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REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
MINISTERE DES FINANCES
ECOLE NATIONALE DES FINANCES
B.P. 5724
32bis, Avenue des Forces Armées
KINSHASA/GOMBE
Travail Pratique de Procédure Fiscale
Quelle est la différence entre la perception
de l’impôt dans la société traditionnelle
ainsi que celle dans la société
contemporaine ?
KAVULA BIDUAYA Jeanne
Promotion : 2ème Impôts Directs et Indirects
Par le Professeur : Jean Claude LUBEMBA KASHAMA
Année de formation :2024-2025
1
INTRODUCTION
L'impôt est une constante de l'organisation des sociétés
humaines, une forme de prélèvement sur les richesses individuelles au
profit d'une collectivité. Cependant, si le principe de la contribution fiscale
2
perdure, sa perception et sa finalité ont connu une transformation
profonde au fil de l'histoire. Alors que les sociétés traditionnelles
concevaient l'impôt comme une obligation coutumière et arbitraire au
service d'un souverain, les sociétés contemporaines l'ont érigé en un outil
complexe, légal et démocratique, au coeur du contrat social. Cette
évolution pose la question de la différence fondamentale entre la
perception de l'impôt dans ces deux types de sociétés. Nous explorerons
comment le passage d'une logique de prélèvement communautaire à celle
d'une contribution étatique moderne a transformé le rôle de l'impôt, son
mode de perception et la relation du citoyen à la fiscalité.
PROBLEMATIQUE
Comment l’évolution de la division du travail, passant d’un
mode de production communautaire à une économie de marché
complexe, a-t-elle profondément modifié la nature de la fiscalité, en
transformant l’impôt d’une simple contribution coutumière et souvent
coercitive en un instrument de politique économique et sociale au service
de l’intérêt général ?
Chapitre I : DEFINITION DES CONCEPTS CLES
Fiscalité : la fiscalité est l’ensemble de règles, des lois et des
institutions qui régissent la collecte des impôts et des taxes par l’Etat.
C’est le système par lequel un gouvernement se procure les
ressources nécessaires pour financer ses dépenses publiques. 1
Impôt : l’impôt est un prélèvement obligatoire opéré par la puissance
publique sur les personnes physiques ou morales, sans contrepartie
1
BUABUA wa KAYEMBE, Traité de Droit Fiscal Congolais, Ed. Kinshasa 2006, p24.
3
directe et immédiates. Son objectif principal est de financer les
dépenses de l’Etat (l’éducation, la santé, la défense et
l’infrastructure) et de redistribuer la richesse.2
Taxe : la taxe est prélèvement obligatoire qui finance un service
public précis. Contrairement à l’impôt, elle est liée à une utilisation
spécifique (ex : taxe d’enlèvement des ordures ménagères).3
Redevance : la redevance est une somme versée en contrepartie
d’un service rendue par un organisme public ou une concession de
droit (ex : péage autoroutier).
Dans les sociétés traditionnelles, l’impôt n’est pas un concept
abstrait, mais une pratique concrète, souvent liée à la force et au statut
social.4
Nature et forme : l’impôt est principalement une contribution en
nature. Il peut s’agir de corvées (travail obligatoire pour le souverain
ou la communauté), de biens agricoles (grains, bétail), ou de services
militaires. L’argent est rare, ce qui rend les contributions en nature
plus pratiques.5
Mécanismes de perception : la perception est souvent directe et
coercitive. Les chefs de clans, les seigneurs féodaux ou les rois
collectent les contributions par la force ou la coutume. Il n’y a pas de
bureaucratie fiscale sophistiquée. La légitimité de l’impôt repose sur
le droit divin ou la puissance militaire du chef. 6
Fiscalité : l’objectif est de financer les besoins du chef ou du
souverain (sa cour, son armée) et de garantir la sécurité du territoire.
Lan notion de redistribution de la richesse est absente ou très limitée.
Le système est inégalitaire et ne prend pas en compte les capacités
contributives de chacun.7
Société traditionnelle : il s’agit des sociétés préindustrielles,
souvent agraires ou féodales, où l’économie est basée sur la
production de substance. L’impôt y est souvent perçu sous forme de
contributions en nature (produits agricoles, bétail) ou de corvées
(travail non rémunéré pour le seigneur ou le roi). La relation fiscale
est directe et personnelle.
