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Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et

impériale : matériels et techniques


Julie Bothorel
Dans Participations 2019/HS (Hors Série), pages 157 à 177
Éditions De Boeck Supérieur
ISSN 2034-7650
ISBN 9782807393448
DOI 10.3917/parti.hs01.0157
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Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 157

Le tirage au sort civique


dans la Rome républicaine et impériale :
matériels et techniques

›› Julie Bothorel
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›› Résumé

Dans la Rome républicaine et impériale, le tirage au sort (sors ou sortitio) est une
procédure technique couramment employée par les magistrats de Rome pour
distribuer des tâches particulières parmi les sénateurs ou les magistrats, répar-
tir des lots de terre ou organiser le déroulement du vote. L’étude des sources
littéraires, mais également épigraphiques, iconographiques et archéologiques,
permet de mieux connaître les instruments qui étaient utilisés pour tirer au sort
les lots publics (sitella, hydria, urna uersatilis, sortes et pilae), ainsi que la manière
dont on les manipulait. Entre les années 100 et 70 av. J.-C., le passage d’un tirage
au sort public manuel effectué à l’aide d’une sitella et de sortes à un tirage au sort
mécanique effectué à l’aide d’une urna (uersatilis) et de pilae illustre les muta-
tions du régime et de l’aristocratie du ier siècle.
158 participations

L
e tirage au sort, appelé sors ou sortitio, est une procédure fréquente dans la
Rome républicaine et impériale. Si l’on tire souvent au sort dans un contexte
familial et privé (jeux de hasard ou pratiques magiques) et dans les sanc-
tuaires oraculaires, le tirage au sort est aussi utilisé par les magistrats romains,
dans un contexte civique, officiel et devant un public, pour répartir des fonctions
ou des biens, ou encore établir un ordre de vote.

Le déroulement de la sortitio civique à Rome et le matériel qu’elle requiert sont


mal connus dans le détail (Hurlet, 2006, p. 80). Les sources sont en effet peu
disertes sur cette procédure. Les comédies de Plaute, notamment Casina, et
plusieurs inscriptions, telles la Tabula Hebana, la lex Malacitana et les édits i et v
d’Auguste, dits « de Cyrène », offrent toutefois des renseignements intéressants
sur le matériel et la technique du tirage au sort. La bibliographie sur la sortitio
civique est en outre peu abondante et le tirage au sort n’a jamais fait l’objet d’une
synthèse, à l’instar de la question du vote comme modalité de prise de décision.
Theodor Mommsen (historien allemand du xixe siècle, auteur notamment du Droit
public romain), et, après lui, les historiens des institutions romaines, ainsi que
les auteurs des rares notices sur la sortitio à Rome (Lécrivain, 1911 ; Ehrenberg,
1927), n’ont traité que des aspects juridiques, politiques et religieux du tirage au
sort et ne se sont pas intéressés aux aspects techniques. Lily Ross Taylor (1966),
Eastland Stuart Staveley (1972), Claude Nicolet (1976 ; 1991) et Roberta Stewart
(1994 ; 1998) ont consacré quelques pages au matériel et aux techniques de la
sortitio, mais les conclusions auxquelles ces auteurs aboutissent sont différentes
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et ne permettent pas de savoir à quelle époque les divers instruments de tirage
au sort ont été utilisés. Si nous connaissons peu et mal le matériel utilisé à Rome
pour tirer les lots civiques, plusieurs enquêtes ont en revanche été menées pour
connaître le matériel utilisé dans l’Athènes classique (les klèrôtèria) (voir l’article
de L. Lopez-Rabatel dans ce numéro de Participations) et dans les sanctuaires
oraculaires, en particulier italiens (Champeaux, 1982).

Cet article présente les différents usages civiques du tirage au sort et décrit les
« récipients » et « lots »1 qui sont utilisés pour tirer au sort dans la Rome répu-
blicaine et impériale. Il cherche à montrer que le passage, dans les années 100 à
70 av. J.-C., d’un tirage au sort public manuel effectué à l’aide d’une sitella et de
sortes à un tirage au sort mécanique effectué à l’aide d’une urna (uersatilis) et de
pilae illustre les mutations du régime et de l’aristocratie du ier s. av. J.-C.

[1] Les termes « récipient » et « lot » ont été préférés aux termes « urne », « sort » ou « jeton »,
etc., plus ambigus car renvoyant à un objet et/ou à une forme précis(e).
Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 159

