, « tout citoyen
est un gouvernant en puissance, c’est-à-dire peut en venir à diriger, à exercer des fonctions de
gouvernant14 ». Fonction de gouvernant, non seulement comme membre d’un ministère, non
seulement comme député (au Parlement ou au Sénat), mais aussi comme participant « aux
affaires publiques du pays en devenant membre d’un jury constitué par le sort dans les procès
de cours d’assises par exemple, et cela est donc une façon pour n’importe quel citoyen de
participer à la fonction judiciaire15 ».
Retenons que la participation du citoyen à la vie de l’État est multiforme. Et pour qu’elle
y soit fructueuse, prometteuse, il requiert une bonne éducation à la citoyenneté, une
connaissance suffisante de ses droits et devoirs.
Nous recourons durant ces enseignements à la méthode analytico-descriptive. Elle
facilite l’analyse et la description des différentes notions susceptibles de susciter et faire
accroître le patriotisme au sein de la jeunesse universitaire, futurs cadres de la nation. Dans
cette même optique, le présent cours sera structuré en cinq chapitres succincts, offrant aux
étudiants certaines grandes lignes des informations et pistes de réflexion sur la citoyenneté, les
interactions qui existent entre un citoyen et son pays.
Nous partirons ainsi de la nécessité absolue de l’éducation à la citoyenneté. La deuxième
articulation traitera de la citoyenneté comme qualité du citoyen et la notion même de citoyen.
Dans le troisième chapitre, nous parlerons de l’État-nation et des interactions qui existent entre
lui et le citoyen. Au quatrième axe, il sera question de parler de la démocratie moderne et du
cadre du déploiement de l’expression de la citoyenneté. Le cinquième et dernier point tablera
sur la citoyenneté comme ce précieux trésor à défendre coûte que coûte.

13
Ibid., p. 9.
14
Ibid.
15
Ibid., p. 9-10.

8
Chapitre premier : L’éducation à la citoyenneté, une nécessité
absolue ?
Quelle est l’opportunité d’une éducation à la citoyenneté, particulièrement en cette
époque des réseaux sociaux ? L’un des objectifs visés est de permettre une acquisition des
valeurs ou habitus à transmettre, valeurs propres à une communauté politique digne de ce nom ;
valeurs enrichies du jugement juridique et de l’éducation au jugement politique. Voyons la
nécessité de l’éducation à la citoyenneté et les orientations y afférentes.

I. Nécessité et orientations de l’éducation à la citoyenneté

L’éducation à la citoyenneté permet de connaître les fondements d’une société, surtout


une société fragilisée et en proie aux multiples prédateurs, comme la République démocratique
du Congo. Dans pareille société, les rapports du citoyen avec ses dirigeants et le contrat social
ou le lien social sont généralement fragilisés et fort compromis. On y pose des actes d’incivilité
à outrance, ainsi que des formes d’exclusion très accentuées et perpétrées. Se reconcentrer sur
l’enseignement relatif aux droits et devoirs du citoyen aide à tenter la résolution à ces
problèmes.
En effet, cet enseignement permet un retour aux valeurs civiques, morales et
traditionnelles, comme le goût de l’effort à inculquer aux étudiants, ainsi que la participation,
l’initiative et le débat critique, bref une formation à l’esprit critique et à l’engagement citoyen.
Il faut en ce sens de la discipline et la nécessité procédurale au débat civique à inculquer à la
jeunesse.
Force est de consentir que dans un pays comme le nôtre où la Res publica est
monopolisée par un petit groupe d’individus, un pays caractérisé par des inégalités sociales
criantes, l’éducation à la citoyenneté est plus qu’une nécessité, car elle constitue une stratégie
de résistance des gouvernés, victimes des inégalités sociales. Dominique Bolliet l’avait perçu
en son temps et dit : « [l]’instruction publique (qui se confond avec l’instruction civique) n’est
pas un supplément, une amélioration contingente qu’on pourrait accepter ou refuser… c’est une
nécessité absolue, la condition impérative de survie de l’ordre nouveau instauré16 ».
L’on comprend que l’éducation à la citoyenneté permet la survie d’un ordre nouveau
instauré ou à instaurer dans une société, un ordre qui soit bon aux citoyens. Grâce à une
éducation civique bien comprise et bien maîtrisée ou bien assimilée, on réduit certaines
inégalités nées de la différence des sentiments moraux, les inégalités socio-économiques entre

16
Dominique Bolliet cité par ibid., p. 172.

9
riches et pauvres. En outre, Edmond Mutelesi estime que « [s]i elle est nécessaire, l’éducation
à la citoyenneté d’aujourd’hui devra intégrer certains changements socio-politiques, socio-
économiques et socio-culturels, voire géopolitiques intervenus à notre époque17 ».
En ce sens, l’éducation à la citoyenneté prépare la jeunesse à comprendre et à assumer,
par exemple, le droit de vote qui est le leur, ainsi que tous les autres droits qui leur sont formels
et égaux ; à comprendre par exemple l’importance de l’environnement face au dérèglement
climatique et toute la problématique de l’écologie. Ce faisant, il est à inculquer à la jeunesse
une discipline qui soit d’une utilité fondamentale.

II. L’éducation comme mode d’inculcation d’une discipline

Le concept éducation qui précède celui de citoyenneté vaut son pesant d’or dans le
contexte de ce cours. De sa double origine latine, « educare » et/ou « educere », éducation peut
signifier respectivement « nourrir, allaiter » et « tirer de, produire ». Et comme l’affirme
Dieudonné Kaluba Dibwa, « “ éduquer ” : c’est à la fois entretenir, maintenir dans l’existence,
et “mener hors de ce qu’on est”, maintenir et dépasser18 ». Quant à l’éducation, elle est définie
comme « l’action par laquelle on conduit l’être humain de l’état d’enfance entendu comme
terminus a quo [point de départ], à l’état adulte posé comme terminus ad quem, entendu comme
point d’arrivée19 ». L’on comprend que l’éducation vise à produire des personnes adultes, mûres
et responsables. Elle permet de sortir de l’ignorance, afin d’accéder à la connaissance. En ce
sens, l’éducation à la citoyenneté s’assigne pour objectif d’amener à la citoyenneté, non
seulement à la compréhension de ce concept et tout son contour, mais surtout à son vécu concret.
La discipline est ici synonyme de « l’habitude à respecter un certain ordre, de se
conformer aux contraintes d’une organisation et donc d’une autorité20 ». L’éducation est, quant
à elle, la clef d’accès à cette habitude. Elle permet la rationalisation d’une certaine façon d’être
et de faire. Grâce à l’éducation, on acquiert la capacité à réfléchir sur ce que l’on a toujours fait
et dit inconsciemment, par habitude irréfléchie. L’éducation permet de sortir du statut d’enfant
qui obéit et agit sans comprendre, sans réfléchir pour accéder au statut d’un adulte qui, avant
d’obéir, réfléchit et cherche à comprendre la raison de son éventuelle obéissance.
L’éducation épargne ainsi de la minorité éternelle, celle qui fait toujours la même chose,
sans justification et sans s’en rendre compte, surtout sans s’interroger sur la pertinence de ce
qu’il a toujours fait. En ce sens, Edmond Mutelesi écrit : « Mais il faut en même temps, précise

17
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 173.
18
KALUBA DIBWA Dieudonné, op. cit., p. 23.
19
Ibid., p. 24.
20
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 175.

10
notre auteur, lui [l’élève] inculquer cette habitude de l’obéissance à la règle, cette discipline,
sans en faire un mineur éternel, toujours soumis et dépendant de l’homme politique, de la
hiérarchie, des “autorités” ou des “meneurs”, cela pour atteindre à [sic] son autonomie plutôt
que son conditionnement, sa liberté et sa responsabilité plutôt que son asservissement21 ».

III. Habitus ou valeurs à transmettre par l’éducation

Comprenons par Habitus « une disposition [intérieure] permanente et acquise à agir


d’une certaine façon22 ». Dans les sociétés modernes, il existe certains habitus, reconnus
comme valeurs fondamentales et donc à transmettre à la jeunesse. Il s’agit, entre autres de :
- l’efficacité dans l’action ;
- le sérieux dans la fonction ;
- le goût du travail rationnel et bien fait ;
- l’honnêteté dans les échanges et dans la gestion ;
- Le respect des règles sociales, celles-ci conditionnant la collaboration ;
- un certain sens de l’égalité (absence de discrimination) ;
- l’autonomie calculatrice : « habitus que la société moderne inculque à l’individu et qui
consiste pour lui à se conduire en fonction d’un calcul exact de ses intérêts, car il doit se faire
une place (et non plus l’hériter), cela par la compétition et en se constituant un savoir et une
expérience à la hauteur de ses ambitions et dans le cadre d’une anticipation de l’avenir et d’un
“bilan” établi sur sa conduite et ses calculs passés. C’est là l’esprit diffusé par la compétition
sociale en général et celle scolaire en particulier ».
- le sens de la solidarité des fonctions sociales. Il est un impératif de se rendre à
l’évidence que les professions sont interdépendantes. D’où le devoir de promouvoir une
solidarité entre leurs causes ou les facteurs qui favorisent la bonne marche de ces professions23.
Tout le monde ne pouvant faire la même chose, ni personne ne pouvant tout faire lui seul et à
la fois, il est un impératif d’intégrer la notion d’interdépendance et de collaboration.
Attention ! : l’habitus calculateur ou l’autonomie calculatrice, oui ! mais aussi et
impérativement la solidarité des fonctions sociales. L’un ne doit pas exclure l’autre, sinon on
tomberait dans l’excès. Or, tout excès nuit !
« Au sujet des traits énumérés ci-dessus de la société moderne, Canivez indique ensuite
que tout habitus mentionné est en fait en partie un habitus calculateur. Ce qui signifie qu’au

21
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 175, gras dans le texte.
22
Ibid., p. 180.
23
Cf. ibid., p. 187-188.

11
fond l’habitus calculateur est par excellence l’habitus commun à tous (c’est-à-dire inculqué à
tous) dans la société moderne, parce qu’il subsume toutes les autres valeurs énumérées ci-
dessus24 ». Edmond Mutelesi précise que ces différents hubitus repris ici, sont le propre d’une
société de travail, le milieu du travail, le milieu de l’entreprise. Et la meilleure façon de les
acquérir, loin d’être la seule inculcation dans l’école par l’éducation, est plutôt la pratique
professionnelle : « Mais la participation du citoyen aux affaires publiques gagnera bien sûr à
reposer aussi sur des expériences glanées sur le lieu du travail ou en entreprise puisque les
préoccupations y afférentes correspondront à des devoirs et à des droits à défendre lors de la
participation du citoyen à la gestion des affaires publiques, à travers par exemple le travail
syndical ou celui des groupes de pression25 ».

