La phrase complexe (1) – La relative
Cours dispensé de 1999 à 2003 à Paris IV-Sorbonne (DEUG 1)
Références et abréviations:
RPR: Riegel, Pellat, Rioul, Grammaire méthodique du français, PUF, 1994
PP: Aragon, Le Paysan de Paris, coll. Folio
FF: Nerval, Les Filles du Feu, GF
GM: Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes, Livre de Poche
JFC: Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre, Folio
RF: Gauthier, Récits fantastiques, GF
JF: Diderot, Jacques le fataliste, GF
1. Définitions
1.1. Qu’est-ce qu’une phrase complexe :
1. c’est une phrase apte à constituer un énoncé complet
2. elle comprend un constituant – la proposition – qui a lui-même la structure
d’une phrase, en relation de dépendance ou d’association avec une autre
structure de phrase. La phrase complexe est donc constituée de plusieurs
propositions.
1.2. Les différents types de relations entre propositions
1. la juxtaposition
La phrase est constituée d’une suite de propositions qui pourraient chacune
former une phrase autonome, séparées par un signe de ponctuation (virgule,
point virgule, deux points)
Buvons, aimons, c’est la sagesse ! (S) (3 propositions indépendantes
juxtaposées)
2. la coordination
Des unités linguistiques seront dites coordonnées quand, ayant dans une unité plus
large la même fonction syntaxique, elles sont placées sur le même rang. Les
propositions peuvent être reliées :
par une conjonction de coordination : mais ou et donc or ni car
(…) les ménagères sur le seuil des maisons secouaient leurs tapis ou
bavardaient (…) (GM)
Son premier mouvement fut la frayeur, mais l’homme la rassura et lui
dit qu’il voulait me voir. (MA)
par un adverbe coordinatif (ou de liaison), qui joue le rôle de
connecteurs : alors, puis, pourtant, c’est pourquoi, en effet, ainsi, néanmoins
Je ne vous connais pas. Et pourtant il me semble que je vous connais.
(GM)
Elle s’interrompait pour me baiser la main, puis elle recommençait à
presser les lèvres de la plaie. (MA)
1. La parataxe
Les propositions juxtaposées peuvent entretenir un rapport de dépendance
syntaxique. La parataxe (absence de lien) est alors purement formelle. Il s’agit de
tours corrélatifs qui relèvent
d’un mécanisme sémantique de subordination :
Que votre voix chérie chasse l’esprit qui me tourmente, fût-il divin ou
bien fatal ! (S)
ou au moins de forte interdépendance (entre les deux propositions
juxtaposées) :
Plus je la regardais, moins je pouvais croire que la vie avait
abandonné son beau corps. (MA)
1. la subordination
La phrase est construite sur le rapport de dépendance instauré entre la proposition
subordonnée et la proposition principale. Une unité linguistique est dite
subordonnée à une autre quand elle en reçoit sa fonction sans réciprocité.
La proposition subordonnée est généralement introduite par
une conjonction de subordination : quand, lorsque, si, comme, que, afin
que pour que, puisque, parce que, etc.
Mon front ruisselait de sueur comme si j’eusse remué une dalle de
marbre. MA (les deux conjonctions forment ici une locution
conjonctive de sens hypotético-comparatif.)
Il était quatre heures et demie et il faisait jour encore, lorsque
Meaulnes se retrouva dans sa chambre, la tête pleine des événements
de son extraordinaire journée. GM
un pronom relatif : qui, que, quoi, dont, où, lequel,…
Les médecins qu’on fit venir n’entendaient rien à sa maladie. MA
La boutique suivante est un café : Le petit grillon où j’ai mille
souvenirs. PP
un outil interrogatif de type adverbial (pourquoi, où, combien),
adjectival (quel), pronominal (qui, ce que, quoi, que)
Je ne pus lui demander par quelle circonstance elle était allée au bal
masqué. S
Je me rappelle combien je le trouvai beau, à cet instant, le grand
compagnon, malgré son air épuisé et ses yeux rougis par les nuits
passées au dehors, sans doute. GM
Mais certaines subordonnées n’ont pas de termes introducteurs :
infinitives
(…) et j’ai vu se dérouler les cheveux dans leurs grottes. PP
Je voyais les étangs se découper comme des miroirs sur la plaine. S
participiales
Les voici au cinéma, tout égarées dans l’ombre ou bien dans les
soleils tournants des manèges des foires, la robe relevée comme un
défi. PP 66
Il y en eut dont on esquivait le choc et qui perdant l’équilibre, allaient
s’étaler dans la boue, le cavalier roulant sous sa monture. GM 96
1. L’insertion
Elle concerne uniquement :
les propositions incises (indiquent le discours rapporté, le verbe de la
proposition est déclaratif) qui peuvent
couper le discours :
" Trop tard ! fit-il en hochant la tête, trop tard ! " MA
ou s’en détacher sur la droite
" Sauvez-moi ", ajoutai-je. S
ou sur la gauche
Elle me dit : " Comment te trouves-tu ? " MA
les propositions incidentes ( servent à insérer un commentaire sur un
discours, à l’intérieur de ce discours, pour le préciser ou le nuancer)
On allait aborder, semblait-il, dans le beau jardin de quelque maison
de campagne. GM
C’était, je crois, le soir de la St-Barthélémy. S
1.3. terminologie
les différentes propositions subordonnées sont dénommées
selon leur terme introducteur : conjonctive, relative, interrogative
selon leur fonction : circonstancielle ou complétive
selon leur verbe : infinitive ou participiale
1.4. L’étude grammaticale de la proposition subordonnée
1) Elle devra obligatoirement indiquer :
les limites de la proposition ( entre crochets par ex.)
la nature et, éventuellement, la fonction du mot subordonnant
la nature et la fonction de la proposition subordonnée
Attention : Si la structure de la proposition est souvent simple à mettre à jour
Quand je revins près de Sylvie, je m’aperçus qu’elle pleurait. S
elle procède parfois par enchâssements successifs :
Il fallut {que le frère de Sylvie nous arrachât de cette contemplation
en disant [qu’il était temps de retourner au village assez éloigné
(qu’habitaient ses parents)]}.
On veillera alors à préciser, dans une première approche, les différentes limites des
subordonnées enchâssantes et enchâssées.
2) Elle analysera facultativement le noyau verbal de la proposition subordonnée
concordance des temps
emploi des modes en fonction de la perspective soit actualisante, soit
virtualisante, véhiculée soit par le verbe de la principale, ou l’antécédent, ou
la modalité interrogative, négative ou hypothétique de la principale
Autrement dit, si le verbe de la subordonnée est au subjonctif, il faudra en
justifier l’emploi ; si l’alternance subjonctif/indicatif est possible, il faudra
expliquer le choix du texte.