Le tirage au sort dans la Rome républicaine


et impériale
Les usages du tirage au sort sont nombreux dans la Rome républicaine (509 av.
J.-C. – 27 av. J.-C.). La sortitio est tout d’abord utilisée pour sélectionner des
ambassadeurs ou des messagers parmi les sénateurs. Elle permet aussi de dis-
tribuer des tâches parmi les sénateurs : attribuer des provinces aux consuls,
préteurs, questeurs ; choisir un des deux censeurs pour célébrer la clôture du
recensement des citoyens – cérémonie du lustrum – ou pour désigner le pre-
mier sénateur à inscrire sur l’album sénatorial – le prince du Sénat – ; choisir
un des deux consuls pour présider les assemblées du peuple ou pour désigner
ponctuellement, en cas de crise militaire ou politique, un magistrat extraordi-
naire appelé dictateur. Les appariteurs sont parfois attribués aux magistrats par
tirage au sort, à l’instar des scribes qui tirent au sort les magistrats chargés des
finances publiques (questeurs) qu’ils vont assister. On tire également au sort,
avant le vote des comices (assemblées du peuple), la centurie praerogativa ou la
tribu principium (la tribu ou la centurie qui votent en premier), ainsi que la tribu
dans laquelle votent les Latins. Le tirage au sort sert encore à déterminer au
sein de quelle tribu urbaine votent les affranchis. Après le vote des comices, la
sortitio permet de déterminer l’ordre dans lequel les résultats seront annoncés
ou de décider du vainqueur en cas de vote serré dans une tribu ou centurie. Le
tirage au sort est en outre fréquemment utilisé dans les procédures judiciaires
puisqu’il sert à désigner les jurés et, éventuellement, leurs remplaçants – on
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parle alors de subsortitio ou de tirage au sort supplémentaire. On tire au sort
les récupérateurs (« arbitres » chargés de régler les contestations privées entre
citoyens romains, et entre citoyens romains et pérégrins) ou les juges des cours
pénales provinciales ; quand les jurés donnent leur verdict, le tirage au sort
détermine l’ordre dans lequel celui-ci est lu ou prononcé. Les lots de terre sont
attribués par sortitio entre les colons. On renouvelle grâce à un tirage au sort,
auquel sont admis à participer les citoyens les plus pauvres, les bénéficiaires
des distributions de blé public. Il est enfin utilisé pour désigner les titulaires de
certains sacerdoces : on tire au sort les dix-sept tribus destinées à élire le prêtre
qui préside le culte public romain (le grand pontife) et les membres de certains
collèges sacerdotaux ; les vestales sont choisies par tirage au sort.

À l’époque impériale (27 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.), le recours au tirage au sort,
loin de diminuer, s’accroît : la plupart des usages républicains du sort perdurent
et des fonctions nouvelles, liées à l’Empire et au service du Prince, sont tirées
au sort, bien qu’en parallèle la pratique de la nomination directe par le Prince
s’accentue. Le tirage au sort est ainsi utilisé pour répartir de nouvelles tâches
parmi les chevaliers et sénateurs au service de l’Empire et permet par exemple
de choisir deux préteurs chargés de la gestion du trésor public (aerarium) ou
de sélectionner des sénateurs pour former des commissions. La sortitio permet
également de désigner les desservants (sodales) du culte d’Auguste divinisé ainsi
que les prêtres (quindecemvirs) qui distribuent le matériel purificatoire lors de
la célébration des Jeux Séculaires (festivités célébrant l’ouverture de chaque
160 participations

centenaire depuis la fondation de Rome). Dans les comices centuriates rénovés


après Auguste, la sortitio sert enfin à déterminer l’ordre dans lequel votent les
unités et à choisir les custodes (surveillants).

Ces recours fréquents au tirage au sort peuvent s’expliquer de plusieurs


manières. Le tirage au sort permet de faire participer les dieux à la vie politique
de la cité. Les vertus politiques et sociales de la sortitio sont en outre multiples :
en excluant toute influence rationnelle ou humaine, elle assure l’égalité entre
les candidats admis à tirer au sort. Elle permet également de lutter contre la
corruption, la brigue et de simplifier et d’accélérer les prises de décision. Tous
les citoyens ne peuvent cependant participer à ces sortitiones officielles : à
Rome, les candidats au tirage au sort civiques sont toujours au préalable élus
par le peuple ou sélectionnés, après examen et selon différents critères, par les
magistrats qui établissent des albums.

Le récipient
La documentation montre que les magistrats utilisent, de la fin du iiie s. av. J.-C.
au ier s. av. J.-C., une sitella pour tirer au sort des lots civiques. La sitella (diminu-
tif de situla) est un type de récipient ressemblant à un grand vase ou à un seau,
généralement muni d’une anse, dont la contenance est variable (Hilgers, 1969).
Le terme sitella est seulement utilisé dans le contexte de tirages au sort.
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La sitella

La sitella (que nous traduirons par « seau ») est le récipient à l’aide duquel on tire
au sort les provinces, les unités de vote, les jurés et certainement tous les lots
civiques à l’époque républicaine. Tite-Live (Histoire romaine, 41, 18, 9) rappelle
ainsi que la sortitio consulaire effectuée de manière irrégulière par les consuls
en 176 av. J.-C. a été réalisée à l’aide d’une sitella. Le même terme se retrouve
dans des descriptions de tirages au sort judiciaires et comitiaux. Pour décrire un
tirage au sort qui s’est déroulé en 212 av. J.-C. lors de comices législatifs, Tite-
Live (Histoire romaine, 25, 3, 16) précise que c’est à l’aide d’une sitella que l’on tire
au sort la tribu dans laquelle votent les Latins. Cicéron (La Nature des Dieux, 1,
38, 106), faisant référence au conflit qui opposa en 133 av. J.-C. deux tribuns de la
plèbe (Tiberius Gracchus et Marcus Octavius) à propos du vote d’une loi agraire,
utilise l’expression deferentem sitellam, qui signifie littéralement « amener le
seau ». Le fait d’apporter le seau marque l’ouverture du scrutin, qui débute juste
après le tirage au sort de la première tribu appelée au vote (la tribu principium).
L’auteur de la Rhétorique à Herennius (1, 12, 21), à propos du vote d’une loi de
Lucius Appuleius Saturninus en 103 ou 100 av. J.-C., souligne que Saturninus
« fit amener le seau » (sitellam detulit) pour tirer au sort l’ordre de vote des tri-
bus et la tribu dans laquelle devaient être affectés les nouveaux citoyens. Pour
que le vote ne puisse avoir lieu, des sénateurs cassèrent les passerelles de vote
Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 161

