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Refdp 201754 P 4

La pluie joue un rôle crucial dans la propagation des maladies des plantes agricoles, représentant une menace pour les récoltes mondiales. Cette étude examine comment les gouttes de pluie interagissent avec les feuilles, délogeant les pathogènes grâce à des mécanismes d'éclaboussures complexes. Les résultats montrent que la vitesse et la taille des gouttelettes influencent la distance à laquelle les pathogènes peuvent être transportés vers d'autres plantes.

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La pluie joue un rôle crucial dans la propagation des maladies des plantes agricoles, représentant une menace pour les récoltes mondiales. Cette étude examine comment les gouttes de pluie interagissent avec les feuilles, délogeant les pathogènes grâce à des mécanismes d'éclaboussures complexes. Les résultats montrent que la vitesse et la taille des gouttelettes influencent la distance à laquelle les pathogènes peuvent être transportés vers d'autres plantes.

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La physique de la pluie

conditionne la propagation
des maladies en agriculture
Tristan Gilet(1) ([Link]@[Link]) et Lydia Bourouiba(2) (lbouro@[Link])
(1) Microfluidics Lab., Bât. B52/3, Université de Liège, Quartier Polytech 1, Allée de la découverte 9,
B-4000 Liège, Belgique
(2) The Fluid Dynamics of Disease Transmission Laboratory, Massachussets Institute of Technology,
Cambridge, MA-02139, USA

Les maladies qui affectent le Les maladies des plantes agricoles restent une surface donnée en un certain temps.
responsables de la perte d’environ 15% Les lois empiriques découlant de ces études
feuillage des plantes agricoles
de nos récoltes, en moyenne à l’échelle ne sont malheureusement pas robustes, et
ont des impacts économique mondiale [1]. Virus, bactéries et champi- elles ne peuvent être valablement utilisées
gnons s’attaquent directement au feuillage comme prédictions. En effet, les subtiles
et humain considérables,
et mettent en péril le développement de la interactions entre la pluie, les feuilles et les
que les pesticides et plante. Si certains types de rouille (infections pathogènes ne peuvent pas se résumer à ce
foliaires sous la forme de champignons) seul paramètre d’intensité [5].
les modifications génétiques
réapparaissaient maintenant, ils pourraient Dans cette étude, nous avons ouvert cette
ne suffisent pas à éliminer. dévaster près d’un tiers des récoltes de boîte noire, pour comprendre physiquement
blé [2]. Les épidémies foliaires ont souvent comment une goutte de pluie impacte sur
La transmission de ces maladies
été observées juste après des épisodes de une feuille, et jusqu’où celle-ci est capable
reste une zone d’ombre critique. pluie, et une corrélation statistique a pu être d’éjecter les pathogènes délogés.
établie entre ces deux phénomènes [3].
Pourrions-nous comprendre
à quelle vitesse les pathogènes
L’explication la plus plausible tient au fait que
les pathogènes sont entourés d’un mucilage,
Des éclaboussures
une substance relativement visqueuse d’eau contaminée
passent d’une plante à l’autre ? composée de glucides complexes solubles Les impacts successifs de la pluie sur une
dans l’eau, que l’on retrouve à la surface même feuille peuvent laisser des perles
Nous nous sommes intéressés des feuilles infectées. Le vent seul ne peut d’eau (encadré 1), qui ont alors le temps
ici au mécanisme dominant alors déloger les pathogènes. En revanche, de dissoudre le mucilage et de déloger les
la pluie peut dissoudre ce mucilage, et pathogènes. Que leur arrive-t-il ensuite ?
la propagation des pathogènes : emporter les pathogènes logés sur les feuilles La caméra rapide sous le bras (encadré 2,
la pluie. Comment la pluie vers les plantes voisines, au rythme des p. 7), nous avons affronté l’averse pour
éclaboussures. filmer des impacts de pluie sur des plantes
interagit-elle avec le feuillage ? Ces mécanismes d’éclaboussures sont très agricoles. Invariablement, des perles d’eau
Jusqu’où ses éclaboussures complexes à décrire, et font l’objet de sont laissées sur les feuilles par les premiers
nombreuses questions ouvertes pour les impacts. Ces perles, potentiellement
peuvent-elles transporter physiciens [4]. Les études entreprises jusqu’ici contaminées, sont ensuite expulsées et
les pathogènes ? Les réponses par les phytopathologistes (spécialistes des fragmentées dès qu’une autre goutte
maladies des plantes) et les ingénieurs impacte à proximité, sur la même feuille [8].
à ces questions sont agronomes [3] ont toujours analysé la dis- Pour plus de confort, nous avons reproduit
conditionnées par les lois persion de pathogènes comme une boîte ce scénario en laboratoire, en concevant un
noire, à l’échelle d’une averse sur une plante. modèle expérimental. Nous avons placé
de la physique, et en particulier Elles ont quantifié la probabilité qu’une une perle de liquide coloré sur une feuille
par celles des liquides plante voisine soit infectée, notamment en (le colorant représente ici la contamination),
fonction de l’intensité de l’averse, définie et nous avons lâché dans son voisinage une
à l’échelle d’une goutte. comme le volume de pluie tombant sur goutte d’eau pure, similaire aux plus
>>>