2. La relative
1. Définitions :
La proposition subordonnée relative est introduite par un pronom relatif
relatif simple : qui, que, quoi, dont, où
relatif composé : lequel, auquel, duquel… (qui intègrent à et de), mais aussi
pour lequel, contre lequel (que l’on décrira comme une locution
pronominale : préposition + relatif)
Le pronom relatif a deux rôles :
- c’est un mot subordonnant ; il introduit la relative ;
- il constitue un substitut du GN et assume à ce titre une fonction
grammaticale dans la relative ( sujet, attribut, etc.) définie par le verbe de la
proposition subordonnée
On distingue deux sortes de propositions relatives :
les relatives avec antécédent (dites relatives adjectives)
les relatives sans antécédent (dites relatives substantives)
1. La relative avec antécédent
La relative est dite adjective parce qu’elle fonctionne comme un adjectif – la
substitution avec l’adjectif est souvent possible (Le ciel qui devenait rouge…
le ciel rougeoyant…) – et elle est le plus souvent en fonction d’épithète de
l’antécédent.
1. Si l’antécédent est une expression définie (nom propre, nom
commun précédé d’un déterminant défini), la relative peut être :
déterminative (dite aussi restrictive)
non déterminative ( ou appositive, explicative)
2.1.1. Distinction entre relative déterminative et relative explicative
a. Soit la phrase : " Les étudiants qui ont travaillé ont été récompensés. "
La proposition relative sert ici à définir, dans l’ensemble des étudiants, un
sous-ensemble d’étudiants qui travaillaient ; cet ensemble d’étudiants sera
opposé à celui qui n’a pas travaillé. Dans un tel cas, la relative est dite
déterminative : elle aide à déterminer l’identité de l’antécédent. Dans le
français le plus correct, la relative est alors directement liée à la principale
(pas de virgule)
L’air [que les prostituées fredonnent] change tous les jours.
PP (l’effacement de la relative aurait pour conséquence de modifier le
sens de la phrase, et notamment de l’antécédent dont la nature
polysémique ne serait plus restreinte (l’air change tous les jours))
La fonction d’une relative épithète, quand elle détermine son antécédent,
est donc double :
elle définit l’extension logique de son antécédent, i.e. elle indique à quelle
classe référentielle peut s’appliquer l’antécédent
elle contribue à l’identification par le destinataire de l’énoncé du référent
désigné par l’antécédent.
a. Soit la phrase : " Les étudiants, qui ont travaillé, ont été récompensés. "
Le référent de l’antécédent est déjà défini ( par le contexte ou la situation) et
la relative ne contribue pas à son identification. Ici, par exemple, ce peut être
tous les étudiants dont je viens de parler, ou tous ceux de mon cours, en
totalité. Dans un pareil cas, la relative est explicative ( ou non
déterminative) : elle apporte une explication accessoire.
Sylvie agitait les fuseaux de sa dentelle, [qui claquaient avec un doux
bruit sur le carreau vert]. S (la relative ne sert pas à l’identification des
fuseaux que Sylvie agite ; elle apporte un complément d’information
sur l’effet produit par ces fuseaux lorsque Sylvie les agite.)
2. Spécificité de la relative explicative :
La relative explicative apportant une information en surnombre, elle se situe
à un autre niveau d’énonciation, et peut de ce fait, être effacée sans porter
atteinte à la complétude de la phrase, ou à l’identification de l’antécédent.
Elle peut donc être détachée, au moyen de virgules ou de tirets. On marque
une pause à l’oral.
Puisqu’elle constitue un fait d énonciation distinct, la relative explicative
admet l’addition d’un adverbe de phrase, ou d’une incise
Sylvie agitait les fuseaux de sa dentelle, qui ainsi/ justement/
claquaient avec un doux bruit sur le carreau vert.
de la même façon, elle seule peut être remplacée par une proposition
indépendante coordonnée par " et " :
Sylvie agitait les fuseaux de sa dentelle, et ceux-ci claquaient avec un
doux bruit sur le carreau vert.
seule la relative explicative admet le remplacement de " qui " par le
relatif composé " lequel "
Sylvie agitait les fuseaux de sa dentelle, lesquels claquaient avec un
doux bruit sur le carreau vert.
enfin, seule la relative explicative peut générer une valeur implicite de
caractère circonstanciel ( cause, but, concession, hypothèse, implication)
Sylvie agitait les fuseaux de sa dentelle, si bien qu’ils claquaient avec
un doux bruit sur le carreaux vert. (consécutive)
2. Spécificité des relatives déterminatives :
Sont régulièrement déterminatives
celles dont l’antécédent est un pronom indéfini ou interrogatif
Je cherche quelqu’un qui pourrait m’aider / qui croyez-vous qui
pourrait m’aider ?
Je n’ai jamais pu trouver quelqu’un qui sût m’aimer. S
celles dont l’antécédent est actualisé par l’adjectif indéfini " tout "
Tout étudiant qui ne se sera pas présenté à l’examen final devra
repasser à la session de septembre.
Puis elle était rentrée faire le compte de toutes les ouvertures qu'il
allait falloir condamner pour rendre le logement habitable... GM
Je n'eus aucune joie de ce baiser dont bien d'autres obtenaient la
faveur, car dans ce pays patriarcal où l'on salue tout homme qui passe,
un baiser n'est autre chose qu'une politesse entre bonnes gens. FF(A)
celles dont l’antécédent est accompagné d’une expression de l’exception (
le plus souvent l’adj. seul), d’un superlatif relatif, d’un numéral ordinal
( c’est le seul, le meilleur, le dernier que j’ai rencontré)
C'était un froid dimanche de novembre, le premier jour d'automne qui
fît songer à l'hiver. GM
J’écrivis les lettres les plus belles que sans doute elle eût jamais
reçues. S
1. Si l’antécédent est une expression non définie (nom commun
précédé d’un déterminant indéfini),
On ne peut plus répartir les relatives suivant leur capacité à faciliter
l’identification du référent, le propre de telles expressions étant
d’avoir un référent qui n’est pas identifiable (pour le récepteur au
moins.)
Cependant, certaines relatives apparaissent
essentielles (on ne pourrait pas les supprimer, sans produire un énoncé non
pertinent, souvent tautologique)
ex : Nerval a écrit un livre [qui s’appelle les Filles du feu].
