Géométrie Différentielle, TD 7 du 30 mars 2015
1. Espace projectif
On considère l’espace projectif RPn dont on écrit les points en coordonnées homogènes :
x = [x0 : x1 : . . . : xn ].
Dans cette écriture, (x0 , . . . , xn ) est un vecteur non-nul appartenant à la droite de Rn+1
représentée par le point x de RPn . En particulier, la multiplication par un scalaire non-nul
de tous les xi donne une autre représentation homogène de x.
Pour i = 0, . . . , n, on note Ui le sous-ensemble de RPn donné par la condition xi 6= 0
(indépendante du représentant choisi). On pose fi : Ui → Rn
x0 xi−1 xi+1 xn
fi ([x0 : . . . : xn ]) = ( , . . . , , , . . . , ).
xi xi xi xi
1– Montrer que les fi sont des bijections et qu’elles munissent RPn d’une structure de
variété.
2– Montrer que cette structure de variété est la même que celle définie précédemment
à l’aide de projecteurs orthogonaux. Montrer qu’elle coïncide aussi avec celle définie
par quotient de la sphère sous l’action par antipodie (cf. exercice sur les quotients de
variétés).
Solution :
1– Voir par exemple pp. 60–61 du livre de J. Lafontaine.
2– On a montré dans un précédent TD que la projection canonique de Sn dans RPn
(vu comme espace de projecteurs orthogonaux) était un difféomorphisme local et un
revêtement à deux feuillets. De façon équivalente, cela signifie que la structure de
variété quotient de RPn coïncide avec sa structure de variété, induite par sa struc-
ture de sous-variété des matrices symétriques. On peut donc oublier les projecteurs
orthogonaux : il suffit de montrer que la structure de variété quotient coïncide avec
la structure de variété définie dans l’exercice. On note RPn1 la variété quotient et RPn2
la variété définie dans l’exercice.
Soit π : Sn → RPn2 la projection canonique. Montrons que c’est un difféomorphisme
local. Soit v = (v0 , . . . , vn ) dans Sn . L’un des vi est non-nul, disons v0 par symétrie.
Supposons de plus v0 > 0. Alors π(v) est dans U0 . L’application f0 ◦ π est bien
définie sur l’ouvert V de Sn des vecteurs z tels que z0 > 0 et il suffit de montrer que
f0 ◦ π : V → Rn est un difféomorphisme. Il s’agit bien sûr d’une bijection.
On a f0 ◦ π(z0 , . . . , zn ) = ( zz01 , . . . , zzn0 ). De plus, si y = (y1 , . . . , yn ) est dans Rn ,
alors g(y) = (1,y 1 ,...,yn )
1+ n
P 2 est dans V et g est l’inverse de f0 ◦ π. Comme tout est C
∞
,
i=1 yi
n n
f0 ◦ π en restriction à V est bien un difféomorphisme. Donc, π : S → RP2 est
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un difféomorphisme local. De plus, π a même valeur exactement sur les couples de
points antipodaux. Par construction des variétés quotients, l’identité RPn1 → RPn2 est
un difféomorphisme local et une bijection, donc un difféomorphisme.
2. Application de Gauss
Soit M une hypersurface (c’est-à-dire une sous-variété de codimension 1) compacte C ∞ de
Rn+1 . On définit une application ψ de M dans Pn (R) en associant à x la droite vectorielle
orthogonale à Tx M pour le produit scalaire canonique.
Montrer que ψ est C ∞ , puis qu’elle est surjective.
Solution :
1– Soit x0 ∈ M . La sous-variété M de Rn+1 est définie sur un voisinage U de x0 par
l’équation f = 0 où f : U → R est une submersion C ∞ . L’application β : x 7→ dfx est
également C ∞ , à valeurs dans (Rn+1 )∗ . Notons α : Rn+1 → (Rn+1 )∗ l’identification
obtenue à l’aide du produit scalaire et π : Rn+1 \ {0} → Pn (R) la projection. Alors
ψ|U ∩M = (π ◦ α−1 ◦ β)|U ∩M , ce qui montre que ψ est C ∞ en x0 .
2– Soit v ∈ Sn . La fonction x 7→ hx, vi est continue sur M , elle y atteint donc son
maximum en un point x0 . On va montrer que v est orthogonal à Tx0 M , ce qui conclura.
Soit u ∈ Tx0 M . Il existe une courbe lisse γ :] − 1, 1[→ Rn+1 à valeurs dans M avec
γ(0) = x0 et γ 0 (0) = u. Soit alors f : t 7→ hγ(t), vi. Cette fonction a un maximum
local en 0, par définition de x0 . En particulier, f 0 (0) = 0. Mais f 0 (0) = hu, vi, donc v
est bien orthogonal à tout vecteur de Tx0 M .
