Parti 037 0221
Parti 037 0221
› Jean-Michel Wachsberger1
Résumé
Bien des travaux de recherche en sciences sociales ont insisté sur l’importance
des idées, croyances et représentations des groupes sociaux dirigeants pour
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[1] 1. Univ. Lille, ULR 3589 - CeRIES - Centre de recherche « Individus Épreuves Sociétés »,
F-59000 Lille, France. IRD, LEDa, DIAL UMR 225, F-75010 Paris, France.
2. IRD, LEDa, DIAL UMR 225, F-75010 Paris, France.
222 participations
Introduction
Le poids des représentations élitaires
Bien des travaux de recherche en sciences sociales ont insisté sur l’importance
sociale des idées, croyances et représentations des groupes sociaux dirigeants.
La « conscience sociale » des élites aurait par exemple progressivement (entre
le xviie et le xxe siècle) légitimé et imposé la prise en charge politique en Europe
de l’assistance aux pauvres, de l’éducation, de l’hygiène
urbaine et, plus tardive-
ment, de la protection sociale (De Swaan, 1988). Dans une perspective d’économie
politique, les grandes représentations sur la façon dont le monde fonctionne, que
Peter Hall appelle « paradigmes politiques », permettraient, autant sinon plus
que les positions structurelles des groupes les défendant, d’une part d’expliquer
l’adoption et la consolidation de modèles économiques (Hall, 1989 ; Sikkink,
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[2] La densité de population est relativement faible : 42 personnes au kilomètre carré en 2015
contre 49 au Cameroun, 66 au Burkina Faso, 71 en Côte d’Ivoire, 78 au Sénégal, 97 au Bénin et 622
pour l’île Maurice. Compte tenu des carences en infrastructures routières, la population rurale,
dispersée sur le territoire, apparaît dans certaines régions très atomisée.
[3] Le revenu moyen d’activité
en zone rurale s’élevait
en 2012 à 34 000 ariarys (Instat, 2013), soit
environ 11 euros par mois au taux de change de l’époque. Un tel revenu de moins d’un demi-dollar
par personne active occupée et par jour dans l’agriculture
indique clairement que la majeure
partie de la consommation est assurée par la production locale.
[4] Notons par exemple que le classement des pays selon l’indice
de démocratie par l’Economist
Intelligence Unit place Madagascar parmi les régimes hybrides (entre régime démocratique et
régime autoritaire). Il indique néanmoins une évolution régulière vers le groupe des démocraties
imparfaites, ce qui place Madagascar dans une position médiane en 2021, au 85 e rang des pays du
monde (sur 167) et même au 10e rang des pays africains (sur 50).
[5] Les enquêtes Afrobaromètre sont des enquêtes d’opinion sur la démocratie, l’économie et la
société menées régulièrement depuis 1999 dans plus d’une
trentaine de pays africains.
Représentations élitaires et ordre moral à Madagascar 225
interrogés (moyenne, 59 %). Enfin, ces enquêtes révèlent l ’existence d’un rapport
spécifique des Malgaches à leur classe dirigeante, avec une moindre tendance à
remettre en cause ses actions ou à exiger des comptes sur son efficacité.
Ces différents éléments nous ont conduits (Razafindrakoto et al., 2017, 2020) à
postuler l’existence à Madagascar d’une théologie politique reposant sur le tabou
de la violence, et la croyance dans le caractère exceptionnel du fanjakana6 et du
statut de raiamandreny (père et mère de ses sujets, à qui on doit le respect) des
personnes qui l ’incarnent. Le tabou de la violence explique la relative tranquillité du
peuple malgache. La culture malgache, représentée dans le fihavanana7, valorise
avant tout le consensus et la non-violence. La portée, la particularité et l’ancrage
dans le temps de cette norme de « bonne entente » sont cependant débattus dans
de nombreux travaux académiques (Kneitz, 2014, 2022). Transformée artificielle-
ment en contrat de citoyenneté avec la construction de l’État post-indépendance,
sa condamnation de tout acte mettant en péril l’harmonie
sociétale cache une
violence invisible et structurelle réprimant toute opposition à l’ordre établi. Le
fihavanana prend ainsi parfois la forme d ’un consentement des faibles à la soumis-
sion (Raison-Jourde, 2014 ; Razafindrakoto, Roubaud, Wachsberger, 2023). Cette
théologie politique pourrait être ainsi un des facteurs explicatifs de la pérennité du
système. Il ne s’agit cependant pas d’accorder
aux croyances politiques un poids
prépondérant mais d’insister, dans la lignée des analyses néo-institutionnalistes
des politiques publiques, sur l’interdépendance des « trois I » (Ideas, Institutions,
Interests) constituant les éléments explicatifs couramment mobilisés. Comme
l’indiquent Bruno Palier et Yves Surel (2005), « les processus étudiés sont tout
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[6] Le fanjakana signifie l’État, mais étymologiquement, ce mot est lié à manjaka (régner) et
mpanjaka (le roi). Ainsi, d’une certaine manière, le Président peut se considérer comme le « roi
de la République ».
