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Une Si Longue Lettre: Nouvelles Éditions Africaines

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THOUMAS Edouard, section: GC Sciper: 362532

Une si longue lettre

Le roman, Une si longue lettre, est un ouvrage majeur publié aux Nouvelles
éditions africaines en 1979 alors que le continent africain vient d’accéder fraîchement
à l’indépendance. Mariama Bâ, auteure du livre, est de nationalité sénégalaise. Elle
est née le 17 avril 1929 à Dakar, décédée le 17 août 1981, contexte social marqué
par l’ambition qu’elle nourrit à l’égard de la gent féminine dont le sort est souvent
lamentable, surtout lorsqu’il s’agit de mariage en terre africaine. Ce livre, perçu
comme un best-seller, écrit dans une langue classique, a connu un franc succès,
notamment avec le prix Noma de publications en Afrique, primant les meilleurs
écrivains.
Mariama Bâ, romancière de la nouvelle génération, a senti le besoin d’écrire
des romans pour traiter des questions actuelles, des sujets en harmonie avec les
préoccupations qui animent les femmes dont les sentiments sont généralement
relégués au second plan au profit des exigences sociales, claniques et du poids de la
tradition. L’espace de liberté aménagée pour les femmes se réduit passablement
comme une peau de chagrin quand on sait que le statut dédié à celles-ci porte les
stigmates des coutumes, des usages, des pratiques qui ne sont pas toujours en
phase avec l’évolution des mentalités. C’est dans cette veine qu’elle est devenue
membre de la Fédération des associations féminines du Sénégal (FAFS), fondatrice
et présidente du « Cercle Femina », Secrétaire générale du Club « Soroptimist » de
Dakar).
Quant à la thématique centrale de l’œuvre, elle tourne autour de la critique
voilée mais vive que la romancière a formulée à l’encontre des inégalités sociales,
notamment la place de la femme dans un régime polygamique, dans un contexte
socio-culturel africain, plus précisément au niveau de l’Afrique sub-saharienne. Ce
thème est complexe d’autant plus qu’il est en rapport, au-delà de l’amitié, avec
l’amour, la famille et les relations homme et femme dans la société sénégalaise.
C’est l’occasion pour Mariama Bâ de proposer une autre conception des rapports
entre époux et épouse, dans le respect des droits inhérents à la personne humaine,
quel que soit par ailleurs son statut. On ne peut pas occulter des questions, en
filigrane, comme celles qui sont en relation avec l’éducation des enfants, avenirs de
la nation. Il n’est donc pas étonnant que la situation de la femme soit au cœur du
combat féministe qu’elle a mené, tout au long de sa vie, pour que la femme soit
rétablie dans ses droits les plus élémentaires.
Passer en revue les différents personnages du roman, Une si longue lettre,
n’est pas une mince affaire, aussi mettrons-nous l’accent sur quelques personnages
dont les comportements ont provoqué, suscité un drame chez Ramatoulaye,
personnage clé du roman. Pour mesurer le degré du supplice de Ramatoulaye, ces
personnages en question constitueraient un baromètre, de notre point de vue, assez
pertinent. Confrontée à une atmosphère hostile, Ramatoulaye est en proie à des
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difficultés liées essentiellement aux conditions de vie exécrables dans lesquelles elle
vivait. Beaucoup de facteurs ont concouru à cette situation de malaise profond
qu’elle a vécu dans le cadre de son foyer. D’abord, le fait que son mari, Modou Fall,
ait choisi Binetou, dite « la Petite Binetou », comme deuxième femme a été mal vécu
par Ramatoulaye qui interprète cette situation comme étant le comble de
l’humiliation. On comprend son état d’esprit dès lors que Binetou est l’amie,
justement, de sa propre fille. C’est là un signe de dépersonnalisation, de
dévalorisation qui provoque de la part de Ramatoulaye un sursaut d’orgueil, un
Baroud d’honneur. D’autre part, comme si cela ne suffisait pas, voilà que Tamsir,
frère du défunt Modou Fall, en compagnie de l’imam, un chef religieux, a eu le toupet
de demander sa main après le décès de son mari. Ce qui a choqué Ramatoulaye le
plus, c’est la manière un peu cavalière avec laquelle il a posé son acte de
candidature. Selon Ramatoulaye, le cadavre même de son mari est encore chaud. Il
se permet, comme si elle était un objet, de lui dire de vive voix, qu’elle lui appartient
selon la coutume. En pareille circonstance, en Afrique, la femme veuve est
