PLAN DÉTAILLÉ
INTRODUCTION
I. LA FONCTION PANCRÉATIQUE ENDOCRINE
I.1. RAPPEL PHYSIOLOGIQUE
I.2. EXPLORATION BIOCHIMIQUE
Dosage de base
Tests dynamiques
I.3. APPLICATIONS CLINIQUES
Diabète sucré
Hypoglycémies
I.4. MODE OPÉRATOIRE DES DIAGNOSTICS EN BIOCHIMIE CLINIQUE
Prélèvements
Méthodes analytiques
Interprétation des résultats
II. LA FONCTION PANCRÉATIQUE EXOCRINE
II.1. RAPPEL PHYSIOLOGIQUE
II.2. EXPLORATION BIOCHIMIQUE
Tests indirects ( non invasifs)
Tests directs (moins courants, invasifs)
II.3. APPLICATIONS CLINIQUES
II.4. MODE OPÉRATOIRE DES DIAGNOSTICS EN BIOCHIMIE CLINIQUE
Prélèvements
Techniques d’analyse
Lecture et interprétation
III. LA FONCTION HÉPATOBILIAIRE
III.1. RAPPEL PHYSIOLOGIQUE
Fonction métabolique
Fonction de détoxication
Fonction d’excrétion biliaires
Fonction du réservoir sanguine et immunitaire
Fonction hématologique
III.2. EXPLORATION BIOCHIMIQUE
Cytolyse
Cholestase
Synthèse
Excrétion
III.3. APPLICATIONS CLINIQUES
III.4. MODE OPÉRATOIRE DES DIAGNOSTICS EN BIOCHIMIE CLINIQUE
Conditions de prélèvement
Techniques (spectrophotométrie, immunoanalyse)
Lecture et mise en relation clinique
CONCLUSION
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INTRODUCTION
Le pancréas et le foie sont deux organes clés du système digestif et métabolique. Le pancréas
possède une double fonction : endocrine, par la sécrétion hormonale régulant la glycémie, et
exocrine, par la production d’enzymes digestives. Le foie, quant à lui, assume une fonction
métabolique, de détoxication, de synthèse et d’excrétion biliaire, regroupées sous l’appellation
fonction hépatobiliaire. L'évaluation de ces fonctions est essentielle en biochimie clinique, tant
pour le dépistage, que pour le diagnostic, le suivi thérapeutique ou encore l’évaluation
pronostique de nombreuses affections digestives, métaboliques ou systémiques. L’essor des
techniques biochimiques permet aujourd’hui une exploration précise, rapide et peu invasive de
ces fonctions. Ce rapport vise à présenter de manière détaillée les fondements physiologiques,
les modalités d'exploration biochimique, les principales applications cliniques et les méthodes
diagnostiques associées aux fonctions pancréatiques et hépatobiliaire.
I. FONCTION PANCRÉATIQUE ENDOCRINE EN BIOCHIMIE CLINIQUE
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La fonction pancréatique endocrine désigne l'ensemble des activités de sécrétion hormonale du
pancréas, essentielles à l'homéostasie glucidique, lipidique et protéique. Elle est assurée par
les îlots de Langerhans, structures spécialisées représentant environ 1 à 2 % de la masse
pancréatique totale. Ces îlots produisent plusieurs hormones, dont les principales sont
l’insuline, le glucagon, la somatostatine et le polypeptide pancréatique.
I.1. RAPPEL PHYSIOLOGIQUE
Le pancréas endocrine joue un rôle central dans la régulation du métabolisme énergétique :
•Cellules bêta (60-70 %) : sécrètent l’insuline, hormone hypoglycémiante favorisant l'entrée du
glucose dans les cellules, la lipogenèse et la synthèse protéique.
•Cellules alpha (20-25 %) : sécrètent le glucagon, hormone hyperglycémiante mobilisant le
glucose hépatique (glycogénolyse, néoglucogenèse).
•Cellules delta (5-10 %) : sécrètent la somatostatine, qui inhibe la sécrétion de l’insuline, du
glucagon et du polypeptide pancréatique. Joue le rôle du modulateur sur les sécrétions
hormonales et la motilité intestinale.
•Cellules PP (1 %) : produisent le polypeptide pancréatique, impliqué dans la régulation des
sécrétions pancréatiques exocrines et gastriques.
>L’équilibre entre ces hormones est essentiel pour le maintien d’une glycémie stable (entre 0,7
et 1,1 g/L à jeun chez l’adulte sain).
