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Economie Du Territoire Chapitre 3

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Economie Du Territoire Chapitre 3

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CHAPITRE I : Chapitre 1 Le nouveau monde et

l’avènement du territoire comme variable clé du


développement :
Depuis les années 1970, la globalisation a profondément transformé le cadre traditionnel
des sciences sociales fondé sur l’État-nation. La circulation accrue des biens, des services et
de l’information a redéfini le rôle de l’espace et du territoire dans le développement. Ce
processus affaiblit le pouvoir centralisé des États au profit des acteurs locaux, comme les
collectivités territoriales. Le développement global repose désormais sur des dynamiques
territoriales spécifiques et différenciées, soulignant l’importance du territoire comme
variable clé du développement.

La fin dU monde « wesphaLien »d e L ’ internationalisation à La globalisation


de nouvelle donnes pour La Localisation des hommes et des activités
économiques :

La globalisation marque une rupture avec l’analyse classique en termes d’économie


internationale, fondée sur l’État-nation. Le passage d’une logique d’internationalisation à
une logique de mondialisation transforme les dynamiques économiques et spatiales. Les
firmes multinationales, soutenues par les TIC et les investissements directs étrangers,
fragmentent leur production à l’échelle mondiale, cherchant les combinaisons territoriales
les plus efficaces. Cette réorganisation entraîne une nouvelle géographie des activités,
concentrée autour des grandes métropoles, qui deviennent les moteurs du développement
global. Toutefois, la mondialisation n’efface pas les inégalités : elle repose sur une logique de
surintégration des territoires les plus compétitifs et de marginalisation des autres. Les
métropoles mondiales exercent un double pouvoir d’ancrage local et de connexion globale,
redéfinissant ainsi le rôle stratégique du territoire dans l’économie contemporaine.

 Carroué, L. (2012). L'économie géographique de la mondialisation. Paris : Armand


Colin.
 OCDE. (2006). Competitive Cities in the Global Economy. OECD Publishing.
La crise de l'État-nation :

La mondialisation contemporaine remet en cause les fondements historiques du système


international basé sur le modèle westphalien de l’État-nation. Bertrand Badie (1995) parle
de la « fin des territoires » pour désigner l’épuisement d’un modèle de gouvernance fondé
sur des entités politiques stables, fermées et souveraines, qui ont longtemps structuré les
relations internationales et les logiques économiques.

Cette vision a été consolidée historiquement par la pensée économique classique


(notamment Ricardo en 1817) avec la théorie des avantages comparatifs, qui reposait sur
une représentation des nations comme unités économiques complètes et distinctes. Mais ce
modèle est mis à mal par la montée en puissance des logiques globales : délocalisations
massives, fermetures d’usines, perte de contrôle des États sur les flux économiques, etc.

La sociologue Saskia Sassen (2009) propose un cadre théorique alternatif en soulignant


l’émergence du territory comme nouvelle logique organisationnelle. Ce territoire n’est plus
simplement géographique mais devient un espace fonctionnel où se redéploient d’anciennes
capacités institutionnelles et où de nouvelles formes de gouvernance apparaissent. Le
territoire devient un lieu stratégique de recomposition du pouvoir.

Dans ce contexte, on observe plusieurs mutations profondes :

1. Crise des pouvoirs :

 Au niveau national : désarticulation des institutions, montée de la technocratie,


affaiblissement des pouvoirs parlementaires.
 Au niveau supranational : fragmentation institutionnelle, absence de régulation
politique claire dans les instances comme l’OMC ou l’Union européenne.
 Émergence d’acteurs non institués : montée en puissance des multinationales, des
ONG, des experts et scientifiques, qui influencent les décisions publiques hors du
cadre étatique.
2. Crépuscule des souverainetés :

 La citoyenneté nationale décline au profit d’une citoyenneté de résidence, plus


enracinée localement ou internationalement.
 Le capitalisme global produit un « droit sans État », avec des formes d’organisation
économique indépendantes des souverainetés nationales :
o Zones franches (maquilladoras, triangles de croissance en Asie),
o Plus de 1 700 zones franches dans 133 pays employant des millions de
personnes, surtout en Chine.
 Les États-nations réagissent différemment à cette perte de contrôle :
o Réaffirmation souverainiste (États-Unis, Russie, Chine),
o Tentative de gouvernance supranationale (UE),
o Échec total de certaines structures étatiques (Haïti, Mali, Congo...).

3. Crise des sciences sociales

 Les sciences sociales ont été historiquement façonnées dans un cadre national rigide
(rationalité située).
 L’histoire et la géographie, par exemple, étaient des disciplines d’État, liées à la
souveraineté.
 Aujourd’hui, elles peinent à analyser un monde où les logiques de gouvernance et de
développement ne sont plus limitées aux frontières nationales.
 On observe un décalage entre les outils analytiques traditionnels et les réalités
complexes d’un monde globalisé, transversal et en mutation.

Le modèle westphalien de l’État-nation est remis en question à la fois par le haut


(globalisation, institutions internationales) et par le bas (territoires, acteurs privés, ONG).
L’État est devenu inadapté : trop petit pour traiter les enjeux globaux (climat, finance,
technologie), trop grand pour répondre aux besoins locaux (logement, éducation, santé de
proximité). Cette transition appelle une refondation des cadres théoriques et institutionnels
pour penser le politique à l’échelle des nouvelles réalités territoriales et fonctionnelles du
monde globalisé.
Badie, B. (1995). La fin des territoires. Essai sur le désordre international et sur l'utilité sociale
du respect. Paris : Fayard.