3. Variétés quotients
Soit X une variété et Γ un groupe agissant par difféomorphismes sur X. On dit que
l’action de Γ est libre si les stabilisateurs de tous les points de X sont triviaux. On dit
que l’action est proprement discontinue si pour tout compact K de X, l’ensemble
{g ∈ G | gK ∩ K 6= ∅}
est fini.
Montrer que si l’action de Γ sur X est libre et proprement discontinue, alors il existe
une unique structure de variété sur le quotient X/Γ telle que la projection canonique
π : X → X/Γ est un difféomorphisme local.
Solution :
Montrons d’abord que l’espace quotient est séparé. Soient x et y dans des orbites distinctes.
Si Ux et Uy sont des voisinages ouverts de x et y relativement compacts, on peut appliquer
la définition d’une application proprement discontinue à l’adhérence de Ux ∪ Uy , ce qui
montre que Ux ne rencontre qu’un nombre fini de translatés de Uy . Notons γ1 , . . . , γN les
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éléments de Γ tels que Ux ∩ γi Uy 6= ∅. Comme x n’est pas dans l’orbite de y, il existe
T desi
i i i i
voisinages ouverts Ux et Uy de x et y tels que Ux ∩ γi Uy = ∅. On pose U = Ux ∩ i Ux
et V = Uy ∩ i Uyi . Alors par construction, U et V sont des voisinages ouverts de x et
T
y dont les translatés sous Γ ne s’intersectent pas. Ceci prouve la séparation du quotient.
(on utilise pas la liberté de l’action ici)
L’unicité est automatique, vue la condition demandée sur π (l’écrire !). Montrons que π est
localement injective : sinon, il existe x un point de X tel que pour tout voisinage ouvert
U de x, il existe x1 , x2 distincts tels que π(x1 ) = π(x2 ). Donc, il existe g 6= e dans Γ tel
que g.x1 = x2 . De plus, en appliquant l’hypothèse d’une action proprement discontinue,
les g apparaissant vivent dans un sous-ensemble fini de Γ, dès que les voisinages ouverts
U de x sont dans un compact fixé K. On considère alors deux suites de points xn1 et xn2
tendant vers x tels que g.xn1 = xn2 où g est désormais fixé et différent de l’élément neutre.
Par continuité, g.x = x, ce qui contredit la liberté de l’action.
Soit y dans X/Γ et soit x tel que π(x) = y. On choisit un voisinage ouvert U de x tel que
π|U est injective. Alors π induit un homéomorphisme de U vers l’ouvert π(U ) dans X/Γ.
Ceci définit une carte au voisinage de y (quitte à repasser à Rn en utilisant une carte de
X). Montrons que ces cartes sont compatibles. On considère deux ouverts V1 et V2 dans
X/Γ, de la forme π(U1 ), π(U2 ), où U1 et U2 sont des ouverts de X tels que la restriction
de π à Ui induise un homéomorphisme de Ui vers Vi . Si V1 et V2 ne s’intersectent pas, il
n’y a rien à montrer. S’ils s’intersectent, on note πi := π : Ui → Vi de sorte qu’il s’agit de
vérifier que f12 définie de π1−1 (V1 ∩ V2 ) dans π2−1 (V1 ∩ V2 ), par f12 (u) = π2−1 ◦ π1 (u) est un
difféomorphisme.
Soit u dans π1−1 (V1 ∩ V2 ) = U1 ∩ π1−1 (V2 ). Alors il existe g dans G tel que g.u soit dans U2 .
Alors, f12 (u) = g.u. De plus, comme g.U1 ∩ U2 est un ouvert non vide, l’égalité est vraie
sur un voisinage de u dans U1 ∩ π1−1 (V2 ). Donc, f12 est localement donnée par u 7→ g.u
qui est un difféomorphisme par hypothèse. Donc, on a bien défini une structure de variété
sur X/Γ ; π est un difféomorphisme local par construction.
4. Exemples de quotients
On considère les actions suivantes du groupe Z sur une variété X, engendrées par le difféo-
morphisme f de X. Déterminer dans quels cas l’action est libre et proprement discontinue.
Identifier le quotient quand c’est le cas.
Dans le cas contraire, le quotient est-il séparé ? Localement homéomorphe à un ouvert de
RN ?
1– X = R+∗ et f est l’homothétie de rapport 2.
2– X = R et f est l’homothétie de rapport 2.
3– X = RN \ {(0, 0)} et f est l’homothétie de rapport 2.
4– X = R2 \ {(0, 0)} et f (x, y) = (2x, y/2).