I.2. EXPLORATION BIOCHIMIQUE
L’exploration de la fonction endocrine du pancréas repose sur des dosages hormonaux et des
tests dynamiques :
I.2.1. Dosages de base
Glycémie à jeun : Première évaluation de la régulation glucidique et augmente en cas du
diabète sucré .
Norme : 0,7 à 1,1 g/L (3,9 à 6,1 mmol/L)
Peptide C : Marqueur indirect de la sécrétion endogène d’insuline. Utile pour différencier un
diabète de type 1 (peptide C bas) et du type 2 (peptides C élevé).
Glucagonémie (moins couramment utilisée)
HbA1c (hémoglobine glyquée) : évalue l’équilibre glycémique sur les 2-3 derniers mois. Permet
le diagnostic et le suivi du diabète.
Norme : < 6,5 % (dépend des recommandations)
Dosage de l’insuline plasmatique :
Permet de diagnostiquer un déficit ou un excès d’insuline (ex. insulinome).
I.2.2. Tests dynamiques
Hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) : permet de dépister le diabète gestationnel
ou un état prédiabétique.
Test au glucagon : pour évaluer la réserve insulinique. Rarement utilisé sauf en cas de
suspicion de tumeur endocrine ( glucagonome).
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Test au somatostatine : Rarement réalisé sauf en cas du tumeur endocrine ( somatotatinome).
Clamp euglycémique hyperinsulinémique (technique de recherche) : mesure la sensibilité à
l’insuline.
I.3. APPLICATIONS CLINIQUES
Les pathologies majeures liées à la fonction endocrine pancréatique incluent :
•Diabète sucré :
Type 1 : destruction auto-immune des cellules bêta (insulinopénie absolue).
Type 2 : insulinorésistance et déficit progressif en insuline.
Hypoglycémies :
Insulinome : tumeur sécrétante de l’insuline.
•Hypoglycémies fonctionnelles ou iatrogènes.
Pancréatopathies endocriniennes rares : Glucagonome, somatostatinome, etc.
>La biochimie clinique permet d’établir un diagnostic, de surveiller l’évolution de la pathologie
et de guider le traitement.
I.4. MODE OPÉRATOIRE DES DIAGNOSTICS EN BIOCHIMIE CLINIQUE
I.4.1. Prélèvement
Sang veineux, le plus souvent à jeun (8-12 heures).
Utilisation de tubes fluorés pour éviter la glycolyse post-prélèvement.
Centrifugation rapide et conservation au froid pour certaines hormones (ex : insuline, peptide
C).
I.4.2. Techniques analytiques
Immuno-analyse : ELISA, RIA, CLIA pour l’insuline, le peptide C, le glucagon.
Spectrophotométrie enzymatique : pour la glycémie.
Chromatographie (HPLC) : pour l’HbA1c.
I.4.3. Interprétation
Intégration des résultats biochimiques avec les données cliniques (symptômes, antécédents,
imagerie).
Utilisation de normes adaptées au contexte (âge, grossesse, traitement en cours…)
II. FONCTION PANCRÉATIQUE EXOCRINE EN BIOCHIMIE CLINIQUE
La fonction pancréatique exocrine correspond à la capacité du pancréas à produire et à
sécréter des enzymes digestives dans le duodénum via le canal pancréatique principal. Ces
enzymes sont essentielles à la digestion des macronutriments : protéines, lipides et glucides.
Cette fonction est assurée par les acini pancréatiques, qui constituent plus de 90 % du tissu
pancréatique.
II.1. RAPPEL PHYSIOLOGIQUE
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Le pancréas exocrine joue un rôle clé dans la digestion en sécrétant un suc pancréatique riche
en enzymes :
Amylase pancréatique : hydrolyse de l’amidon en maltose.
Lipase pancréatique : dégradation des triglycérides en acides gras et monoglycérides.
Protéases (trypsinogène, chymotrypsinogène, proélastase, procarboxypeptidases) : dégradent
les protéines.
Ces enzymes sont sécrétées sous forme inactive (zymogènes) et activées dans le duodénum.
La sécrétion pancréatique est régulée par des stimuli hormonaux (cholécystokinine, sécrétine)
et nerveux (nerf vague). Le suc pancréatique est également riche en bicarbonates, neutralisant
l’acidité gastrique dans le duodénum.
II.2. EXPLORATION BIOCHIMIQUE
L’exploration biochimique de la fonction pancréatique exocrine repose sur l’évaluation directe
ou indirecte de la sécrétion enzymatique.
II.2.1. Tests indirects (non invasifs)
Dosage de la lipase sérique : augmenté en cas de pancréatite aiguë.
