République algérienne démocratique et populaire
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique
Université de Djilali .b khemis Miliana
Faculté des lettres et des langues
Département de langue française
Cours de:
Civilisation de la langue d’étude.
2é année licence (L.M.D)
Enseignante : Mme. TAYEB .K
Année universitaire : 2024/2025
Sommaire
-Quatrième semestre : XXe siècles.
-Aux portes du XXe siècle……………………………………..04
-La Ire Guerre mondiale………………………………………..06
-L’entre-deux-guerres…………………………………..………08
-La IIe Guerre mondiale…………………….………………….11
-La Guerre froide……………………………………………….15
-Les dictatures……………………………………………….....18
-Le libéralisme………………………………………………….23
-Le nouvel ordre mondial………………………………….…...27
-Bibliographie…………………………………………………..30
Quatrième semestre :
XXe siècles
Aux portes du XXe siècle :
La période qui s’étend de la fin du XIXe siècle jusqu’à 1914 constitue
une étape charnière dans l’histoire de la France. Marquée par un élan de
modernisation, d’innovations scientifiques, de bouleversements sociaux et de
tensions politiques, cette ère est souvent qualifiée de prospère et dynamique.
Elle voit le pays se transformer en profondeur, à la veille du grand choc que sera
la Première Guerre mondiale., en 1914. Certains historiens situent même ses
débuts à la fin du XIXe siècle. Cette époque est marquée par de profonds
progrès économiques, sociaux, politiques et technologiques. Les avancées
scientifiques y occupent une place essentielle, témoignant de l’élan de modernité
et des transformations qui touchent la société française.
Cette période s’ouvre symboliquement avec l’Exposition universelle de
Paris en 1889, organisée du 5 mai au 31 octobre. Consacrée au centenaire de la
Révolution française, cette exposition voit naître un symbole majeur : la Tour
Eiffel. Inaugurée le 31 mars 1889 et ouverte au public à partir du 15 mai, elle
demeure aujourd’hui l’un des vestiges les plus marquants de cet événement qui
clôt magnifiquement le XIXe siècle.
Mais la Belle Époque n’est pas exempte de drames. Le suicide du général
Boulanger, le 30 septembre 1891, en est un exemple. Associé à un courant
politique connu sous le nom de boulangisme — mouvance aux contours flous,
revendiquée à la fois par les anarchistes, les monarchistes et les nationalistes —
cet événement illustre les tensions politiques de l’époque. Le 24 juin 1894, un
autre drame frappe la République : le président Sadi Carnot est assassiné à Lyon
par un anarchiste. Cette période est marquée par la montée de l’anarchisme, dont
Carnot était une figure honnie.
Quelques mois plus tard, le 27 septembre 1894, débute l’affaire Dreyfus, un
scandale politico-judiciaire qui divisera profondément la France entre
dreyfusards et antidreyfusards, opposant souvent nationalistes et partisans des
droits de l’Homme. Ce scandale bouleverse la IIIe République et marque
durablement l’histoire politique du pays.
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Cependant, la Belle Époque reste aussi synonyme de découvertes et
d’innovations majeures. En 1895, les frères Lumière inventent le
cinématographe, révolutionnant le monde de l’image. Le 24 février 1896, Henri
Becquerel met en évidence la radioactivité naturelle, bientôt approfondie par
Pierre et Marie Curie. Ces derniers découvrent le polonium et le radium, ce qui
leur vaudra, avec Becquerel, le prix Nobel de physique en 1903.
En 1900, Paris accueille une nouvelle Exposition universelle, du 14 avril
au 12 novembre. Elle célèbre le « bilan d’un siècle » et coïncide avec la tenue
des deuxièmes Jeux olympiques modernes. À cette occasion, le métro parisien
est inauguré le 19 juillet 1900, et de nombreuses innovations sont présentées :
tapis roulant, projection de films sonores, invention du cinérama, éclairage
public et plus grande lunette astronomique jamais construite. Plusieurs ponts
sont également inaugurés sur la Seine, comme le pont Alexandre-III, la
passerelle Debilly, ou encore le pont de l’Alma.
Le 9 décembre 1905, un événement politique fondamental a lieu :
l’Assemblée nationale vote la loi de séparation des Églises et de l’État, posant
ainsi les bases de la laïcité moderne en France.
Enfin, le 25 juillet 1909, l’aviation fait un grand pas avec Louis Blériot qui
réussit à traverser la Manche en avion, rejoignant la Grande-Bretagne depuis la
France.
La Première Guerre mondiale (1914-1918) vient brutalement mettre un
terme à cette période de relative insouciance et de prospérité. Ce conflit mondial
bouleverse l’ordre établi, affectant durablement les équilibres politiques,
économiques, sociaux et culturels. Il marque la fin de la Belle Époque et
annonce une nouvelle ère, plus instable mais riche en mutations.
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La Première Guerre mondiale :
La Première Guerre mondiale constitue une rupture majeure dans
l’histoire de l’humanité. Elle bouleverse l’ordre mondial, redéfinit les équilibres
géopolitiques, et transforme en profondeur les structures politiques,
économiques, scientifiques et culturelles. L’ancien monde s’effondre, les
empires coloniaux chancellent, de nouvelles puissances émergentes, et des blocs
idéologiques se forment. Ce conflit ne répond pas uniquement à des logiques
économiques ; il s’ancre aussi dans une volonté de domination, de conquête, de
pouvoir. Les ambitions impérialistes attisent les tensions, et les empires
vieillissants se voient menacés par des forces nouvelles, issues parfois des
couches populaires, porteuses d’idéologies totalitaires.
