Le Traitement Des Craniosténoses: Indications Et Techniques
Le Traitement Des Craniosténoses: Indications Et Techniques
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nombreux et d’ordres très différents : pédiatriques, les techniques d’appréciation de l’acuité visuelle
esthétiques, neurologiques, psychologiques, anes- chez le tout-petit ne sont malheureusement pas
thésiques, génétiques, sociaux. assez fiables pour être utiles ; elles ne sont pas de
Dans tous les cas, il faut : pratique courante.
1) comprendre la dysmorphie, en fonction des Parmi les examens pratiqués par l’oto-rhino-
éléments morphologiques cliniques et paraclini- laryngologiste, olfaction et audition ne sont appré-
ques ; ciables avec précision que chez les plus grands. Dans
2) apprécier le retentissement fonctionnel ; les dysostoses craniofaciales, l’orthodontiste, le sto-
3) dépister les malformations associées, no- matologiste, et le chirurgien maxillo-facial ont un
tamment cérébrales, et classer le syndrome mal- rôle important. Dans les formes syndromiques,
formatif ; l’étude polysomnographique avec enregistrement
4) préparer l’acte opératoire. de la saturation en oxygène est indispensable pour
Il apparaît donc que la prise en charge de ces apprécier le retentissement respiratoire, car cela
enfants ne peut correctement être réalisée que par pourrait influer sur le type de procédure chirurgicale
une équipe complète, spécialement orientée vers ou la stratégie thérapeutique.
l’étude des problèmes posés par les malformations L’évaluation psychologique est de première
craniofaciales. Le « Groupe d’Études des Malfor- importance, mais elle est d’autant plus précise que
mations Craniofaciales », du Service de Neurochi- l’enfant est plus âgé ; elle est cependant très utile
rurgie de l’Hôpital Necker-Enfants Malades à chez le nourrisson pour apprécier l’effet des inter-
Paris, tel qu’il fonctionne à l’heure actuelle, est ventions précoces, mais elle est moins précise à
composé ainsi : cet âge. Le quotient de développement (QD) est
— intervenants craniofaciaux : chirurgien plas- obtenu par le test de Brunet-Lézine avant 2 ans et
ticien, neurochirurgien, anesthésiste-réanimateur ; demi, le test complémentaire de Brunet-Lézine
— groupe d’évaluation : généticien [28], pé- entre 2 ans 1/2 et 3 ans, et après 3 ans, par la nou-
diatre, psychologue, neuroradiologiste ; velle échelle métrique de l’intelligence (NEMI),
— spécialistes faciaux : ophtalmologiste, chi- qui correspond à la révision du test de Binet-Simon
rurgien maxillo-facial, oto-rhino-laryngologiste, par Zazzo. Pour les enfants qui présentent des
orthodontiste. troubles du langage, la Wechsler Intelligence Scale
On pourrait y ajouter d’autres participants, tels for Children (WISC) est utilisée.
que : photographe, anthropologue, illustrateur
médical… DÉPISTER LES MALFORMATIONS ASSOCIÉES
ET CLASSER LE SYNDROME MALFORMATIF
COMPRENDRE LA DYSMORPHIE Outre les malformations somatiques visibles en-
La liste des examens radiologiques couramment trant dans le cadre et la définition des formes syn-
utilisés est simple : radiographies et tomodensito- dromiques, des explorations complémentaires sont
métrie du crâne (avec éventuellement reconstruc- nécessaires avec, comme on l’a vu, une tomo-
tion en trois dimensions) suffisent à assurer le densitométrie (systématique), une IRM, diverses
diagnostic morphologique dans la plupart des cas. explorations ultrasonographiques choisies selon le
L’IRM est demandée pour les trigonocéphalies contexte, des radiographies du squelette complet
(du fait de la plus grande fréquence des anomalies et une étude polysomnographique.
cérébrales associées), et dans les formes syndro- Les dysraphies crâniennes, particulièrement les
miques. Une étude angiographique (par tomoden- encéphalocèles de l’étage antérieur de la base, et
sitométrie ou IRM), portant en particulier sur la les dysraphies médullaires sont exceptionnellement
circulation veineuse, s’impose chaque fois qu’une associées aux craniosynostoses. Plus fréquente est
décompression ou un remodelage de la partie pos- l’hydrocéphalie, systématiquement recherchée, qui
térieure du crâne sont envisagés. peut être liée à un engagement des amygdales
cérébelleuses.
APPRÉCIER LE RETENTISSEMENT FONCTIONNEL
Cette appréciation, fondamentale, est fondée PRÉPARER L’INTERVENTION
sur l’examen neurologique, l’évaluation psycholo- C’est tout d’abord poser l’indication opératoire.
gique et le bilan ophtalmologique. L’enregistre- Elle est fondée, bien entendu, sur des considérations
ment de la pression intracrânienne ne fait plus fonctionnelles et esthétiques, mais elle doit tenir
partie du bilan systématique : il est réservé aux in- compte d’éléments psychologiques et sociaux qui
dications chirurgicales incertaines (dysmorphies sont parfois au premier plan. La participation
modestes ou doutes parentaux sur l’indication des parents à la décision est fondamentale : il
opératoire). n’est pas envisageable d’entreprendre une telle
Les examens ophtalmologiques sont, bien en- intervention sans l’accord total des parents sur
tendu, modulés en fonction de l’âge de l’enfant : les décisions chirurgicales. Lorsque l’âge de l’en-
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fant le permet, son avis personnel est évidem- Dans le plan sagittal, il forme normalement tou-
ment sollicité. jours un angle marqué avec le nez : l’angle fronto-
C’est ensuite faire un bilan pré-anesthésique. nasal, qui varie de 90° à 120°. Cet angle osseux est
atténué par les parties molles.
