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INTRODUCTION GENERALE
1. CONTEXTE DE L’ETUDE
L’agriculture demeure un pilier fondamental du développement économique et social dans de
nombreux pays en développement. Elle assure non seulement la sécurité alimentaire, mais
constitue également une source majeure d’emplois, un moteur de création de revenus et un vecteur
d’intégration territoriale. En Afrique subsaharienne, où une importante de la population dépend
directement de l’agriculture pour sa subsistance, la modernisation et la transformation du secteur
sont considérées comme des conditions nécessaires à une croissance inclusive et durable.
Malgré ce potentiel, la performance agricole reste souvent entravée par un ensemble de
contraintes : insuffisances d’investissements publics et privés, accès limité aux intrants et aux
services techniques, infrastructures inadéquates et faiblesse des systèmes de gouvernance et des
marchés. Ces facteurs combinés empêchent l’agriculture de jouer pleinement son rôle de moteur
de développement, limitant la capacité des territoires à diversifier leurs économies et à réduire leur
vulnérabilité socio-économique.
2. PHENOMENE OBSERVE
Dans les années 2020-2024, la province du Haut-Katanga a connu un financement faible du secteur
agricole au niveau provincial. Selon le rapport du cours des comptes de la province du Haut-
Katanga, le budget agricole inscrit dans la loi des finances provinciales représente en moyenne
0,966% (2020-2024) du budget total de la province soit environ 50, 4 milliards de CDF pour le 5
ans. Ce faible investissement se traduit par :
• Une stagnation voire une baisse de la production vivrière ;
• Une augmentation de 27% des importations alimentaires dans la province selon la DGDA ;
• Une dégradation du revenu moyen des producteurs agricoles.
De plus de 90% des producteurs interrogés déclarent n’avoir bénéficié d’aucune aide publique sur
la période étudiée. Ce constat illustre un écart marqué entre les politiques annoncés et leur
application.
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3. PROBLEMATIQUE
Selon Sem MBIMBI et Annie Cornet (2018), la problématique est la phase cruciale qui consiste à
formuler clairement le cœur du problème à résoudre dans une étude, en identifiant un écart entre
la réalité observée et la situation idéale à atteindre. Elle doit permettre de circonscrire le champ de
la recherche, poser des questions précises et orienter les hypothèses et ils insistent sur le fait que
cette dernière soit à la fois opérationnelle c’est-à-dire susceptible d’orienter des actions concrètes
et scientifique s’appuyant sur une démarche rigoureuse, objective et reproductible.
Malgré l’existence des politiques agricoles nationales et provinciales visant à soutenir, à organiser
l’agriculture, la province du Haut-Katanga demeure confrontée à une faible productivité et une
dépendance croissante aux importations alimentaires. Le décalage entre les intentions politiques
agricoles et la réalité de terrain, illustré par l’absence des décaissements budgétaires faibles
observée entre 2020-2024, soulève des interrogations majeures :
➢ Comment expliquer que, dans un contexte de fort potentiel agricole et de politiques publiques
formellement adoptées, le secteur agricole de la province du Haut-Katanga reste incapable de
contribuer pleinement à la dynamisation économique de la province du Haut-Katanga ?
➢ Quelles sont les insuffisances structurelles, institutionnelles et budgétaires qui limitent
l’efficacité des politiques agricoles dans la province du Haut-Katanga ?
Ces questions structurent la présente recherche, qui s’attache à analyser ces insuffisances et à en
mesurer l’impact économique.
4. OBJECTIFS DE LA RECHERCHE
Les objectifs de recherche représentent la traduction opérationnelle de la problématique et
orientent l’ensemble du processus scientifique vers la production des réponses pertinentes aux
questions posées (Laky Mbayo 2016). Les objectifs sont considérés comme la boussole de la
recherche, précisant que leur formulation doit être claire, mesurable et en cohérence avec la
question centrale.
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• Objectif général
Il exprime la finalité globale de la recherche et la réponse attendue à la problématique et dans notre
étude l’objectif général sera celui d’analyser de manière critique les insuffisances des politiques
agricoles mises en œuvre dans la province du Haut-Katanga et évaluer leur impact sur la
dynamisation économique.
• Objectifs spécifiques
Ils découlent de l’objectif général et permettent de préciser les étapes concrètes de l’analyse.