4 Reflets de la Physique n° 54
Article disponible sur le site [Link] ou [Link]
4Images de la physique
Une goutte de pluie impactant sur une feuille (à l’endroit désigné par la flèche dans la partie gauche de l’image)
peut éjecter de l’eau contaminée vers la plante voisine. La partie droite de l’image correspond à une
superposition d’instantanés capturés toutes les 5 millisecondes, où l’on voit apparaître les trajectoires balistiques
des gouttelettes éjectées.

4
Pourquoi l’eau forme-t-elle de petites perles sur les feuilles ? encadré 1
Chaque interface entre deux milieux (solide/liquide/gaz) a un coût énergétique proportionnel γLG
à son aire. Ainsi, la tension de surface de l’eau dans l’air, γ = 0,072 J/m2, indique qu’il faut
0,072 joules pour former une interface de 1 m2 entre l’eau liquide et l’air. Si ce coût nous semble γSG γLS θ
dérisoire, il est nettement plus significatif (et donc influent) aux échelles submillimétriques,
et il permet ainsi à certains insectes de marcher sur l’eau(a). Lorsqu’une goutte d’eau est
E1. Définition de l’angle de contact θ. Les tensions de
déposée sur une feuille, son énergie résulte des contributions des trois interfaces : liquide/
surface γSG , γLG et γLS qui sont des forces par unité
solide γLS, liquide/gaz γLG et solide/gaz γSG. Sur une surface dite parfaitement mouillante,
de longueur (et donc des vecteurs), sont orientées
l’énergie de l’interface solide/gaz est plus élevée que la somme des deux autres. Il est ainsi
tangentiellement aux interfaces.
énergétiquement avantageux que l’eau s’étale de tout son long, sous forme d’un mince film
liquide. Sur des surfaces moins mouillantes, le liquide prend plutôt la forme d’une perle.
L’angle avec lequel l’interface liquide/air rejoint la surface solide, appelé angle de contact θ,
résulte de l’équilibre énergétique des trois interfaces (fig. E1) [6].
L’expérience quotidienne nous apprend que les feuilles de plantes ne sont généralement pas
très mouillantes, certaines étant même recouvertes de cire. Dans ces conditions, il est
improbable que des films d’eau puissent se développer sur les feuilles, et les résidus d’eau
prennent plus fréquemment la forme de perles [7]. En effet, nous avons mesuré les angles de
contact sur une dizaine de plantes communes choisies au hasard : ils étaient systématiquement
1 cm
compris entre 40° et 130°.
Les perles de dimensions inférieures au millimètre sont des calottes sphériques. Les plus grosses E2. À la suite d’une averse simulée sur une feuille de
sont davantage aplaties. Si les perles s’accumulent pendant une averse, ne peuvent-elles pas menthe poivrée, l’eau résiduelle prend la forme de
former une perle géante sur la feuille ? Non ! Les perles ont une taille maximale de quelques perles de quelques millimètres de diamètre au plus.
millimètres (fig. E2). En effet, à moins que la feuille ne soit parfaitement horizontale et infiniment
rigide, les perles risquent toujours de la dévaler, victimes de leur propre poids. C’est à nouveau (a) Si l’insecte s’enfonçait dans l’eau, il diminuerait
son énergie potentielle de gravitation en abaissant son
la tension de surface qui les en empêche : elle agit ici comme une force par unité de longueur centre de masse. Mais il augmenterait également
qui équilibre le poids et maintient la perle en place. Une perle de rayon R1 générera donc l’énergie de surface en déformant l’interface eau/air
une force d’adhésion de l’ordre de γ.R1, alors que le poids est de l’ordre de ρ.g.R13 (ρ est la lors de la pénétration de ses pattes hydrophobes.
masse volumique de l’eau). Ainsi, seules les perles de taille inférieure à environ λ = (γ / ρg)1/2 À l’échelle de l’insecte, l’énergie de surface domine
le bilan énergétique. Ainsi, pour que l’énergie totale
éviteront de glisser. Cette longueur caractéristique maximale λ, appelée longueur capillaire, soit minimale, il faut que l’insecte ne s’enfonce
est égale à 2,7 mm pour l’eau [6]. Voilà pourquoi il n’y a pas de perle d’eau de 4 cm ! quasiment pas.