immédiatement placée sous le contrôle du frère du défunt pour soi-disant veiller sur
l’avenir des enfants nés, éventuellement, du précédent mariage. Et Ramatoulaye de
monter sur ses grands chevaux en laissant libre court à une émotion longtemps
contenue. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. A cela s’ajoute ses
devoirs d’épouse, entre autres, la question de l’éducation des enfants. Alors que les
moyens financiers sont dérisoires, entourée par une horde d’enfants, elle se devait
d’assumer ses responsabilités avec beaucoup de difficultés, même si la tâche était
exaltante. Assurer l’éducation des enfants dans un contexte aussi morose, n’est pas
chose aisée, mais elle a donné le meilleur d’elle-même pour y arriver. C’est une
femme qui a développé des capacités de résilience extraordinaire face aux épreuves
au cours desquelles ses nerfs étaient durement éprouvés. Même si elle a accusé le
coup -attitude tout à fait humaine, naturelle-, elle a opposé une résistance farouche
aux aléas de la vie, aux épreuves qu’elle a traversées, sans se résigner à son sort.
Le soutien moral de ses enfants n’a pas fait défaut, loin de là. L’attitude de sa fille,
Daba, a été moralement réconfortant pour la bonne et simple raison qu’elle a
compris la réaction psychologique de sa mère : Binetou, étant son amie, elle ne voit
pas d’un bon œil un mariage avec son père. Delà son refus catégorique, les
pressions exercées sur sa mère pour divorcer avec son père. On imagine aisément
le drame qui se joue en elle, avec un père qui n’en est pas à une contradiction près.
Ce qui frappe particulièrement, c’est le caractère de Ramatoulaye tout au long du
veuvage -période de 4 mois et 10 jours où la veuve doit observer une retraite en la
mémoire de son défunt mari- puisque son courage ne s’est jamais démenti, en dépit
des conditions difficiles dans lesquelles elle vivait, retirée du monde. Elle a franchi ce
cap avec un succès éclatant, qui la grandit aux yeux de la société.
Un autre personnage emblématique du roman que trouve être Aissatou Ba,
meilleure amie de Ramatoulaye à qui est destiné ce roman, vécu comme une lettre.
Elle a eu le courage, la mort dans l’âme, de demander le divorce quand son mari,
Mawdo Ba, s’est convolé en secondes, justes noces. C’est une situation limite dans
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laquelle elle se trouvait au point qu’elle en a tiré les conclusions. Aissatou, par
ailleurs, est en butte à des préjugés raciaux, à des clichés défavorables liés à un
problème de caste. Elle est traitée avec mépris par une certaine opinion publique
mais surtout par la famille de Mawdo Ba, famille toucouleur, qui appartient à une
classe prétendue noble, à savoir les Glewar. Pour sa famille, c’est une mésalliance
en épousant Aissatou, fille de bijoutier. D’ailleurs, la mère de Mawdo va faire de son
mieux pour que son fils épouse une femme de son clan. Ce climat lourd et malsain
l’a profondément affectée. Elle en a pâti et son orgueil de femme en a pris un sacré
coup. Delà à demander le divorce il n’y a qu’un pas. Voilà deux femmes,
Ramatoulaye Fall et Aissatou Ba, que le destin a indissolublement lié par leur
enfance, par leur trajectoire, par leur caractère. Elles sont intimement liées de sorte
que Ramatoulaye Fall a fait d’Aissatou Ba non seulement une amie de longue date,
une confidente -mais alors une confidente-, une complice. Il n’est pas surprenant,
dans cette perspective, que Ramatoulaye Fall adresse à Aissatou Ba une kyrielle de
lettres pour s’épancher, pour parler librement, sans retenue, de ses sentiments, de
sa vie privée.
Comparaison pour comparaison, on peut se référer à un autre roman, à savoir
celui de Ahmadou Kourouma, Les Soleils des indépendances, où le statut de la
femme fait, également, débat. Cela s’explique par le fait que Fama, personnage
principal de ce roman, a eu deux femmes, en l’occurrence Salimata et Mariame qu’il
a prise à la suite du décès de son cousin, Lacina. Ce qui est constant, en Afrique,
c’est le respect profond que l’on voue à la tradition. Dans ces deux romans, le
rapport au mariage est similaire : la coutume doit prévaloir sur les considérations de
femmes libres, indépendantes, émancipées. Autant Ramatoulaye a souffert le martyr,
autant Salimata et Mariame ont finalement trahi leur mari qui était stérile. Cette
pathologie est, en fait, une métaphore qui symbolise l’incompétence des dirigeants
Africains qui ont succédé aux blancs, au lendemain des indépendances.