Il y a des possédés que tient la hantise de la rue. PP 66
d’autres accidentelles :
Une personne de très illustre naissance, qui possédait ce domaine,
avait eu l’idée d’inviter quelques familles. S
Au-dessus de nous, en effet, dans un réduit où s'entassaient les pièces
d'artifice noircies du dernier Quatorze Juillet, un pas inconnu, assuré,
allait et venait, ébranlant le plafond, (…) GM
Elle eut même, dès qu'elle parla de son fils, un air supérieur et
mystérieux qui nous intrigua. GM
1. Emploi du mode subjonctif dans la proposition relative
C’est une spécificité de la relative déterminative.
a. Subjonctif de pré-actualisation
Si l’antécédent est indéfini ou pronom indéfini, et que le verbe de la
principale signifie, à des degrés divers, une incertitude (chercher, demander,
préférer, désirer, vouloir, il manque), on parle de subjonctif de pré-
actualisation. Il se rencontre dans les relatives à antécédent virtuel quand
s’impose l’idée d’un parcours sur un ensemble limité de possibles.
Je cherche un appartement qui ait un balcon/ je cherche un
appartement qui a un balcon.
Dans cet exemple, l’existence de l’antécédent est voulue ou désirée, le
verbe indique l’idée d’une " tension vers ". Le subjonctif naît de la
prise en considération, par contraste, de tous les éléments (ici, un
appartement) qui ne sauraient répondre à mon souhait. Le groupe
antécédent + relative implique l’idée d’un résultat visé.
Deux interprétations sont possibles, selon qu’on emploie le subjonctif ou
l’indicatif :
avec le subjonctif, je ne présuppose pas que l’appartement existe ( je ne peux
pas dire qu’il existe) ; perspective virtualisante, donc emploi du subjonctif
avec l’indicatif, je présuppose que cet appartement existe ( je peux dire qu’il
existe) ; perspective actualisante, donc emploi de l’indicatif
et pourtant j'attendais de lui, sans oser me l'avouer, quelque entreprise
extraordinaire qui vînt tout bouleverser. GM
" A vous, dit-elle, je veux donner tout ce que j'ai : quelque chose qui
ait été pour moi plus précieux que tout.... et vous le brûlerez! " GM
a. Même effet si le verbe de la principale est au conditionnel, ou est constitué
d’une périphrase comportant un auxiliaire modal
Ex : j’apprécierais une réponse qui soit plus développée
Ex : Tu devras procéder d’une manière qui lui convienne davantage.
b. Subjonctif de désactualisation
Le subjonctif de désactualisation apparaît dans les relatives dont l’antécédent
indique une sélection d’ordre qualitatif ou quantitatif. Il traduit la victoire du
négatif sur le positif ; la perspective est pessimiste. Cette fois, le groupe antécédent
+ relative présente une affirmation d’existence restreinte, voire de non-existence.
C’est le cas:
lorsque la proposition principale induit un climat dubitatif (par la présence
d’une négation, d’une interrogation, d’une hypothèse).
ex : il y a peu d’appartements qui aient un balcon.
Ex : si vous trouvez un appartement qui ait un balcon, faites-le moi
savoir.
Cependant personne ne connaissait dans les environs un château
auquel s'appliquât la description du château où j'avais retrouvé
Clarimonde. MA
Je n’ai rien vu là-bas que je puisse regretter ici. S
Vous en avez vu là de bien plus jolies que moi! - Aucune, Sylvie, qui
ait votre regard et les traits purs de votre visage. S
après une exception, un superlatif relatif ou un numéral ordinal.
C’est le seul appartement qui a un balcon/ qui ait un balcon.
Selon que l’on rencontre après l’indicatif ou le subjonctif, on interprétera les faits
différemment :
Nous avons ici deux ensembles : l’ensemble des appartements avec balcon (ici
réduit à l’unité) et par opposition l’ensemble des appartements sans balcon.
on emploie l’indicatif dans une perspective actualisante : la pensée envisage
effectivement l’appartement avec balcon
on emploie le subjonctif dans une perspective virtualisante : la pensée
considère en premier lieu les appartements sans balcon.
Sylvie, seule figure qui me rattachât à ce pays. S (Sylvie est une figure
isolée par rapport à toutes celles qui ne lui évoquent rien et qui
dominent, prennent le dessus dans cet emploi du subjonctif)
et, dans les champs et les bois, aux portes du bourg, commençait la
plus radieuse matinée de printemps qui soit restée dans ma mémoire.
GM
L’amour, voilà le seul sentiment qui ait assez de grandeur pour que
nous le prêtions aux infiniment petits. PP
2.3. L’antécédent du relatif est un pronom démonstratif
On sait que le pronom démonstratif (ce, celui, celle, ceux) en français ne peut
s’employer seul
soit il est complété par les morphèmes adverbiaux " ci " et " là "
soit il est complété par un complément déterminatif ou une proposition
relative (obligatoirement déterminative)
J’ai trouvé ce que tu cherchais
J’ai croisé ceux dont tu m’avais parlé
On peut faire deux analyses de ce type de proposition :
soit on considère que ces relatives sont épithètes déterminatives du
pronom démonstratif
soit on tient compte du fait que les pronoms relatifs (ce, ceux) n’ont aucune
autonomie et composent avec le pronom relatif une locution pronominale
insécable. Dans ce cas, on glisse alors vers la catégorie des relatives
substantives.
C’est la raison pour laquelle l’ensemble formé par le pronom relatif et la
relative peut commuter avec un substantif.
J’ai trouvé ce que tu cherchais > J’ai trouvé ton bibelot.
J’ai croisé ceux dont tu m’avais parlé > J’ai croisé les deux étudiants.
On peut donc dire que ce type de proposition est un type intermédiaire entre la pure
relative adjective et la pure relative substantivée : on se doit de présenter les deux
descriptions au cours de l’analyse. Tout en proposant les deux analyses, on pourra
indiquer les cas où le démonstratif possède un référent définissable en contexte.
Doté par anaphore d’un contenu sémantique réel, il est alors apte à la
complémentation (la relative est épithète liée du démonstratif)
J’étais fort peu inquiet de ce qu’elle pouvait être. S (la relative est
complément de l’adjectif ; le démonstratif n’a aucune épaisseur
sémantique, l’énonciateur cherchant lui-même fort peu à élucider la
question.)
Je ne prendrai que ce qu’il faudra pour ne pas laisser éteindre ma vie.
MA (dans cet exemple, on sait à la lecture de la ligne précédente
" Ton beau sang d’une couleur pourpre, je vais le boire " que le
pronom démonstratif neutre représente " le sang ". On peut donc lire
la relative comme une relative déterminative épithète liée de " ce ".)
La lumière moderne de l’insolite, voilà désormais ce qui va le retenir.
PP
2. La relative sans antécédent
Elle peut assumer toutes les fonctions du substantif
sujet : qui vivra verra
Qui nous eût vu nous eût pris pour des profanateurs. MA
attribut : il est devenu qui il est grâce au travail.