Reflets de la Physique n° 54 5
1 cm

1. Interaction directe : une perle d’eau contaminée (colorée en rouge) sur une feuille de palmier Areca est fragmentée directement par l’impact d’une goutte
de pluie juste à côté. La première image est prise 2 ms avant impact. Les autres images sont prises à 2 ms, 4 ms, 7 ms et 11 ms après impact.

>>>
grosses gouttes de pluie en taille et en Lors d’une interaction directe, la goutte Limite physique
vitesse (encadré 2). Nous avons enfin
considéré plusieurs feuilles de plantes
de pluie impacte juste à côté de la perle, et
la chasse en s’étalant (fig. 1). Percutée, la des éclaboussures
différentes, ainsi que des feuilles artificielles perle s’étire alors sous la forme d’une Jusqu’où peuvent aller les éclaboussures ?
en plastique, de mouillabilité constante, à nappe liquide, qui se fragmente en petites Pour déterminer cette limite, nous avons
la géométrie et aux propriétés mécaniques gouttelettes éjectées à grande vitesse. enregistré la vitesse u et le rayon r des
(module de flexion) mieux contrôlées [9]. gouttelettes éjectées lors des scénarios
Une goutte qui impacte près d’une autre L’interaction indirecte se produit typi- direct et indirect explicités ci-dessus. Nous
goutte sur une feuille qui peut se plier, quement lorsque la goutte de pluie impacte avons considéré une dizaine de feuilles aux
cela représente beaucoup de paramètres trop loin de la perle pour la toucher (fig. 2). propriétés différentes (géométrie, masse,
physiques à considérer. Et malheureusement, Si la feuille est suffisamment petite et flexibilité). Nous avons systématiquement
dans les champs Dame Nature les varie flexible, elle fléchit en réponse à l’impact. fait varier la distance entre le point d’impact
quasiment tous en même temps. Les écla- La perle doit suivre ce mouvement, et de la goutte de pluie et la position initiale
boussures sont donc éjectées d’une subir les accélérations qui en résultent. Si de la perle contaminée, cette dernière
multitude de façons. Seuls les scénarios ces dernières sont suffisantes, la perle peut étant placée entre le point d’impact et le
d’éjection fréquents et efficaces ont retenu se détacher de la feuille par inertie. Elle bord de la feuille. Les rayons de la perle
notre attention. On en distingue deux s’étire sous forme d’un filament qui finit (R1 = 1,4 mm) et de la goutte de pluie
types : l’interaction directe, et l’interaction par se fragmenter. (R0 = 2,4 mm), ainsi que la vitesse de
indirecte, via le feuillage. cette dernière quand elle impacte la feuille

2 cm

2. Interaction indirecte : une goutte de pluie impacte au bord d’une feuille de tomate ; à l’autre bout de cette feuille, une perle d’eau contaminée répond
aux oscillations de la feuille en se fragmentant. La première image est prise 5 ms avant impact. Les autres images sont prises à 10 ms, 30 ms, et 50 ms après impact.