Société contemporaine : ce sont les sociétés modernes,
caractérisées par une économie monétaire, industrialisée et
mondialisée. L’impôt est principalement perçu sous forme de
contributions financières obligatoires (impôt sur le revenu, TVA,
impôts sur les sociétés). Le système est formalisé, centralisé et géré
par une administration fiscale.
2
GODEMEY et MOUNIER, Finances Publiques, Ed. Nemete par, 1986, p82.
3
BOUVIER Michel, Introduction au Droit Fiscal Général, Ed. Lambuse, Paris, 2005, p12.
4
BOUVIER Michel, Op. Cit.
5
Idem.
6
BOUVIER Michel, Op. Cit
7
[Link], le 19/09/2025.
4
La Différence entre les Deux
Nature de la contribution : dans la société traditionnelle, la
contribution était concrète : une partie des récoltes, des animaux, ou
quelques jours de travail. C’était une part tangible de la production du
redevable. Dans la société contemporaine, la contribution est
abstraite : c’est un pourcentage de revenus, de bénéfices ou de la
valeur ajoutée, exprimée en argent.
Fiscalité et utilisation : les impôts traditionnels finançaient souvent
par les besoins immédiats et locaux du pouvoir en place : l’entretien
du château, le paiement des bardes, ou la construction des
infrastructures locales (ponts, routes). Les impôts contemporains ont
un champ d’action beaucoup plus large : financement des
services publics (santé, éducation), de la défense nationale, des
infrastructures de transport modernes et de la protection sociale.
Modalités de perception : la collection traditionnelle était souvent
décentralisée et personnalisée, menée par les seigneurs locaux ou
des collecteurs d’impôts. Elle pouvait être arbitraire. La collecte
moderne est centralisée, standardisée et régie par des lois strictes.
Elle est gérée par une administration fiscale étatique, garantissant en
théorie, plus d’équité et de transparente.
Rapport à l’individu : dans les sociétés traditionnelles, l’impôt était
un symbole de soumission et de dépendance. Il renforçait la relation
hiérarchique entre le seigneur et le cerf. Dans les sociétés
contemporaines, l’impôt est théoriquement un devoir civique et une
expression de la solidarité. Il fonde le ‘’contrat social’’ entre le citoyen
et l’Etat, où l’Etat s’engage à fournir des services en charge de cette
contribution.8
Chapitre II: LA PERCEPTION DE L'IMPÔT DANS LA SOCIÉTÉ
TRADITIONNELLE : UN MODÈLE ARCHAÏQUE ET COERCITIF
2.1. Les fondements de la fiscalité traditionnelle : une fiscalité de
sujétion et de privilèges
Dans les sociétés prémodernes, l'impôt n'est pas une
expression de la souveraineté de la nation, mais un attribut du pouvoir
personnel du souverain ou du seigneur. Le fondement de l'impôt est le
devoir de loyauté du sujet envers son maître.
Il s'agit d'une contribution forcée, souvent sans réelle
justification ni contrepartie visible. Le pouvoir est patrimonial, c'est-à-
dire que le souverain et l'État ne font qu'un ; les biens du royaume sont
les biens du roi. Cette conception se traduit par une fiscalité basée non
sur le principe de l'égalité, mais sur celui du privilège. La noblesse et le
8
[Link], Op. Cit.
5
clergé, en tant que garants de l'ordre social et spirituel, sont exemptés
d'impôts directs, reportant ainsi la quasi-totalité de la charge fiscale sur le
Tiers-État. Cette inégalité fiscale est une des principales sources de
tension sociale.
2.2. La nature de l'impôt : du prélèvement en nature à la
fragmentation
L'économie de la société traditionnelle étant majoritairement
agricole et peu monétarisée, l'impôt est prélevé en nature ou en services,
ce qui le rend difficile à standardiser et à contrôler.
● L'impôt en nature : la dîme. Cet impôt ecclésiastique, prélevé sur
les récoltes, représente souvent un dixième des produits de la terre.
Sa collecte est aléatoire et sa conservation problématique, les
produits agricoles étant périssables.
● L'impôt en services : la corvée. Le sujet est obligé d'offrir son
travail gratuitement pour l'entretien des routes ou la construction de
châteaux. Cette pratique, au-delà de son aspect économique, est un
symbole de la dépendance totale du sujet vis-à-vis du seigneur.
● La fragmentation de la fiscalité. Les impôts sont multiples et
varient selon les régions, les coutumes et les corps de métiers. En
France sous l'Ancien Régime, coexistent des impôts directs (la Taille,
sur les foyers ruraux), et des impôts indirects (la Gabelle, taxe sur le
sel). La multiplicité et l'inégalité des impôts indirects engendrent la
contrebande et un sentiment d'injustice fiscale.
