INTRODUCTION
La procédure civile peut être définie comme l’ensemble des règles
gouvernant l’organisation et le fonctionnement de la justice en vue d’assurer
aux particuliers la mise en œuvre de la sanction des droits subjectifs en matière
de droit privé. Pour traiter cette matière, on peut suivre un plan qui épouse l’ordre
dans lequel le sujet de droit aborde normalement la procédure. Dans un premier
temps, il va se demander s’il peut ou doit agir. Cette question concerne
l’action. C’est elle qu’il faudra donc d’abord étudier. Ensuite, il doit savoir quelle
juridiction saisir. Ce qui emmène à s’intéresser à la compétence
juridictionnelle. Enfin, il doit savoir comment l’instance va se dérouler, quelle
décision sera rendue, et une fois le jugement rendu, il importe pour le justiciable
de savoir comment il pourrait la remettre en cause. Cela conduit donc à l’étude
de l’instance du jugement et des voies de recours. Ces observations conduisent
à étudier dans un premier temps la théorie de la juridiction, puis dans un second
temps, la théorie du procès.
1ère PARTIE : LA THÉORIE DE LA JURIDICTION
Étudier la théorie de la juridiction nous conduit à voir dans un premier
temps les notions essentielles concernant l’action et dans un second temps,
la compétence juridictionnelle.
TITRE I : LES NOTIONS ESSENTIELLES CONCERNANT L’ACTION
L’exercice de l’action en justice peut se traduire par deux (2) formules : - «
L’action est le droit pour l’auteur d’une prétention d’être entendu sur le fond de
celle-ci afin que le juge la dise bien ou mal fondée ». Cela se concrétise
par la demande en justice. - « Pour l’adversaire, l’action est le droit de discuter
le bien-fondé de cette prétention». Cela se traduit par l’existence des moyens de
défense.
CHAPITRE 1 : LA DEMANDE EN JUSTICE
La faculté d’agir qui appartient à chacun se traduit d’une manière concrète par
un acte : la demande en justice que l’on peut encore définir comme la mise en
œuvre d’une action dans le cadre d’une affaire déterminée. Deux points
essentiels concernant l’étude de la demande en justice sont d’une part les formes
et le contenu de la demande en justice et d’autre part, la recevabilité de cette
demande.
SECTION 1 : LES FORMES ET LE CONTENU DE LA DEMANDE
EN JUSTICE
L’étude des formes et du contenu de la demande en justice se ramène à
poser la question de savoir comment matériellement saisir une juridiction.
Autrement dit, il s’agit des modes de saisine des juridictions, c'est-à-dire
les actes par lesquels les juridictions sont concrètement et officiellement
saisies d’une affaire. Le code de procédure civile en son article 32 laisse
entrevoir trois (3) modes essentiels de saisine des juridictions : l’assignation,
la requête et la comparution volontaire.
PARAGRAPHE 1 : L’ASSIGNATION
Devant les juridictions, la demande en justice est en principe formée par
assignation. En effet, l’article 32 alinéa 1er du code de procédure civile
énonce que : « les instances en matière civile, commerciales ou administrative
sont introduites par voie d’assignation ».
L’assignation peut être schématiquement représentée comme l’appel en justice
du défendeur par le demandeur. Cet appel porte le nom générique de
citation. Ainsi, en droit comparé et pour paraphraser le droit français, on
peut retenir que l’assignation est : « l’acte d’huissier de justice par lequel
le demandeur cite son adversaire à comparaître devant le juge ».
L’assignation doit comporter un certain nombre de mentions fondamentales.
Comme acte d’huissier de justice, l’assignation doit satisfaire à toutes les
formes requises à l’article 246 du code de procédure civile.
PARAGRAPHE 2 : LA REQUETE
Selon les termes de l’article 32 alinéa 2 du code de procédure civile dans les
affaires personnelles, c'est-à-dire relative à l’état des personnes ou mobilière
dont l’intérêt pécuniaire n’excède pas la somme de 500.000 Francs, la demande
peut être introduite par voie de requête. Les articles 35 et suivants du code de
procédure civile décrivent les modalités de mise en œuvre de cette voie de
saisine des juridictions. Parmi ces modalités, il faut retenir que la requête peut
être écrite ou orale. Ce qui constitue une originalité. Elle est présentée au greffe
de la juridiction compétente pour connaître de l’affaire par le demandeur en
personne ou son représentant ou mandataire. Le procès-verbal de dépôt de
la requête doit être dressé par le greffier qui le signe en même temps que le
requérant.
N.B : Selon l’ordonnance N° 2015-180 du 24/03/2015 en son article 32 alinéa
1 : « L’assignation et la requête peuvent être introduites par voie électronique. »
PARAGRAPHE 3 : LA COMPARUTION VOLONTAIRE
Au sens propre du terme, la comparution est le fait de se présenter en personne
devant une autorité pour accomplir un acte pour lequel la loi ordonne ou autorise
qu’il soit fait par l’intéressé lui-même (Exemple : le mariage). La comparution
volontaire est prévue par le code de procédure civile comme l’un des modes de
saisine des juridictions. Toutefois, il ne peut s’agir que d’une voie
exceptionnelle. Deux (2) raisons au moins militent en faveur d’une telle analyse
: - Primo l’article 32 alinéa 1er qui l’annonce commence par le mot « sauf ». -
Secundo, l’article 39 du code de procédure civile indique : « Les parties peuvent,
sans assignation ni requête se présenter volontairement devant la juridiction
compétente pour y être jugé… ».
SECTION 2 : LA RECEVABILITE DE LA DEMANDE EN JUSTICE
Lorsque le juge est saisi d’un litige par le biais d’une demande en justice, l’une
des conséquences essentielles qui se pose est celle de savoir si la demande est
recevable.
Pour ce que le juge soit tenu de statuer sur le fond, il ne suffit pas qu’une
demande lui ait été présenté. Encore, faut-il qu’il en ait été régulièrement saisi.
Pour se faire, il faut d’une part, que l’action existe et que d’autre part, son
exercice soit régulier.
PARAGRAPHE 1 : L’EXISTENCE DE L’ACTION
Un principe fondamental domine la matière. Pour que l’action existe, le
demandeur doit justifier d’un intérêt : « Pas d’intérêt, pas d’action ». Cette
maxime signifie que si l’exercice d’une action n’est pas susceptible d’offrir une
certaine utilité au demandeur, la demande doit être déclarée irrecevable et être
rejetée. À cet égard, l’article 3 alinéa 1 du code de procédure civile exige que
le demandeur justifie d’un intérêt légitime juridiquement protégé, direct et
personnel. À ces trois (3) conditions légales, la jurisprudence a ajouté une
quatrième exigence à savoir que l’intérêt soit né et actuel.
A- L’INTERET
Dire d’une personne qu’elle a intérêt à exercer une action en justice
signifie que la demande formée est susceptible de modifier sa condition
juridique présente. L’intérêt est un avantage d’ordre patrimonial ou extra-
patrimonial, pécuniaire ou moral.
B- INTERET LEGITIME JURIDIQUEMENT PROTEGE
L’intérêt est légitime ou juridique lorsqu’il est fondé sur un droit. La
notion de « juridiquement protégé » n’ajoute à notre humble avis aucune
précision à l’exigence de la légitimité. En effet, on ne voit pas comment un
intérêt légitime, c'est-à-dire fondé en droit ne serait pas juridiquement protégé.
C- INTERET DIRECT ET PERSONNEL
Cette condition signifie qu’un simple particulier ne peut saisir un tribunal que
dans la mesure où la violation du droit l’atteint dans ses intérêts propres. Il n’est
pas question de permettre à une personne d’agir alors que ce sont les intérêts
d’autrui qui sont en cause. Il faut bien entendu réserver l’hypothèse de la
représentation en justice. Mais, en pareille circonstance, tout se passe comme si
c’était le représenté lui-même qui agissait et c’est alors en sa personne que
l’on apprécie l’existence d’un intérêt direct et personnel. En pratique, lorsque
l’action est exercée par un simple particulier, qui lui-même se prétend
personnellement titulaire du droit allégué, l’intérêt dont il se prévaut a toujours
un caractère direct et personnel. En fait, cette condition ne prend toute son
importance que dans les hypothèses ou l’action est exercée par un groupement.
En effet, un groupement, dès lors qu’il est doté de la personnalité morale ou
juridique, peut certainement agir en justice pour la défense de ses propres
intérêts en tant que groupement. D’ailleurs, les dispositions de l’article 1er du
code de procédure civile vont dans ce sens : « toute personne physique ou
morale peut agir devant les juridictions de la République de Côte d’Ivoire en
vue d’obtenir la reconnaissance, la protection ou la sanction de son droit ».
En réalité, le problème de la recevabilité des demandes formées par les
groupements ne se pose que dans les hypothèses où le groupement invoque
non pas son intérêt personnel, mais, les intérêts généraux de la collectivité
qu’il est censé incarner ; lorsqu’en d’autres termes, il prétend agir en justice
pour obtenir la condamnation de certains agissements qui, sans porter atteinte
de façon directe à l’intérêt du groupement lui-même risque de nuire
indirectement et par répercussion aux intérêts généraux de la collectivité. Ainsi,
l’intérêt doit être celui de la collectivité dans son ensemble considéré comme une
entité globale et abstraite. Dès lors, les syndicats professionnels ne peuvent agir
en justice pour la sauvegarde des intérêts collectifs que si d’une part, l’intérêt
allégué est né et actuel.
D- INTERET NE ET ACTUEL
Cette formule classique souvent rappelée dans la plupart des décisions de
justice signifie que l’intérêt qui est pris en compte est celui qui existe au moment
où l’action est exercée. Un intérêt simplement futur ou éventuel ne saurait
en principe être suffisant. Ce qui emmène normalement à déclarer
irrecevables les actions préventives. C’est ainsi par exemple que ne sont
admises les actions interrogatoires, c’est-à-dire des actions tendant à obliger
quelqu’un qui dispose d’un certain délai pour prendre partir à choisir
immédiatement (notamment en vue de forcer un héritier à dire s’il accepte ou
refuse une succession avant l’expiration du délai d’option reconnu à celui-ci).
De même, ne peuvent être accueillies des actions provocatoires. Il y a
action provocatoire lorsqu’une personne se ventant d’avoir et de se réserver de
les faire valoir en justice, une autre personne concernée agit contre la
première en vue de la contraindre à démontrer immédiatement la réalité de ses
droits. Telles sont les conditions auxquelles doit satisfaire la demande pour
être recevable. Cependant, il convient de préciser que le code de procédure civile
en son article 4 fait état d’une exigence qui concerne la nationalité. En
principe, aucune distinction n’est établie concernant le droit d’accès aux
tribunaux selon que, le demandeur est ivoirien ou étranger. Toutefois, une
certaine discrimination résulte de la loi : afin de garantir le défendeur (qui aurait
fait l’avance des frais du procès ou/et qui obtiendrait une condamnation
pécuniaire) contre l’insolvabilité du demandeur étranger, l’article précité exige
de ce dernier le versement préalable d’une caution que l’on appelle la
cautio judicatum solvi. Cette caution ne doit être fournie que si le défendeur
l’exige.
PARAGRAPHE 2 : L’EXERCICE REGULIER DE L’ACTION EN
JUSTICE
Il existe un certain nombre de conditions à défaut desquelles la demande en
justice est irrecevable. Ces conditions proviennent de l’obligation faite par la loi
de se soumettre à certaines formalités. Le demandeur doit accomplir des
formalités et respecter certains délais à peine d’irrecevabilité (condition de
forme). D’autres conditions ont trait à la capacité et à la qualité du demandeur
(condition de fond).
A- CONDITION DE FORME : LES ACTES ET LES DELAIS DE
PROCEDURE
1-LES ACTES DE PROCEDURE
Lato sensu, l’acte de procédure peut être défini comme un acte de volonté
(negotium) ou écrit le constatant (instrumentum) se rattachant à un acte judiciaire
et pouvant être l’œuvre des parties et de leurs mandataires ou des juges ou
de leurs auxiliaires. Stricto sensu, il signifie l’acte des parties à une instance
ou des auxiliaires de la justice qui ont pouvoir de les représenter (avocats,
huissier de justice) ayant pour objet l’introduction, la liaison ou l’extinction
d’une instance, le déroulement de la procédure ou l’exécution d’un jugement.
On peut citer ainsi comme acte de procédure : L’assignation, les conclusions
(rédigées généralement par des avocats), Le commandement (acte d’huissier
de justice précédent généralement une saisie qui met le débiteur en demeure
d’exécuter des obligations résultant d’un titre exécutoire), la sommation (acte
extra-judiciaire notifié par huissier par lequel un requérant fait intimer un
ordre et une défense à l’adresse de son destinataire), le constat, lorsque
l’huissier décrit une situation matérielle à titre d’instrument de preuve
(constat d’adultère), le procès-verbal, lorsque l’huissier décrit les opérations
matérielles auxquelles il a procédé (Exemple : procès-verbal de saisie), la
signification (notification faite par huissier de justice consistant en la remise d’un
acte de procédure à son destinataire. Les actes de procédure sont donc
caractérisés par leur extrême diversité. Il n’est donc pas possible de
procéder à l’étude de l’un ou l’autre. Plusieurs intéressantes questions
tournent autour des actes de procédure : leur rédaction, leur notification (le
fait de porter à la connaissance d’une personne un fait, un acte ou un projet d’acte
qui la concerne individuellement (voir ainsi par exemple le fait de porter à la
connaissance d’un intéressé un acte de procédure soit par voie de signification
soit par voie postale)). Leur sanction au cas où des irrégularités les
affecteraient. S’agissant de ce point qui retiendra quelque peu notre attention, la
sanction encourue est la nullité. Il faut dès lors envisager les cas de nullité avant
de faire état de la mise en œuvre de celle-ci
a-LES CAS DE NULLITE
Selon les dispositions de l’article 123 en son alinéa 1er il y a deux (2) types de
nullité qui peuvent frapper les actes de procédure : la nullité absolue et la
nullité relative.
a-1- LA NULLITE ABSOLUE
Aux termes des dispositions de l’article 123 alinéa 2 du code de procédure civile,
la nullité est absolue lorsque la loi le prévoit expressément. C’est la
consécration du principe « pas de nullité sans texte ». C’est la nullité textuelle
qui signifie qu’une nullité ne peut être prononcée pour méconnaissance de
telle ou telle prescription si un texte ne précise pas que cette prescription
doit être respectée à peine de nullité. Il faut donc qu’un texte prévoit
expressément la sanction de la nullité pour que celle-ci puisse jouer. Cela
signifie aussi, que lorsqu’une telle nullité est édictée par un texte, le juge ne peut
en principe refuser d’annuler l’acte. Cependant, l’application de ce système
emporte certains inconvénients. En effet, la règle « pas de nullité sans texte »
suppose une loi sans lacune dans laquelle il a été tenu compte de l’importance
de chaque formalité. Or, les lois ne sont jamais parfaites et il apparaît que bien
des fois, le législateur omette de prévoir la sanction de la nullité en cas
d’inobservation de règle de forme dont pourtant l’importance est
indiscutable. Quoi qu’il en soit, l’article 123 alinéa 2 du code de procédure
civile prévoit également que la nullité est absolue lorsque l’acte porte
atteinte à des dispositions d’ordre public. En dehors de toute autre précision
dans le texte, c’est au juge qu’il revient d’apprécier le caractère d’ordre public
ou non de la disposition. En règle générale, les juges considèrent que les
irrégularités concernant les actes de procédure entraînent une nullité absolue
lorsque la formalité méconnue est importante, substantielle (par opposition aux
formalités secondaires ou accessoires). C’est ainsi par exemple, que les
modalités des actes de signification prévus aux articles 250 et 251 du code de
procédure civile font souvent l’objet d’une nullité qualifiée d’ordre public.
