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MODULE II
COURS DE DROIT FISCAL, 2ÈME ANNÉE
2024-2025
Professeur Caleb PLACIDE
1.- La notion de l’impôt
Le substantif impôt et le verbe imposer expriment on ne peut mieux le poids de la contrainte
qui s’abat sur le redevable. Autrefois, le terme employé était contribution, qui suggère davantage
une participation du citoyen au fardeau commun de la dépense publique. Aujourd’hui, l’impôt peut
certainement se définir comme une forme spécifique de prélèvement obligatoire auquel sont
soumis les contribuables. Mais pareille assertion ne va pas nécessairement de soi. En effet, l’impôt
n’est plus aujourd’hui le seul type de prélèvement obligatoire dans les sociétés contemporaines. Il
importe donc en premier lieu de pouvoir distinguer ce qui différencie l’impôt des autres
prélèvements obligatoires, de cerner en somme la nature de l’impôt. Une fois cette clarification
faite, la notion d’impôt peut ensuite être approfondie par 1’étude des grandes classifications
fiscales et des mécanismes généraux de 1’imposition.
1.1.- La nature de l’impôt
La nature de l’impôt est l’objet de plusieurs tentatives de définitions doctrinales.
1.1.1.- La nature de l’impôt selon la doctrine classique
A. Les critères de l’impôt
La définition la plus classique de l’impôt et la plus connue est celle qu’a esquissée Gaston
Jèze dans son Cours de Finances publiques d’autant que celle-ci fut largement adaptée par la
doctrine par la suite. Gaston Jèze a mis en évidence ce qu’il a qualifié de « six éléments essentiels,
irréductibles de l’impôt moderne»: pour l’auteur, l’impôt est une «prestation de valeurs pécuniaires
» requise des particuliers, due «par les individus », « selon des règles fixes » et par voie d’autorité
(« le taux de l’impôt est fixé unilatéralement par les agents publics; ensuite, le recouvrement aura
lieu, au besoin, par la force » ), à titre définitif et sans contrepartie, « sans contre-prestation
spéciale», en vue de la couverture des« dépenses d’intérêt général ».
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Selon cette définition, l’idée essentielle qui ressort est que l’impôt est un prélèvement
pécuniaire obligatoire, effectué à titre définitif, sans contrepartie immédiate, visant à couvrir les
charges publiques. Même fort incomplète au regard des évolutions, cette approche classique reste
utilisable pour aborder la notion d’impôt. Son intérêt principal est qu’elle comporte l’essentiel des
éléments qui, depuis les temps les plus éloignés, forment la nature intime de l’impôt, en particulier
le caractère de contrainte qui lui est étroitement attaché.
L’impôt : un prélèvement pécuniaire
L’impôt est bien en principe un prélèvement sous forme pécuniaire et ce contrairement aux
modalités de règlement en nature qui ont pu exister dans un passé lointain.
Il faut néanmoins remarquer que les modalités de paiement en nature de la dette d’impôt
n’ont pas totalement disparu du système fiscal contemporain. Elles demeurent présentes avec le
dispositif de la dation en paiement, qui, il est vrai, est un procédé de paiement exceptionnel de
l’impôt. Ce dispositif vise par exemple à permettre à l’État de réaliser des acquisitions intéressantes
enrichissant le patrimoine national, en autorisant les débiteurs de droits de succession ou de
donation à s’acquitter de leur dette par la remise d'une œuvre d’art.
L'impôt : un prélèvement obligatoire effectué par voie d'autorité
Quelles que soient ses modalités de paiement, le prélèvement fiscal a fondamentalement le
caractère d’un prélèvement obligatoire, dès lors qu’il est effectué par voie d’autorité par
l’administration sur le fondement des prérogatives de puissance publique qui sont les siennes. En
conséquence, le contribuable n’a ni le droit de prétendre se soustraire à sa dette d’impôt, ni celui
de vouloir fixer librement ou négocier le montant de sa contribution. Son accord, son libre-arbitre
en somme, n’entre en jeu d’aucune manière. Et, s’il s’avérait récalcitrant, l’administration serait
en droit de recourir aux procédures d’exécution forcée pour le contraindre à satisfaire à ses
obligations.