(pontes) et renversèrent les corbeilles (cistae) dans lesquelles étaient déposés


les votes. L’utilisation d’une sitella est également attestée pour tirer au sort les
jurés composant les tribunaux. La lex Acilia de repetundis, préservée sous forme
fragmentaire dans la Tabula Bembina, décrit la procédure suivie pour voter lors
des procès de gouverneurs accusés de concussion (procès de repetundae) : la
loi prescrit qu’un juge, tiré au sort, tire lui-même à son tour au sort les bulle-
tins des jurés pour les lire. Cette loi donne le vocabulaire officiel de la sortitio
à l’époque républicaine : les lots sont qualifiés de sortes ou de sorticolas (nous
y reviendrons) et le récipient du tirage au sort est désigné par le terme sitella
(CIL I2, 583). Le commentaire par Asconius de Cicéron évoque également l’utili-
sation d’une sitella et de sortes égalisées (aequantur sortes) pour tirer au sort des
juges (In Cornelianam [Clark, 1947, p. 71]). On retrouve enfin le terme sitella chez
Symmaque (Discours, 4, 7), à propos du tirage au sort des jurés, pour évoquer les
fraudes électorales à l’époque républicaine : « Comprenons les avantages de
notre siècle. Adieu la honte des bulletins, les falsifications du décompte sous la
poussée des clientèles, le seau à l’encan (sitella venalis) ! ».

Si nous n’avons à ce jour aucune représentation figurée de scène de tirage au


sort au moyen d’une sitella, on peut en revanche se référer aux œuvres théâtrales
d’époque républicaine pour restituer la manière dont on maniait cet instrument.
Dans le second acte de la pièce Casina, Plaute, pour parodier le tirage au sort des
provinces romaines par les consuls et les préteurs, met en scène deux esclaves
(équivalents parodiques des deux consuls) qui tirent au sort à l’aide d’une sitella
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pour décider lequel des deux sera le maître de l’esclave Casina (la « province »
des consuls). Cette scène suggère que la sitella, l’eau et les lots sont apportés
(Plaute, Casina, v. 296, 363), que le matériel est vérifié (v. 380-399), que les lots
sont introduits (conicere, v. 342) et tirés à la main (tenere, v. 415) (cf. Stewart,
1998, p. 13-22). La sitella est donc associée à une pratique manuelle de tirage
au sort et, peut-être, à une pratique hydromancique – l’hydromancie étant un
art divinatoire pratiqué au moyen de l’eau. On retrouve, avec moins de précision,
une description du maniement de la sitella dans la lex Acilia : pour sélectionner
un juré, les lots sont introduits (coniectant), mélangés à la main (manum demit-
tito), tirés et montrés (ostendito). Il n’est cette fois pas fait mention de la présence
d’eau dans la sitella.

Un autre récipient à eau, l’hydria (ὑδρία, « cruche à eau »), désigne chez Plutarque
et Cicéron un instrument employé pour effectuer les tirages au sort civiques
romains. Plutarque (Tiberius Gracchus, 11, 1) évoque l’utilisation d’une ὑδρία pour
tirer au sort la tribu principium lors des comices législatifs de 133 av. J.-C. Cette
mention est étonnante : la sortitio comitiale est le type de tirage au sort civique
sur lequel nous possédons le plus de sources et, dans les récits de sortitiones
comitiales que nous avons conservés, il n’est nulle part question d’une hydria.
Il est donc probable que l’auteur grec utilise le terme ὑδρία simplement pour
traduire le terme latin sitella. Selon Cicéron, le préteur Verrès aurait utilisé une
hydria pour tirer au sort le prêtre de Jupiter à Syracuse. Après avoir sans succès
tenté de nommer Théomnaste, présenté comme son ami intime, extra sortem
162 participations

(« sans recourir au tirage au sort »), Verrès accepte de faire amener une cruche
à eau pour tirer au sort le prêtre de Jupiter, comme le prescrit une ancienne loi
religieuse d’origine grecque ; cependant, les trois lots que le gouverneur intro-
duit dans la cruche sont inscrits du nom de Théomnaste (Contre Verrès, 2, 2, 51,
127). Malgré les témoignages de Plutarque et de Cicéron, je ne pense pas que
les Romains utilisaient des cruches à eau (hydriae) pour tirer au sort les lots
officiels. L’utilisation d’une hydria n’est clairement attestée que dans les cités de
tradition grecque, comme Syracuse, pour des usages domestiques et religieux
et, dans le de Plutarque, le terme ὑδρία sert surtout à traduire en grec, par ana-
logie, le terme romain sitella. Réciproquement, Plaute, dans le second acte de sa
pièce Casina, traduit le terme grec ὑδρία (hydria) employé par Diphile par sitella
ou situla.

L’urna versatilis

À partir du ier s. av. J.-C., les lots civiques semblent avoir été tirés à l’aide d’une
urna (« urne » ou « vase ») et l’on ne trouve plus mention dans les sources de
l’utilisation d’une sitella. Le terme urna est polysémique et peut être traduit de
diverses manières : une unité de mesure, un récipient à eau ou à vin, une urne
pour déposer les votes, un instrument de tirage au sort ou encore une urne funé-
raire (Hilgers, 1969). Il désigne en général un récipient, de taille et de contenance
variables, et ne correspond aujourd’hui pas à une catégorie identifiée clairement
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par les céramologues.