Dans les cas de déformations volontaires du
PRINCIPES DU TRAITEMENT crâne (Mayas, Incas), l’aplatissement du front res-
CHIRURGICAL pecte habituellement le bandeau supra-orbitaire,
tandis que, dans l’oxycéphalie, l’angle fronto-nasal
ANATOMIE FRONTALE ET POUSSÉE ENCÉPHALIQUE est très augmenté, pouvant atteindre 180°, le front
étant alors dans la continuité du squelette nasal
Deux notions essentielles sont à souligner : (figure 2). Le rebord orbitaire supérieur est situé
— le souci de la restauration d’une anatomie normalement en avant du globe oculaire ou tangen-
normale ; tiellement à la pupille et de sa position découle le
— l’utilisation de la poussée encéphalique im- degré de projection des sourcils et l’importance du
portante au cours de la première année de la vie. pli sus-tarsal de la paupière supérieure.
Analyse de l’anatomie frontale Le bandeau supra-orbitaire est transversal et
légèrement convexe dans la région centrale, jusqu’à
La position du front a une grande importance approximativement la partie moyenne des orbites,
pour l’équilibre général de la face, et il ne faut pas pour ensuite décrire un arc de 90° menant à la ré-
sous-estimer l’importance de la déformation chez les gion temporale (figure 3).
enfants présentant une craniosténose. Pour pouvoir
bien l’apprécier, il est utile d’avoir des repères et une
conception simple de l’anatomie du front. Le front supérieur
Nous concevons le front chirurgical comme La courbe frontale s’amorce tout de suite au-
composé de deux parties (figure 1) : dessus du rebord sus-orbitaire, et c’est la raison
— le bandeau frontal supra-orbitaire, qui pour laquelle, pour nous, le bandeau supra-orbi-
comprend le rebord orbitaire supérieur, la région taire ne doit pas avoir plus de 15 mm de hauteur
glabellaire jusqu’à la jonction nasofrontale, et les chez l’enfant et 12 mm chez le nourrisson.
apophyses malaires du frontal ;
Dans le plan sagittal, le front supérieur va donc
— le front supérieur qui comprend le reste, être légèrement convexe, décrivant un arc de 60°
jusqu’aux sutures coronales.
environ, pour rejoindre le sommet du crâne. Dans
le plan transversal, le front supérieur, comme le
Le bandeau frontal supra-orbitaire bandeau, se recourbe latéralement, avec un angle
La position et la configuration du bandeau plus ou moins marqué aux abords de la région
supra-orbitaire sont d’une importance capitale. temporale.
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La croissance cérébrale
Elle est véritablement explosive, « pseudo-tu-
morale » : au cours des 12 premiers mois de la vie,
le volume cérébral double [15]. Le cerveau s’al-
longe de 4 cm en un an. Les lobes frontaux ont at-
teint 47 % de la taille adulte à 11 mois et demi
[18]. À deux ans, le volume intracrânien a atteint
77 % de son volume définitif, et 90 % à l’âge de
FIG. 3. — Le bandeau supra-orbitaire. 5 ans [60].
Cette croissance est particulièrement rapide au
cours des six premiers mois de la vie, le poids du
Quelle que soit la malformation, on s’efforce cerveau doublant entre la naissance et le sixième
de reconstituer une anatomie normale en traitant mois, et n’augmentant que de la moitié de son poids
séparément les deux constituants du front (rebord entre 6 et 12 mois. Le cerveau, maintenu par la
supra-orbitaire et front supérieur). Cette attitude dure-mère amarrée sur la base du crâne et la faux
a été la règle, depuis près de trente ans, dans no- du cerveau, exerce une poussée considérable sur la
tre service. boîte osseuse déformable qui le contient. La crois-
sance de la boîte crânienne peut s’analyser en dé-
Remise en position normale du bandeau composant la voûte et la base.
Le bandeau est : Au niveau de la voûte
— reculé et souvent d’une largeur excessive
dans les brachycéphalies et les faciocraniosténoses Il s’agit d’un système suturaire dans lequel l’os-
symétriques ; téogenèse marginale s’effectue au fur et à mesure
que les os s’écartent sous l’influence de la poussée
— basculé en arrière dans les oxycéphalies ;
cérébrale. Le phénomène de stimulation passive
— déformé de façon asymétrique dans les pla- s’arrête dès que les sollicitations mécaniques ces-
giocéphalies, et de façon symétrique dans les tri- sent. Ainsi s’expliquent les synostoses prématu-
gonocéphalies. rées observées lors d’atrophies cérébrales. In vivo,
il a été montré que l’excision d’une suture ne
Création d’un front supérieur normal trouble pas la croissance de la voûte, car elle se
La création d’un front supérieur normal se fait reconstitue. Giblin et Alley [22] ont montré que
par la recherche d’une pièce osseuse unique ayant l’on pouvait expérimentalement bloquer une su-
la courbure bidimensionnelle satisfaisante, et que ture fonctionnelle en disposant en travers une
l’on peut obtenir : greffe osseuse, et plus récemment une plaque
1) par simple avancement et (parfois) change- d’ostéosynthèse, mais la résection de la suture
ment d’angulation, dans les brachycéphalies ; bloquée permet l’expansion cérébrale normale.