6 Reflets de la Physique n° 54
4Images de la physique
(U0 = 6 m/s) ont été maintenues constantes.
La figure 3 illustre nos résultats, et prouve r = R1
qu’il existe en effet une vitesse maximale 10 0

d’éjection diminuant de façon inversement


proportionnelle à la racine carrée de la
taille des gouttelettes éjectées. Ainsi, cette
borne correspond à un nombre de Weber
de 50, défini cette fois sur la base de la

r / R1
taille et de la vitesse de la gouttelette
éjectée : We = (ρ u2 r)/γ.
La figure 3 illustre également la distinction 10-1 We = 50
entre gouttelettes balistiques et aérosols, Balistique
basée sur l’influence relative du poids
(~ ρ g r3) et des frottements de l’air. Ces
frottements comprennent une contribution
due à l’inertie de l’air et une contribution Aérosol
due à sa viscosité. Le rapport de ces contri-
10-1 100
butions est approximativement donné par u/U0
le nombre de Reynolds Re = 2 ρa u r / μa,
où μa et ρa sont respectivement la viscosité 3. Vitesse limite d’éjection des éclaboussures. Rayon des gouttelettes éjectées r (normalisé par le rayon de
dynamique et la densité de l’air. Ici, pour la perle R1) en fonction de leur vitesse d’éjection u (normalisée par la vitesse de la goutte de pluie U0).
toutes les gouttelettes observées, le nombre () : éjections directes. () : éjections indirectes. Toutes les expériences (différentes feuilles, différentes distances
de Reynolds est compris entre 5 et 100, et entre les deux gouttes initiales) sont représentées. La ligne en tiret-point correspond à la vitesse à laquelle les forces
les frottements sont donc légèrement de frottement dans l’air sont de même intensité que le poids. La ligne verte épaisse représente la limite We = 50.
dominés par l’inertie de l’air. Il existe une
loi empirique [10] dans ce régime de
nombre de Reynolds, qui prédit une force
de frottement égale à μa r u (1 + 0,15 Re0,687). sont dominées par leur poids. Elles sont pas au-delà de 20 cm. En revanche, la
L’importance des frottements par rapport relativement insensibles aux frottements moindre brise peut les emporter. Leur
au poids est donc déterminée par le rapport de l’air, et elles rejoignent donc les feuilles taille inférieure à 200 µm leur permet de
sans dimension voisines en suivant des trajectoires presque s’évaporer très vite en vol, jusqu’à ce qu’il
ρ g r2 / [μa u (1 + 0,15 Re0,687)]. paraboliques. Par opposition, les goutte- ne reste que le résidu pathogénique. Les
Cette formule est utilisée pour estimer lettes d’aérosol sont si petites que les frot- aérosols peuvent ainsi amener les pathogènes
l’importance des frottements dans les tements de l’air dominent leur trajectoire directement dans le champ voisin, voire
données de la figure 3. Les plus grosses dès l’éjection. En atmosphère calme, ces bien au-delà. Par contre, le nombre de