Le terme urna est fréquemment employé par Cicéron (Contre Verrès, 2, 2, 42 ;


Contre Vatinius, 34 ; Lettres à son frère Quintus, 2, 4a, 4 ; De la Divination, 2, 69) et ses
commentateurs pour décrire le matériel utilisé pour tirer au sort les lots comi-
tiaux et judiciaires après les années 70 av. J.-C. Il est également employé pour
décrire le matériel des sortitiones civiques à l’époque impériale, par exemple par
Tacite (Histoires, 4, 6, 6 ; 4, 7) ou Pline le Jeune (Lettres, 10, 3a, 2 ; Panégyrique,
36). Ces deux auteurs associent d’ailleurs souvent sors (le sort abstrait, le des-
tin) et urna (l’instrument du tirage au sort). De nombreux poètes de l’époque
impériale décrivent des tirages au sort allégoriques et mythiques effectués à
l’aide d’une urna, tels Horace (Odes, 2, 3, 25-27 ; 3, 1, 14-16), Properce (Élégies,
4, 11, 19-20), Apulée (Métamorphoses, 10, 8, 2), Ovide (Métamorphoses, 15, 43) ou
Virgile (Énéide, 6, 20-22). Sous l’Empire, l’urna versatilis est utilisée pour tirer
au sort la place que doivent occuper les attelages des différentes factions par
rapport à l’axe de l’Épine (Sidoine Apollinaire, Poèmes, 23, 315-325 ; Cassiodore,
Orationes, frg. fol. Iv [Callu, 2005, p. 215] ; Symmaque, Rapports, 9, 6). Un frag-
ment des actes des Jeux Séculaires mentionne enfin l’utilisation d’une urna pour
tirer au sort les prêtres qui distribuent au peuple des parfums à brûler lors des
Jeux Séculaires (CIL VI, 32327, 1.11 = ILS, 5050a et AE, 1932, 70).

Deux documents, datant du Principat, suggèrent explicitement que le terme urna


renvoie à une machine à tirer au sort. La loi Valeria Aurelia sur les honneurs
Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 163

funéraires à rendre à la mémoire de Germanicus (20 ap. J.-C.), telle qu’elle est
connue par la Tabula Hebana, est le premier document à préciser sans ambi-
guïté le fonctionnement de l’urna en lui associant le terme de versatilis (AE, 1949,
215f). L’expression urna versatilis peut être traduite par « urne qui tourne » ou
« machine à tirer au sort » (Nicolet, 1991). Le premier édit d’Auguste de Cyrène,
dont le texte ne nous est connu que par une inscription en grec, témoigne égale-
ment du recours, au début du Principat, à un klèrôtèrion (qui désigne en grec une
machine à tirer au sort et traduit certainement le terme urna qui devait figurer
dans l’édit latin) pour sélectionner les jurés grecs et romains (De Visscher, 1940).
Plusieurs sources littéraires permettent de comprendre comme fonctionne
l’urna (versatilis). Lucain (Pharsale 5, 392-394), à propos des élections consu-
laires de 48 av. J.-C., rapporte que César agite (versat) le nom des tribus dans
une urne vide. L’utilisation du verbe versare pour décrire l’urna se retrouve chez
Horace (Odes, 2, 3, 25-27 ; 3, 1, 14-16) et Sénèque (Troyennes, v. 974 ; Controverses,
1, 2, 7). L’urna est aussi associée à des verbes de mouvement dans les écrits de
Virgile (movere) (Énéide, 6, 432), de Cassiodore (vertiginem) (Orationes, frg. fol.
Iv [Callu, 2005, p. 215]) ou dans l’Histoire Auguste (agitari) (Vie de Probus, 8, 6) :
ces verbes suggèrent un mouvement de l’urna sur elle-même pour mélanger
les lots. Tertullien (Les Spectacles, 16, 21) compare le mouvement des lots dans
l’urna à des yeux qui roulent dans leurs orbites. Un auteur plus tardif, Constantin
Porphyrogénète (Livre des Cérémonies, I, 78), lorsqu’il décrit le tirage au sort des
positions de chacun des attelages au départ des courses, évoque de manière
beaucoup plus précise le fonctionnement de l’urna : « aussitôt il prend les boules
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de leur coupe, les jette dans l’urne et tourne trois fois cette dernière [pour faire
sortir une boule] ». L’urne (orna, kylistra) est donc certainement fixée entre deux
montants sur un axe, autour duquel elle pivote. L’action de faire pivoter l’urne sur
son axe et de lui faire accomplir une rotation, de façon à ce que son ouverture se
retrouve en bas, est exprimée par le grec kyliein (qu’il faut traduire par « renver-
ser sens dessus dessous »). Les diverses attestations du terme urna permettent
ainsi de dégager la procédure suivie lors des sortitiones civiques pour tirer les
lots depuis une urna, ainsi que la terminologie officielle : les lots sont introduits
dans l’urna (conicere, mittere en latin ; ballein en grec), puis l’urne est agitée (ver-
sare en latin ; kyliein en grec), certainement à l’aide d’une manivelle, pour que
les lots soient mélangés (volure, dispergere, dissupare), sortent de l’urne (ducere,
exire) et soient identifiés (ostendere).