 Sassen, S. (2009). Territory, Authority, Rights: From Medieval to Global Assemblages.


Princeton University Press.
 Bell, D. (1995). The Coming of Post-Industrial Society. Basic Books.

La montée en puissance des institutions territoriales

Le capitalisme mondial contemporain repose de plus en plus sur l’interaction entre flux
économiques globalisés et dynamiques territoriales localisées. Ce croisement génère des
configurations diverses, dans lesquelles les institutions étatiques sont amenées à intervenir
selon des formes nouvelles, redéfinissant leur rôle dans les politiques de développement.

1. Une gouvernance territorialisée dans les pays développés

Des exemples concrets illustrent cette tendance :

 Aux États-Unis, la montée de l’internationalisation économique s’accompagne d’une


forte décentralisation. Les initiatives locales (États, comtés, villes) complètent les
grandes orientations fédérales, dans une logique de coopération : l’« économie-
territoire » y apparaît comme un nouvel avatar du capitalisme américain
(Dommergue, 1986, 1988).
 En Allemagne (Länder) et en Espagne (communautés autonomes), les entités
régionales jouent également un rôle stratégique croissant.
 En France, les lois de décentralisation ont fortement renforcé le pouvoir des régions,
des intercommunalités et des "pays". Ce mouvement se reflète dans :
o la hausse de la part des recettes locales dans le PIB (de 4 % à 11,6 % entre
1980 et 2010),
o la prédominance des investissements locaux (71 % de la FBCF publique en
2010),
o l’intégration de 96 % des communes dans des groupements à fiscalité propre,
représentant 90 % de la population.
Toutefois, les territoires pertinents pour les décisions stratégiques ne coïncident pas
toujours avec les limites administratives actuelles, ce qui conduit à des formes variées de
réorganisation (nouvelles autorités, échelons intermédiaires, accords informels).

2. Des interventions territoriales élargies et stratégiques

Les collectivités locales développent désormais des actions de développement sur des
champs très larges :

 développement économique,
 urbanisme et aménagement,
 emploi, formation,
 animation et communication territoriale.

Elles jouent un rôle actif auprès des entreprises, non plus en fournissant seulement des
infrastructures ou des aides, mais en assurant des fonctions avancées comme :

 veille et prospective,
 construction d’une offre territoriale spécifique articulée autour des compétences et
de l’excellence locale.

Le développement territorial repose ainsi sur :

 l’intégration économique locale (entreprises en réseau),


 la structuration de systèmes ressources (formation, recherche, services de soutien),
 des politiques différenciées, adaptées à la position de chaque entreprise dans les
chaînes de valeur.

3. Vers une nouvelle conception de l’action publique

L’approche traditionnelle, centrée sur des entreprises prises individuellement, est dépassée.
L’enjeu réside désormais dans une gouvernance territoriale en réseau, fondée sur :

 une approche collective des besoins,


 l’adaptation permanente à des environnements économiques mouvants,
 l’accompagnement de la transformation continue des entreprises.
Le territoire devient ainsi un espace stratégique d’organisation, d’animation et de pilotage
du développement, capable de répondre aux mutations du capitalisme mondialisé.

La montée en puissance des institutions territoriales reflète une profonde mutation de la


gouvernance économique : les collectivités locales deviennent des acteurs centraux du
développement, dans un monde où l’État-nation seul ne suffit plus à maîtriser les
dynamiques économiques. Le territoire, loin d’être une simple échelle administrative,
devient un lieu de production d’intelligence, de ressources et de coordination stratégique.

Questions de gouvernance et nouveaux défis

1. Une gouvernance mondiale face à la globalisation

Face aux défis croissants de la mondialisation, un nouveau système de gouvernance


multiscalaire émerge :

 Prolifération d’institutions internationales : G7, G8, G20, FMI, Banque mondiale,


OMC, OCDE, etc.
 Explosion du nombre d’ONG (x25 depuis 1960), agissant sur des domaines variés :
environnement, droits humains, développement économique, santé, etc.
 Ces acteurs interviennent à l’échelle mondiale, mais leurs actions ont souvent un
ancrage local très fort.

2. L’internationalisation des collectivités territoriales

Les collectivités locales jouent un rôle croissant dans les relations internationales :

 Leur légitimité institutionnelle, acquise via la décentralisation (ou le fédéralisme),


leur permet d’agir parfois en opposition aux États centraux, notamment sur les
OGM ou le climat (ex. : actions de la Californie).
 Elles participent activement à des débats internationaux, notamment en lien avec :
o la lutte contre la pauvreté,
o les enjeux migratoires et d’intégration,
o la coopération territoriale décentralisée, qui repose sur des partenariats
d’égal à égal entre territoires ayant des problématiques communes.
Cette internationalisation territoriale traduit l’imbrication croissante du local et du global,
où les élus doivent penser l’action locale dans un cadre mondial.

3. Le développement durable, un moteur de relocalisation

Le développement durable devient un levier de renforcement du rôle des territoires :

 Il impose de nouvelles formes de proximité :


o géographique : circuits courts, traçabilité alimentaire, énergies renouvelables
locales,
o organisationnelle : coordination entre acteurs territoriaux,
o institutionnelle : décentralisation, participation citoyenne.
 Il s’accompagne d’une éthique de production et de réduction des distances entre
production et consommation.