La violence des tranchées, la déshumanisation du soldat, les
traumatismes collectifs ouvrent la voie à des régimes autoritaires. Des figures
comme Lénine, Staline, ou Hitler s’imposent dans ce chaos, chacun incarnant
une réponse brutale à une crise globale. La guerre stimule aussi des avancées
scientifiques foudroyantes dans des domaines tels que la médecine, l’aviation, la
chimie, ou la physique. L’Empire ottoman et l’Autriche-Hongrie s’effondrent ;
la Russie impériale cède la place à l’URSS ; l’Allemagne s’enfonce dans la
défaite et la revanche.
Entre 1914 et 1918, le monde bascule dans une guerre industrielle, totale,
où l’idéologie et la technique s’allient pour anéantir l’ennemi. La guerre devient
un laboratoire de l’inhumain. Elle révèle les pulsions les plus sombres de
l’homme : extermination, génocides, anéantissement. L’absurdité du conflit,
l’ampleur des pertes, la mécanisation de la mort soulèvent une crise morale
profonde. La science elle-même est mobilisée : la psychanalyse, la bactériologie,
la médecine de guerre, la chimie du gaz et de l’arme deviennent les instruments
d’un monde nouveau, où progrès et destruction marchent côte à côte.
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Ce conflit, européen dans son déclenchement, devient mondial par la logique
coloniale et les alliances impériales. Il est aussi idéologique : nationalismes
exacerbés, radicalisation politique, propagande de masse. Les États utilisent tous
les moyens pour mobiliser, convaincre, soumettre. En quatre ans, la guerre
redessine le monde, anéantit des empires millénaires, ouvre la voie aux
totalitarismes du XXe siècle, et laisse des peuples brisés, des territoires dévastés,
des mémoires hantées.
L’attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914, n’est qu’un déclencheur.
L’engrenage des alliances transforme un conflit local en guerre globale. La
Triple-Entente (France, Royaume-Uni, Russie), appuyée par ses colonies,
affronte les Empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire ottoman,
Bulgarie), eux aussi soutenus par leurs dépendances. Des nations neutres
participent malgré tout, par le financement, le ravitaillement, ou la pression
diplomatique. Le monde entier devient champ de bataille : l’Europe, l’Afrique,
le Moyen-Orient, l’Asie, l’Océanie, les océans, aucun continent n’est épargné.
Quand l’armistice est signé, le 11 novembre 1918, les repères d’avant-
guerre n’existent plus. Les dynasties des Habsbourg, des Romanov, des
Hohenzollern s’éteignent. De nouveaux États apparaissent : la République
allemande, la Pologne, la Finlande, la Tchécoslovaquie, le royaume des Serbes,
Croates et Slovènes. La France et la Grande-Bretagne se partagent le Moyen-
Orient. La Société des Nations est fondée, sans avoir la force d’empêcher les
conflits futurs.
La guerre a transformé les sociétés, militarisé les esprits, instrumentalisé
les sciences, banalisé la violence. Elle a aussi ouvert la voie au pire : le génocide
arménien, les purges bolcheviques, l’émergence des fascismes. En même temps,
elle crée les conditions de nouvelles luttes : anticolonialisme, revendications
sociales, émancipation des peuples. Mais à quel prix ? Des millions de morts,
des générations mutilées, un monde en ruines, et l’illusion d’une paix durable.
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L’entre-deux-guerres :
L’entre-deux-guerres représente une période de vingt ans marquée par des
événements déterminants et souvent bouleversants. Après l’effondrement des
anciens empires suite à la Première Guerre mondiale, les États-Unis deviennent
la première puissance économique mondiale. L’U.R.S.S. se constitue en une
grande confédération sous un régime communiste. Parallèlement, de nouvelles
idéologies émergent, comme le fascisme italien et le nazisme allemand. Ces
puissances vont former des blocs géopolitiques influents, déterminants pour la
suite des événements, notamment avec le premier grand choc financier survenu
le 24 octobre 1929, lors du "Jeudi noir" à Wall Street, à New York. Ce krach
boursier a des conséquences dramatiques : la montée du chômage et de la
pauvreté, qui nourrissent les idéologies nationalistes en Europe. La fin des
années 1920 marque ainsi le début de grands changements dont l’issue ne fait
guère de doute : une nouvelle guerre.
En France, les années 1920, surnommées "les années folles", sont perçues
comme une époque d’insouciance et de pur surréalisme, où l’inconscient devient
le maître des temps. C’est une période où l’exotisme et l’évasion sont à
l’honneur à travers les arts : musique, peinture, danse, sculpture et poésie. En
Allemagne, la situation est bien différente. Les Allemands se réfugient dans les
cafés, où leurs discours reflètent leur amertume et leur malheur.
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Aux États-Unis, la Prohibition, mise en place de 1919 à 1933, vise à
endiguer la criminalité en interdisant la vente d’alcool. C’est durant cette
période qu’Al Capone deviendra le gangster le plus redouté du pays, secouant
l’Amérique. Par ailleurs, de nombreux émigrés italiens, fuyant la misère et la
pauvreté qui sévissent dans leurs villages d’origine, arrivent en Amérique. Ne
parlant pas la langue et ne connaissant pas la culture locale, souvent hostile, ils
survivent en se débrouillant, en se livrant à diverses formes de trafic. Fuyant la
Grande Guerre en Europe, ils se retrouvent pris dans la crise financière de 1929.
Les organisations criminelles, telles que la mafia italienne, prospèrent grâce au
crime et à la corruption, des activités qui s’étendent jusqu’aux plus hautes
sphères de l’État.
L’entre-deux-guerres se divise en deux grandes périodes : les années 1920,
avec les "Années Folles", et les années 1930. Les premières ont permis une
explosion de créativité et de plaisir, où les gens ont cherché à fuir la dure réalité.
Le surréalisme devient un mouvement central, et la société se lance dans une
multitude d’activités sociales, culturelles et artistiques. Cependant, cette époque
de folie collective est aussi marquée par une forte volonté de ne plus faire la
guerre, en raison des traumatismes laissés par la Première Guerre mondiale.