Chaque objectif spécifique doit être opérationnel et évaluable :
- Décrire et analyser les politiques agricoles appliquées dans la province du Haut-Katanga
entre 2020 et 2021 ;
- Identifier les insuffisances structurelles, institutionnelles et opérationnelles de ces
politiques ;
- Evaluer l’impact de ces insuffisances sur la croissance, la diversification et la résilience
économique de la province ;
- Proposer des recommandations stratégiques et opérationnelles pour renforcer le rôle de
l’agriculture dans le développement économique de la province du Haut-Katanga.
Ainsi formulés, ces objectifs constituent le fil conducteur de la recherche, garantissant que
l’analyse reste cohérente et orientée vers la réponse à la problématique initiale.
5. HYPOTHESES
L’hypothèse est l’ensemble des propositions de réponses à la question de recherche. Il s’agit d’une
réponse anticipée, une affirmation provisoire qui décrit ou explique un phénomène (Pascal Sem
Mbimbi et Annie Cornet 2018).
C’est une réponse provisoire à la problématique formulée de manière anticipée, qui sera vérifiée
ultérieurement sur le terrain et sert de guide pour la collecte des données et la vérification
empirique. Dans le cadre de notre recherche nous avons conçu les hypothèses suivantes :
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a) Hypothèse générale
Les insuffisances des politiques agricoles, notamment en termes de financement, de gouvernance
institutionnelle et de soutien aux producteurs, constituent un frein majeur à la dynamisation
économique de la province du Haut-Katanga entre 2020 et 2024. Cette dynamique se manifeste
par une faible croissance de la productivité agricole, un niveau d’emploi agricole stagnant et une
contribution faible et stagnante de l’agriculture au PIB de la province du Haut-Katanga.
b) Hypothèses spécifiques
H 1 : L’absence ou l’insuffisance de financement public dans le secteur agricole du Haut-Katanga
constitue un frein majeur à l’augmentation de la productivité et par conséquent à la dynamisation
de l’économie locale ;
H 2 : La dynamisation de l’économie dans la province du Haut-Katanga dépend d’une
combinaison d’actions : financement adéquat, renforcement des capacités institutionnelles et
intégration des producteurs dans les chaînes de valeur régionales.
6. INTERET ET JUSTIFICATION DE L’ETUDE
L’intérêt d’une recherche selon B. Grawitz (2013), elle réside dans la pertinence de sa contribution
à la compréhension, à l’explication ou à la résolution d’un problème social, économique ou
scientifique. Dans le même sens, Laky Mbayo (2016) souligne que toute étude académique doit
être justifiée à la fois par sa valeur théorique et son utilité pratique.
a) Intérêt scientifique
Cette recherche contribue à enrichir la littérature existante sur le lien entre les politiques agricoles
et développement économique dans les pays en développement, en adoptant un focus territorial
sur la province du Haut-Katanga. Elle met en évidence les interactions entre les insuffisances
structurelles des politiques publiques et les dynamiques économiques. Elle apporte également une
perspective comparative en mobilisant des études menées dans d’autres provinces congolaises et
pays africains, ce qui permet de mieux situer le cas de la province du Haut-Katanga dans le cadre
plus large.
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b) Intérêt pratique
Sur le plan pratique, les résultats de cette étude peuvent servir d’outil d’aide à la prise de décision
pour :
• Les autorités publiques provinciales et nationales, afin de réorienter et améliorer la
planification des politiques agricoles ;
• Les partenaires techniques et financiers, en vue de cibler plus efficacement leurs
interventions dans le secteur agricole ;
• Les producteurs et organisations paysannes, qui pourront identifier les leviers de plaidoyer
pour un meilleur accompagnement institutionnel.
c) Intérêt socio-économique
En mettant en lumière les faiblesses actuelles des politiques agricoles et leurs répercussions
économiques, cette étude participe à la réflexion sur la diversification économique de la province,
en vue de réduire la dépendance au secteur minier et de promouvoir une croissance plus inclusive,
génératrice d’emplois et de sécurité alimentaire.
d) Justification du choix du sujet
La justification de ce travail repose sur le constat que, malgré son potentiel agroécologique et
humain, le Haut-Katanga reste largement dépendant de l’exploitation minière. Cette situation
accroît sa vulnérabilité économique face aux chocs externes et aux fluctuations des marchés
mondiaux des minerais. Analyser en profondeur les insuffisances des politiques agricoles devient
donc un impératif pour proposer des solutions viables et durables, susceptibles de repositionner
l’agriculture comme un moteur central du développement économique provincial.