L'impôt : un prélèvement effectué à titre définitif
L’impôt est une ressource définitive pour les collectivités publiques qui en bénéficient,
c’est-à-dire l’État, les collectivités territoriales et certains établissements publics. Contrairement à
1’emprunt, il n’a pas à être restitué.
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L’impôt : un prélèvement sans contrepartie immédiate qui sert à couvrir les charges
publiques
Juridiquement, l’impôt ne constitue pas le prix d’un service rendu. Aussi, le contribuable
ne peut-il pour contester sa dette arguer de la mauvaise utilisation des deniers publics. Il ne peut
davantage exiger que l’impôt qu’il paie soit affecté à tel ou tel service public ou au financement
de telle ou telle opération. De même, il ne peut refuser de payer l’impôt au motif que celui-ci
financerait des dépenses contraires à ses principes.
B. Les limites de la définition classique de l'impôt
Les limites de la définition classique de l’impôt tiennent surtout à ce que, dans la période
contemporaine, la notion de prélèvement obligatoire englobe d’autres prélèvements que l’impôt.
Ainsi et alors même que le caractère forcé du prélèvement tient une place centrale dans l’approche
classique de l’impôt, celui-ci, aujourd'hui, n’est plus la seule catégorie de prélèvements
obligatoires. On peut donc dire que la notion de prélèvement obligatoire est une notion brouillée
qui ne permet pas à elle seule de distinguer la nature juridique du prélèvement en cause.
C. Caractère spécial de l’impôt
Spécialement, l’impôt doit être modique parce qu’il convient de ne pas tarir la source même
de l’impôt, en paralysant la production des richesses ou leur circulation; parce que l’élévation de
l’impôt peut exaspérer le contribuable jusqu’à lui donner le dégoût des institutions nationales; en
tout cas elle le porte à la fraude, qui s’explique quand l’impôt est excessif, alors qu’il est sans
excuse quand il est modéré.
D. Les buts de l’impôt
L’impôt poursuit conjointement deux séries de finalités : l’accomplissement des missions
de l’État et des missions complémentaires qui traduisent une volonté d’interventionnisme fiscal.
Une mission essentielle, la collecte des fonds nécessaires à l’accomplissement des
missions de l’État;
Une volonté d’interventionnisme fiscal : de manière contemporaine et plus volontaire,
les gouvernements ont imaginé de confier à l’impôt l’une ou l’autre mission
supplémentaire qui traduisent une volonté d’interventionnisme fiscal : la redistribution
sociale, la régulation conjoncturelle.
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La redistribution sociale
L’impôt est perçu avec une intensité confiscatoire sur les contribuables riches, d’une part
afin qu’ils deviennent moins riches et d’autre part afin que les sommes ainsi collectées soient
affectées par l’État à la réalisation des dépenses sociales destinées à améliorer le sort des citoyens
économiquement faibles.
La régulation conjoncturelle
L’État se sert de l’impôt pour encourager ou décourager certains secteurs d’activités. Ainsi
par exemple pour protéger la production nationale contre la concurrence étrangère, une élévation
des droits et taxes à l’importation est envisagée. La suppression ou la diminution du taux de
prélèvement fiscal pour une opération déterminée peut avoir pour motif l’incitation des
populations à l’investissement.
1.1.2.- La nature de l’impôt selon le droit positif
A. La notion d’impositions de toutes natures
Constituent des impôts les prélèvements obligatoires qui ne sont ni des taxes parafiscales,
ni des cotisations sociales, ni des redevances. On retiendra que c’est donc de manière
essentiellement pragmatique que l’on interprète la notion d’impositions de toutes natures. Cette
attitude pragmatique nous conduit en définitive à qualifier de prélèvement fiscal tous ceux qui
n’entrent pas dans les catégories des prélèvements obligatoires non fiscaux.