Le mouvement Dada, né en 1916 pendant la guerre, incarne cette
génération qui veut échapper à l’horreur du conflit. Mené par des intellectuels
comme Tristan Tzara, ce mouvement condamne la violence et l’absurdité de la
guerre. Un slogan résume ce rejet : "Plus jamais ça !". Ces années marquent
aussi un fort individualisme et une quête incessante de plaisir, que ce soit à
travers la danse, la musique, la poésie ou la littérature, avec des auteurs comme
Marcel Proust, André Gide et André Breton, qui publie son Manifeste du
Surréalisme en 1924.
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À Paris, Montmartre et Montparnasse deviennent des lieux emblématiques pour
ce mouvement, où les artistes se retrouvent dans des cafés et salons, comme
ceux de Gertrude Stein, ou des lieux comme La Rotonde, Le Dôme, La Coupole,
et La Closerie des Lilas. Les surréalistes se trouvent être l’avant-garde culturelle
et artistique de l’époque, créant une poésie nouvelle portée par Louis Aragon,
Robert Desnos et Paul Éluard. Cependant, nombreux sont ceux d’entre eux qui
finissent par rejoindre le Parti communiste français.
Mais la grande dépression de 1929 ouvre la voie à une nouvelle ère. Les
dictatures se renforcent et la guerre semble inéluctable. Hitler devient chancelier
en Allemagne et instaure le IIIe Reich, tandis qu’il ambitionne de "nettoyer" le
monde des races impures. Franco accède au pouvoir en Espagne après la guerre
civile de 1936, Mussolini consolide son régime fasciste, et Staline a déjà mis en
place ses camps de concentration. Les nationalismes se multiplient et menacent
de plonger le monde dans un conflit encore plus destructeur que la Première
Guerre mondiale.
En France, bien que les congés payés aient été obtenus par le Front
populaire, cette joie apparente marque en réalité la fin d’une époque, une
dernière euphorie avant que la collaboration ne commence.
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La IIème Guerre mondiale :
La Seconde Guerre mondiale est un conflit militaire entre les Alliés et les pays de l'Axe,
qui a duré du 1er septembre 1939 au 2 septembre 1945. Ce conflit a eu une portée mondiale,
car les nations qui l'ont déclenché étaient également impliquées à travers leurs colonies. La
guerre a duré six années et un jour, et ses causes étaient principalement idéologiques et
philosophiques. Elle s'est étendue bien au-delà de l'Europe, touchant le Pacifique, l'Afrique,
l'Asie, la Chine et l'Amérique.
L'invasion de la Pologne marque le début de ce second grand conflit du XXe siècle.
Cependant, cette guerre connaît plusieurs tournants majeurs, tels que la chute du IIIe Reich, la
défaite du Japon, la disparition de l'empire colonial italien, ainsi que l'initiation du processus
de décolonisation des empires britanniques et français. La Société des Nations, incapable de
jouer un rôle significatif, est dissoute et remplacée par l'Organisation des Nations unies. Par
ailleurs, le monde se divise alors en deux blocs puissants : l'URSS à l'Est et les États-Unis à
l'Ouest.
Le conflit oppose principalement les Alliés aux pays de l'Axe. Les Alliés regroupent
l'URSS, les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni, la France, la Pologne, le Canada,
l'Australie, la Norvège, la Tchécoslovaquie, la Belgique, les Pays-Bas, la Grèce, la
Yougoslavie, et bien d'autres nations. Les pays de l'Axe, quant à eux, sont principalement
constitués de l'Allemagne, l'Italie, le Japon, la Roumanie, la Hongrie, la Croatie, la Bulgarie,
la Finlande, ainsi que d'autres nations alliées.
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La principale cause de cette guerre réside dans les ressentiments laissés
par la Première Guerre mondiale et le traité de Versailles, perçu comme
humiliant par les Allemands. Ce contexte nourrira une profonde haine et un
désir de revanche. Trois idéologies s'opposent alors pour dominer le monde : le
national-socialisme allemand, le fascisme de Mussolini et l'idéologie nippone.
D'autres événements, tels que la guerre civile espagnole (1936-1939), l'annexion
de l'Autriche, et la guerre du Japon contre la Chine, viennent alimenter cette
montée des tensions. En 1941, les Soviétiques quittent l'alliance avec les nazis,
et les États-Unis entrent en guerre après l'attaque de Pearl Harbor par le Japon,
ce qui transforme ce conflit en guerre véritablement mondiale.
Le ressentiment allemand après la Première Guerre mondiale constitue
l'une des causes majeures de la guerre. Les Allemands, humiliés et vaincus,
veulent restaurer l'honneur de leur empire. L'armée allemande, soutenue par des
militants et des militaires, va œuvrer pour ce retour à la gloire. Adolf Hitler,
figure centrale de cette guerre, est celui qui déclenche le conflit. Il nourrit une
haine envers la France, et après avoir participé à la Première Guerre mondiale, il
rejoint le Parti socialiste allemand qu'il transformera en Parti national-socialiste
des travailleurs allemands en 1920, puis en Parti nazi. Il utilise ses talents
d'orateur pour prendre la tête du parti en 1921 et prendre le pouvoir.
Après une tentative de coup d'État raté à Munich en 1923, Hitler est
emprisonné, où il rédige son manifeste Mein Kampf. Après sa sortie de prison, il
réorganise son parti et, en 1933, il devient chancelier de l'Allemagne. Hitler met
en place un régime autoritaire, transformant la république de Weimar en un état
totalitaire où il devient "Führer" et prend les pleins pouvoirs en 1933.
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Benito Mussolini, quant à lui, est un autre dictateur qui inspirera Hitler.
Fondateur du fascisme, il devient président du Conseil du Royaume d'Italie en
1922 et instaure la dictature fasciste en 1925. En 1939, il signe avec Hitler le
Pacte d'acier, scellant ainsi l'alliance des forces de l'Axe. Mussolini entrera en
guerre, croyant à une victoire rapide, mais sa décision le conduira à sa
destitution et à son exécution en 1945.