4. Le territoire, espace-clé du développement durable

Le territoire devient l’unité centrale de la mise en œuvre du développement durable :

 L’échelle locale (commune, village, communauté) est souvent la plus pertinente pour
gérer l’environnement.
 Mais des échelles plus larges (intercommunalité, pays, bassins géographiques
comme la Méditerranée) sont nécessaires pour coordonner les politiques à des
enjeux régionaux communs.

Les enjeux environnementaux transforment la finalité de l’aménagement du territoire :

 On passe d’une logique de croissance économique à une logique de durabilité, de


cohésion sociale et de préservation des ressources.

5. Vers une gouvernance territoriale durable

Les territoires deviennent des laboratoires d’innovation durable, portés par :

 la décentralisation (notamment en France depuis 1982),


 les Agendas 21 locaux,
 les mobilisations citoyennes.

Selon N. Buclet (2011), les initiatives territoriales fondées sur la proximité, la démocratie
participative et le renforcement des capacités locales pourraient permettre d’ancrer des
comportements compatibles avec la durabilité.

6. La résilience territoriale comme capacité d’adaptation

Une notion récente vient enrichir la réflexion : la résilience des territoires (Hamdouch et al.,
2012) :

 Les territoires seraient capables de résister, s’adapter et anticiper face aux chocs
(économiques, environnementaux, sociaux).
 Ils peuvent ainsi construire de nouvelles trajectoires de développement, plus
durables et inclusives.

Le « territoire effet » agit comme un levier d’externalités positives, en favorisant


l’innovation, les synergies locales et les formes collectives d’organisation.

Cette idée est soutenue par les travaux sur :

 les clusters,
 les districts industriels,
 les systèmes productifs localisés,
 les learning regions,
 et les pôles de compétitivité.

Dans un monde globalisé et confronté à des défis environnementaux majeurs, les territoires
deviennent des acteurs centraux du développement durable et de la gouvernance globale.
Leur capacité d’innovation, de résilience et de coopération fait d’eux des leviers essentiels
pour penser un développement plus équitable, plus localisé et plus soutenable.
CHAPITRE II

1) Une pensée économique initialement "hors sol"

 L’économie classique et néoclassique a longtemps ignoré l’espace. Elle considérait


que les activités économiques se déroulaient dans un espace abstrait, sans distances
ni frictions géographiques (Isard, 1960).
 Cette vision trouve son origine dans l’économie anglo-saxonne, marquée par le
commerce maritime, peu sensible aux coûts de distance.
 En revanche, l’Allemagne, confrontée à des coûts terrestres, a été pionnière dans
l’introduction de l’espace dans l’analyse économique.

2. Les limites de l’approche classique

 L’économie spatiale est restée marginale par rapport au cœur de la théorie


économique.
 L’espace est souvent traité comme un paramètre extérieur, alors qu’il devrait être
intégré dans les mécanismes économiques fondamentaux (Aydalot, 1976).

3. Trois conceptions principales de l’espace en économie

➤ L’espace comme distance

 Approche fondée sur la localisation optimale des activités.


 Modèle d’Alfred Weber : localiser une entreprise pour minimiser les coûts de
transport. Prend en compte :
o Les coûts de transport des matières premières et des produits finis.
o La main-d'œuvre bon marché.
o Les économies d’agglomération.
 Théories de la concurrence spatiale : les distances permettent une coexistence
d’entreprises offrant des prix différents.
 Économie des transports : cherche à minimiser les coûts liés à la distance.
➤ L’espace comme surface

 L’espace devient une zone d’interactions et de flux (modèles de gravité, d’attraction).


 Exemple : loi de Reilly (1931) : une grande ville attire plus qu’une petite, même si elle
est plus éloignée.
 L’analyse s’intéresse aussi à la propagation de la croissance ou des crises d’un
territoire à un autre.

➤ L’espace comme lieu

 Chaque point géographique possède des caractéristiques propres : salaires, fiscalité,


infrastructures, etc.
 Cela renforce l’importance des territoires et de leur ancrage local.

4. L’espace polarisé et la planification territoriale

 F. Perroux (1950) : théorise l’espace polarisé, structuré autour de pôles de croissance


(industries d’amont).
 Ces pôles exercent des effets d’entraînement sur les régions environnantes.
 Cette logique a inspiré les politiques de développement régional et les zones
d’aménagement planifiées.

5. Apports de la Nouvelle Économie Géographique (NEG)

 Développée dans les années 1990 (notamment par Paul Krugman).


 Intègre rendements d’échelle croissants, coûts de transport et mobilité imparfaite
dans des modèles formalisés.
 Explique la concentration spatiale des activités économiques et les disparités
régionales.
 Cherche à unifier économie spatiale et économie générale.

L’analyse économique de l’espace vise à intégrer l’espace dans les raisonnements


économiques. Longtemps négligée, elle a progressivement gagné en importance grâce à
l’étude des localisations, des flux et des dynamiques territoriales. La Nouvelle Économie
Géographique offre aujourd’hui un cadre plus rigoureux pour comprendre la géographie des
activités économiques, mais des défis demeurent pour intégrer pleinement la complexité
territoriale dans les modèles économiques.