B. Les prélèvements obligatoires autres que les impôts
Les taxes
Il convient d’opérer une clarification entre les prélèvements qualifiés de taxe et ceux
qualifiés de redevances, ou rémunérations pour services rendus.
La taxe doit être distinguée de la redevance ou rémunérations pour services rendus qui est
le prix d’un service rendu par une entité publique au client qui en fait la demande; elle se distingue
par son mode de création règlementaire et par le fait qu’elle est en principe proportionnelle au
service rendu. Elle n’est pas un prélèvement obligatoire et n’a pas davantage un caractère fiscal.
La qualification de ce type de prélèvement est toutefois subordonnée à l’existence d’une
contrepartie. Enfin le produit des redevances doit être affecté au service qui a fourni la prestation.
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La taxe, est quant à elle réservée aux prélèvements obligatoires qui sont levés lors de la
fourniture d'un service. Si elle ressemble à la redevance, puisqu'elle est comme cette dernière liée
à 1’offre d’une prestation, elle s’en distingue toutefois sur trois points:
Elle peut être exigée non seulement des usagers effectifs mais également des
usagers potentiels;
L’équivalence entre service rendu et prix à payer n’est pas requise;
La taxe a un caractère obligatoire.
Ces trois éléments font qu’en réalité la taxe ne diffère pas véritablement de l’impôt dont
on peut dire qu'elle n’est qu’une variante, en partageant très largement les mêmes caractéristiques.
Les cotisations sociales
Les cotisations sont des prélèvements obligatoires perçus par des organismes de droit
public ou privé dans un intérêt social. Non qualifiées d'impôts parce qu'elles comportent une
contrepartie (les prestations sociales), elles représentent dans les faits une charge financière
importante pesant sur les cotisants.
1.2.- La classification des impôts
La diversité des impôts et de leurs mécanismes n’exclut pas leur classement possible par
grandes catégories. L’intérêt de la démarche de classification est qu’elle s’efforce de restituer une
approche d’ensemble et ordonnée des structures fiscales.
1.2.1.- La classification Administrative
Cette classification est utilisée par la comptabilité nationale. Elle consiste à classer les
impôts selon la collectivité bénéficiaire. On distingue ainsi les impôts revenant à 1’État (impôt sur
le revenu, taxes sur le chiffre d'affaires ...), ceux dévolus aux collectivités locales (CFPB ou impôt
locatif, la patente ...), ceux alimentant les organismes sociaux (ONA, OFATMA).
1.2.2.- La classification Économique
Les impôts sont ici classés selon trois grands critères possibles : soit en fonction des
éléments économiques taxés, soit en fonction des facteurs et acteurs économiques supportant la
taxation, soit encore en fonction de 1’objet ou de la catégorie socioéconomique visés par la
taxation.
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A. Classification en fonction des éléments économiques taxés
On distingue traditionnellement l’imposition des revenus qui atteint les revenus des
personnes physiques ou morales (impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés), l’imposition de la
dépense qui taxe les dépenses de consommation (TCA) et l'imposition du capital ou du patrimoine
qui frappe les biens immobiliers ou mobiliers du contribuable (droits de mutation, droits de
succession).
La taxation des revenus
Le principe de la taxation des revenus est en apparence simple. Il consiste à imposer les
gains d’une personne ou d’une entreprise dès que ces gains sont acquis et quel que soit leur emploi
ultérieur. Dans la réalité, se pose néanmoins le problème de savoir ce qu’il faut entendre par
revenu.