2) par transposition avec souvent retourne-
ment à 180°, dans les oxycéphalies ; La croissance de la base du crâne
3) par retournement à 90° ou ajustement, dans Elle est beaucoup plus complexe. La crois-
les trigonocéphalies ; sance de la partie antérieure de la base du crâne,
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de la selle turcique au nez, est plus précoce que La corrélation entre la présence du sinus et la
celle de la partie postérieure, dont la croissance se projection de la glabelle n’est pourtant pas bonne
poursuit jusqu’à 20 ans environ. dans la population indemne de toute malformation
Selon Hoyte [24], la croissance ethmoïdale an- crânio-faciale.
téropostérieure cesse à 2-3 ans et selon Enlow Nous avons étudié la croissance sinusienne sur
[18], la partie antérieure de la base du crâne a at- un échantillon de 90 craniosténoses opérées, et
teint 70 % de la taille adulte à 2 ans. déterminé les facteurs influençant la pneumatisa-
La croissance basi-crânienne est encore moins tion de l’os frontal. L’âge à l’intervention n’est
bien connue que celle de la voûte ; il s’y associe pas un facteur déterminant de la pneumatisation
un système suturaire latéral et un système de du sinus frontal ; le facteur est l’importance de
synchondroses. Il s’agit essentiellement des deux l’avancement du bandeau, le développement du
synchondroses médianes sphéno-occipitale et sinus étant inversement proportionnel à cet avan-
sphéno-ethmoïdale, au niveau desquelles existe cement. Mais la projection de la glabelle n’est pas
un phénomène de croissance actif : l’excision corrélée à la croissance sinusienne dans une situa-
d’une synchondrose bloque la croissance à ce ni- tion postopératoire de craniosténose, et son éva-
veau [46, 49]. L’importance de ces synchondro- luation morphologique est satisfaisante dans la
ses aurait cependant été grandement exagérée plupart des cas [4, 5].
pour Enlow [18], qui insiste plutôt sur le phéno- Nous en avons déduit une classification des dif-
mène de résorption-apposition à partir de la pres- férents types de remodelage fronto-crâniens, en
sion dure-mérienne. fonction de l’avancement supra-orbitaire réalisé
et la pneumatisation du sinus frontal (SF). Notons
La croissance fronto-faciale que celle-ci est de 85 % dans la population pédia-
trique autour de 10 ans.
La partie antérieure de la base du crâne joue le
— type I : avancement du bandeau (SF = 50 %),
rôle d’une plate-forme à laquelle le complexe fa-
cial est suspendu [18]. Les lobes frontaux, qui ont — type II : bascule du bandeau sans avancée
un développement particulièrement rapide, jouent (SF = 60 %),
le rôle principal pour l’expansion de la partie anté- — type III : remodelage sans avancée ni bas-
rieure de la base du crâne. Lorsque le développe- cule (SF = 85 %).
ment basi-crânien ne peut s’effectuer normalement, La morphologie du bandeau remodelé est sa-
il existe un retentissement orbito-facial. Ceci est tisfaisante dans la plupart des cas, indépendam-
particulièrement frappant pour les brachycéphales ment de la pneumatisation frontale [4].
qui présentent une déformation frontale évidente
dès la naissance, tandis que 1a dysmorphie orbito-
faciale apparaît progressivement au cours des pre- PROBLÈMES NEUROCHIRURGICAUX
mières années de vie. POSÉS PAR LA CHIRURGIE
CRANIO-FACIALE DES CRANIOSTÉNOSES
Les relations entre croissance de l’étage anté-
rieur de la base et croissance faciale sont un argu-
ment de poids en faveur de la libération totale du La correction des dysmorphies crâniofaciales
pôle antérieur du crâne dans les craniosynostoses exige une exposition par voie intracrânienne des
frontales prématurées. La libération complète du structures osseuses. Ces abords larges, le plus sou-
frontal, aussi bien au niveau de la base qu’au ni- vent bilatéraux, posent certains problèmes chirur-
veau de la voûte, restaure la poussée cérébrale gicaux, particulièrement chez le nourrisson. La
vers l’avant et donc l’expansion fronto-orbitaire chirurgie secondaire chez l’enfant ayant déjà été
antérieure. L’exorbitisme peut être très diminué opéré pour sa craniosténose pose des problèmes
chez les enfants opérés précocement pour brachy- supplémentaires.
céphalie. Par contre, la correction simultanée de
la rétromaxillie lors de cet avancement fronto-or- LES VOLETS OSSEUX
bitaire précoce, espérée par D. Marchac et D. Re- Ils sont libres et presque toujours à cheval sur
nier [36], s’est avérée décevante, comme cela sera la ligne médiane. Leur découpe se fait à partir de
détaillé pour les avancements fronto-orbitaires. trous de trépan dont le siège doit être soigneuse-
ment choisi : d’une part, ils doivent être assez
La croissance post-opératoire du sinus frontal nombreux pour permettre le meilleur décollement
possible de la dure-mère avant les ostéotomies ;
L’argument invoqué par Mc Carthy [42] pour d’autre part, ils doivent respecter les zones de la
différer l’intervention crânio-faciale initiale voûte qui serviront à la reconstruction ultérieure.