7. REVUE DE LITTERATURE
a) Revue théorique
L’analyse des insuffisances des politiques agricoles sur la dynamisation de l’économie locale
mobilise plusieurs approches théoriques issues de l’économie classique et moderne.
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1. Théorie de Caton
Caton, dans ses travaux sur l’organisation agricole (1790), souligne que la productivité dépend non
seulement des facteurs naturels, mais aussi de la planification et du soutien institutionnel. Cette
vision met en avant l’importance de l’encadrement et de l’organisation du travail agricole,
éléments souvent négligés dans les politiques publiques congolaises.
2. Théorie des Physiocrates
Selon Quesnay (1758), l’agriculture est la seule activité véritablement productive, car elle génère
un « produit net » capable de soutenir la croissance de l’ensemble de l’économie. Appliquée au
Haut-Katanga, cette théorie invite à recentrer les stratégies de développement sur le renforcement
de la base agricole.
3. Théorie de la rente foncière (Ricardo, 1817)
David Ricardo explique que la rente découle des différences de fertilité des terres et de leur rareté
relative. Dans un contexte comme celui du Haut-Katanga, cette théorie aide à comprendre les
inégalités de productivité et la nécessité d’une gestion optimale des terres arables.
4. Théorie du développement local et de la compétitivité (Porter, 1990)
Michael Porter met l’accent sur la création de « clusters » productifs et sur la compétitivité
territoriale. Pour l’agriculture du Haut-Katanga, cela signifie structurer des filières locales
intégrées, capables de répondre aux marchés nationaux et régionaux.
5. Théorie institutionnaliste
North (1990) insiste sur le rôle des institutions dans la performance économique. Dans le cas du
Haut-Katanga, les insuffisances institutionnelles (manque de coordination, faiblesse des cadres
juridiques et réglementaires) freinent la modernisation agricole.
6. Théorie de l’échec de l’État
Krueger (1974) développe la notion selon laquelle l’État peut échouer à atteindre ses objectifs de
développement, en raison de politiques inadaptées, de mauvaise allocation des ressources ou de
capture par des intérêts particuliers. Cette approche éclaire les dysfonctionnements observés dans
les politiques agricoles congolaises.
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b) Revue empirique
Plusieurs recherches empiriques démontrent que les politiques agricoles insuffisantes freinent la
croissance économique dans les pays en développement.
✓ Mazalto (2009), dans une étude sur la gouvernance économique en RDC, montre que l’absence
de coordination interinstitutionnelle réduit l’impact des programmes agricoles.
✓ Mutombo et al. (2017) observent, dans le Kasaï, que le manque d’infrastructures rurales et de
mécanismes de suivi-évaluation a limité les effets des politiques agricoles sur l’économie
locale.
✓ FAO (2020) rappelle que la majorité des pays d’Afrique centrale n’atteignent pas les 10 % du
budget national prévus pour l’agriculture par la Déclaration de Maputo (2003), ce qui retarde
la transformation structurelle du secteur.
✓ Banque mondiale (2022) note que les pays ayant investi massivement dans la modernisation
agricole (Kenya, Éthiopie) ont connu une croissance plus inclusive, avec réduction de la
pauvreté rurale.
✓ IFPRI (2021) démontre que des politiques agricoles intégrées, combinant soutien à la
production et développement des marchés, améliorent significativement la productivité et la
résilience des systèmes alimentaires.
✓ Rwashana et al. (2018), dans un cas ougandais, montrent que l’absence de stratégie agricole
cohérente et la dépendance à un secteur extractif réduisent la capacité de l’agriculture à stimuler
l’économie locale une situation comparable au Haut-Katanga.
Ces constats confirment que, sans un cadre politique cohérent, financé et techniquement soutenu,
le potentiel agricole ne peut se traduire en gains économiques substantiels pour la population.
8. METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
a. Type et nature de la recherche
La présente étude adopte une approche quantitative, de nature explicative, visant à mesurer
l’impact des insuffisances des politiques agricoles sur la dynamisation économique du Haut-
Katanga, à travers l’analyse statistique des relations entre variables mesurables.