L’agglomération et la nouvelle économie géographique

1. Renouvellement de l’analyse spatiale


o La « nouvelle économie géographique » (NEG) analyse la concentration des
activités économiques dans un nombre réduit d’agglomérations urbaines.
o Elle cherche à expliquer la spécialisation économique des territoires.
o Paul Krugman est le principal théoricien de cette approche.
2. L’apport de Krugman
o Dans Geography and Trade (1991), Krugman s’inspire des économies externes
d’Alfred Marshall : marché du travail commun, fournisseurs spécialisés, et
effets technologiques diffus.
o Il relie agglomération et commerce, soulignant le rôle des rendements
croissants et des trajectoires historiques.
o Le « verrouillage » territorial (path dependency) peut stimuler ou freiner le
développement régional.
3. Limites de la théorie de Krugman
o Elle néglige les institutions, les relations sociales, l’effet pro-compétitif, et la
territorialité concrète.
o La formalisation mathématique exclut les externalités cognitives (savoir-faire,
coopération).
o La NEG présente une vision simplifiée du territoire : elle ignore les
dynamiques propres à l’économie territoriale, fondée sur des acteurs situés.

Les déterminants de l’agglomération spatiale

1. Arbitrage entre rendements d’échelle et coûts de transport


o Les économies d’échelle poussent à la concentration.
o Les coûts de transport élevés incitent à la dispersion.
o L’implantation résulte d’un arbitrage entre ces deux forces.

2. Externalités d’agglomération
o Les effets externes liés à la proximité d’autres entreprises renforcent la
logique d’agglomération (Maurel & Sédillot, 1997).
o Leur origine remonte à Marshall, qui distingue :
 Économies internes : liées à la taille de l’entreprise.
 Économies externes : liées à l’environnement économique local,
communes à toutes les firmes.
3. Typologie des externalités (Hoover, 1936)
o Externalités de localisation : spécifiques à un même secteur (partage d’idées,
main-d'œuvre spécialisée, fournisseurs).
o Externalités d’urbanisation : communes à tous les secteurs (infrastructures,
demande locale, main-d’œuvre qualifiée).

Nature et types d’externalités

1. Définitions
o Externalités pécuniaires : effets transmis via les prix (marché).
o Externalités technologiques : effets directs, non médiatisés par les prix
(défaillance de marché).
2. Rôle spatial
o La proximité géographique favorise l’exploitation des externalités.
o Cela justifie la concentration sectorielle ou urbaine des firmes.
3. Implication pour le développement
o Les externalités sont au cœur des théories des pôles de croissance et du
développement régional.
o Elles soutiennent l’idée d’un développement fondé sur la coordination
spatiale des activités.
Dépasser la vision économique classique de l’espace

La conception traditionnelle de l’espace repose sur trois dimensions techniques :

 Économies d’échelle
 Coûts de transport
 Économies d’agglomération

Dans cette vision, l’espace est un support optimisé par la proximité, réduisant les coûts et
favorisant la concentration des ressources (modèle de l’agglomération). Mais cela ne suffit
pas à définir un territoire.

Vers une définition plus riche du territoire

 Le territoire ne se limite pas à une surface géographique :

 Il est habité, organisé, chargé de sens


 C’est une construction sociale, historique et politique
 Il s’analyse comme un système vivant, structuré par des rapports sociaux évolutifs

Approches pluridisciplinaires évoquées :

 Géographie sensible (Frémont, Debarbieux)


 Approche sociologique (Marié, Di Méo)
 Rapports de pouvoir (Raffestin, Harvey)

 Le territoire comme système complexe

Le territoire est :

 Ouvert et interconnecté
 Non linéaire : les effets ne découlent pas mécaniquement des causes
 Composé de relations dynamiques entre acteurs, soumis à des aléas et rétroactions
Il est tissé d’interactions sociales et implique coordination, mémoire collective,
apprentissage, et intentionnalité (projet partagé).

 Trois dimensions du territoire :

1. Proximité fonctionnelle → Avantages liés aux interactions (externalités, réduction


des coûts)
2. Capital relationnel → Réseau d’acteurs et de savoirs partagés
3. Système de gouvernance → Acteurs publics/privés coopérant dans un cadre formel
ou informel

Le territoire est un objet complexe, collectif et politique, bien au-delà des outils
économiques classiques.
Il incarne une logique d’action collective, régulée par des institutions sociales, et doit être
pensé comme un système vivant ancré dans un contexte géographique, humain et
historique spécifique.

CHAPITRE III :
L’économie territoriale : un ensemble théorique en
cours de constitution
L’économie territoriale constitue un champ théorique en pleine construction qui renouvelle
profondément la manière d’appréhender l’espace dans l’analyse économique. Depuis une
vingtaine d’années, cette approche considère le territoire non plus comme un simple cadre
spatial neutre, mais comme un acteur dynamique et contextuel des processus économiques
et sociaux. Elle intègre des facteurs qualitatifs – sociaux, institutionnels et culturels – qui
structurent les sociétés territoriales, dépassant ainsi les approches classiques fondées sur un
espace homogène et abstrait.

Ce courant, à l’origine d’un ensemble théorique encore inachevé, rassemble des chercheurs
partageant la volonté de dépasser les cadres analytiques traditionnels et d’explorer les «
enseignements du local » dans un contexte marqué par la mondialisation et l’importance
croissante de la proximité. L’économie territoriale entend ainsi fonder le territoire comme
une catégorie analytique centrale, qui nécessite une prise en compte fine des dynamiques
organisationnelles et socio-institutionnelles propres aux territoires.