a-2- LA NULLITE RELATIVE
L’article 123 alinéa 3 du code de procédure civile évoque cette sanction
par opposition à la nullité absolue lorsqu’il dispose que « dans tous les
autres cas, la violation d’une règle de procédure n’entraîne la nullité d’ l’acte
que s’il en résulte un préjudice pour la partie qui s’en prévaut ». Il s’agit là, d’une
nullité d’intérêt privé que seule peut évoquer la partie protégée. Ainsi, comme
exemple de nullité relative, l’omission dans l’acte d’assignation de la mention
relative à l’adresse du destinataire.
b- LA MISE EN ŒUVRE DE LA NULLITE
Évoquer la mise en œuvre de la nullité revient à poser le problème du
régime procédural de l’exception de nullité. En effet, c’est par la voie
d’une exception de procédure que la partie qui entend faire déclarer nul un acte
de procédure doit soulever la nullité. L’exception est un moyen de défense
qui tend, avant tout examen au fond ou contestation du droit d’action à
faire déclarer la procédure irrégulière. Selon les énonciations de l’article 122
du code de procédure civile « l’exception de nullité a pour but de faire
déclarer nul un acte de procédure lorsque cet acte ne réunit pas les conditions de
formes prescrites par la loi ». La mise en œuvre de la nullité conduit
nécessairement à reprendre la distinction précédente (celle fondée sur la
nullité absolue et la nullité relative).
b-1- LA NULLITE ABSOLUE
Cette nullité peut être invoquée par toutes les parties à l’instance en tout état de
cause, c'est-à-dire à toute étape de la procédure. Ce qui est normal pour une
nullité absolue. Par ailleurs, l’article 123 suscité indique en son 4ème et
dernier alinéa que « la juridiction saisie doit soulever d’office la nullité absolue
». Il en résulte par un raisonnement à contrario de l’article 123 alinéa 3, que
cette forme de nullité ne nécessite pas la preuve d’un préjudice spécial résultant
de l’irrégularité de l’acte. Une question s’impose cependant : l’article 125
(article capital) du code de procédure civile consacré au régime de mise en
œuvre des moyens de défense n’autorise à soulever, après une défense au
fond, que les exceptions ou fin de non-recevoir d’ordre public. Doit-on alors
en déduire que les nullités textuelles doivent être soulevées IN LIMINE LITIS
(au début du procès, dès l’entame) comme des nullités relatives ? Une réponse
affirmative à cette question manquerait de logique. Elle semble pourtant
s’imposer.
b-2- LA NULLITE RELATIVE
Étant donné que la nullité ne peut être invoquée à juste titre que sur la
justification d’un grief (voir la règle ‘’pas de nullité sans grief’’’). La
nullité a ici, un caractère d’ordre privé et ne peut donc être présentée que
par celui des plaideurs auxquels l’irrégularité a causé préjudice, lequel
d’ailleurs peut toujours y renoncer. En revanche, l’adversaire qui est à
l’origine de la cause de nullité ne peut s’en prévaloir et le juge ne peut pas
d’avantage soulever d’office la nullité. Une question se pose : quelle est la nature
du préjudice ainsi exigée par la loi ?
En l’absence de solution à notre connaissance en droit ivoirien, il faut
interroger le droit comparé. A cet égard, en droit français, le préjudice est
conçu comme un préjudice spécifique qui consiste principalement dans le fait
de ne plus pouvoir faire valoir ses droits en justice par exemple en exerçant
une voie de recours.
2- LES DELAIS DE PROCEDURE
Les délais de procédure sont un laps de temps plus ou moins long accordé
à une personne pour accomplir un acte de procédure. Les délais sont utiles à un
double titre. D’une part, ils ont pour but de stimuler le zèle des plaideurs en les
obligeant à exercer leurs actions le plus rapidement possible. D’autre part, le
délai a pour but d’assurer une sorte de trêve destinée à laisser au plaideur
un temps de réflexion (c’est un délai d’attente pour réflexion). Le délai de
procédure se distingue du délai de prescription tendant à consolider des
situations de faits ou à éteindre (prescription extinctive) des situations de droit ;
alors que les délais de procédure visent à enfermer les actes de procédure dans
une longueur de temps déterminée. Il existe plusieurs délais dans les différents
actes de procédure prévus par la loi. Il est pratiquement impossible de faire
une liste des différents délais. On retiendra entre autres, qu’il y a un délai
d’assignation ou délai de comparution qui est en principe de huit (8) jours
appelé délai de huitaine sauf prorogation par les délais de distance ou
abréviation de ceux-ci par le juge. Il y a aussi des délais de recours. Par exemple,
le délai d’appel qui, d’après l’article 168 du code de procédure civile est d'un (1)
mois sauf augmentation. Il y a également des délais de dépôt des conclusions ou
des mémoires…. Il faut étudier successivement les trois (3) questions
classiques qui concernent les délais : d’abord, la computation (comment
décompter les délais), ensuite, leur modification éventuelle et enfin, la sanction
de leur inobservation. a- La computation des délais Les délais de procédure
sont généralement fixés en jour ou en mois. Il arrive de façon exceptionnelle
qu’il le soit en année et encore très rarement en heure. On peut à cet égard citer
le référé (procédure d’urgence) à jour fixe ou d’heure à heure. La
computation des délais comporte trois (3) points : d’abord, le point de départ du
délai, ensuite, son échéance, enfin, l’incidence des jours non-ouvrables.
a-1- LE POINT DE DEPART DU DELAI
Quand on parle d’un délai, il est indispensable de savoir le moment précis
à partir duquel il commence à courir. À cet égard, il y a toujours un évènement
ou un acte qui sert de point de départ à la computation, c'est-à-dire au calcul des
délais. Le moment (le jour) auquel l’évènement où l’acte s’est produit
s’appelle le dies a quo (jour de départ). Le dies a quo doit-il être pris en compte
dans le décompte du délai ou non ? Selon les dispositions de l’article 430 du
code de procédure civile, les délais prévus par le code sont tous francs. Le délai
franc est un délai dans lequel on ne compte pas le jour du fait (évènement, acte,
notification, signification) qui le fait courir (dies a quo). Ainsi, le dies a quo n’est
pas pris en compte dans le délai. Ainsi, par exemple, en sachant que l’acte est
signifié dans la journée du mercredi 15 février 2012, la computation part du jeudi
16 février 2012. Donc le 15 février 2012 est non compris dans le délai. La raison
de cette règle se laisse aisément comprendre. En effet, si le dies a quo devrait
être compris dans le délai, il suffirait d’attendre l’extrême fin de la journée
pour réduire d’autant le délai accordé à l’adversaire.
a-2- L’ECHEANCE DU DELAI
Le jour où un délai vient à expiration s’appelle le dies ad quem (jour d’arrivée).
Mais, comment savoir concrètement le jour où un délai donné arrive à expiration
? Cela pose encore la question de la franchise des délais de procédure. Le
législateur semble avoir résolu définitivement la question. En effet, l’article 430
précité a déjà énoncé que tous les délais prévus par le code sont francs.
Relativement à son échéance, dire d’un délai qu’il est franc, revient à admettre
que l’on ne compte pas dans le délai le jour qui, d’après la stricte durée de délai
devrait être le dernier, en sorte que, le jour suivant est encore (par faveur) dans
le délai. Lorsque les délais sont exprimés en mois ou en année, on
détermine l’échéance de ceux-ci en comptant de quantième en quantième.
Ainsi, par exemple, pour un délai d’un mois, à partir d’une signification faite
le 4 février 2008, l’échéance se situait le 4 mars 2008. Mais, le dernier jour utile
se situait le 5 mars 2008. Si le point de départ d’un délai d’un mois est le 30
ou le 31 janvier, l’échéance sera (faut de quantième identique le mois
suivant) le 28- février ou s’il s’agit d’une année bissextile le 29- février.
a-3 L’incidence des jours non ouvrables (dimanche, jour férié et chômé) Les
jours précités sont ceux au cours desquels il est soit impossible juridiquement
soit difficile pratiquement d’accomplir ou de faire accomplir un acte ou une
formalité. Cependant, il ne s’agit pas d’exclure purement et simplement tous les
jours précités de la computation des délais. Mais, lorsque le dernier jour où un
acte peut être accompli est en application des règles précédentes l’un de ces
jours, il y a prorogation de délai jusqu’au premier jour ouvrable suivant.
b- LA MODIFICATION EVENTUELLE DU DELAI
En principe, les délais de procédure ne peuvent être ni suspendus ni interrompus.
Cette règle n’est pourtant pas absolue et le délai de procédure est
susceptible de modifications qui peuvent aller dans le sens de la réduction de ce
délai ou au contraire, de son allongement. Ces deux formes de modification
procèdent elles-mêmes d’une modification légale ou judiciaire.
b-1) MODIFICATION LEGALE
Il existe deux cas dans lesquels le législateur modifie des délais de
procédure : le moratoire et le prolongement des délais à raison des distances.
En ce qui concerne le moratoire, il arrive parfois que le législateur édicte des
mesures exceptionnelles et temporaires visant à proroger ou à suspendre certains
délais. Dans ce cas, on dit que le législateur édicte un moratoire. Il en est ainsi
par exemple en cas de guerre, de grève générale ou de cataclysme naturel
entrainant une perturbation dans le pays. S’agissant de l’augmentation des délais
à raison des distances, lorsqu’un acte doit être accompli dans un délai en un lieu
éloigné du domicile de celui qui doit effectuer cet acte de procédure, il est normal
de proroger le délai ordinaire supplémentaire appelé « délai de distance ». Et
cela de manière à tenir compte des difficultés supplémentaires qui résultent
de l’éloignement. C’est donc en ce sens que l’article 34 du code de procédure
civile prévoit une augmentation du délai dû à l’éloignement du défendeur : en
effet, en plus du délai normal si le défendeur est domicilié hors de la
juridiction qui statue, il bénéficie d’un délai supplémentaire de quinze (15)
jours ou deux (2) mois selon qu’il réside en Côte d’Ivoire ou à l’étranger. On
peut aussi relever l’existence de la loi n° 96-670 du 29 Août 1996 portant sur «
suspension des délais de saisines de prescription de péremption d’instance,
d’exercice des voies de recours et de l’exécution de toute procédure
judiciaire, contentieuse ou non contentieuse » dont l’article 1er fait de la
grève au sein du service public de la justice une cause de suspension du
délai de procédure, laquelle suspension prend fin au terme de la grève.
b-2) MODIFICATION JUDICIAIRE
La modification d’un délai de procédure doit demeurer chose exceptionnelle
surtout lorsque le délai joue un rôle de protection des droits de la défense et que
l’intervention judiciaire a pour but d’en réduire la partie. Cependant, il faut
relever qu’en cas d’urgence, la durée du délai de comparution est judiciairement
réduite (voir article 34 du code de procédure civile).
c- Les sanctions de l’inobservation du délai La sanction de l’inobservation d’un
délai de procédure est plus ou moins grave selon le rôle assigné audit délai. Si le
délai transgressé avait pour but de stimuler le zèle des plaideurs en les obligeant
à verser leur action le plus rapidement possible, c'est-à-dire s’il s’agit d’un délai
d’action. S’il s’agit d’un délai d’action, son inobservation est rigoureusement
sanctionnée, elle entraîne une déchéance, une forclusion, c'est-à-dire la perte par
l’intéressé du droit de faire l’acte qui devrait être effectué ou accompli dans
le délai considéré. Ainsi par exemple, le non exercice d’une voie de recours
(opposition, appel, recours en cassation) dans le délai requis fait normalement
perdre le droit d’exercer cette voie de recours. Si le délai méconnu a pour but
d’assurer une trêve destinée à laisser au plaideur un temps de réflexion, son
inobservation n’est pas sanctionnée aussi rigoureusement que la transgression
des délais d’action, car il s’agit ici de délai d’attente. Cette seconde catégorie
de délai comportant essentiellement des délais de comparution, le défendeur
qui ne respecte pas les délais risque une décision par défaut.
B- LES CONDITIONS DE FOND : CAPACITE ET QUALITE
1- LA QUALITE
La qualité est le titre qui donne à une personne le pouvoir d’exercer en justice le
droit dont elle demande la sanction. Pour comprendre concrètement le rôle
de cette condition, il faut partir de l’idée que personne ne peut agir pour le
compte d’autrui sans un titre qui lui donne le pouvoir. Cette condition a donc
une utilité certaine. Il ne s’agit pas de savoir si la demande est fondée ou non.
Ceci constitue une interrogation de fond qui, au stade de la recevabilité ne doit
pas être envisagée. En fait, le problème de la qualité consiste à se demander si à
supposer que le droit allégué existe effectivement, le plaideur qui s’en prévaut,
a le pouvoir de l’exercer. Il faut d’ailleurs remarquer que la qualité ne doit
pas exister seulement dans la personne du demandeur, elle doit également
exister dans la personne du défendeur. Si par exemple, le défendeur assigné
n’avait pas la qualité requise, la demande serait irrecevable. Une autre
interrogation se pose par ailleurs : la qualité est-elle une condition autonome
de recevabilité de la demande ? Il a été parfois affirmé que la qualité n’est pas
une condition autonome, car en réalité, elle se confond avec l’intérêt direct
et personnel : celui qui se prévaut d’un intérêt direct et personnel a
toujours, soutient-on, qualité pour agir. Cette affirmation est quelque peu
excessive et gagnerait à être relativisée. En effet, si cette assertion se
vérifie dans certains cas, elle ne l’est pas toujours.
a- L’affirmation (selon laquelle la qualité n’est pas une condition
autonome) est vérifiée
Lorsque le demandeur agit en son nom personnel, pour son propre compte,
lorsqu’en d’autres termes, il invoque un droit dont il prétend être titulaire, il est
exact de dire que la qualité n’est pas une condition autonome de recevabilité.
En effet, dans cette hypothèse, même si la prétention du demandeur n’est pas
fondée, dès lors que celui-ci se prétend titulaire d’un droit, il a nécessaire
qualité pour agir puisque l’action est liée au droit lui-même. Si le droit n’existe
pas, la demande serait rejetée au fond. Mais, du seul point de vue de la
recevabilité sa qualité pour agir aura été indiscutable.
b- L’affirmation n’est pas vérifiée
L’affirmation selon laquelle la qualité n’est pas une condition autonome,
car se confondant avec l’intérêt direct et personnel cesse d’être exacte dans
deux types d’hypothèses : D’abord, lorsque la loi réserve l’exercice de l’action
à certaines personnes qu’elle prend soin d’énumérer (action attitrée). Par
exemple, en matière de désaveu de paternité, le mari ; en recherche de paternité
naturelle, l’enfant, et pendant sa minorité, sa mère ; ou encore en matière de
divorce, les époux. Dans tous ces cas, on peut facilement imaginer des personnes
qui ont un intérêt direct et personnel à l’exercice de l’action (par exemple en
matière de désaveu de paternité les autres fils du père, en matière de recherche
de paternité naturelle les autres enfants de la mère, enfin, en matière de divorce
les parents des époux) et cependant elles ne peuvent l’exercer, car elles n’ont
pas qualité pour le faire. Dans ces conditions, on voit que la qualité est fonction
de l’institution en cause, de sa nature et de la volonté du législateur d’élargir
ou de restreindre le cercle des bénéficiaires de la protection. Ensuite, lorsque
l’action est exercée par un représentant qui agit pour le compte d’autrui.
C’est le cas par exemple du père qui agit au nom de son enfant mineur non
émancipé ou du tuteur qui agit pour son protégé. Dans une telle hypothèse, pour
que la demande soit recevable, le représentant doit justifier du pouvoir qui
l’habilite à agir au nom et pour le compte d’autrui. À défaut de pouvoir, la
demande sera déclarée irrecevable pour défaut de qualité.
Lorsqu’il en est ainsi, la qualité est une condition autonome qui se
distingue de l’intérêt en ce sens que la qualité s’apprécie dans la personne du
représentant alors que l’intérêt s’apprécie dans la personne du représenté.