En France, la période de septembre 1939 à mai 1940 est connue sous le
nom de "drôle de guerre". Les Français ont du mal à accepter l'idée que la guerre
soit de retour après la Première Guerre mondiale. Mais la fin de la IIIe
République et l'invasion allemande les confrontent à la dure réalité du conflit.
L'armée nazie, dirigée par Hitler, cherche à récupérer l'honneur perdu à
Versailles en 1919.
La drôle de guerre inclut plusieurs événements, dont la campagne de
Pologne, la guerre d'hiver russo-finlandaise, et les campagnes en Norvège et
dans les Balkans. La France, protégée par la Ligne Maginot, se retrouve malgré
tout défaite après l'invasion du pays par l'armée allemande le 10 mai 1940.
L'armistice est signé le 22 juin 1940, marquant la fin des hostilités.
Le 14 juin 1940, les Allemands occupent Paris. Le général Charles de
Gaulle lance son appel à la résistance le 18 juin depuis Londres. L'Allemagne
impose une "ligne de démarcation" entre la zone occupée et la zone libre, et le
régime de Vichy est instauré, remplaçant la IIIe République.
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Le gouvernement de Vichy dure jusqu'au 20 août 1944. Il est un régime
autoritaire dirigé par le maréchal Pétain, avec Pierre Laval comme chef du
gouvernement à partir de 1942. Ce régime adopte la devise "Travail, Famille,
Patrie".
La bataille de Stalingrad, qui se déroule de juillet 1942 à février 1943,
marque un tournant décisif dans la guerre. La victoire soviétique y inflige une
défaite cuisante aux nazis. Ensuite, le débarquement en Normandie le 6 juin
1944, suivi de la libération de Paris le 25 août 1944, amorce la fin du IIIe Reich.
Les Alliés libèrent la France et continuent leur avancée, menant à la
capitulation allemande le 8 mai 1945. En revanche, la guerre dans le Pacifique
se poursuit. Les Japonais refusent de se rendre, ce qui amène les Américains à
larguer des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945,
marquant la fin du conflit mondial.
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La Guerre froide :
La Guerre froide représente une époque marquée par d’intenses
turbulences politiques et militaires qui ont durablement modelé le monde selon
deux logiques opposées : d’un côté, le bloc capitaliste conduit par les États-Unis,
et de l’autre, le bloc communiste mené par l’Union soviétique. De 1947 à 1991,
cette confrontation idéologique et stratégique se manifeste à travers une série
d’événements majeurs : la décolonisation, la division de la Corée, la révolution
iranienne, l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro à Cuba, la prolifération des
dictatures communistes, la guerre des étoiles, la conquête spatiale, la course aux
armements, le développement de l’arme nucléaire, les progrès technologiques et
les avancées dans les transports, entre autres faits notables.
L’origine de ces tensions géopolitiques remonte probablement à la
révolution bolchevique d’octobre 1917 en Russie, qui marque l’émergence du
communisme comme force politique. Hostile au capitalisme, cette idéologie
s’inspire des théories de Karl Marx, que Lénine politise et que Staline
transforme en un système impitoyable, cherchant à étendre son influence à
l’échelle mondiale. Avant même les horreurs nazies, les Soviétiques instaurent
les goulags, camps de travail devenus centres d’extermination et symboles de
répression.
Ce climat de confrontation facilite également l’établissement de l’État
d’Israël en Palestine, le 1er mai 1948, ce qui entraîne un conflit sanglant entre
Arabes et Juifs qui ne cessera de s’intensifier au fil des décennies. En Asie, la
guerre de Corée, déclenchée le 25 juin 1950, s’achève le 27 juillet 1953 et
aboutit à une séparation durable du pays.
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En Indochine, la France s’enlise dans un conflit entre le 19 décembre 1946
et le 21 juillet 1954, qui conduit à la division du Viêt Nam en deux entités : le
Nord communiste et le Sud soutenu par les Américains. Ce dernier devient à son
tour le théâtre d’un affrontement violent avec les États-Unis entre 1955 et 1975.
Cette guerre du Viêt Nam, parmi les plus destructrices pour l’Amérique, se solde
par une défaite humiliante après deux décennies de lutte inutile. Le conflit se
termine le 30 avril 1975 par la réunification du pays.
Dans le même contexte régional, le Cambodge est le théâtre d’un génocide
perpétré par les Khmers rouges entre le 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, sous
l’égide d’un régime nationaliste extrême et sanguinaire.
À partir de 1947, ce conflit prend une dimension mondiale et scinde la planète
en deux camps opposés. Le bloc occidental, allié aux États-Unis, regroupe des
pays comme la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne de l’Ouest (R.F.A), le
Japon, Israël, le Viêt Nam du Sud, Taïwan, la Corée du Sud, l’Espagne,
l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Arabie Saoudite. À l’opposé, le bloc de l’Est,
sous la houlette de l’U.R.S.S., inclut la Chine, Cuba, la Corée du Nord, le Viêt
Nam du Nord, la Yougoslavie, l’Allemagne de l’Est (R.D.A) et l’Afghanistan.
Entre ces deux blocs, un groupe de nations adopte une position de neutralité,
formant le mouvement des non-alignés. Ce groupe comprend notamment l’Inde,
l’Algérie, l’Iran, le Maroc, la Libye, l’Irak, l’Indonésie, entre autres.
Les affrontements entre l’Ouest et l’Est se traduisent par de multiples
conflits : la guerre civile chinoise, la guerre civile grecque, le blocus de Berlin,
la crise du canal de Suez, la construction du Mur de Berlin, la crise des missiles
de Cuba, les guerres de Corée, d’Indochine, du Viêt Nam et d’Afghanistan.