après l’âge de 3 ans était le risque d’absence de Enfin, ils doivent autant que faire se peut éviter
croissance post-opératoire du sinus frontal avec les zones d’adhérence avec les sinus veineux. Ils
son retentissement sur la morphologie glabellaire. sont donc forés à la demande, en fonction du type
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LA SUSPENSION DE LA DURE-MÈRE
La règle de suspendre la dure-mère dans le but
de prévenir toute collection sanguine extra-durale
postopératoire n’est pas applicable ici, du fait de
la fréquente avancée frontale réalisée, qui place,
en fin d’intervention, l’os à 2 cm en avant du plan
FIG. 4. — Amincissement extrême de la voûte dans un cas méningé. Il n’est donc pas possible d’amener la
d’hypertension intracrânienne précoce. dure-mère au contact de l’os. Ainsi est créé un es-
pace mort, théoriquement source d’hématome et
de risque infectieux. Ces complications sont ce-
de malformation et du type d’intervention proje- pendant très rares.
tée. Plusieurs difficultés peuvent se rencontrer :
TACTIQUE OPÉRATOIRE GÉNÉRALE
Chez le nourrisson
Un soin particulier doit être apporté à la dis- L’installation du nourrisson ou de l’enfant cor-
section de la fontanelle bregmatique, au niveau de respond à l’approche neurochirurgicale classique
de la voûte par une incision bicoronale de type
laquelle le périoste est en continuité avec la dure-
Cairns-Unterberger. Des variations d’incision peu-
mère. Ceci est du domaine de la routine en neu- vent être utiles selon les cas : une incision biseautée
rochirurgie pédiatrique, mais la fontanelle est ici vers l’arrière avec zigzag dans la région temporale
souvent anormale, par exemple très asymétrique laisse une cicatrice plus facile à cacher dans les
dans les plagiocéphalies ou anormalement agran- cheveux. Pour les scaphocéphalies, Renier pro-
die par une béance importante de la suture méto- pose une incision très postérieure, pré- ou rétro-
pique dans la maladie d’Apert. Le décollement de lambdoïdienne, qui restera cachée, même à l’âge
la dure-mère, à cet âge, est également assez diffi- où le sommet du crâne se dégarnira éventuelle-
cile au niveau des sutures qui restent fonctionnel- ment (figure 5).
les, du fait des adhérences. Le visage de l’enfant, nez inclus, est gardé dans
Les formes inclassables, associations variables le champ opératoire. Une infiltration locale sous-
de craniosténoses simples, peuvent au maximum cutanée, puis intradermique, avec du sérum addi-
réaliser un tableau de pansynostose, où toutes les tionné d’adrénaline (1/100 000) est réalisée. Cette
sutures sont fusionnées. Particulièrement en cas infiltration a un effet vasoconstricteur qui diminue
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la perte sanguine et aide à la dissection. Le décol- Avant six mois. — Les premiers mois de vie nous
lement du scalp peut se faire directement dans le paraissent la meilleure période pour traiter les
plan sous-périosté. Lorsqu’un avancement impor- scaphocéphalies. Il existe, en effet, durant cette
tant du bandeau supra-orbitaire est prévu, un période, une grande malléabilité de la boîte crâ-
décollement séparé du scalp et du périoste est réa- nienne autorisant l’utilisation de simples craniec-
lisé, ce qui augmente la laxité. L’hémostase du tomies qui, si elles sont correctement dessinées,
scalp doit être minutieuse et l’électrocoagulation amène le plus souvent un remodelage complet et
des vaisseaux principaux est associée à la mise en parfait de la voûte. Nous utilisons cette technique
place de clips de Le Roy sur la tranche de section. depuis 1983 (figure 6).
Toute la région fronto-orbitaire est exposée, et il Une bande osseuse sagittale médiane de 4 cm
faut parfois dégager au burin le nerf sus-orbitaire de large, englobant toute la suture synostosée, est
d’un canal osseux afin d’exposer le rebord orbi- déposée, allant donc du bregma jusqu’au lambda.
taire supérieur. Un triangle osseux rétro-coronal est ensuite déposé
Pour les sections osseuses, le craniotome peut (ou maintenu pédiculé (figure 7)), de même qu’un
être dangereux lorsqu’il existe des irrégularités triangle pré-lambdoïde. Les pariétaux peuvent
d’épaisseur osseuse (les impressions digitiformes). ainsi être écartés sur la charnière constituée par la
Ces irrégularités et les adhérences, voire les incar- suture pariéto-squameuse de chaque côté, et remo-
cérations osseuses, augmentent beaucoup le ris- delés « en bois vert », afin de restaurer une bonne
que de section accidentelle de la dure-mère. La courbure transversale et une bonne largeur du
scie oscillante est utilisée habituellement, ce qui a crâne. Les fragments osseux déposés sont retaillés
l’avantage de réaliser un trait fin et régulier, et et remodelés, puis remis en place sans ostéosynthè-
économise les surfaces d’os déposé. Les volets os- ses (utilisation éventuelle de colle biologique).