IV. Le principe de l’éducation sociale : agir par habitus calculateur

« Le principe de l’éducation sociale est sans doute le calcul. La non-violence ou la


discussion pour résoudre les problèmes/conflits est donc bien admise par les groupes sociaux
comme fondement de la communauté politique, mais par calcul26 ».
Par ailleurs, cet habitus calculateur ne doit pas empêcher de comprendre que les
fonctions ou les activités professionnelles sont interdépendantes et forment ainsi un réseau. Cela
étant, le fonctionnement social global se révèle tributaire de ce réseau. En conséquence,
« chaque individu doit, dit Canivez, veiller à la solidarité des fonctions sociales. Habitus
calculateur et sens de la solidarité des fonctions sociales vont et doivent ainsi aller de pair, pour
lui27 ». On est donc contraint de céder à la solidarité sociale, sinon on tourne à rond ou on se
lance dans des luttes interminables jusqu’à s’entretuer, au pire. Car, pour toute société où les
individus se contentent de ne faire prévaloir que leurs habitus calculateurs et qui, une fois à la
direction des affaires publiques, emmagasinent tout pour eux seuls, dans une telle société,
chacun attendra son tour pour au fait récupérer ce que les premiers avaient emmagasiné pour
eux. On tombera ainsi dans un cycle vicieux de vengeance.
Il n’en est pas le cas pour la société des personnes intelligentes. Ici, l’habitus calculateur
tient obligatoirement compte de la solidarité sociale. On en arrive à monter des mécanismes de
protection mutuelle, protection ou garanties pour toute la société. Le pragmatisme en ce
domaine exige que « l’individu apprend à compter avec les aspirations de tous les autres,
exactement comme l’agriculteur apprend à compter avec les éléments naturels, qu’ils lui soient

24
Ibid., p. 188.
25
Ibid.
26
Ibid., p. 189.
27
Ibid.

12
agréables ou non. Chacun est obligé d’intégrer, dans sa vision de la société, la représentation
que s’en font les autres28 ». Par ailleurs, même si le pragmatisme oblige, force est de reconnaître
que l’idéal demeure toujours d’en haut.

V. Quels habitus pour l’éducation du citoyen ?

1. De façon ciblée, parmi les habitus ou valeurs à inculquer à la jeunesse, il y a avant


tout la notion d’égalité de tous qui est au fondement de la citoyenneté. Selon François Galichet,
elle est à double niveau. À l’international, cette notion renvoie à « l’égalité de coexistence, qui
existe entre tous les humains et qui se définit donc par rapport aux droits de l’homme, une
égalité censée respecter les droits humains de tout le monde en préservant cependant la diversité
des conceptions culturelles, nationales et axiologiques (conceptions sur les valeurs) ; d’autre
part l’égalité de concitoyenneté […] concerne la communauté politique nationale et vise, en
plus de l’égalité dans les droits humains, économiques et sociaux, une égalité dans les droits
politiques et même une uniformisation, suggère Galichet, dans la conception des valeurs
universalisantes29 ».
2. Outre l’habitus d’égalité de tous les humains, il faut apprendre à la jeunesse « le sens
et le souci de la recherche de la vérité, de l’honnêteté intellectuelle, une familiarité avec le
débat objectif, le sens de la rigueur et de l’exhaustivité sur tout sujet en débat30 ». Ces
habitus permettent de faire face aux problèmes auxquels la société se trouve confrontée. Dans
le système éducatif congolais actuel, pareils habitus atténueraient la propension à la facilité, à
l’oisiveté, donc à la corruption et aux autres vices.
3. En plus, « [é]duquer à la citoyenneté, c’est ici inculquer à chacun comme habitus
la disposition à se sentir concerné par tout sujet d’intérêt général et par son urgence
éventuelle, en se formant absolument là-dessus un avis à confronter aux avis des autres31 ».
4. Relativement à la participation directe (referendum) ou indirecte (élection) des
citoyens en matière législative, l’éducation à la citoyenneté reviendra à « inculquer à chacun
la disposition à combattre l’indifférence, l’abstention ou le mépris quant à ces rituels
politiques […] Éduquer à la citoyenneté revient ici à conscientiser chacun sur le fait que
la loi, même démocratiquement établie, n’est pas un absolu ; à enseigner comme
dispositions ou habitus l’appréciation et l’assomption des risques, le sens de l’imagination
et de l’invention dans l’action collective, ainsi qu’à présenter l’engagement politique

28
Canivez cité par ibid., p. 190.
29
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 191, gras dans le texte.
30
Ibid, gras dans le texte.
31
Ibid., gras dans le texte.

13
comme pédagogie (c’est-à-dire comme une sollicitation des citoyens pour leur
transformation en tant que personnes et dans le sens des valeurs avérées ou de la réussite
des projets communs, ce qui va donc au-delà d’un pur débat d’idées)32 ».
L’éducation à la citoyenneté introduit ici une dimension participative des citoyens qui
doivent s’instruire et/ou s’interpeller mutuellement. Une telle attitude nécessite du patriotisme.
Il sied de s’atteler à présent sur ce que c’est la citoyenneté et même le citoyen.

Chapitre II : La Citoyenneté, qualité de citoyen : la notion de citoyen

I. La notion de citoyen : étymologie et évolution dans l’histoire

L’appellation française « citoyen » se rapproche plus étymologiquement du latin civis


que du grec politês. Civis latin signifie « celui qui a la civitas », le droit de cité33. Pour Aristote,
« [l]e trait éminemment distinctif du vrai citoyen, c’est la jouissance des fonctions de juge et de
magistrat…, de juge et de membre de l’assemblée publique. Le citoyen varie nécessairement
d’une constitution à l’autre, et le citoyen tel que nous l’avons défini est surtout le citoyen de la
démocratie […], nulle part ailleurs que dans la démocratie, il n’existe de droit commun et
illimité d’être membre de l’assemblée publique et au tribunal voix délibérante, quel que soit
d’ailleurs l’État dont il est membre34 ».
Le citoyen est celui dont les talents indispensables sont : savoir obéir et savoir
commander. Et pour Aristote, dans un État « il ne s’agit plus ni de maître ni d’esclave : il n’y a
qu’une autorité qui s’exerce à l’égard d’êtres libres et égaux par leur naissance. C’est donc
l’autorité politique à laquelle le futur magistrat doit se former en obéissant d’abord lui-même,
de même qu’on apprend à commander un corps de cavalier, en étant simple cavalier35 ».
Chez Aristote, la noblesse du statut de citoyen fait que certaines Constitutions ne le
reconnaissent et/ou ne l’attribuent pas à certains membres de leurs pays. Établissant un lien
entre un citoyen et la Constitution d’un État donné, Aristote en arrive à soutenir que tous les
citoyens n’ont pas le même statut. « Par conséquent dans telle constitution, l’ouvrier et le
mercenaire seront de toute nécessité des citoyens. Ailleurs, ils ne sauraient l’être en aucune
façon, par exemple dans l’État que nous appelons aristocratique, où l’honneur des fonctions
publiques se répartit à la vertu et à la considération ; car l’apprentissage de la vertu est
incompatible avec une vie d’artisan et de manœuvre ».

32
Ibid., 192, gras dans le texte.
33
Cf. ibid., p. 11.
34
Aristote cité par Edmond MUTELESI, op. cit., p. 11.
35
Ibid., p.12.

14
Autant dire, seul un citoyen mérite d’aspirer et d’accéder à l’apprentissage de la vertu,
d’une part, et, d’autre part, parvenir à l’honneur des fonctions publiques. Ceci étant, aucun
individu non vertueux ne peut accéder aux fonctions publiques. Tel n’est pas malheureusement
le cas en République démocratique du Congo. Ici, les rebelles, les voleurs des deniers publiques,
les abrutis, brefs les arrivistes s’accaparent des fonctions publiques et qui gouvernent, à la
grande acclamation de tous. « Dans les oligarchies, le mercenaire ne peut être citoyen, parce
que l’accès des magistratures n’est ouvert qu’aux cens élevés […] tout le monde n’est pas
citoyen, mais… ce titre appartient seulement à l’homme politique qui est maître ou qui peut
être maître, soit personnellement, soit collectivement, de s’occuper des intérêts communs36 ».
Partant des considérations faites par Aristote sur la notion de citoyen, on peut retenir
que les citoyens d’un État donné sont vertueux, libres, égaux et susceptibles d’exercer les
fonctions publiques et d’obéir à l’autorité publique37. La liberté du citoyen doit lui permettre
de se déterminer, de s’assumer, tout en misant sur l’honneur, la dignité de sa personne et le
respect des autres qui sont égaux à lui. Cette égalité citoyenne permet à tous les citoyens de
concourir à la formation de la loi et les soumet aux obligations. Le citoyen doit toujours faire
preuve du souci du bien commun de la cité, bien supérieur aux intérêts des particuliers.
Depuis l’antiquité gréco-romaine, le sens du mot citoyen a beaucoup évolué : tantôt
éclipsé, tantôt rattaché à la propriété privée des individus. Au Moyen-Âge, par exemple, c’est
la figure du prince et de ses vassaux qui émergent. Au XIXe siècle, la propriété donnait lieu à
l’acquisition de la citoyenneté. Toutefois, il faut reconnaître que dans tous systèmes politiques
marqués par des pouvoirs despotiques, les notions de citoyen et de citoyenneté se trouvent
généralement en souffrance et éclipsent. Dieudonné Kiluba Dibwa décrit le citoyen de la
manière suivante : « le citoyen est celui qui, appartenant à la “cité”, dispose de droits (droit de
vote, d’éligibilité, d’accès à la fonction publique…), est soumis à des devoirs et doit respecter
les lois au nom de l’intérêt général38 ».
Au final, c’est avec une clareté remarquable que l’Encyclopaedia Universalis nous
donne l’image idéal du citoyen : « le citoyen n’est pas l’individu avec son égoïsme, ses appétits,
son aveuglement en face des intérêts de la collectivité. C’est l’homme débarrassé des préjugés
de classe et des soucis inhérents à sa condition économique, capable d’opiner sur les choses
publiques en faisant abstraction des avantages personnels qu’il peut retirer de la décision, bref
une sorte de saint laïc qui fait taire ses passions pour que ne s’exprime par lui que la volonté

36
Aristote cité par ibid., p. 12.
37
Cf. ibid., p. 12.
38
Dieudonné KILUBA DIBWA, op. cit., p. 26.

15
générale qui n’est autre que la voix de la raison. C’est à ce citoyen […] que l’on accorde la
qualité de membre du souverain, précisément parce que son désintéressement est un gage de
l’usage prudent qu’il fera de sa souveraineté. Être abstrait, intemporel et universel, c’est lui qui
est le titulaire des droits dont l’ensemble constitue la liberté-autonomie. Doué par la nature
d’une liberté indifférente aux contingences ; il est appelé à participer à l’exercice du pouvoir
politique parce que l’on attend qu’il se comporte comme le serviteur exclusif de cette liberté39 ».
Aussi, cette notion de citoyen se comprend mieux par ce que renferme le concept de
citoyenneté, la qualité de citoyen aujourd’hui.