[7] Ce terme, réputé intraduisible tant il recouvre de facettes différentes, semble constituer un
éthos commun aux Malgaches : idéal d’harmonie et d’entente
sociale imposant la maîtrise de soi
et la retenue dans l’expression
des désaccords.
226 participations
caractériser les membres des élites, leurs positions de pouvoir et leurs trajec-
toires ; un deuxième retraçant leurs réseaux et la nature de leurs échanges ;
un troisième recueillant leurs valeurs et leurs représentations. Ce dernier volet
incluait des questions fermées sur les valeurs, croyances et préférences poli-
tiques et des questions ouvertes sur les sources de blocage pour le dévelop-
pement du pays, ainsi que sur les représentations des membres des élites de
leur propre monde et de la population malgache. Ce sont essentiellement les
réponses à cette dernière question8 qui seront analysées ici.
Je montrerai dans la suite de cet article que les mots et registres employés par
les élites produisent une image très cohérente du peuple malgache défini par
ses caractéristiques psychologiques et culturelles, ainsi que par son état de
pauvreté et ses manques ; que ces mots et registres révèlent en miroir la façon
dont les élites se positionnent dans la société malgache ; et que les différentes
sensibilités qu’il est possible d’identifier marquent plus des nuances que des
oppositions paradigmatiques.
Dans tout ce qui suit, pour éviter la multiplication des guillemets, j’indiquerai
en
italique les mots employés par les élites dans leurs réponses, afin de bien les
distinguer des miens. Par ailleurs, pour étayer mes affirmations, je ne citerai pas
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[9] La question était formulée en français, mais 18 % des interviewés ont répondu en malgache
et 5 % en mélangeant les deux langues.
[10] Le terme de personnalité collective employé ici renvoie aux travaux, initialement développés
au sein du courant culturaliste américain, portant sur la dimension culturelle et donc collective
de la personnalité des membres d’une
société donnée (voir par exemple Kardiner et Linton, 1974).
228 participations
La gentillesse est un registre très communément mobilisé par les élites pour
parler du peuple malgache. Ce dernier est souriant et chaleureux, accueillant,
hospitalier et serviable, tolérant, respectueux, indulgent, conciliant et consensuel,
autant de caractéristiques qui le rendent aimable et attachant. Il est aussi présenté
sous le registre du pacifisme. Le peuple est calme et paisible, sage et pacifique (non
violent, non belliqueux). Il apparaît enfin patient, stoïque et endurant dans la souf-
france au point de passer même, pour un des enquêtés, pour masochiste.
[11] Les suffixes « iste » ou « isme » accolés aux mots traduisant ces comportements en indiquent
clairement la dimension négative.
[12] Paresseux.
[13] Le moramora (étymologiquement : doucement) est une caractéristique souvent citée du
peuple malgache qui, traduisant un certain rapport positif à la vie, consiste à prendre les choses
simplement et à ne pas se presser.
Représentations élitaires et ordre moral à Madagascar 229
de l’extérieur pensent que nous… (silence), nous… (long silence),… nous sommes
très passifs. Non les Malgaches ne sont pas passifs, mais… (silence), ils sont
plutôt… (long silence)… ils ne savent pas revendiquer. Voilà. »
delà de son inaction, le peuple des élites se caractérise également par son
Au-
incapacité à « faire société », du fait de son caractère. Il est impulsif et imprévisible,
inconstant et versatile. Il est enfin d’un
naturel jaloux (ce dont atteste notamment
l ’expression populaire « ory hava manana » – jaloux de la réussite des autres –
plusieurs fois rappelée), hypocrite, voire fourbe et sournois, et se caractérise par
son défaut de confiance à l’égard
d’autrui.
Tous ces éléments le font alors appa-
raître comme potentiellement dangereux, en dépit de sa gentillesse et de son
endurance, ce que traduit parfois l’évocation du risque d’explosion sociale.
Le peuple des élites est enfin défini par son incomplétude. Très nombreuses
sont en effet les personnes enquêtées le présentant comme manquant d’un
certain nombre d’éléments permettant sa complète valorisation, un peuple
en quelque sorte immature pour reprendre le terme employé par l’un d’eux.