2- LA CAPACITE
De même, qu’un droit n’est valablement exercé que si son titulaire a la qualité
requise, la demande en justice n’est réglementairement formée que si le plaideur
a la capacité d’ester en justice (l’article 3 du code de procédure civile
indique qu’il faut « posséder la capacité pour agir en justice »). Il faut dès
lors s’arrêter sur la définition de la capacité d’ester en justice : c’est
l’aptitude à plaider en justice, à être partie (en nom) devant les tribunaux
(capacité de jouissance) soit comme demandeur (capacité active) soit comme
défendeur (capacité passive) ; c’est aussi l’aptitude à faire valoir soi-même
ses droits en justice à y être partie agissante comme défendeur ou demandeur
sans être représenté par un tiers (par exemple un tuteur) (capacité d’exercice).
Cette définition permet de poser le problème de la capacité en matière
d’action en justice. En effet, toute personne est susceptible de se voir reconnaître
le droit d’agir en ce sens qu’elle peut être titulaire d’un droit d’action, mais cela
ne veut pas dire que toute personne pourra elle-même exercer (ou seul :
problème d’assistance) un tel droit. C’est qu’en effet, si la capacité de
jouissance est reconnue à n’importe quelle personne en matière d’action en
justice, il en va différemment de la capacité d’exercice. Pour bénéficier de cette
capacité d’exercice de l’action en justice, il faut en principe être majeur,
donc être âgé de 18 ans au moins. Age auquel l’individu est réputé capable de
tous les actes (article 28 de la loi n° 70-483 du 3 Août 1970 relative à la minorité
dispose que « le mineur non émancipé a nécessairement un représentant pour
tous les actes de la vie civile. Celui-ci est soit un administrateur légal lorsque le
père et la mère ou l’un d’eux est vivant soit un tuteur ») et peut donc en
particulier exercer des actions en justice. Si le mineur ne bénéficie pas
normalement de cette possibilité, il faut cependant réserver le cas des mineurs
émancipés lesquels, sauf restriction « sont capables comme les majeurs pour tous
les actes de la vie civile » notamment d’exercer leur droit d’agir en justice. Il
faut préciser d’ailleurs que tout majeur n’a pas nécessairement la capacité
d’exercice affairant à l’action en justice. Il existe en effet des majeurs
incapables. Le droit ivoirien connaît à cet égard deux régimes :
- Celui des interdits ;
- Celui des majeurs sous conseil judiciaire.
Concernant l’interdiction (l’état d’individu en situation habituelle
d’imbécilité, de démence ou de fureur), la loi, notamment les articles 506
et suivants du code de procédure civile français, dispositions applicables en
Côte d’Ivoire, indique que le mari est de droit le tuteur de la femme
interdite alors que l’hypothèse inverse est facultative. S’agissant des majeurs
sous conseil judiciaire, l’article 513 du code de procédure civile français
dispose qu’il peut être défendu aux prodigues de plaider sans l’assistance
d’un conseil qui leur est nommé par le tribunal.
CHAPITRE 2 : LES MOYENS DE DÉFENSE
L’action en justice ne doit pas être regardée seulement du côté de celui
qui prend l’initiative de saisir le juge, c'est-à-dire le demandeur. Il faut aussi
l’appréhender en se plaçant du côté du défendeur, car il est fort probable que ce
dernier ne va pas rester inactif et qu’il va tenter de résister à la demande de son
adversaire soit en s’efforçant de paralyser la demande dirigée contre lui, soit
en formant à son tour une autre demande que l’on appelle « demande
reconventionnelle ». Se faisant, il réplique par une défense positive (demande
reconventionnelle) ou par une défense négative.
SECTION 1 : LA DEFENSE NEGATIVE
Sans élever de son côté, aucune prétention, le défendeur peut se prévaloir de
certains moyens de défense dont le but est de faire échec à la demande dirigée
contre lui. Il va ainsi opposer au demandeur une défense au fond, une exception
de procédure ou une fin de non-recevoir.
PARAGRAPHE 1 : LA DEFENSE AU FOND
La défense au fond (du droit) est un moyen par lequel un défendeur entend faire
rejeter la demande de son adversaire au motif que celle-ci est mal fondée en
droit, soit parce que le droit allégué par l’adversaire n’existe pas ou n’existe plus,
soit parce qu’il n’a pas l’étendu que celui-ci lui attribue. En un mot, le défenseur
s’attaque au fond du droit lui-même. Ainsi, par exemple, à une personne qui
demande en justice le paiement d’une somme d’argent, le défendeur réplique
que son adversaire ne lui a jamais rien prêté ou encore que l’obligation dont il
était tenu a été exécutée par paiement ou par compensation. Ainsi, par exemple,
à une personne qui demande en justice le paiement d’une somme d’argent, le
défendeur réplique que son adversaire ne lui a jamais rien prêté ou encore que
l’obligation dont il était tenu a été exécutée par paiement ou par compensation.
De même, si le prétendu responsable d’un accident réagit à la demande de la
victime, en soutenant que les conditions de la responsabilité civile
délictuelle ne sont pas remplies, le moyen de défense invoqué est une défense
au fond puisque le défendeur conteste l’existence même du droit à réparation.
Ainsi présentée, la défense au fond apparaît comme l’antithèse de la
demande en justice elle-même. En un mot, la demande en justice et la défense
au fond apparaissent comme les deux aspects, l’un positif et l’autre négatif de
l’action en justice. C’est la raison pour laquelle il est de règle que « les défenses
au fond peuvent être proposées en tout état de cause ». La défense au fond peut
non seulement être présentée au premier degré de juridiction, mais également au
second, c'est-à-dire en appel (devant la cour suprême ou Cour de cassation, la
question est plus complexe, car il faut tenir compte de l’interdiction de principe
de présenter des moyens nouveaux devant cette juridiction). Par ailleurs, dans
chacune de ces instances la défense au fond peut être présentée à tout moment,
tout au moins aussi longtemps qu’il est possible de conclure.
PARAGRAPHE 2 : L’EXCEPTION DE PROCEDURE
Il ne s’agit plus dans le cadre de ce moyen de défense de contestation portant
sur le fond même de la prétention de l’adversaire, mais de contestations
portant sur la procédure. Ceci explique l’utilisation des termes « exceptions
de procédure ». Cette précision s’impose par ailleurs, car le terme exception
est un mot polysémique, c'est-à-dire qui est susceptible de recevoir plusieurs
sens. Ainsi lorsqu’on parle en droit civil particulièrement en droit des
obligations « d’exception de compensation » ou « d’exception d’inexécution »,
on fait en réalité état d’une véritable défense au fond. Dans son sens technique
précis, l’exception désigne alors un genre particulier de moyen de défense
par lequel le défendeur sans s’attaquer au fond même du droit entend faire
ajourner la discussion immédiate de la demande. Ainsi, par exemple, lorsque le
défendeur invoque une exception d’incompétence, car estimant que le tribunal
saisit n’est pas compétent pour statuer sur le litige, il ne conteste pas, du
moins pour l’instant, le fond du droit ; il demande simplement que l’instance
soit suspendue afin qu’il soit statuer préalablement sur ce point particulier.
Alors qu’en droit français et donc en Droit comparé, le code de procédure
civile présente l’exception de procédure comme « tout moyen qui tend soit à
faire déclarer la procédure irrégulière ou éteinte, soit à en suspendre le cours »
le législateur ivoirien a préféré, dans les articles 115 à 122 du code de
procédure civile, procéder à une énumération des principales exceptions de
procédure qui sont au nombre de huit (8). Il faut donc les passer en revue. A -
Les différentes exceptions visées par le code
1- L’exception d’incompétence
Prévue par l’article 115 du code, cette exception peut-être sommairement
présentée comme le moyen de défense par lequel le plaideur entend
paralyser l’instance en invoquant que le juge saisit n’est pas le bon. En effet,
le défendeur soutient ici que la juridiction saisie n’est pas compétente pour
statuer sur la demande.
La partie qui l’invoque doit selon la loi et sous peine d’irrecevabilité
indiquer la juridiction qui selon elle est compétente pour connaître du litige.
2- L’exception de litis pendance
Selon l’article 116 du code, cette exception a pour but le renvoi de l’affaire
devant un autre tribunal déjà saisi d’une demande ayant le même objet. Cette
situation qui concerne généralement le droit interne peut aussi se rencontrer au
plan international. Une situation de Litis pendance international suppose que le
juge ivoirien compétent selon la loi ivoirienne a été saisi en second d’une
instance ayant le même objet que celle qui a été déjà engagée devant le juge
étranger également compétent selon son propre droit.
3- L’exception de connexité
Elle a selon l’article 117 du code de procédure civile « pour but le renvoi de
l’affaire et sa jonction avec une instance déjà pendante soit devant la même
juridiction soit devant une autre lorsque les deux affaires présentent entre
elles un rapport tel qu’il parait nécessaire dans l’intérêt d’une bonne
administration de la justice qu’une seule décision intervienne sur les deux
contestations ». Pour distinguer l’exception de connexité de l’exception de
litis pendance, on peut retenir que la deuxième concerne deux affaires
identiques (identité d’objets, de parties de causes) alors que la première
s’applique à des affaires ayant entre elles des rapports étroits. Cependant, ces
deux moyens de défense ont pour but d’obtenir que l’une de ces affaires
soit renvoyée devant la juridiction saisie de l’autre demande afin que toutes les
deux soient jugées par une seule et unique juridiction rendant une seule décision.
4- L’exception de renvoi
Selon l’article 118 du code de procédure civile : « L’exception de renvoi a pour
objet le dessaisissement d’une juridiction en faveur d’une autre pour cause
de parenté, d’alliance, de suspicion légitime ou pour sûreté publique ».
5- L’exception de règlement de juges
Selon les dispositions de l’article 119 du code de procédure civile, ce
moyen de défense : « a pour but de faire déterminer par une juridiction
supérieure laquelle de deux ou plusieurs juridictions inférieures doit connaître
d’une procédure dont elles se trouvent simultanément saisies. »
6- L’exception de communication de pièces
Pour comprendre cette exception de procédure, il faut comprendre que la
communication des pièces est le fait (l’obligation) pour une partie à
l’instance de porter spontanément et en temps utiles à la connaissance de
tout autre partie à l’instance les pièces dont elle fait état au soutien de ses
prétentions. L’article 120 du code de procédure civile dispose que : «
l’exception de communication de pièces a pour but d’exiger que soient
communiquées à la partie qui la soulève les pièces sur lesquelles la partie
adverse entend fonder sa défense ou sa demande ».
7- L’exception de garantie
Présentée par l’article 121 du code de procédure civile « l’exception de garantie
a pour but de subordonner la poursuite d’une procédure à la présentation d’une
caution ou au dépôt d’un cautionnement. ». On peut faire ici fait état de la cautio
Judicatum Solvi de l’article 4 du code de procédure précité.
8- L’exception de nullité
Selon les dispositions de l’article 122 du code, cette exception : « a pour but de
faire déclarer nul un acte de procédure lorsque cet acte ne réunit pas les
conditions de forme prescrites par la loi ».
N.B : La liste des exceptions que fournie le code de procédure civile n’est pas
comme on devrait logiquement s’y attendre exhaustive de sorte que l’on
peut tout à fait raisonnablement penser à d’autres exceptions non visées ici.
Ainsi, par exemple, on peut penser à l’exception dilatoire. Est appelée
exception dilatoire un moyen de défense qui a pour objet direct d’obtenir que
l’instance soit suspendue jusqu’à l’expiration d’un certain délai. À titre
d’exemple, on peut citer le cas de l’héritier qui dispose d’un délai d’option pour
choisir d’hériter ou non.
B- LE REGIME JURIDIQUE DE L'EXCEPTION
Par ailleurs en ce qui concerne le régime juridique de l’exception, il convient de
noter que contrairement à la défense au fond, l’exception de procédure est
soumise à un traitement plus strict. Les parties au procès doivent en effet et en
principe s’en prévaloir IN LIMINE LITIS, c'est-à-dire au début du procès,
selon l’article 125 alinéa 1er du code de procédure civile, avant toute
défense au fond. Cette même disposition ajoute qu’aucune exception ne sera
reçue après qu’il ait été statué sur l’une d’elles.
En d’autres termes, toutes les exceptions doivent à peine d’irrecevabilité
être simultanément présentées. La rigueur de cette solution peut s’expliquer de
la manière suivante : dans la mesure où l’exception est un simple moyen de
procédure, dont l’objet est d’ajourner le débat sur le fond, il est à craindre qu’elle
ne soit invoquée dans un dessein dilatoire, dans le seul but de retarder le
véritable débat. La sévérité légale est cependant tempérée lorsque l’exception
est d’ordre public. C’est dire que si l’exception est d’ordre public, elle peut être
soulevée à toute étape de la procédure.
PARAGRAPHE 3 : LA FIN DE NON-RECEVOIR (FNR)
Il faut d’abord étudier la notion de FNR avant de s’intéresser à son régime
juridique.
A- LA NOTION DE FIN DE NON-RECEVOIR
L’article 124 du code de procédure civile donne la définition de ce moyen
de défense en ces termes : « est une fin de non-recevoir, tout moyen ayant pour
objet de faire rejeter la demande comme irrecevable sans discuter le
fondement de la prétention du demandeur ». À partir de cette définition légale,
on peut affirmer que la fin de non-recevoir est un moyen de défense mixte en
ce que le plaideur sans engager le débat sur le fond soutient que son
adversaire n’a pas d’action et que sa demande est irrecevable. Mais en quoi
concrètement la fin de non-recevoir est-elle un moyen de défense mixte ?
La FNR ressemble d’une part à la défense au fond par ses effets, car ils entraînent
un échec définitif de la demande ; puisque du fait de l’irrecevabilité de celle-ci,
il va être mis fin définitivement (prématurément) au procès. D’autre part, elle
se rapproche de l’exception de procédure par le terrain sur lequel elle place le
débat ; le défendeur ne contredisant pas la demande sur le fond, mais la
paralysant sans engager ouvertement le débat avec elle. Comme exemple de fin
de non-recevoir on peut relever le moyen tiré de la tardiveté d’un appel ou d’un
pourvoi en cassation. Dans un tel cas, il n’est pas nécessaire de rechercher si
la prétention de l’appelant ou du demandeur au pourvoi est fondé ou non puisque
de toute manière, l’appel ou le pourvoi est irrecevable car n'ayant pas respecté
les délais de procédure. On peut noter à titre de droit comparé que le code de
procédure civile français cite comme exemple non limitatif de fin de non-
recevoir le défaut de qualité, le défaut d’intérêt, la prescription, l’expiration
d’un délai et l’autorité de chose jugée.
On peut aussi citer comme exemples en matière de recherche de paternité
naturelle, le fait pour le prétendu père de se prévaloir de l’inconduite notoire
de la mère ou son impossibilité physique d’être le père de l’enfant ou
encore l’incompatibilité des groupes sanguins (article 26 de la loi relative à la
paternité et à la filiation). Ces deux groupes d’exemples montrent l’extrême
diversité des fins de non-recevoir. Dans le premier groupe, la fin de non-
recevoir a un caractère strictement procédural. Dans le deuxième groupe
d’exemple, le défendeur invoque non plus une raison ou un moyen de procédure,
mais une véritable raison de fond : le plaideur conteste à son adversaire
le droit d’obtenir l’établissement du lien de filiation. Par conséquent ici, la fin
de non-recevoir fait davantage penser à une défense au fond. Ce caractère
hétérogène de la fin de non-recevoir va déteindre sur son régime juridique.
B- LE REGIME JURIDIQUE DE LA FIN DE NON-RECEVOIR
À cause du caractère mixte mais aussi hétérogène de la fin de non-
recevoir, il est permis d’hésiter lorsqu’il s’agit de fixer son régime juridique.