II. La citoyenneté et ses éléments constitutifs

Nous avons compris, partant de l’étymologie latine, que la citoyenneté est la qualité
d’un citoyen. Elle est ce qui fait le citoyen. Dieudonné Kaluba Dibwa informe que la
citoyenneté renvoie à « la qualité de citoyen, habitant de la cité, celui qui est sorti de la vallée
de l’ombre de la mort où les ténèbres recouvrent les pans entiers de sa vie. La citoyenneté peut
s’entendre comme un lien de rattachement d’un individu ou d’une personne à un État, aux lois
de cet État et à d’autres individus membres de cet État, lui permettant de se faire identifier par
le truchement de la nationalité de cet État. Ainsi entendu, la citoyenneté est un statut. Elle est
une identité dans la mesure où elle repose sur un sentiment d’appartenance à une collectivité et
donc une source de lien social40 ».
Il va falloir décortiquer à présent, les constituantes de ce qui fait qu’une personne soit
qualifié de citoyen aujourd’hui. Se basant sur les études du sociologue suisse, Christian Joppke,
Edmond Mutelesi mentionne trois aspects ou éléments constitutifs de la citoyenneté : un statut,
des droits et une identité.

A. Un statut
Relativement au statut comme composante de la citoyenneté, celle-ci renvoie à « la
reconnaissance formelle, administrative d’une qualité à un individu par un État, reconnaissance
de la qualité d’appartenance à cet État sans laquelle on n’est pas citoyen 41 ». En ce sens, un
Français qui vit en République démocratique du Congo et qui ne bénéficie pas de ce statut
reconnu par l’État congolais, n’est pas un citoyen congolais et vice versa. Pour arriver à obtenir
ce statut, il faut répondre à certains critères établis par l’État concerné.

39
« Démocratie », in Encyclopaedia universalis, op. cit., p. 412, col. 1.
40
Dieudonné KILUBA DIBWA, op. cit., p. 25.
41
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 18.

16
En République démocratique du Congo, deux conditions sont à remplir pour avoir la
citoyenneté ou naturalisation congolaise :
avoir une seule nationalité, la nationalité congolaise. Celle-ci ne doit souffrir
d’aucune concurrence.
être d’origine congolaise ou acquérir individuellement cette citoyenneté ou
nationalité. L’origine congolaise est le fait d’appartenir à l’un des « groupes ethniques dont les
personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la République
Démocratique du Congo) à l’indépendance42 ».

B. Les droits
Selon l’Encyclopaedia Universalis, les droits tels qu’énoncés par la Déclaration de 1789
[le Révolution française], « sont des facultés inhérentes à l’individu et dont il appartient à lui
seul d’exploiter les possibilités. À l’égard de l’État, ils n’ont d’autre vertu que d’être
inviolables. Ils l’incitent davantage à l’abstention qu’à l’action. C’est pourquoi, protecteurs de
la liberté, ils constituent le fondement de la démocratie libérale. Pour la démocratie sociale, au
contraire, les droits sont des exigences43 ».
Il s’agit ici des droits dont jouit la personne qui porte la citoyenneté (le citoyen). Ces
droits sont « le focus et presque exclusif de la quasi-totalité des descriptions faites de la
citoyenneté à notre époque et cela, depuis des décennies44 ». Autrement dit, quand on évoque
aujourd’hui, la notion de citoyen ou citoyenneté, on fait avant tout référence aux droits de ce
citoyen. L’on s’en convaincra du classement que fait la Constitution congolaise : le chapitre
relatif à la nationalité (citoyenneté) est immédiatement suivi par les chapitres abordant les
droits, long de 51 articles contre le chapitre portant sur les devoirs qui ne dispose que de 6
articles45. « Les droits constituent indéniablement un élément de contenu absolument
incontournable et fort important pour la citoyenneté46 ». Généralement, le lien entre la
citoyenneté et les droits, fait oublier un pan import ou d’autres contenus de la citoyenneté, en
l’occurrence les devoirs du citoyen. L’une des preuves est l’existence de La Déclaration
universelle des droits de l’Homme, sans sa contrepartie qui serait La Déclaration universelle
des devoirs de l’Homme.

42
Constitution de la République démocratique du Congo, Kinshasa, CNI, 2026, art. 10.
43
« Démocratie », in Encyclopaedia universalis. Volume 5 Cortés. Elasticité, Paris, Encyclopaedia universalis,
1969, p. 410, co. 1.
44
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 19.
45
Cf. Constitution de la République démocratique du Congo, art. 11-61 (pour les droits) et 62-67 (pour les devoirs).
Cette disproportion n’insinue nullement la non-importance des devoirs des citoyens, loin de là.
46
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 19.

17
L’étude du rapport entre citoyenneté et les droits a conduit les Américains et les Français
à avoir des points de vue divergents, expression de la mentalité de chacun de ces deux peuples.
Pour la France, la « citoyenneté est comprise, en théorie, comme un engagement dans et par les
institutions, un engagement correspondant finalement au contrat social de J.-J. Rousseau,
appelé en fait aussi pacte républicain47 ». Dans la pratique, cet engagement en faveur de la
nation se constate, entre autres, par l’existence des associations qui donnent lieu, par exemple,
à ce que l’on appelle l’Économie sociale et solidaire. Il est quasiment rare de trouver un(e)
Français(e) qui ne fait pas partie d’une association, de moindre dimension (locale) à la grande
dimension (régionale, nationale et internationale).
« Et d’autre part le modèle américain, libéral, qui préconise une citoyenneté vue comme
étant essentiellement un ensemble de privilèges et immunités, en clair de droits opposables à
l’État48 » fédéré.

B’. Les droits en République démocratique du Congo49


Comme évoqué précédemment, les droits du citoyen congolais sont fondés dans et par
la Constitution, sous l’intitulé : « Titre II : Des droits humains, des libertés fondamentales et des
devoirs du citoyen et de l’État ». Ces droits sont traités dans les articles 11 à 61, répartis en trois
chapitres : Des droits civiles et politiques (art. 11-33) ; Des droits économiques, sociaux et
culturels (art. 34-49) et Des droits collectifs (art. 50-61).
1° Les Droits civiles et politiques
On trouve parmi ceux-ci :
- la liberté et l’égalité en dignité et en droits : elles sont inhérentes à l’humain (art. 11) ;
- l’égalité devant la loi, le droit à une égale protection des lois congolaises : ces droits
sont inhérents à la citoyenneté congolaise (art. 12) ;
- le droit à la non-discrimination (art. 13) ;
- le droit à la non-discrimination pour la femme congolaise et au total épanouissement,
en vue du développement de la nation (art. 14) ;
- le droit à la représentation et à l’accès dans les institutions nationales, provinciales et
locales (art. 14) ;
- le droit à une sexualité libre, à une famille unie et à la vie, au respect et à la protection
de son être par l’État (art. 15) ;

47
Ibid.
48
Ibid.
49
Voir aussi la CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO (CENCO), op. cit., p. 104-105.

18
- le droit à la vie, à l’intégrité physique, au développement de sa personnalité, au
traitement digne et humain, à un travail constructif (art. 16) ;
- le droit de la défense (art. 19) ;
- le droit à l’information (art. 24) ;
- le droit d’asile (art. 33), etc.
Mentionnons que les droits civiles et politiques « sont les droits que l’État reconnaît au
citoyen à sa majorité, c’est-à-dire quand il devient majeur, mais il s’agit ici des droits
strictement liés au statut de citoyen qu’à l’individu vis-à-vis de l’État50 ». Ils renvoient à la
notion de civisme.
2° Les droits économiques, sociaux et culturels (art. 34-49)
a) Les droits économiques (art. 34-36)
L’article préliminaire de cette section prône la sacralité de la propriété privée et garantit
la protection de cette propriété, tout en encourageant et en veillant sur les investissements. Il
est très intéressant de lire le quatrième alinéa de cet article : « Nul ne peut être privé de sa
propriété que pour cause d’utilité publique et moyennant une juste et préalable indemnité
octroyée dans les conditions fixées par la loi ». Dans la pratique, il est connu de tous que l’État
congolais a toujours été dépouillé de son patrimoine au profit des individus qui deviennent de
plus en plus puissants et ce même État ne cesse de s’appauvrir.
Il en va de même pour le premier et le deuxième alinéa de l’article 35 qui stipulent :
« L’État garantit le droit à l’initiative privée tant aux nationaux qu’aux étrangers. Il encourage
l’exercice du petit commerce, de l’art et de l’artisanat par les Congolais et veille à la protection
et à la promotion de l’expertise et des compétences nationales ». Dans la pratique, les services
étatiques sont les premiers à décourager les initiatives privées par des textes et redevances
inventées de toutes pièces. Ces services sont de vrais agents de sous-développement congolais.
Le droit au travail et les différentes garanties et protections relatives à un travail
digne, producteur et constructeur sont stipulés par l’article 36.
b) les droits sociaux (art. 37-45)
Aux termes de l’Encyclopaedia Universalis, « les droits sont dits sociaux, d’une part
parce qu’ils sont reconnus non pas à un être abstrait, mais à l’homme situé dans un milieu qui
le fait ce qu’il est, d’autre part parce qu’ils sont des créances de l’individu sur la société51 ».

50
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 121.
51
« Démocratie », in Encyclopaedia universalis, op. cit., p. 410, col. 1.