Le peuple malgache manque ainsi d’énergie (détermination, motivation, dyna-
misme, réactivité, initiative, esprit d’entreprise, audace, combativité, prise de
responsabilité), de logique (bon sens, rigueur, pragmatisme, vision de long terme),
de confiance (confiance ou assurance en soi, confiance mutuelle, fierté), de sens
du collectif (patriotisme, responsabilité, discipline, civisme, ouverture aux autres),
voire d’honnêteté (franchise, sincérité). Il manque par ailleurs aussi cruelle-
ment d’éducation (ou d’instruction) : pas éduqué, peu éduqué, insuffisamment
éduqué, mal éduqué, sous-éduqué sont des expressions récurrentes du verbatim
des élites. Cette carence, la plus fréquemment évoquée, est parfois présentée
230 participations
montrent que les élites se positionnent massivement en dehors et au- dessus d’un
peuple, dont l’immaturité
explique en bonne partie le faible état de développement
du pays, et qui doit en conséquence être dirigé et encadré.
Cette image du peuple est en fait le miroir de la représentation que les élites ont
d’elles-mêmes et que l’on pourrait qualifier de syndrome du raiamandreny. Le
raiamandreny, qui signifie étymologiquement père et mère, est un terme souvent
utilisé à Madagascar pour désigner les notables, renvoyant à une légitimité par
232 participations
l’âge, l’ascendance
statutaire, la position sociale et dans une moindre mesure
le revenu ou le diplôme. Les raiamandreny ont supposément la sagesse et la
bienveillance de parents éduquant leurs enfants et, par cela même, méritent le
respect et l’écoute. Ce sont eux qui par exemple, lors des assemblées du fokono-
lona15, ouvrent les échanges en exposant longuement et de façon très ritualisée
(kabary)16 leurs positions, la parole descendant ensuite progressivement le long
de l’échelle des positions statutaires (Wachsberger, 2020)17.
La tonalité des avis portés sur le peuple par les élites rappelle à bien des égards
celle des jugements éducatifs qui relèvent les défauts et qualités des enfants, tout
en indiquant ce q u’il leur faudrait faire pour réussir. Bien que parfois perçu comme
indiscipliné, paresseux ou distrait, le peuple est néanmoins de bonne volonté. Il a du
potentiel, des atouts et des aptitudes. Il peut même être jugé doué, habile et promet-
teur. Il est donc perfectible pourvu qu’il change de comportement. Or, ce change-
ment ne peut se produire seul. Le peuple a ainsi besoin d’être orienté, dirigé voire
formaté par les élites, ce dont il a d’ailleurs en partie conscience, puisqu’il est en
attente ou en quête de directives, de leader, de leadership, voire de messie. Ce rôle de
parent incombant aux élites se présente naturellement. Du fait de sa gentillesse,
le peuple est, somme toute, facile à diriger, gouverner, gérer, manœuvrer, voire
amadouer. En réduisant le peuple à l’état d’enfant, les élites se réservent ainsi, de
façon évidente, la place de celles et ceux qui pensent et ont charge d’âmes.
employés (pour déterminer les positions relatives des personnes les unes par
rapport aux autres), puis à une classification hiérarchique ascendante de ces
positions (voir figure 1). Le partitionnement obtenu a enfin été consolidé par
la méthode des K- moyennes (sur l’intérêt
de la méthode, voir Husson, Josse,
Pagès, 2010)18. L’observation du dendrogramme19 conduit à retenir une partition
en sept classes (clusters) de personnes mobilisant des registres d’énonciation
différents (voir annexe 3), lesquelles classes peuvent être rattachées à deux
grands groupes de représentations élitaires : des représentations du peuple
portées à distance et « en surplomb », et des représentations plus « en relation »
exprimant, bien que de façon très mesurée, un certain sens des responsabilités
à l’égard du peuple20. Ces différences de sensibilité constituent cependant plus
des nuances que de véritables oppositions dans les représentations élitaires.
Source : Elimad, mes propres calculs. Sont représentés ici, sur les deux premiers axes de
l’analyse factorielle, à la fois les registres de sens et les clusters (cercles noirs pleins). La
taille des cercles des clusters reflète leur importance (nombre de personnes). J’ai tracé les
nuages des mots significativement associés à chacun des clusters.
[18] Après analyse de l’ensemble des réponses, soixante-sept registres de sens ont été identi-
fiés. Les analyses ont été menées à l’aide du logiciel DTM-
VIC.