La solution adoptée par le législateur en l’article 125 du code de procédure civile
témoigne justement d’une telle hésitation car il dispose : « les exceptions dès
lors qu’elles ne sont pas d’ordre public ne sont recevables que si elles sont
présentées simultanément avant toute défense au fond et aucune ne sera
reçue après qu’il aura été statué sur l’une d’elles. » Il en est de même des
fins de non-recevoir lorsque celles-ci ne constituent pas par elles même de
véritables défenses au fond. ». L’article 125 du code de procédure civile traite
donc en principe, quant au régime juridique la fin de non-recevoir comme une
exception de procédure :(lorsque ce moyen de défense n’est pas d’ordre public)
il doit être soulevé IN LIMINE LITIS avec les autres exceptions ou fin de
non-recevoir qui ne sont pas d’ordre public. Cependant, s’il y a rapprochement
du régime de la fin de non-recevoir de celui de l’exception de procédure il
n’y a pas assimilation totale ou fusion. En effet lorsque la fin de non-recevoir
constitue une véritable défense au fond, elle a le même régime juridique que la
défense au fond proprement dite. Mais alors une question apparaît
inévitablement : Quand peut-on dire que la fin de non-recevoir constitue
par elle-même une véritable défense au fond ? On peut répondre à cette question
en retenant que les obstacles à une action en justice prévue par une disposition
de droit substantielle constituent une fin de non-recevoir de fond ou une véritable
défense au fond : voir encore l’exemple suscité de l’action en recherche de
paternité naturelle prévu par les dispositions de l’article 26 de la loi relative
à la paternité et à la filiation.
SECTION 2 : LA DEFENSE POSITIVE : LA DEMANDE
RECONVENTIONNELLE
C’est une demande formée par le défendeur en réponse à celle initiée par le
demandeur et qui a pour but soit d’atténuer la condamnation qui le menace,
soit de l’empêcher complètement, soit même de faire prononcer une
condamnation contre le demandeur. Autrement dit il s’agit de la demande
formée par le défendeur qui non content de présenter des moyens de défense
attaque à son tour et soumet au tribunal un chef de demande. Ainsi, par
exemple, face à une demande en divorce (par exemple pour abandon de
domicile conjugal), l’autre époux répond par une demande reconventionnelle
en divorce (par exemple pour adultère). Cette définition de la demande
reconventionnelle laisse transparaître son originalité qui découle de ses
caractères et de sa nature juridique (Paragraphe 1) qu’il faut examiner avant
d’analyser ses avantages et ses inconvénients, (paragraphe 2).
PARAGRAPHE 1 : CARACTERES ET NATURE JURIDIQUE DE LA
DEMANDE RECONVENTIONNELLE
L’originalité de la demande reconventionnelle provient du fait qu’elle
constitue une véritable demande en justice laquelle est formée par le défendeur.
A- LA DEMANDE RECONVENTIONNELLE : DEMANDE EN JUSTICE
La demande reconventionnelle est une demande en justice ayant son objet propre
qui ajoute la prétention du défendeur à celle déjà pendante devant le
tribunal et qui est présentée par le demandeur. Elle a donc pour objet d’étendre
le champ de l’instance. Dès lors le juge est désormais saisi de deux demandes
ayant chacune leur objet propre : celle du demandeur et celle du défendeur.
B- LA DEMANDE RECONVENTIONNELLE : DEMANDE
EMANANT DU DEFENDEUR
Deux conséquences au moins peuvent être tirées de cette idée : • D’une part, la
demande reconventionnelle est l’une des demandes incidentes (est appelée
demande incidente une demande qui n’ouvre pas l’instance, mais intervient
au cours d’un procès déjà engagé) puisque par hypothèse, elle suppose un procès
déjà engagé par la demande initiale ou introductive d’instance formée par
le demandeur. • D’autre part, elle peut dans certaines circonstances jouer le rôle
d’un moyen de défense au fond. En effet, lorsque par exemple, le défendeur
assigné en exécution d’un contrat demande reconventionnellement la nullité de
ce contrat, il est évident que s’il obtient gain de cause sur ce point, il fait
disparaître le droit du demandeur.
Par cet aspect, la demande reconventionnelle s’apparente à une défense au
fond. Toutefois, il n’en est pas toujours ainsi. Parfois, la demande
reconventionnelle n’a pas pour objet principal de tenir en échec la demande
initiale. Il en est ainsi lorsque par exemple l’un des époux ayant demandé le
divorce, l’autre demande à son tour le divorce par une demande
reconventionnelle (ce qui aboutira au prononcé d’un divorce aux torts
réciproques ou aux torts exclusifs d’un des époux). Paragraphe 2 : Avantages et
inconvénients de la demande reconventionnelle A- Les avantages Comme
avantage offert par la demande reconventionnelle, on peut noter : • Le fait que
les deux demandes soient instruites au cours d’un même procès permet à
la justice d’être mieux rendue ; le juge ayant une vue plus complète de
l’affaire. • La demande reconventionnelle permet de réaliser un gain de temps et
d’argent, car il suffit au défendeur de déposer de simples conclusion devant le
tribunal déjà saisi de la demande principale (ainsi, le défendeur ne va donc pas
faire un autre procès, un autre acte d’huissier, payer d’autres frais de procédure).
• Dans le cas particulier ou le défendeur est lui-même créancier d’un adversaire
qui l’assigne en paiement, le défendeur va éviter les risques d’insolvabilité
éventuelle du demandeur, car à défaut de toute compensation légale, le défendeur
pourra solliciter par le moyen de la demande reconventionnelle la compensation
judiciaire de sa propre créance avec celle de son adversaire. B- Les
inconvénients La demande reconventionnelle peut être source de deux types
d’inconvénients : • En premier lieu la demande reconventionnelle peut
constituer un moyen d’intimidation il en va ainsi notamment lorsqu’il s’agit
d’une demande reconventionnelle en dommages et intérêts fondée
exclusivement sur la demande principale. Par exemple, la demande principale
selon le défendeur a pour but exclusif de nuire ; le demandeur aurait donc abusé
du droit d’agir en justice. • En second lieu, elle complique la procédure en
ce qu’elle entraîne une extension de la saisine initiale du juge. En effet, la
demande reconventionnelle peut ne pas relever de la compétence de la juridiction
saisie de la demande principale
TITRE II : LA COMPÉTENCE JURIDICTIONNELLE
Il existe deux séries de règles de compétence lesquelles correspondent à deux
types de sanctions qu’il faut étudier successivement. D’abord, il convient de
déterminer dans quelle catégorie de juridiction entre la matière du procès :
s’agit-il d’une affaire qui doit être connu par le tribunal de première
instance, par le tribunal du travail ou le tribunal de commerce ? Il s’agit
là d’une question qui concerne la compétence d’attribution. Ensuite une fois
déterminée la catégorie de juridiction compétente, il faut rechercher parmi
toutes les juridictions de la même catégorie (par exemple parmi tous les
tribunaux de première instance ou parmi tous les tribunaux du travail)
laquelle est territorialement compétente (cela s’impose, car chaque juridiction a
un certain ressort géographique). Si par exemple la compétence d’attribution
appartient au tribunal de première instance encore faudrait-il savoir si le
tribunal territorialement compétent est celui d’Abidjan Plateau, de Daloa,
d’Abengourou, de Gagnoa, de Bouaké, de Man, de Korhogo, Yopougon.
En un mot, il faut déterminer la compétence territoriale de chaque juridiction.
CHAPITRE 1 : LA COMPÉTENCE D’ATTRIBUTION
Il faut étudier la mise en œuvre des règles relatives à la compétence d’attribution.
Cela se ramène à présenter les attributions spécifiques des différentes
juridictions. Cela ouvre la voie à la distinction qui est faite entre la juridiction
supérieure et la juridiction inférieure. Mais un autre regroupement permet
d’opposer les juridictions du premier degré aux juridictions de contrôle
représentées par les cours d’appel et la cour suprême ou Cour de cassation.
SECTION 1 : LES JURIDICTIONS DE PREMIER DEGRE : LES
TRIBUNAUX DE PREMIERES INSTANCES, LEURS SECTIONS
DETACHEES ET LES TRIBUNAUX DE COMMERCE
La compétence du tribunal est déterminée en fonction de la nature de l’affaire
ou du montant de l’intérêt du litige. Les tribunaux de premières instances et
leurs sections détachées sont des juridictions de droit commun et ont une
compétence de principe : selon l’article 5 du code de procédure civile, « le
tribunal connaît de toutes les affaires civiles, commerciales, administratives
et fiscales pour lesquelles compétence n’est pas attribuée expressément à
une autre juridiction en raison de la nature de l’affaire ».
L’article 6 du code de procédure civile énonce que « le tribunal statue en
toute matière et en premier ressort sur toutes les demandes dont l’intérêt
du litige est supérieur à 500.000 ou dont le montant est indéterminé ainsi que
sur celles relatives à l’état des personnes, celles mettant en cause une
personne publique et celle statuant sur la compétence. En matière civile et
commerciale, il statue en premier et dernier ressort sur toutes les demandes dont
l’intérêt du litige n’excède pas 500.000 francs ». En vertu des dispositions qui
précèdent, il n’est donc pas possible d’interjeter appel contre une décision
statuant en matière civile ou [commerciale] et dont le montant de l’affaire est
inférieur ou égal à 500.000 francs. Cela veut dire à contrario qu’à partir de
500.001 francs l’appel est donc possible. Remarques : Les tribunaux de première
instance d’Abidjan Plateau et de Yopougon, ne connaissent plus, depuis la mise
en place du tribunal de commerce d’Abidjan, les affaires commerciales. En effet,
le tribunal de commerce d’Abidjan (créé par décret n° 2012-628 du 6 juillet
2012) à l’instar des autres tribunaux de commerce à venir, connaît des affaires
commerciales visées à l’article 7 de la Décision n° 01/PR du 11 janvier 2012
portant création organisation et fonctionnement des Tribunaux de Commerce
: • Des contestations relatives aux engagements et transactions entre
commerçants au sens de l’acte uniforme relatif au Droit Commercial Général. •
Des contestations entre associés d’une société commerciale ou d’un GIE. • Des
contestations entre toute personne relative aux actes de commerce au sens de
l’acte uniforme relatif au Droit Commercial Général. Toutefois, dans les actes
mixtes, la partie non commerçante demanderesse peut saisir les tribunaux de
droit commun. • Des procédures collectives d’apurement du passif. • Plus
généralement des contestations relatives aux actes de commerce accomplis par
les commerçants à l’occasion de leurs commerces et de l’ensemble de
leurs contestations commerciales comportant même un objet civil. • Des
contestations et oppositions relatives aux décisions prises par les tribunaux du
commerce. Par ailleurs, les tribunaux de commerce statuent : • En premier ressort
sur toutes les demandes dont l’intérêt du litige est supérieur à [Link] de
francs ou est indéterminé. • En premier et dernier ressort sur toutes les
demandes dont l’intérêt du litige n’excède pas [Link] de francs. Les
jugements du tribunal de commerce sont rendus par des juges délibérant
en nombre impaire, et assistés d’un greffier. Toutefois, le nombre de juges
professionnels ne peut être supérieur à celui des juges consulaires. Les jugements
sont toujours rendus par trois juges au moins à raison d’un juge professionnel,
président, et de deux juges consulaires, assesseurs.
Les tribunaux de commerce comprennent en effet des juges professionnels
appelés ‘’juges’’, et des juges non professionnels appelés ‘’juges consulaires’’
(la chambre de commerce et d’industrie établie périodiquement une liste
d’aptitude aux fonctions de juges consulaires et de juges consulaires
suppléants) la composition du tribunal de commerce relève donc également
de l’échevinage. Il faut noter que la tentative de conciliation devant le
tribunal de commerce est obligatoire, et la procédure suivie devant les
Tribunaux de Commerce est celle contenue dans la décision du 11 janvier
2012 et dans le CPC… Il faut relever par ailleurs que le ressort territorial du
Tribunal de Commerce d’Abidjan, se confond avec ceux des tribunaux de
première instance d’Abidjan plateau et de Yopougon. NB : selon les
dispositions de l’article 39 de la loi du 14 juillet 2014. Les procédures
encourent demeure.
SECTION 2 : LES JURIDICTIONS DE CONTROLE
Il faut distinguer à ce niveau la cour d’appel (institution juridictionnelle) de la
cour suprême ou Cour de cassation qui est seule de son espèce.
PARAGRAPHE 1 : LA COUR D’APPEL
La cour d’appel est une juridiction de droit commun du second degré dirigée
par le premier président, et divisée en chambre. Chacune d’elle comprenant un
président et deux conseillers. Elle se présente de ce fait comme une formation
collégiale (les deux conseillers sont aussi des magistrats). Sa compétence est
prévue par deux dispositions du code de procédure civile à savoir l’article 8
expressément, et l’article 162 implicitement. Il ressort de ces deux dispositions
que la cour d’appel a une compétence de principe : elle est juge d’appel des
décisions rendues par toutes les juridictions de première instance sauf si la
loi en décide autrement. Comment comprendre l’expression « sauf si la loi en
décide autrement » ? Une orientation se trouve dans une analyse des
dispositions combinées des articles 162 et 6 du code de procédure civile
desquelles on déduit que l’appel n’est pas possible lorsque le tribunal doit
statuer en premier et dernier ressort, c'est-à-dire dans le cas des « petits litiges ».
Autrement dit ceux dont le montant est inférieur ou égal à 500.000 francs
(inférieur ou égal à 10.000.000 en matière commerciale). La compétence de la
cour d’appel consiste selon les termes de l’article 162 à reformer la décision
rendue en première instance. Cela signifie qu’elle doit examiner et rejuger
l’ensemble de l’affaire à elle soumise, c'est-à-dire analyser les faits de l’espèce
et les questions de droit. En un mot, elle statue sur le fond du litige. Ce
rôle de la cour d’appel la distingue traditionnellement de la cour suprême.
PARAGRAPHE 2 : LA COUR SUPREME (COUR DE CASSATION)
À Abidjan, siège une juridiction unique pour toute la République ; il s’agit de la
Cour Suprême (Cour de Cassation). Elle comprend (comprenait) trois
chambres : la Chambre Judiciaire (remplacée dans les Constitutions de 2000 et
2016 par la Cour de Cassation), la Chambre Administrative (remplacée dans
les Lois fondamentales de 2000 et 2016 par le Conseil d’Etat) et la Chambre
des Comptes (remplacée dans les Constitutions de 2000 et 2016 par la Cour des
comptes). Concernant la compétence de la cour suprême et relativement à une
récente évolution législative, il convient de s’interroger sur le rôle de la cour
suprême. Le rôle d’une cour suprême consiste à contrôler la rectitude juridique
des jugements et surtout des arrêts rendus en dernier ressort par les tribunaux et
les cours d’appel. L’idée qui a présidé à la création de la cour suprême est
d’unifier l’interprétation et/ou l’application de la règle de droit. Sa vocation
est d’être une cour régulatrice afin qu’une règle de droit soit interprétée et
appliquée de la même façon dans toutes les juridictions du pays. La cour se
prononce donc sur la légalité de la décision rendue par les premiers juges. On dit
que la cour suprême « juge les arrêts et non les affaires ». La cour suprême est
juge du droit et non des faits (ou du fond). C’est là toute la différence entre le
pourvoi et l’appel qui ouvre au second degré un débat à la fois sur les faits et le
droit. Le pourvoi a pour unique objet de censurer la conformité du jugement
ou de l’arrêt avec la règle de droit. Toutefois, cette idée semble remise en
cause par l’article 28 nouveau de la loi N° 97-243 du 25 avril 1997 modifiant
et complétant la loi N° 94-440 du 16 août 1994 déterminant la composition,
l’organisation, les attributions et le fonctionnement de la cour suprême qui
dispose que : « En cas de cassation, la chambre judiciaire évoque l’affaire
dont elle est saisie ». L’évocation se définit comme la possibilité de se réserver
une cause, c'est-à-dire une affaire qui devrait être examinée par une juridiction
inférieure. Autrement dit, saisit d’un pourvoi formé contre un arrêt ou un
jugement, la cour suprême va s’emparer de toute l’affaire et statuer sur le tout,
c'est-à-dire sur le moyen du pourvoi et sur le fond du procès par une seule et
même décision. Ainsi, désormais, le déroulement de la procédure devant la cour
suprême se présente de la manière suivante : lorsque la cour suprême est
saisie, sa mission consiste à contrôler la décision contestée. Elle a le choix
entre deux décisions.