COD : choisis qui tu veux.
C.C. : j’irai où tu iras. / viens avec qui tu veux.
Allons où vous voudrez. S
Si tu n'es pas content, il fallait rester où tu étais ", répondit, sans lever
la tête, Jasmin Delouche qui se sentait appuyé par ses compagnons.
GM
La proposition peut toujours commuter avec un substantif. Dans l’analyse, il faut
prendre soin de distinguer la relative adjective de la relative substantive :
a. la relative avec antécédent (adjective)
J’irai à l’endroit [où je l’ai laissé].
le relatif a toujours une fonction par rapport au verbe de la subordonnée (ici,
C.C. de " laisser "
la relative ne peut avoir qu’une seule fonction, toujours la même : épithète de
son antécédent
a. la relative sans antécédent (substantive)
J’irai [où tu iras].
le relatif a toujours une fonction par rapport au verbe de la subordonnée (ici,
C.C. de " iras ")
mais la relative a une fonction variable, celle du substantif avec lequel elle
peut commuter (ici, C.C. de " j’irai " > j’irai à Paris)
2. le cas des relatifs indéfinis
A l’exception de quiconque, qui réfère exclusivement à l’animé humain, et
employé comme sujet dans les relatives substantivées, la relative indéfinie se
présente ainsi :
1. Quelque (+ substantif) que
A ne pas confondre avec l’adverbe conjonctif " quelque… que ", où
l’adverbe " quelque " modifie un adjectif
[Quelque décision qu’il prenne], il ne s’y tient pas.
Quelques efforts que je fisse pour chasser Clarimonde de mon esprit,
je n’y parvenais. MA
On retrouve dans cette construction, certains des traits de la relative
déterminative : le relatif que (qu’) a pour antécédent " décision ", lui-
même actualisé par l’adjectif " quelque " ; le relatif que est en
fonction COD de prendre ; le verbe de la relative est au subjonctif.
Mais, à la différence d’une relative épithète canonique, il est
impossible de considérer ici le relatif que de manière indépendante ; il
fonctionne en corrélation avec quelque.
2. Quel que
valeur qualifiante ou identifiante ; ne s’emploie qu’en fonction
attribut, avec un verbe essentiellement attributif dans la relative.
Quelles que soient ses conquêtes, elles sont toujours éphémères.
Concevez-vous que cela se puisse, quel que soit l'auteur du grand
rouleau? JF
On voit qu’il est très difficile de dissocier les deux morphèmes et de
considérer quel comme antécédent du relatif ; on analysera donc leur
réunion comme " mot composé " et c’est au groupe tout entier quelles
que que l’on reconnaîtra la fonction d’attribut.
3. Qui que
Valeur identifiante ; peut s’employer en fonction d’attribut ou de
complément (direct ou indirect) ; réfère exclusivement à l’animé
humain.
Qui que vous fréquentiez, je ne le recevrai pas.
On voit qu’il est très difficile de dissocier les deux morphèmes et de
considérer qui comme antécédent du relatif ; on analysera donc leur
réunion comme " mot composé " et c’est au groupe tout entier que
l’on reconnaîtra la fonction de COD de " fréquenter ".
4. Quoi que
A ne pas confondre avec la conjonction en un seul mot
Valeur identifiante ; peut s’employer en fonction attribut ou en
fonction complément, de construction directe ou indirecte ; réfère au
non-animé
Quoi qu’elle ait fait, elle sera punie.
Quoi que je pusse dire, elle ne me permit pas de l’aider. S
Ce n’est pas, quoi qu’en dise l’enseigne (...) le Peluquero tel qu’il se
rencontre encore près de la Trinité. PP
On voit qu’il est très difficile de dissocier les deux morphèmes et de
considérer quoi comme antécédent du relatif ; on analysera donc leur
réunion comme " mot composé " et c’est au groupe tout entier quoi
que que l’on reconnaîtra la fonction de COD de " faire ".
5. Remarques :
L’emploi du subjonctif s’explique par la perspective virtualisante suivante :
qu’il s’agisse de personnes ou de choses, la formulation de leur identité n’est
ici que supposée ; au lieu d’être arrêtée, la définition est non définie ; elle
reste du domaine du virtuel. C’est donc l’indétermination propre à ces
relatives indéfinies qui explique en un premier temps l’emploi du subjonctif.
L’ensemble entre crochets s’analysera comme complément circonstanciel
de concession de la proposition régissante ; donc si ce groupe est par nature
P.S.R., par sa fonction il s’apparente à la série des propositions
circonstancielles.
2. la relative prédicative, dite dans certains cas attributive
Elle se rencontre, selon certaines grammaires, là où peut se rencontrer un adjectif
attribut du COD, i.e. :
après un verbe de perception + substantif + relative (1), ou v. de perception +
pronom personnel réfléchi + relative (2)
(1) Il entendit Bérénice qui parlait.
(2) Il s’entendit qui disait à sa sœur de se taire.
On avait entendu vers deux heures du matin une carriole qui s’arrêtait.
GM
je sentis quelque chose de velu et de rude qui me passait sur la figure
(RF)PO
après les présentatifs voici/ voilà (formés sur le verbe voir) + substantif +
relative
Voilà Bérénice qui arrive.
Le voilà qui chante et qui rêve. (FF) A
Et le voilà qui recommence son histoire. GM
après trouver + substantif (ou pronom) + relative
Elle le trouva qui dormait profondément.
(…) je trouvai mon cousin qui m'attendait avec grande impatience.
(FF) A
J'ai trouvé sa voiture et sa jument qui s'en allaient sans conducteur, le
long d'un chemin près de la route de Saint-Loup-des-Bois. GM
après avoir ( ou présentatif il y a) + substantif + relative
J’ai la vue qui baisse.
Il y a pourtant par le monde des gens qui me pardonneraient. GM
il y a des hommes qui jouent si bien la comédie de l'amour! (FF) A
On préfère employer le terme de relative prédicative à attributive afin de souligner
que la visée prédicative de l’énoncé (c’est-à-dire sa capacité d’apporter de
l’information " nouvelle ") porte sur la proposition subordonnée.
EX : La phrase " Il entendit Bérénice qui parlait " ne répond pas à la question
" Qui entendit-il ? " (Bérénice serait le propos / prédicat) mais " qu’entendit-il ?
