Module 1
L’étudiante ou l’étudiant sera en mesure de :
➢Connaître le contexte de naissance de la sociologie;
➢Connaître les ambitions de la sociologie;
➢Identifier les traditions sociologiques et définir la sociologie
➢Connaître les différentes conceptions de l’objet en
sociologie
Chapitre 1. La perspective sociologique
I. Sociologie, genèse d’une discipline
1. Les origines de la sociologie
La sociologie est née dans une période de crise économique,
politique et sociale
Crise économique : industrialisation, surproduction, conflits de
travail.
Crise politique : révolution, contre-révolution, exacerbation des
nationalismes;
Crise sociale : exode rural, chômage, délinquance, suicides, etc.
Les précurseurs de la sociologique voulaient devenir des
réformateurs sociaux.
Chapitre 1. La perspective sociologique
2. Ambition ou démarche sociologique
La démarche sociologique cherche à expliquer scientifiquement les
processus sociaux (ou les faits sociaux) en mettant en évidence les lois
qui les gouvernent.
La démarche sociologique cherche à se débarrasser ainsi des
explications d’ordre religieuses ou philosophiques qui ont recourt au
fatalisme pour expliquer les phénomènes sociaux.
Les premiers sociologues (surtout européens) qu’ils soient précurseurs
ou fondateurs de la discipline cherchaient donc à façonner la sociologie
à l’image des sciences de la nature comme la physique, la chimie ou la
biologie dont les objets d’étude sont gouvernés par des lois qu’il s’agit
de découvrir et de mettre en évidence afin de résoudre des problèmes
sociaux.
Chapitre 1. La perspective sociologique
Pour Montesquieu (1689-1755), l’un des premiers sociologues,
le monde social est gouverné par des lois moins rigides que
celles régissant le monde physique et chimique :
« Il s’en faut bien que le monde intelligent (la société) soit
aussi bien gouverné que le monde physique. Car, quoique
celui-là ait aussi des lois qui, par leur nature, sont
invariables, il ne les suit pas constamment comme le monde
physique suit les siennes. La raison en est que les êtres
particulièrement intelligents sont bornés par leur nature, et,
par conséquent, sujets à l’erreur; et, d’un autre côté, il est de
leur nature qu’ils agissent par eux-mêmes ». (Montesquieu,
1748, p.6).
Chapitre 1. La perspective sociologique
Pour Saint-Simon (1760-1825), la nouvelle discipline qu’il appelle
physiologie sociale a pour objectif d’étudier la société à partir de
l’observation des faits pour en tirer des lois.
«La physiologie sociale (nom ancien de la sociologie) plane au-
dessus des individus qui ne sont plus pour elle que des organes
du corps social (ou de la société) dont elle doit étudier les
fonctions organiques, comme la physiologie spéciale étudie celle
des individus ».
Et il ajoute :
« La réunion des hommes constitue un véritable être dont
l’existence est plus ou moins vigoureuse ou chancelante, suivant
que ces organes s’acquittent plus ou moins régulièrement des
fonctions qui leur sont confiées ». (Saint-Simon, 1965, 1832, p.57)
Chapitre 1. La perspective sociologique
Pour Auguste Comte (1798-1857) qui a inventé le mot sociologie :
L’objectif de la sociologie est bien la découverte « des lois dont
l’ensemble déter mine la mar che du développement
social » (1839, p.61).
Selon Auguste Comte : « Il y a des lois aussi déterminées pour le
développement de l’espèce humaine que pour la chute d’une
pierre ».
C’est dans cet esprit qu’il formule la loi des trois états selon
laquelle l’évolution des sociétés est déterminée par les modes de
connaissances dont elles disposent.
La loi des trois états
Chapitre 1. La perspective sociologique
Auguste Comte est un positiviste au même titre que Durkheim (voir suite)
Selon les positivistes :
On peut étudier les phénomènes sociaux au même titre que la sciences de la nature
(biologie, physique, chimie, etc.) étudient leurs objets;
Le but de la science et des sciences humaines et sociales n’est pas de découvrir des
causes finales et première ni de connaître la nature intime des choses;
Les spécialistes des sciences humaines et sociales doivent découvrir et mettre en
évidence les lois qui régissent le fonctionnement des sociétés en les étudiant de
manière objective (observation, raisonnement et expérimentation si possible);
En étudiant les phénomènes sociaux, on ne tient pas compte de la subjectivité des
individus
Chapitre 1. La perspective sociologique
3. Émile Durkheim et la formulation du projet sociologique
La controverse Émile Durkheim/ Gabriel Tarde
Pour Durkheim, il faut expliquer le social par le social
(exemple de l’étude du suicide)
Les faits sociaux sont radicalement différents des faits
individuels qui les constituent.
L’association des individus engendre une réalité nouvelle et
c’est dans la nature de cette réalité qu’il faut trouver la cause
des faits qui s’y accomplissent.