19
Ces droits sociaux sont « destinés à assurer un niveau de vie digne à tout individu52 »
ou citoyen. La pratique en République démocratique du Congo est tout à fait le contraire. Le
niveau de vie du peuple congolais laisse à désirer. Il existe un hiatus béant entre les textes
constitutionnels et la réalité prônée par ces textes.
On trouve dans cette section, les droits aux associations, à la liberté syndicale, à la
grève, au mariage avec la personne de son choix, de soigner (élever) les enfants, de connaître
les noms de ses parents et de jouir de la protection de ces derniers, à l’éducation scolaire, etc.
c) Les droits à la culture (46-49)
Dane cette rubrique, on trouve les droits à la culture, à la santé et à la sécurité
alimentaire, à un logement décent, à l’accès à l’eau potable, à l’énergie électrique, à la
protection spécifique pour les personnes du troisième âge et les personnes avec handicaps.
3° Les droits collectifs (art. 50-61)
Dans la catégorie de ces droits, on trouve ceux de Congolais à l’étranger et des Étrangers
présents en République démocratique du Congo. Il revient à l’État de protéger leurs droits (art.
50) ; les droits des minorités ethniques et des personnes vulnérables (art. 51) ; droit à la paix et
à la sécurité de tous les Congolais partout où ils se trouvent (art. 52) ; droit à un environnement
sain et propre à son épanouissement intégral (art. 53-55) ; droit de jouir des richesses nationales
et au développement (art. 58) ; droit de jouir du patrimoine commun de l’humanité (art. 59).
Les droits fondamentaux dont aucune dérogation ne peut être autorisée sont : le droit à la vie ;
les droits à la défense et le droit de recours ; la liberté de pensée, de conscience et de religion,
etc. (art. 61). Ce que l’on peut constater est que les droits évoqués par la Constitution de la
République démocratique du Congo relèvent de l’ordre de l’aspiration. C’est un idéal dont le
processus de leur obtention par le peuple s’avère bien loin d’être entamé. La réalité vécue est
radicalement opposée en ces jours à la description faite dans les textes.
Dieudonné Kiluba Dibwa se fonde certainement sur cette catégorisation des droits pour
évoquer l’existence de quatre types de citoyenneté : civile, politique, socio-économique et
culturelle53.

C. L’identité
Troisième élément constitutif de la citoyenneté, l’identité signifie « l’appartenance
ethnique et culturelle dont le citoyen peut se réclamer, et qui suffit déjà dans l’imaginaire social
et l’option publique à définir un individu comme citoyen d’un pays donné, avant même la

52
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 122.
53
Cf. op. cit., p. 25.

20
confirmation de ce statut par une carte d’identité de citoyen ou par un passeport54 ». Il s’agit ici
de l’identité ethnoculturelle que l’on dirait naturelle, première ou fondamentale et sur laquelle
peut se greffer d’autres identités que l’on peut qualifier d’accidentelles, artificielles,
superficielles ou circonstancielles, voire passagères (étudiant(e), professeur, médecin, militaire,
avocat, juge, ingénieur(e), catholique, protestant(e), etc.). Laquelle de ces deux types d’identités
doit être privilégiée, d’après vous ?
Au constat de Joppke selon lequel, évoquer la citoyenneté, c’est se référer avant tout
aux droits, il sied d’ajouter la notion des devoirs du citoyen.

D. Les devoirs
« Les devoirs sont les obligations que le citoyen a envers l’État et envers autrui. Ils sont
la contrepartie des droits dont le citoyen jouit55 ». Comprenons que « [c]’est par les devoirs
dont s’acquitte chaque citoyen dans l’État que la liberté et les droits tant appréciés par chacun
peuvent exister et se réaliser. Le devoir est l’obligation qui concrétise l’existence du citoyen
dans l’État56 ».
L’association des droits et des devoirs d’un citoyen amène à affirmer qu’elle est la raison
d’existence et d’appartenance du citoyen dans un État. C’est ainsi que pour Raymond Polin,
« [r]evendiquer des droits sans proclamer des obligations, c’est vouloir l’impossible ou jouer à
l’utopie ou à la catastrophe […] C’est se priver des énergies et des moyens capables d’opérer
l’accomplissement de droits et d’assurer l’assimilation progressive des droits dans les mœurs,
sans lesquelles ils ne sont rien. C’est, plus généralement, à partir d’un sophisme invivable,
concentrer l’activité de chaque citoyen dans l’exigence et la défense de ses droits, limiter son
existence à la satisfaction spécieusement calculée de ses besoins particuliers, développer en lui
un individualisme égoïste fallacieux, ruiner en lui le sens du public, du commun, de l’État, tarir
la source de ses vertus publiques57 ». Si ces droits et devoirs peuvent exister naturellement, ils
sont par ailleurs formalisés par l’État à travers les lois édictées dans cet État. Aussi le respect
de ses propres droits et devoirs, ainsi que ceux des autres est une garantie de la bonne marche
de la société. Il revient ainsi à tout(e) citoyen(ne) de se demander continuellement : « Et si tout
le monde agissait comme ? » Cette interrogation donnera toujours lieu à l’une ou l’autre
réponses ci-après : « Tout irait bien » ou « Tout empirait ».

54
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 20. Voir aussi la Constitution congolaise, art. 10, alinéa 3.
55
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 20.
56
Ibid.
57
Raymond Polin cité par ibid., p. 21.

21
Les devoirs sont divisés en deux catégories : les devoirs juridiques et les devoirs
moraux. On peut y ajouter une troisième catégorie : les devoirs religieux.
Les devoirs juridiques sont toute façon d’agir prescrite par la loi (le droit ou la
Constitution d’un État). Les devoirs juridiques sont aussi appelés, les devoirs parfaits. On
encourt une sanction prévue par la loi, si l’on ne s’acquitte pas du devoir juridique. À titre
illustratif, le citoyen qui ne paie pas ses impôts ou celui qui ne respecte pas l’intégrité physique
d’autrui, se verra sanctionné.
Les devoirs moraux sont ceux dont la source de provenance se situe à l’intérieur de
l’individu lui-même, sa conscience (conscience morale ou sentiment moral). « Dans ce cas,
l’individu posera comme devoir – s’il y consent – un acte que, à sa connaissance et selon son
éducation et ses valeurs, il considère comme requis par exemple par l’honnêteté ou le respect,
la politesse, la loyauté, la bonté, l’amour, le sérieux, la fidélité, etc. On parle ici de devoir moral,
appelé aussi devoir imparfait ou encore devoir de vertu58 ». La sanction juridique n’intervient
pas en cas de non-acquittement de ce devoir. À titre d’exemple, donner ou non son stylo à
quelqu’un qui en manque.
Quand les devoirs s’enracinent dans des prescriptions d’une religion pratiquée par un
individu, ils sont dits des devoirs religieux : ne pas manger le porc, aller au culte ou messe tous
les dimanches, etc.

D’. Les devoirs en République démocratique du Congo


Le tout premier devoir de tout citoyen congolais est la connaissance de la loi, son respect et la
conformité à celle-ci : « Nul n’est censé ignorer la loi. Toute personne est tenue de respecter la
Constitution et de se conformer aux lois de la République59 ». Le devoir de connaître la loi, de
la respecter et de s’y conformer est suivi d’un devoir sacré : la défense de la patrie et de son
intégrité territoriale face à une menace ou à une agression extérieure. Aux autorités nationales,
provinciales, locales et coutumières, est assigné le devoir de la sauvegarde de l’unité et de
l’intégrité territoriale de la République60.
Consécutivement à ce qui précède, il est du devoir de tout Congolais « de faire échec à
tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation
des dispositions de la présente Constitution61 ». Les autres devoirs sont l’impératif, pour tout
Congolais de remplir loyalement ses obligations vis-à-vis de l’État et de s’acquitter de ses

58
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 22.
59
Constitution de la République démocratique du Congo, art. 62.
60
Ibid., art. 63.
61
Ibid., art. 64.

22
impôts et taxes (art. 65) ; le respect et le traitement de concitoyens sans discrimination, la
promotion des relations respectueuses imprégnées de tolérance réciproque et le renforcement
de la solidarité nationale, en vue de la sauvegarde, de la promotion et du renforcement de l’unité
nationale (art. 66).
Au final, « [t]out Congolais a le devoir de protéger la propriété, les biens et intérêts
publics et de respecter la propriété d’autrui62 ».Mais que se passe-t-il dans la pratique ?

III. Visions et modes d’accession à la citoyenneté

La question est de savoir ce qui rend un individu digne d’être appelé citoyen ou de
mériter ce titre dans un État. Plusieurs visions et modes d’accession à la citoyenneté se dessinent
selon les pays. Retenons-en quelques-uns.

A. Le droit du sang
La citoyenneté se base ici « sur l’appartenance ethnoculturelle à un groupe national
posté historiquement sur un territoire donné63 ». C’est le cas retenu par l’article 10, alinéas 2 et
3 de la Constitution de la République démocratique du Congo : la nationalité d’origine. C’est
donc par le lien de sang que la citoyenneté ou la nationalité est transmise. Elle vient d’un père
ou d’une mère (ou de deux) qui possède déjà cette citoyenneté. C’est le droit de sang (jus
sanguinis). C’est le critère de base de la citoyenneté en Allemagne.
La conception de la citoyenneté par le droit de sang est dite : la conception ethnique, la
conception naturaliste ou la conception fermée. Et la citoyenneté par le sang est appelée aussi
la citoyenneté par détermination64.

B. Le droit de sol
Ici, « la citoyenneté est basée sur une allégeance aux valeurs politiques et aux institutions d’un
pays ainsi que, en fait, sur une assimilation culturelle à ce pays. Il s’agit ici de la conception
universaliste de la citoyenneté65 ». L’acquisition de la citoyenneté se fait ici par le droit du sol
(le fait de naître sur le territoire du pays concerné) ou par l’adhésion aux valeurs politico-
culturelles et aux institutions de cet État. Il s’agit de la conception universaliste de la
citoyenneté, appelée aussi la conception artificialiste ou ouverte et également la citoyenneté par
adhésion. La France est le pays modèle en cette matière. L’Australie, la Suisse et Israël, les
États-Unis font aussi partie des pays prônant la citoyenneté artificialiste.

