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Études Linéaires 1ère Bac (-Analyse)

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Objet d’étude Le roman et le récit du Moyen Âge

au XXIe siècle
Étude d’une oeuvre intégrale : Balzac, La Peau de chagrin 1831

Texte 01 "Un ange sans rayons, égaré de sa route"


Au premier coup d’œil les joueurs lurent sur le visage du novice quelque horrible mystère :
ses jeunes traits étaient empreints d’une grâce nébuleuse, son regard attestait des efforts
trahis, mille espérances trompées ! La morne impassibilité du suicide donnait à son front
une pâleur mate et maladive, un sourire amer dessinait de légers plis dans les coins de sa
bouche, et sa physionomie exprimait une résignation qui faisait mal à voir. Quelque secret
génie scintillait au fond de ses yeux, voilés peut-être par les fatigues du plaisir. Était-ce la
débauche qui marquait de son sale cachet cette noble figure jadis pure et brûlante,
maintenant dégradée ? Les médecins auraient sans doute attribué à des lésions au cœur
ou à la poitrine le cercle jaune qui encadrait les paupières, et la rougeur qui marquait les
joues, tandis que les poètes eussent voulu reconnaître à ces signes les ravages de la
science, les traces de nuits passées à la lueur d’une lampe studieuse. Mais une passion
plus mortelle que la maladie, une maladie plus impitoyable que l’étude et le génie,
altéraient cette jeune tête, contractaient ces muscles vivaces, tordaient ce cœur qu’avaient
seulement effleuré les orgies, l’étude et la maladie. Comme, lorsqu’un célèbre criminel
arrive au bagne, les condamnés l’accueillent avec respect, ainsi tous ces démons humains,
experts en tortures, saluèrent une douleur inouïe, une blessure profonde que sondait leur
regard, et reconnurent un de leurs princes à la majesté de sa muette ironie, à l’élégante
misère de ses vêtements.
Objet d’étude Le roman et le récit du Moyen Âge
au XXIe siècle
Étude d’une oeuvre intégrale : Balzac, La Peau de chagrin 1831

TEXTE 02 Toujours la Peau, mon ami, la Peau souveraine !


Soit que, fatigué des luttes de cette longue journée, il n’eût plus la force de gouverner
son intelligence dans les flots de vin et de punch ; soit qu’exaspéré par l’image de sa vie, il
se fût insensiblement enivré par le torrent de ses paroles, Raphaël s’anima, s’exalta comme
un homme complètement privé de raison.
— Au diable la mort ! s’écria-t-il en brandissant la Peau. Je veux vivre maintenant ! Je
suis riche, j’ai toutes les vertus. Rien ne me résistera. Qui ne serait pas bon quand il peut
tout ? Hé ! hé ! Ohé ! J’ai souhaité deux cent mille livres de rente, je les aurai. Saluez-moi,
pourceaux qui vous vautrez sur ces tapis comme sur du fumier ! Vous m’appartenez,
fameuse propriété ! Je suis riche, je peux vous acheter tous, même le député qui ronfle là.
Allons, canaille de la haute société, bénissez-moi ! Je suis pape.
En ce moment les exclamations de Raphaël, jusque-là couvertes par la basse continue
des ronflements, furent entendues soudain. La plupart des dormeurs se réveillèrent en
criant, ils virent l’interrupteur mal assuré sur ses jambes, et maudirent sa bruyante ivresse
par un concert de jurements.
— Taisez-vous ! reprit Raphaël. Chiens, à vos niches ! Émile, j’ai des trésors, je te
donnerai des cigares de la Havane.
— Je t’entends, répondit le poète, Fœdora ou la mort ! Va ton train ! Cette sucrée de
Fœdora t’a trompé. Toutes les femmes sont filles d’Ève. Ton histoire n’est pas du tout
dramatique.
— Ah ! tu dormais, sournois ?
— Non ! Fœdora ou la mort, j’y suis.
— Réveille-toi, s’écria Raphaël en frappant Émile avec la Peau de chagrin comme s’il
voulait en tirer du fluide électrique.
— Tonnerre ! dit Émile en se levant et en saisissant Raphaël à bras-le-corps, mon ami,
songe donc que tu es avec des femmes de mauvaise vie.
— Je suis millionnaire.
— Si tu n’es pas millionnaire, tu es bien certainement ivre.
— Ivre du pouvoir. Je peux te tuer ! Silence, je suis Néron ! je suis Nabuchodonosor !
Objet d’étude Le roman et le récit du Moyen Âge
au XXIe siècle
Étude d’une oeuvre intégrale : Balzac, La Peau de chagrin 1831

