Section 2 : La protection internationale des libertés fondamentales
Cette proclamation des libertés fondamentales, initialement localisées en France et en Europe,
connaît aujourd'hui une extension au niveau international. Cependant, bien que ces libertés se
soient largement étendues, leur valeur n'est pas toujours unanime, et leur adoption par certains
États reste complexe.
Paragraphe 1 : L’étendue des libertés fondamentales
L'extension des libertés fondamentales au niveau international a été rendue possible grâce à
une série de rencontres internationales et à l’adoption de divers instruments juridiques
spécifiques, ainsi qu’à des déclarations régionales. Cette évolution a permis de donner à ces
libertés une portée véritablement universelle.
Les instruments généraux de la protection des libertés fondamentales :
o La Déclaration universelle des droits de l’Homme : Adoptée par l'ONU en
1948, elle constitue le texte fondamental dans le cadre des droits humains
internationaux. Cette déclaration a inspiré d'innombrables nations, en mettant
en avant des valeurs essentielles telles que l'égalité entre hommes et femmes,
le droit au travail, et des droits nouveaux comme la défense des travailleurs.
Bien qu’elle ne prévoie pas de mécanismes contraignants, son influence
demeure considérable, en témoignant de la volonté collective des États à
garantir ces droits, bien que leur respect dépende en grande partie de
l’engagement volontaire des États.
o Les Pactes de 1966 : Ces pactes, plus spécifiques, complètent la Déclaration
universelle. Le Pacte international des droits civils et politiques, adopté en
1966, protège des droits de première génération, notamment la liberté
d'expression, la sécurité personnelle, et l’interdiction de la torture. Un
protocole additionnel vise même l'abolition de la peine de mort. Toutefois,
comme pour la Déclaration universelle, leur efficacité dépend largement de la
volonté des États à intégrer ces principes dans leurs législations nationales.
2. Les instruments spécifiques
Au niveau international, plusieurs traités et instruments juridiques permettent de protéger les
droits fondamentaux. Ceux-ci se divisent en deux catégories principales :
1ère catégorie : Les instruments relatifs à un droit ou à une liberté spécifique. Parmi
eux, la Convention de Genève définit les règles de protection des personnes en temps
de conflit armé, tant pour les soldats que pour les civils blessés. La Convention de
l'OIT (Organisation Internationale du Travail) interdit le travail forcé, tandis que
la Convention sur l’interdiction de la discrimination sociale œuvre contre diverses
formes de discrimination, contribuant ainsi à établir des normes universelles dans des
domaines spécifiques.
2ème catégorie : Les instruments relatifs à des catégories spécifiques de personnes,
telles que les réfugiés ou les enfants. La Convention sur la protection des réfugiés
garantit leurs droits fondamentaux en cas de persécution, et la Convention sur la
protection de l’enfant vise à protéger les droits des mineurs, souvent plus vulnérables
face à diverses formes d’exploitation.
3. Les proclamations régionales
Proclamation européenne :
Au niveau européen, la protection des libertés et des droits fondamentaux repose sur
plusieurs mécanismes essentiels, principalement au sein du Conseil de l’Europe, une
organisation créée en 1949 pour promouvoir la coopération entre les États européens
et garantir les droits de l’Homme. La Convention européenne de sauvegarde des droits
de l’Homme et des libertés fondamentales en constitue l’instrument phare, complétée
par des textes tels que la Charte sociale, la Convention contre la torture, et des
conventions sur la protection des minorités et l’interdiction du clonage.
Cette dimension européenne des libertés se reflète particulièrement dans la
Convention européenne des droits de l’Homme, qui protège les droits civils,
politiques, sociaux et économiques, sans discrimination. Elle repose sur les principes
énoncés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) et prévoit
des mécanismes de contrôle pour permettre aux citoyens de dénoncer les violations de
leurs droits. Le système judiciaire de la Convention, notamment la Cour européenne
des droits de l’Homme, installée à Strasbourg, permet aux individus et aux ONG de
saisir directement la cour, ce qui fait de cette institution un modèle unique et du juge
de Strasbourg un défenseur suprême des libertés.
2. La proclamation des droits et libertés de l’U.E.
La création de l'Union Européenne (UE) poursuit un objectif différent de celui du Conseil de
l’Europe, mais elle veille également au respect des libertés fondamentales au sein des États
membres. Cette mission est accomplie grâce à la Cour de justice de l’U.E., installée à
Luxembourg, qui garantit que les États respectent les droits fondamentaux. Un exemple
marquant est l’affaire du « lancer de nain » en 1995, discutée au niveau de la Convention
européenne des droits de l’Homme, où la dignité de la personne humaine a été un enjeu
majeur. L’Union Européenne représente ainsi le modèle de régionalisme le plus avancé au
monde en matière de respect des droits fondamentaux.
b. Le régionalisme américain
Le régionalisme en Amérique repose sur deux grands textes :
La Déclaration américaine des droits et devoirs de l'Homme, adoptée en 1948 en
Colombie, qui vise à défendre la démocratie et les droits humains.
La Convention américaine des droits de l'Homme, qui met en place un mécanisme
de protection des droits fondamentaux via la Cour américaine des droits de l'Homme.
Cependant, cette cour ne peut être saisie que par les États ou les instances de
l’Organisation des États Américains (OEA), excluant les recours individuels, et elle
n’a pas été ratifiée par le Canada.
c. Le régionalisme arabe et africain
En Afrique, l'Union africaine (créée en 2002) succède à l'OUA et se consacre à la promotion
des droits de l’Homme et de la démocratie. La Charte africaine des droits de l’Homme,
adoptée à Nairobi en 1981, en est un exemple fondamental. En parallèle, la Ligue arabe,
fondée en 1965, a adopté la Charte arabe des droits de l’Homme en 2004 à Tunis, bien que
cette dernière fasse l’objet de critiques en raison de son incompatibilité avec certains textes
internationaux. De plus, l’Union du Maghreb arabe, créée en 1989, inclut des dispositions
concernant la protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. D'autres
initiatives régionales existent également en Asie.