L’émergence de cette nouvelle économie spatiale est liée aux mutations économiques
majeures des dernières décennies. Comme le souligne Davezies (2012), à l’aune des crises
contemporaines, le territoire est désormais reconnu comme un facteur essentiel de la
croissance et du développement, impliquant des remises en question tant sur le plan
intellectuel que dans les politiques publiques. Cette évolution s’appuie notamment sur deux
axes d’analyse principaux : une approche par l’offre, qui met l’accent sur le rôle du territoire
dans la coordination des activités économiques et l’innovation, et une approche par la
demande, plus récente, qui renouvelle la théorie de la base économique des territoires.

Matteaccioli, A. (2004). Synthèse sur Ph. Aydalot et l’économie territoriale.


Davezies, L. (2012). La nouvelle grammaire de l’économie et le territoire.

l’approche par l’offre : districts industriels, systèmes productifs localisés et


développement endogène :
L’approche par l’offre dans l’économie territoriale s’appuie sur le concept de district
industriel, initialement développé par Alfred Marshall à la fin du XIXe siècle. Marshall a
souligné les avantages liés à la concentration géographique d’entreprises, favorisant la
transmission des savoirs et des techniques au sein d’un même territoire. Ce modèle se
manifeste par un réseau de petites entreprises coexistantes avec des productions à plus
grande échelle.

Dans les années 1970-2000, Becattini a renouvelé ce concept à travers l’expérience


italienne, en insistant sur le caractère économique et social du district industriel. Il définit le
district comme une communauté locale où s’articulent des interactions économiques entre
entreprises techniquement liées, mais aussi des valeurs culturelles communes qui
structurent les relations sociales et limitent les conflits d’intérêts. Cette dimension
socioculturelle constitue un patrimoine local spécifique qui influence l’efficacité productive,
par-delà les seuls facteurs économiques classiques.

Le district industriel fonctionne comme un système intégré, couvrant l’ensemble du cycle


productif et s’appuyant sur une coordination informelle et non hiérarchique des activités.
L’exemple de Prato illustre cette organisation où la production est soutenue par un large
éventail de services spécialisés. Par ailleurs, les liens sociaux forts (famille, voisinage,
rapports professionnels) jouent un rôle fondamental dans la stabilité et la coopération entre
entreprises, phénomène qualifié de « construction sociale du marché ».

Ainsi, le district industriel conjugue modernité technologique et structures sociales


traditionnelles, offrant un cadre propice au développement endogène fondé sur la
concentration territoriale des ressources humaines, du capital et des savoir-faire.

 Marshall, A. (fin XIXe siècle). Principes d’économie industrielle.


 Becattini, G. (1979, 1987, 2000). Le district industriel italien : économie et société.

Le Système Productif Localisé (SPL) — De la définition au modèle Contexte et


origine :
Le concept de SPL s’est développé à partir des travaux sur les districts industriels italiens,
mais s’est étendu à d’autres pays d’Europe comme la France, l’Espagne et le Portugal, où des
formes similaires d’organisations productives localisées existent. Ces systèmes apparaissent
en plusieurs vagues, liées à l’histoire industrielle et à la géographie spécifique de chaque
territoire.

Domaines d’application :
Le champ d’étude du SPL dépasse la seule production manufacturière pour inclure les
espaces ruraux, les services, le tourisme, et notamment les systèmes agroalimentaires
localisés (SYAL). Ces derniers valorisent les ressources locales et créent des liens forts entre
territoire et production, par exemple avec les appellations d’origine contrôlée (AOC).

Fonctionnement et caractéristiques générales :


Un SPL est un regroupement d’unités productives (entreprises industrielles, services, centres
de recherche, formation, etc.) sur un territoire restreint, entretenant des relations
d’intensité variable. Ces relations sont diverses : formelles ou informelles, marchandes ou
non, portant sur des flux matériels, humains, technologiques ou de connaissances. La notion
clé est que la proximité géographique seule ne suffit pas à définir un SPL, il faut aussi un
système de coopération, d’appartenance et d’histoire collective.

Les 3 critères fondamentaux du SPL — Le "triangle magique"

1. Agglomération spécialisée d’établissements :


o Forte concentration géographique d’entreprises liées à un secteur dominant.
o Exemple : vallée de l’Arve en France (décolletage), ville de Biella en Italie
(textile).
2. Coopération entre producteurs :
o Collaboration consciente entre entreprises malgré la concurrence.
o Modalités : conventions sur les prix, gestion commune des ressources,
formation partagée, institutions d’arbitrage, pratiques communes, etc.
3. Complémentarité entre entreprises :
o Les unités productives occupent différentes étapes d’une même filière, créant
une division du travail productive et une interdépendance économique.
4. Compétences distinctives :
o Présence de savoir-faire, technologies, ou réseaux spécifiques qui donnent un
avantage concurrentiel durable.
o Ces compétences sont collectives et territorialisées, par exemple le fromage
de Parme ou la soie de Côme.

Synthèse

Le SPL est une forme d’organisation économique territorialisée efficiente où la coopération,


la complémentarité et les compétences distinctives se conjuguent dans une agglomération
spécialisée. Ce modèle permet aux territoires concernés de développer une identité
économique forte, de défendre leurs intérêts, et de créer des dynamiques de
développement local ancrées dans l’histoire et les ressources propres du lieu.

Le Système Productif Localisé (SPL)

Le concept de Système Productif Localisé (SPL) s’inscrit dans la continuité des travaux sur les
districts industriels italiens et s’est étendu à d’autres contextes géographiques et secteurs
économiques. Ces systèmes correspondent à des organisations productives localisées où une
forte concentration d’entreprises spécialisées dans un même secteur coexiste sur un
territoire restreint, avec des liens intenses entre elles.