62
Ibid., art. 67.
63
Edmond Mutelesi, op. cit., p. 23.
64
Cf. ibid., p. 23.
65
Ibid., p. 23.

23
Il n’est pas exclu que les deux systèmes d’acquisition de la citoyenneté (droit du sang et
droit du sol) coexistent au sein d’un même pays. Toutefois, il convient de signaler
qu’actuellement, c’est plutôt le droit du sol qui prend le dessus dans la majeure partie des pays
occidentaux. Que penser du cas de la République démocratique du Congo ?
Outre ces deux modes d’acquisition de la citoyenneté (droit du sang et droit du sol),
émerge une troisième voie qui donne lieu à la citoyenneté multiculturelle. C’est le cas d’un
individu qui acquiert une citoyenneté par droit du sol, mais qui n’adhère pas à la culture de ce
pays, se contentant de garder la culture de sa citoyenneté ethnoculturelle d’origine.

IV. Autres considérations relatives à la notion de citoyenneté

Parler de la citoyenneté pour un État, c’est évoquer quasi automatiquement deux


réalités : l’exclusion et la légalité.
L’exclusion : il s’opère un tri des individus à travers le concept de citoyenneté. Certains
se révèlent membres de la communauté et sont dotés de fait du droit de cité. Ils sont citoyens,
ayant des droits et des privilèges accordés par la loi. Ils participent ainsi à la formation ou
construction de leur communauté. Les autres membres qui n’ont pas la citoyenneté, sont exclus
de la communauté. Ils sont des étrangers. En cas de vote, dans ce pays, les uns (citoyens) votent,
les autres (exclus) ne le peuvent pas.
La légalité : Comme citoyen, on n’est soumis qu’à la loi qui est générale, identique pour
tous les citoyens concernés. À ce titre, se trouvent aussi exclus, toutes formes de domination
arbitraires, paternelles, patrimoniales ou despotiques.
Ce parcours sur ce que représente les notions de la citoyenneté et de citoyen nous permet
à présent de nous intéresser à la notion de l’État-nation et des interactions qu’il y a entre cet
État-nation et le citoyen.

Chapitre III : L’État-nation et le citoyen

I. Considération générale

« Pour Hervé Beaudin, l’État-nation peut se définir sur base de trois critères66 » qui
sont :
- Un critère ethnoculturel : il s’agit d’un peuple doté d’une langue, d’une religion et d’une
histoire partagée ;
- Un critère géopolitique : un territoire déterminé géographiquement ;

66
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 45.

24
- Un critère sociopolitique : la citoyenneté.
C’est l’État qui organise ces trois critères et les exprime à travers ses lois, dont la Constitution.

A. L’État
Généralement, parler de l’État, c’est penser à « un tout formé du pays et de ses
habitants ». De cette brève définition quasi simpliste, apparaissent : un territoire ; un peuple,
habitant ce territoire et une organisation conduisant au tout.

B. La nation
La nation désigne à la fois les habitants actuels d’un territoire, ceux d’antan et ceux
d’avenir appartenant, tous, ethnoculturellement ou civiquement à une communauté politique et
étatique.
La nation est ainsi un concept abstrait et inclusif. Ses membres ont entretenu,
entretiennent et entretiendront une relation identitaire aussi profonde avec l’État. Ceci juxtapose
le concept nation à celui de l’État pour donner le binôme État-nation, afin de « signifier en effet
un ensemble fortement intégré. Un ensemble formé d’une part par tous ceux qui ont appartenu
et appartiennent encore de façon identitaire à un État qui est tributaire de leur œuvre, et d’autre
part par l’État qui aura été le cadre habituel de leur existence – existence marquée par des droits
et des obligations –, et souvent le lieu d’inspiration de leur action67 ».
Il existe en ce sens, une relation intrinsèque entre les citoyens et le cadre étatique dans
lequel ils organisent leur existence et où sont gérés leurs droits et devoirs, ainsi que les intérêts
de l’État. Le sentiment citoyen qui résulte de ce rapport intrinsèque entre citoyen et État, est la
conséquence de la qualité de ce rapport. Tant qu’il est excellent, les citoyens se dévouent bec et
ongles à la cause de leur pays. Le contraire occasion tout type de citoyens jusqu’aux traîtres.
L’expression plausible d’une mauvaise relation entre un État et ses citoyens est l’exode massif
des citoyens vers d’autres pays, exode aboutissant bien souvent au changement ou au
doublement de nationalité.

II. Le citoyen et l’État : interdépendances

Ce sont des citoyens qui font l’État. Autrement dit, on ne saurait parler de l’État, sans citoyens.
Et ceux-ci sont gouvernés par l’État, représentés par les pouvoirs publics. De leur part, les
citoyens contribuent à l’existence de l’État de trois manières. Celles-ci « correspondent aux

67
Ibid., p. 46.

25
trois séries d’obligations ou de devoirs absolument importants que les citoyens ont envers
l’État68 ».

Contributions citoyennes à l’existence de l’État


1° L’obligation pour les citoyens de respecter les lois de l’État et de veiller par leur
attitude civique à les faire respecter par les autres citoyens. En réalité, le citoyen respecte et fait
respecter sa propre loi, celle qu’il s’est donné indirectement par ses représentants choisis lors
de l’élection ou directement lors du référendum. Autant dire que le citoyen qui ne respecte pas
une telle loi, ne respecte pas au final l’expression de sa propre volonté. Il s’agit de l’auto-
négation pragmatique : il se renie. Le non-respect de la loi entraîne l’inexistence de l’État, car
les droits et les devoirs des uns et des autres ne tiennent plus dans ce cas. Il n’y a plus donc de
communauté structurée formant un tout. Il est pratiquement impossible dans ce cas, d’avoir un
intérêt commun et une vision commune d’avenir. L’on n’est donc pas un peuple ou des citoyens
d’État. Et l’absence d’État implique la jungle. On tombe ainsi dans la théorie de Thomas Hobbes
qui parle de l’état sauvage.
2° La participation citoyenne aux charges que l’État assume pour le bien-être de la
communauté nationale. Cette participation se réalise principalement par la paie des impôts,
principale ressource de l’État. L’on sait que c’est avec ces impôts que l’État fait face aux
problèmes sociaux (financement de la recherche, de l’éducation ; investissements dans les
infrastructures ; rémunération des fonctionnaires ; santé ; sécurité sociale ; sécurité intérieure et
extérieure ; etc.) ; bref construit le pays.
3° La participation citoyenne à la défense de la patrie en temps de guerre comme en
temps de paix. C’est par le service militaire, le service national et/ou civil que le citoyen apporte
sa contribution à la construction de l’État. Dans cet idéal d’engagement à la défense de l’État,
on compte plusieurs autres façons : « services d’infirmerie, de garde, de secourisme, de
courrier, ou de remplacement de personnes parties à la guerre69 », etc.
L’on comprend que ces engagements citoyens pour la patrie rendent celle-ci dépendante
de ses propres citoyens. À l’inverse, les citoyens dépendent fondamentalement de l’État du fait
que leurs différents droits ne trouvent leur raison d’exister que dans l’État, principalement
démocratique.

68
Ibid., p. 104.
69
Ibid., p. 105.

26
III. Le citoyen, atome ou élément le plus petit de la souveraineté de l’État

Par son triple engagement décrit ci-dessous et surtout par sa place dans la représentation
nationale, provinciale ou locale, on a compris que le citoyen influence sur le fonctionnement de
l’État. De cette façon, « chaque citoyen est un atome de la souveraineté de l’État, c’est-à-dire
le plus petit élément qui participe au droit exclusif de son État à l’exercice de l’autorité dans au
moins tous les domaines décisifs du fonctionnement de l’État. Ces domaines sont notamment
la défense du territoire, la justice, les affaires intérieures, les finances publiques, l’économie et
la sécurité sociale70 ».
Lors du référendum, ce rôle ou statut d’élément le plus petit mais très important de l’État
est d’expression bien visible. C’est le citoyen qui donne, on dirait qui dicte ici à l’État
l’orientation de son action. C’est le citoyen qui décide de la ligne de conduite des pouvoirs
publics dans un domaine précis.
Un autre domaine dans lequel le citoyen contribue à la construction de son pays est celui
que l’on désigne par l’expression « société civile ».

IV. La société civile et l’État

Reconnaissons que l’expression « société civile » désigne une réalité aux contours assez
flous. Il n’est donc pas facile à la définir aisément. En recourant à l’étymologie latine, société
civile peut être comprise ou désignée comme « la société ou communauté des citoyens71 ». Dans
le concret, on sous-entend par cette expression, « l’ensemble de la population d’un pays en tant
qu’opposée aux détenteurs du pouvoir et en tant qu’engagée dans des activités pour l’intérêt
général72 ».
Aux dires de François-Bernard Huyghe, la société civile fit son retour en Europe de l’Est
par des groupes dissidents. Leur lutte visait « l’émergence de nouvelles structures portées par
les citoyens volontaires pour réaliser, disons, le Bien commun en luttant contre les pesanteurs
de l’État73 ». Pour ce même auteur, la société civile peut en substance « se comprendre comme
l’ensemble composé d’organisations non-gouvernementales, de “think tanks” (groupes
d’opinion), de groupes d’intérêt, d’associations professionnelles et de parties engagées dans
l’entreprise, et d’organisations caritatives et religieuses impliquant les citoyens au niveau local,

70
Ibid.
71
Ibid., p. 106.
72
Ibid.
73
François-Bernard Huyghe cité par ibid., p. 106.

27
qui militent pour diverses causes dans la société, en parallèle à l’action de l’État, c’est-à-dire
de la sphère politique du pays74 ».
Les caractéristiques des organisations de la société civile sont, selon François-Bernard
Huyghe :
- l’engagement libre et volontaire de leurs membres ;
- la référence des membres à une valeur, qui peut être la connaissance (l’expertise leur
permettant d’éclairer la réalité) ou l’idéal qu’ils veulent voir se réaliser ;
- le caractère limité du but poursuivi (par exemple, sauver la planète de l’action
destructrice de l’homme) par rapport au but poursuivi par l’État, qui englobe tous les problèmes
politiques possibles et imaginables du pays ;
- leur prétention à représenter la volonté générale, c’est-à-dire la volonté du peuple ;
- l’agir sans contrainte (personne pour contrôler l’application des décisions prises) et
sans contrepartie (pas de rétribution pour le travail réalisé). Notons que certains lobbies versent
illégalement à ces organismes des rétributions financières ou les aides matérielles.
- ces associations invoquent, peut-être hypocritement, le Bien commun, les valeurs
universelles ; la sécurité, la précaution, etc.
- Leurs objectifs ne figurent pas toujours dans le droit positif, c’est-à-dire les lois de
l’État concerné ;
- Les organisations membres de la société civile prospèrent généralement, alors que
s’affaiblit la confiance dans l’efficacité du politique ou s’affaiblit objectivement l’État du fait
des contraintes internationales75.
Soulignons que la société civile se révèle le cadre idéal pour un citoyen ordinaire qui
veut influer sur le fonctionnement de son État. C’est le cas des membres de Filimbi et Lucha.
Le but fondamental recherché par la société civile est l’avènement de l’État de droit où règne
la démocratie et où se déploie l’expression de la citoyenneté.