Le revenu est« une somme d’argent provenant d’une source permanente d’une manière
périodique». Cette définition exclut donc non seulement les gains non périodiques et notamment
les gains en capital, mais également les avantages en nature. Cette conception allait vite apparaître
par trop restrictive. Ainsi on s’est tourné vers une définition plus large prenant en compte
1’enrichissement net du contribuable pendant un laps de temps déterminé, autrement dit la
variation, positive ou négative, de son patrimoine. Ont pu dès lors être retenus pour l’imposition
des revenus les revenus de capitaux (par exemple les plus-values de cessions) ainsi que les revenus
non monétaires (avantages en nature), voire même les gains exceptionnels.
Cette évolution dans la définition du revenu permet de calculer le revenu global net annuel
taxable à l’impôt sur le revenu en totalisant les bénéfices ou revenus nets de chacune des catégories
de revenus, c’est-à-dire l’excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en
nature, sur les dépenses effectuées en vue de 1’acquisition ou de la conservation du revenu.
La taxation de la dépense ou sur la consommation
L’imposition de la dépense consiste à taxer un bien ou un service lors de son acquisition.
Cet imposition ne frappe que le consommateur final, s’agissant de biens de consommation, l’impôt
représente bien un impôt sur la dépense (TCA, taxes sur les alcools, …).
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La taxation du capital
L’imposition du capital peut être réalisée soit à l’occasion de sa transmission, qui peut être
à titre gratuit (par exemple les donations ainsi que les successions), ou à titre onéreux (par exemple
les ventes de biens immobiliers ou mobiliers).
B. Classification en fonction des facteurs et acteurs économiques
Cette classification permet d’opposer les impositions pesant sur les ménages (impôts sur le
revenu), les impositions à la charge des entreprises (impôts sur les sociétés), les impositions
grevant les produits (TCA, droits indirects ...).
C. Classification en fonction des secteurs économiques
Peuvent être regroupés selon ce critère de classement les impôts affectant divers secteurs
économiques (fiscalité des assurances, fiscalité immobilière, ...).
1.2.3.- Les classifications techniques
Ces classifications prennent pour critères les techniques et modalités administratives de la
taxation. Ce sont les classifications les plus classiques et les plus utilisées. Elles reflètent souvent
des débats donnant lieu à de larges polémiques.
A. Impôts directs et impôts indirects
La distinction entre impôts directs et indirects est la plus ancienne et la plus communément
employée. Elle repose à l’origine sur deux critères: l’incidence de l’impôt et l’établissement de
rôles.
L’incidence de l’impôt est le fait d'atteindre une personne ou une série de personnes
déterminées. Elle vise exclusivement la personne qui paye. Il s’agit donc de déterminer si l’impôt
est bien supporté par celui qui y est assujetti ou si celui-ci en fait reposer la charge sur les tiers, qui
s’il est bien payé par l’entreprise est en fait supporté par le consommateur.
Les rôles sont des listes sur lesquelles le receveur inscrit chaque année les contribuables.
Les impôts directs atteignent le contribuable immédiatement et nominativement sans
intermédiaire entre lui et l’État. Ils s’appliquent à une situation permanente, sont réglés par
exercice et exigibles chaque année en vertu de rôles.
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Les impôts directs sont : la contribution foncière (Acompte/loyer), l’impôt sur le revenu
des personnes physiques, l’impôt sur le revenu des personnes morales, droit de patente
La contribution foncière est un impôt établi à raison du revenu des biens-fonds, à charge
des propriétaires, possesseurs et usufruitiers. Les locataires sont tenus, en déduction de leurs
loyers, d’en faire l’avance à l’État pour le propriétaire.
Le droit de patente est un impôt établi à charge de personnes qui exercent certaines
professions. Il est fixe et variable suivant la nature de la profession et la probabilité des produits.
L’impôt indirect est ainsi nommé parce qu’il n’atteint le véritable contribuable qu’à l’aide
d’un intermédiaire; il n’est pas rigoureusement proportionné à la possession de la richesse
apparente et n’est pas exigible périodiquement, en vertu de rôles administratifs, mais
accidentellement, au fur et à mesure de la manifestation de la circulation ou de la
consommation de la richesse.