[19] Un dendrogramme est un diagramme utilisé pour visualiser la formation des groupes lors
des regroupements successifs des personnes issues de la classification hiérarchique.
[20] Le cluster numéro 7 ne comprend que 21 personnes dont la caractéristique essentielle est
d’avoir insisté sur l’imprévisibilité du peuple malgache. Compte tenu de ce petit nombre, je l’ai
exclu ici de l’analyse.
234 participations
Trois des clusters distingués dessinent des élites « en surplomb » dont les avis,
à la tonalité très critique, sont énoncés à distance du peuple, comme dans une
tour d’ivoire, sans s’inclure
d’aucune façon ni dans le problème relevé ni dans
son éventuelle solution. Plus de la moitié des membres des élites entrent dans
cette catégorie. Leurs avis témoignent alors de leur profonde coupure d’avec le
reste de la population et de leur absence totale de sentiment de responsabilité
vis-à-vis de son sort. Ils se rattachent cependant à des registres de sensibilité
légèrement différents les uns des autres : celui de la déploration, celui de la
responsabilisation et celui de la culpabilisation.
Les élites « en relation » sont celles dont les avis traduisent, sinon leur sens
des responsabilités à l’égard du peuple, du moins le sentiment d’être
concer-
nées par lui. Elles se distinguent donc des précédentes par une préoccupation
plus marquée pour son sort et l’idée
que celui-
ci pourrait être amélioré. Trois
registres les caractérisent : celui de la compassion, celui du manque d’éducation
et celui de la manipulation. Dans chacun de ces registres, même si les élites qui
les mobilisent ne se désignent pas elles-mêmes comme collectivement respon-
sables, elles incriminent, au moins partiellement, les mauvais dirigeants22.
Contrairement aux précédentes, ces sensibilités laissent penser qu’elles
pour-
raient être ouvertes, voire favorables, à certaines politiques sociales en faveur
de l’amélioration des conditions de vie de la population.
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[22] Ces dirigeants sont et ont été des hommes, dans leur immense majorité.
236 participations
Le registre de la manipulation est mobilisé par 207 individus (cluster 2). C’est donc
le deuxième registre le plus fréquemment employé, après celui de la responsabi-
lisation. S’il marque aussi une compréhension et une acceptation des comporte-
ments supposés de la population, il dénonce plus clairement sa manipulation par
des élites malintentionnées. La droiture du peuple, sa simplicité et son caractère
sentimental le mettent à la merci des dirigeants et politiciens qui profitent du carac-
tère de la population pour la berner et l’exploiter. La population est superstitieuse
et influençable (manara-drenirano mpitaty ran-kena), elle se laisse manipuler et
emporter par l’impulsion des évènements : peuple mafana fo ra comme on dit.
[23] 86 % des élites malgaches sont affiliées à l’une des grandes églises chrétiennes, dont
38 % au catholicisme (EKAR), 37 % à l’Église
réformée (FJKM) et 11 % à l’Église
luthérienne de
Madagascar (FLM).
[24] Le pouvoir des élites n’est approché dans l’enquête Elimad q u’indirectement en faisant
l’hypothèse qu’il est essentiellement fonction de leur(s) position(s) statutaires. J’ai
donc classé
les membres des élites en fonction de leur rang sur une échelle hiérarchique « normalisée »,
principalement à partir d’organigrammes. J’ai utilisé ici une échelle de pouvoir en cinq positions,
5 étant le niveau de pouvoir maximal.
Représentations élitaires et ordre moral à Madagascar 237
l’origine statutaire, ni la sphère principale de pouvoir à laquelle on appartient ne
suffisent à déterminer ces sensibilités dans les représentations du peuple. À ce
stade de l’analyse, il est difficile de savoir si ces différentes sensibilités ont des
déterminations purement individuelles, auxquels cas les plus « progressistes »
d’entre elles ont peu de chance de se diffuser dans le reste de la société, ou si
elles circulent malgré tout dans des réseaux d’idées existants qui ne seraient
pas constitués autour des variables socio-
démographiques retenues dans cette
étude. Seule l’observation des réseaux des personnes de ces différents clus-
ters permettrait de répondre à cette interrogation (voir sur cette méthodologie,
Razafindrakoto, Roubaud, Rua, 2021), un travail qui dépasse le cadre de cet article.