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Solution :
1– L’application logarithme X = R+∗ → R, x 7→ ln(x) montre que cet exemple est
isomorphe à l’action de Z sur R par translation de ln(2). L’action est donc libre et
proprement discontinue, et le quotient est difféomorphe à S1 .
2– L’action n’est pas libre : 0 est un point fixe. Notons π l’application quotient. Comme
limn→∞ 2−n x = 0, on voit que π(0) est dans l’adhérence de {π(x)}. Cette bizarrerie
montre que le quotient n’est pas séparé et ne peut être localement homéomorphe à
un ouvert de RN .
3– L’application ψ : RN \ {(0, 0)} → R+∗ × SN −1 telle que ψ(x) = (||x||, ||x|| x
) est un
∞ ∞
difféomorphisme, car c’est une bijection C de réciproque C : (x, y) 7→ xy. En
transportant l’action de Z par ce difféomorphisme, on se ramène au cas où X =
R+∗ × SN −1 et f est une homothétie de rapport 2 sur la première coordonnée. En
utilisant la première question, on voit que l’action est libre et proprement discontinue
et que le quotient est difféomorphe à S1 × SN −1 .
4– On vérifie aisément que l’action est libre. En revanche, si K est le segment joignant
(0, 1) à (1, 0), f (n) (K) est le segment joignant (0, 21n ) à (2n , 0). Un dessin (ou un
calcul facile) montre que ces deux segments s’intersectent toujours : le compact K
est d’intersection non vide avec tous ses conjugués. Par conséquent l’action n’est pas
proprement discontinue.
On note toujours π l’application quotient. Le quotient n’est pas séparé : comme les
points ( 21n , 1) et (1, 21n ) sont dans la même orbite, on voit que les points π(0, 1) et
π(1, 0) ne sont pas séparés dans le quotient.
En revanche le quotient est localement homéomorphe à un ouvert de R2 . En effet, on
vérifie que tout point x = (x1 , x2 ) de R2 \ {(0, 0)} a un voisinage U qui n’intersecte
aucun de ses conjugués : on peut prendre par exemple U = B(x, max(|x1 |/4, |x2 |/4)).
Ainsi, le voisinage π(U ) de π(x) dans le quotient est isomorphe à U , donc à un ouvert
de R2 .
5. Encore un quotient
On fait agir le groupe Γ = Z/nZ sur R2 par rotation d’angle 2kπ/n.
1– Étudier cette action.
2– Munir le quotient R2 /Γ d’une structure de variété, qui le rend difféomorphe à R2 .
3– Que dire de la projection R2 → R2 /Γ ?
Solution :
1– L’action n’est pas libre : 0 est point fixe de tout le groupe. Elle est proprement
discontinue puisque Γ est fini.
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2– On considère ϕ : R2 → R2 définie par x 7→ xn . Cette application passe au quotient
au départ, et donne ainsi une application continue (pour la topologique quotient)
e : R2 /Γ → R2 . Il est clair que ϕ
ϕ e est une bijection ; on montre aisément que c’est un
homéomorphisme en remarquant que ϕ (et donc ϕ) e est une application ouverte. On
munit alors R2 /Γ d’une structure de variété dont l’unique carte est ϕ.e
3– Par définition de la structure de variété, une application f : M → R2 /Γ est lisse si,
e ◦ f : M → R2 est lisse. En particulier, p est lisse car, par définition,
et seulement si ϕ
e ◦ p = ϕ qui est lisse. De même, p n’est pas une submersion car ϕ n’est pas une
ϕ
submersion.
Bilan : on a muni le quotient d’une structure de variété qui n’est pas vraiment une
structure de variété quotient ; en effet, dans le cas usuel où l’on quotiente par un groupe
discret, la projection est un revêtement, donc en particulier un difféomorphisme local. En
revanche, la topologie de la variété quotient coïncide avec la topologie quotient.
6. Grassmanniennes
Soit V un espace vectoriel réel de dimension n et 0 6 k 6 n un entier. On note Gk (V )
l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension k de V . L’objet de cet exercice est de
munir cet ensemble d’une structure de variété C ∞ compacte.
Si B est un sous-espace vectoriel de dimension n − k de V , on note UB le sous-ensemble
de Gk (V ) constitué des supplémentaires de B. Soit A un supplémentaire de B. On note
L(A, B) l’ensemble des applications linéaires de A dans B. On définit
ψA,B : L(A, B) → UB
f 7→ (Id +f )(A)
1– Montrer que ψA,B est bien définie et bijective.
2– Montrer que le domaine de définition et l’image de ψA−10 ,B 0 ◦ ψA,B sont des ouverts de
L(A, B) et de L(A0 , B 0 ). Montrer que ψA−10 ,B 0 ◦ ψA,B est un C ∞ -difféomorphisme de son
domaine de définition sur son image.