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D’autres événements, moins médiatisés mais tout aussi révélateurs,
accompagnent en filigrane cette guerre d’influence : l’intervention militaire
chinoise au Tibet, la crise irano-soviétique, les tensions dans le détroit de
Taïwan, les guerres civiles au Laos, au Cambodge, en Éthiopie, au Mozambique
ou encore en Angola.
Le bloc de l’Est connaît également des crises internes, parfois violentes :
l’insurrection de juin 1953 en Allemagne de l’Est, la révolte de Budapest, le
soulèvement tibétain de 1959, le Printemps de Prague, l’invasion de la
Tchécoslovaquie, le conflit frontalier sino-soviétique, les atrocités du régime des
Khmers rouges, les guerres entre le Cambodge et le Viêt Nam, la guerre sino-
vietnamienne, les manifestations de la place Tian’anmen, la révolution roumaine
de 1989 et la révolution de velours.
Ces tensions, bien que qualifiées de « froide », se traduisent souvent par
des conflits sanglants, notamment dans les pays communistes où les régimes
marxistes-léninistes imposent une autorité absolue. Ces pouvoirs autoritaires
engendrent des guerres et des tragédies humaines dévastatrices.
La violence et la mort contribuent peu à peu à l’effondrement des régimes
communistes, qui ne se révèlent pas moins destructeurs que ceux responsables
de la Seconde Guerre mondiale. Pendant quarante ans, cette guerre bipolaire suit
un plan géopolitique structuré : la formation des deux grands blocs, l’Ouest et
l’Est, entre 1945 et 1955, avec à leur tête respectivement les États-Unis et
l’U.R.S.S. L’Allemagne, au cœur de cette division, se retrouve scindée entre la
République Fédérale d’Allemagne (R.F.A) à l’ouest, de tendance capitaliste, et
la République Démocratique Allemande (R.D.A) à l’est, sous domination
soviétique.
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Les dictatures
Les régimes dictatoriaux qui ont marqué l’histoire moderne sont souvent
nés au sein d’États se réclamant de doctrines totalitaires, notamment le
communisme et le nationalisme. Ces idéologies, lorsqu’elles tombent entre les
mains d’individus dénués de scrupules, rongés par la haine et animés par un
désir de vengeance, engendrent des systèmes fondés sur la soumission, la
répression et la violence. Une fois au pouvoir, ces idéologues imposent leur joug
aux peuples qu’ils gouvernent, attisant des conflits pour pérenniser leur emprise,
et ce, jusqu’à leur trépas. Le communisme, parmi les idéologies les plus
virulentes, a engendré nombre d’États despotiques. Il en va de même pour le
nationalisme, capable, par sa puissance émotionnelle et identitaire, d’anéantir
des populations entières.
Ce type de régime fut incarné par plusieurs figures marquantes, à l’instar
d’Adolf Hitler. Le « Führer » conduisit l’Allemagne d’une main de fer, érigeant
un pouvoir autoritaire et totalitaire. Sa folie meurtrière le mena jusqu’à
l’extermination systématique de peuples entiers. Parvenu au pouvoir dans un
contexte de grande détresse — celui de la République de Weimar frappée par la
misère et l’effondrement économique —, il reconstruisit un parti politique qui le
propulsa à la tête de l’État. Ce contexte de crise favorisa l’essor d’un
nationalisme revanchard, fondé sur la haine de l’autre. La guerre fut l’ultime
manifestation de sa mégalomanie, le privant de toute lucidité face à sa propre
défaite. Son règne, qui s’étendit du 2 août 1932 au 30 avril 1945 — date de son
suicide —, marqua l’histoire par une barbarie sans précédent. D’origine
autrichienne et frustré dans ses aspirations artistiques, Hitler transféra son
ressentiment personnel sur le monde, faisant de son nom un symbole d’horreur,
de terreur et de cruauté.
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Joseph Staline figure également parmi les dictateurs les plus impitoyables.
Originaire de Géorgie, il se proclama Russe, nourrissant ainsi un complexe
identitaire qui contribua à son insensibilité vis-à-vis de l’humanité. À la mort de
Lénine, il s’empara du pouvoir suprême, érigeant un État despotique caractérisé
par une personnalité trouble et un pouvoir absolu. Sa mégalomanie s’immisça
jusque dans l’intimité des foyers, où la trahison familiale, même entre parents et
enfants, fut encouragée dans le cadre du culte voué au « Petit père des peuples ».
Initialement marginalisé durant la Révolution bolchevique, Staline gravit
les échelons grâce à l’appui de la Tchéka, la police politique. En 1922, il devint
secrétaire général du Comité central du Parti communiste. À la mort de Lénine
en 1924, il évince ses rivaux en recourant à toutes les stratégies possibles,
imposant un pouvoir personnel absolu fondé sur l’obsession de sa propre image.
Il transforma l’URSS en un modèle d’État communiste autoritaire.
Le culte de la personnalité, pilier de son régime, fut renforcé par une
propagande omniprésente et le secret d’État. À l’instar de Lénine, Staline
recourut à un pseudonyme, renforçant encore sa posture narcissique. Le
stalinisme devint alors une idéologie politique à part entière, incarnant ses
pratiques et conceptions.
Les fonctions qu’il occupa témoignent de sa volonté d’infiltrer puis de
monopoliser les institutions : membre du politburo dès 1917, secrétaire général
du Parti communiste (1922–1952), président du Conseil des commissaires du
peuple (1941–1946), puis président du Conseil des ministres de l’URSS (1946–
1953). En août 1939, il engagea l’Union soviétique dans la Seconde Guerre
mondiale par le pacte germano-soviétique, faisant temporairement de l’URSS un
allié de l’Allemagne nazie. Lorsque Hitler rompit ce pacte en juin 1941, Staline
déclara la guerre à l’Allemagne, libérant l’Europe de l’Est dans l’optique de
l’annexer. À sa mort, son régime laissa derrière lui un sillage de crimes, de
purges et de paranoïa, donnant lieu à la déstalinisation, prélude au déclin du
communisme.
