INTRODUCTION
Dans son souci de former des religieux missionnaires L’Ecole Théologique Saint Cyprien
de Ngoya n’a cessé de concrétiser son souci de former des religieux opérants au milieu d’un
monde aussi exigeant. Pour ce faire, dans la perspective complémentaire des enseignements
dispensés, les conférences théologiques, ont été au cœur des différentes de ce second
semestre. Comme cela a été antérieurement effectif, cette année s’est également voulue, de
fond en comble, prolonger la tradition qui reste fidèle à la triade « Africain, Religieux,
Missionnaire ». Ce qui sera respectivement illustré dans les trois séquences académiques.
Ainsi, dans l’après-midi du mercredi 22 février 2023, la première série de ces conférences
avait pour thématique : « Etude de la Constitution apostolique Praedicate Evangelium ».
Le deuxième passage sur « Le Dialogue interreligieux », était déroulé en deux mi-journées,
du 29-30 mars 2023. Le premier jour en ressortant l’aspect doctrinal et le second jour
s’articlant sur les témoignages. Dans la troisième vague déroulée le mercredi 19 avril 2023,
« Lecture africaine de la Bible 130 ans après Providentissimus Deus » en était l’intitulé.
Nous nous ferons le devoir, pour une bonne organisation de ce travail, de traverser tour à tour,
ces rendez-vous intellectuels.
Chaque phase porte un grand thème général et à l’intérieur de ces thèmes, plusieurs
approches sont développées. Ainsi, les différents thèmes généraux sont : L’ETUDE DE LA
CONSTITUTION APOSTOLIQUE Predicatae Evangelium, ensuite le SEMINAIRE SUR
LE GRAND DIALOGUE INTERRELIGIEUX(DIR) et enfin LA LECTURE AFRICAINE
DE LA BIBLE 130 ANS APRES PROVIDENTISSIMUS DEUS. Le mercredi 22 février
2023 marque donc le début de la première conférence, le mercredi 29 Mars et le jeudi 30
Mars 2023 marque la date de la deuxième conférence et enfin le mercredi 19 Avril marque la
derrière conférence et conclut également les sessions de ses conférences pour l’année
académique 2022-2023.
I. RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE CONFÉRENCE THÉOLOGIQUE
L’étude de la Constitution apostolique Pradicate Evangelium a fait objet de la première
série des conférences théologiques, l’après-midi du 22 février 2023. Le Modérateur, le Père
Gilbert MBULA, missionnaire xavérien, invita sur le panel, les différents conférenciers,
aussitôt après l’ouverture de ces banquets intellectuels par le Père Stanislas Donatien
MVONDO, Directeur de l’ETSC. Que retenir des exposés ?
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En premier, le Dr Michel MANDEY, scj, avait pour thème d’exposé : Présentation de la
Constitution Praedicate Evangelium. Il a tâché de nous rappeler que cette Constitution
apostolique est du pape François, parue le 19 mars 2022, en la solennité de saint Joseph. En
effet, en dépassement de la Constitution apostolique Pastor Bonus du saint Jean-Paul II, parue
le 28 juin 1988, Praedicate Evangelium entend concrétiser l’esprit de synodalité qui se veut
nécessaire dans l’aujourd’hui de l’Eglise. Dans ses 250 articles, la présente Constitution, vise
plus d’harmonie dans l’exercice actuel de la Curie Romaine et voudrait implémenter la
communion missionnaire. Un accent est mis sur le rapport organique et la place des laïcs dans
l’œuvre évangélisatrice, qui n’est plus exclusivement réservée aux personnes ordonnées. Le
présentateur de cette Constitution soulignait enfin que la réforme, n’étant pas une fin en soi,
promeut dans l’esprit synodal, la marche et l’œuvre en vue d’une mission commune.
Dans la deuxième intervention, le Dr Jean-Marie SIGNE, scj, avait la responsabilité de
ressortir l’Originalité des innovations de Praedicate Evangelium. Il fera d’abord remarquer
l’aspect fondamentalement missionnaire de ladite Constitution, avant de s’appesantir sur les
notions de synodalité et de coresponsabilité dans la communion, qui en forment la base
innovatrice. En ce qui concerne la synodalité, elle est perceptible aux niveaux intra et extra
dicastériels, et avec les différentes strates d’existence au sein de l’Eglise. Avec le Concile
Vatican II, clarifiait l’intervenant, la synodalité demeure une dimension constitutive de
l’Eglise. Ce qui n’est pas une attitude à avoir, mais plutôt l’être même de l’Eglise. Pour
spécifier cet enjeu synodal, le conférencier relèvera l’invitation du pape François, qui fait
insistance sur la collaboration entre les évêques et les différentes conférences épiscopales.