L’étude de la documentation iconographique, archéologique et épigraphique


enrichit notre connaissance du fonctionnement de l’urna versatilis. La première
représentation républicaine connue d’une machine à tirer est une marque de
contrôle d’une monnaie de Lucius Roscius Fabatus, datée par Michael Crawford
(1975, RRC 412/1, p. 439-440) de 64 av. J.-C. Les principales représentations de la
machine à tirer au sort datent des ive et ve s. ap. J.-C. et sont d’interprétation diffi-
cile. Claude Nicolet (1991) répertorie ces représentations de l’urna versatilis dans
un article consacré à une mosaïque de Carthage – mosaïque qui ne représente-
rait d’ailleurs pas une machine à tirer au sort. Ces représentations figurent sur
divers supports (monnaies, médaillons ou « contorniates », fresques, miniatures
164 participations

de manuscrits) et sont essentiellement liées à des contextes judiciaires ou aux


jeux du cirque.

Figure 1. Fresque de la peinture de la Via Latina à Rome, datée du ve siècle


ap. J.-C., avant sa détérioration. Cette scène représente peut-être
des soldats tirant au sort les vêtements du Christ et figure en tout cas sans
aucun doute une urna versatilis (reproduction dans Raepsaet-Charlier,
2010, p. 108, d’après Ferrua, 1960, pl. LXXIII).
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Dans un article récent, Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier (2010) revient sur la


découverte d’une plaquette de bronze datée de 237 ap. J.-C. dans le sanctuaire
de Bourbonne-les-Bains, sur laquelle on lit la dédicace d’une urna cum sortibus2.

[2] Je remercie vivement Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier de m’avoir transmis et autorisé à


utiliser les documents permettant d’illustrer cet article.
Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 165

Elle compare cette inscription avec d’autres dédicaces d’urnae retrouvées en


Occident et datées de l’époque impériale, telles une plaquette de bronze de
Martigny (Forum Claudii Vallensium), découverte en 2000, et une plaquette de
bronze d’Eisenberg, datée de 221 ap. J.-C. Ces dédicaces d’urnae portent des
traces de fixation : ces plaquettes de bronze étaient donc, sans doute, fixées à
une crédence en bois, aujourd’hui disparue, d’où s’élevaient deux montants avec
une traverse. L’urna en métal, dans laquelle était ménagée une étroite ouverture
pour faire sortir les lots (sortibus), tournait sur l’axe de cette traverse.

Figure 2. Croquis d’interprétation proposé par Raepsaet-Charlier,


2010, p. 110 pour l’urna de Bourbonne, Martigny et sans doute Eisenberg.
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Une dernière inscription, mentionnant une urna cum sortibus et retrou-


vée à Bioggio (territoire de Comum), est citée dans l’étude de Marie-Thérèse
Raepsaet-Charlier (2010). À la différence des dédicaces retrouvées à Bourbonne
et Martigny, l’inscription est directement gravée sur une machine à tirer au sort
166 participations

monumentale en marbre : la base de marbre inscrite servait certainement de


support à la crédence de bois qui permettait à l’urna de tourner.

Figure 3. Croquis d’interprétation pour la base et l’urna de Bioggio


(Raepsaet-Charlier 2010, p. 110).
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Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 167

Au regard de la documentation, un changement dans le matériel utilisé pour tirer


au sort les lots civiques s’opère donc entre le début du ier siècle av. J.-C. – les
récits qui évoquent les sortitiones civiques effectuées jusqu’aux années 100 av.
J.-C. mentionnent régulièrement l’utilisation d’une sitella – et les années 70 av.
J.-C. – on ne trouve alors plus mention de la sitella et le seul terme utilisé pour
décrire les sortitiones civiques effectuées après cette date est urna. Cette trans-
formation de l’équipement des sortitiones publiques au début du ier siècle av.
J.-C. est corroborée par la création et la diffusion du terme versatilis (que l’on
peut traduire par l’adjectif « rotatif ») dans les années 60 avant J.-C. La sitella,
dont la technique manuelle rappelle la sortitio religieuse et divinatoire, est ainsi
progressivement délaissée par les Romains au profit d’une machine à tirer
au sort spécifique aux sortitiones publiques, l’urna versatilis, dont le fonction-
nement s’apparente à celui de la Loterie nationale (Nicolet, 1976). À l’époque
augustéenne, apparaît dans la loi Valeria Aurelia l’expression urna versatilis : la
précision du vocabulaire et la nature juridique du document suggèrent que l’uti-
lisation d’une machine à tirer au sort pour tirer les lots civiques est devenue une
obligation légale.

Les lots

La sors
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Sors est le terme le plus fréquemment employé pour qualifier les lots introduits
dans la sitella, et, plus généralement, les lots du tirage au sort civiques, quel que
soit le récipient employé. Il est cependant difficile de distinguer dans les sources
les sortes entendues comme instruments de tirage au sort (sens propre) des
évocations du destin ou de la fortune (sens figuré). Quand la sors désigne l’objet
avec lequel on tire au sort (le lot), elle peut être employée au pluriel (sortes) et
est souvent associée à des verbes ou expressions indiquant une manipulation
(conicere, educere, trahere). Dans le Casina de Plaute, les lots utilisés pour tirer
au sort Casina (la « province » des esclaves) sont appelés sortes (v. 300, 359,
363, 374, 377, 384, 386, 389, 396, 413, 414). Des sortes permettent d’effectuer les
tirages au sort entre magistrats (Cicéron, Contre Verrès, 2, 4, 64 ; Pour Ligarius,
7). Ce terme désigne également les lots judiciaires : des sortes (ou sorticulae)
servent à tirer au sort les jurés d’après la lex Acilia et les récupérateurs d’après
la lex Irnitana (CIL I2, 583 ; AE, 1986, 333). Les sortes désignent enfin les lots des
tirages au sort comitiaux dans le texte de Tite-Live (Histoire romaine, 45, 15 ; 24,
7) et dans la lex Malacitana (CIL II, 1964 = ILS, 6089, LIII). Le terme sorticula (ou
sorticola) est un diminutif de sors (e. g., Suétone, Néron, 21, 1).