Chapitre IV : La démocratie moderne et la multiple expression de la


citoyenneté
La notion de la démocratie moderne se caractérise par la place occupée par la gestion
des droits et des devoirs du citoyen.

74
François-Bernard Huyghe cité par ibid.
75
Cf. François-Bernard Huyghe cité par ibid., p. 106-107.

28
I. Les droits et les devoirs du citoyen en démocratie

A. Les droits de l’homme, justification de leur fondement prééminent


Parler de droits de l’homme, c’est évoquer, entre autres, le droit « à la vie, à l’intégrité
physique, à l’égalité devant la loi, à la propriété, à la sécurité personnelle, à la liberté de penser,
de croire, de mouvement, d’être son propre maître76 ». L’importance accordée à l’idée des droits
de l’homme résulte de la conception de l’homme comme une espèce privilégiée dans l’univers.
Ce privilège lui viendrait du fait que :
* l’homme soit considéré comme avoir été créé par Dieu ;
* l’on pense que l’Univers a été créé comme un terrain d’exercice pour les mérites, c’est-à-dire
les capacités de l’homme ;
* l’on trouve que l’Univers a été donné dans l’ensemble à la communauté des hommes ;
* l’on dise que l’espèce humaine est visiblement d’un autre ordre et d’une valeur incomparable
à celle des autres êtres.
Il s’agit de la situation de fait du privilège de l’homme qui, selon Raymond Polin,
« se décrit mieux en termes de valeurs : valeur morale unique en son genre, dignité
incomparable, qui se fixe alors dans les esprits comme un fondement de droit, c’est-à-dire
comme quelque chose qui doit être à la base d’un droit. Cette valeur de l’homme, qui fonde
ainsi un droit, s’exprime alors à son tour en termes de pouvoir parce que basée sur les capacités
de l’homme, dont sa capacité à être responsable, à avoir des mérites, à être au meilleur de lui-
même un être moral77 », au sens philosophique, c’est-à-dire un être libre, responsable et doué
de raison, posant des actes libres, responsables et raisonnables, et les assumant pleinement. En
tant qu’être raisonnable, il comprend ce qui dit et fait.
Ce pouvoir propre à l’homme est à la fois :
le pouvoir de liberté : l’homme est libre de prendre des initiatives, d’opérer des
choix ; il jouit de l’autonomie dans son existence. Par ailleurs, tout en usant de sa liberté,
l’homme se doit de faire cet usage, une maxime universelle : admettre que jouissant de mêmes
conditions de liberté, n’importe qui agit de la même.
le pouvoir de raison : il prend conscience de soi, de son existence réfléchie, de
calcul rationnel ;
le pouvoir de société : il a le pouvoir de mener la vie en société, vie de
coexistence. C’est cette sociabilité qui fait que la liberté humaine ait un sens, des limites et des

76
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 117.
77
Ibid., p. 110.

29
contraintes. Pour Raymond Polin, sans le pouvoir de société, la liberté humaine n’aurait été ni
juste ni injuste78.

B. Les droits de l’homme : aboutissement et renouvellement à notre


époque
Avec l’époque contemporaine, la question des droits de l’homme a connu une
explicitation. L’on est passé à une conception formelle des droits de l’homme à une définition
d’un contenu concret, précis. Ces droits « ont été explicités en droits ou libertés plus concrètes
et particulières donnant lieu à des lois – non plus simplement permissives et protectrices mais –
proprement prescriptives et donc plus efficaces. Ce processus a fait passer ces droits de
l’homme du “statut” de droits formels à celui de droits réels et même de droits sociaux79 ».
Exemple de droits explicités :
- Le droit à la liberté, explicité en droit de propriété
- Le droit de sécurité, en habeas corpus (pas de détention au-delà de 48 heures, sans être
présenté au juge qui peut décider la libération et « en droit de n’être jugé et privé de liberté
que sous la protection de la loi ».
- Le droit à la liberté de juger et de penser, « en droit à la liberté d’expression orale et
écrite, dont la liberté de presse80 » ; etc.

II. La participation démocratique du citoyen et ses différentes modalités

Il existe plusieurs façons, pour le citoyen, de participer à la vie politique, vie


démocratique ou direction de son pays. Ces différentes manières de participations ne sont que
des expressions de la citoyenneté de ce citoyen. Au regard de l’importance de ces modes de
participation à la vie de la nation, Edmond Mutelesi estime qu’« il est décisif de les inclure
dans une démarche d’éducation de la jeunesse à la citoyenneté81 ». Parmi ces façons
d’expression de la citoyenneté, retenons celles qui suivent.

A. Le vote ou le choix des représentants du peuple


Le vote des élus, représentants un peuple donné est la première expression, l’expression
fondamentale de la citoyenneté. Disons tout de suite que si celle-ci est niée ou bafouée, les
autres modes d’expressions de cette citoyenneté n’ont pas leur raison d’être. Ce qui conduit de
facto à la négation de ce peuple comme citoyen du pays.

78
Cf. ibid.
79
Ibid., p. 117.
80
Ibid., p. 118, gras dans le texte.
81
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 140, gras dans le texte.

30
Par le vote exprimé par les citoyens et respecté par tous, la démocratie, partout où elle
existe, n’est qu’une démocratie représentative, elle est indirecte. En effet, les « citoyens
choisissent leurs représentants, c’est-à-dire les citoyens qui vont participer réellement pour leur
compte à la formation des lois et à la création des institutions. Ils choisissent donc ceux qui vont
constituer leur représentation démocratique82 ».
Objectivement, tel n’est pas encore le cas en République démocratique du Congo. Les
« citoyens » congolais ont donc à se battre de toute leur force, afin qu’ils aient parmi eux, des
citoyen(e)s qui constitueront véritablement une représentation congolaise démocratique, c’est-
à-dire des femmes et des hommes congolais(e)s élu(e)s réellement par le peuple congolais qui
auront à porter la voix de ce peuple. Celles et ceux des citoyen(ne)s congolais(e)s qui votent,
doivent être eux-mêmes éligibles, susceptibles d’être élus eux-mêmes comme représentants du
peuple.
Faisons un pont avec la souveraineté du peuple, le Souverain premier. Tout citoyen qui
vote des représentants, confère à chacun de ceux-ci une portion de sa souveraineté, tout en
restant en tout cas le seul détenteur. Il garde la faculté de la récupérer au terme de l’échéance
fixée conventionnellement. Autrement dit, à la fin d’une échéance convenue, l’élu perd
automatiquement la portion de la souveraineté qui lui avait été accordée en tant que représentant
du peuple et le citoyen électeur récupère automatiquement aussi sa portion de souveraineté. Ce
qui oblige l’ancien représentant à revenir vers l’électeur, en vue de solliciter de nouveau ce qui
lui donne autorité. Pour simplifier : par son vote, le citoyen électeur embauche l’élu qui va
travailler en lieu et place de l’électeur (on parle de la représentation). Il serait donc incompris
que le patron se met à ovationner son futur embauché, comme on le constate en République
démocratique du Congo où les candidats à l’élection sont pris pour des divinités et employeurs,
alors que ce devrait être juste le contraire.
Dans tout État où les représentants élus du peuple ne sont pas proclamés, c’est-à-dire
empêchés d’agir au nom du peuple souverain, un tel État nie simplement l’existence de ce
peuple comme citoyen, membre à part entière de cet État : nier la souveraineté, la citoyenneté
d’un peuple, en ne lui donnant pas les représentants élus qu’il se choisit, c’est nier purement et
simplement son existence. En ce sens, la réaction du peuple qui se reconnaît vrai citoyen d’un
tel État ne peut nullement être l’applaudissement de ceux qui lui sont imposés de force. C’est
plutôt la contestation radicale.

82
Ibid., p. 141.

31
Ce qui se passe dans la pratique : quand les non-élus se trouvent proclamés comme
vainqueurs, c’est-à-dire nommés par la CENI et étant conscients de ce fait, ils n’auront des
comptes à rendre qu’à leur mentor et non au Souverain Primaire, le Peuple. Autrement dit, les
nommés ne trouvent aucune justification pour revenir vers la Base qui élit, car leur mandat a
été acheté ou octroyé par une quelconque instance « étatique ». Le Souverain Peuple n’a aucune
mainmise sur ces prétendus élus. D’où, vacances parlementaires ou pas, personne ne revient à
la circonscription électorale pour un quelconque compte-rendu. Peuple congolais, réveillez-
vous ! Sous d’autres cieux, « de fait, à partir du moment où les gouvernés, prenant conscience
de la puissance incluse dans le bulletin de vote, se furent rendus maîtres de l’appareil
gouvernemental, un mouvement se dessina qui tendit, non plus à subordonner le pouvoir à une
liberté préexistante, mais à en faire l’instrument de création d’une liberté effective83 ».
Outre le vote, la citoyenneté s’exprime par le syndicalisme, la vie associative, la
jeunesse de parti, l’action humanitaire et les groupes de pression.

B. Le syndicalisme
Il vient du mouvement ouvrier et des luttes socio-économiques du XXe siècle. Le
syndicalisme est « l’organisation par les travailleurs eux-mêmes d’une représentation (un
syndicat) destiné à contrôler leurs conditions de travail et à défendre leurs intérêts auprès
du patronat et de l’État84 ». Dans les pays dits démocratiques, c’est-à-dire où le dialogue social
est respecté et la guerre des idées admise, le syndicalisme contribue largement à l’amélioration
des conditions de travail et de vie des travailleurs.

C. La vie associative
Généralement une association naît pour répondre à un manque ou une absence de
l’intervention des pouvoirs publiques dans un domaine. En ce sens, elle se substitue aux
pouvoirs étatiques défaillants. Elle est donc une remise en cause de l’autorité étatique, « “une
critique en acte” de l’ordre social85 ». On comprend que les associations soient par essence des
acteurs politiques, même si elles « sont régulièrement envisagées du point de vue de leur valeur
socio-économique et de leur poids financiers86 ».
En République démocratique du Congo, exception faite peut-être de Muziki, les
associations prennent une connotation de quémandeuses des fonds étrangers, sous prétexte de
contribuer au développement du pays. La réalité se révèle que les différents financements des

83
« Démocratie », in Encyclopaedia universalis, op. cit. p. 409, col. 3.
84
Edmond MUTELESI, op. cit., p. 142.
85
Ibid., p. 145.
86
Ibid.