2.3. La perception de l'impôt : l'affermage et l'arbitraire
La collecte de l'impôt n'est pas effectuée par une
administration étatique, mais par des individus qui achètent ce droit au
pouvoir. Ce système, appelé affermage de l'impôt, est au cœur de la
perception fiscale de l'époque.
● Le principe : Le souverain, pour assurer une rentrée d'argent fixe et
sans risque, vend à un groupe de financiers, les fermiers généraux,
le droit de percevoir un impôt sur un territoire donné. Les fermiers
généraux avancent une somme forfaitaire au roi et sont autorisés à
collecter eux-mêmes l'impôt, en conservant la différence entre la
somme collectée et la somme versée.
● Les conséquences : Ce système, propice à la corruption et à l'abus,
engendre une opacité totale sur les recettes réelles. Les fermiers
généraux, cherchant à maximiser leur profit, usent de méthodes
coercitives et d'intimidations, faisant de la perception un acte violent
et arbitraire. Le contribuable est confronté à un individu, et non à une
institution, ce qui rend toute contestation impossible. La perception de
6
l'impôt dans la société traditionnelle est donc inefficace, socialement
explosive et politiquement illégitime.
Chapitre III : LA PERCEPTION DE L'IMPÔT DANS LA SOCIÉTÉ
CONTEMPORAINE : RATIONALISATION, BUREAUCRATISATION ET
LÉGITIMATION
3.1. Les Fondements Théoriques de la Fiscalité Moderne du
sujet au citoyen
Les Lumières et les grandes révolutions (américaine,
française) marquent une rupture fondamentale. La perception de l'impôt
se détache de la personne du souverain pour devenir un attribut de l'État,
une entité abstraite au service de la nation. L'impôt est dorénavant perçu
comme un élément du contrat social.
● La légalité de l'impôt : Le principe de légalité fiscale, inscrit dans
l'article 14 de la DDHC, stipule que "tous les citoyens ont le droit de
constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de
la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre
l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la
durée".
L'impôt ne peut être levé qu'avec le consentement des représentants
de la nation.
● L'égalité devant l'impôt : L'article 13 de la DDHC pose le principe
selon lequel la contribution doit être "également répartie entre tous
7
les citoyens en raison de leurs facultés". Ce concept ouvre la voie à
une fiscalité non plus basée sur les privilèges, mais sur la capacité
contributive de chacun.
3.2. La mise en place du système fiscal moderne : la
bureaucratisation de la collecte
La mise en œuvre de ces nouveaux principes nécessite la
création d'un système administratif et institutionnel qui n'existait pas
auparavant. La perception devient impersonnelle, rationnelle et gérée par
une bureaucratie.
● La naissance de l'administration fiscale. L'État crée des services
dédiés à l'assiette (le calcul) et au recouvrement (la collecte) de
l'impôt. Ces services agissent au nom de la puissance publique, et non
pour leur propre compte. L'informatisation et la dématérialisation
rendent aujourd'hui cette collecte plus efficace et transparente que
jamais.
● La diversification des impôts. Pour financer des missions de plus
en plus vastes (santé, éducation, infrastructures), le système fiscal
contemporain se complexifie, avec la création de différentes
catégories d'impôts :
○ L'impôt sur le revenu (IR) : C'est le pilier de la fiscalité directe, et
le symbole de la solidarité nationale. Son mécanisme de
progressivité (le taux d'imposition augmente avec le revenu) vise
à redistribuer les richesses et à réduire les inégalités.
○ La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) : Principal impôt indirect,
elle est collectée sur la consommation. Son mécanisme de
déduction permet à l'entreprise de ne reverser à l'État que la
différence entre la TVA collectée sur ses ventes et celle payée sur
ses achats, évitant ainsi la double imposition. C'est aujourd'hui la
principale recette de l'État.
○ Les taxes et impôts à fonction régulatrice : L'impôt n'est plus
seulement un outil de financement. Il est utilisé pour orienter les
comportements économiques (taxes sur le tabac, sur les émissions
de carbone) ou pour encourager certaines pratiques (crédits
d'impôts pour l'investissement).
3.3. Le rôle central du contrôle et la séparation des fonctions
Un des principes fondamentaux qui distingue la perception
contemporaine de la perception traditionnelle est la séparation des
fonctions d'ordonnateur et de comptable.
● L'ordonnateur (un ministre, un chef d'administration) a le pouvoir de
décider d'une recette ou d'une dépense.