Une nouvelle façon de voir et d’organiser les visites ad lumina, dans l’esprit franc, est
également observée et ce, en vue de renforcer cette collaboration et communion. C’est par un
tableau comparatif, à l’instar de 21 dicastères dans Pastor Bonus et de 16 dans Praedicate
Evangelium, que prenait fin cette deuxième conférence. Quelles implications économiques et
pastorales de la Constitution ?
La troisième conférence, sur Impact et incidences de Praedicate Evangelium, était
développée par le Dr Stanislas Donation MVONDO, cicm. Une interrogation : quelles
implications économique et pastorale de la Constitution apostolique ? a été posée dès
l’entame de l’exposé. De prime abord, la reforme au sein de la Curie Romaine, ce corps
complexe selon le canon 360, nous a fait découvrir l’appel à l’amélioration permanente de cet
organe. Comme tout corps humain, il demeure exposer aux maladies ; et selon le pape
François, une quinzaine en est illustrée. Toutes ces maladies sont donc à l’origine des
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innovations au sein de la Curie Romaine, expression de la communion ecclésiale, identité de
l’Eglise. Ensuite, les incidences canoniques de Praedicate Evangelium nous étaient déclinées
en quelques points. La synodalité, car la mission n’est pas l’activité d’une seule personne,
mais demande la pleine communion ; La coresponsabilité dans la Curie Romaine est une
pratique obligatoire, surtout quand elle est vécue dans la décentralisation salutaire ; Les
rapports entre la primauté et le collège des évêques ; Le nouveau statut des fidèles dans la
Curie Romaine avec emphase sur la coopération des laïcs dans l’activité pastorale. Pour finir,
les implications pastorales de Praedicate Evangelium en étaient relevées. Entre autres, la
promotion de l’évangélisation, l’écoute mutuelle de la Parole de Dieu, la conversion
missionnaire, la dignité humaine et la proximité pastorale. Que retenir de la deuxième série de
ces conférences théologiques ?
II. LA DEUXIEME SERIE DES CONFERENCES THEOLOGIQUES
Une spécificité de cette deuxième manche est à souligner. Car, en deux après-midi
successifs, du 29 au 30 mars 2023, nous avons été respectivement nourris sur Le Dialogue
interreligieux et Quelques témoignages recueillis entre catholiques et musulmans.
Le premier jour, articulé sur l’Aspect doctrinal du dialogue interreligieux, était
modéré par le Père André Marie ABOUDI ONGUENE, cicm. Ainsi, le relais est donné au
Dr Robert ONDOBO, cm, à qui revenait le point sur la sociologie des religions. En fait,
présenté au miroir de la sociologie des religions, le dialogue interreligieux est à distinguer de
l’œcuménisme. Quelle est sa spécificité ? Quelle en est l’origine ? Dans un premier temps,
l’intervenant nous a conduits sous les ombrages qui présentent l’origine du dialogue
interreligieux. Pierre ABELARD en 1142, réfléchissait déjà sur le dialogue entre Juif,
Chrétien et Musulman et le Concile Vatican II, dans sa déclaration Nostra Aetate de 1965,
donnera un contenu plus précis au dialogue interreligieux. De quoi en est-il question ? Pour le
docteur, il y a dialogue interreligieux quand les croyants décident de se parler, de se connaître
et de se reconnaître, chacun tenant compte de sa différence. Il ne s’agit donc pas de parler
d’une négociation, mais plutôt de la collaboration entre partenaires. De surcroît, une note forte
était portée sur le développement et la culture du dialogue. La paix sociale devient ainsi une
conséquence du dialogue interreligieux. En quatre formes, la notion de dialogue nous était
déclinée : dialogue de la vie, dialogue des œuvres, dialogue des échanges théologiques,
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dialogue des expériences religieuses. De toute évidence, l’éducation au dialogue interreligieux
qui tient une place d’honneur chez Jean Marc ELA, reste donc à concrétiser. Tout ceci passe
nécessairement par l’annihilation de tout sentiment de supériorité sur les autres religions.