(c’est " Bérénice qui parlait " qui est le propos/ prédicat). La relative fait partie des
informations nouvelles. Elle est donc prédicative, attribut de " Bérénice " :
il l’entendit qui parlait)
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La phrase complexe (2) - la
complétive
Cours dispensé de 1999 à 2003 à Paris IV-Sorbonne (DEUG 1)
Références et abréviations:
RPR: Riegel, Pellat, Rioul, Grammaire méthodique du français, PUF, 1994
PP: Aragon, Le Paysan de Paris, coll. Folio
FF: Nerval, Les Filles du Feu, GF
GM: Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes, Livre de Poche
JFC: Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre, Folio
RF: Gauthier, Récits fantastiques, GF
JF: Diderot, Jacques le fataliste, GF
1. Définition de la complétive
Les propositions subordonnées complétives sont des propositions subordonnées qui
se substituent le plus souvent, dans certains cas déterminés, à des GN constituants
du G.V.
On distingue trois sortes de complétives :
les conjonctives complétives, ou conjonctives pures, introduites par la
conjonction que
Je sais que Paul viendra.
les infinitives, sans mot subordonnant
J’entends Paul venir.
- les interrogatives indirectes (partielles ou totales), introduites par les pronoms
interrogatifs, par la conjonction " si ", ou par des adverbes interrogatifs, et
même les exclamatives indirectes.
Je me demande si Paul viendra.
2. Les complétives conjonctives
pures
Elles sont introduites par " que " conjonction de subordination, à ne pas confondre
avec " que " pronom relatif.
Tout le monde vit la couronne qu’il portait. (pronom relatif COD de
porter ; antécédent : couronne ; relative épithète de couronne )
Tout le monde vit qu’il portait une couronne. (conjonction ; pas
d’antécédent ; complétive COD de porter)
1. fonction de " que "
Dans le cas de la conjonction, le morphème " que " n’a pas de fonction (au sens
syntaxique du terme) . Il a pour rôle de marquer la subordination (contrairement au
pronom relatif qui a aussi une fonction par rapport au verbe de la subordonnée). La
conjonction " que " n’a pas d’antécédent dans la principale.
1.2. fonctions de la subordonnée
Elles ont les fonctions du nom ( alors que les relatives introduites par le pronom
relatif que ont les fonctions de l’adjectif ie attribut, épithète liée, épithète détachée)
sujet : qu’il mente est une évidence. Sa faculté de mentir
Ces complétives sont toujours au subjonctif ( perspective virtualisante)
cod : je sais qu’il est parti.º son départ
On a dit que c’était une goule, une vampire femelle. RF (MA)
J’oubliais donc de dire que le passage de l’Opéra est un grand cercueil
de verre (…) PP
Remarque : Les verbes de la principale se réfèrent à des actes
psychologiques, du type : dire, penser, sentir, vouloir. Comme pour
les relatives,
on trouvera l’indicatif dans une perspective actualisante ; ou le procès est
perçu dans sa réalité :
Je crois qu’il viendra.
Je crus m’apercevoir qu’elle avait un faible pour le ré[Link]
(S)
(…) je m’aperçus que celle-ci baignait dans une lumière
verdâtre (…) PP
Il savait, le grand Meaulnes, que chez les gens de campagne, et
surtout dans une ferme isolée, il faut parler avec beaucoup de
discrétion, de politique même (…) GM
on trouvera le subjonctif en perspective virtualisante, verbes de la
principale mettant l’accent sur une incertitude, une hypothèse, une
obligation, à la forme interrogative ou négative.
Je doute qu’il vienne / crois-tu qu’il vienne ? / je ne crois pas
qu’il vienne (viendra)
Craignant que les enfants ne le rencontrassent en revenant par
l'allée, il continua son chemin à travers les sapins dans la
direction du " pigeonnier " GM
Il fallut que son frère intervînt pour qu’elle m’offrît sa joue
d’un air indiffé[Link] (S)
Attribut du sujet : l’important est que tu sois là. ta présence
Le fait est que Jacques et son maître ne virent plus le carrosse drapé,
et que Jacques, toujours inquiet de l'allure de son cheval, continua son
récit. JF
groupe complétif du sujet d’un tour unipersonnel : Il faut que nous
trouvions une solution.
Après les verbes ou locutions verbales : il faut, il arrive, il se peut, il est
question, il semble, le verbe de la complétive est toujours au subjonctif ;
perspective virtualisante.
Mais il faut que je rejoigne les enfants, puisqu'ils sont les maîtres
aujourd'hui. GM
Il ne semble pas qu’un souci étranger aux caresses entraîne dans ce
royaume tout ce peuple changeant de femmes (…) PP
groupe complétif ou séquence d’un présentatif " voilà" : Voilà qu’ils sont
arrivés. (\ voilà huit jours qu’ils sont arrivés)
Mais voici que les raisons profondes de ce sentiment plastique qui
s’est élevé en Europe au début du XXe commencent à apparaître PP
C'était mon ami le meilleur, c'était mon frère d'aventures, et voilà que
je lui ai pris sa fiancée! GM
complément du nom
Le moment est venu qu’on trouve une solution d’une solution/ de
trouver une solution (nom ou infinitif)
\ le moment qu’elle avait tant attendu est venu. le moment attendu
(relative adjective ; que relatif, COD de attendre, antécédent : le
moment)
Il est effrayé à l’idée qu’on puisse trouver une solution d’une
solution / de trouver une solution ( complétive complément du nom
idée)
\ Il est effrayé à l’idée qu’elle lui a soumise l’idée soumise (relative
adjective épithète de idée )
L’aspect du couvent me donna un instant l’idée que c’était peut-être
celui qu’habitait Adrienne (l’idée de l’endroit où elle habitait)
Quant à moi, je me trouvai, pour la première fois depuis de longs
mois, seul en face d'une longue soirée de jeudi avec l'impression que,
dans cette vieille voiture, mon adolescence venait de s'en aller pour
toujours. GM
complément d’un adjectif
Je suis heureux qu’on ait trouvé une solution.
Je suis sûr que vous chantez des airs d’opéra !FF (S)
Il paraissait certain que cet ouvrage, noté, il est vrai, comme rare, se
rencontrerait facilement (FF) A
complément déterminatif du pronom démonstratif neutre " ce " (de ce
que, à ce que)
La difficulté vient de ce que personne n’est à l’heure.
Dans cet exemple, la formulation est contrainte, la construction du verbe est
normalement indirecte.
Je m’attends à ce qu’il vienne. complétive complément de
détermination de " ce "
Je m’attends qu’il vienne. complétive COI.
Attention : Ici, la construction directe (usage classique, niveau de langue soutenu)
est concurrencée par la construction indirecte. Cela est valable pour certains verbes
du type : se plaindre, s’indigner, se réjouir que/ de ce que ; consentir, veiller que/ à
ce que).
C’est la pronominalisation qui pourra révéler la fonction de la subordonnée ex : je
m’y attends : y COI ; je conviens qu’il a eu tort ; j’en conviens : en COI)
Les groupes " à ce que/ de ce que " se laissent aisément scinder par le recours à la
forme renforcée ceci/cela du pronom démonstratif.