Les sources littéraires et épigraphiques, à défaut de sources archéologiques,


permettent de connaître la forme des sortes d’époque républicaine. Les sortico-
lae évoquées par la loi Acilia (CIL I2, 583), qui portent les sentences émises par les
juges (ensuite mélangées et tirées au sort pour être lues dans un ordre aléatoire),
168 participations

ILLUSTRATION DE MACHINE À TIRER AU SORT/PILA

Denier de L. Roscius Fabatus (64 av. J.-C.).


La marque de contrôle au droit (a) représente une machine à tirer au sort
et celle du revers, en creux, une pila (b). RRC 412/1.

a b
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sont des tablettes en buis de quatre doigts de long ; le terme sorticola désigne ici
à la fois une tablette de vote et un instrument de tirage au sort. L’étude des sortes
divinatoires de la fin de l’époque républicaine suggère également que celles-ci
avaient une forme rectangulaire. En effet, si les sortes divinatoires découvertes
par l’archéologie revêtent une grande variété de formes et de matières (par
exemple, des cailloux ou des disques), le type le plus commun de sors divinatoire
retrouvée dans le Latium à la fin de la République est la sors plate et rectan-
gulaire (Champeaux, 1990a ; 1990b). Lorsqu’il évoque les sortes du sanctuaire
oraculaire de Préneste, Cicéron rappelle d’ailleurs que ces dernières res-
semblent à des tablettes (De la Divination, 2, 85-86 ; voir aussi Crawford, 1975, I,
p. 414, n. 405.2).

La documentation fournit des informations sur les matériaux à partir desquels


étaient fabriquées, à l’époque républicaine, les sortes. Le Casina de Plaute
montre que les sortes étaient généralement réalisées en bois de peuplier ou
de sapin (v. 378, 384). L’utilisation du bois explique peut-être que l’on n’ait pas
retrouvé de sortes civiques, bien que l’argument e silentio soit soumis à de nou-
velles découvertes et que des sortes aient pu avoir été parfois faites en métal.
Les sortes en bois étaient peut-être directement incisées ou peintes, ou, plus
vraisemblablement, recouvertes d’une couche de cire – la cire permet de porter
Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 169

plus facilement les informations sur les lots, à la manière des tablettes de vote.
Les sortes utilisées dans les sortitiones civiques étaient de forme et de poids
égaux, ou étaient du moins uniformisées. Dans la pièce Casina, Olympion et
Chalinus sont inquiets de la matière dans laquelle les sortes ont été réalisées :
des lots réalisés dans certaines essences de bois pourraient émerger plus vite
de l’eau et donc fausser le tirage. Le terme aequus (égal, semblable) et ses déri-
vés sont d’ailleurs utilisés trois fois pour décrire la sortitio (v. 387, 375-9), ce qui
montre que l’on prêtait une grande attention à l’uniformisation des lots (maté-
riau, taille, poids).

La pila

Au partir du ier s. av. J.-C. et à l’époque impériale, on utilise un type particulier de


sors, la pila (« boule » ou « balle »), pour effectuer les tirages au sort civiques.
Les lots sphériques sont en effet plus adaptés que les sortes de forme rectangu-
laire au fonctionnement de l’urna versatilis.

Le terme pila est employé dans la Tabula Hebana pour désigner les lots officiels
servant à tirer au sort les centuries destinatrices. Il est aussi utilisé dans la loi
judiciaire de Pompée de 52 av. J.-C. pour désigner les lots servant à sélectionner
les jurés depuis des listes officielles ou albums (CIL I2, 208 ; Asconius, Pro Milone
[Clark, 1947, p. 39]). On trouve mention de lots sphériques (sphairai, l. 25) dans
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le premier édit de Cyrène d’Auguste de 7-6 av. J.-C. qui règle la composition des
jurys mixtes. L’association entre l’urna et les pilae est confirmée par les textes
poétiques, telles les Élégies de Properce (4, 11, 19 ; 4, 11, 27-28 ; 4, 11, 49-50),
et par la documentation numismatique : à la marque de contrôle de la monnaie
frappée par Lucius Roscius Fabatus, qui figure une machine à tirer au sort, cor-
respond en creux, au revers, une pila. La pila ne semble avoir être utilisée que
pour tirer au sort les lots civiques, à l’inverse des sortes de forme rectangulaire
qui étaient aussi utilisées pour effectuer des tirages au sort privés et divinatoires.

Des découvertes archéologiques dans plusieurs cités grecques de Sicile per-


mettent de décrire l’aspect matériel des pilae. À Rhegion, on a retrouvé des balles
de terre cuite parfaitement rondes (des sphairai, sphères) datant des iiie-iie s. av.
J.-C. qui pouvaient servir à tirer au sort des juges ou des terres (Cordano, 2000),
voire des magistratures ou des charges civiques. Des balles, rondes mais écra-
sées sur les deux côtés, datant des ve-iiie s. av. J.-C., ont en outre été retrouvées à
Naxos. Les balles de Rhegion et Naxos sont de dimension similaire (environ 3 cm
de diamètre) et on y a gravé les trois noms qui composent le nom complet des
citoyens romains. Si ces balles sont réalisées en terre cuite, on peut également
penser que des pilae en bois, voire des pilae en cire renfermant un billet, étaient
utilisées à Rome.