En deuxième analyse, place était faite au Père Joseph KUATE, scj, pour nous introduire
dans les Religions Traditionnelles Africaines. Celles-ci, dans leur pluralité, revêtent des
spécificités selon les cultures. Chaque peuple, chaque culture a sa manière particulière de dire
l’Etre suprême et de l’appréhender. Il y a donc des différences, des variations compréhensives
selon que l’on se trouve à tel endroit ou à tel autre. Il reste, cependant, qu’une relation
particulière avec cet Etre, est effective. De fait, entre autres points développés par le père, la
notion de l’Etre suprême dans ces différentes religions a été fortement revisitée. L’exposant,
pour donner une définition significative de l’Etre suprême, en relèvera trois principes de fond
chers à Cotonou : le monothéisme, qui est la croyance en Dieu unique ; la force vitale, qui est
une force de vie intelligente et dont le rôle est d’assurer la pérennité de notre corps ;
l’harmonie est l’un des attributs de l’Etre suprême les plus fondamentaux. Car elle revient à
l’ordre vécu et à l’ordonnancement et à la succession des saisons par exemple. Les Religions
Traditionnelles Africaines conçoivent Dieu à la fois, comme un Etre transcendant et
immanent. Respectivement, cet Etre est d’une part supérieur, au-dessus du monde et traverse
l’entendement de l’individu qui n’en a qu’une infime connaissance, et d’autre part, l’Etre
réside au-dedans même de l’individu. On comprendrait alors, que l’Etre est à la fois ce qui est
en nous, qui réside en nous, mais également qui n’est pas totalement perceptible par la raison
humaine seulement. Pour finir, le père s’interrogeait : comment les Religions Traditionnelles
Africaines peuvent-elles participer au dialogue interreligieux ?
Dans le troisième moment, le père John MOLLARE, cicm, avait l’insigne mission de
nous entretenir sur le Dialogue islamo-chrétien. Pour une entrée en matière, le père a évoqué
trois aspects majeurs dont, les opinions théologiques sur l’Islam, le Judaïsme et le
Christianisme ; le dialogue en général, où Dieu était présenté simultanément comme
transcendant et immanent ; la compréhension de la révélation dans l’Islam. Une étude
comparative nous était livrée entre la Bible, livrée inspiré et le Coran, descendu du ciel. Aussi,
tandis que la Bible est sujette à de nombreuses interprétations, le Coran, lui, demeure en
Arabe et se ferme à toute interprétation. Egalement, le père a présenté le Christianisme
comme Parole de Dieu qui se fait chair, lorsque l’Islam est à percevoir comme Parole de Dieu
qui se fait livre. Dans le même temps, quand le Coran est comparé à Jésus, la Bible, elle, est
comparée au prophète qui transmet la Parole. Pour ce faire, l’Islam met en exergue un Dieu
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amour et transcendant pendant que le Christianisme conçoit Dieu comme Emmanuel, Dieu
avec nous. Pour couronner son intervention, le P. John nous donnait de relever quatre
caractéristiques du dialogue : l’attention, la douceur, la confiance et la prudence. Quels
témoignages faire des relations entre Chrétiens et Musulmans ?
Le père Robertus KHALIFA, cicm, est intervenu en quatrième position sur les
Témoignages. Il entama son exposé par cette déclaration forte : « l’unité dans la diversité est
possible en Indonésie ». Dans une brève présentation du pays, le père nous révéla l’effectivité
de l’indépendance en 1945 en Indonésie. Une cartographie donnant état de répartitions des
adeptes de différentes religions en Indonésie, nous était présentée. Dans le même sillage, une
vue architecturale révélait une certaine proximité des lieux de culte, un véritable dialogue des
architectures dirait-on. Bien plus, le Père Robertus, né d’une famille majoritairement
musulmane, Nous a partagé la qualité des relations interpersonnelles avec les musulmans.
C’est pour lui une grâce de vivre une certaine symbiose entre chrétiens et musulmans. Le seul
missionnaire cicm de la ville, il reconnaît au fond, la nature pacifique de la religion
musulmane. Il achève son témoignage en signifiant que leurs deux cuisinières sont des
musulmanes.