Je m’attends à cela : qu’il vienne
Il est alors possible d’analyser sans difficulté la proposition complétive comme
apposition.
Remarque :
1. dans ces phrases, le pronom " ce " joue le rôle d’un morphème démarcatif.
En effet, en français, il est impossible de jouxter préposition et conjonction
(*je m’attends à que/ *je m’étonne de que). Donc la langue tourne la
difficulté en insérant entre les deux le plus petit substitut du substantif : le
pronom neutre " ce ".
2. attention " ce que " peut être soit
un pronom démonstratif neutre + conjonction (introduisant une
complétive)
Je m’attendais à ce qu’il vînt. (conjonction ; sub. conjonctive
complétive, complément de détermination de " ce ")
Le morphème que n’a pas d’autre rôle que de marquer la
subordination ; c’est donc une conjonction.
Je tiendrai la main à ce qu’elle soient allumées tous les soirs. (FF) A
L’esprit malin, irrité de ce que vous vous êtes consacré au Seigneur,
rôde autour de vous. RF (MA)
un pronom démonstratif neutre + pronom relatif (introduisant une
subordonnée relative ou une interrogative indirecte)
Je m’attendais à ce que vous m’avez offert. (pronom relatif COD de
offrir ; subordonnée relative épithète déterminative de " ce ")
Le verbe de la proposition subordonnée donne au morphème que une
fonction de COD ou d’attribut qui vient s’ajouter à sa fonction
subordonnante ; c’est donc un pronom relatif.
Songez à ce que nous avons fait… GM
Ensuite, on déciderait de ce qu'il faudrait raconter aux gens du pays et
écrire à la mère de Meaulnes... GM
1. la proposition infinitive
1. critères d’identification
Il est possible de mettre en relation avec les complétives conjonctives pures
certaines constructions infinitives, à condition
que les infinitifs ne soient pas en emploi nominal
que le verbe conjugué de la proposition ne soit pas un semi-auxiliaire (aller,
devoir, pouvoir, venir de)
On parlera de proposition infinitive dans certains cas seulement. La grammaire
traditionnelle reconnaît usuellement une proposition infinitive dans les énoncés de
type :
(1)J’entends chanter les choristes (proposition infinitive)
Elle se fonde sur un apparent parallélisme entre la syntaxe latine et la syntaxe
française : le support agentif du verbe à l’infinitif est COD du verbe entendre,
exactement comme en latin où il portait le cas accusatif. Cette analyse a cependant
été contestée. On va voir pourquoi.
Il faut distinguer le type (1) des types suivants :
(2) Je fais chanter les choristes (périphrase verbale)
(3) J’empêche de chanter les choristes. (construction où l’infinitif est
en fonction nominale de COI)
a. le verbe à l’infinitif posséderait un sujet propre différent du sujet du
verbe régent.
Cet argument n’a en vérité aucune pertinence.
stricto sensu, un verbe à l’infinitif ne possède pas de sujet, puisque d’un
point de vue grammatical un sujet transmet ses marques de personne, de
nombre et éventuellement de genre à la forme verbale.
Cependant, son signifié implique un support de procès, qu’il soit agent (J’ai
vu le bébé bouger) ou siège du procès (j’ai vu le rideau bouger : le rideau
subit l’action, ne l’effectue pas)
le même constat peut être fait en (2) et (3) où choriste est bien l’agent
physique de chanter.
De plus le substantif choriste est bien COD dans les trois cas du verbe
conjugué.
Donc, cet argument ne permet pas de distinguer la proposition infinitive ni de la
périphrase verbale ni de l’infinitif en fonction nominale COI.
a. en proposition infinitive, le verbe ne serait pas pronominalisable, indice
que sa valeur n’est pas nominale mais verbale, et qu’il peut jouer le rôle de
centre de proposition.
ce critère permet d’opposer nettement (1) et (3)
(3) J’empêche de chanter les choristes. Je les en empêche
(1) J’entends chanter les choristes. * je les en entends ?
mai
s:
Je
les
ent
end
sc
ha
nte
r.
Mais ce critère ne permet pas de distinguer la proposition infinitive de la
périphrase ; dans les deux cas, seul le substantif est pronominalisable, et pas le
verbe à l’infinitif.
(2) Je fais chanter les choristes je les fais chanter.
a. En proposition infinitive, la construction du verbe à l’infinitif serait
toujours directe.
Ce critère permet de distinguer la proposition infinitive (1) de l’infinitif en
fonction nominale COI (3), mais pas de la périphrase verbale (2).
Il faut donc avancer d’autres critères :
b. en proposition infinitive, le COD support agentif du procès donné à
l’infinitif peut être distribué à droite comme à gauche du verbe à
l’infinitif (critère distributionnel) :
1. J’entends chanter les choristes/ j’entends les choristes chanter.
(2) *je fais les choristes chanter.
Le fait que l’antéposition du substantif ne soit pas possible pour la périphrase
verbale est un indice de ce qu’on appelle la coalescence du groupe verbal dans le
cas de la périphrase verbale, c’est-à-dire que les deux verbes forment une sorte de
mot composé à signifié unique. C’est pour cela qu’on ne peut les séparer. C’est un
des critères d’identification de la périphrase verbale.
a. en cas de proposition infinitive, le verbe subordonnant garde son
sémantisme plénier.
C’est-à-dire que contrairement à la périphrase verbale, le verbe conjugué ne se
transforme pas en semi-auxiliaire. (ex : " Il peut pleuvoir demain " peut exprimer la
simple possibilité tandis que le sémantisme plénier de " pouvoir " exprime la
capacité physique)
C’est ainsi que , la plupart du temps,
le verbe de la proposition principale est un verbe de perception (voir,
entendre, écouter, sentir, etc.)
mais la proposition infinitive peut aussi se rencontrer après des verbes
d’opinions pour éviter la lourdeur d’une construction enchâssée :
Ce sont des propos que je n’aurais pas crus m’être attribués / * des
propos dont je n’aurais pas cru qu’ils m’étaient attribués.
a. Donc, les principaux critères d’identification de la proposition infinitive
sont les suivants :
caractère non pronominalisable de l’infinitif
possibilité de distribuer le COD support agentif à droite ou à gauche du
verbe à l’infinitif,
sémantisme plénier du verbe de la proposition principale.
possibilité de remplacer la proposition infinitive par une complétive
conjonctive pure.
