A rendre le 25 avril 2025 LICENCE 3ème annèe
Algèbre commutative , EAD
DEVOIR
Exercice 1
Soit A un anneau commutatif unitaire et intègre. On dit que A est un anneau euclidien s’il existe une
application φ : A\{0} → N telle que :
(1) ∀a, b ∈ A\{0}, φ(a) ≤ φ(ab)
(⇔ ∀x, y ∈ A, xdivise y ⇒ φ(x) ≤ φ(y))
(2) ∀a, b ∈ A\{0}∃q, r ∈ A tels que a = bq + r et φ(r) < φ(b) (si r 6= 0)
Notre but est d’exhiber un anneau qui est à la fois principal,
√
mais non euclidien. C’est un grand classique,
il s’agit du sous anneau de C engendré par ρ = 1+i2 19 et Z :
A = Z[ρ]
Notons N : A → R la norme définie par N (z) = z z̄.
1. On commence par montrer que A est non euclidien :
(a) Montrer que A est isomorphe à un quotient de Z[X] et que les éléments de A
peuvent s’écrire sous la forme a + bρ avec a, b ∈ Z.
On a clairement ρ + ρ̄ = 1 et ρ.ρ̄ = 5 , ceci implique que ρ est racine de P (X) = X 2 − X + 5.
Montrons que A est isomorphe à Z[X]/(P ).
Pour tout F ∈ Z[X] il existe Q, R ∈ Z[X] tels que F = QP +R où R = 0 ou deg(R) < degP = 2
car le coefficient dominant de P est inversible dans Z. On peut donc définir un morphisme
π : Z[X] → Z[X]/(P ) qui à F associe R, le reste de la division euclidienne de F par P .
Comme P (ρ) = 0, le morphisme φ : Z[X] → Z[ρ] défini par X → ρ se factorise par (P ) et on
obtient un morphisme φ̃ : Z[X]/(P ) → Z[ρ] tel que φ = φ̃ ◦ π.
Le morphisme φ̃ est de plus surjectif : comme ρ2 = ρ − 5 on sait que 1 et ρ engendrent
Z[ρ]. Si R(X) ∈ Z[X]/(P ) alors R est de la forme R(X) = aX + b car deg(R) < 2 et donc
φ̃(aX + b) = aρ + b.
0 0
On a en plus que φ̃ est injectif : si φ̃(aX
√ +b) = φ̃(a X0 +b ) alors ρ est racine de (a−a0 )X +b−b0 =
b0 −b 0
0 donc ρ = a−a0 ∈ Q ; or ρ = 1 + i 19 donc a = a et b = b .
On en déduit que Z[X]/(P ) = Z[ρ].
(b) Montrer que N (a + bρ) est un entier supérieur ou égal à 4b2 . Quels sont les éléments
inversibles de A ?
On vérifie facilement que pour z = bρ + a ∈ Z[ρ], on a N (z) = z.z̄ = (bρ + a)(bρ + a) =
5b2 + ab + a2 ∈ N.
Supposons z inversible et z 0 tel que zz 0 = 1.Alors N (zz 0 ) = N (z)N (z 0 ) = 1,donc N (z) = 1.
Si on pose z = aρ + b on a que 5a2 + ab + b2 = 1 donc a = 0 et b = 1 ou b = −1 donc z = 1 ou
−1. On vérifie ensuite que 1 et −1 sont effectivement inversibles et donc Z[ρ]× = {−1, 1}.
(c) Montrer que si (B, ϕ) est euclidien, il existe un élément non inversible x ∈ B tel que
la restriction de la projection canonique s : B → B/(x) à B × ∪ {0} soit surjective.
(reférence, exercice Perrin, un critère d’Euclidianité).
Supposons B euclidien et notons v son stathme. On doit montrer l’existence d’un x ∈ B non
inversible tel que si on note par (x) l’idéal de B engendré par x, pour tout a ∈ B il existe
b ∈ B × ∪ {0} tel que b + (x) = a + (x), i.e. tel que a = qx + b pour q ∈ B et b inversible. Si B est
un corps, alors x = 0 convient. Sinon soit que x ∈ B\(B × ∪ {0}) tel que v(x) soit minimal dans
B\(B × ∪ {0}). Comme B est euclidien, pour tout a ∈ B il existe q, b ∈ B tels que a = qx + b
avec b = 0 ou v(b) < v(x). Si b = 0 on a que a ∈ (x) et donc s(0) = s(a). Sinon, v(b) < v(x)
implique que b est nul ou inversible et s(b) = s(a)avec s : B → B/(x) la surjection canonique.
(d) En déduire que A n’est pas euclidien.
Montrons qu’il n’existe pas de morphisme d’anneaux de A dansZ/2Z ou Z/3Z.
Supposons qu’il existe f : A → Z/2Z un morphisme d’anneaux. Puisque f (1) = 1 et qu’on a un
morphisme d’anneaux, pour tout n ∈ Z, f (n) n’est autre que la réduction de n modulo 2. Par
ailleurs, on a dans A que ρ2 − ρ + 5 = 0 donc il existe β = f (ρ) ∈ Z/2Z tel que β 2 − β + 1 = 0 ;
or β 2 − β + 1 = 1 6= 0 dans Z/2Z car x2 = x pour ,tout x ∈ Z/2Z. Ainsi on a une contradiction.