TEXTE 03 LA SCÈNE DE L’AGONIE


​ — Oui. Ceci est un talisman qui accomplit mes désirs, et représente ma vie. Vois ce
qu’il m’en reste. Si tu me regardes encore, je vais mourir…
​ La jeune fille crut Valentin devenu fou, elle prit le talisman, et alla chercher la lampe.
Éclairée par la lueur vacillante qui se projetait également sur Raphaël et sur le talisman, elle
examina très attentivement et le visage de son amant et la dernière parcelle de la Peau
magique. En la voyant belle de terreur et d’amour, il ne fut plus maître de sa pensée : les
souvenirs des scènes caressantes et des joies délirantes de sa passion triomphèrent dans
son âme depuis longtemps endormie, et s’y réveillèrent comme un foyer mal éteint.
​ — Pauline, viens ! Pauline !
Un cri terrible sortit du gosier de la jeune fille, ses yeux se dilatèrent, ses sourcils
violemment tirés par une douleur inouïe, s’écartèrent avec horreur, elle lisait dans les yeux
de Raphaël un de ces désirs furieux, jadis sa gloire à elle ; et à mesure que grandissait ce
désir, la Peau en se contractant, lui chatouillait la main. Sans réfléchir, elle s’enfuit dans le
salon voisin dont elle ferma la porte.
​ — Pauline ! Pauline ! cria le moribond en courant après elle, je t’aime, je t’adore, je te
veux ! Je te maudis, si tu ne m’ouvres ! Je veux mourir à toi !
​ Par une force singulière, dernier éclat de vie, il jeta la porte à terre, et vit sa maîtresse à
demi nue se roulant sur un canapé. Pauline avait tenté vainement de se déchirer le sein, et
pour se donner une prompte mort, elle cherchait à s’étrangler avec son châle. — Si je
meurs ; il vivra, disait-elle en tâchant vainement de serrer le nœud. Ses cheveux étaient
épars, ses épaules nues, ses vêtements en désordre, et dans cette lutte avec la mort, les
yeux en pleurs, le visage enflammé, se tordant sous un horrible désespoir, elle présentait à
Raphaël, ivre d’amour, mille beautés qui augmentèrent son délire ; il se jeta sur elle avec la
légèreté d’un oiseau de proie, brisa le châle, et voulut la prendre dans ses bras.
Le moribond chercha des paroles pour exprimer le désir qui dévorait toutes ses
forces ; mais il ne trouva que les sons étranglés du râle dans sa poitrine, dont chaque
respiration creusée plus avant, semblait partir de ses entrailles. Enfin, ne pouvant bientôt
plus former de sons, il mordit Pauline au sein. Jonathas se présenta tout épouvanté des cris
qu’il entendait, et tenta d’arracher à la jeune fille le cadavre sur lequel elle s’était accroupie
dans un coin.
​ — Que demandez-vous ? dit-elle. Il est à moi, je l’ai tué, ne l’avais-je pas prédit ?
Le roman et le récit du Moyen Age au XXIème
siècle
LE PARCOURS : - les romans de l’énergie : création et destruction

TEXTE 04 Les Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos


(1782) Lettre LVI la Présidente de Tourvel au vicomte de Valmont.

La poésie du XIXème siècle au XXIème siècle


Étude d’une oeuvre intégrale :Les Cahiers de Douai d’Arthur Rimbaud
( 1893)

Texte 05 « Ophélie » Les Cahiers de Douai d’Arthur Rimbaud


(1893)
I
Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.
La poésie du XIXème siècle au XXIème siècle
Étude d’une oeuvre intégrale :Les Cahiers de Douai d’Arthur Rimbaud
( 1893)

Texte 06 « Le Mal » Les Cahiers de Douai d’Arthur Rimbaud (


1893)
Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;
Tandis qu’une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…
– Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
La poésie du XIXème siècle au XXIème siècle
Étude d’une oeuvre intégrale :Les Cahiers de Douai d’Arthur Rimbaud
( 1893)

Texte 07 « Les Effarés » Les Cahiers de Douai d’Arthur Rimbaud


(1893)
Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond
A genoux, cinq petits, -misère!-
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond…
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l’enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.
Ils sont blottis, pas un ne bouge
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.
Et quand, pendant que minuit sonne,
Façonné, pétillant et jaune,
On sort le pain,
Quand, sous les poutres enfumées
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,
Quand ce trou chaud souffle la vie;
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,
Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre,
-Qu’ils sont là, tous,
Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, chantant des choses,
Entre les trous,
Mais bien bas, -comme une prière…
Repliés vers cette lumière
Du ciel rouvert,
-Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
-Et que leur lange blanc tremblotte
Au vent d’hiver…
La poésie du XIXème siècle au XXIème siècle
Parcours : émancipations créatrices.

Texte 08 XIX « LE JOUJOU DU PAUVRE », Charles Baudelaire


Je veux donner l’idée d’un divertissement innocent. Il y a si peu d’amusements qui ne
soient pas coupables !
Quand vous sortirez le matin avec l’intention décidée de flâner sur les grandes routes,
remplissez vos poches de petites inventions à un sol, — telles que le polichinelle plat mû
par un seul fil, les forgerons qui battent l’enclume, le cavalier et son cheval dont la queue
est un sifflet, — et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants
inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s’agrandir
démesurément. D’abord ils n’oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs
mains agripperont vivement le cadeau, et ils s’enfuiront comme font les chats qui vont
manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de
l’homme.
Sur une route, derrière la grille d’un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la
blancheur d’un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de
ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.
Le luxe, l’insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si
jolis, qu’on les croirait faits d’une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la
pauvreté.
À côté de lui, gisait sur l’herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni,
doré, vêtu d’une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l’enfant ne
s’occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu’il regardait :
De l’autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un
autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial
découvrirait la beauté, si, comme l’œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un
vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.
À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le
château, l’enfant pauvre montrait à l’enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait
avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait,
agitait et secouait dans une boîte grillée, c’était un rat vivant ! Les parents, par économie
sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.
Et les deux enfants se riaient l’un à l’autre fraternellement, avec des dents d’une égale
blancheur.

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