● Le comptable public a la charge exclusive d'exécuter cette décision
et d'en contrôler la régularité avant de procéder.
8
● Le contrôle du comptable : Le comptable public agit comme un
contre-pouvoir technique. Sa responsabilité est personnelle et
pécuniaire ; il peut être tenu de rembourser sur ses biens propres les
sommes qu'il a indûment payées ou encaissées. Ce contrôle garantit
la légalité et la transparence de l'utilisation des fonds publics, une
notion inimaginable dans la société traditionnelle.
Défis et Pistes de Solution
L’impôt contemporaine est système complexe qui fait face à de
nombreux défis.
● Défis :
▪ Mondialisation : la mobilité du capital et des personnes rend
difficile la taxation des grandes entreprises et des fortunes, ce
qui alimente la fraude et l’évasion fiscale.
▪ Complexité de système fiscal : les lois fiscales sont
souvent complexes et changeantes, ce qui rend la fiscalité
opaques et difficile à comprendre pour le citoyen Lambda.
▪ Acceptabilité sociale : la pression fiscale est souvent perçue
comme trop lourde, ce qui peut provoquer des mouvements
de contestation sociale.
● Piste de solution :
▪ Coopération internationale : mettre en place des accords
internationaux pour lutter contre l’évasion fiscale et
harmoniser les règles fiscales.
▪ Simplification fiscale : rendre le système fiscal plus simple
et plus juste pour les citoyens.
▪ Transparence : accroitre la transparence dans l’utilisation
des fonds publics pour renforcer la confiance des citoyens.
Conclusion
En conclusion, la transition des sociétés traditionnelles aux sociétés
contemporaines a profondément remodelé la nature de l'impôt. Dans un
monde où les liens communautaires dictaient la contribution, l'impôt était
un attribut du pouvoir, souvent opaque et non négociable. Aujourd'hui, il
9
est devenu une composante essentielle de la citoyenneté, régie par des
lois et justifiée par des objectifs de redistribution et de financement des
services publics. La perception moderne de l'impôt est le reflet d'un État
interventionniste, qui, en échange de la contribution de ses citoyens, se
doit de garantir la stabilité sociale et l'accès à des services collectifs. C'est
donc le passage d'une logique de soumission à une logique de
consentement qui marque la distinction la plus significative entre la
perception de l'impôt dans ces deux époques. L'enjeu contemporain réside
désormais dans la capacité de l'État à maintenir ce consentement à une
fiscalité de plus en plus complexe, tout en faisant face aux défis d'une
économie globalisée et de l'évitement fiscal.
10
Bibliographie
I. Ouvrages :
1) BUABUA wa KAYEMBE, Traité de Droit Fiscal Congolais, Ed. Kinshasa
2006, p24.
2) GODEMEY et MOUNIER, Finances Publiques, Ed. Nemete par, 1986,
p82.
3) BOUVIER Michel, Introduction au Droit Fiscal Général, Ed. Lambuse,
Paris, 2005, p12.
II. Sites Internet :
1) [Link], le 19/09/2025.
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION.......................................................................................................................................1
PROBLEMATIQUE....................................................................................................................................2
11
Chapitre I : DEFINITION DES CONCEPTS CLES.............................................................................3
Chapitre II: LA PERCEPTION DE L'IMPÔT DANS LA SOCIÉTÉ TRADITIONNELLE : UN
MODÈLE ARCHAÏQUE ET COERCITIF..........................................................................................5
2.1. Les fondements de la fiscalité traditionnelle : une fiscalité de sujétion et de
privilèges............................................................................................................................................5
2.2. La nature de l'impôt : du prélèvement en nature à la fragmentation........................5
2.3. La perception de l'impôt : l'affermage et l'arbitraire........................................................6
Chapitre III : LA PERCEPTION DE L'IMPÔT DANS LA SOCIÉTÉ
CONTEMPORAINE : RATIONALISATION, BUREAUCRATISATION ET LÉGITIMATION....7
3.1. Les Fondements Théoriques de la Fiscalité Moderne du sujet au citoyen................7
3.2. La mise en place du système fiscal moderne : la bureaucratisation de la collecte
...............................................................................................................................................................7
3.3. Le rôle central du contrôle et la séparation des fonctions..............................................8
Conclusion...............................................................................................................................................10
Bibliographie..........................................................................................................................................11
I. Ouvrages :...........................................................................................................................................11
II. Sites Internet :..................................................................................................................................11