Si la cour estime que les premiers juges n’ont commis aucune erreur de droit,
qu’ils ont interprété et appliqué la règle juridique, elle va rejeter le pourvoi
; la décision attaquée devient irrévocable « la chose jugée a force de vérité
légale ». L’affaire est définitivement terminée. Si au contraire, la cour
constate une erreur d’interprétation, elle casse la décision contestée, c'est-à-
dire, elle l’anéantit, elle l’annule. C’est à ce niveau qu’est intervenu le
changement notable opéré par la loi précité du 25 avril 1997. En effet avant
l’intervention de cette loi, après la cassation, la cour suprême renvoyait l’affaire
devant une juridiction de même nature et de même degré que celle dont la
décision a été cassée. Actuellement, après la cassation, la cour suprême doit
évoquer, c'est-à-dire qu’elle va attraire à elle le fond du litige et va donner à
l’affaire une solution définitive. Toutefois, l’alinéa 3 de l'article 28 nouveau de
la loi précitée, indique que « si après cassation d’un arrêt ou d’un jugement rendu
en dernier ressort, l’arrêt de cassation est attaqué par les mêmes parties
procédant en la même qualité avec les mêmes moyens, le président de la
cour suprême saisi par ordonnance de renvoi avec indication de la date
d’audience la chambre judiciaire qui statue toute formation réunie, les
formations réunies de la chambre judiciaire statuent alors sans possibilité
de renvoi » précise le dernier alinéa du même article 28. Par ailleurs, il faut
relever que la cassation avec renvoi n’est pas totalement supprimée puisque
l’article 28 nouveau de la loi précitée dispose en son alinéa 2 que le renvoi est
obligatoire : • En cas de cassation pour incompétence : dans cette hypothèse,
la chambre judiciaire renvoie l’affaire devant la juridiction compétente. • En cas
de cassation d’une décision intervenue sur l’action publique (en matière pénale,
procédure pénale, est-ce que les conditions étaient respectées…) : en cette
occurrence, la chambre judiciaire renvoie l’affaire devant une autre
juridiction de même nature expressément désignée ou devant la même
juridiction autrement composée. On retiendra de tout ce qui précède qu’il est
désormais possible de former un recours contre un arrêt de la cour suprême.
Cet arrêt devant être toutefois un arrêt de cassation. Cette solution est
logique puisque la haute cour peut statuer maintenant en droit et en faits. Les
juges de la cour suprême seraient donc devenus des juges du fond à l’instar de
leurs homologues des tribunaux et des cours d’appel. En un mot, la cour
suprême serait donc devenue un troisième degré de juridiction. Une telle
opinion est cependant à notre humble avis excessive et gagnerait à être
fortement nuancée.
En effet la cour suprême statue toujours principalement en droit et ce
n’est qu’occasionnellement (en cas de cassation) et accessoirement qu’elle juge
en fait et en droit. (Elle ne peut être saisie que sur un problème de droit, article
206 CPC…, elle statue toujours en droit, et en cas de rejet elle n’aura jugé
qu’en droit ; même dans l’hypothèse de la cassation qui l’oblige à statuer en
droit et en fait, ce n’est qu’après avoir jugé en droit qu’elle peut juger en
fait ; elle n’est donc que juge du droit contrairement à la cour d’appel ; il
faut qu’il y ait cassation avant que la CS ne juge en fait, ce n’est donc pas à juste
titre que l’on affirme qu’elle est un troisième degré de juridiction). Rejet
Cassation jugement en droit d’abord. Jugement en droit ; après constatation de
la méconnaissance de certaines règles de droit. Jugement uniquement qu’en
droit. Jugement en fait et en droit. Pour terminer, il faut savoir que dans le
cadre communautaire, le traité de l’OHADA a mis sur pied une cour supérieur
dénommée Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA). Celle-ci est une
juridiction suprême ou de cassation, car elle assure l’unité d’interprétation
et d’application des actes uniformes par les Etats parties. La CCJA va donc se
substituer à la cour suprême ou de cassation nationale de chaque Etat partie pour
connaître des recours en cassation formés contre les décisions rendues en dernier
ressort mettant en jeu des actes uniformes. S’agissant de son rôle ou de sa
compétence, la CCJA a le pouvoir à l’instar de la cour suprême ivoirienne de
statuer après cassation sur le fond, d’évoquer l’affaire (voir article 14 alinéa
3 du traité de l’OHADA) sans renvoyer à une juridiction nationale du fond de
l’Etat concerné.
CHAPITRE 2 : LA COMPÉTENCE TERRITORIALE
La bonne juridiction ayant été soulignée dans son rôle, son degré et sa nature, il
faut ensuite établir parmi les juridictions de même nature celle qui sera
géographique compétente au regard de la localisation géographique de l’affaire.
Autrement dit les données du problème sont les suivantes : une fois
déterminée, la juridiction matériellement compétente pour connaître du litige
(par exemple le TPI) il reste à choisir celle qui territorialement va en
connaître (par exemple le TPI de Gagnoa). La détermination de la juridiction
compétente ne repose plus sur la nature ni sur la valeur du litige, mais sur
sa localisation : va en connaître la juridiction dans le ressort territorial de laquelle
le litige est situé. Mais les éléments constitutifs du litige ou les éléments
mis en cause par le litige pouvant être localisés en des lieux différents, des
choix s’imposent. La loi réalise ses choix au moyen des règles de compétence
territoriale. Les règles de compétence territoriale sont pour l’essentiel
éditées dans le code de procédure civile dans les articles 10 à 18. Pour
l’essentiel et non pas exclusivement, car il faut également tenir compte
des dispositions particulière que le code de procédure civile en d’autres
endroits où d’autres textes consacre à la compétence territoriale des juridictions
(Voir par exemple l’article 2 nouveau de la loi relative au divorce et à la
séparation de corps qui dispose que le tribunal compétent en matière de divorce
et de séparation de corps : - Le tribunal du lieu où se trouve la résidence de la
famille ; - Le tribunal du lieu de résidence de l’époux avec lequel habitent les
enfants mineurs - Le tribunal du lieu où réside l’époux qui n’a pas pris
l’initiative de la demande dans les autres cas). Cependant, quelles que soient
leurs sources, les règles de compétence territoriale reposent sur un principe
: celui de la compétence du tribunal du domicile du défendeur, le "forum
rei" qui est assorti de multiples dérogations.
SECTION 1 : PRESENTATION DU PRINCIPE DE LA
COMPETENCE DU TRIBUNAL DU DOMICILE DU DEFENDEUR
La règle traditionnelle « actor sequitur forum rei » en vertu de laquelle le
tribunal compétent est celui du domicile du défendeur a été consacrée par
l’article 11 du code de procédure civile. La justification de cette règle est aisée à
comprendre.
Il est, en effet, normal que ce soit à celui qui prend l’initiative de modifier la
situation acquise de prendre sur lui les inconvénients d’un éventuel
déplacement. Jusqu’à preuve du contraire, le défendeur est réputé ne rien devoir
de même qu’il n’a rien à démontrer. Il n’a donc pas à se déranger pour aller se
défendre devant un tribunal éloigné de son domicile. Cependant, cette règle
qu’il convient d’énoncer subit des altérations par la jonction d’une option
de compétence. Paragraphe 1 : Énoncé du principe Selon les dispositions de
l’article 11 alinéa 1er du code de procédure civile « le tribunal
territorialement compétent en matière civile est celui du domicile réel ou élu du
défendeur et, en l’absence de domicile, celui de sa résidence ». Toutefois, cette
solution de principe soulève deux (2) séries de problèmes qui concernent
l’hypothèse où il y a plusieurs défendeurs et celle dans laquelle le défendeur
est un ivoirien établi à l’étranger ou un étranger n’ayant en Côte d’Ivoire ni
domicile ni résidence.
A- PLURALITE DE DEFENDEURS
Il peut arriver qu’une instance comporte plusieurs défendeurs. En pareille
situation, décide l’article 11 alinéa 2 code de procédure civile que : «
L’action peut être portée indifféremment devant le tribunal du domicile ou à
défaut de la résidence de l’un d’eux ». Si par exemple un défendeur est
domicilié à Gagnoa, le deuxième à Korhogo et le troisième à Bouaké, le
demandeur peut assigner ses trois(3) adversaires ensemble devant les
juridictions de l’une de ces villes à son choix. Cette solution se justifie de la
manière suivante : il serait contraire à une bonne administration de la justice
d’obliger le demandeur à former des demandes distinctes devant des tribunaux
différents. Ce qui entraînerait des frais supplémentaires et exposerait surtout
au risque d’une contrariété de décision (les différentes demandes doivent être
unies entre elles par un lien de connexité ou d’indivisibilité. Par exemple, il
peut s’agir de demande formée contre des codébiteurs).
B- LE DEFENDEUR EST UN IVOIRIEN ETABLI A L’ETRANGER
OU UN ETRANGER N’AYANT EN CI NI DOMICILE NI
RESIDENCE
Dans ces cas, l’article 11 alinéa 4 du code de procédure civile dispose que
le tribunal compétent est celui du domicile du demandeur. Cette solution ne doit
pas faire croire qu’il y a ici dérogation ou entorse à la règle du "forum rei".
Elle s’impose en effet, car il est impossible juridiquement de la faire jouer sans
heurter la règle de la territorialité (postulat selon lequel le droit en vigueur dans
un territoire d’une part est seul applicable dans ce territoire, d’autre part n’a pas
d’effet hors de ce territoire). Paragraphe 2 : Altération du principe par une option
compétente Il peut arriver que le législateur soucieux de mieux protéger
le demandeur offre à celui-ci un choix entre plusieurs tribunaux parmi lesquels
figure le lieu où demeure le défendeur. La règle traditionnelle du "forum rei"
n’est donc pas écartée : elle est simplement assouplie au profit du
demandeur. Il en est ainsi dans les hypothèses prévues à l’article 11 alinéas
5 du code de procédure civile.
A- EN MATIERE DE PENSION ALIMENTAIRE
Dans ce cas, outre le tribunal du domicile du défendeur, est également compétent
celui du domicile du demandeur.
B- EN MATIERE DE CONTESTATION RELATIVE A DES
FOURNITURES, TRAVAUX, LOCATION, LOUAGE
D’OUVRAGE OU D’INDUSTRIE
Dans ces hypothèses, la loi indique qu’en plus du tribunal du domicile du
défendeur, est également compétent celui du lieu où la convention a été
contractée ou exécutée. NB : cette règle n’est pas applicable en droit du travail,
où il existe des dispositions particulières. En matière de responsabilité civile,
lorsque celle-ci résulte d’un contrat, d’un délit ou d’un quasi-délit Ici, outre le
tribunal du domicile du défendeur, est également compétent celui du lieu où le
fait constitutif du dommage s’est produit.
SECTION 2 : EVICTION DU PRINCIPE PAR UNE REGLE DE
COMPETENCE PARTICULIERE
Ici, contrairement aux hypothèses que nous venons d’examiner, la loi ne cherche
pas à atténuer la règle « actor sequitur forum rei ». Elle retient un critère
de compétence différent. Cette solution qui peut être justifiée par des
considérations propres à la matière du litige ou la juridiction saisie concerne
plusieurs situations.
1- EN MATIERE IMMOBILIERE
Le tribunal compétent est celui de la situation de l’immeuble litigieux. La loi
(article 12 alinéa 1 du code de procédure civile) indique que cette solution vaut
en matière réelle immobilière ou en matière mixte immobilière.
2- EN MATIERE DE GARANTIE
Le tribunal compétent est, aux termes de l’article 12-2 celui devant lequel la
demande principale est pendante.
3- EN MATIERE SUCCESSORALE
Le tribunal compétent est « celui du lieu d’ouverture de la succession s’agissant
des demandes entre héritiers, des demandes formées par les créanciers du défunt
avant le partage ainsi que celles relatives à l’exécution des dispositions à
cause de mort jusqu’au jugement définitif » (article 12-3).
4- EN MATIERE D’EMOLUMENT ET DE DEBOURSES DES
OFFICIERS PUBLICS OU MINISTERIELS
Le tribunal compétent est celui devant lequel des frais ont été faits. L’article 12-
4 du code de procédure civile indique par ailleurs que s’il n’y a pas eu
d’instance, le tribunal compétent est celui du domicile des dits officiers publics.
5- EN MATIERE COMMERCIALE
La solution est prévue par l’article 13 du code de procédure civile qui indique
que le tribunal compétent est au choix du demandeur : - Celui du domicile réel
ou élu du défendeur et en l’absence du domicile, celui de sa résidence. - Celui
dans le ressort duquel la promesse a été faite et la marchandise a été ou devait
être livrée. - Celui dans le ressort duquel le paiement a été ou devait être effectué.
Le dernier alinéa de l’article 13 dispose in fine qu’en matière commerciale,
sont également applicables les dispositions des alinéas 2, 3 et 4 de l’article 12.
6- EN MATIERE DE PROCEDURE COLLECTIVE (PROCEDURE
AYANT REMPLACE DEPUIS L’AVENEMENT DE L’ACTE
UNIFORME DE L’OHADA LA FAILLITE ET LA
LIQUIDATION JUDICIAIRE).
La juridiction compétente est le tribunal du domicile du débiteur défaillant.
7- EN MATIERE DE SOCIETE
Tant que la société existe, l’instance est portée soit devant le tribunal du siège
social ou d’une succursale soit devant le domicile ou de la résidence de son
représentant.
8- EN MATIERE FISCALE
Le tribunal compétent est celui du lieu de l’établissement de l’impôt.
9- EN MATIERE ADMINISTRATIVE
- Celui du lieu d’affectation de l’agent pour tout litige d’ordre individuel
intéressant les fonctionnaires ou les agents aux services de l’Etat ou d’une
collectivité publique.
- Celui dans le ressort duquel se trouvent les immeubles litigieux pour les
litiges relatifs aux déclarations d’utilité publique, au domaine public et aux
affectations d’immeubles.
- Celui du lieu d’exécution des marchés, contrats ou concession pour les litiges
relatifs à cette matière.
- Celui du lieu où le fait générateur du dommage s’est produit en matière de
dommage résultant d’une cause autre que la méconnaissance d’un contrat.
- Dans tous les autres cas, celui dans le ressort duquel l’autorité qui a pris la
décision attaquée ou a signé le contrat litigieux à son siège.
10- EN MATIERE SOCIALE
L’article 81 alinéa 10 du code du travail dispose que le tribunal compétent est
celui du lieu du travail. Toutefois, la loi précise que pour les litiges nés de la
résiliation du contrat de travail et nonobstant toute attribution
conventionnelle de juridiction, le travailleur a un choix entre le tribunal de sa
résidence et celui du lieu du travail. Pour en finir avec les règles de
compétence territoriale, il faut retenir que la loi, à travers l’article 18 du
code de procédure civile affirme le caractère d’ordre privé de celle-ci (règle de
compétence territoriale) : il peut être dérogé aux règles de compétence
territoriale par convention expresse ou tacite (la convention est réputée
tacite, dispose la loi, dès lors que l’incompétence du tribunal n’a été soulevée
avant toute défense au fond). Cependant, la loi précise que les règles de
compétence territoriale sont d’ordre public dans 2 cas : d’abord en matière
administrative, ensuite, lorsqu’une disposition légale attribue compétence
exclusive à une juridiction déterminée. En revanche, les règles de compétence
d’attribution sont d’ordre public. Est nulle toute convention y dérogeant (article
9 du code procédure civile).
CHAPITRE 3 : L’ETENDUE DES REGLES DE COMPETENCE
La compétence d’attribution et la compétence territoriale d’une juridiction
se déterminent en fonction de la demande introductive d’instance.
Cependant, tout au long du procès, vont apparaître certains éléments qui, s’ils
avaient existé auparavant auraient pu modifier le choix de la juridiction à saisir.