Les pilae sont, à l’instar des sortes, uniformisées avant tout tirage au sort. Le
premier édit de Cyrène rappelle qu’ « après que les boules (sphairai) auront
170 participations

ILLUSTRATION DE SITELLA

Situla dite « Arnoaldi », ive siècle av. J.-C., conservée


au Museo Civico de Bologne (Mansuelli-Roveri, 1966, s.v. situla, p. 361).
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été pesées (sèkôtheisai) et les noms des juges inscrits sur celles-ci, on tirera
d’une urne les noms des Romains, d’une autre, ceux des Hellènes … » (trad. De
Visscher, p. 18-19). La Tabula Hebana précise également que les pilae (boules)
doivent être aussi semblables que possible : « que le président fasse jeter en
vrac dans une machine à tirer au sort (urna versatilis) trente-trois boules exacte-
ment pareilles (pilas quam maxime aequatas) portant chacune le nom d’une tribu,
annonce le tirage au sort, et fasse désigner ainsi les sénateurs et les cheva-
liers ». L’uniformisation des pilae est enfin mentionnée par Asconius dans son
commentaire de la plaidoirie de Cicéron en faveur de Milon. Puisque les lots
avaient une taille et un poids égaux et que la pila devait pouvoir sortir aisément
du bec de l’urna, on peut supposer que les pilae étaient fabriquées, sur com-
mande publique, par des artisans, à l’instar des pinakia du monde grec.

Si, à la fin de la République, le terme pilae est fréquemment employé pour


décrire les lots insérés dans les machines à tirer au sort, le terme sors ou sor-
ticula est encore utilisé, comme nous l’avons vu, pour désigner les lots utilisés
dans ces machines. Rien n’empêche donc de supposer que des sortes de forme
rectangulaire et des pilae sphériques étaient utilisées conjointement dans l’urna
versatilis, à la manière du klèrôtèrion grec qui associait plaques et dés. Mais cette
hypothèse, séduisante au demeurant, doit être abandonnée : les rares repré-
sentations que nous avons de l’urna versatilis montrent qu’il s’agit d’une machine
Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 171

ILLUSTRATION DE SORS :

Denier de M. Plaetorius Cestianus (69-66 av. J.-C.). Le droit figure un buste


de femme drapée (la déesse Sors ?). Le revers montre un enfant tenant une
tablette rectangulaire sur laquelle est écrit sors (RRC 405/2).
Pour l’interprétation de cette monnaie, voir Champeaux, 1982, p. 64 et s.
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bien différente du klèrôtèrion grec. Il faut certainement penser, plus simplement,
que les pilae (boules) sont un type spécifique de sors (lot), probablement le plus
courant à l’époque impériale, mais que le terme générique sors continue d’être
utilisé en parallèle du terme pila. Si la sitella et l’urna versatilis ne permettent
de tirer qu’un seul type de lot à la fois (des sortes de forme rectangulaire dans
la sitella et des pilae sphériques dans l’urna), contrairement au klèrôtèrion qui
associe plaques et dés et permet plus de combinaisons, cela ne signifie pas que
les tirages au sort effectués à Rome sont peu élaborés. Les sortitiones civiques
romaines sont généralement « à un niveau » (on effectue un seul tirage pour
désigner par exemple un sénateur, un magistrat), mais les Romains peuvent
bien sûr effectuer des tirages au sort plus complexes, « à plusieurs niveaux »,
en utilisant plusieurs sitellae ou urnae en même temps ou en effectuant plusieurs
tirages au sort successifs à l’aide du même instrument (plusieurs tirages au sort
sont par exemple réalisés pour attribuer les lots coloniaux ou les provinces).

Une dernière question reste en suspens. Si le texte grec des édits de Cyrène
évoque une machine à tirer au sort de type urna versatilis fonctionnant avec des
pilae, et non un klèrôtèrion semblable à ceux qui ont été retrouvés à Athènes,
nous ne savons pas quel type de machine à tirer au sort fut, dans la pratique, uti-
lisé par les citoyens de Cyrène : une urna versatilis romaine ou un klèrôtèrion de
type athénien ? La traduction d’urna (terme qui devait figurer dans l’édit latin) par
172 participations

klèrôtèrion (dans l’inscription de Cyrène) peut suggérer que les Grecs de Cyrène
utilisaient encore des klèrôtèria athéniens – la traduction se réduit alors à une
simple correspondance notionnelle – ou alors que l’urna versatilis s’était diffusée
dans le monde hellénistique, jusqu’à remplacer les traditionnels klèrôtèria – la
traduction suggère cette fois une correspondance matérielle. Seule une mission
archéologique permettra peut-être de savoir quel type de machine était utilisé
pour tirer au sort à Cyrène.

