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Unicaf Part 2

Le document présente une analyse du système de santé haïtien, soulignant ses défis structurels, son faible financement et l'inefficacité de la gouvernance. Il propose un modèle de système de santé idéal basé sur les meilleures pratiques internationales, visant à garantir l'accès universel, la qualité des soins et une répartition équitable des ressources. L'approche suggérée inclut des réformes stratégiques et l'adoption de modèles de financement innovants pour améliorer la santé de la population haïtienne.

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Judlyne Roseau MOÏSE

User19152390

Module I

Systèmes de Sante et Évaluation des Programmes de systèmes de santé, de


Services et de Santé Publique (2e Partie)

UU-MHM-520-MW-FR

10 Août 2025
Essai sur la présentation du système de sante idéal pour votre propre pays en

utilisant ce que vous avez appris au cours de ce module.

La santé est l’un des piliers fondamentaux assurant la stabilité et le développement

durable d’une nation. En effet, « Le droit à la santé est un droit fondamental de tout

être humain, indispensable à l’exercice des autres droits humains.» Comité des

droits économiques, sociaux et culturels, 2000.

L’Organisation mondiale de la santé (2022) soutient que « Les systèmes de santé

performants sont essentiels pour améliorer la santé des populations, protéger contre

les risques financiers, répondre aux attentes des personnes et utiliser les ressources

de manière efficiente et équitable ».

Haïti est le seul pays moins avancé (PMA) du continent américain à avoir occupé le

168ème rang en matière de développement humain sur 189 états évalués en 2017

et la 170ème position en 2019 avec des valeurs respectives de l’Indice de

Développement Humain (IDH) de l’ordre de 0.505 et de 0.510 selon le Programme

des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Dans son numéro du 17 juillet 2018, le journal «Le Nouvelliste» rapportait les mots

de l’économiste haïtien Kesner Pharel en écrivant : « Environ 6,3 millions d’Haïtiens

ne sont pas en mesure de satisfaire leurs besoins essentiels, dont 2,5 millions vivent

en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 1,23 dollars par jour.... Le taux

national de pauvreté dans le pays représente 58,9% et celui de l’extrême pauvreté

23,8%....».
Le système sanitaire haïtien se heurtait déjà à des défis structurels majeurs

entravant son bon fonctionnement quand ’instabilité sociopolitique du pays a porté le

coup fatal. Selon le MSPP (Statistiques 2017) « seuls 60 % de la population ont

accès aux soins de santé ».

Le pourcentage du budget national alloué à la santé qui gravitait autour de 5% au

cours des années antérieures est passé à 4.4% en 2016-2017 et 3.9% en 2017-

2018 et 2018-2019. L'État dépend fortement de l’aide internationale, ce qui crée une

fragmentation de la planification et de la mise en œuvre des politiques de santé. Une

large part de la population, notamment en zone rurale, ne dispose d’aucun accès

physique à un centre de santé fonctionnel. De plus, le coût des soins est exorbitant

pour la majorité des citoyens, en l’absence d’un véritable système d’assurance

santé.

Le document de Politique Nationale de Santé, publié en 2012 par le MSPP, fixe les

choix stratégiques en matière de santé et repose sur les principes directeurs

suivants :

 Le Principe d’Universalité qui garantit à tous les individus vivant sur

le territoire haïtien un accès facile à tous les éléments et à toutes les

interventions sans distinction de sexe, d’appartenance sociale ou

religieuse, de lieu de résidence, etc.

 Le Principe de Globalité qui garantit à chaque individu des soins

compréhensifs visant l’ensemble de ses besoins en matière de santé.


 Le Principe d’Équité qui garantit à tous les bénéficiaires du système,

quel que soit leur lieu de résidence et leur statut socio-économique,

des soins de qualité égale.

 Le Principe de Qualité qui fait obligation à l’ensemble des

prestataires de soins et services de développer leurs interventions et

de prodiguer les soins de santé avec l’assurance de qualité maximale

que permettent le développement technologique et les ressources

financières du pays.

Suite à l’élaboration du document de Politique de Santé en 2012, le MSPP a publié

son Plan Directeur 2012-2022, puis celui de 2021-2031 qui est actuellement en

application. Dans la rédaction du dernier, le MSPP s’est inspiré des six piliers d’un

Système de Santé définis par l’OMS : Leadership et Gouvernance, Prestation des

Services, Ressources Humaines pour la Santé, Système d’Information Sanitaire,

Produits et Technologies médicaux et le Financement de la santé.

Dans le manuel du PDS, le MSPP a établi ses choix stratégiques de mise en œuvre

de la Politique Nationale de Santé à travers les « grandes orientations » fixées pour

chaque pilier.