32
fonds sollicités échouent dans des poches privées. Notons au passage que nul pays, nul humain
ne se développe avec de l’aide étrangère. Celle-ci, surtout si elle a un agenda caché, ne ferrait
maintenir que dans une dépendance perpétuelle. L’organisme aidé vivra « sous perfusion ». Il
en est de même de tout État qui vit des aides ou prêts étrangers.
Pour les pays dits développés, certaines de très nombreuses associations agissent à la
place de l’État. En contrepartie, celui-ci les subventionne, tout en faisant le suivi de ses
subventions.
Au titre de participation politique, certaines associations font du lobbying législatif,
lobbying citoyen. Elles « agissent en amont du processus législatif et remettent aux élus des
propositions réglementaires rédigées pour les amener à adopter des lois nouvelles ou pour leur
faire modifier certaines lois87 ». Généralement les représentants des associations rencontrent les
élus ou les dirigeants économiques, pour débattre de ce qu’ils estiment être de l’intérêt général
de la nation. Les associations procèdent fréquemment par des pétitions, des actions de boycott
et des manifestations, etc. En outre, « les associations recourent aux cours et tribunaux pour
faire reconnaître leurs droits ou faire annuler des décisions politiques jugées contraires à
l’intérêt général. Il s’agit ici du procès juridique, et il est souvent utilisé par exemple par les
associations écologiques, celles de défense des droits des sans-papiers ou des sans-abris88 ».
Et pour faire face au capitalisme économique déshumanisant, il se développe
actuellement un secteur associatif très important, dénommé « l’économie sociale et solidaire »
qui prône un commerce équitable, gagnant-gagnant et le respect de la dignité humaine, faisant
référence aux petits producteurs face à la prédation des multinationales capitalistes.
Il convient d’évoquer ici la désobéissance civile comme mode d’action associatif
contribuant à la politique nationale. « C’est une action qui peut être individuelle et qui consiste
à refuser d’obéir à une loi ou une réglementation injuste et à inciter d’autres citoyens à faire de
même, cela sur base de la civilité c’est-à-dire du respect dû à autrui89 ». Combien des lois et
pratiques injustes sont imposées en République démocratique du Congo, sans rencontrer une
moindre résistance, une moindre désobéissance civile ?

D. La jeunesse de parti
Il s’agit des jeunes qui se retrouvent dans les idées et idéaux portés par un parti politique
et se décident de soutenir ce parti en menant des actions en sa faveur (distribution des flyers,

87
Ibid., p. 145.
88
Ibid.
89
Ibid., p. 147. L’auteur évoque le cas de la Norvège, où « durant la Seconde Guerre mondiale, 8000 enseignants
sur 12000 avaient choisi de démissionner par refus d’appliquer les instructions des occupants allemands (nazis) ».

33
sensibilisation d’autres jeunes). Certaines associations de ce genre développent des idées
indépendamment du parti de tutelle. Il ne s’agit pas de ce type de regroupement des jeunes
congolais (amis de l’honorable x, du candidat y), dans le but d’obtenir un peu d’argent de leur
parrain. Il est ici question du projet de société dans l’idéal d’améliorer les conditions de vie
sociales et de contribuer à l’évolution de la politique nationale.

E. L’action humanitaire
On se trouve généralement ici au niveau international. « L’action humanitaire consiste
en une entreprise, généralement conduite par une ONG (organisation non-gouvernementale),
pour sauver puis préserver la vie et la dignité humaine des personnes dans les régions du monde
affectée par la guerre, la famine ou les catastrophes naturelles90 ». Pour être admis par ces ONG,
il faut répondre à leurs critères, dont une formation adaptée à leurs objectifs.
Les principes fondamentaux de l’action humanitaire sont, entre autres :
« - L’indépendance vis-à-vis des intérêts des puissances ou des lobbies financiers ;
- La neutralité sur le terrain par rapport aux factions en conflit ou par rapport aux
affrontements éventuels entre un Gouvernement et son peuple91 ».
Pas de naïveté ni illusion ! Certaines de ces ONG sont des canaux de transition de
mercenaires, d’armes et de munitions, voire de trafic d’organes humains ou des enfants.

F. Les groupes de pression


Par groupe de pression, entendons « un groupe social plus ou moins bien organisé qui
exerce une pression sur les pouvoirs publics afin de défendre ses intérêts particuliers, qu’ils
soient économiques, matériels, financiers, humanitaires ou moraux. Il peut chercher à
promouvoir une évolution des lois ou des changements politiques qui leur [sic] sont favorables
ou à les empêcher s’ils leur [sic] sont défavorables92 ».
Il existe plusieurs groupes de pression, particulièrement ceux qui s’activent autour des
législateurs parlementaires et pouvoirs publiques. On assiste ainsi officieusement aux
arrangements scellés entre les lobbyistes et les législateurs « pour soutenir les intérêts de
quelques petits groupes influents de la société et la réélection des parlementaires ou
représentants du peuple. Une autre image, sans doute la plus commune pour représenter ces
deux catégories d’individus, est celle d’une personne remettant un sac plein de contributions
(financières) à un élu en vue d’obtenir de lui des lois favorables93 ». Il s’agit ici de l’achat des

90
Ibid., p. 154.
91
Ibid.
92
« La Toupie », site web français citoyen, citée par ibid., p. 155.
93
Godwin Ken, Ainsworth Scott H., Godwin Erik paraphrasés par ibid., p. 155.

34
consciences, de la corruption ou la pourriture. Les corrupteurs et les corrompus sont tous des
pourritures ou pourris ; il n’y a pas à s’enorgueillir.
Ces groupes de pression sont très actifs dans le processus de l’élaboration des lois. Leurs
actions ne sont pas secrètes. Ils font aussi des déclarations, des pétitions ou des manifestations
publiques. Et l’intérêt qu’ils défendent n’est pas d’ordre d’intérêt général. Leurs intérêts sont
partisans.

III. La discussion libre comme fondement de l’État démocratique moderne

C’est une voie de réflexion, appelée aussi débat, qui fait intervenir les citoyens, les
experts, les partis, les associations, les syndicats, les universités sur une question ou une
problématique donnée. La discussion se poursuit au Parlement. Ce qui est proscrit ici, c’est le
recours à la force physique, la violence tant physique que bverbale, la brutalité qui s’avère le
propre des faibles intellectuellement et des sauvages. Généralement, quand on est à court
d’arguments et que l’on n’est pas humble pour reconnaître ses limites, on recourt à l’argument
des faibles, la colère.
La discussion, elle, exige la tolérance, l’écoute de l’autre, l’argumentation, l’objectivité,
le tout guidé par l’intérêt général. Il est intéressant de suivre par exemple les débats
contradictoires de certains groupes français et états-uniens, particulièrement lors des élections.
En effet, « la discussion implique égalité et liberté des protagonistes et révèle, seule, la
complexité des problèmes, dans leur concrétude, et l’adéquation des solutions envisagées94 ».
Grâce à la discussion, sans bruits inutiles, on arrive à mettre en lumière les différents
aspects du problème ou sujet débattu : intérêts ou critères privés, juridiques et moraux (respect
des droits de l’homme, par exemple). La discussion ou débat public vise à parvenir à une
décision, ce qu’il faut faire pour résoudre un ou des problèmes, tant sociaux (optimisation de
l’administration, de la sécurité sociale…), économiques (création et maintien des emplois),
internationaux (la paix, la sécurité intérieure et extérieure, promotion de l’image de la nation à
l’internationale).
Il résulte de ces quatre premiers chapitres que la citoyenneté est capitale tant dans la vie
individuelle du citoyen que dans le déroulement de toute la vie nationale. Force est donc de
reconnaître que la citoyenneté est un véritable trésor à sauvegarder et à défendre par tout moyen.

94
Patrice Canivez cité par ibid., p. 158.

35
Chapitre V : La défense de la citoyenneté
Au regard de l’importance de la citoyenneté vis-à-vis d’un État, sa défense s’avère plus
qu’une nécessité. Cette défense ou sauvegarde de la citoyenneté par plusieurs facteurs.
Évoquons-en brièvement quelques-uns.

I. Le combat contre l’ethnocentrisme

Tout en tenant compte de la hiérarchie des valeurs de l’État concerné, la défense de la


citoyenneté passe premièrement par la prise en charge par le politique de diverses orientations
en matière de valeurs des ethnies membres d’un pays. Rappelons qu’il existe une diversité
d’ethnies et donc de cultures au sein d’un pays. Chacune de ces ethnies prône des valeurs qui
lui sont propres. La prise en charge de cette diversité ethnoculturelle vise justement à stabiliser
au final l’État ou la communauté politique. Les groupes minoritaires ne doivent pas être
négligés. La prise en charge de toutes les ethnies et cultures revient à soutenir leur égalité. Ce
qui revient à dire que les animateurs des institutions publiques doivent dompter leur propension
à l’ethnocentrisme et faire preuve d’impartialité, de neutralité quant à leurs orientations
politiques au niveau de la nation. Ce qui amène à la promotion du vivre-ensemble.