seux levés sont maintenus immergés dans une so- Lorsque le pôle occipital est fortement bombé, on
lution de sérum additionnée d’antiseptiques. peut discuter de réaliser en complément un volet
En fin d’intervention, le muscle temporal occipital libre (figure 8). Notre expérience nous
(lorsqu’il a été décollé) doit être soigneusement pousse à penser que ce geste, non dénué de ris-
réinséré avec un fil résorbable et le scalp suturé en que hémorragique, n’est pas indispensable à ces
un ou deux plans, sur un ou deux drains non aspi- âges, car l e bombement occipital tend à se cor-
ratifs, connectés à un système de récupération per- riger du fait de l’élargissement donné au niveau
mettant d’utiliser le sang drainé en postopératoire. pariétal, qui diminue l’allongement antéro-posté-
La tarsorraphie provisoire par un point marginal rieur de l’encéphale. Il en est de même du bom-
de fil fin n’est pas effectuée systématiquement, sauf bement frontal.
pour les faciocraniosténoses avec exorbitisme im- Après l’âge d’un an. — On ne peut plus compter
portant afin de prévenir le chémosis postopératoire. sur la malléabilité crânienne qui a permis d’obte-
nir un bon remodelage par simples craniotomies
SCAPHOCÉPHALIES dans les premiers mois : il faut déposer et transpo-
Le but du traitement des scaphocéphalies est ser (figure 9). On dépose une série de volets à
d’obtenir un raccourcissement antéro-postérieur cheval sur la ligne médiane, tracés en fonction de
et un élargissement transversal, en corrigeant le la déformation, incluant souvent le front lorsqu’il
bombement frontal et/ou le bombement occipital, est très bombé (incluant même parfois les arcades
le cas échéant. sourcilières), et l’occiput si nécessaire. Du fait de
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l’adhérence des sutures lambdoïdes, le décolle- densitométrie ou IRM. On pourrait appeler cette
ment du pôle occipital est le plus dangereux : le technique une reconstruction « en douelles de
risque d’ouverture d’un sinus veineux est grand. tonneau ».
Lorsqu’on envisage ce geste, il est souhaitable Entre six mois et un an. — La stratégie est
d’avoir réalisé un repérage vasculaire par tomo- moins systématisée. La craniectomie péripariétale
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reste de mise, mais son résultat sur l’allongement tamment en ce qui concerne l’allongement antéro-
antéro-postérieur du crâne est moins sûr : il faut y postérieur du crâne [20]. Récemment, ce défaut a
adjoindre, bien souvent, un geste sur le pôle fron- été décrit comme bien corrigé par l’utilisation d’un
tal ou le pôle occipital. décubitus postopératoire strict, mais l’étude est
Jane et al. ont décrit, en 1978, une technique de fondée sur une très petite série (22 patients) et
craniectomie para-sagittale et rétro-coronale ap- n’est pas convaincante [1].
pelée « pi-technique » [26] car les ostéotomies dessi-
nées affectent grossièrement la forme de la lettre TRIGONOCÉPHALIES
grecque, la barre horizontale étant placée en avant. En dehors des formes mineures dans lesquel-
Une variante fut ensuite décrite sous le nom de les un simple meulage extra-crânien d’une crête
« pi-technique inversée », dans laquelle la barre métopique est suffisant [13] (mais où l’indication
horizontale est placée en arrière, dans le but de opératoire est fort discutable), notre attitude est
mieux effacer la bosse occipitale [68]. Ces techni- celle d’une reconstruction fronto-orbitaire complète
ques donnent en fait des résultats incomplets, no- avec prélèvement d’un néo-front sur la voûte
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crânienne, vers 7-8 mois (figure 10). Le prélève- Le résultat morphologique est, dans l’ensem-
ment du néo-front est réalisé, soit dans la partie ble, excellent, à la seule réserve d’un creux
frontale haute, soit dans la région fronto-parié- frontal latéral ou fronto-temporal bilatéral qui
tale en cas d’angulation trop importante du front, apparaît souvent à retardement vers l’âge de
dont la largeur globale est alors trop petite, soit 3 ans et qui persiste, et va même parfois en s’ag-
encore dans la région pariétale médiane, à che- gravant, pouvant nécessiter une retouche esthé-
val sur la suture sagittale. Dans ce dernier cas, il tique secondaire.
faudra consolider la ligne médiane du nouveau Certains auteurs ont proposé d’adjoindre à la
front avec une petite plaque osseuse ou une mi- reconstruction frontale une correction de l’hypo-
cro-plaque résorbable fixée à la face interne de télorisme. C’est, à notre avis, dangereux et inutile.
l’os. Dangereux car, ce faisant, on ouvre les fosses na-
La reconstruction concerne également le bandeau sales, ce qui augmente le risque infectieux. Inutile
supra-orbitaire, qui est déposé et ouvert sur la ligne car la correction avant l’âge d’un an de la dysmor-
médiane. Cette ouverture, destinée à effacer le V phie fronto-orbitaire entraîne constamment une
trigonocéphalique, peut se faire « en bois-vert » correction de l’hypotélorisme, aussi bien clinique-
ou, mieux, en sectionnant complètement le bandeau ment que radiologiquement (figure 11).
en deux moitiés, et en fixant (au fil résorbable) cha-
que hémi-bandeau à la base du néo-front. Le tiers PLAGIOCÉPHALIES PAR SYNOSTOSE CORONALE
externe du rebord orbitaire supérieur, toujours trop UNILATÉRALE
saillant, est réséqué de chaque côté. Pour les plagiocéphalies, la discussion entre
Ce montage front-bandeau est fixé sur les os pro- remodelage unilatéral et bilatéral n’est pas encore
pres du nez à l’aide de deux micro-plaques résorba- tranchée. Pour notre part, nous pensons que la
bles convergentes vissées ou rivetées. Les parties meilleure technique consiste en un remodelage bi-
latérales (temporales) du front doivent être recons- latéral du bandeau supra-orbitaire avec avancement
truites avec un soin particulier, afin d’élargir le dia- unilatéral, et prélèvement d’un néo-front (figure 12).