Quoique le Ministère de la Santé publique (MSPP) ait élaboré un Plan national de

santé, sa mise en œuvre est entravée par le manque de financement stable et la

faible gouvernance.
Selon l’organisation mondiale de la santé (2011), les comptes nationaux de santé

constituent « un cadre systématique permettant de mesurer la consommation, le

financement et la prestation des biens et services de santé dans un pays, en utilisant

une méthodologie internationale harmonisée ».

Les dimensions recommandées dans les Comptes nationaux de santé (CNS)

apportent des réponses sur l’évaluation des dépenses en santé et à des questions

plus stratégiques pouvant orienter ou redresser les politiques de Santé.

Tableau CNS – Haïti (2019, format System of health Accounts)

Fonctions de Sources de Prestataires Montant % du


Santé (HC) Financement (HP) estimé (USD)
total

Soins curatifs Hôpitaux


hospitaliers État (HF.1) publics(HP.1) 20000 000 15%

Cliniques
Soins curatifs privées (HP.1.2)
ambulatoires Ménages (HF.3) 2 000 000 18%

ONG et
Prévention et programmes
santé publique Aide communautaire 35000 000 25%
internationale(HF.2 s (HP.3)
)

Produits Ménages (HF.3) Pharmacies et 30000 000 21%


pharmaceutiques distributeurs
(HP.4.1)
Administration et Etat (HF.1)
gouvernance de
la santé MSPP et 10000 000 7%
agences
sanitaires
Réhabilitation et Assurances/ONG centres 4%
soins à long spécialisés
terme (HF.2.2) (HP.2.1) 5 000 000

Autres services Mixte Divers 6%


de santé
8 000 000

TOTAL - - 133000000 100%

HF (Health Financing) : HF.1 = Administration publique (budget État) HF.3 = Dépenses


directes des ménages HF.2 = Régimes obligatoires / financement externe
HC (Health Care Functions) : nature des services (curatif, préventif, administration…).

HP (Health Providers) : type de prestataires (hôpitaux, cliniques, pharmacies…).

N.B forte dépendance aux ménages et aux bailleurs pour le financement.

L’organisation mondiale de la santé (2018) soutient que, « le système de santé

haïtien doit être renforcé pour améliorer l’accès et la qualité des soins

essentiels »(P.12).L’organisation panaméricaine de la santé conjointement avec

l’organisation mondiale de la santé (2016) soutiennent qu’ « Haïti a besoin de

soutien pour restaurer et reconstruire ses services de santé …. Des réparations

urgentes visant à rétablir leur fonctionnalité ont été identifiées ».

Pour orienter cette refondation, l’approche du benchmarking s’impose comme un

outil stratégique incontournable. Elle permet d’identifier, analyser et adapter les

meilleures pratiques issues de systèmes de santé performants, qu’ils soient issus de

pays à revenu faible, intermédiaire ou élevé. En comparant les politiques de

gouvernance, les modèles de financement (tels que les DRG et le case mix), les

stratégies de ressources humaines et les innovations technologiques d'autres

nations, Haïti peut puiser des éléments pertinents et adaptables à son propre

contexte.
Ce travail vise ainsi à proposer un modèle de système de santé idéal pour Haïti,

fondé sur une analyse comparative rigoureuse et contextualisée, en tenant compte

des spécificités culturelles, économiques et institutionnelles du pays. Il s’agira de

projeter une vision assez audacieuse ancrée dans la réalité haïtienne mais inspirée

par les meilleures pratiques internationales dont la Belgique ou la France. Il s’agira

de tracer une voie réaliste vers un système plus inclusif, mieux financé, et capable

de répondre efficacement aux besoins actuels et futurs de la population haïtienne.

Voici les qualités d’un bon système de santé selon l’Organisation mondiale de la

Santé (OMS) :

1. Accès universel

Tout individu doit pouvoir accéder à des services de santé essentiels sans

discrimination ni obstacle financier, géographique ou social.

« La couverture santé universelle garantit que tous les individus ont accès aux soins

dont ils ont besoin, sans difficultés financières. » — OMS

2. Qualité des soins

Les soins doivent être sûrs, efficaces, centrés sur le patient, opportuns, efficients et

équitables.

Cela inclut la compétence des professionnels, l’hygiène, les équipements adaptés,

et la continuité des soins.


3. Répartition équitable des ressources

Le personnel médical, les médicaments et les équipements doivent être distribués

de manière juste, selon les besoins des populations (même en zones rurales ou

éloignées).

4. Efficience

Le système doit optimiser l’usage des ressources humaines, financières et

matérielles pour maximiser les résultats sanitaires.