La seconde journée, modérée par le père Parfait YENE, cmf, est une suite des
témoignages. La parole est donnée à l’un de nos hôtes, Dr ALASSANE, enseignant au
département de sociologie à l’Université de Yaoundé I. Son exposé portait sur l’Aspect
doctrinal du dialogue islamo-chrétien vu par un musulman. C’est autour des deux points :
approches théologique et historique que sera articulé son propos. En ce qui concerne l’angle
théologique, le docteur fera aussitôt une précision entre les gens du livre dont Juifs et
Chrétiens, des autres croyants. A côté du polythéisme à outrance, il soulignait que le prophète
Mohammed insiste sur la vénération d’un Dieu unique, Allah. Au chapitre 43 du Coran, il a
relevé que Dieu y fixe les bases du multiculturalisme et à la sourate 3, 64 ce même Dieu
s’adresse aux Chrétiens et aux Juifs. Au verset 46, 29, Dieu interpelle les musulmans, les
invitant à observer un dialogue franc avec les gens du livre ; car Dieu est celui qui exhorte au
dialogue réciproque entre les communautés croyantes. Loin de la contrainte à l’Islam, une
promotion est plutôt à faire du dialogue, du multiculturalisme, de l’harmonie. S’agissant de
l’envers historique, les guerres saintes ou croisades et la théologie de la peur, de la crainte de
l’autre, sont les deux conséquences qui ont détérioré les relations islamo-chrétiennes. Ainsi, le
monde occidental, colonial sera désormais aux chrétiens, qui, aux yeux des musulmans,
revêtaient la peau de l’ennemi. Le docteur va enfin reconnaitre le souffle renouvelé par
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Vatican II qui fait promotion de la cohabitation pacifique entre chrétiens et musulmans. Le
travail est à continuer.
La deuxième allocution était portée par le père Constantin KONYI, cicm, sur l e
Phénomène de la religiosité Nipponne. Après la brève présentation géographique qui nous
donnait de découvrir les 125 millions d’habitants au Japon, fondamentalement une île, un tour
panoramique des différentes religions en était fait. Par exemple, le bouddhisme représente 46,
4% de la population, le shintoïsme 46 % et le christianisme seulement 1,1% ; environ 179
millions de personnes se montrent être, soit shintoïstes, bouddhistes, soit alors chrétiens.
Connu vers le Vème siècle avant Jésus-Christ, le Japon fera essor du christianisme seulement
au XVIème siècle. Quant au shintoïsme, c’est à l’ère de la révolution du pays qu’il deviendra la
religion d’Etat. En outre, au Japon, le dialogue n’a pas d’abord pour but l’évangélisation ; il
est plutôt tourné vers la compréhension mutuelle, primordialement. Le dialogue interreligieux
met en exergue les notions d’écoute, d’entente, de compréhension mutuelle en vue de la paix.
Bien avancé déjà au Japon, le dialogue interreligieux poursuit sa marche vers la paix car, au
fond, la religion n’est synonyme de violence, de guerre. Les différentes religions sus-illustrées
concourent toutes à l’assistance spirituelle des sinistrées et invitent permanemment à la
patience et à la tolérance pastorales. Quel intérêt ACADIR porte-t-elle sur les défis
d’aujourd’hui ?
Le troisième exposé sur le Dialogue et la coopération interreligieuse au Cameroun : le
cas de l’ACADIR, était attribué au professeur ETOUNDI, diocésain. Très vite, il nous a
détaillés en deux phases, la mise sur pied de ladite association. Respectivement, il nous a fait
savoir que l’Association Camerounaise pour le Dialogue Inter Religieux (ACADIR), a connu
une première tentative de dialogue entre chrétiens et musulmans en 1970, qui,
malheureusement, ne verra jamais le jour. La deuxième phase est marquée par la création de
l’association en 2006. L’Abbé poursuivre son propos en revisitant l’historique, la mission et
les réalisations de l’ACADIR. De son aspect historique, c’est en le 15 novembre 2006
précisément, que l’association vit le jour. L’Association apolitique et à but non lucratif est
légalisée en 2007 par le préfet du Mfoundi et son exécution quotidienne est assurée par un
bureau exécutif. L’Association compte dans ses effectifs orthodoxe, musulman, protestant et
catholique, comme membres observateurs. S’agissant de la mission de l’ACADIR, elle se
veut être non seulement une plate-forme de dialogue entre différentes religions, mais aussi,
entre Etat et différentes religions.