Au lieu de vous occuper de la conduite des hommes, regardez plutôt
passer les femmes. PP
Je sentais la vie monter en moi comme un lac intérieur. RF (MA)
Je menai Sylvie dans la salle du château où j’avais entendu chanter
[Link] (S)
… des rayons que je voyais [distinctement aboutir à mon cœur]. RF
(MA) (ici que est à la fois relatif introducteur de la sub et agent de
l’infinitif )
2.2. Autres cas
Dans les autres cas, on parlera de :
2.2.1. infinitif complément d’objet :
J’ose à peine remuer la cendre de ce souvenir. RF (MA) (COD)
Je ne me souvenais pas d’avoir été prêtre. RF (MA) (COI)
On avait décidé, pour ne pas le pousser à la révolte, de ne rien
demander au fugitif. GM (CC but nié)
2.2.2. périphrase verbale ( avec les semi-auxiliaires pouvoir, devoir, aller, venir
de, faire, laisser, etc.)
temporelles : venir de, aller, devoir (on emploie devoir partout où le futur
est impossible ou inexistant : mode infinitif ou subjonctif)
Déf : Les périphrases temporelles permettent de situer le procès dans
la chronologie, en le datant par rapport à l’énonciation (passé ou futur)
Je venais de naître à un nouvel ordre d’idées. RF (MA) ( expression
du passé)
On vient d’ouvrir le couvercle de la boîte. PP ( idem )
Je vais entrer là, se dit l'écolier, je dormirai dans le foin et je partirai
au petit jour, sans avoir fait peur à ces belles petites filles. ( expression
du futur )
Le concierge qui allait en traînant les pieds fermer la grille du passage
me demanda sans aménité si j’allais oui ou non me décider à sortit. PP
( expression du futur )
Tels étaient les tragiques préambules de la grande passion qui devait
précipiter la pauvre Angélique dans une série de malheurs. (FF) A
(forme supplétive du futur dans un contexte passé)
aspectuelles : être sur le point, être en train de, se mettre à, être à,
commencer à, finir de
Déf : Les périphrases aspectuelles envisagent le procès dans l’une ou
l’autre des différentes étapes de sa durée interne (entrée dans le
procès : aspect inchoatif ; déroulement du procès : aspect duratif ;
sortie du procès : aspect terminatif)
Nous commençâmes à gravir la colline. RF (MA) (entrée dans le
procès)
Il fut sur le point de demander au brave homme de l'accompagner.
(entrée imminente dans le procès)
La pensée de Clarimonde recommença à m’obséder. RF (MA)
( expression de l’itération + entrée dans le procès)
Et enfin je pensais malgré moi que notre beau Frantz aux belles
amours avait dû se mettre à voler pour vivre (…) GM ( entrée dans le
procès)
" Ainsi, dis-je, pour une promesse enfantine que tu lui as faite, tu es en
train de détruire ton bonheur. GM (déroulement du procès)
(…) je n’ai pas fini de déchoir dans ce crépuscule de la sensualité. PP
(sortie du procès, remise en cause par la négation)
modales : pouvoir, devoir, savoir, sembler
Déf : Les périphrases modales précisent le point de vue de
l’énonciateur sur le contenu affirmé : selon que le procès est présenté
comme vrai/faux/indécidable, probable, ou incertain…
vraisemblable : sembler
Sa petitesse semblait plutôt ressortir de l’éloignement. PP
probable et éventuel : devoir, pouvoir
(…) huit filles dont les aînées, Marie-Louise,
Charlotte, pouvaient avoir dix-sept et quinze ans. GM (il s’agit d’une
simple hypothèse, d’une éventualité, et non d’une capacité)
Au fond de la pièce des rideaux tombaient, qui devaient cacher
une alcôve. GM
défense : ne pas aller (impératif)
ex : N’allez pas croire ce qu’il dit !
exclu : (ne) savoir (semi-auxiliaire nié, principalement au conditionnel ou
en phrase interrogative)
ex : je ne saurais accepter votre proposition.
procès presque effectif mais non réalisé : penser, faillir, manquer de
La petite fille a failli mourir cette nuit. GM
J'avais pensé écrire à la suite " Je ne l'ai pas revue. " Et tout
aurait été fini. GM
actancielles ou diathétiques : (se) faire, (se) laisser, (se) voir, s’entendre
Déf : Elles permettent de modifier le nombre des participants au
procès (les actants), et d’en préciser le rôle effectif (acteur, patient,
spectateur, bénéficiaire,…)
C’est la vie qui fait apparaître cette divinité poétique. PP
Fausse dualité, laisse-moi un peu rêver PP
Les poules se dérangèrent à peine pour nous laisser passer. RF (MA)
Ex : il s’est vu signifier son congé.
2.2.3. terme complétif du sujet d’un tour unipersonnel
Peu m'importait d'arrêter mes regards sur un parterre peuplé seulement
d'une trentaine d'amateurs forcés (…) (FF) A
Il n’y fallait pas penser. RF (MA)
Il me fut impossible de traduire ma volonté par le plus léger
mouvement. RF (MA)
2.2.4. complément de progrédience
Après les verbes de mouvement, le plus souvent : aller et venir
ex : Il va chanter à la chorale. (glosable par : va pour chanter)
L'haleine glacée de la nuit vint lui souffler au visage et soulever un
pan de son manteau. GM
La vieille gouvernante alla ouvrir. RF (MA)
L’infinitif commute alors avec le pronom adverbial " y " ; ce qui le
distingue de la périphrase temporelle (il va chanter demain) où l’infinitif
n’est pas pronominalisable.
Il y va. / Vas-y
LE MAÎTRE: Après? Je voudrais que tu allasses proposer à cet
homme de nous le céder, en payant s'entend.
JACQUES: Cela est bien fou, mais j'y vais. Combien y voulez-vous
mettre? JF
3. Les propositions subordonnées
interrogatives indirectes
Il faut distinguer :
les propositions subordonnées interrogatives indirectes totales,
introduites par la conjonction " si ", donc classées comme complétives
conjonctives
les propositions subordonnées interrogatives indirectes partielles, où le
mot introducteur n’est pas une marque suffisante de subordination (puisqu’il
sert aussi à signifier l’interrogation) ; ces propositions sont donc classées
comme complétives non conjonctives
L’interrogation est subordonnée à un verbe qui exprime l’interrogation, ou qui
l’implique lorsqu’il signifie un défaut d’information.