mètre bitemporal, toujours trop étroit dans les Le remodelage de la région temporale, qui est sou-
trigonocéphalies. Les zones déhiscentes résiduelles vent bombée (formes syndromiques), n’est pas sys-
sont comblées à l’aide des fragments osseux, collés tématique mais doit être associé, si cela est le cas.
sur la méninge ou synthésés, selon leurs sièges et La jonction fronto-malaire du côté reculé est avan-
leurs tailles. Habituellement, il ne persiste aucune cée, sa nouvelle position étant maintenue à l’aide
zone osseuse non recouverte en fin de reconstruc- d’une petite cale osseuse triangulaire. L’utilisation
tion. Les muscles temporaux doivent être soigneuse- de plaques d’ostéosynthèse résorbables est souhai-
ment réinsérés, ce que nous faisons au fil résorbable. table, comme nous le reverrons.
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dire de libérer effectivement tout le front tout en coronale, le front étant fixé en position avancée
laissant le cerveau libre de le propulser en avant. uniquement au niveau de la face, laissant en ar-
rière, et latéralement, une large tranchée coro-
Le front flottant nale. La dépose du bandeau frontal entraîne la
libération fronto-sphénoïdale et fronto-ethmoïdale.
C’est dans la lignée de ces réflexions qu’a été La fixation en position avancée du bandeau
conçu le procédé dit « du front flottant » [30]. frontal se faisant ensuite uniquement sur la face,
L’avancée frontale a été associée à la libération racine du nez et malaires, le front n’est plus re-
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a b
FIG. 16. — Variante monobloc du « front flottant » (a), et vue opératoire du bloc front-bandeau (b).
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a
b
bandeau supra-orbitaire maintenu par des cales En 1973, était décrite la technique de correc-
osseuses latérales. Pour corriger le front supé- tion de l’oxycéphalie, toujours utilisée dans notre
rieur, une transposition osseuse était réalisée en service [33, 34, 37]. Les deux principes de base en
conservant les volets osseux pédiculés sur le mus- sont :
cle temporal, ce qui limitait les possibilités de — la bascule du bandeau frontal avec une dé-
mobilisation. coupe en Z d’un prolongement latéral dans la fosse
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temporale, permettant un réglage et une conten- Durant la période 1998-2005, nous avons progres-
tion simples, sans greffe osseuse ; sivement remplacé les ostéosynthèses métalliques
— la réfection du front supérieur à l’aide d’un par des systèmes résorbables : notre expérience
volet osseux libre, le plus souvent une transposi- a porté sur 209 cas (87 trigonocéphalies, 64 pla-
tion avec retournement à 180° (figure 18). giocéphalies, 55 brachycéphalies et trois expan-
Les résultats fonctionnels sont très satisfai- sions postérieures). Les complications liées à ce
sants dans les cas où ces troubles représentaient mode de fixation ont été rares : deux hypercorrec-
l’élément essentiel de l’indication opératoire. La tions avec un cas de nécrose cutanée localisée, et
disparition des impressions digitiformes et de un cas d’infection par colonisation d’un héma-
l’œdème papillaire est habituelle et témoigne de tome extra-dural collecté dans l’espace mort ex-
la normalisation de la PIC. Les signes fonctionnels cessif d’un avancement unilatéral. Une récidive a
à type de céphalées et de vomissements dispa- été observée dans un cas d’expansion postérieure.
raissent. L’amélioration du comportement de ces Toutes ces complications ont été observées dans
enfants est une observation fréquente. Les trou- les six premiers mois de notre expérience [Arnaud E,
bles de la vision ne sont, en revanche, que stabi- Marchac D, Ashammakkhi N, Warris T, Renier D.
lisés. L’acuité visuelle, lorsqu’elle était abaissée, Evolution of craniofacial surgical techniques for
ne se normalise jamais après intervention. Sur le craniosynostosis with resorbable osteosynthesis.
plan morphologique, l’amélioration fronto-orbi- J Craniofac Surg (soumis)]. Globalement, nous
taire est évidente dès la période post-opératoire, sommes très satisfaits de ces fixations résorbables
et se maintient avec la croissance. Le sinus frontal et nous en recommandons vivement l’usage. Si la
peut apparaître, également du fait de la normali- nature de bi-polymère du matériau constituant le
sation de la PIC. Bionix® présente l’avantage de permettre le mo-
delage à température ambiante (self-reinforcement),
il présente l’inconvénient d’une dégradation cristal-
LES OSTÉOSYNTHÈSES RÉSORBABLES line qui a provoqué quelques granulomes aseptiques.