Mais ce que révèlent surtout ces résultats, c’est que ces sensibilités ne
marquent que des nuances au sein de représentations élitaires du peuple très
homogènes. Les idées qui légitiment la position des élites et justifient l’ordre
social malgache sont très largement partagées, quelles que soient les sphères
sociales et/ou de pouvoir auxquelles ses membres appartiennent. Compte tenu
alors de la relative proximité des six registres (déploration, responsabilisa-
tion, culpabilisation, compassion, manque d’éducation,
manipulation), il est peu
probable que l’un
ou l’autre
soit véritablement en mesure d’entraîner
un jour,
par sa diffusion, un changement profond dans les représentations sociales, et
partant, les politiques menées.
Conclusion
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Plus largement, exprimées par des personnes dont la parole compte et peut être
diffusée plus fréquemment que d’autres
(par exemple dans les médias ou les
assemblées), ces représentations ont le pouvoir de créer un « effet de vérité »
(Castel, 1991) et de s’imposer
au reste de la population. Cet imaginaire naturali-
sant le social exerce donc bien une violence symbolique contribuant à figer une
structure sociale dont il est possible de penser qu’elle constitue une partie de
l’explication du mystère malgache.
Représentations élitaires et ordre moral à Madagascar 239
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Annexes
Source : Enquête Elimad, nos propres calculs. N’ont été ici retenus que les mots significatifs,
en excluant les verbes d’état, les adverbes, les pronoms…
NB : Ce graphique n’est
en aucun cas un élément de l’analyse.
Il permet juste de représen-
ter l’ensemble des mots employés par les élites en reflétant leurs occurrences. Il est bien
entendu que ces mots n’ont de sens que parce qu’ils ont insérés dans des phrases.
244 participations
1 84 111
42,0 4,7 18,16 0,00
Déboussolée
2 Jeune 4,0 0,5 8 12 4,79 0,00
3 Fihavanana 7,5 2,5 15 60 3,77 0,00
4 Envieuse 3,5 0,7 7 16 3,59 0,00
[18-30 ans] 26 1,4 0,02 0,1 0,86 -0,9 0,41 0,4 0,57 -1,8 0,09 0,2 0,72 -11,5 0,98
[31-40 ans] 141 0,2 0,61 0,1 0,74 -0,5 0,27 -0,1 0,74 0,1 0,84 0,0 0,91 -0,3 0,69
[41-50 ans] 271 Référence
[51-60 ans] 351 0,5 0,17 -0,3 0,21 -0,4 0,37 0,1 0,87 0,4 0,14 -0,1 0,56 0,2 0,79
[61-90 ans] 204 0,7 0,03 -0,3 0,15 -0,2 0,54 -0,4 0,16 0,4 0,05 -0,1 0,77 -0,3 0,64
Deug ou 0,3 0,68
180 0,5 0,18 -0,4 0,07 0,4 0,41 0,0 0,94 0,0 0,89 0,1 0,58
moins
Licence/ 0,2 0,69
219 0,4 0,19 -0,1 0,46 0,1 0,71 -0,3 0,33 -0,2 0,40 0,2 0,27
Maîtrise
Doctorat 594 Référence
FJKM 369 Référence
EKAR 378 0,2 0,36 0,0 0,90 -0,1 0,82 0,2 0,49 0,0 0,96 -0,1 0,70 -1,7 0,03
FLM 105 0,2 0,56 -0,5 0,05 0,2 0,62 0,1 0,73 0,1 0,66 0,2 0,49 0,2 0,74
Anglican 16 -14,1 0,99 0,7 0,19 1,1 0,19 -0,3 0,80 -0,5 0,49 -0,2 0,79 -12,1 0,98
Autre 125 -0,1 0,85 0,3 0,15 -0,1 0,85 0,1 0,83 0,1 0,60 -0,6 0,03 0,2 0,74
Pouvoir 1 0,6 0,60
267 -0,7 0,33 0,0 1,00 0,3 0,64 -0,7 0,39 0,5 0,20 -0,2 0,69
ou 2
Pouvoir 3 267 -0,1 0,72 0,0 0,98 0,1 0,79 0,2 0,60 0,3 0,23 -0,4 0,12 0,4 0,61
Pouvoir 4 406 -0,2 0,46 0,2 0,37 0,1 0,80 0,1 0,68 0,2 0,46 -0,4 0,07 0,2 0,73
Pouvoir 5 53 Référence
Bureaucra- -0,2 0,71
238 0,3 0,32 0,0 0,89 0,6 0,20 0,3 0,34 -0,4 0,10 -0,1 0,69
tique
Société -0,9 0,28
201 0,5 0,18 0,1 0,67 0,8 0,10 0,1 0,73 -0,3 0,17 -0,2 0,45
civile
Économique 279 0,3 0,36 0,0 0,86 0,6 0,21 0,1 0,78 -0,3 0,17 0,0 0,84 -0,7 0,30