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En effet, c’est une plate-forme qui promeut paix, concorde, résilience. De ce qui est de ses
réalisations, l’ACADIR prône la formation permanente des hommes et des femmes, et
l’éducation des jeunes n’en est pas en reste. En 2017, l’ACADIR eut Co-organisé un colloque
à l’UCAC ; en 2019, ACADIR a pris part au Grand Dialogue National ; en 2020, une
trentaine de personnes fut formée et 260 ambassadeurs établis ; 10 antennes régionales de
l’ACADIR mises sur pied ; et depuis 5 ans, un culte est organisé dans chaque antenne pour la
paix. L’ACADIR a pour perspectives : manuels à produire pour être considéré comme
membre permanent ; ouverture aux autres (RTA et Pentecôtistes), acquisition d’un siège à
Yaoundé. De quoi s’est-il agi dans l’intervention de l’Imam ?
L’honneur nous a été accordé d’écouter l’Imam Mohammed AWAM DABNA, en
quatrième ressort, sur La stratégie de collaboration enseignée par le prophète fondateur de
l’Islam. Pour lui, le musulman doit être partout et pour tout un porteur de paix, d’harmonie et
de concorde comme l’a été Mohammed de toute sa vie. Comme ce dernier prit sur lui la
protection de la population médinoise, une fois devenu gouverneur, invitation est lancée à tout
musulman. Mohammed recevait les moines les servant lui-même. Un recours historique nous
a révélé que c’est en 622 que le prophète va s’installer à Médine. Il tentera plusieurs fois
d’entreprendre le pèlerinage à la Mecque, sous le coup des négociations. Sa force délégation,
face à la fermeture des portes de la Mecque, sera exhortée par Mohammed à répondre par la
non-violence et à prier davantage pour l’accalmie. C’est seulement après plusieurs essais que
Mohammed aura l’autorisation d’entrer dans les lieux. L’Imam n’a pas manqué de souligner
la promotion du dialogue déjà effective par le 17 ème Roi de la dynastie, NJOYA. C’est
d’ailleurs pendant son règne que le catholicisme et le protestantisme feront leur intrusion à
FOUMBAN. De ce témoignage fort remarquable, il nous fera savoir que, malgré l’écriture du
Roi NJOYA combattue par les premiers missionnaires, ce dernier n’a cessé d’encourager une
partie de ses enfants à fréquenter l’Eglise catholique, certains à la sphère protestante et
d’autres au cadre musulman.
A en croire, cette longue série de témoignage articulé autour du dialogue interreligieux,
nous a révélé les efforts qui sont menés par différentes religions en vue de la paix, de
l’harmonie, de la concorde. Les discours qui présentaient les musulmans comme une religion
de violence avec pour cible première les chrétiens, s’avèrent donc erronés. Les défis pour la
paix sociale concernent toutes les religions et la solution ne peut venir que de la contribution
et de la participation de tout le monde. Le regard est tourné vers l’Afrique. Quelle en est la
lecture faite de la Bible ?
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III. LA TROISIEME SERIE DES CONFERENCES THEOLOGIQUES
Le mercredi 19 avril a marqué la troisième et dernière série des conférences théologiques
du semestre en cours. La lecture africaine de la Bible 130 ans après Providentissimus Deus
en était la thématique marquant la fin de ces grands rendez-vous du donné et du recevoir.
Modérateur de cet après-midi, le Dr Théophile OKALA, cmf, invite les conférenciers à
prendre place. La parole était donc donnée tour à tour aux exposants.
D’abord, La présentation du document était faite par le Dr Guenolé FEUGANG, cm. C’est
le 18 novembre1893 que le pape Léon XIII fera paraître l’encyclique Providentissimus Deus.