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280 E. ARNAUD et al. Neurochirurgie
a b c
FIG. 19. — Avancement fronto-orbitaire, premier temps du traitement des facio-craniosténoses (a). Maladie de
Crouzon : en pré-opératoire (b), et après avancement fronto-orbitaire (c).
son retentissement esthétique et fonctionnel. L’âge néralement, l’importance des interventions dimi-
de fin de croissance faciale étant de 16-18 ans, nue au fur et à mesure de la croissance.
c’est à cet âge-là qu’il faudrait théoriquement
opérer si l’on voulait corriger en un acte définitif LA CRANIOSTÉNOSE
les malformations faciales. Si cette stratégie est
applicable pour des déformations modérées, il Sur un plan crânien strict, les dysmorphies
n’est pas possible de retarder la correction faciale des faciocraniosténoses ne diffèrent guère de
lorsqu’il existe une malformation plus sévère, sous celles des craniosténoses isolées, à la réserve du
risque d’engendrer une gêne psychologique ma- syndrome d’Apert qui se démarque par une
jeure. D’autre part, lorsqu’il existe une obstruc- ouverture persistante du système suturaire lon-
tion respiratoire, l’avancement facial (figure 20) gitudinal pendant les premiers mois de vie. Sur
doit être plus précoce. Dans ces cas, on peut opé- un plan crânio-facial, les analogies des faciocra-
rer plus tôt, sous réserve d’accepter de devoir re- niosténoses syndromiques entre elles incitent à
commencer au fil du temps puisque le défaut les considérer globalement, les différences entre
génétique de croissance persistera (figure 21). Gé- les syndromes étant relativement peu importan-
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tes en ce qui concerne la face, du moins du précoce pour permettre une respiration nasale et
point de vue chirurgical. la protection des yeux. Lorsqu’il n’y a pas d’ur-
gence fonctionnelle, il est préférable d’attendre
LA RÉTRUSION FACIALE l’âge de 4 ou 5 ans, un âge où généralement la
La rétrusion faciale est la règle dans les facio- scolarisation commence à poser des problèmes
craniosténoses, avec inversion (et parfois béance) psychologiques.
de l’articulé dentaire, recul des malaires, et brièveté
du nez. En dehors du problème esthétique, ce re- L’association Le Fort III et avancée frontale
cul de la face entraîne des troubles fonctionnels : Il paraît logique d’effectuer un avancement fa-
défaut de mastication, gêne respiratoire par dé- cial et frontal simultané, comme l’avait proposé
faut de profondeur du pharynx, mauvaise protec- initialement Paul Tessier pour l’adolescent et
tion oculaire et exotropie. l’adulte [66]. La morbidité est lourde, avec, au
L’avancement total de la face ou ostéotomie premier plan, le risque d’infections sévères avec
de type Le Fort III a été mis au point par Paul ostéite du frontal pouvant imposer l’ablation plus
Tessier [64, 65]. Deux questions se posaient : à ou moins complète des pièces osseuses libres du
partir de quel âge peut-on le pratiquer (et peut-on front. Pour éviter l’ouverture des cavités aériennes,
le faire avant 2 ans) ? Peut-il être associé à l’avan- Ortiz-Monasterio [48] a proposé l’avancement
cement frontal ? fronto-facial monobloc avec dissection extra-mu-
queuse des dômes des fosses nasales (figure 22).
L’âge de l’ostéotomie faciale type Le Fort III Sur le principe, il s’agit d’une intervention où la
Le massif facial est d’autant plus facile à libé- face et le front sont avancés et solidarisés ensem-
rer que l’enfant est plus jeune, mais le périoste est ble. Le risque septique n’en demeure pas moins
plus adhérent et les pièces osseuses sont plus fra- important [69]. Dans notre expérience, cette in-
giles. Un saignement abondant est inévitable au tervention dans sa forme classique est grevée
moment des sections ou des déchirures muqueu- d’une lourde morbidité et est donc à réserver aux
ses. Les problèmes de contention chez les plus exorbitismes majeurs (figure 23) et aux atrésies
jeunes sont plus délicats à résoudre car l’absence importantes des voies aériennes, ou a fortiori à
de denture définitive rend l’appareillage difficile, l’association des deux. Anderl a proposé la réali-
et les points d’appui moins stables. En revanche, il sation simultanée d’un avancement fronto-orbi-
est possible de prélever sur la voûte crânienne de taire et d’une ostéotomie faciale type Le Fort III,
grands greffons de forme et de structure très satis- qui permet de diminuer le risque septique [2].
faisantes pour la contention et le comblement des L’avancement fronto-orbitaire est ici décrit, non
déficits. pas comme une avancée de l’os frontal tel quel,
L’importance du retentissement fonctionnel mais sous la forme d’un dédoublement de celui-ci,
des rétrusions faciales est considérable et, dans permettant de n’avancer que la table externe de
certains cas, il faut envisager une intervention l’os, laissant en place (en arrière) la table interne,
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282 E. ARNAUD et al. Neurochirurgie
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Vol. 52, n° 2-3, 2006 TRAITEMENT DES CRANIOSTÉNOSES 283
FIG. 24. — Distraction osseuse progressive dans les avan- FIG. 25. — Distracteurs.
cements faciaux.
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284 E. ARNAUD et al. Neurochirurgie
ternes (figure 30), ce qui augmente l’efficacité de disjonction ptérygo-maxillaire bilatérale ainsi que
la procédure et permet d’harmoniser l’avance- la section des structures médianes sont systémati-
ment du front et de la face, selon l’importance du ques, ce qui permet une mobilisation per-opéra-
recul à chaque niveau. L’expérience nous a conduit toire fronto-faciale complète.