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Benito Mussolini transforma pour sa part l’Italie en un régime
autoritaire désigné sous le nom de « fascisme », fondé sur l’autoritarisme, le
populisme et le nationalisme. Il occupa de nombreuses fonctions : président du
Royaume d’Italie (1922–1943), ministre de l’Intérieur et des Affaires étrangères,
président du Conseil des ministres, puis chef de la République sociale italienne
(1943–1945).
Dès 1935, il se rapprocha d’Hitler et adopta ses théories raciales,
faisant du fascisme une idéologie antisémite et xénophobe. L’Italie, membre de
l’Axe, collabora activement à la déportation de victimes du racisme. Le 28 avril
1945, Mussolini fut fusillé, son corps outragé par un peuple longtemps écrasé
par son régime.
Mao Zedong, chef militaire et idéologue chinois, fut l’un des fondateurs
de la République populaire de Chine et son premier président jusqu’à sa mort en
1976. Connu sous le surnom du « Grand Timonier », il occupa d’importantes
fonctions, notamment à la tête de la Commission militaire centrale et du Parti
communiste chinois (1943–1976). Membre historique du Parti communiste
chinois depuis 1921, il proclama la République populaire le 1er octobre 1949 à
Pékin, imposant une dictature de parti unique.
Il lança la réforme agraire, puis le « Grand Bond en avant », qui provoqua
des famines dévastatrices. En 1963, il instaura le « Mouvement d’éducation
socialiste » et, de 1966 à 1969, dirigea la Révolution culturelle. De 1969 à 1976,
il imposa un régime totalitaire dont les idées fondèrent le maoïsme, courant
marxiste-léniniste influent à l’échelle internationale. À sa mort, la Chine tourna
la page du culte de la personnalité et du « Petit Livre rouge » qui avait rythmé
les années 1960.
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Le maréchal Tito joua un rôle central dans l’histoire politique de la
Yougoslavie. Avant même la Seconde Guerre mondiale, il s’engagea dans le
Parti communiste clandestin, qu’il finit par diriger. Il lutta contre les nazis,
unifia la Yougoslavie, et accéda au pouvoir dès 1945. Président à vie à partir de
1974, il fut maréchal de Yougoslavie de 1943 à 1980. Rompant avec l’URSS en
1948, il adopta une politique de neutralité durant la guerre froide et entretint de
bonnes relations avec les pays occidentaux. Cette posture fit de lui l’un des
fondateurs du mouvement des non-alignés. Il occupa, entre autres, la présidence
de la Ligue des communistes de Yougoslavie, laissant une empreinte durable
dans la mémoire politique du XXe siècle.
Nicolae Ceaușescu est également une figure marquante du
communisme en Europe de l’Est. Il a gouverné la Roumanie d’une main de fer
pendant plus de vingt-cinq ans. C’est en 1965 qu’il accède au pouvoir en
devenant secrétaire général du Parti communiste roumain, puis, en 1974, il est
élu Président de la République socialiste de Roumanie par la Grande Assemblée
nationale.
Ce régime totalitaire repose fortement sur le culte de la personnalité et le
népotisme, au point que le dictateur s’arroge des titres grandiloquents comme «
le Danube de la pensée » ou « le Génie des Carpates ».
Nicolae Ceaușescu hérite du régime communiste instauré en Roumanie le
6 mars 1945, et dont il devient l’unique dirigeant charismatique. Il est renversé
le 25 décembre 1989 à la suite d’un coup d’État provoqué par les soulèvements
populaires du 22 décembre 1989. Jugé, condamné et exécuté avec son épouse
Elena lors d’une procédure expéditive – une méthode qu’il avait lui-même
utilisée à plusieurs reprises contre des innocents –, Ceaușescu incarne la chute
brutale d’un régime autoritaire. Il aura exercé les fonctions de secrétaire général
du Parti communiste roumain du 22 mars 1965 au 22 décembre 1989, et de
Président de la République socialiste de Roumanie du 9 décembre 1967 jusqu’au
22 décembre 1989.
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Fidel Castro, quant à lui, est une figure emblématique du communisme
latino-américain. Ce leader révolutionnaire cubain a fait trembler les États-Unis
pendant la guerre froide. Pendant près d’un demi-siècle, il dirige Cuba en
instaurant un régime totalitaire et despotique. À la tête de la Révolution cubaine
avec son frère Raúl Castro et Ernesto « Che » Guevara, il oriente le mouvement
initialement nationaliste vers une idéologie marxiste-léniniste. Dès les années
1960, Cuba se rapproche de l’URSS pour mettre en place une république
socialiste à parti unique.
Castro occupe plusieurs postes-clés : Président du Conseil des ministres
du 16 février 1959 au 24 février 2008, Premier secrétaire du Parti communiste
de Cuba du 3 octobre 1965 au 19 avril 2011, et Président du Conseil d’État de la
République de Cuba du 2 décembre 1976 au 24 février 2008. Dirigeant
autoritaire, il réprime toute opposition à l’aide de l’appareil militaire et subit un
long embargo économique imposé par les États-Unis. Son régime aura influencé
plusieurs mouvements socialistes en Amérique latine, notamment le
gouvernement vénézuélien. Après sa mort en 2016, le régime commence
lentement à s’assouplir.
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Le libéralisme
Le libéralisme constitue un système de pensée prônant avec vigueur, et
parfois même avec exclusivité, l’individualisme, en exaltant les valeurs de
liberté, de sécurité et de propriété. Il s’agit d’une philosophie qui repose sur
l’idée d’une liberté absolue de l’être humain, lui permettant d’organiser une
société dans laquelle chacun bénéficie de la pleine jouissance de ses droits à
produire, créer, inventer et s’exprimer. Ce courant intellectuel ne se limite ni à la
sphère politique ni à celle de l’économie, mais irrigue l’ensemble des domaines
de la vie sociale, où la liberté d’expression devient un droit humain fondamental.