5. Réactivité

Capacité à répondre rapidement aux besoins de santé des citoyens tout en

respectant leur dignité, vie privée et attentes culturelles.

6. Protection financière

Les usagers ne doivent pas subir de charges financières catastrophiques en

accédant aux soins. (Système de remboursement ou assurance maladie

7. personnel qualifié et compétent

Le personnel doit être bien formé, en nombre suffisant, bien réparti et soutenu.

8. Bonne gouvernance

Le système doit être bien dirigé, transparent, éthique, et orienté vers la participation

communautaire.

9. Systèmes d’information fiables


Des données de santé de qualité doivent être recueillies et utilisées pour planifier,

suivre, évaluer et améliorer les services

10. Résilience

Le système doit pouvoir s’adapter et continuer à fonctionner même en période de

crise (pandémie, catastrophe naturelle, conflit, etc.).

Le système sanitaire haïtien souffre des deux inefficacités en même temps :

a)Technique : gaspillage de ressources existantes (équipements non fonctionnels,

personnel mal utilisé).Dans notre système, les outils normalisés sont absents pour

mesurer la productivité des hôpitaux et comparer les couts réels des soins.

En y introduisant le concept DRG (Diagnosis related groups) on pourra :

 Classer les séjours hospitaliers selon leur complexité et leur cout moyen

 Identifier les services ou établissements qui consomment trop de ressources

pour un même type de patient.

Résultats attendus :

 Réduction du gaspillage

 Optimisation de l’utilisation des lits, des équipements et du personnel.

b) Allocative

Orientation des fonds vers des dépenses qui ne répondent pas aux besoins

sanitaires majeurs. Actuellement, les budgets sont distribués de façon peu


stratégique, souvent par tradition ou contraintes politiques plutôt que selon des

données épidémiologiques réelles.

L’introduction du case mix au système servira à :

 Mesurer la composition réelle des cas traités dans chaque établissement

 Orienter les financements vers les structures qui prennent en charge les

pathologies les plus prioritaires

Impacts attendus :

 Aligner la distribution des ressources avec les besoins sanitaires réels

(renforcer les hôpitaux régionaux qui gèrent beaucoup de cas materno-

infantiles.

Voici un tableau comparatif clair entre le système de santé actuel en Haïti et un

système de santé idéal pour Haïti, selon les recommandations de l’OMS, les

meilleures pratiques internationales et les besoins spécifiques du pays tout en

considérant les réalités socio-économiques et politiques d’Haïti.

Critères Système actuel Système idéal

Accessibilité Faible dans les zones -Centres communautaires


géographique
rurales -Réseaux de soins de

proximité

Accessibilité financière Dépenses à la charge Système solidaire avec

couverture universelle
(Medicaid,..)

Qualité des soins Inégale Soins de qualité sécurisés,

Souvent faible dans les centrés sur le patient

structures publiques (certains prestataires sont

frustrés dus au retard de

leur salaire)

Personnel de santé Fuite de nombreux

cerveaux (humanitarian -Avantages sociaux pour

Parole) les rapatriés

-La majorité des -Bonne rémunération

spécialistes se -Plans de carrière pour les

regroupent dans la professionnels de santé

capitale du pays =Incitations pour travailler

en zones rurales

-Formation continue axée

sur les soins primaires

Infrastructure et Souvent obsolètes, -Equipements modernes,

équipements vétustes ----maintenance régulière

-Expansion des structures

sanitaires

Gouvernance et Corruption+++++++++++ -Gouvernance participative

transparence Planification stratégique -Politique de santé

faible nationale cohérente et


suivie

Prévention et promotion -Faible Programmes d’éducation

de la sante -Campagnes irrégulières sanitaire, vaccination et

d’hygiène

Réactivités aux crises Réponse lente, Capacité nationale

sanitaires dépendance à l’aide renforcée, plan de gestion

internationale (Covid 19) des risques sanitaires

Financement du Faible budget alloué a la Financement public accru

système sante <5% du PIB Partenariat structure et

Forte dépendance aux dirige

ONG

Protection sociale et Faible, élective Assurance nationale de

assurance sante (OFATMA, AIC,….) santé

Couverture universelle de

santé

Participation Faible -Partenariat avec les

communautaire Peu impliquée (formation leaders locaux (renforcer le

pour les groupe des agents de sante

houngans,leaders communautaires

communautaires,..)