C’est le problème des questions litigieuses. Dans certaines hypothèses,
également, il est donné le pouvoir de juger un litige à une juridiction qui, par
application des règles ordinaires de compétence n’aurait pas dû connaître
d’un tel procès. C’est le problème de la prorogation de compétence.
SECTION 1 : LES QUESTIONS LITIGIEUSES
Elles posent le problème des limites dans lesquelles s’exerce le pouvoir
de statuer d’une juridiction saisie. On distingue différentes questions
litigieuses parmi les moyens de défense et les demandes incidentes. Paragraphe
I : Les moyens de défense. Il faut d’abord les présenter avant de s’intéresser à
la règle « le juge de l’action est le juge de l’exception ».
A-PRESENTATION DES MOYENS DE DEFENSE (voir plus haut)
B-LE PRINCIPE : « LE JUGE DE L’ACTION EST JUGE DE
L’EXCEPTION »
Il convient de présenter ce principe qui souffre d’une exception en cas de
question préjudicielle.
1- LE PRINCIPE
Lorsque le défenseur oppose un moyen de défense au demandeur, la juridiction
saisie de la demande principale est-elle compétente pour connaître également
des moyens de défense opposés à la demande ? La question de la juridiction
saisie à l’égard des moyens de défense a été résolue par la loi en fonction du
principe : « Le juge de l’action est juge de l’exception ». En d’autres termes, la
juridiction saisie de la demande principale est compétente pour statuer sur les
moyens de défense qui opposés au principal auraient échappé à sa compétence.
L’article 17 du CPC… énonce à cet égard : « dans tous les cas, le
tribunal territorialement compétent pour connaître d’une demande principale,
l’est également pour connaître de toute demande accessoire, incidente ou
reconventionnelle et toute exception relevant de la compétence territoriale
d’une autre juridiction ».
Des raisons de logique judiciaire justifient cette règle. Le juge pourra en effet
grâce à cette règle se prononcer sur le bien-fondé de l’action compte tenu des
prétentions des différentes parties. Le procès apparaît ainsi dans toute son unité.
En acceptant que le juge soit valablement saisi des défenses, on lui permet
d’avoir une vue d’ensemble sur les prétentions des plaideurs.
2- EXCEPTION AU PRINCIPE EN CAS DE QUESTION
PREJUDICIELLE.
Ce principe subit certaines exceptions. Celles-ci tiennent à l’existence d’une
question préjudicielle, échappant de par sa nature à la connaissance des
tribunaux de l’ordre judiciaire. Tel est le cas lorsque le jugement du procès
civil dépend de la solution d’une question réservée aux juridictions
administratives (question préjudicielle administrative ; exemple : exception
d’illégalité soulevée devant un juge civil) ou aux juridictions criminelles
(question préjudicielle pénale ; exemple : voire le principe « le criminel
tient le civil en état »). Dans ces deux catégories d’éventualité, le tribunal
saisi de l’action principale doit sursoir à statuer, jusqu’à ce que la question
préjudicielle soit tranchée, et cette juridiction est liée par la décision de la
juridiction qui aura statué sur la question préjudicielle. Paragraphe 2 : les
demandes incidentes. Est appelée demande incidente, toute demande qui
n’ouvre pas l’instance, mais intervient au cours d’un procès déjà engagé, elle
vient s’ajouter à la demande initiale en venant comme se greffer à elle. Elle
émane du demandeur (demande additionnelle) ou du défendeur (demande
reconventionnelle) ou d’un des plaideurs contre un tiers, ou d’un tiers contre l’un
des plaideurs (demande en intervention).
A- LA DEMANDE ADDITIONNELLE
Est appelée demande additionnelle, la demande par laquelle le demandeur
en cours d’instance, formule une prétention nouvelle, mais connexe à la
demande initiale. Ainsi, par exemple, constitue une demande additionnelle, une
demande formée après une demande initiale en divorce et portant sur la garde
d’un enfant mineur, intervenant en cours d’instance. En effet, elle est
différente de la demande nouvelle. Cette dernière diffère de la demande
initiale, par l’un de ses éléments constitutifs (partie objet ou cause), qu’elle soit
présentée par le demandeur, le défendeur ou un tiers, le principe de
l’immutabilité du litige tend à déclarer irrecevable toute demande nouvelle.
B - LA DEMANDE RECONVENTIONNELLE. (Déjà étudiée)
C-LA DEMANDE EN INTERVENTION
Il s’agit de toute demande qui tend à faire d’une tierce personne, une partie au
procès. Aux termes de l’article 103 du CPC… L’intervention peut être volontaire
ou forcée. Elle est volontaire lorsque le tiers au procès demande lui-même
à y figurer pour défendre ses droits. Elle est forcée lorsqu’au cours de
l’instance, l’une des parties oblige une tierce personne à figurer au procès.
Ainsi selon les dispositions de l’article 103 alinéa 2 du CPC… « Les parties
peuvent aussi assigner en intervention forcée, ou en déclaration du jugement
commun celui qui pourrait user de la voie de la tierce opposition contre le
jugement, à intervenir ». Par ailleurs, selon l’alinéa 3 du même article, « le juge
peut d’office et en tout état de cause ordonner l’intervention d’un tiers dans une
procédure, lorsqu’il estime que la présence de ce dernier est indispensable à
l’appréciation du litige ».
SECTION 2 : LA PROROGATION DE COMPETENCE
Proroger la compétence d’une juridiction, c’est lui donner le pouvoir de
juger une demande qui normalement excède les limites de sa compétence telle
qu’elle est définie par la loi. On peut donc affirmer que la prorogation de
compétence est une extension de la compétence normale d’une juridiction,
non pas pour juger un moyen de défense ou une demande incidente, mais pour
juger une demande principale, ce qui est beaucoup plus grave. Si par exemple,
d’un commun accord, les plaideurs décident de saisir le TPI de Gagnoa,
alors que le tribunal normalement compétent eut été celui de Korhogo, on
dira que la compétence du tribunal de Gagnoa a été prorogée.
2 EME PARTIE : L’INSTANCE ET LE JUGEMENT OU LA THÉORIE
DU PROCÈS
Le procès que crée une partie au moyen d’une demande initiale ou
introductive d'instance appelle des interrogations. Pour le plaideur, la question
immédiate est celle de son déroulement, si l’on peut s’exprimer ainsi : qui
fait quoi ? Quel pouvoir le législateur reconnaît-il aux parties et au juge et
comment doivent-ils les exercer ? Quels sont les types ou encore les effets des
décisions rendues suite au procès ? Les parties ont-elles la possibilité de
renouveler le procès ? Toutes ces interrogations sont relatives au
déclenchement du procès civil, à son déroulement ou à son achèvement.
Elles conduisent donc à s’intéresser d’une part à l’instance (Chapitre 1) d’autre
part au jugement (Chapitre 2).
CHAPITRE 1 : L’INSTANCE
L’instance implique une attente. Au plan processuel, l’instance peut être
définie comme le processus permettant étant mise en œuvre d’aboutir à
une décision judiciaire. Deux (2) éléments découlent de l’instance : le lien
d’instance et le déroulement de l’instance.
SECTION 1 : LE LIEN D’INSTANCE
La demande initiale comporte cet effet particulier de créer le lien
d’instance. On appelle instance, la période de temps qui commence avec la
demande initiale (encore appelée pour cette raison, demande introductive
d’instance) et qui s’étend jusqu’au jugement ou jusqu’à la survenance d’un
incident y mettant prématurément fin. Pendant toute l’instance, les parties
au procès sont soumises à un lien juridique ou rapport juridique d’instance.
Cette expression signifie que, tant que dure l’instance, les parties deviennent les
destinataires de nouvelles règles relevant du droit judiciaire. Sous peine de
diverses sanctions elles vont être contraintes de comparaître ou d’effectuer
certains actes de procédure. Le vocabulaire juridique reflète l’existence de
ce lien puisque l’on dit que le demandeur et le défendeur sont des parties
: ils sont parties au lien d’instance. L’instance est une situation qui se
compose de différents éléments. C’est aussi une situation singulière dont il
faut dégager les caractères spécifiques.
PARAGRAPHE 1 : LES ELEMENTS CONSTITUTIFS DU LIEN
D’INSTANCE
L’instance se compose d’un élément subjectif et de 2 éléments objectifs.
A- L’ELEMENT SUBJECTIF DE L’INSTANCE
Les personnes qui participent à l’instance sont naturellement les parties,
c'est-à-dire défendeur(s). Mais, le lien du procès peut englober également
des personnes qui étaient des tiers et qui, relevant de la technique de
l’intervention ont à faire connaître ce qu’elles savent des faits de la cause.
1- LES PARTIES
L’instance se déroule normalement entre les parties. La situation la plus
fréquente est celle qui oppose un demandeur à un défendeur. Les parties
conduisent l’instance en accomplissant tous les actes de procédure et en
respectant les délais requis. Si les parties peuvent agir et se défendre elles-
mêmes, elles peuvent également se faire représenter ; par conséquent, la règle «
nul ne plaide par procureur » ne signifie pas qu’il est interdit de se faire
représenter, mais signifie seulement que le représentant du plaideur doit toujours
mentionner le nom du mandant à côté du sien.
2- LES TIERS
Dans l’ombre en quelque sorte des parties, se trouvent certaines personnes
auxquelles la chose jugée entre demandeur et défendeur sera opposable
parce qu’elles ont été représentées par l’un des plaideurs : héritier(s),
créancier(s), débiteur(s). Mais, il y a des manières plus directes pour un tiers
d’être mêlé à une instance :
- Les mécanismes de l’intervention volontaire ou forcée sont susceptibles
d’élargir quant aux parties le cadre initial de l’instance en y introduisant
des personnes qui avaient primitivement la qualité de tiers, mais qui se sont
spontanément glissées dans l’instance ou qui y ont été introduites contre leur
volonté.
- La présence d’un tiers peut être nécessaire pour mener à bien l’instruction : ce
tiers a été témoin de certains ou bien encore, il détient un document dont la
production est nécessaire à la manifestation de la vérité.
B- LES ELEMENTS OBJECTIFS DE L’INSTANCE
Il s’agit d’une part de l’objet et d’autre part de la cause de l’instance.
1- L’OBJET DE L’INSTANCE
Il s’agit de l’objet de la demande. En effet, l’objet de l’instance est la chose
demandée qui est la matière du litige. C’est la prétention qui correspond à ce que
l’on cherche à obtenir par décision judiciaire. En d’autres termes, c’est ce sur
quoi porte la prétention du demandeur. Par exemple le paiement d’une créance,
l’expulsion d’un locataire, la reconnaissance d’un droit de propriété, la nullité
d’un contrat, l’annulation d’un mariage. En un mot, l’objet de la demande
s’entend des mesures ou décisions que l’on sollicite du juge. Il ne doit pas être
confondu avec la demande elle-même qui est l’acte par lequel le tribunal est
donc saisi. L’objet fixe le cadre du litige. Il est introduit et délimité par l’acte
introductif d’instance et peut être modifié par une ou des demandes incidentes.
Le juge ne peut se prononcer que sur ce qui lui est demandé par les parties (on
dit qu’il est interdit au juge de statuer « ultra petita ».
2- LA CAUSE DE L’INSTANCE
Il s’agit de la cause de la demande. La cause de la demande, c’est l’acte
ou le fait juridique qui constitue le fondement du droit dont on demande
la sanction. Par exemple, si un vendeur demande en justice le paiement du prix
de la cause vendue, la cause de sa demande sera le contrat de vente.
En un mot, la cause de la demande est le principe générateur du droit
invoqué. La cause de l’instance est l’ensemble des faits allégés pour obtenir en
justice le résultat souhaité en application d’une norme juridique. C’est le
fondement juridique de la demande. La cause ne doit pas être confondue avec
l’objet de la demande. Ainsi, dans l’exemple précité, on dira que l’objet de la
demande est le paiement du prix alors que la cause est le contrat de vente. Dans
un contrat de prêt en vertu duquel le demandeur réclame la restitution de
la chose, la restitution de la chose est l’objet de la demande alors que la
cause est le contrat de prêt. La cause invoquée par les parties est indicative. Il
appartient au juge, sur la base des faits allégués et trouvé tout au long de
l’instance de dire le droit.
PARAGRAPHE 2 : LES CARACTERES DE L’INSTANCE
L’instance est une situation juridique qui se singularise à un double point de vue.
Elle développe ses effets en présence d’un personnage officiel qui est le
juge. Elle est également une situation juridique évolutive. Par ailleurs, il faut
relever que l’instance a un caractère processuel.
A- CARACTERE LEGAL DE L’INSTANCE
Aujourd’hui, la doctrine considère que le lien d’instance revêt un caractère légal.
Ce sont les obligations que la loi impose aux parties dès lors qu’une instance est
formée. On doit seulement préciser que le déclenchement de ce statut
légal est lié à l’acte juridique unilatéral que constitue la demande introductive
d’instance.
B- CARACTERE FORMEL ET EVOLUTIF DE L’INSTANCE
L’instance a un caractère formel et évolutif accentué. Un même rapport de droit
peut engendrer plusieurs instances. À l’inverse, une même instance peut
grouper les difficultés liées à plusieurs rapports de droit (demandes
connexes). Elle peut réunir plusieurs personnes comme demanderesse ou
défenderesses (covendeur, co-assureur, co-obligés, codébiteur)
C- CARACTERE PROCESSUEL DE L’INSTANCE
Ce caractère signifie que le lien juridique d’instance n’affecte pas en soi les
rapports de droit substantiel qui peuvent exister entre les parties. Le lien
juridique qui se forme entre les parties dans le cadre de l’instance s’ajoute ou se
superpose aux rapports de droit substantiel, mais ne le remplace pas.
Concrètement, il en résulte que si pour une raison ou pour une autre l’instance
vient à s’éteindre avant le jugement, le droit substantiel ne s’en trouve pas
affecté : l’extinction prématurée de l’instance n’exerce aucune influence sur
l’existence et la consistance des droits substantiels des parties et une
nouvelle demande peut être soumise aux juges.
SECTION 2 : LE DEROULEMENT DE L’INSTANCE
Deux points doivent être ici analysés. D’une part, il faut s’intéresser aux
principes fondamentaux gouvernant l’instance, et d’autre part s’arrêter sur
la procédure de l’instance.
PARAGRAPHE 1: LES PRINCIPES FONDAMENTAUX
GOUVERNANT L’INSTANCE
Ces principes sont relatifs au droit de direction du procès (au rôle du juge
et des parties), au principe du contradictoire, encore appelé principe de la
contradiction et au formalisme de l’instance.
A- DROIT DE DIRECTION DU PROCES : LE ROLE DU JUGE ET
DES PARTIES
Sur cette question, en matière de législation, on peut concevoir deux (2) systèmes
: un système inquisitoire et un système accusatoire. Dans le système inquisitoire,
le juge exerce un rôle prépondérant dans la conduite de l’instance et dans
la recherche des preuves. Ceci s’inspire de l’idée que la justice est un service
public et que le juge a le devoir de tout mettre en œuvre pour découvrir la
vérité éventuellement contre le gré des plaideurs. Une procédure est dite
accusatoire lorsque le rôle principal dans le déclenchement et dans la conduite
de l’instance dans la recherche des preuves est réservé aux parties. Le rôle du
juge se réduit à celui d’un arbitre chargé de départager les parties. À l’origine,
seul le contentieux civil et commercial était soumis à un système
accusatoire, le contentieux répressif et le contentieux administratif relevaient
d’un système inquisitoire. Le code de procédure civile, commerciale et
administrative de 1972 maintient le principe traditionnel sur le rôle des parties,
mais la tendance actuelle est que le juge n’a plus un rôle passif, il veille
au bon déroulement de l’instance. Autrement dit, on évolue vers un système
mixte. Même en matière pénale, la procédure inquisitoire subit certaines
atteintes afin que les droits de l’individu ne soient pas sacrifiés sur l’autel des
impératifs de la répression.