à proposer des modifications successives dans la Les distracteurs utilisés sont des modèles ma-
technique chirurgicale ainsi que dans le protocole nufacturés par Martin-Medizin, avec cylindre activé
de distraction. par un flexible percutané. Deux types de distrac-
teurs sont nécessaires : les distracteurs fronto-crâ-
Protocole de distraction niens utilisés dans la région supra-orbitaire, et les
distracteurs temporo-malaires à axe rotatif (modi-
La technique chirurgicale utilisée est une os- fiés par rapport aux distracteurs initiaux produits
téotomie fronto-faciale de type « monobloc », avec chez MicroFrance-Xomed) positionnés derrière
ou (exceptionnellement) sans dépose du front. La les os zygomatiques. Les flexibles d’activation
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286 E. ARNAUD et al. Neurochirurgie
31a
32 31b
33
FIG. 31. — Maladie de Crouzon chez une fille de 14 ans (a). Noter l’importance de l’exorbitisme et de l’inversion de l’articulé
dentaire (b)
FIG. 32. — Positionnement des distracteurs internes.
FIG. 33. — Résultats à trois mois.
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Vol. 52, n° 2-3, 2006 TRAITEMENT DES CRANIOSTÉNOSES 287
nocéphales de 5 à 32 mois et de 4 enfants normaux années de vie, pour ne pas ignorer une forme évo-
de 6 à 36 mois, que non seulement la trigonocépha- lutive de craniosténose, dont il n’existe dans notre
lie ne se corrige pas spontanément, mais qu’elle a expérience aucun signe prédictif au départ.
tendance à s’aggraver avec la croissance.
Il faut aussi souligner qu’il n’est pas rare que la
déformation crânienne ait des répercussions psy- L’HYDROCÉPHALIE ASSOCIÉE (figure 42)
chologiques, en particulier à l’âge scolaire et sur-
tout lorsqu’elle affecte la face, par exemple dans Elle pose un problème complexe, dans la me-
la plagiocéphalie. Une telle déformation peut, en sure où son traitement vise un problème inverse
effet, entraîner une distorsion de l’image corpo- de celui de la craniosténose. En drainant les
relle chez l’enfant, une perception négative de leurs ventricules, on diminue en effet le volume intra-
enfants chez les parents, et une rupture de la rela- crânien, alors que le traitement de la craniosté-
tion mère-enfant. Selon Rogers-Salyer et al. [58], nose réalise une expansion crânienne. Le traitement
il existe des arguments forts en faveur de la cor- simultané des deux affections créerait, d’une part,
rection précoce des dysmorphies crâniofaciales, un espace mort, source d’hématome extra- ou sous-
avant la consolidation des liens affectifs mère- dural et, d’autre part, en gênant la ré-expansion
enfant, qui a lieu entre 5 et 9 mois. La souffrance cérébrale, risquerait d’aboutir à une ré-ossifica-
psychologique entraînée par une déformation tion du montage osseux en mauvaise position. Il
crânienne est illustrée dans notre série par ce faut donc séparer les deux temps, en choisissant
fait notoire que, dans les formes familiales de cra- de traiter d’abord l’hydrocéphalie lorsque celle-ci
niosténoses non syndromiques, tous les parents est très évolutive, pour ne traiter la craniosténose
atteints (père ou mère) ont demandé l’interven- que lorsque le volume ventriculaire se sera stabi-
tion afin que leur enfant ne vive pas ce qu’ils avaient
lisé. Dans les autres cas, on fait d’abord l’ostéotomie
vécu eux-mêmes durant leur enfance et leur ado-
crânienne et on surveille l’évolution de l’hy-
lescence. Plusieurs auteurs ont publié les mêmes
expériences [14, 47, 62]. drocéphalie. Il n’est pas rare qu’elle se stabilise
Il faut donc discuter avec les familles et expo- spontanément.
ser clairement les motifs qui poussent à opérer : Le syndrome de Crouzon pose un problème
fonctionnels dans les formes à risque, morpho- particulier, dans la mesure où l’hydrocéphalie est le
logiques dans les autres. En cas de réticences ou plus souvent liée à un engagement des amygda-
de refus, il est souhaitable de proposer un enregis- les cérébelleuses : il faut, dans ces cas, proposer en
trement de pression intracrânienne afin de ne pas première instance une ouverture du foramen
laisser évoluer une hypertension intracrânienne à magnum qui suffit, dans un grand nombre de
bas bruit, dont la fréquence dans les formes mo- cas, à stabiliser l’hydrocéphalie. Il faut souligner
nosuturaires est faible mais non nulle, et qui n’a cependant que l’ouverture du foramen magnum
pas toujours de retentissement radiologique ou est un geste souvent difficile, du fait de l’existence
ophtalmologique. Il faut également insister sur la de volumineuses veines sous-cutanées, trans-osseu-
nécessité, dans les cas où l’indication opératoire ses et dure-mériennes, qui sont la conséquence
n’est pas retenue, de surveiller régulièrement l’en- de l’obstruction de la circulation veineuse normale
fant, au moins une fois par an pendant les premières liée à la sténose des trous déchirés postérieurs.
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FIG. 35. — Syndrome d’Apert chez un enfant âgé de 3 mois.
FIG. 36. — Tomodensitométrie 3D : synostose bi-coronale.
FIG. 37. — Positionnement des ressorts à cheval sur les
sutures.
FIG. 38. — Schéma de l’intervention : le ressort médian
tend à rapprocher les berges de la suture sagittale, tandis
que les ressorts latéraux tendent à distendre les sutures
lambdoïdes.
FIG. 39. — Tomodensitométrie 3D, à 5 mois.
FIG. 40. — Évolution : l’enfant à 5 mois.
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