gouttelettes sont dites balistiques, car elles gouttes sont freinées et elles ne se propagent pathogènes arrivant sur une même plante
risque d’être extrêmement faible, et il est
peu probable que la plante n’arrive à s’en
4Échelles caractéristiques d’un impact encadré 2 défendre. À ce sujet, les gouttelettes balis-
Lorsqu’une goutte de pluie de rayon R0 et de vitesse U0 s’écrase sur un substrat, son tiques sont probablement plus dangereuses,
énergie cinétique est en partie transformée en énergie de surface [6]. Pour quantifier la car elles expédient un plus grand nombre
force de l’impact, on définit le nombre sans dimension de Weber : We0 = (ρ U02 R0 / γ). de pathogènes au même endroit.
Il s’agit du rapport entre l’énergie cinétique (~ ρ U02 R03) et l’énergie de surface initiale En connaissant la vitesse maximale
(~ γ R02) de la goutte de pluie. Si ce nombre est beaucoup plus grand que l’unité, la goutte d’éjection possible (correspondant à
se déforme fortement et peut se fragmenter en de multiples gouttelettes. En supposant que We = 50), on peut utiliser les lois de
N gouttelettes de même volume soient créées, leur surface totale est égale à la surface de Newton pour calculer la distance maxi-
la goutte initiale multipliée par N1/3. Fragmenter une goutte crée donc de l’énergie de male x que des gouttelettes de rayon r
surface. Plus le nombre de Weber est grand, plus la goutte initiale peut s’offrir le coût peuvent parcourir avant d’atterrir 50 cm
énergétique de cette fragmentation avec son budget d’énergie cinétique initiale. Les plus plus bas, et ce en considérant les frotte-
grosses gouttes de pluie font environ 3 mm de rayon et elles atteignent le sol à 9 m/s, ce
ments de l’air. Pour des gouttes de 500 µm
qui correspond à We0 ~ 3400. Ces gouttes ont donc toutes les chances d’engendrer des
de rayon, cette distance atteint un maxi-
éclaboussures.
mum de plus de 70 cm ; de quoi transpor-
Le nombre de Weber peut aussi se définir comme We0 = (U0 / Uγ)2, où apparait alors une ter de nombreux pathogènes sur la plante
vitesse caractéristique liée à la tension de surface, la vitesse capillaire Uγ = (γ / ρ R0)1/2. voisine. Sur la figure 4, nous avons com-
Cette vitesse est caractéristique de l’évolution des nappes et filaments liquides lors de la paré cette prédiction à la distribution des
fragmentation ; elle est ici de l’ordre de 0,15 m/s. Le temps caractéristique R0/Uγ de frag- éclaboussures collectées au sol après une
mentation à l’échelle de la goutte (3 mm) est donc environ 20 ms. Ceci explique pourquoi centaine d’impacts sur une même feuille.
il est nécessaire de recourir aux caméras rapides (plusieurs milliers d’images par seconde) Les gouttelettes ne se propagent pas au-
pour capturer ce phénomène.
delà de cette distance maximale prédite.
>>>