Le SPL se caractérise par trois critères principaux, souvent représentés sous la forme d’un
triangle magique :

1. Agglomération spécialisée : une concentration significative d’établissements sur un


territoire limité, partageant une spécialisation économique forte (ex : vallée de l’Arve
en France, Biella en Italie).
2. Coopération : des entreprises concurrentes qui développent néanmoins des
mécanismes de collaboration (partage des ressources, règles communes, institutions
d’arbitrage) pour renforcer leur compétitivité collective.
3. Complémentarité et compétences distinctives : une interdépendance entre
entreprises liées par une division du travail au sein d’une filière et un ensemble de
savoir-faire et ressources spécifiques, conférant un avantage concurrentiel au
système (ex : appellations d’origine contrôlée, savoir-faire localisés).
Le SPL dépasse la simple proximité géographique. Il s’appuie sur une histoire locale, des
règles partagées, et une identité collective qui rendent ces systèmes robustes et durables.
Ce modèle s’applique aussi bien à l’industrie manufacturière qu’aux services, au tourisme ou
à l’agroalimentaire, illustrant l’importance du territoire dans le développement économique
localisé. de :
L’Économie Territoriale : un ensemble théorique en cours de constitution, in Le Système
productif localisé (SPL) – De la définition au modèle, extrait de travaux analysant les districts
italiens et leurs extensions en Europe (Courlet, 2001 ; Bocquet, 2008 ; Marcelpoil et François,
2008).

Développement endogène et industrialisation naissante : une autre lecture


du développement

Le développement endogène propose une lecture territoriale de l’industrialisation, en


soulignant le rôle fondamental des dynamiques locales dans la croissance économique. Dès
le XIXe siècle, la petite production localisée (proto-industrialisation, districts industriels) a
été un moteur de développement, comme l’avaient pressenti Marshall et confirmé des
travaux historiques récents. Depuis les années 1980, cette approche a été renouvelée,
notamment par Garofoli, en combinant les apports de Marshall (localisation) et Hirschman
(processus cumulatif). Le développement devient un processus long, enraciné dans les
réalités sociales, culturelles et historiques locales, et difficilement transférable. Il repose sur
une interaction étroite entre sphère économique et sphère sociale, mobilisant un ensemble
d’acteurs territoriaux sans leadership unique. Ce modèle s’oppose aux approches
centralisées et met en avant une industrialisation progressive, dite « sans fracture »,
adaptée aux contextes locaux, y compris dans les pays du Sud.

Systèmes productifs localisés et industrialisation naissante dans les pays du


Sud :
Dans les pays en développement, une forme d’industrialisation localisée fondée sur les
savoir-faire artisanaux, les ressources locales et les dynamiques sociales émerge depuis les
années 1980. Contrairement aux visions anciennes qui associaient artisanat et retard
économique, ces systèmes productifs localisés (SPL) sont désormais reconnus comme
moteurs potentiels du développement (Scott, 2001 ; Schmitz & Nadvi, 1999). Ils s’appuient
sur des concentrations de petites entreprises, souvent enracinées dans des réseaux sociaux
forts (famille, ethnie, quartier, etc.), et favorisent la mutualisation des équipements, la
diffusion des compétences, ainsi que l’émergence d’un entrepreneuriat ordinaire. Ce modèle
permet de réduire les besoins en capital, d’amortir les risques et de stimuler l’innovation
locale, souvent par réappropriation des savoirs traditionnels (Fejjal, 2006 ; Nguyen Quy Nghi,
2009). Le développement localisé devient ainsi un processus endogène, porté par les acteurs
locaux et soutenu par des politiques publiques et des institutions internationales (Vazquez-
Barquero, 2002). Il repose sur trois leviers essentiels : connaissances exogènes, cadre
institutionnel adapté et demande locale (Sassu, 2001).

L’approche par L’offre : L’innovation par Le territoire

L’approche par l’offre met en lumière le rôle central de l’innovation territoriale dans le
développement économique. Au-delà des externalités classiques propres aux districts
industriels, cette approche insiste sur l’importance des externalités cognitives, issues des
réseaux de connaissances localisés. En effet, malgré les avancées technologiques, les
connaissances tacites – souvent les plus précieuses – demeurent difficiles à transmettre à
distance et nécessitent une proximité géographique pour circuler efficacement (Lundvall,
1992 ; Polanyi, 1966). Cela explique pourquoi les milieux innovateurs – comme la Silicon
Valley, Grenoble ou le Jura suisse – concentrent des activités à haute intensité en savoir, en
raison de la densité des interactions et de l’apprentissage collectif.

Dans ce cadre, la proximité spatiale entre entreprises, universités, centres de recherche et


institutions joue un rôle décisif pour favoriser les échanges d’idées, la recherche
collaborative et l’innovation continue. L’émergence de l’économie de la connaissance a
renforcé cette perspective en montrant que le savoir est désormais la ressource clé,
supplantant le capital physique ou les ressources naturelles dans les dynamiques de
croissance (Foray, 2000). Ainsi, les territoires deviennent des espaces stratégiques pour
attirer les talents, structurer des écosystèmes innovants et porter des trajectoires de
développement endogènes et durables (Asheim & Gertler, 2005).

La théorie des milieux innovateurs

La théorie des milieux innovateurs, développée notamment par Ph. Aydalot et le Groupe de
recherche européen sur les milieux innovateurs (GREMI), considère le progrès technique
comme un phénomène endogène et territorialement contextualisé, remettant en cause
l’idée d’une innovation universelle applicable partout de la même manière. L’innovation est
vue comme la création d’un milieu spécifique, fruit de l’expérience locale et de l’inventivité
des acteurs en lien avec le développement territorial.