Parmi les penseurs qui ont marqué de leur empreinte cette doctrine,
figurent notamment Adam Smith, Raymond Aron, Benedetto Croce ou encore
Karl Popper. Sur le plan politique, le libéralisme puise ses racines, entre autres,
dans les idéaux de la Révolution française de 1789, même si ses prémices
remontent au XVIIe siècle avec des penseurs tels que John Locke, Montesquieu
ou Turgot. En France, c’est Maine de Biran qui introduisit le terme « libéralisme
» en 1818, rattachant ainsi la notion aux droits fondamentaux de l’individu, dont
l’accès à la propriété.
Cependant, les fondements du libéralisme peuvent être retracés jusqu’à la
Renaissance, période durant laquelle l’humanisme redéfinit en profondeur la
conception de l’homme, de sa place dans la création et de son rapport au
pouvoir. L’Antiquité recèle également les prémices de cette pensée, que l’on
retrouve chez Socrate, considéré comme l’un des tout premiers penseurs à
formuler des idées libérales. La scolastique médiévale, influencée par Aristote,
Cicéron et les stoïciens, annonçait déjà certaines des valeurs du libéralisme
moderne.
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Spinoza, plus tard, emploiera le déterminisme pour s’affranchir des carcans
imposés par le pouvoir religieux. Durant le siècle des Lumières, le libéralisme
s’érige en opposition aux dogmes de l’absolutisme religieux. John Locke, figure
majeure de cette époque, énonce le premier principe fondateur du libéralisme :
l’« État de droit ». Il défend également la séparation des pouvoirs, la liberté de
conscience et la lutte contre les doctrines religieuses dominantes. Montesquieu,
de son côté, s’intéresse à la limitation du pouvoir et à l’abolition de
l’absolutisme. Hume, Condillac, Turgot et Adam Smith partagent ces
préoccupations et jettent les bases d’un libéralisme économique issu d’une
réflexion philosophique nourrie.
La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789
viendra accélérer l’implantation de cette pensée, marquant la fin de l’Ancien
Régime et du féodalisme, et favorisant l’essor du capitalisme et du libéralisme
en France puis dans toute l’Europe.
Au cours du XXe siècle, le libéralisme s’érigera en critique des doctrines
socialistes et communistes, dénonçant les régimes imposant une dictature des
masses au détriment de la société et du progrès. Dans les régimes marxistes, les
droits de l’homme sont absents, et les plus vulnérables se voient persécutés ou
éliminés, comme l’attestent les camps de concentration en Union soviétique ou
encore les politiques totalitaires menées par Hitler et Mussolini, lesquels
imposèrent une idéologie raciste et discriminatoire pour asseoir leur autorité
absolue.
Le libéralisme, au fil des siècles, a su s’enrichir de multiples
contributions théoriques. Dès le XVIIe siècle, des penseurs comme John Locke,
Pierre Le Pesant de Boisguilbert et Bernard Mandeville ont ouvert la voie. Au
XVIIIe siècle, ce sont Montesquieu, François Quesnay, David Hume, Vincent de
Gournay, Adam Smith, Jacques Turgot, Thomas Paine, Nicolas de Condorcet,
Thomas Jefferson, Jeremy Bentham, Antoine Destutt de Tracy, Benjamin
Constant, Jean-Baptiste Say, Wilhelm von Humboldt, David Ricardo ou encore
James Hill qui ont consolidé l’édifice libéral.
Civilisation de la langue d’étude. 2e année licence (L.M.D) Page 24
Au XIXe siècle, cette pensée évolue sous l’impulsion de Charles
Comte, Charles Dunoyer, François Guizot, Frédéric Bastiat, Alexis de
Tocqueville, John Stuart Mill, Lysander Spooner, Gustave de Molinari, Herbert
Spencer, Carl Menger ou encore Émile Faguet. Le XXe siècle, quant à lui, voit
émerger de nouveaux penseurs qui poursuivent l’élaboration de cette doctrine,
parmi lesquels Benedetto Croce, Alain, Élie Halévy, Ludwig von Mises, John
Maynard Keynes, José Ortega y Gasset, Wilhelm Röpke, Friedrich Hayek, Karl
Popper, Ayn Rand, Raymond Aron, Isaiah Berlin, Milton Friedman, John
Rawls, Murray Rothbard, Mario Vargas Llosa et Robert Nozick.
Adam Smith, philosophe et économiste écossais, est l’un des pères
fondateurs de l’économie moderne et de la pensée libérale. Son œuvre,
profondément ancrée dans le siècle des Lumières, développe les principes du
capitalisme, du libéralisme économique, du libre-échange et de la division du
travail. Inspiré par Aristote, Platon, Cicéron, Locke, Leibniz, Hume et d’autres,
Smith a influencé à son tour des figures majeures telles que Karl Marx, John
Stuart Mill, David Ricardo, John Maynard Keynes, Frédéric Bastiat, Thomas
Malthus, Milton Friedman, Hegel, ainsi que les Pères fondateurs des États-Unis.
Sa pensée se construit en opposition au mercantilisme, doctrine selon laquelle
l’État se doit de veiller à l’intérêt général en assurant ses fonctions régaliennes.
Il devient ainsi une référence incontournable du courant libéral, en soutenant que
la richesse des nations repose sur l’accumulation du capital, la taille des marchés
et la division du travail.
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John Locke, quant à lui, philosophe anglais emblématique du Grand Siècle,
est considéré comme le chantre de l’empirisme et l’un des pères du libéralisme
classique. Issu de la tradition contractualiste, il s’intéresse à des domaines variés
tels que l’épistémologie, la métaphysique, la philosophie politique et la
philosophie du langage. Sa pensée repose sur des concepts fondamentaux : la
liberté, l’état de nature, la propriété et les droits de l’homme. Locke puise son
inspiration chez des auteurs tels que Platon, Aristote, Cicéron, Avicenne,
Machiavel, Descartes, Pierre Nicole et Thomas Hobbes.