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b. Population cible
La population étudiée comprend l’ensemble des acteurs impliqués dans le secteur agricole de la
province du Haut-Katanga, incluant les producteurs agricoles, responsables de coopératives,
agents techniques et autorités locales.
c. Technique d’échantillonnage
Un échantillonnage probabiliste aléatoire simple a été adopté afin d’assurer que chaque individu
de la population cible ait une chance égale et connue d’être sélectionné. Cette méthode garantit la
représentativité statistique de l’échantillon et permet de généraliser les résultats.
d. Sources de données
• Données primaires : recueillies via des questionnaires standardisés administrés aux
membres de l’échantillon sélectionné aléatoirement.
• Données secondaires : issues des bases de données officielles, rapports d’organisations
agricoles (Ministère provincial de l’Agriculture, INS, FAO) et littérature scientifique.
e. Outils et techniques de collecte
La grille des questionnaires comporte des questions fermées, favorisant une saisie aisée et une
analyse quantitative. La collecte s’est réalisée par entretiens directs avec les enquêtés, afin de
réduire les biais liés à l’auto administration.
f. Techniques d’analyse des données
L’analyse statistique a été conduite à l’aide du logiciel Excel. Elle comprend :
• Statistiques descriptives : fréquences, moyennes, écarts-types.
• Analyse corrélative : coefficient de corrélation de Pearson pour évaluer la relation entre les
variables.
g. Justification du choix méthodologique
L’utilisation d’un échantillonnage probabiliste aléatoire est recommandée par les méthodologues
comme Kothari (2004) pour garantir la représentativité et minimiser les biais d’échantillonnage.
Cette rigueur méthodologique est essentielle pour assurer la validité statistique et la fiabilité des
résultats dans une étude quantitative.
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9. LIMITES ET DELIMITATIONS DE L’ETUDE
9.1. Limites de l’étude
Toute recherche empirique est sujette à des contraintes méthodologiques et contextuelles pouvant
influencer les résultats et leur interprétation. Cette étude présente les limites suivantes :
a. Limites liées à l’accès aux données : certaines données statistiques officielles récentes et
complètes sur le secteur agricole du Haut-Katanga restent difficiles à obtenir, notamment en
raison de la faiblesse des systèmes de collecte et d’archivage.
b. Limites temporelles : la période étudiée, de 2020 à 2024, bien que récente et pertinente, peut
ne pas refléter les dynamiques historiques plus anciennes ou les changements très récents
postérieurs à 2023.
c. Limites géographiques : l’étude se concentre principalement sur la province du Haut-Katanga.
Cette délimitation spatiale permet une analyse approfondie mais limite la généralisation des
résultats à l’ensemble du pays.
d. Limites liées à la méthodologie quantitative : bien que rigoureuse, cette approche peut ne pas
saisir en profondeur certaines dimensions qualitatives, telles que les perceptions, motivations et
dynamiques sociales complexes.
9.2. Délimitations de l’étude
Pour garantir la cohérence et la faisabilité de la recherche, les délimitations suivantes ont été fixées
:
a. Délimitation temporelle : la période d’analyse est circonscrite entre 2020 et 2024, afin de
couvrir les politiques agricoles récentes et leurs effets observables.
b. Délimitation spatiale : l’étude porte sur la province du Haut-Katanga, l’une des provinces
stratégiques pour l’agriculture en RDC, choisies pour sa représentativité socio-économique et
son accessibilité.
c. Délimitation thématique : l’analyse se focalise sur les insuffisances des politiques publiques
agricoles et leur impact sur la dynamisation économique locale, excluant d’autres facteurs
externes (comme les crises sanitaires, conflits armés ou marchés internationaux).
10 | P a g e
Ces limites et délimitations permettent de cadrer précisément l’étude, d’en assurer la rigueur
méthodologique tout en reconnaissant les contraintes inhérentes au contexte de recherche.
10. STRUCTURE DU MEMOIRE
Ce mémoire s’articule autour de quatre chapitres principaux hormis l’introduction et la conclusion,
organisés de manière à répondre progressivement à la problématique centrale
• Chapitre 1 : Approche théorique et conceptuelle des politiques agricoles et de leur impact
sur l’économie locale
• Chapitre 2 : Analyse du contexte de l’étude et des politiques agricoles
• Chapitre 3 : Analyse critique des insuffisances des politiques agricoles et leurs implications
sur la dynamisation économique
• Chapitre 4 : Analyse empirique des effets des insuffisances des politiques agricoles sur la
dynamisation économique du Haut-Katanga
Chaque chapitre se conclut par une synthèse partielle qui permet d’assurer une cohérence et une
progression logique dans l’argumentation du mémoire.