Chapitre 1. La perspective sociologique
« Il y a certains courant d’opinions qui nous poussent, avec une
intensité inégale, suivant le temps et les pays, l’un au mariage, par
exemple, l’autre au suicide ou à une natalité plus ou moins forte, etc.
Ce sont évidemment des faits sociaux. Au premier abord. Ils
semblent inséparables des formes qu’ils prennent dans les cas
particuliers. Mais la statistique nous fournit le moyen de les isoler. Ils
sont en effet, figurés non sans exactitude, par le taux de natalité, de
la nuptialité, des suicides, c’est-à-dire par le nombre qu’on obtient
divisant le total moyen annuel des mariages, des naissances, des
morts volontaires par celui des hommes en âge de se marier, de
procréer, de se suicider. Car, comme chacun de ces chiffres
comprend tous les cas par ticuliers indistinctement, les
circonstances individuelles qui peuvent avoir quelque part dans la
production du phénomène s’y neutralisent mutuellement et, par la
suite, ne contribuent pas à le déterminer. Ce qu’il exprime, c’est un
certain état de l’âme collective » (durkheim, 1895 : 9-10).
Chapitre 1. La perspective sociologique
Pour prouver la véracité de sa thèse, Durkheim prend comme
objet d’étude le suicide, un phénomène, en apparence, très
individuel mais qui pour lui a des causes essentiellement
sociales
Sa définition du suicide est la suivante : « Le suicide est tout
cas de mort qui résulte directement ou indirectement d’un acte
positif ou négatif accompli par la victime elle-même et qu’elle
savait devoir produire ce résultat » (Le Suicide, 1960, p.5)
Durkheim constate la constance des taux de suicide
Il distingue trois types de suicide : le suicide égoïste, le suicide
altruiste et le suicide anomique
Chapitre 1. La perspective sociologique
Le suicide égoïste est analysé grâce à la corrélation entre les
taux de suicide et les cadres intégrateurs de la société
(religion, famille, etc.);
Le suicide altruiste se déroule dans des sociétés trop intégrées;
Le suicide anomique est celui que révèle la corrélation
statistique entre la fréquence des suicides et les phases du
cycle économique mais aussi une faible conscience collective
et une montée de l’individualisme.
Les suicides sont des phénomènes individuels dont les causes
sont sociales.
Examen formatif
Quelles stratégies les précurseurs (comme Auguste
Comte) et les premiers sociologues français (comme
Émile Durkheim) ont-ils mis en place pour imposer la
sociologie comme discipline scientifique?
Chapitre 1. La perspective sociologique
4. Les traditions nationales en sociologie
4.1. La tradition française, une sociologie objective,
nomothétique avec des ambitions réformatrices
4.2. La tradition allemande et américaine d’une sociologie
individualiste et compréhensive
L’action individuelle ou interindividuelle est placée au centre
de l’analyse
On prend en compte la subjectivité et les motivations des
individus
Chapitre 1. La perspective sociologique
On utilise la technique de l’observation participante
Selon Merton : « Nous n’affirmons pas que ce que nous
avançons soit vrai mais du moins, c’est logique » diraient les
sociologues positivistes »
Les sociologues tenant de l’approche compréhensive diraient
plutôt : « Nous n’affirmons pas que ce nous disons soit logique,
mais du moins c’est la vérité »
5. Qu’est-ce que la sociologie?
La sociologie peut être définie comme une discipline qui étudie
l’action sociale dans ses dimensions objectives et subjectives
« La sociologie s’intéresse au comportement humain, mais elle
envisage celui-ci dans ses rapports avec d’autres
comportements du même type (action sociale) : c’est en ce sens
qu’elle est une discipline sociale ». (De Coster, 1996, p. 28).
Chapitre 1. La perspective sociologique
II. Deux conceptions de l’objet de la sociologie
1. Une conception domaniale ou territoriale
Exemple de Durkheim « Le fait social n’est pas une manière de
considérer les faits individuels. Le fait social est une réalité
irréductible à tout autre type de réalité, qu’elles soient d’ordre
psychologique, biologique, physique, etc. Cette réalité coïncide
avec le domaine d’investigation sociologique ». (Durkheim,
1895, p.5).
Chapitre 1. La perspective sociologique
2. Une conception en termes de point de vue
Pour le sociologue américain Peter Berger :
« Toutes les activités humaines, écrit-il, peuvent faire l’objet d’une
investigation sociologique, mais non tous les aspects de ses
activités. L’interaction sociale ne constitue pas un secteur
particulier au sein de l’ensemble des interactions humaines : elle
représente plutôt un aspect de toutes ces interactions. En d’autres
termes la sociologie est une forme particulière d’abstraction. Le
social en tant qu’objet d’Investigation spécifique, ne constitue pas
un secteur à part dans l’activité humaine » (Berger, 1963, p. 48).
Une science se caractérise par le type de regard qu’elle pose sur la
réalité. La sociologie s’intéresse donc à l’étude des comportement
humains considérés du point de vue social.