Cet impôt est établi en considération de l’objet plutôt que de la personne du contribuable :
il suit donc un système opposé à celui de l’impôt direct.
Les principaux impôts indirects sont : les droits de douane, la taxe sur le chiffre d’affaires,
droit d’accise, droit de timbre, droit d’enregistrement, droit de succession.
Les droits de douane sont établis sur l’importation des marchandises et denrées, ils
frappent les objets à raison non de leur existence seule, mais de leur circulation à travers les
frontières et surtout de leur future consommation.
Quand des marchandises et des denrées sont transportées de l’étranger, les droits de douane
sont exigés à l’instant où elles franchissent la frontière; à ce moment leur consommation est réputée
accomplie au point de vue de l’impôt.
Les droits d’accise sont établis sur la fabrication, en vue de leur future consommation, de
marchandises déterminées, telles que les eaux-de-vie, les bières, le vinaigre, le tabac. Ils frappent
aussi l’importation de marchandises similaires fabriquées à l’étranger.
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L’impôt s’attaque, en apparence, à l’existence des marchandises par leur fabrication et leur
importation, mais en fait c’est leur consommation interne qui en est le véritable objet.
Les droits de timbre sont des droits fixes ou gradués, établis sur les papiers destinés aux
actes civils, commerciaux et judicaires.
Droits fixes : L’impôt est établi suivant la dimension du papier et non le contenu
de l’acte.
Droits gradués : Le montant de l’impôt est gradué en raison des sommes à insérer
dans l’acte.
Les droits d’enregistrement consistent en droit fixes ou proportionnels établis sur les actes
et sur les mutations. L’impôt est appelé d’enregistrement parce qu’il se perçoit lors d’une formalité
qui a pour objet l’enregistrement des actes et des déclarations de mutations.
Les droits de succession sont les impôts établis sur les transmissions juridiques de biens
qui s’opèrent par le décès des personnes. Ils frappent la circulation de biens qui a lieu entre le de
cujus et ses héritiers, légataires ou donataires à cause de mort.
B. Impôts réels et impôts personnels
La distinction entre impôts réels et impôts personnels fait partie, comme la précédente, de
l’histoire de l’impôt et participe tout à la fois d’une approche technique et théorique de la fiscalité.
Les impôts réels sont ceux qui frappent les biens d’un contribuable sans considération de
sa situation personnelle. C’est un impôt qui respecte la liberté individuelle. Ignorant le
contribuable, il évite de s’inscrire dans la sphère de ses activités. En général, c’est un impôt à taux
proportionnel. Il en est ainsi par exemple de la CFPB ainsi que des droits d’enregistrement portant
sur les mutations d’immeubles. L’impôt sur la consommation est l’archétype de l’impôt réel.
L’impôt personnel est un impôt qui tient compte de la situation familiale ou de fortune du
contribuable. C’est un impôt, en général, à taux progressif. Par exemple l’impôt sur le revenu et
les droits de succession. L’impôt sur le revenu incarne l’impôt personnel.
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C. Impôts proportionnels et impôts progressifs
L’impôt proportionnel consiste à appliquer à la base imposable un taux d’imposition fixe
quel que soit le montant de celle-ci. Tel est par exemple le cas avec la TCA ou encore avec l’impôt
sur les sociétés.
Avec l’impôt proportionnel, celui qui dispose d’un revenu élevé verse plus que celui qui a
un revenu plus faible bien que le taux soit identique pour tous.
Au contraire, dans 1’impôt progressif, le taux d’imposition croît en fonction de la
progression de la base d’imposition. La progressivité de l’impôt qui a été mise en place avec
l’instauration de l’impôt sur le revenu au début du siècle poursuit une finalité de redistribution par
le biais du prélèvement fiscal.
D. Impôts spécifiques et impôts ad valorem
Les impôts dits spécifiques sont calculés en multipliant un poids, un volume, une surface
de matière imposable par une somme donnée. Il existe peu d’impôts de ce type; on peut citer parmi
eux les droits sur les alcools (x gourdes par hectolitre), certaines taxes locales comme par exemple
la taxe sur les emplacements publicitaires (x gourdes par m2).