3– Montrer qu’il existe une topologie sur Gk (V ) telle que les UB soient des ouverts et les
ψA,B des homéomorphismes. Vérifier que Gk (V ) est séparé pour cette topologie.
4– Montrer que les ψA,B forment un atlas munissant Gk (V ) d’une structure de variété
C ∞.
5– Montrer que Gk (V ) est compacte.
Solution :
1– L’application ψA,B associe à f : A → B son graphe dans V = A ⊕ B. La projection
πA sur A parallèllement à B réalise un isomorphisme entre le graphe et A : celui-ci
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est bien de dimension k. D’autre part, son intersection avec B est {0}, de sorte que
(Id +f )(A) ∈ UB et que ψA,B est bien définie.
Comme une fonction est déterminée par son graphe, ψA,B est injective.
Enfin, soit C ∈ UB . Comme C ∩ B = {0}, la projection πA |C : C → A sur A
parallèllement à B est injective, donc un isomorphisme par dimension. Notant πB
la projection sur B parallèllement à A, on vérifie aisément que C est le graphe de
πB ◦ (πA |C )−1 : A → B. Ceci montre la surjectivité de ψA,B .
2– Le domaine de définition W de ψA−10 ,B 0 ◦ ψA,B est l’ensemble des f : A → B dont le
graphe est un supplémentaire de B 0 . Si (ai ) et (b0j ) sont des bases de A et B 0 , cette
condition s’écrit det((ai , f (ai )), b0j )i,j 6= 0, ce qui montre que W est ouvert. On montre
de même que l’image de ψA−10 ,B 0 ◦ ψA,B est un ouvert de L(A0 , B 0 ).
Il suffit pour conclure de montrer que ψA−10 ,B 0 ◦ψA,B est C ∞ sur ce domaine de définition
W : en effet, le même raisonnement montrera que sa réciproque est C ∞ , donc que
c’est un C ∞ -difféomorphisme.
Pour cela, fixons x ∈ A0 et montrons que y = ψA−10 ,B 0 ◦ ψA,B (f )(x) dépend de manière
C ∞ de f ∈ W . Or y est l’unique solution du système d’équations linéaires suivant :
πA0 (y) = 0
πB (x + y) = f (πA (x + y))
Les formules de Cramer montrent alors que y dépend de manière C ∞ des coefficients
de ce système, donc de f .
3– On prend pour ouverts les U ⊂ Gk (V ) tels que pour tout A ∈ Gk (V ) et pour tout
−1
supplémentaire B de A, ψA,B (U ∩ UB ) est un ouvert de L(A, B). Cela définit bien
une topologie sur Gk (V ).
Comme les ψA−10 ,B 0 ◦ ψA,B sont des homéomorphismes, on vérifie que les ouverts inclus
dans UB sont exactement les sous-ensembles de la forme ψA,B (V ) pour V ouvert de
L(A, B). Ainsi, UB est ouvert et ψA,B est un homéomorphisme.
Soit A, A0 ∈ Gk (V ). On peut trouver un supplémentaire commun B à A et A0 de sorte
que A, A0 ∈ UB . Comme UB est séparé, on peut trouver deux ouverts de UB séparant
A et A0 . Gk (V ) est donc bien séparé.
4– C’est une conséquence immédiate des deux questions précédentes.
5– On introduit E l’ouvert de V k constitué des familles libres et g : E → Gk (V ) l’ap-
plication qui associe à une famille libre l’espace vectoriel qu’elle engendre. Montrons
que g est continue. Vu la définition de la topologie sur Gk (V ), il suffit de montrer que
VB = g −1 (UB ) est ouvert et que g|VB : VB → UB est continue.
Pour le premier point, choisissons une base (bj ) de B. Alors (vi ) ∈ E appartient à VB
si et seulement si det(vi , bj )i,j 6= 0, ce qui est bien une condition ouverte.
−1
Pour le second point, il suffit de montrer que ψA,B ◦ g|VB est continue. Fixons x ∈ A
−1
et soit (vi ) ∈ VB . Alors ψA,B ◦ g|VB (vi )(x) est l’unique solution en y du système
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d’équations linéaires à n + k équations et n + k inconnues y et λi suivant :
πA (y) = 0
X
x+y = λi vi
i
−1
Les formules de Cramer montrent alors que ψA,B ◦ g|VB (vi )(x) dépend de manière
continue des coefficients de ce système, donc des vi . Cela montre la continuité de g.
On peut alors conclure. Fixons un produit scalaire sur V . Si K est l’ensemble des
familles orthonormales, K est compact car fermé borné dans V k et Gk (V ) = g(K) est
compact comme image d’un compact par une application continue.