La pertinence de cet opuscule nous a situés au cœur de son contexte d’apparition. Avec
l’émergence des discours rationalistes au XIX ème siècle, le saint Père entend sauver les Saintes
Ecritures des différents antagonistes et détracteurs, qui en renient aussi l’origine divine que
les efforts des hagiographes. Pour le père, il est question de revenir sur ce qu’est la Bible pour
Dieu, pour les hommes et pour les théologiens. De fait, au-delà d’être un outil scientifique, la
Bible est avant tout le livre le plus éminent et le plus fiable pour parler de Dieu et de son Fils
Jésus-Christ. Et ce, aucun texte n’est aussi fécond ; ce qui fait évoquer cette déclaration de
saint Jérôme : « L’ignorance des Ecritures, est l’ignorance du Christ ».
Pour l’exposant, la Bible ne peut être ni remplacée ni rejetée par les autres sources, car
Dieu veut que tous les hommes connaissent la Vérité. Pour ce faire, la perspective
apologétique de Léon XIII sera traduite dans ces propos : « La Bible est comme l’âme de la
théologie », en étaient soulignés. Ainsi, tous deux, Anciens et Nouveaux Testaments sont à
considérer comme Parole de Dieu. Bien plus, la reconsidération de la Bible comme livre
inspiré par l’action de l’Esprit Saint est non négligeable ici. Et pour cette raison, les autres
sciences non sacrées demeurent à son service. A tous ceux qui récusent l’autorité de la Bible,
dont les rationalistes, Léon XIII adressera qu’ils agissent de façon maladroite, car la Parole de
Dieu est tranchante plus qu’un glaive. Ainsi, face aux détracteurs de l’encyclique
Providentissimus Deus, Léon XIII en fera quelques propositions concrètes : enseigner des
Saintes Ecritures dans les Séminaires ; favoriser les spécialisations en filière biblique au terme
du premier cycle ; lire fréquemment la Bible ; étudier les livres qui aident sur l’explication du
contenu biblique ; étudier la Bible à partir des langues bibliques ; rechercher ce que pensait
l’auteur sacré et non se limiter à ce que disent les commentaires ; connaître la culture antique
et son historique ; recourir aux commentaires des Pères.
Quelle analyse et quels défis de la lecture actualisée de la Bible en milieu africain ?
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Mgr Joseph AKONGA ESSOMBA, prêtre de l’Archidiocèse de Yaoundé, avait à exposer
sur l’Analyse et les défis de la lecture actualisée de la Bible en Afrique. Il va aborder le
contexte de rédaction de Providentissimus Deus et sa réception par les contemporains, avant
de procéder par quelques points d’actualisation. L’encyclique émerge dans une époque
tumultueuse, où l’Ecriture Sainte passe au peigne fin des détracteurs. La méthode historico-
critique, qui aura négativement marqué l’Eglise des temps passés, est donc en pleine éruption
et davantage encouragée par les protestants, pour qui la sola scriptura demeurait le
leitmotiv dont il fallait en comprendre les tenants et les aboutissants. Un balayage historique
aura révélé que ladite encyclique est la toute première qui s’intéresse aux questions relatives à
la Bible.
Dans le même temps, le père LAGRANGE, dominicain, aura l’initiative de fonder l’Ecole
biblique de Jérusalem, en réponse de laquelle l’Institut biblique pontifical sera mis sur pied.
Par ailleurs, Monseigneur a exhorté notre intérêt quant à prendre avec haute considération
l’apprentissage des langues bibliques. L’exercice est certes difficile, mais cet adage latin était
souligné « Labor improbus omnia vincit », nous donne de traduire que tout travail opiniâtre
vient à bout de tout. Le Vatican II, par la Constitution dogmatique Dei Verbum, mettra un
accent particulier sur la centralité de l’Ecriture Sainte. L’exposant ne manquera pas de
proposer saint Paul en lecture, sous les lunettes africaines. C’est ce que l’on peut observer
entre les lignes de Lire Paul en Afrique, de Paul POUCOUTA. Pour Monseigneur AKONGA,
l’Eglise est désormais à percevoir comme une famille fraternelle, car Jésus-Christ est notre
Frère aîné et non plus simplement comme « l’Eglise famille de Dieu ». Il va clore son
intervention en invitant l’auditoire à aller au contact des Ecritures Saintes, au besoin en leurs
langues d’origine, qui malheureusement, semblent jusqu’ici, en berne. Le christianisme, perçu
sous l’angle africain, se veut plus responsable et ce, rien n’est impossible à qui veut atteindre
un but.