Les impôts ad valorem sont calculés par application d'un tarif à la base imposable. Ce
procédé est le plus communément utilisé. Le taux de l’impôt moderne est Ad Valorem lorsqu’il
est exprimé en pourcentage de l’assiette. Ainsi l’impôt sur la dépense est perçu au taux de 10% du
chiffre d’affaires.
E. Impôts analytiques et impôts synthétiques
L’impôt analytique est un impôt assis sur les éléments d’un patrimoine ou sur une
opération isolée, ou encore sur une catégorie unique du revenu appelé cédule.
L’impôt synthétique consiste à appréhender un ensemble d’opérations ou de revenus et à
taxer 1’ensemble en une seule fois. L’exemple même d’impôt synthétique est l’impôt sur le revenu
des personnes physiques qui frappe le revenu global.
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F. Impôts de répartition et impôts de quotité
L’impôt de répartition est celui dont le produit total attendu est fixé à l’avance puis réparti
ensuite entre les contribuables. Dans ce système, c’est donc la somme totale à recevoir qui est
déterminée a priori, non le taux d’imposition qui ne se dégage qu’après répartition.
L’impôt de quotité procède de manière inverse; il consiste à définir initialement un taux
d’imposition qui sera ensuite appliqué à la matière imposable. Cette technique est celle qui est
maintenant en vigueur dans tous les systèmes fiscaux modernes.
1.3.- Les mécanismes généraux d’imposition
La notion d’impôt est indissociable des mécanismes généraux auxquels obéit la mise en
œuvre des impositions. Le droit fiscal haïtien distingue à cet égard deux grands types de
mécanismes : le mécanisme de l’assiette d’une part, celui de la liquidation et du recouvrement
d’autre part.
1.3.1.- L’assiette de l’impôt
Asseoir l’impôt c’est constater et évaluer la matière imposable, déterminer le fait
générateur de l’imposition ainsi que la personne imposable.
A. La constatation et l'évaluation de la matière imposable
Si la définition de la matière imposable est de 1’entière compétence du législateur, il
appartient à l’administration fiscale de déterminer ensuite pour chaque contribuable l’assiette de
son imposition, c’est-à-dire la base d’imposition.
Cette phase implique une double opération. Il faut en premier lieu que soient qualifiés les
éléments susceptibles d’entrer dans le champ de la taxation, et donc dans la base d'imposition. Il
peut s’agir :
- Du revenu imposable (salaires, revenus fonciers, revenus capitaux…);
- Du bénéfice imposable (BIC, BNC,…);
- Du chiffre d’affaires (TCA).
Il faut ensuite qu’ils soient évalués. En principe, l’administration évalue la matière
imposable à partir des indications portées par le contribuable dans les déclarations qu’il est tenu
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de souscrire, et ce sous réserve de contrôles ultérieurs. Mais les procédés d’évaluation peuvent
varier, l’administration retient trois types d’évaluations :
- L’évaluation réelle (montant réel de la base imposable, cela suppose la tenue d’une
comptabilité);
- L’évaluation forfaitaire (montant est évalué de façon approximative, c’est le cas de petites
entreprises);
- L’évaluation indiciaire (montant fondé sur des critères extérieurs et comparatifs : élément
de train de vie).
B. la détermination du fait générateur de l’imposition
On entend par fait générateur de l’impôt l’événement qui fait naitre une créance au profit
du trésor. Le fait générateur en matière de retenues sur traitements et salaires est le paiement de
salaires, celui de l’impôt BIC est la réalisation du bénéfice fiscal, en matière de droits de mutation
applicables lors d'une vente immobilière, le fait générateur intervient lors de la présentation de
l’acte de vente de l’immeuble à la formalité de l’enregistrement.