De même si il existe f : A → Z/3Z, on aurait β = f (ρ) ∈ Z/3Z tel que β 2 − β − 1 = 0 mais
X 2 − X − 1 n’a pas de racines dans Z/3Z.
Supposons A euclidien ; d’après c). il existe x non inversible et non nul tel que la restriction
de π : A → A/(x) à A× ∪ {0} soit surjective. Comme A ∼ = Z[ρ], on a A× := {−1, 1} et
π|A× ∪{0} : {−1, 1, 0} → A/(x) est surjective.
Montrons que A/(x) est un corps : pour tout a + (x) ∈ A/(x) il existe b inversible ou b = 0 tel
que a + (x) = b + (x). Si b = 0 alors a ∈ (x) est l’élément neutre de A/(x) ; si b est inversible
alors π(b) = a + (x) est inversible d’inverse π(b−1 ). Ainsi A/(x) est donc un corps. Comme
π|A× ∪{0} est surjective le cardinal de A/(x) est inférieur ou égal à 3, A/(x) est donc isomorphe
soit à Z/2Z soit à Z/3Z. On aurait donc un morphisme de A dans Z/2Z ou dans Z/3Z, ce qui
est impossible. Donc A n’est pas euclidien.
2. Puis on montre qu’il est quand même principal (A admet une Norme de Dedekind-
Hasse, qui est une généralisation du pré-stathme euclidien ; on peut démontrer qu’ad-
mettre une norme de Dedekind-Hasse équivaut à être principal).
(a) Montrer que l’idéal (2) est maximal dans A (par exemple en montrant que A/(2)
est un corps).
On a A ' Z[X]/(X 2 − X − 5) donc
A/(2) ' Z[X](X 2 − X − 5, 2) ' Z/2Z[X]/(X 2 + X + 1)
Or le polynome X 2 + X + 2 est irréductible dans Z/2Z[X] , donc A/(2) est un corps ( rappel :
Z/2Z est un corps).
(b) Montrer que A admet une pseudo-division :
Si a, b ∈ A dont non nuls, il existe q, r ∈ A tels que a = qb + r ou bien 2a = qb + r avec
N (r) < N (b).
Indication : on écrit ab = u + vρ avec x, y ∈ Q. Soient s, t les entiers les plus proches
de u et v respectivement. On traite les cas |v − t| ≤ 13 et |v − t| > 13
Soient a, b ∈ A non nuls.Soit x = ab ∈ C ; il s’écrit x = u + vρ avec u, v ∈ Q. (x = abb̄b̄ = Na(b)
b̄
∈
1 2
Q[ρ]).Soit n la partie entière de v. Alors v ∈ [n, n + 1[. Supposons v 6∈]n + 3 , n + 3 [ et soient
s, t les entiers les plus proches de u et de v respectivement. Alors |s − u| ≤ 12 , et |t − v| ≤ 13 .
On pose q = s + tρ et donc q ∈ A = Z[ρ].On a alors que
1 1 5 35
N (x − q) = N ((u − s) + (v − t)ρ) = (s − u)2 + (s − u)(t − v) + 5(t − v)2 ≤ + + = <1
4 6 9 36
On pose r = a − bq ∈ A.
On a alors que a = bq + r et N (r) < N (b).
Supposons maintenant v ∈]n + 13 , n + 23 [. On prend 2x = 2u + 2vρ et 2v ∈]2n + 23 , 2n + 1 + 13 [ ,
si m est la partie entière de 2v alors 2v 6∈]m + 13 , m + 23 [. On se ramène donc au cas précédent
et 2a = bq + r avec N (r) < N (b).
(c) Soit I un idéal de A, et a ∈ I un élément non nul de norme minimale. Montrer
qu’alors I = (a)
Soit I un idéal non nul de A et a ∈ I, a 6= 0 tel que N (a) soit minimal parmi leséléments non
nuls de I. Si I = (a), il est principal.
Sinon, alors soit x ∈ I\{a}. Si x = aq + r avec N (r) < N (a) ou r = 0, comme x, a ∈ I, on a
que r ∈ I et donc r = 0 car N (a) est minimal dans I. Dans ce cas x ∈ (a), contradiction.
Si 2x = aq + r, N (r) < N (a) ou r = 0, on a aussi r = 0 et 2x = aq donc aq ∈ (2). Comme (2)
est maximal, il est premier donc soit a ∈ (2) , soit q ∈ (2). Si q ∈ (2),alors q est de la forme
q = 2q 0 ,donc 2x = a2q 0 donc 2(x − aq 0 ) = 0 ce qui implique que x = q 0 a car A est intègre. Donc
x ∈ (a) contradiction.
On a donc que a ∈ (2) et on peut supposer que q 6∈ (2). Donc a est de la forme a = 2a0 et
x = a0 q ∈ (a0 ) ; comme N (a) = N (2)N (a0 ) on a N (a0 ) < N (a). Montrons que a0 ∈ I. Comme
(2) est maximal et q 6∈ (2) on a que l’idéal engendré par 2 et q, (2) + (q) est égal à A. Il existe
alors λ, ν ∈ A tels que 2λ + qν = 1, ce qui implique que a0 = 2λa0 + qνa0 = aλ + νx ∈ I. Mais
N (a) est minimal dans I, donc on arrive à une contradiction.
On a finalement bien que I = (a) et A est principal.