Quelles propositions pastorales de la lecture biblique aujourd’hui?
Le professeur Emmanuel LEMANA avait la responsabilité de partager avec nous quelques
Propositions pastorales pour un bon usage de la Bible dans nos communautés ecclésiales. Il
commence par convoquer l’Exhortation apostolique Verbum Domini du pape Benoît XVI,
pour y relever des méthodes de réappropriation de la Parole de Dieu dans les communautés
ecclésiales. Trois points principaux nous y ont introduits : la christologie de la Parole ; la
sacramentalité de la Parole, qui lui donne droit à la même vénération aussi bien que les
Saintes Espèces ; quelques propositions concrètes, en lecture dans les numéros 11, 12,13 de
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Verbum Domini notamment. En embrayant sur quelques propositions pour nos communautés
ecclésiales, le professeur LEMANA fera un constat sur le développement des sermons en
Afrique, au détriment de la proximité aux textes bibliques. La Bible demeurait alors
considérée comme un livre aux mystères cachés et donc, à retirer des mains des laïcs. Pour le
professeur, il faudrait d’abord développer le souci de la juste traduction de la Bible; puis, une
prise en compte de la tradition orale qui aujourd’hui, doit se servir des nouveaux moyens de
communication (Whatsapp, Facebook, Twitter, Youtube, etc.).
De même, une formation permanente des agents pastoraux en vue de l’assimilation des
Ecritures Saintes, s’avère nécessaire désormais. Ceux-ci sont invités à se mettre à
l’apprentissage des langues africaines, qui connaissent de plus en plus une négligence
vertigineuse. Puisque l’Ecriture est à saisir comme l’âme de toute la théologie, elle doit donc
être considérée comme le cœur de la pastorale ecclésiale. Celle commence en famille et
s’étend jusqu’aux CEV. Pour finir, le professeur propose une synergie entre exégètes,
théologiens et pasteurs pour aboutir à une pastorale ecclésiale efficiente. Ce qui passera par
une conformité entre ce qui est écrit et proclamé, avec ce qui est à vivre. Et pour Léon XIII,
cette dichotomie est à dépasser pour faire place à un langage harmonisé.
CONCLUSION
En somme, il s’est agi comme d’habitude à résumer les différentes conférences
théologiques. En ce deuxième semestre, la première vague, qui portait sur L’Etude de la
Constitution apostolique Predicate Evangelium, s’est tenue dans l’après-midi du 22 février
2023. Promulguée le 19 mars 2022 sous le patronage de saint Joseph, Praedicate Evangelium
dont le pape François en est l’auteur, s’inscrit dans la perspective d’une réforme au sein de la
Curie Romaine, en vue de l’harmonie dans l’actuel exercice et la communion missionnaire.
Le rapport organique et la place des laïcs dans l’œuvre d’évangélisation, sont également à
prendre en considération. Concernant la deuxième série des conférences théologiques, une
spécificité est à relever : du 29 au 30 mars 2023, nous avons été abreuvés aux sources
d’éminents intervenants. Alors que la première journée faisait ressortir L’Aspect doctrinal
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du dialogue interreligieux, la deuxième journée quant à elle, était articulée sur les
témoignages. A en croire, les relations entre chrétiens et musulmans sont en droite ligne et
demandent davantage une attitude d’écoute mutuelle, de confiance et de responsabilité. C’est
le cas au sein d’ACADIR, où l’harmonie est concrète. La dernière série desdites conférences
sera effective le mercredi 19 avril 2023, sur la Lecture africaine de la Bible 130 ans après
Providentissimus Deus. Un constat est fort remarquable ; de moins en moins, la familiarité
aux Ecritures Saintes s’effrite et la connaissance des langues bibliques reste peu connue
aujourd’hui. Ce qui, de plus, tend à tirailler le corpus biblique dans tous les sens, passant ainsi
à côté du véritable sens original. Une invitation était lancée quant à recourir aux sources des
Ecritures afin d’y aller découvrir ce que l’hagiographe a voulu signifié. Ce fut une expérience
très riche, qui, de fond en comble, nous a fourni des outils adéquats pour la mission
d’aujourd’hui.
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