Cette approche s’inscrit dans la continuité de la théorie évolutionniste du changement


technique (Nelson et Winter, 1982 ; Dosi et al., 1988), où le progrès technologique est un
processus évolutif, cumulatif, non linéaire, marqué par la dépendance au chemin suivi et par
des effets de verrouillage technologique. L’innovation ne peut donc être réduite à une
simple adoption de technologies existantes, mais résulte d’un apprentissage local et
collectif.

La proximité géographique joue un rôle central dans l’apprentissage et le transfert de


connaissances tacites, difficiles à codifier, facilitant des interactions riches entre acteurs.
Cette territorialité permet de réduire l’incertitude à laquelle font face les entreprises
innovantes, en mutualisant des fonctions coûteuses à gérer isolément (veille, contrôle
qualité, R&D).

Ainsi, le milieu innovateur apparaît comme un système local d’acteurs interconnectés, où la


dynamique sociale, politique et économique du territoire précède et façonne les entreprises
innovantes. L’innovation est donc le produit d’un contexte territorial spécifique, avec des
interactions sociales durables qui favorisent la création et la diffusion technologique.

 Aydalot, Ph. (1986). Milieux innovateurs en Europe. GREMI.


L’économie de la connaissance et le territoire

L’économie de la connaissance s’inscrit dans la société contemporaine où la production et


l’appropriation de connaissances sont centrales pour la croissance et le développement. La
théorie des milieux innovateurs se concentre sur le processus d’innovation sans s’attacher à
une seule conception économique, tandis que la notion de learning region (région
apprenante) s’enracine dans la learning economy nordique, qui met l’accent sur la
connaissance et l’apprentissage territorialisés.

Dans ce contexte, les régions intelligentes (smart regions) jouent un rôle clé, dépassant le
simple transfert de politiques nationales vers le niveau régional. Ces régions se distinguent
par trois processus majeurs (Maillat et Kébir, 2006) :

 la territorialisation de l’innovation, fondée sur des effets de proximité et un cadre


institutionnel favorable (règles, confiance) ;
 la territorialisation des entreprises, souvent via des formes organisationnelles
horizontales comme les districts industriels ;
 un apprentissage complexe comprenant quatre composantes :
o learning interactif (partage des connaissances pour innover),
o learning institutionnel (rôle des institutions formelles et informelles dans la
stabilité des interactions),
o learning organisationnel (mobilisation collective des connaissances),
o learning by learning (apprentissage cumulatif renforçant les liens au
territoire).

Par ailleurs, la ville occupe une place stratégique dans la nouvelle économie globale (Sassen,
1991). Les agglomérations urbaines dynamiques sont dotées d’infrastructures « dures »
(universités, laboratoires, centres technologiques) et « molles » (réseaux sociaux, attractivité
du capital humain intellectuel). Ces environnements urbains constituent des systèmes
productifs spécifiques, appelés clusties (Gaschet et Lacour, 2007) : des systèmes territoriaux
urbains combinant diversité économique, organisation et réseaux pour construire des
avantages compétitifs internationaux.
Ainsi, l’économie territoriale relie étroitement innovation, apprentissage et environnement
urbain, soulignant la nécessité de combiner externalités technologiques et externalités
métropolitaines pour comprendre la dynamique territoriale de la connaissance.

L’approche par la demande et l’économie résidentielle :

La théorie classique de la base économique est réactualisée par des auteurs comme
Davezies (2008) et Davezies & Talandier (2009), qui montrent que le territoire n’est pas
seulement un lieu de production économique, mais aussi un cadre de vie. L’économie locale
se divise en deux secteurs :

 un secteur basique qui attire des revenus de l’extérieur et stimule la croissance (ex.
exportations, salaires publics, tourisme, transferts sociaux) ;
 un secteur non basique qui répond à la demande locale.

Quatre types de revenus basiques sont identifiés :

1. Base productive privée (ventes à l’extérieur)


2. Base publique (salaires des fonctionnaires)
3. Base résidentielle (revenus liés à la résidence de retraités, touristes, émigrés)
4. Base sanitaire et sociale (transferts sociaux et remboursements de soins)

En France, la base résidentielle représente la majorité des revenus territoriaux, plus que la
base productive. Cela montre l’importance de l’attractivité résidentielle dans le
développement local, souvent liée à la consommation et aux modes de vie plutôt qu’à la
production industrielle. Davezies (2012) identifie ainsi quatre types de territoires selon leur
dynamisme marchand ou non marchand.

Cette analyse souligne que les territoires résidentiels ne peuvent exister sans les territoires
productifs qui génèrent les revenus. La relation entre eux peut être à la fois conflictuelle
(parasitage) ou synergique. Elle invite à dépasser l’opposition classique en considérant des
territoires mixtes où résidentiel et productif cohabitent et interagissent.

 Davezies, L. (2008). La théorie de la base économique réactualisée.


Villes et territoires créatifs, innovation et nouvelle économie :

L’économie contemporaine a profondément changé par rapport au modèle dominant du


XXe siècle. Ce nouveau modèle, appelé « spécialisation flexible » (Piore et Sabel, 1984), «
capitalisme cognitif » (Moulier Boutang, 2007) ou « économie culturelle cognitive » (Scott,
2007), se caractérise par une forte présence d’information, d’innovation continue et une
grande importance du capital humain qualifié.