II. Du vivre-ensemble et de la catégorisation croisée

De ce qui précède, résulte un autre facteur permettant la défense (protection) de la


citoyenneté : le vivre-ensemble. « Car la citoyenneté a, comme Christian Joppke l’a
judicieusement fait remarquer, une dimension de contrat social qui, seule, permet le vivre-
ensemble […] le fait d’être citoyen (c’est-à-dire participant à une communauté politique à
maintenir et à entretenir) requiert qu’on pose des actes qui – sur base des valeurs du vivre-
ensemble – sont à considérer comme des obligations requises par la politesse et par le respect
de la sensibilité des autres, qui n’appartiendraient pas à votre culture spécifique en matière
vestimentaire, religieuse ou de bienséance (mode de salutation, etc.)95 ».
Une autre façon de défendre (protéger/promouvoir) la citoyenneté, dans ce contexte du
vivre-ensemble, est l’introduction de ce que l’on appelle la catégorisation croisée. Celle-ci est
le fait de poser en face de chaque catégorie sociale d’autres distinctions ou lignes de clivage.
Par exemple : « libéraux/socialistes » (catégorisation politico-idéologique) ; « chrétiens/laïcs »
(idéologico-confessionnelle) ; « pauvres/riches » (distinction socio-économique) ;
« hétérosexuel/homosexuel » (catégorie idéologico-morale). « Cette introduction de
distinctions supplémentaires est faite dans le but d’obtenir, à travers cette multiplication des

95
Ibid., p. 203-204, gras dans le texte.

36
lignes de clivage, moins d’affrontements ou en tout cas des affrontements moins intenses entre
deux grands blocs, et donc dans le but de parvenir ainsi à plus d’unité pour l’ensemble de la
population, ce qui devrait augmenter les chances pour tous d’observer le contrat de
citoyenneté96 ».
Il a existé, durant la Deuxième République, une stratégie similaire à l’introduction de la
catégorisation croisée. En effet, lors des affectations des fonctionnaires, il fut évité d’affecter
les autochtones dans leurs circonscriptions électorales ou leurs régions d’origine : de l’est, on
était affecté à l’ouest ; du nord, au sud ; et vice versa. Nul n’avait le monopole ou le privilège
de travailler ou de servir la nation à partir de « chez lui ». L’une des lignes de clivage ou des
catégorisations croisées instituées depuis la colonisation et que l’on a de la peine à s’en défaire,
fonctionnant toujours à merveille au profit des initiateurs, est le binôme
gouvernés/gouvernants97.
La visée ici est que les citoyens de différentes ethnies et cultures se retrouvent dans les
catégories croisées avec ceux des autres ethnies et cultures. Ils se souderont ainsi les coudes
pour une cause nationale, par exemple, promouvant la citoyenneté au détriment de
l’appartenance ethnoculturelle. Il se construit de cette façon une unité civique.

II. La promotion de l’unité-civique

Une autre façon de défendre la citoyenneté est la culture de l’unité civique. Celle-ci peut
s’obtenir par la promotion de certaines valeurs auxquelles se reconnaissent les citoyens. Le
Canada, par exemple, a les sept valeurs qui scellent dans une certaine mesure, l’unité des
citoyens canadiens : la croyance en l’égalité et en la justice ; la croyance dans la consultation et
le dialogue ; l’importance de l’accueil et de la tolérance ; le soutien à la diversité ; l’attachement

96
Ibid., p. 205.
97
J. Gérard LIBOIS, Sécession au Katanga. Bruxelles-Léopoldville, C.R.I.S.P-I.N.E.P., 1963, 363 p. On peut lire dans
cet ouvrage : « La ˝stratégie˝ socio-politique du colonat consistait en effet à rechercher un transfert des tensions
sociales du plan ethnique à celui de la classe. Cette stratégie s’exprime fort bien dans la note confidentielle remise
par le représentant du colonat au ministre des Colonies le 3 mars 1955 : ˝Il faut organiser une classe d’indigènes
évolués, qui se déclareront d’accord avec les idéaux et les principes de notre civilisation occidentale et seront, à
standing égal, nos égaux en droits et devoirs ; moins nombreux que la masse indigène, mais puissants et influents,
ils seront ces alliés qu’il nous est indispensable de trouver auprès des communautés indigènes. Ces classes
moyennes seront la bourgeoisie noire qui commence à se développer partout, que nous devons aider [au lieu de
corrompre] à s’enrichir et à s’organiser et qui, comme tous les bourgeois du monde, seront opposés à tout
bouleversement aussi bien intérieur que venant de l’étranger. Il n’y aura plus de différence de races mais, comme
dans tous les pays du monde, il y aura seulement des différences de classes, celles-ci demeurant ouvertes à tous˝ »
(p. 21). « Cette bourgeoisie noire à Elisabethville était représentée en 1957-58 par les dirigeants de l’Association
des Classes Moyennes Africaines (Acmaf), parmi lesquels MM. Kalonji Isaac, d’origine Kasaï, et M. [sic]
Tshombe Moïse, d’origine lunda et commerçant en gros » (p. 21).

37
à l’environnement naturel ; un engagement pour la liberté, la paix et le changement non
violent98.
Sous d’autres cieux, on note la conscience d’une identité partagée venant soit d’une
histoire commune, soit d’une langue commune, voire d’une religion commune. Pour certains
autres peuples cette conscience d’une identité commune peut résulter de la fierté par rapport à
des réalisations historiques. L’on entend à ce propos : « nous sommes un grand peuple ; nous
avons marqué l’histoire, etc. ». Ce que l’État doit éviter dans ses rapports avec ses différentes
ethnies, c’est de soumettre telle ethnie ou telle autre. Une telle attitude engendrera des
frustrations et des replis identitaires, dangereux pour l’unité de la société.
Par contre, l’État doit promouvoir les diverses identités nationales. « C’est là aussi une
condition pour que toutes les identités nationales et ethniques d’un État s’identifient à
l’ensemble de l’État99 ». Ici, la nécessité de promouvoir l’égalité des citoyens et la primauté de
la loi, en tant double critère normatif ultime de la citoyenneté, c’est-à-dire d’un État reposant
sur le statut de citoyen100.
L’État devra enfin travailler à susciter au sein de son peuple, la volonté de vivre-
ensemble, tout en maîtrisant avec dextérité les différents facteurs susceptibles de diviser le
peuple : la religion, les idéologies importées (sociétés secrètes), les partis politiques, les
occasions de divertissement (sports, musique, etc.). Ainsi, se justifie encore ici la nécessité de
promouvoir l’éducation à la citoyenneté.

Conclusion
Tout au long de cet exposé interactif, nous avons tenté de souligner tout d’abord, la
nécessité de l’expression matrice autour de laquelle s’articule ce cours : l’éducation à la
citoyenneté. Celle-ci se révèle une véritable initiation visant à inculquer une discipline à la
jeunesse ; discipline entendue comme un mode de vie mûr et nécessaire à la Patrie ; discipline
aussi comme ensemble des valeurs. Appelées aussi habitus, il s’agit des valeurs fondamentales
à inculquer à la jeunesse, citoyenne et citoyen de la République démocratique du Congo. Au
sommet se trouve l’habitus calculateur qui oriente l’agir humain de tout temps. À l’opposé de
l’égocentrisme, l’habitus calculateur prend en compte les interactions professionnelles de la
société et se trouve contraint de promouvoir la solidarité sociale, pour le bien de tous.

98
Cf. Edmond MUTELESI, op. cit., p. 206.
99
Ibid., p. 208.
100
Cf. Canivez et Magnette cité par ibid., p. 208.

38
C’est en agissant ainsi que l’on fait preuve de sa qualité de citoyen : la citoyenneté qui
a fait l’objet de la deuxième articulation du présent cours. L’on jouit dès lors d’un statut, des
droits et d’une identité justifiés traditionnellement par deux processus ou modes : le fait de
naître d’un ou de deux parents natifs et citoyens du pays (droit de sang) ou étant animé d’une
vision s’alliant à celle d’un groupe des citoyens animés d’un même idéal (droit de sol).
Membre d’un pays, le citoyen jouit désormais de droits et de devoirs qui lui permettent
de contribuer à l’existence dudit pays ; ce dernier offrant au citoyen un cadre du déploiement
de ses atouts. Il y a donc des interdépendances entre la patrie et le citoyen que nous avons eu à
mettre en exergue dans le troisième chapitre : l’État-nation et le citoyen.
Partant de l’application de ses droits et devoirs au sein de son pays, le citoyen contribue
tant à l’existence de ce dernier qu’à la promotion de la démocratie, mode de gouvernance chère
à notre époque. Certaines expressions relatives à la citoyenneté, comme modes d’implications
du citoyen à la vie de la nation, ont été évoquées dans la quatrième articulation de ce cours. Il
s’est avéré qu’au regard de ces expressions, la citoyenneté se révèle d’une importance on ne
peu plus capitale.
Cette dimension de la citoyenneté justifie la cinquième et dernière articulation de ce
cours sur les droits et les devoirs du citoyen. Il y a été mis en lumière le rejet de l’ethnocentrisme
au profit de la promotion du vivre-ensemble. Dans cette optique, l’université se prête bien à cet
idéal. Elle est l’une des cellules ou structures sociales où la jeunesse expérimente consciemment
ou inconsciemment la vertu du vivre-ensemble. Le cours de l’éducation à la citoyenne a donc
l’avantage de sortir la jeunesse d’une certaine inhibition sociale pour le conduire à l’éveil
citoyen, dont l’université se révèle désormais un vrai terrain d’expérimentation d’un vécu
citoyen responsable.
Puisse la jeunesse bénéficiaire de cet enseignement patriotique s’approprier de cette
fierté de « jeunes enfants du Bénin d’autrefois [qui], au sortir des rites initiatiques, narguaient
leurs cadets en crachant par terre et en disant : “Non-initiés, vous n’êtes que des bambins ; vous
ne savez pas ce que c’est la vie, et ce que c’est la Mort”101 ». Vivre pour la patrie doit être l’idéal
de la jeunesse.

101
Engelbert MVENG et B. L. LIPAWING, Théologie, libération et cultures africaines. Dialogue sur l’anthropologie
négro-africaine, Paris, C.L.E / Présence Africaine, 1996, p. 6.

39
Bibliographie
Constitution de la République Démocratique du Congo, Kinshasa, CEI, 2006, 74 p.
CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO (CENCO), Manuel de référence d’éducation
civique et électorale. Tome I : Modules I à IV, Kinshasa, Secrétariat général, 174 p.
Encyclopaedia Universalis. Volume 5 Cortés. Elasticité, Paris, Encyclopaedia universalis,
1969, 1105 p.
KALUBA DIBWA Dieudonné, Éducation à la citoyenneté. Leçon inaugurale, Kinshasa, Éditions
Eucalyptus, 2017, 159 p.
Le processus électoral en R. D. Congo. Quel comportement citoyen ?, Manuel d’éducation
civique n° 04, Kinshasa, Institut des stratégies pour le développement, 2005, 119 p.
MUTELESI Edmond, L’Éducation à la citoyenneté. Un outil pour inspirer les enseignants, Paris,
L’Harmattan, 2018, 241 p.
MVENG Engelbert et LIPAWING B. L., Théologie, libération et cultures africaines. Dialogue sur
l’anthropologie négro-africaine, Paris, C.L.E / Présence Africaine, 1996, 232 p.
Quel avenir pour la R. C. Congo ? Déclarations et réflexions, Kinshasa, Médiaspaul, 2010,
208 p.
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DRC

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