B- LE PRINCIPE DU CONTRADICTOIRE : LE RESPECT DES
DROITS DE LA DEFENSE
Le principe du contradictoire offre aujourd’hui deux(2) visages bien
distincts : l’un concerne les parties et l’autre est relatif au juge.
1- LE PRINCIPE DU CONTRADICTOIRE ENTRE LES PARTIES
Les raisons du principe du contradictoire sont claires : d’une part, c’est un
principe élémentaire de justice qu’une personne puisse faire valoir ses arguments
avant d’être jugée. D’autre part, pour rendre un jugement éclairé, le juge a besoin
d’entendre toutes les parties au procès. C’est ce qu’exprime l’adage « audi et
alteram partem » (écoute aussi l’autre partie). Le principe du contradictoire se
manifeste d’abord au moment de la présentation des demandes. Il
commande que le défendeur ait connaissance des demandes qui sont formées
contre lui pour être à même de participer aux débats. Il se manifeste ensuite
pendant tout le cours du procès par l’exigence d’un débat pleinement
contradictoire.
2- LE PRINCIPE DU CONTRADICTOIRE A L’EGARD DU JUGE
C’est le second sens du principe. Il signifie que le juge doit soumettre à la
discussion des parties les initiatives qu’il prend dans l’application du droit.
C- LE FORMALISME DE L’INSTANCE
1- LA PROCEDURE CIVILE, UNE PROCEDURE ORALE ET
ECRITE
La procédure de l’instance peut être écrite ou orale. Lorsqu’elle est
exclusivement écrite, le tribunal juge sur pièce c'est-à-dire les mémoires ou les
conclusions rédigées par les parties. La procédure est orale lorsque les parties
s’expliquent verbalement et que le tribunal statue sur leurs explications. Mais en
fait, aucun système n’est exclusivement oral ou exclusivement écrit. Dans tous
les procès l’écrit et l’oral se pratiquent.
2- LA PUBLICITE DE LA PROCEDURE
Le second aspect de formalisme de l’instance est constitué par la publicité
de la procédure. Une exigence est essentielle à la clarté et à la régularité des
débats : c’est leur caractère public et non secret. Cette publicité dépasse
même l’intérêt privé des plaideurs et intéresse même tous les justiciables. À
cet égard, l’oralité des débats est précieuse. La publicité impose que le public
soit admis à l’audience que ce soit lors des plaidoiries ou lors de la lecture du
jugement.
Cette publicité connaît cependant une certaine restriction : dans certains
cas, la loi exige que les débats aient lieu en chambre du conseil, c'est-à-dire
en dehors de tout public. Il en va ainsi par exemple généralement en matière de
divorce où des raisons de discrétion familiales imposent ce choix. Paragraphe 2
: La procédure de l’instance Elle concerne d’une part l’instruction du procès et
d’autre part les incidentes instances.
A- L’INSTRUCTION DU PROCES
Après production de l’acte introductive d’instance (assignation ou requête) le
greffier de la juridiction saisie va instruire l’affaire. C’est la mise au rôle de
l’affaire. Après la mise au rôle, le tribunal va siéger et le greffier va appeler la
cause. Si les 2 parties sont présentes, on aura un procès contradictoire. Si l’une
des parties est absente, le procès sera jugé par défaut. Si les deux (2) parties
sont absentes, l’affaire est biffée du rôle. Aux termes de l’article 47 du code
de procédure civile « si au jour fixé pour l’audience les parties comparaissent
ou sont régulièrement représentées, le tribunal peut :
- Soit retenir l’affaire s’il estime qu’elle est en état d’être jugée le jour même. -
Soit fixer la date à laquelle, l’affaire plaidée et impartir les délais utiles à
la communication de pièces ou au dépôt de conclusions, ces délais devant être
observés à peine d’irrecevabilité des dites pièces et conclusion. Cette
irrecevabilité sera prononcée d’office par le tribunal, à moins que
l’inobservation des délais résulte d’un cas fortuit ou de force majeure.
- Soit renvoyer l’affaire devant le président d’audience ou devant le juge
qu’il désigne parmi les juges de la formation de jugement pour être mise en état
par ses soins ».
B- LES INCIDENCES D’INSTANCE
Les incidences que régissent les articles 107 à 114 peuvent être réparties
en deux groupes. Les uns affectent la poursuite de l’instance, les autres mettent
fin à l’instance. Le 1er entraîne l’arrêt temporaire de l’instance. Par exemple,
le décès de l’une des parties ou encore la perte de sa capacité d’ester en justice
interrompt l’instance qui ne reprendra qu’avec ceux ayant qualité pour le faire.
Le second groupe produit un effet plus encore puisqu’il entraîne l’extinction
de l’instance. On peut parler d’une extinction prématurée en ce que
l’instance s’éteint avant le jugement qui en constitue le terme normal.
1- LES INCIDENTS AFFECTANT LA POURSUITE DE L’INSTANCE
: L’INTERRUPTION DE L’INSTANCE
L’interruption de l’instance n’a aucun effet rétro actif, elle n’affecte pas
les actes antérieurs. L’instance se trouve seulement arrêtée. Il faut présenter
les causes d’interruption de l’instance avant de s’intéresser aux formalités de la
reprise. a- Les causes d’interruption de l’instance Ces causes se rattachent à une
modification dans la situation des parties : par exemple le décès de l’un des
plaideurs. Selon les dispositions de l’article 107 du code de procédure
civile : « L’instance est interrompue et le dossier est provisoirement classé
au greffe à la suite du décès de l’une des parties ou de la perte de sa capacité
d’ester en justice du décès du représentant légal ou de la perte par celui-ci de
cette qualité, à moins que l’affaire ne soit déjà en état auquel cas le tribunal peut
statuer ». Par ailleurs, l’article 110 du code de procédure civile énonce que
« l’interruption d’instance entraîne la suspension de tous les délais en cours
et la nullité de tous actes de procédure faits pendant cette interruption ». b-
La reprise de l’instance Elle est prévue par les articles 108 et 109 du code
de procédure civile. Selon les dispositions de l’article 108 « lorsqu’il a
connaissance du décès ou du changement d’état d’une partie, le juge de la mise
en état doit inviter à rependre l’instance ceux qui auraient calculé pour le faire ».
Aux termes de l’article 109 l’instance est reprise […] soit à la requête de l’une
des parties en l’encontre des héritiers du représentant légal de l’autre soit
inversement. À défaut d’une déclaration expresse, l’instance est tenue pour
reprise avec ceux qui ont été appelés à la reprendre en vertu de 1er acte de
procédure fait par ces derniers ».
2- LES INCIDENTS METTANT FIN A L’INSTANCE
Ils concernent le désistement d’instance et la péremption d’instance. a- La
péremption d’instance Elle éteint l’instance par l’effet de l’inaction prolongée
des parties. Cet effet que la loi accorde à l’inactivité des parties peut être
envisagé de deux façons distinctes. D’un côté, on peut que le défaut de
diligence est le signe que les parties ont abandonné leur prétention. La
péremption vient alors traduire et officialiser une renonciation tacite
D’un autre côté, la péremption peut être perçue comme sanction, une sorte de
super radiation. En ce qui concerne les conditions de la péremption, il
faut qu’il y ait absence de diligence des parties pendant trois (3) ans. Aux
termes de l’article 111 du code de procédure civile « l’instance est périmée de
plein droit s’il n’a été fait à son égard aucun acte de procédure pendant 3 ans
; tout intéressé peut faire constater la péremption ». Par ailleurs, selon les
dispositions de l’article 112 « le délai de péremption d’instance court contre
toutes les parties ». L’article 114 du code de procédure civile énonce que « la
demande en péremption d’instance doit, à peine d’irrecevabilité être
introduite contre toutes les parties ». S’agissant de ses effets, la péremption
éteint l’instance. Il serait plus exact de dire qu’elle efface l’instance de telle
sorte qu’il n’en reste rien : l’article 113 du code de procédure civile dispose
en son 1er alinéa que « la péremption prononcée par la juridiction du 1er
degré emporte annulation de tous les actes de procédure. Elle n’éteint pas
l’action ». En d’autres termes, la péremption n’éteignant que l’instance,
n’affecte pas le droit substantiel et une nouvelle demande peut être formée.
Par ailleurs, en son alinéa 2, l’article 113 précité énonce que « l’arrêt de
péremption d’instance rendu par la cour d’appel ou en matière de demande en
rétractation emporte déchéance de la voie de recours ». La disparition de
l’instance de voie de recours consolide le jugement rendu au 1er degré qui
ne peut plus faire l’objet de quelque recours que ce soit. Le jugement étant
devenu irrévocable, il ne peut plus être formé de nouvelles demandes. b- Le
désistement d’instance Il ne doit pas être confondu avec le désistement
d’action. Le désistement d’action s’analyse comme une renonciation au droit
substantiel : le demandeur renonce au droit substantiel qu’il invoquait dans sa
demande. Le désistement d’action est soumis aux mêmes conditions que toute
autre renonciation au droit substantiel : il faut qu’il s’agisse d’un droit dont la
personne puisse disposer et que cette personne ait la capacité d’exercice pour
renoncer valablement. À l’opposé, le désistement d’instance ne porte pas
sur le droit substantiel. Le demandeur ne fait que retirer sa demande pour
mettre fin à l’instance. S’agissant de ses effets, le désistement d’instance met
fin à l’instance. Comme pour la péremption, on devrait dire plus exactement
qu’il l’efface. Tous les actes de l’instance éteinte sont rétroactivement annulés.
Le désistement ne fait pas disparaître le droit substantiel et une nouvelle
demande pourra être formé. Mais, à la différence de la péremption qui est
fondée sur l’inactivité de toutes les parties, le désistement de l’instance repose
sur la volonté des parties à l’acte. C’est ce qui explique qu’en cas de pluralité
de partie, le désistement intervenu entre certains d’entre elles ne modifie pas
la situation des autres. Pour ces dernières, il est « res inter alios actas », c'est-
à-dire « actes passés entre d’autres ». L’effet relatif des contrats s’applique
aux désistements comme autres conventions.]
CHAPITRE 2 : LE JUGEMENT
L’exercice de l’action en justice tend à obtenir du juge un jugement, c'est-
à-dire un acte par lequel la juridiction saisie dit le droit et ordonne en
conséquence toutes les mesures nécessaires pour en assurer le respect. Cette
définition du jugement permet de le distinguer de la décision gracieuse. Dans
la décision gracieuse, le juge statue en dehors de toute contestation : par
exemple, le juge peut accorder des autorisations. On rencontre différentes
sortes de jugement : les jugements contradictoires et les jugements par
défaut, les jugements en 1er ressort et les jugements en dernier ressort, les
jugements définitifs et les jugements "avant dire droit" (décision provisoire prise
au cours de l’instance par exemple, pour organiser l’instruction une
expertise ou une enquête. Un tel jugement ne dessaisit pas le juge et n’a
pas d’autorité de la chose jugée). Ce dernier terme (autorité de la chose jugée)
constitue l’un des effets du jugement que nous devons d’abord étudier avant de
nous intéresser aux voies de recours contre le jugement.
SECTION 1 : LES EFFETS DU JUGEMENT
Le jugement produit des effets variés en fonction de l’objet du litige :
condamnation à des dommages et intérêts, exécution forcée de contrat, expulsion
d’un locataire…
Sur le plan judiciaire, tout jugement produit des effets généraux qui sont
spécifiques :
- Le dessaisissement du juge : en prononçant son jugement, le tribunal épuise
son droit de juridiction, c'est-à-dire que l’instance sera éteinte : « La sentence
une fois rendue le juge cesse d’être juge » selon un adage du droit romain.
- Le jugement produit autorité de la chose jugée.
- Le jugement à force exécutoire. Seuls, les deux derniers de ces effets
retiendront notre attention, le premier ne présentant aucun intérêt pratique.
PARAGRAPHE 1 : L’AUTORITE DE LA CHOSE JUGEE
Dire qu’un jugement a autorité de la jugée, signifie que la décision
désormais incontestable. Cette autorité reconnue par l’article 1351 du code
civil est très importante, car elle donne à l’acte sa portée.
Le jugement a une valeur légale, une présomption de vérité est attachée à lui.
Comme le dit l’adage latin « res judicata proveritate abetur », c'est-à-dire « la
chose jugée est considérée comme étant la vérité ». Il faut analyser les
conditions d’application de l’autorité de la chose jugée avant quelle est la portée
de l’autorité du jugement.
A- CONDITIONS D’APPLICATION DE L’AUTORITE DE LA
CHOSE JUGEE
Pour que l’autorité de la chose jugée s’attache à une décision de justice, il faut,
aux termes de l’article 1351 du code civil que la chose demandée soit la
même que la demande soit fondée sur la même cause, que la demande soit
formée entre les mêmes parties et formée par elle et elle en la même qualité. Ce
texte précise par ailleurs que l’autorité de la chose jugée n’a lieu qu’à l’égard de
ce qui a fait l’objet du jugement. Il faut donc une triple identité : identité
d’objet, identité de cause et identité de personne.
B- PORTEE DE L’AUTORITE DU JUGEMENT
Il s’agit de se demander à l’égard quelle(s) personne(s) le jugement peut
produire autorité de chose jugée. 1- Portée relative de l’autorité
a- À l’égard des parties
La relativité existe d’abord en ce qui concerne les parties. En effet, l’autorité
d’une sentence est enfermée dans le cadre de la triple identité de l’article 1351
du code civil. Ainsi, dès l’instant où une prétention est nouvelle par sa cause, son
objet, la qualité des parties. Elle peut donc être soumise au juge sans se heurter
à l’obstacle de la chose jugée. Dès lors, toute demande formée par un tiers à
l’instance précédente échappe à la fin de non-recevoir tirée de l’autorité de la
chose jugée quand bien même cette nouvelle demande serait en contradiction
avec la chose précédemment jugée. Si par exemple, dans un procès entre Yao
et Digbeu, il a été décidé est l’auteur est le propriétaire de tel terrain, rien
n’interdit à Coulibaly de revendiquer à son tour le même terrain. On dit
que l’autorité de la chose jugée est relative. Il faut par ailleurs préciser que la
référence à la qualité des parties est à prendre au sens précis du mot. L’autorité
de la chose jugée n’existe qu’au profit ou à l’encontre de celui qui a qualité pour
que la demande soit formée pour lui ou contre lui. Par exemple, c’est à l’égard
du mineur représenté dans un procès par son administrateur légal ou son
tuteur que le jugement est doté de l’autorité de la chose jugée. Le jugement
est dépourvu de
l’autorité de la chose jugée à l’égard de représentant de la personne
physique ou morale.
b- À l’égard des tiers
La relativité est donc surtout précieuse pour les tiers. La chose jugée qui
lie les plaideurs n’a aucun effet à l’effet à l’égard de tiers. Ceux qui n’ont
été ni partie ni représentés aux débats ne peuvent se voir opposer une
sentence à laquelle ils sont demeurés étrangers. Mais, il faut alors préciser la
notion de tiers. En principe, le tiers qui n’a pas figuré à l’instance précédente.
Ne sont donc pas certainement des tiers, les personnes qui ont figuré à l’instance
en tant que partie en cause (à titre de demandeur, de défendeur ou d’intervenant).
Les personnes qui ont été représentées (par exemple le mineur représenté par son
père, administrateur légal ou par son tuteur, les ayants causes universels
des parties : les héritiers par exemple et aussi d’après la doctrine classique
française, leur créancier chirographaire). Cependant, les personnes ci-dessus
énumérées qui en principe sont réputées avoir été parties à l’instance – doivent
être considérées comme des tiers lorsqu’elles agissent en une qualité différente
de celle qui était la leur dans l’instance précédente. Si par exemple, un prétendu
créancier agissant en son nom personnel a été débouté d’une action tendant
au paiement d’une dette, il peut former une nouvelle demande ayant un
objet et une cause identique s’il agit cette fois en qualité de gérant d’une
SARL par exemple. Le changement de qualité fait qu’il n’y a plus identité de
partie de telle sorte que l’identité des parties à laquelle fait allusion l’article 1351
du code civil est non pas une identité de personne au sens physique du terme,
mais une identité de personnalité juridique. 2- Les dérogations au principe Dans
des cas exceptionnels, le jugement sera doté d’une autorité absolue, c'est-à-dire
que personne ne sera admise à critiquer la décision rendue. Une telle règle se
justifie par la nature particulière du litige. Ainsi, par exemple, la loi sur la
nationalité dispose que les décisions définitives rendues en matière de
nationalité ont autorité de chose jugée à l’égard de tous. Les jugements de
divorce et de séparations de corps sont opposables à tous. En matière pénale, la
situation de la victime d’une infraction qui n’est pas constituée partie civile
devant la juridiction répressive et qui exerce une action en réparation
devant la juridiction civile constitue une dérogation à l’autorité relative de
la chose jugée.