Reflets de la Physique n° 54 7
2 >>>
En revanche, sur les feuilles les plus à même
de fléchir et d’osciller, elles n’atteignent pas
la moitié de cette distance ! Dans ce cas, ce
1,5 sont les gouttelettes éjectées indirectement
qui vont le plus loin. Le mouvement des
feuilles joue donc un rôle primordial sur
les éclaboussures.
r (mm)

Effets des mouvements


0,5 de la feuille
Pour quantifier l’effet des mouvements
de la feuille, nous définissons le paramètre
0 sans dimension α comme le rapport entre
0 20 40 60 80 la vitesse locale de la feuille (où se situe la
x (cm) perle) et la vitesse de fragmentation Uγ basée
2
sur le rayon R1 de la perle (encadré 2).
Cette vitesse de fragmentation est ici de
l’ordre de 0,4 m/s, alors que la vitesse
locale peut être estimée entre 0,2 et 2,9 m/s
1,5 selon la feuille, sur la base d’un modèle
mécanique de la feuille qui considère la
conservation du moment angulaire lors du
r (mm)

1
choc. Le paramètre α varie donc ici de 0,5
à 7. Les grandes valeurs de α correspondent
à des feuilles petites et flexibles, qui bougent
vigoureusement lors d’un impact.
0,5 L’effet de α sur les éclaboussures peut être
quantifié par l’intermédiaire de la distance
x* au-delà de laquelle on observe moins
0 de 10% du volume total éjecté. La figure 5
0 20 40 60 80 montre que cette distance décroît de plus
x (cm) d’un facteur 2 lorsque α augmente. Pour
4. Distribution de probabilité de la distance parcourue par les gouttes éjectées depuis une feuille α < 4, les éjections indirectes sont absentes,
horizontale rigide (a) et depuis une feuille flexible (b). Le niveau de vert représente la probabilité qu’une alors que l’éjection directe disperse les
goutte éjectée de rayon r puisse se déposer à une distance x de la feuille, 50 cm plus bas. La ligne verte représente pathogènes très efficacement. En revanche,
la limite hydrodynamique We = 50 discutée ci-dessus. Les points bleus sur la figure 4b représentent les gouttes pour α > 4, l’éjection directe perd fortement
éjectées indirectement qui se propagent le plus loin. Les lignes verticales en tirets représentent la distance x* que en vigueur alors que l’éjection indirecte,
seul 10% du volume éjecté parvient à dépasser. rendue possible, domine la dispersion.
40

Éjection indirecte
Perspectives
35
Les éclaboussures de la pluie sont donc
30 responsables de la propagation des maladies
foliaires, notamment en agriculture. Les
25 lois physiques régissent ce mécanisme
x* (cm)

d’épidémie et en imposent les limites. De


20
nombreux paramètres physiques ont un
15 effet significatif qui doit être finement
caractérisé. En particulier, nous avons ici
10 montré que la géométrie et les propriétés
mécaniques (flexibilité) des feuilles condi-
5 Éjection directe tionnent fortement la dispersion des
pathogènes [9]. La distance parcourue
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 peut varier de 30 cm à près de 80 cm !
α Pour un champ en monoculture intensive,
5. Variation de la distance de propagation x* (mesurée sur les diagrammes de la figure 4) avec le où les plantes sont très peu espacées, cela
paramètre α, pour une dizaine de feuilles différentes. La région verte est dominée par l’éjection directe, fait plus que doubler la vitesse de propaga-
et la jaune par l’éjection indirecte. La ligne en tiret-point représente le seuil d’apparition des éjections indirectes. tion de l’épidémie de proche en proche.

8 Reflets de la Physique n° 54
a faible a élevé a faible

4Images de la physique
6. Un feuillage dont le paramètre α est élevé peut faire écran et empêcher le transport des pathogènes entre deux plantes de paramètre α plus faible.

Ceci veut dire également que le risque


épidémique est plus faible pour de jeunes
Bibliographie
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of Plant Biosecurity (eds. G. Gordh et S. Mckirdy),
pourrait être considéré dans le cadre d’une pp. 1-27, Springer (2014). 6• P.G. de Gennes, F. Brochard-Wyart et D. Quéré,
planification plus raisonnée des épandages Gouttes, Bulles, Perles et Ondes, Belin (2002)
de pesticides. De plus, si l’on peut mélanger 2• “Rust in the bread basket”, The Economist,
1er juillet 2010, pp. 4-7. ([Link]/ 7• S. Vogel, The life of a leaf, University of Chicago Press (2012).
les cultures, il est alors possible que des
node/16481593). 8• T. Gilet et L. Bourouiba, Integr. Comp. Biol. 54 (2014) 974.
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(α grand) soient utilisées comme écrans 3• L. Huber, H.A. Mccartney et B.D.L. Fitt, “Environmental 9• T. Gilet et L. Bourouiba, “Fluid fragmentation shapes
entre des plantes plus à risque (α faible), biophysics applied to the dispersal of fungal spores rain-induced foliar disease transmission”,
by rain-splash“, Chapter 16 in The epidemiology of plant J. R. Soc. Interface 12 (2015) 20141092.
afin de confiner naturellement toute épidé- diseases (eds B.M. Cooke, D. Gareth-Jones et B. Kaye),
mie (fig. 6). Serait-ce en partie pour cette pp. 417-444, Springer (2006). 10• R. Clift, J.R. Grace et W.E. Weber, Bubbles, drops and
raison que la polyculture semble afficher particles, New York Academic (1978).
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on impact”, J. Fluid Mech. 668 (2011) 412-435.
la monoculture intensive ? [11] ❚ Nature 406 (2000) 681-682.

Reflets de la Physique n° 54 9

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