Dosage de l’amylase sérique et urinaire : élevé en cas de pancréatite aiguë.
Dosage de l’élastase pancréatique fécale :
Méthode de référence pour évaluer l’insuffisance pancréatique exocrine.
L’élastase-1 est stable dans les selles et reflète la fonction pancréatique.
Dosage des graisses fécales (stéatorrhée) : permet de détecter une malabsorption liée à une
insuffisance en lipase.
II.2.2. Tests directs (moins courants, invasifs)
Test à la sécrétine: mesure le débit et le contenu du suc pancréatique après injection de
sécrétine.
Test à la cholécystokinine (CCK) : stimule la sécrétion des enzymes .
Test au N-benzoyl-L-tyrosyl-para aminobenzoic acid ( BT-PABA ): mesure de la capacité à
libérer la chymotrypsine
Il.3. APPLICATIONS CLINIQUES
Les pathologies liées à la fonction exocrine du pancréas incluent :
•Pancréatite aiguë : inflammation aiguë caractérisée par une élévation rapide des enzymes
(lipase, amylase).
Syndrome : douleur abdominale intense, lipasémie très élevé (>3x la normale).
•Pancréatite chronique : destruction progressive du tissu exocrine, menant à une insuffisance
pancréatique.
•Insuffisance pancréatique exocrine (IPE) :
Causes : mucoviscidose, cancer du pancréas, chirurgie digestive, pancréatite chronique.
Symptômes : maldigestion, diarrhée chronique, perte de poids, stéatorrhée.
Diagnostic : dosage de l’elastase fécale ou test de stéatorrhée.
•Tumeurs pancréatiques : peuvent perturber la sécrétion enzymatique.
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>La biochimie clinique permet une détection précoce, une évaluation de la sévérité et un suivi
thérapeutique.
Il.5. MODE OPÉRATOIRE DES DIAGNOSTICS EN BIOCHIMIE CLINIQUE
Il.4.1. Prélèvement et échantillons
Sang veineux : pour doser la lipase, l’amylase.
Urines : pour l’amylasurie (utilisée surtout dans les pancréatites).
Selles : pour dosage de l’élastase-1 ou recherche de stéatorrhée.
Conservation adéquate : par exemple, congélation rapide pour les échantillons fécaux.
Il.4.2. Techniques analytiques
Méthodes enzymatiques colorimétriques : pour amylase, lipase.
Immunoanalyse ELISA : pour l’élastase-1 fécale.
Chromatographie : analyse des graisses fécales.
Techniques d'imagerie couplées : échographie, scanner, IRM pour confirmation anatomique.
Il.4.3. Interprétation
Un taux élevé de lipase/amylase oriente vers une pancréatite aiguë.
Une élastase fécale < 200 µg/g de selles indique une IPE.
Une stéatorrhée est significative si les graisses fécales > 7 g/j.
IlI. FONCTION HÉPATOBILIAIRE EN BIOCHIMIE CLINIQUE
La fonction hépatobiliaire regroupe les activités biochimiques et physiologiques du foie et des
voies biliaires, impliquées dans le métabolisme, la détoxication, la production de bile et
l'excrétion des déchets. En biochimie clinique, l’évaluation de cette fonction repose sur un
ensemble de paramètres permettant d’apprécier l’état fonctionnel des hépatocytes, l’intégrité
des voies biliaires et la capacité d’excrétion biliaire.
III.1. RAPPEL PHYSIOLOGIQUE
Le foie est un organe vital, le plus volumineux des glandes annexes digestives. Il exerce de
nombreuses fonctions :
III.1.1. Fonctions métaboliques
Métabolisme des glucides (glycogénogenèse, glycogénolyse, néoglucogenèse).
Métabolisme des lipides (synthèse des lipoprotéines, cholestérol, triglycérides).
Métabolisme des protéines (synthèse de l’albumine, des facteurs de coagulation, urée).
III.1.2. Fonction de détoxication
Inactivation de médicaments, toxines, hormones.
Transformation et excrétion de la bilirubine.
III.1.3. Fonction d’excrétion biliaire
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Synthèse de la bile : composée d’eau, de sels biliaires, de bilirubine, de cholestérol et de
phospholipides.
Rôle dans l’émulsification des graisses.
III 1.4. Réservoir sanguin et immunitaire
Le foie stock le glucose sous forme de glycogène. Il participe aussi à l’immunité grâce aux
cellules de Kupffer.