Conclusion
L’introduction, à partir des années 100 à 70 av. J.-C., d’une urna versatilis (machine
à tirer au sort) associée des pilae (lots sphériques) pour tirer au sort les lots
civiques, en remplacement de la sitella et des sortes rectangulaires, s’explique
par l’évolution de la cité. Le nombre des tirages au sort civiques effectués par les
magistrats ne cesse en effet d’augmenter, du fait de l’accroissement démogra-
phique et territorial de la cité, ainsi que de ses transformations institutionnelles
(augmentation du nombre de magistratures, de prêtrises, de tribunaux perma-
nents). Le changement de matériel de tirage au sort n’est pas anecdotique, mais
est certainement lié à une volonté d’accélérer les prises de décision, de réduire
la durée des cérémonies officielles et de rendre le tirage au sort plus aléatoire.
L’évolution du matériel est également liée à la volonté de limiter la corruption
(ambitus) et de réguler la compétition aristocratique.
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Il est possible que l’introduction de nouveaux instruments de tirage au sort soit
une mesure syllanienne. Plusieurs réformes engagées par Sylla pour restaurer
la res publica contribuent en effet, dans les années 82-81 av. J.-C., à multiplier le
nombre de tirages au sort civiques effectués chaque année. Par exemple, la loi
judiciaire de Sylla de 81 av. J.-C., connue de manière fragmentaire, crée de nou-
veaux tribunaux permanents (quaestiones) dont les juges sont sélectionnés par
un tirage au sort suivi de récusations par l’une et l’autre parties ; la même année,
deux autres lois syllaniennes accroissent le nombre de préteurs et de questeurs,
amenés à tirer au sort leurs provinces. L’utilisation d’une machine pouvait donc
simplifier les tirages au sort civiques, notamment judiciaires, et en réduire la
durée. On rappellera enfin l’influence du modèle des grands législateurs grecs
et de la philosophie politique aristotélicienne sur le dictateur – Sylla fit transfé-
rer à Rome la bibliothèque de Théophraste, disciple d’Aristote qui avait hérité des
ouvrages de son maître. Par la suite, la loi judiciaire de Pompée de 52 av. J.-C.,
connue de manière fragmentaire, prescrit l’utilisation de pilae et rend ainsi cer-
tainement obligatoire l’utilisation d’une machine à tirer au sort. Cette loi impose
d’effectuer deux sortitiones successives pour composer les jurys : dans ce
contexte, l’utilisation d’une machine à tirer au sort se comprend fort bien car elle
permet de rendre plus rapide la procédure judiciaire et plus aléatoire la sélec-
tion des jurés. La terminologie précise (urna versatilis, pila), propre à la sortitio
civique, est fixée par la législation augustéenne. L’utilisation d’une urna versatilis
se diffuse, sous le Principat, directement dans les municipes et colonies de la
Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 173

partie occidentale de l’Empire, où droits et institutions émanent de Rome, et indi-


rectement dans les cités pérégrines, où la volonté d’imiter Rome est manifeste.
Elle est peut-être également utilisée dans le monde grec à l’époque impériale,
comme pourrait l’indiquer le premier édit de Cyrène. La machine à tirer au sort
des Romains a en tout cas une grande postérité, ainsi que l’illustre la forme de
la machine de notre Loterie nationale, indirectement héritière de l’urna romaine.

Si la pratique du tirage au sort perdure à la fin de l’époque républicaine et à


l’époque impériale, la place laissée au hasard dans les tirages au sort civiques
est en réalité de plus en plus en plus réduite. La machine permet certes d’éviter
les fraudes et de garantir l’égalité entre les candidats admis à tirer au sort, mais,
dans la pratique, le tirage au sort est de plus en plus sous la tutelle du Prince, qui
peut retirer du tirage au sort une province ou une tâche pour l’attribuer directe-
ment à un de ses proches (nominatio extra sortem), recommander un candidat ou
lui donner un privilège lui permettant de tirer au sort avant les autres, ou encore
écarter du tirage au sort certains candidats (Hurlet, 2006). Le tirage au sort, à
l’instar du vote, devient donc peu à peu sous le Principat une procédure plus
théâtrale et rituelle qu’aléatoire, associée aux loisirs et aux libéralités du Prince,
incarnation de Fortuna et dispensateur des honneurs et des plaisirs.

Bibliographie
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Inscriptions
CIL I2, 583 (Lex Acilia).
CIL I2, 208 (Loi judiciaire de Pompée).
CIL VI, 32327, 1.11 = ILS, 5050a et AE, 1932, 70 (Actes des Jeux Séculaires).
AE, 1949, 215f (Lex Valeria Aurelia).
CIL II, 1964 = ILS, 6089, LIII (Lex Malacitana).
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Le tirage au sort civique dans la Rome républicaine et impériale : matériels et techniques 177

Abstract—Civic sortition in republican and imperial Rome: Physical


instruments and technical logistics

The drawing of lots—called sors or sortitio in Latin—was a technical prac-


tice commonly used in Republican and Imperial Rome by city magistrates
to allocate specific tasks to senators and magistrates, divide up plots of
land, and organize voting procedures, among other functions. Drawing on
literary, epigraphic, iconographic, and archeological sources, this arti-
cle seeks to better understand the instruments that were used to draw
lots in public contexts (sitella, hydria, urna versatilis, sortes, and pilae), as
well as the manner in which these tools were handled. Between 100 and
70 BC, the transition from manual sortition conducted with a sitella and
sortes to the use of mechanical sortition using a rotating sortition vessel
(urna versatilis) and pilae corresponds to a number of significant changes
in the contemporary aristocratic and political regime.

Keywords Election by lot, Republican Rome, Principate,


Aristocracy, Sortitio, Sitella, Urna versatilis, Sors, Pila
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Julie Bothorel est professeure agrégée (PRAG) d’histoire romaine à Sorbonne
Université. Elle prépare une thèse de doctorat intitulée « le tirage au sort des
provinces à la fin de la République romaine et au début du Principat (227 av.
J.-C. – 14 ap. J.-C.) » sous la direction de Fr. Hurlet, à l’Université Paris Nanterre
(ED 395, Espri).

Mots clés
Tirage au sort, république romaine, Principat, sortitio,
sitella, hydria, urna versatilis, sors, pila

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