Son influence est immense : elle s’étend à Montesquieu, Voltaire,
Rousseau, Helvétius, Condillac, David Hume, Adam Smith, Emmanuel Kant,
Schopenhauer et jusqu’aux Pères fondateurs des États-Unis. Locke pose les
fondements du libéralisme en conceptualisant l’« État de droit » et en
développant une philosophie de l’esprit ainsi qu’une théorie de la connaissance
fondée sur l’expérience, donnant naissance à l’empirisme moderne.
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Le nouvel ordre mondial :
La fin de la guerre froide, survenue dans les années 1990, céda le pas à
l'émergence d’un nouveau régime international, désigné sous le terme de
"nouvel ordre mondial". Ce concept géopolitique marqua la transition vers une
nouvelle ère, celle de la fin du second millénaire, une époque où les États étaient
appelés à se conformer politiquement et idéologiquement à une ligne directrice
unique, incarnée par les États-Unis. Ces derniers sortirent en effet victorieux des
cinq décennies marquées par la bipolarité du monde, où l’opposition entre le
communisme et les puissances occidentales, sous la conduite des États-Unis, se
conclut par la défaite du bloc soviétique.
L’échec de la Société des Nations, durant la période de l'entre-deux-
guerres, ainsi que celui de l’Organisation des Nations Unies à empêcher le
conflit bipolaire qui opposa les États-Unis aux Soviétiques, ont jeté les bases du
nouvel ordre mondial. Ce dernier s’instaura dans un cadre géopolitique marqué
par la diplomatie et un système économique libéral. C’est dans ce contexte que
le Président américain George Bush père a mis en avant ce nouveau système de
gouvernance mondiale.
Pour les États-Unis, cette politique novatrice signifiait l’instauration de
relations internationales reposant sur le respect des droits souverains de chaque
État, dans le cadre d’une paix mondiale fondée sur la démocratie.
L’Organisation des Nations Unies (ONU) fut investie du rôle d'arbitre mondial,
une fonction que lui attribuèrent les États-Unis eux-mêmes. L’économie de
marché et le régime démocratique étaient les piliers de cette vision, qu’ils
souhaitaient imposer à l’échelle mondiale. Toutefois, les conséquences de cette
vision ne se firent pas attendre, et se manifestèrent par une série de refus,
souvent accompagnés de conflits militaires. Parmi ces derniers, on peut citer la
première guerre du Golfe en 1991, la montée de groupes terroristes, les attentats
du 11 septembre 2001, la seconde guerre du Golfe en 2003, et bien d'autres
événements.
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La pensée libérale unique finit par concrétiser ce nouvel ordre
mondial, entraînant une transformation radicale du monde, qui se rapprochait de
plus en plus d’un "village global", surtout avec l’essor des recherches spatiales.
Les progrès scientifiques et technologiques contribuaient à solidifier ce régime
politique international, imposant ses normes au reste du monde. La révolution
informatique, avec l’avènement des ordinateurs, des téléphones mobiles et de
l’internet, joua un rôle déterminant. La toile du web, avec ses réseaux sociaux et
applications numériques, rétrécit encore davantage l’espace mondial, facilitant la
diffusion de ce nouvel ordre.
Finalement, le nouvel ordre mondial se transforma en un projet global de
l’humanité, résumant un idéal collectif communément désigné sous le nom de
"Progrès". Ainsi, à travers ses évolutions politiques et économiques, le monde
semblait se diriger inexorablement vers une uniformisation globale.
Ce rapprochement entre politique et économie, nourri par les ambitions
libérales, donnera naissance à de puissantes alliances mondiales tout en attisant
des appétits individualistes croissants.
Néanmoins, cette dynamique unipolaire ne tardera pas à susciter des
oppositions manifestes, révélant un profond malaise parmi les États qui refusent
de se soumettre docilement aux injonctions de la puissance américaine. Ces
contestations prendront forme à travers la constitution de grands pôles politico-
économiques tels que l’Union européenne, la Communauté économique eurasiatique,
l’Union des nations sud-américaines, la Communauté économique des États de l’Afrique de
l’Ouest, ou encore la Ligue arabe. Ces ensembles régionaux aspirent à déconstruire
l’hégémonie unipolaire et à instaurer des formes de gouvernance collective, plus équilibrées,
susceptibles d’ouvrir la voie à une reconfiguration des relations internationales.
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Toutefois, le nouvel ordre mondial tel qu’il avait été pensé au sortir de la
guerre froide ne s’imposera que durant une brève période, limitée à la décennie
1990. Ce régime, en réalité transitoire, cédera rapidement devant les prémices
d’un tournant historique annonciateur du troisième millénaire. De nouvelles
puissances émergent, notamment la Chine et la Russie, dont l’influence
grandissante redessine les rapports de force à l’échelle globale. La crise bancaire
de 2008, qui ébranla les fondements du système économique mondial, apparaît
comme l’ultime catalyseur d’un désenchantement généralisé, révélant
l’accumulation des échecs américains et les limites structurelles de leur
leadership.
Les déconvenues militaires enregistrées au cours de la guerre du Golfe,
puis en Afghanistan durant les années 2000, mettent crûment en lumière les
failles de la pensée unilatérale promue au lendemain de la guerre froide. Peu à
peu, l’incapacité des États-Unis à s’imposer en Amérique du Sud, en Asie du
Sud-Est, en Asie centrale et sur le continent africain confirme l’essoufflement de
leur hégémonie. Dans ce contexte, la Chine s’impose comme la nouvelle
puissance dominante, redéfinissant les équilibres internationaux. L’émergence
de l’Organisation de Coopération de Shanghai symbolise avec force la
désagrégation irréversible de l’unipolarité américaine et la fin effective du
modèle d’ordre mondial qu’elle prétendait incarner.
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