A. Beitone, L. Lorrain, C. Rodrigues, La dissertation de science économique © Dunod, 2019.
Entraînement à la dissertation de science économique
Sujet 23
Doit-on craindre, avec la mondialisation commerciale et productive, que les
capitaux n’aient plus de frontières ?
1. Se préparer à la rédaction
1.1. L’enjeu du sujet
La période de mondialisation commerciale et productive qui s’intensifie à partir de la fin des
années 1970 dans les PDEM puis à partir de la fin des années 1990 pour les pays émergents
(Chine, Inde notamment) accroît la concurrence entre les firmes des pays qui participent à ce
processus en même temps qu’elle augmente de manière considérable la taille des marchés.
La mobilité du capital est une caractéristique de cette mondialisation. La question « doit-on
craindre » est en apparence normative. Elle pose le problème des effets positifs mais aussi des
risques associés à la mobilité internationale du capital et en particulier du capital productif.
Elle invite par ailleurs à la réflexion quant à la possibilité de remettre en cause cette mobilité
supposée « sans frontières » du capital productif si les risques et les effets pervers encourus
l’emportent sur les gains.
Depuis la formule devenue célèbre de David Ricardo (1817) selon laquelle « les
propriétaires industriels rechignent à quitter leur patrie », l’économie mondiale s’est
considérablement bouleversée au point qu’aujourd’hui la mobilité internationale du capital
ne semble souffrir aucune limite. S’il est incontestable que cette mobilité présente des vertus
importantes en termes de spécialisation productive et d’allocation de l’épargne, il faut être
attentif à ne pas tomber dans le mythe de la disparition pure et simple des frontières : la
théorie économique met en évidence des mécanismes qui montrent que cette mobilité est
aujourd’hui limitée (paradoxe de Lucas par exemple). Pour autant, la segmentation mondiale
des chaines de valeurs conduit depuis quelques années, grâce à une mobilité du capital
soutenue même si elle n’est pas sans limite, à des effets pervers qui appellent à des
réajustements en termes de gouvernance.
1.2. Le cadrage et les concepts clés
La question des crises économiques fait partie des thématiques centrales de l’analyse
économique depuis ses origines (y compris lorsqu’elle est évacuée par J.-B. Say dans son Traité
d’économie politique en 1803). Il est par conséquent nécessaire de traiter le sujet en le plaçant
dans une perspective historique sur le plan des modèles et ne pas s’en tenir à la période
contemporaine. Sur le plan factuel, comme de tradition dans une épreuve de concours, il
convient d’accorder une certaine importance à la question des crises modernes et de leurs
déterminants (crise asiatique de 1997, crise mondiale de 2008 et crise de la zone euro au
début des années 2010 par exemple). Le sujet invite à traiter des pays et/ou des territoires
qui participent à la mondialisation actuelle, c’est-à-dire celle qui s’ouvre à partir de la fin des
années 1970. Il faut être attentif à ne pas limiter l’analyse aux PDEM et à inclure les questions
de spécialisation productive et de segmentation des chaines de valeurs à l’œuvre au sein des
pays émergents.
1
A. Beitone, L. Lorrain, C. Rodrigues, La dissertation de science économique © Dunod, 2019.
Le capital est un stock de biens durables qui contribue à produire d’autre biens et services.
La formule « avec la mondialisation commerciale et productive » invite à ne pas inclure au
centre de l’analyse la question des capitaux financiers et de s’en tenir à la composante
productive. Traiter de la mobilité internationale du capital productif implique d’analyser
l’extension des firmes multinationales et avec elles les investissements directs à l’étranger
(IDE) qu’elles développent. Depuis quelques décennies, une nouvelle configuration de la
mondialisation est devenue la norme, celle du commerce intra-firme et de la segmentation
des chaines de valeurs.
1.3. La construction d’une problématique
Il est acquis qu’une des caractéristiques de la mondialisation qui s’est ouverte il y a un demi-
siècle est la progression de la mobilité internationale du capital. En première approche celle-
ci n’est pas à craindre car elle présente des vertus nombreuses dont une meilleure allocation
de l’épargne à l’échelle mondiale, une amélioration de la spécialisation productive, une
diversification de l’implantation territoriale des firmes (notamment par le biais de leurs
filiales). Historiquement, les PDEM comme les pays émergents ont profité de ces vertus.
Cependant, affirmer que les capitaux n’ont plus de frontières conduit à penser que la
mobilité internationale du capital productif est libre de toutes contrainte géographique et/ou
institutionnelle. Or cette idée est inexacte empiriquement : cette mobilité du capital reste très
inégale selon les territoires. D’un autre côté, certaines régions du monde où les risques
apparaissent comme maitrisés ou faibles (dans les PDEM et dans certains émergents qui
contraignent « peu » les firmes multinationales) connaissent de forts mouvements de
mobilité du capital. La fragmentation des chaines de valeurs comme la filialisation très
poussée des FMN peut conduire à des dysfonctionnements (appauvrissement des
populations, creusement des inégalités, perte de compétitivité des territoires, concurrence et
injustice fiscale). Cela pose la question de l’articulation entre des choix de gouvernance
(politiques structurelles) et le degré souhaitable de mobilité internationale du capital. Même
si les capitaux ont toujours des frontières, ce sont les insuffisances du cadrage institutionnel
dans cette mobilité du capital qu’il faut aujourd’hui craindre.
Bibliographie
CEPII (collectif), 2020, L’économie mondiale 2021, La Découverte, coll. « Repères ».
GUILLOCHON B., PELTRAULT F., VENET B., 2020, Économie internationale, Dunod, coll. « Eco-sup ».
SAEZ E., ZUCMAN G., 2020, Le triomphe de l’injustice. Richesse, évasion fiscale et démocratie,
Le Seuil.
Sitographie
VICARD V., 2020, « Réindustrialisation et gouvernance des entreprises multinationales », Lettre
du CEPII n° 2020-35 :
www.cepii.fr/CEPII/fr/publications/pb/abstract.asp?NoDoc=12755
RESHEF A., SANTONI G., 2020, « Chaînes de valeurs mondiales et dépendances de la production
française », Lettre du CEPII n° 409 :
www.cepii.fr/CEPII/fr/publications/lettre/abstract.asp?NoDoc=12689
VICARD V., JEAN S., 2020, « Réindustrialiser, dans quel but ? », Lettre du CEPII n° 410 :
www.cepii.fr/CEPII/fr/publications/lettre/abstract.asp?NoDoc=12744
2
A. Beitone, L. Lorrain, C. Rodrigues, La dissertation de science économique © Dunod, 2019.
GIRAUD G., 2013, « La mobilité du capital, un péché ? », Revue projet :
https://www.revue-projet.com/articles/la-mobilite-du-capital-un-peche/
BENASSY-QUÉRÉ A., BOUBA-OLGA O., 2016, « Les firmes multinationales et leur localisation », ENS-
Lyon :
http://ses.ens-lyon.fr/articles/les-firmes-multinationales-et-leur-localisation