Dans la même foulée, on peut convoquer un autre roman, Le lion et la perle


de l’écrivain nigérian, Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986, dont les
réflexions tournent souvent autour des rapports que la tradition entretient avec le
modernisme. Ce roman n’échappe pas à la règle pour avoir abordé un sujet très
sensible, rappelant, à bien des égards, l’histoire et de Ramatoulaye Fall et de
Salimata et de Mariame, dans la mesure où Sidi -puisque c’est d’elle qu’il s’agit- vit
un drame similaire : elles subissent le même calvaire compte tenu de leur statut de
femme mariée dont les droits ne sont pas toujours sauvegardés. La situation
matrimoniale de Sidi risque d’être hypothéquée par son refus systématique de
donner son accord à Lakounle, instituteur, amoureux fou qui lui demandait sa main.
Influencé par la culture anglo-saxonne, l’instituteur développe une conception plutôt
progressiste du mariage, étant donné qu’il considère le versement de la dote comme
un signe de réification, de chosification, de dévalorisation de la femme. Mieux, verser
la dote pour l’instituteur est assimilé à un acte de vente, d’objet alors que, lui, il tient
la femme en une très grande estime au point qu’il se refuse à envisager cette
éventualité, évitant ainsi d’altérer la dignité de celle-ci en quoique ce soit. Le bonheur
de Sidi se heurte à la coutume, à son insu, réalité incontournable à laquelle
l’instituteur ne saurait se résoudre. A l’image des personnages principaux dans les
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romans précités, Sidi est confrontée au poids écrasant de la tradition qui ne laisse
aucune chance à un épanouissement intégral des virtualités liées à la condition
féminine. On en arrive alors à un constat triste qui veut que les femmes mariées, ou
en voie de mariage comme Sidi, soient bloquées, entravées dans leur évolution du
fait des contraintes exercées par les valeurs patriarcales oppressantes. On le voit, la
trajectoire de ces femmes ressemble à s’y méprendre : leur sort semble être sellé,
définitivement, victimes qu’elles sont de l’histoire, d’une certaine idée de la tradition,
qui nie leur dignité en tant que femme. C’est là un terreau fertile pour les combats
des féministes parce que Ahmadou Kourouma, Wole Soyinka et Mariama Bâ sont
des pionniers en ce domaine comme en attestent les expériences malheureuses de
femmes mariées dont le destin est étrangement similaire.

A la sortie de ce dernier roman, Une si longue lettre, on a assisté à une


réaction qui, implicitement, rend responsable le blanc des souffrances de l’homme
noir, de la femme noire dont Ramatoulaye Fall, victime de l’administration ayant
cultivée chez les indigènes des réflexes de bureaucratie, d’autorité patriarcale dans
une société où les normes sociales confinent la femme dans des tâches strictement
domestiques. Alors que l’environnement de la décolonisation incite à l’évolution des
mentalités. Sous ce rapport, les connaissances théoriques du cours (Afrique
Contemporaine) illustrent, éclair d’un jour nouveau, notre lanterne sur un pan de la
culture africaine.