3.1. la proposition subordonnée interrogative indirecte
totale
Elle est toujours introduite par la conjonction de subordination " si "
Elle est toujours COD d’un verbe ou d’une locution verbale qui présuppose
un défaut d’information ( Je ne sais/ je suis incertain s’il viendra)
Sa fonction est donc complétive conjonctive
Le mot subordonnant " si ", outre son rôle de marqueur de la
subordination, a un second rôle sémantique qui est de signifier
l’interrogation
Je veux essayer si cela m’[Link] (S)
On peut se demander si une bonne partie du fleuve humain qui
transporte journellement de la Bastille à la Madeleine d’incroyables
flots de rêverie et de langueur ne va pas se déverser dans cette
échappée nouvelle (…) PP
Nous allons voir si ce monsieur est bien allé où je l'imagine... GM
3.2. la proposition subordonnée interrogative indirecte
partielle
Ces subordonnées ne sont jamais introduites par une conjonction ( elles sont donc
non conjonctives) mais toujours COD du verbe recteur ( elles sont donc
complétives)
3.2.1. les mots introducteurs seront :
Un adjectif interrogatif
en fonction épithète :(a1) Il se demandait quelle robe lui acheter.
en fonction attribut :(a2) il se demandait quelle était sa couleur préférée.
Il me fit quelques questions sur la manière dont je dirigeais ma cure, si
je m’y plaisais, à quoi je passais mon temps libre, quelles étaient mes
lectures. RF (MA)
Je voudrais savoir quelles nostalgies, quelles cristallisations poétiques,
quels châteaux en Espagne, quelles constructions de langueur et
d’espoir s’échafaudent dans la tête de l’apprenti (…) PP
un adverbe interrogatif : où, quand, pourquoi, comment, combien : Il se
demandait combien lui coûterait cette robe.
Je ne sais pourquoi ma pensée se porta sur ces habits de noce. FF (S)
J’ignorais complètement où était situé le palais Concini. RF (MA)
Je me rappelle seulement que j'en vins à demander avec hésitation
quand Meaulnes serait de retour. GM
un pronom interrogatif (ou une locution pronominale) : il se demandait qui
était cette femme.
Je voulais savoir qui du prêtre ou du gentilhomme était dupe d’une
illusion. RF (MA)
D’ailleurs ce sous-sol je vois à quoi il sert au vrai : c’est un
laboratoire de calorimétrie. PP
Et je ne savais que répondre, mais je gardais dans la mienne la main
horriblement chaude de la jeune femme mourante... GM
Aucun de ces mots n’est une marque suffisante de subordination puisque chacun se
retrouve dans la formulation directe correspondante de l’interrogation :
(a’) Il se demandait : " Quelle robe lui acheter ? " / " Quelle est sa
couleur préférée ? "
(b’) Il se demandait : " Combien me coûtera cette robe ? "
(c’) Il se demandait : " Qui est cette femme ? "
Donc les marques de la subordination sont à chercher ailleurs que dans ces mots :
3.2.2. Les marques morpho-syntaxiques de la subordination :
application de la règle de la concordance des temps dans le cas d’une
narration au passé, ce qui témoigne de la dépendance par rapport à un verbe
recteur, et donc de la subordination(a), (b)
transposition des marques de la personne suivant les règles du discours
indirect (b)
disparition de l’inversion du sujet,
soit simple : Il se demandait : quelle robe choisirait-elle ?>Il se demandait
quelle robe elle choisirait
soit complexe (avec pronom personnel anaphorique) : quelle robe Loulou
choisirait-elle ?>Il se demandait quelle robe Loulou choisirait
3.2.3. les marques prosodiques de la subordination :
L’interrogation partielle perd sa mélodie propre – accent sur le mot interrogatif puis
mélodie généralement descendante – et acquiert la mélodie de toute phrase
assertive (avec partie ascendante, ou protase, et partie descendante, ou apodose)
3.2.4. le cas de la proposition interrogative indirecte partielle introduite par la
locution pronominale " ce + qui, que, dont,… " constituée du pronom
démonstratif neutre " ce " et d’un outil relatif (qui, que, quoi, dont)
On constate en effet que le pronom démonstratif neutre n’apparaît pas dans la
formulation directe de l’interrogation :
Il se demandait : Que veut-elle ? > Il se demandait ce qu’elle voulait
La locution pronominale sera donc considérée comme une marque suffisante de
subordination.
Je demandai ce qu’ils étaient [Link] (S) ( locution pronominale
attributive)
Je cherchais vainement à deviner ce que c'était, quand une voix basse
et brève me chuchota à l'oreille, avec un accent étrange: - Ce sont des
esprits!!! RF (MA)
Valentine, inquiète de le voir ainsi, regarda où il en était, et ce qui le
fâchait ainsi. GM
3.2.4. les adverbes " combien " et " comment " (réduit à comme)
Ces adverbes peuvent perdre tout signifié interrogatif en faveur d’un signifié
exclamatif. Les subordonnées sont alors des complétives exclamatives indirectes.
Les gens se moquaient de comme il roulait les hanches (Aurélien)
(Le duc de Guermantes, dont j’avais admiré combien il avait peu
vieilli " (Proust, TR)
Voyez comme tout chaque jour devient inoffensif. PP
Je ne pus m’empêcher de lui dire combien je la trouvais différente
d’elle-même. FF (S)
Ce que je vous dis là est pour vous montrer combien ce qui m’est
arrivé ne devait pas m’arriver. RF (MA)
3.2.5. différentiation relative/ interrogative
Quand la relative n’a pas d’antécédent ou quand l’antécédent
est ce devant qui ou que , la ressemblance formelle est totale entre subordonnée
relative et subordonnée interrogative indirecte.
1. Le seul critère de différentiation repose alors sur le verbe
modal subordonnant, suivant qu’il exprime ou non, qu’il implique ou non,
une interrogation :
(a)Donne-moi ce que tu veux > relative
(b)Dis-moi ce que tu veux > interrogative indirecte
De plus, seule l’interrogative indirecte peut commuter avec une interrogative
indirecte totale
Dis-moi si tu veux une robe \ *donne-moi si tu veux une robe (où " si tu
veux " prend un sens conditionnel )
2. Le problème le plus délicat se pose avec le verbe savoir (+ ce que / ce qui)
lorsque savoir est affirmatif, la proposition subordonnée est relative
Un bibliographe, un homme appartenant à la science
régulière savent juste ce qu'ils ont à demander. (FF)A
on peut considérer que c’est une interrogative indirecte
lorsque savoir est nié : il ne sait pas ce que veut cette femme
Je ne sais pas ce que j'ai répondu. GM
lorsque savoir est en climat dubitatif ou hypothétique : il sait peut-être/
sait-il ce que
Il m'emmena dans la chambre sans trop savoir ce qu'il
faisait. GM
la distraction m'envahissait de plus en plus, et je savais à
peine ce que je faisais. RF (MA)
lorsque le fait de savoir est reporté dans l’avenir : Il finira par savoir ce
que
quand la connaissance est donnée comme le fait d’un seul et s’oppose à
l’ignorance d’autrui : il sait – mais il ne le dira pas – ce qu’elle veut.
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