Technologie des Inexistante dans les -Dossiers médicaux

informations structures publiques électroniques

(Certaines structures (DME)Ex :RAMQ,OpenMRS

privées seulement) -Télémédecine pour zones


isolées

-Système de gestion

d’approvisionnement

Financement basé sur Faible voire inexistante Introduction de modèles

la perfomance comme les DRG

(Diagnosis-Related Groups)

pour rémunérer selon les

pathologies

Gestion efficace des -Achat groupé de

intrants médicaments essentiels

-Suivi des stocks en temps

réel

-Lutte contre les pertes et

vols

Un système de santé idéal pour Haïti doit être accessible, équitable, efficace,

durable et centré sur la qualité et la prévention. Il doit réduire les inégalités entre

départements, garantir l'accès aux soins essentiels et promouvoir la prévention des

maladies.

Le modèle de Zanmi Lasante / Partners In Health présente une approche

communautaire robuste, présent dans les zones reculées, réalise des séances de

formation locale et de l’intégration des accompagnateurs. Les extrants de ce modèle


sont mesurables : succès dans le VIH, la tuberculose, santé maternelle et

néonatale.

L’Hôpital Universitaire de Mirebalais, inauguré en 2012, en est un bon exemple,

assurant des soins primaires á plus de 185000 personnes a Mirebalais et dans les

environs, et couvre aussi les besoins secondaires et tertiaires de toute la région

centrale. C’est un centre de référence de formation de personnel.

Somme toute, Malgré les efforts du Ministère de la Santé Publique et de la

Population (MSPP), le système de santé haïtien est confronté à des problèmes

chroniques: Sous-financement chronique, mauvaise répartition des ressources

humaines (concentration en zone urbaine), matériel médical obsolète ou insuffisant,

Infrastructures délabrées, gestion inefficace des fonds, faible informatisation du

système, fort recours à l’aide étrangère.

Le système idéal serait équitable, universel, résilient, financé de manière durable,

ancré dans les réalités locales, tout en étant inspiré des principes de l’OMS. Les

ressources seraient optimisées et serviraient à réduire les gaspillages, maximiser

l’impact de chaque gourde investie, favoriser l’accès aux soins essentiels,

améliorer la qualité et la sécurité des soins, renforcer la résilience du système. En

dernier lieu, La mise en place de systèmes de gestion de la qualité dans les

hôpitaux est fondamentale pour redynamiser le système.

Le système de gestion de la qualité doit refléter un processus cyclique de suivi,

d'évaluation et, si nécessaire, d'amélioration de la qualité des soins. La loi ne


fournit qu'un cadre, pas de normes. Il appartient aux hôpitaux de développer leur

propre système de gestion de la qualité et de choisir leurs activités et procédures

de gestion de la qualité, par exemple, utiliser des protocoles et des lignes

directrices, des évaluations par des pairs, des audits, des analyses comparatives,

des enquêtes de satisfaction.

En Haïti, des initiatives récentes témoignent d’une volonté réelle de

redynamisation du système. Décembre 2024, un comité de pilotage s’est formé

dans le Sud du pays pour lancer la création de l’Ordre des médecins d’Haïti. Ce

faisant, Cela fera un pas de plus dans le projet national de régulation médicale

visant à améliorer la répartition des Médecins et faire respecter les règles

déontologiques.
Conclusion

Le système de sante parfait pour Haïti compte tenu de ses réalités socio politiques

et économiques, ne peut être réalisé qu’en combinant trois composantes

fondamentales efficacité, équité et durabilité, afin de répondre aux besoins varies

et complexes de la population. Il devra s’appuyer sur une gestion rigoureuse des

ressources, intégrant des mécanismes innovants tels que le Diagnostic Related

Group (DRG) et le Case Mix, pour optimiser l’allocation des soins et améliorer la

qualité des services.

En outre, un programme national d’assurance maladie et un cadre règlementaire de

statut socio-économique, conformes aux normes de l’organisation mondiale de la

sante sur le droit à la sante en tant que droit fondamental doivent être mis en place.

La mise en place d’une couverture universelle assortie d’un cadre réglementaire

solide, incluant la protection juridique des professionnels de santé et la valorisation

des titres médicaux, est essentielle pour instaurer la confiance et renforcer les

capacités locales. L’intégration de technologies adaptées et la formation continue

des acteurs sanitaires permettront d’assurer une efficacité technique optimale et

l’optimisation des ressources.


Enfin, le système de santé haïtien idéal devrait être flexible en cas de crise,

notamment des épidémies et des catastrophes naturelles, grâce à la coordination

étroite entre les parties prenantes gouvernementales, privées et de la société civile.

Ces politiques s’intègrent dans plusieurs axes de développement durables de

l’Organisation des Nations unies. Il s’agit d’un levier fondamental pour un

développement humain durable, une justice sociale et une amélioration qualitative

significative de l’espérance et de la qualité de vie en Haïti.


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