S’agissant de mes ressentis par rapport à la lecture de ce roman, je dois dire


que je suis plutôt partagé pour diverses raisons. Pour mesurer le sentiment qui
m’habite, il n’est pas inutile d’analyser l’attitude de Ramatoulaye Fall face à son
destin de femme mariée, attitude ayant générée de la part de ses enfants des
réactions que je trouve, dans bien des domaines, défavorables. J’ai le sentiment, à la
lecture de ce roman, que Ramatoulaye n’a pas bénéficié, comme cela se doit, de la
solidarité de ses enfants face à ce qu’il est convenu d’appeler sa survie en tant que
femme mariée. La figure maternelle qui sommeille en moi est telle que je trouve
molle la réaction de ses enfants qui ont manqué de combativité, de hargne, du
mordant vu la faiblesse avec laquelle ils ont agi. D’un point de vue psychologique, je
n’irai pas jusqu’à considérer cela comme de la lâcheté, de la couardise, mais ils ont
manqué d’agressivité si bien que leur mère y a laissé des plumes. Loin de moi l’idée
de récuser leur secours, leur soutien, mais s’ils avaient donné plus de « tonus » à
leur aide, leur mère serait sans doute hors de danger et ne s’en porterait que mieux,
du moins tel est mon sentiment.
Cependant, j’ai beaucoup apprécié la qualité du comportement de
Ramatoulaye qui a su contrôler et dominer ses nerfs sans se laisser faire. C’est là
une gymnastique, un jeu d’équilibriste qu’elle a réussi sans compromettre, d’un iota,
son image de femme mariée, sans ternir sa réputation. Dans l’imagerie populaire, en
tous cas en Afrique et plus précisément au Sénégal, la tradition veut que la femme
n’affiche pas ostensiblement ses souffrances mais elle doit avaler des couleuvres
pour amuser la galerie. Malgré tout, Ramatoulaye Fall est parvenue à concilier ces
deux exigences, à savoir se laisser faire et se révolter, de manière harmonieuse.
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C’est un tour de force qui suscite l’admiration et rend ce personnage attachant, fort
sympathique et, en tant que tel, il m’a marqué, m’a séduit littéralement. Il incarne des
vertus et a fait preuve d’un courage exemplaire. J’espère que, les femmes en
général, en milieu africain, s’inspireront de son exemple, du modèle qu’il représente
pour relever, éventuellement, les nombreux défis liés à la condition féminine. C’est là
mon vœu le plus cher surtout en ces temps de féminicide, contexte d’une actualité
brûlante dont le caractère alarmiste et inquiétant n’échappe à personne.
Quant à la qualité de l’écriture de ce roman, elle ne m’a pas laissé indifférent
vu la clarté, la netteté et la concision qui le caractérise. L’écriture est facile d’accès et
procure, en même temps, un plaisir esthétique, digne des romans classiques.

En définitive, la lecture de ce roman offre une lecture plurielle, une vue


panoramique mettant en jeu des expériences de femmes mariées qui se croisent
dans bien des domaines. La situation de Ramatoulaye Fall, dans Une si longue
lettre, est symptomatique du statut de la femme au lendemain des indépendances.
Elle révèle aussi leur état d’esprit marqué par des velléités, des révoltes, des
subversions, étant des femmes qui ne se laissent pas toujours manier docilement
comme en témoigne la combattivité de Ramatoulaye Fall. Des passerelles peuvent
être jetées entre différents romans qui traitent un sujet transversal, d’une brûlante
actualité aux relents de féminisme avec le vent d’émancipation qui balaie l’Afrique,
continent poreux aux influences de l’administration coloniale. On imagine alors toute
mon émotion devant la qualité de l’écriture de ce roman mettant en évidence une
femme, symbole de la gent féminine, qui a convaincu plus d’un par son caractère,
son tempérament.

Source (utilisée uniquement pour la biographie de l’auteure) :


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