PARAGRAPHE 2 : LA FORCE EXECUTOIRE DU JUGEMENT
Dire qu’un jugement a force exécutoire signifie que la condamnation prononcée
peut être exécutée par tous les moyens directs et indirects prévus et organiser par
la loi : saisi mobilière ou immobilière, exécution manu militari, astreinte… Le
juge ne détient donc pas seulement le pouvoir de dire le droit. Il a également
le pouvoir de commandement appelé impérium. Ce pouvoir de commandement
du juge se traduit par la formule exécutoire que l’on trouve à la suite de chaque
décision de justice. Le juge dispose donc de la force publique pour faire
exécuter ses décisions. Après avoir indiqué dans quelles conditions un
jugement peut être exécuté (A), il faudra présenter une institution destinée à
faciliter cette exécution : l’exécution provisoire.
A- CONDITIONS D’EXECUTION DES JUGEMENTS
Ces conditions sont au nombre de deux (2). La première est relative à la
signification préalable du jugement et la seconde concerne l’absence de
toute voie de recours ordinaire.
1- SIGNIFICATION PREALABLE DU JUGEMENT
Le seul prononcé du jugement ne suffit pas à le rendre exécutoire. La loi
indique qu’aucune décision de justice ne peut être exécutée sans signification
préalable sauf si la loi en dispose autrement. Cette règle de principe n’est
écartée que dans des hypothèses tout à fait exceptionnelles où la loi permet
l’exécution sur minute (exécution provisoire). On peut citer notamment en
matière de référé l’article 227 du code procédure civile qui autorise le président
du tribunal à ordonner l’exécution de son ordonnance sur la minute « dans les
cas d’extrême urgence ». Il en est de même des ordonnances sur requête
qui elles aussi, sont exécutoires sur minute à cette différence près qu’elles le
sont automatiquement « sans délai, précise l’article 235 du code de procédure
civile ». On peut donc avancer que l’exécution sur minute constitue une
dérogation à la règle de la signification préalable. L’exécution sur minute
permet l’exécution d’une décision que n’est pas passée en force de chose jugée
et qui n’a même pas été signifiée à celui contre lequel on veut la faire mettre
à exécution. L’exécution sur minute permet un gain de temps appréciable.
Le juge remet directement au plaideur la minute de la décision dès qu’il l’a
rédigée dispensant la partie d’en demander une copie au greffe. En outre, la
dispense de signification préalable permet au plaideur de bénéficier d’un effet
de surprise : lorsque la procédure s’est déroulée de façon non-contradictoire,
l’adversaire apprend l’existence de la décision au moment même où elle
est mise à exécution. Selon les termes de la loi (article 235 du code de
procédure civile), l’ordonnance sur requête bénéficie de plein droit d’exécution
sur minute. La solution est commandée par le fait que dans la très grande
majorité des cas, son efficacité est liée à l’obtention d’un effet de surprise :
exemple : constat d’adultère, saisie conservatoire de biens appartenant à un
débiteur. L’ordonnance de référé ne bénéficie de plein droit que de l’exécution
provisoire. Elle ne bénéficie de l’exécution sur minute qu’en cas de nécessité «
d’extrême urgence » selon la loi (article 227 alinéa 2 du code de procédure
civile). L’exemple classique d’exécution sur minute est celui de l’ordonnance de
référé qui ordonne la saisie d’un journal. Pour être efficace, la saisie doit
avoir lieu à l’imprimerie, il ne faut donc perdre aucun instant.
2- L’ABSENCE DE TOUTE VOIE DE RECOURS ORDINAIRE
Les voies de recours ordinaires, c'est-à-dire l’appel et l’opposition ont un
effet suspensif. Ce qui a pour conséquence d’interdire toute exécution non
seulement lorsque le recours a été effectivement exercé. Mais aussi, pendant
toute la durée du délai imparti pour former appel ou opposition. En un mot, le
délai lui-même est donc suspensif. Ce principe ne vaut que lorsqu’il s’agit d’une
voie de recours ordinaire : les voies de recours extraordinaires (par exemple,
pourvoi en cassation, tierce opposition) n’ont en principe aucun effet suspensif
(sauf cas exceptionnel, par exemple en matière d’état des personnes quand
il y a faut incident, en matière d’immatriculation foncière et d’expropriation
forcée s’agissant du pourvoi en cassation). Ces observations appellent des
conséquences pratiques suivantes :
- Si le jugement n’est pas susceptible d’appel, ou s’il ne peut faire l’objet
d’aucune opposition, il a force exécutoire dès sa signification sans attendre
davantage. Dès cet instant, il « passe en force de chose jugée ».
- Si au contraire le jugement est susceptible d’appel ou d’opposition il faut
attendre l’expiration du délai imparti pour l’exercice de l’une ou l’autre de ces
voies de recours, c'est-à-dire en principe un mois ou 15 jours à compter de la
signification. À l’expiration de ce délai, de deux choses l’une : ou bien, un appel
(ou une opposition) a été formé et dans ce cas le jugement ne peut plus être
exécuté ou bien aucune voie de recours (ni appel ni opposition) n’a été formé et
à l’expiration de ce délai le jugement « passé en force de chose jugée » devient
exécutoire.
B- L’EXECUTION PROVISOIRE
Comme énoncé ci-dessus le jugement est exécutoire à partir du moment
où il est « passé en force de chose jugée », c'est-à-dire qu’il n’est pas
susceptible d’un recours suspensif ou encore lorsque le délai d’exercice des voies
de recours est épuisé. Mais, cette règle connaît des exceptions dans certains
cas notamment dans certaines hypothèses l’exécution du jugement peut être
accélérée par l’exécution provisoire. Mais qu’est-ce que l’exécution provisoire
? L’exécution provisoire encore appelée exécution par provision a pour
effet de permettre l’exécution d’un jugement susceptible d’un recours suspensif
d’exécution en le rendant exécutoire bien qu’il ne soit pas passé en force de chose
jugée : le jugement pourra être exécuté « nonobstant appel ». L’exécution
provisoire peut être légale ou judiciaire. Elle est légale, lorsqu’elle est prescrite
d’office par la loi sans que le juge ait à la prononcer. Ainsi, par exemple, de
nombreuses décisions sont en raison de leur nature exécutoires de droit à titre
provisoire : exemple, les ordonnances de référé sont exécutoires par
provision (article 227 alinéa 1er du code de procédure civile). Il en est de
même pour les décisions prescrivant des mesures provisoires ou
conservatoires. L’exécution provisoire est judiciaire lorsqu’elle est
prononcée par le juge. Elle peut être ordonnée à la demande des parties ou
ordonnée d’office par le juge chaque fois qu’il estime nécessaire (exemple :
les condamnations à caractère alimentaire). Des problèmes peuvent se poser
par rapport à l’exercice d’une voie de recours :
- Si la voie de recours n’aboutit pas, les actes ayant bénéficié de l’exécution
provisoire restent valables.
- Si la voie de recours aboutit, le jugement va être infirmé et les actes ayant
bénéficié de l’exécution vont être annulés, car en principe, les voies de recours
ordinaires ont un effet suspensif et on aurait donc dû ne pas exécuter ce
jugement.
SECTION 2 : LES VOIES DE RECOURS CONTRE LE JUGEMENT
Les voies de recours constituent des moyens de remise en cause d’une
décision de justice. Il s’agit par leur biais de conférer au justiciable des garanties
contre les risques d’erreur ou d’injustice qui pourraient entacher une décision.
Il s’ajoute donc par ces garanties de donner au justiciable une garantie
contre ces risques en leur permettant un nouvel examen du procès. Il faut,
en adoptant le découpage retenu par le code de procédure étudier d’abord
les voies de recours ordinaires avant de s’intéresser aux voies de recours
extraordinaires.
PARAGRAPHE 1 : LES VOIES DE RECOURS ORDINAIRES
Elles sont envisagées par les articles 153 à 183 du code de procédure civile. Il
s’agit de l’appel et de l’opposition.
A- L’OPPOSITION
Il s’agit d’une voie de recours ordinaire de rétractation ayant pour but de faire
rétracter un jugement. L’opposition permet à une personne condamnée par
défaut de solliciter de la juridiction qui a statué la rétractation après débats
contradictoires de la décision rendue. Le délai de rétractation est de quinze (15)
jours sauf augmentation à raison de délai de distance. Ces délais commencent à
courir à compter de la signification de la décision. Quant à ses effets,
l’opposition en tant que pouvoir de recours ordinaire a un effet suspensif.
Elle suspend l’exécution du jugement. Elle a aussi un effet dévolutif. Cela
signifie que le litige se transporte dans ses éléments de fait et de droit tels qu’il
s’est présenté auparavant devant le tribunal à nouveau saisi.
B- L’APPEL
C’est une voie de recours ordinaire qui tend à faire reformer ou annuler par
la cour d’appel, juridiction du second degré donc hiérarchiquement supérieur
un jugement rendu par une juridiction du 1er degré. C’est l’expression du
double degré de juridiction. L’appel est normalement une voie de reformation.
1- LES CONDITIONS DE L’APPEL
a-Délai d’appel
Le délai normal ou délai de droit commun est d'un (1) mois à compter
de la signification de la décision faisant l’objet de l’appel. Il faut également tenir
compte des délais de distance.
c- Conditions relatives au jugement
Il doit s’agir de jugement en 1er ressort (ce qui revient à dire que les décisions
en 1er et dernier ressort sont exclues). Sont également exclus, les jugements
avant dire droit.
2- LES EFFETS DE L’APPEL
Tout comme l’opposition l’appel produit en principe un effet suspensif et
un effet dévolutif.
PARAGRAPHE 2 : LES VOIES DE RECOURS EXTRAORDINAIRES
A- LES DIFFERENTES VOIES DE RECOURS EXTRAORDINAIRES
(A L’EXCLUSION DU POURVOI EN CASSATION)
1-LA DEMANDE EN INTERPRETATION ET LA DEMANDE EN
RECTIFICATION
- La demande en interprétation : elle est prévue par l’article 184 du code
de procédure civile en ses termes : « le jugement dont les termes sont
obscurs ou ambigus peut être interprété par le juge qui l’a rendu à condition
qu’il ne soit pas porté atteinte à l’autorité de la chose jugée et que l’interprétation
demandée présente un intérêt pour la partie qui l’a sollicité ».
- La demande en rectification : prévue à l’article 185 du code de procédure civile
en ses termes : « les fautes d’orthographe, les omissions, les erreurs matérielles
de nom et prénom de calcul et autres irrégularités évidentes de même nature qui
peuvent se trouver dans la minute d’une décision de justice doivent toujours
être rectifiées d’office ou sur requête par simple ordonnance du président
de la juridiction qui statue à condition que la rectification demandée ne soit pas
un moyen détournée de modifier le jugement et de porter atteinte à l’autorité de
la chose jugée ».
2- LA TIERCE OPPOSITION
Les décisions de justice ont un effet relatif et concernent de ce fait en
principe les parties représentées ou engagées. Mais, les tiers ont cette possibilité,
cette voie pour limiter les effets de la décision rendue à leur égard. L’article
187 du code de procédure civile dispose que « la tierce opposition est une voie
de recours par laquelle une personne autre que les parties engagées dans
l’instance peut attaquer une décision qui lui cause préjudice et demander
à la juridiction qui l’a rendue d’en supprimer les effets en ce qui la
concerne personnellement ».
3- LA DEMANDE EN REVISION
Elle est définie par l’article 194 du code de procédure civile comme « la
voie de recours ouverte aux parties contre les décisions rendues en dernier
ressort non susceptible d’opposition dans le but de les faire rétracter par
les juges qui les ont rendues »
4- LE REGLEMENT DE JUGES
Il est défini par l’article 215 du code de procédure civile en ses termes «
le règlement de juge est la décision par laquelle la cour suprême détermine
laquelle de plusieurs juridictions doit connaître d’une affaire ».
5- LA PRISE A PARTIE
Prévue par l’article 217 du code de procédure civile, elle est définie comme «
une procédure par laquelle un plaideur peut dans les cas précisés à l’article 218
agir en responsabilité civile contre un magistrat en vue d’obtenir contre
celui-ci une condamnation à des dommages et intérêts ». B- Le pourvoi en
cassation Le pourvoi en cassation est au terme de l’article 204 du code de
procédure civile « une voie de recours qui a pour but d’obtenir l’annulation de
la décision attaquée et remettre les parties en l’état où elle se trouvait auparavant
».
1- LES CAUSES D’OUVERTURE DU POURVOI EN CASSATION
Voie extraordinaire, les causes ou cas d’ouverture du pourvoi sont
limitativement énumérés par l’article 206 du code de procédure civile (8 cas) :
- Violation de la loi ou erreur dans l’application ou l’interprétation de la loi ; -
Incompétence ;
- Excès de pouvoir ;
- Violation des formes légales prescrites à peine de nullité ou de déchéance ;
- Contrariété de décision rendue entre les mêmes parties relativement aux
mêmes objets et sur les mêmes moyens ;
- Défaut de base légale résultant de l’absence de l’insuffisance de l’obscurité ou
de la contrariété des motifs ;
- Omission de statuer ;
- Prononciation sur chose non demandée ou attribution de chose au-delà de ce
qui a été demandé.
2- LES CONDITIONS DU POURVOI EN CASSATION
a- Les conditions relatives au délai
Le pourvoi doit être formé au plus tard un mois signification de la décision de
dernier ressort qui a fait l’objet du pourvoi. Il faut ici également tenir compte des
délais de distance.
b- Les conditions relatives à la décision attaquée Il doit s’agir de décision
rendue en dernier ressort (en matière civile qu’en matière commerciale) 3-
Les effets du pourvoi en cassation a- Absence d’effet suspensif (voir un peu plus
haut)
b- Absence d’effet dévolutif
Il n’appartient pas en principe à la cour suprême (Cour de cassation) de
juger à nouveau l’affaire au fond, c'est-à-dire en fait et en droit. La cour
a été en principe instituée pour apprécier seulement sous l’angle du droit
les décisions rendues en dernier ressort par les cours d’appel et les tribunaux.
Elles se limitent au jugement de la seule question de droit posée par le procès à
travers les faits tels qu’ils apparaissent dans les motifs de la décision attaquée.
La cour suprême juge la décision rendue par la juridiction du fond à propos de
l’affaire et non l’affaire elle-même. C’est pourquoi on dit traditionnellement
qu’elle juge en droit et non en fait et qu’elle ne constitue pas un 3ème degré de
juridiction civile). Il en est de même pour les décisions prescrivant des
mesures provisoires ou conservatoires. L’exécution provisoire est judiciaire
lorsqu’elle est prononcée par le juge. Elle peut être ordonnée à la demande des
parties ou ordonnée d’office par le juge chaque fois qu’il estime nécessaire
(exemple : les condamnations à caractère alimentaire). Des problèmes peuvent
se poser par rapport à l’exercice d’une voie de recours :
- Si la voie de recours n’aboutit pas, les actes ayant bénéficié de l’exécution
provisoire restent valables.
- Si la voie de recours aboutit, le jugement va être infirmé et les actes ayant
bénéficié de l’exécution vont être annulés, car en principe, les voies de recours
ordinaires ont un effet suspensif et on aurait donc dû ne pas exécuter ce
jugement.