Les travailleurs de cette économie ont des compétences analytiques, créatives, sociales et
technologiques, allant de la haute technologie à la culture et l’art. Cette économie cognitive
combine souvent l’innovation scientifique et technique avec la créativité artistique.

La créativité est vue comme la capacité à générer et organiser des idées originales,
favorisant l’innovation territoriale. Elle doit être encouragée dès l’éducation initiale via des
méthodes moins magistrales et plus ouvertes.

Ces transformations concernent surtout les grandes métropoles, mais aussi des villes
moyennes et petites, parfois appelées « villes créatives » ou « territoires créatifs », qui
deviennent des lieux d’innovation et d’expérimentation économique et culturelle.

 Piore, M., & Sabel, C. (1984). Spécialisation flexible.


 Moulier Boutang, Y. (2007). Le capitalisme cognitif.

Les territoires de la créativité :

La notion de ville créative ou de territoire créatif repose sur l'idée que certains territoires
peuvent être une ressource pour les industries culturelles et toutes les activités créatrices
(Vivant, 2009). La créativité, c’est la capacité d’innover, d’imaginer et de créer du neuf. Un
territoire créatif se caractérise par une population qui partage cette capacité créative, quelle
que soit son origine ou sa fonction (Cordobes et Ducret, 2010).

Un débat central autour de cette notion est la théorie de la « classe créative » de Richard
Florida (2002), qui identifie un groupe d’individus (artistes, scientifiques, professionnels)
dont la présence dans une ville favorise son développement économique. Ces villes attirent
la classe créative grâce à un cadre de vie agréable, ouvert et tolérant.

Une autre approche vient de l’école italienne des districts industriels, avec le concept de
district culturel où la création et le partage des savoirs jouent un rôle clé (Sacco et Ferilli,
2006). Le succès de ces territoires dépend de leur capacité à innover, à offrir une bonne
qualité de vie, et à encourager l’apprentissage et l’entrepreneuriat.

Ambrosino et Guillon (2009) proposent une synthèse en trois axes pour comprendre la ville
créative :

 La gouvernance : gestion territoriale intégrée et transversale.


 La consommation : présence et attractivité pour la classe créative.
 La production : dynamisme des industries culturelles et créatives (Scott, 2007).

Le territoire créatif est donc un écosystème qui facilite l’innovation à travers la présence
d’individus créatifs, d’industries créatives, et d’un lien fort entre culture et territoire
(Cordobes et Ducret, 2010).

Florida distingue trois sous-groupes dans sa classe créative :

 Le creative core (chercheurs, ingénieurs, artistes).


 Les creative professionals (médecins, cadres, managers).
 Les creative bohemians (artistes, artisans, journalistes).

En France, la part de cette classe créative dans l’emploi total varie selon les études entre 16
% et 25 % (Insee, 2006), avec une concentration plus forte dans les métropoles comme Paris,
Grenoble ou Toulouse (Chantelot, 2010).

Les industries créatives regroupent des secteurs comme les arts, la mode, la publicité, le
tourisme, et sont importantes pour la richesse économique et l’attractivité des territoires
(Bouquillon et al., 2010). Elles contribuent à améliorer la qualité de vie et à attirer des
populations créatives (Landry, 2011 ; Guesnier, 2006).
Ainsi, un territoire créatif est plus qu’un simple lieu avec des éléments culturels : c’est un
espace où la créativité est une culture collective, soutenue par un projet territorial
impliquant ses habitants et acteurs.

 Vivant, E. (2009).
 Cordobes, M. & Ducret, R. (2010).
 Florida, R. (2002). The Rise of the Creative Class.
 « La ville et le territoire comme champs créatifs ou les résonances culturelles des
lieux » :
 La culture est souvent vue comme un domaine privilégié de la créativité, où
l’imagination humaine se manifeste librement pour créer des expressions nouvelles.
Scott (2010) souligne l’importance des réseaux transactionnels très denses au sein
des pôles « marshalliens » des industries créatives, similaires à ceux des milieux
technologiques, mais plus intenses en raison de l’instabilité et de l’insécurité propre à
ces secteurs.
 Scott met aussi en avant la spécificité du marché local du travail dans ces milieux
urbains : les travailleurs hautement qualifiés et créatifs se côtoient fréquemment
dans leurs lieux de travail et quartiers, et le travail, souvent organisé en projets
multidimensionnels, favorise la flexibilité, la synergie des compétences, ainsi que
l’investissement dans des réseaux sociaux au-delà du cadre professionnel.
 La ville et le territoire sont alors considérés comme des champs créatifs et des
résonances culturelles, qui ne sont pas que des espaces d’agrégation industrielle
mais aussi des réservoirs de savoirs, traditions, souvenirs et images. Par exemple, des
formes culturelles locales comme le théâtre londonien, le cinéma hollywoodien ou la
musique de Nashville sont des expressions uniques, nourries d’une histoire
accumulée (Scott, 2010).
 Contrairement aux villes industrielles classiques, les territoires créatifs sont des
espaces où le travail, les loisirs et la vie sociale interagissent de manière symbiotique.
Les territoires qui réussiront seront ceux qui combineront les trois « T » de Richard
Florida : talents, technologies et tolérance, en restant ouverts, audacieux et
innovants.
Scott, A. J. (2010). La ville et le territoire comme champs créatifs ou les résonances
culturelles des lieux, dans L’économie territoriale.

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