III.1.5. Fonction hématologique ( synthèse)
Il synthétise la majorité des protéines de la coagulation, l’albumine, etc
NB : Les voies biliaires assurent l’acheminement de la bile produit par les hépatocytes au
vésicule biliaire, où elle est stockée puis libérée dans l’intestin (duodénum). Toute obstruction
ou inflammation peut altérer cette fonction.
III.2. EXPLORATION BIOCHIMIQUE
III.2.1. Paramètres de cytolyse hépatique
ALAT (ALT) : enzyme hépatique spécifique.
ASAT (AST) : enzyme moins spécifique (présente aussi dans le cœur, les muscles).
>Une élévation des transaminases indique une souffrance hépatocellulaire.
III.2.2. Paramètres de cholestase
Phosphatases alcalines (PAL)
Gamma-glutamyl-transférase (GGT)
5’ Nucléotidase
> Leur élévation traduit une obstruction biliaire ou une atteinte des voies biliaires.
III.2.3. Paramètres de la fonction de synthèse
Albumine
Facteurs de coagulation (TP)
Facteur V
Cholinestérase (pseudocholinestérase)
III.2.4. Paramètres de la fonction d’excrétion
Bilirubine totale et conjuguée (directe)
> Hyperbilirubinémie = ictère (pré-hépatique, hépatique ou post-hépatique).
III.2.5. Autres explorations complémentaires
Ammoniémie : en cas d'encéphalopathie hépatique.
Lactate déshydrogénase (LDH) : enzyme de nécrose cellulaire.
Marqueurs viraux ou immunologiques (hépatites, auto-immunité).
III.3. APPLICATIONS CLINIQUES
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L’analyse biochimique de la fonction hépatobiliaire permet le diagnostic, le suivi et la prise en
charge de nombreuses pathologies :
Hépatites aiguës et chroniques (virales, auto-immunes, toxiques)
Cirrhose hépatique
Stéatose et stéato-hépatite non alcoolique (NAFLD, NASH)
Cholestase intra ou extra-hépatique
Lithiase biliaire
Tumeurs hépatiques ou biliaires
Ictère (jaunisse) : diagnostic différentiel entre les causes pré-, intra- et post-hépatiques.
III.4. MODE OPÉRATOIRE DES DIAGNOSTICS EN BIOCHIMIE CLINIQUE
III.4.1. Prélèvement
Sang veineux, souvent à jeun pour éviter les interférences lipidiques.
Recueil dans des tubes secs ou héparinés selon les analyses.
Conservation rapide au froid pour certaines enzymes.
III.4.2. Techniques analytiques
Spectrophotométrie enzymatique : transaminases, PAL, GGT, bilirubine.
Immunoanalyse : pour certaines protéines spécifiques ou marqueurs viraux.
Électrophorèse des protéines plasmatiques : utile pour la recherche d’un syndrome
inflammatoire ou de troubles de synthèse.
III.4.3. Interprétation
Une élévation isolée des transaminases suggère une cytolyse hépatique.
Une augmentation des PAL, 5’nucléotidase et GGT oriente vers une cholestase.
Une hypoalbuminémie ou un allongement du temps de prothrombine indique une atteinte de la
fonction de synthèse.
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CONCLUSION
L’exploration biochimique des fonctions pancréatiques (endocrine et exocrine) et hépatobiliaire
constitue un pilier fondamental de la biologie clinique. Elle permet non seulement de poser un
diagnostic précis, mais aussi de surveiller l’évolution des maladies et d’ajuster les stratégies
thérapeutiques. Les progrès techniques ont rendu ces explorations plus accessibles, sensibles
et spécifiques. Face à la prévalence croissante de maladies comme le diabète, les pancréatites,
les hépatites ou les pathologies biliaires, il est crucial que les professionnels de santé maîtrisent
les outils biochimiques à leur disposition. Une connaissance approfondie de la physiologie de
ces organes, combinée à une lecture rigoureuse des résultats biologiques, permet une prise en
charge efficace et adaptée des patients.
Références bibliographiques
1.Recommandations HAS sur l’exploration de la pancréatite
2.Delhaye, M. et al. (2012). Pancreatic exocrine Function Test. Gastroenterology clinic
3. Collège des enseignants de Biologie Médicale (2021). Biochimie clinique.
4. Guyton, A.C. & Hall, J.E. (2021). Physiologie médicale.
5. Loria A. et al. (2019). Liver Function Tests: Clinical Use and Interpretation.
6. Recommandations de l’EASL (European Association for the Study of the Liver), 2023.
7. ADA (American Diabetes Association). Standards of Medical Care in Diabetes – 2024.
8. Holt RIG, et al. (2021). Textbook of Diabetes.