La notion de fait générateur est importante car elle détermine non seulement la naissance
de la créance du fisc mais également le champ d’application de la loi fiscale en vigueur, à la fois
dans l’espace (territorialité) et dans le temps (non-rétroactivité).
C. La détermination du redevable de l’impôt
Le redevable de l'impôt
Le redevable de l’impôt est déterminé par la loi qui définit les règles en vertu desquelles
des personnes physiques ou morales relèvent d’un impôt déterminé. Il convient toutefois de noter
que le redevable désigné par les textes n’est pas nécessairement celui qui supporte effectivement
l’impôt. Il faut tenir compte en effet de l’incidence de l’impôt.
Redevable légale est celui qui, aux yeux de la loi, doit acquitter l’impôt, mais par le jeu
économique de la répercussion, que ce soit dans la vente ou dans les prestations de services, il
parvient à le facturer au second qui en supporte vraiment et définitivement le poids. Pour l’impôt
sur le revenu, les deux qualités sont confondues en une même personne, en revanche pour l’impôt
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sur la consommation le redevable légal est le commerçant, mais le redevable effectif est le
consommateur final.
Redevable réel ou effectif est celui qui supporte effectivement et définitivement le poids
de l’impôt, le consommateur final.
L’incidence de l’impôt
On donne le nom d’incidence de l’impôt à ce phénomène par lequel la personne à qui le
fisc réclame le montant de l’impôt, la déverse sur un tiers qui, peut-être, parviendra à son tour à en
transmettre la charge à autrui, de sorte que le contribuable légalement désigné se borne à faire
l’avance de l’impôt et s’en rembourse sur d’autres personnes ignorées du fisc qui le supportent
définitivement.
Du point de vue de ses modalités, la translation de l’impôt peut s’opérer de trois manières.
Elle peut se faire en avant, on parle alors de translation progressive, et dans ce cas l’incidence
porte sur le consommateur qui supporte l’impôt par le biais d’une augmentation du prix de vente.
Elle peut se pratiquer en arrière, c’est la translation dite régressive qui consiste à augmenter la
productivité des facteurs de production sans pour autant les rémunérer en fonction du gain obtenu.
Elle peut être également oblique lorsque le vendeur d’un produit répercute son impôt non pas sur
le bien ou le service taxé mais sur d’autres biens et services
1.3.2.- La liquidation et le recouvrement de l’impôt
Une fois les bases imposables déterminées, il convient de calculer le montant de l’impôt
dû puis de le recouvrer.
A. La liquidation de l’impôt
Liquider l’impôt c’est calculer la dette fiscale du contribuable par application à la base
d’imposition du taux d’imposition (ou tarif) en vigueur et en ayant éventuellement pratiqué les
abattements, majorations ou déductions prévus par le législateur. En principe, il s’agit d’appliquer
à la base imposable :
- Un barème (impôt sur le revenu);
- Un taux (TCA)
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Cette opération est effectuée soit par l’administration, soit par le contribuable lui-même,
soit par un tiers.
B. Le recouvrement de l’impôt
Recouvrer l’impôt c’est le percevoir. C’est le paiement effectif de l’impôt. Il consiste à
verser à la caisse de l’État les sommes dues. Le versement peut être effectué spontanément par le
contribuable ou après réception d’un avis d'imposition.
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BIBLIOGRAPHIE
BOUVIER Michel, Introduction au droit fiscal général et la théorie de l’impôt, L.G.D.J, lextenso
éditions, 10e édition, Paris, 2010, 322 p.
LOKANGU Starmans Bofoe, Droit fiscal et procédures fiscales en République démocratique du
Congo : Théories générales, Éditions L’Harmattan, Paris, 2021, 270 p.
MATON Adolphe, Principes de Droit Fiscal, Tome 1er, Imprimerie E. Lecomte, Bruxelles, 1891,
627 p.
SAOUDI Messaoud, Le droit fiscal général en tableaux, Ellipses, Paris, 2021, 432 p.