HEPH Condorcet – Département des sciences et des technologies – D.
VASSART
Electronique industrielle – Bachelier en électromécanique – Bloc 3
Montages non-linéaires à ampli op.
Objectifs de ce chapitre :
• Découvrir des montages dans lesquels des amplis op fonctionnent en régime non-
linéaire.
1. Comparateur.
1.1. Description.
Un comparateur de tensions est un circuit électronique qui compare 2 tensions et qui
indique laquelle est la plus grande. Il comprend 3 bornes (en plus des bornes
d’alimentation) :
• une entrée inverseuse (-),
• une entrée non-inverseuse (+),
• une sortie
Extérieurement, il ressemble donc à un ampli op, dont il possède le symbole :
Fig 1
La tension de sortie du comparateur ne prend que 2 valeurs : Vsat+ (saturation positive)
ou Vsat-(saturation négative).
Si le potentiel de l’entrée non-inverseuse est plus grand que celui de l’entrée inverseuse,
le montage bascule vers la saturation positive, et inversément.
U + > U − ⇒ U S = Vsat+ (1)
U + < U − ⇒ U S = Vsat− (2)
On peut dire que le comparateur est un convertisseur analogique-numérique élémentaire
puisqu’il produit une grandeur binaire à partir de grandeurs analogiques.
Montages non-linéaires à ampli op 1
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1.2. Comparateur élémentaire.
1.2.1. Description.
A première vue, un ampli op fonctionnant en boucle ouverte se comporte comme un
comparateur car son gain est tellement grand qu’il sature dès que la différence de
potentiel entre ses entrées atteint quelques dizaines de µV.
Fig 2
En réalité, un ampli op n’est pas un bon comparateur car il a été optimisé pour
fonctionner en régime linéaire sans se mettre à osciller.
Une conséquence de cette optimisation est un slew rate limité (par exemple 0.5 V/µs
pour le LM741). Il faut donc 48 µs à un LM741 avec Vsat=12 V pour basculer d’une
saturation à l’autre !
Ce n’est pas un problème dans les montages « lents », comme par exemple un détecteur
de seuil.
Par contre, dans les circuits rapides, la fonction de comparaison ne peut être confiée à un
ampli op. C’est pourquoi des circuits comparateurs ont été développés. Ils sont optimisés
pour commuter rapidement d’une saturation à l’autre.
Un paramètre caractéristique du comparateur est le temps de propagation, qui est le laps
de temps entre le moment où un changement est imposé en entrée et le moment où la
tension de sortie a parcouru 50% de son excursion totale.
La Fig 3 montre que le temps de propagation dépend du dépassement imposé en entrée.
Fig 3
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1.2.2. Montages particuliers.
Il existe des montages « collecteur ouvert » dans lesquels le collecteur du transistor NPN
de sortie, accessible sur une borne du circuit intégré, doit être relié au pôle positif de
l’alimentation via une résistance.
Quand ce transistor est saturé, la borne de sortie est reliée au pôle négatif de
l’alimentation.
Par contre, quand le transistor est bloqué, la borne de sortie est flottante et il est
nécessaire de fixer son potentiel, d’où la nécessité de la résistance externe à ajouter.
Fig 4
Quel est l’intérêt d’un tel élément ?
• Réaliser un « ou câblé » en reliant entre elles plusieurs sorties (ce qui est interdit
avec des circuits classiques à cause du risque de court-circuit).
• Commander une charge reliée à une tension positive supérieure à la tension
d’alimentation du circuit intégré.
Fig 5
• Effectuer une translation de niveau.
Il existe aussi des montages dans lesquels l’émetteur et le collecteur du transistor de
sortie sont libres.
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1.3. Comparateur à fenêtre.
Dans certaines applications, il est important de savoir si une grandeur est comprise entre
une limite inférieure et une limite supérieure.
Un comparateur à fenêtre fournit la réponse.
Il est constitué de 2 comparateurs « collecteur ouvert » dont les sorties sont reliées afin
de former un « ou câblé ». Par exemple, le montage de la Fig 6 fournit un niveau logique
1 si la tension mesurée U est comprise entre Uinf et Usup.
Fig 6
En général, les seuils Usup et Uinf sont fixés par des diviseurs de tension reliés entre les
bornes d’alimentation.
1.4. Applications des comparateurs.
1.4.1. Détecteur de seuil.
Le rôle évident du comparateur est de détecter si un seuil est franchi.
Le montage élémentaire est cependant sujet à des aux déclenchements quand le signal
testé est bruité car il peut y avoir plusieurs franchissements du seuil à cause des
fluctuations du signal. Dans une application de comptage, ces commutations
intempestives provoquent une erreur.
Heureusement, il existe une solution (voir plus loin).
1.4.2. Circuit de surveillance.
Un comparateur à fenêtre permet de vérifier qu’une tension reste comprise entre 2
limites. On peut ainsi s’assurer par exemple que la température d’un liquide est bien
dans une plage définie.
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1.4.3. « Bar graph ».
Un bar-graph est un circuit qui allume une ou plusieurs LED pour simuler le déplacement
d’un index sur une échelle graduée, comme par exemple le niveau sonore sur une table
de mixage.
Une chaîne de résistances identiques reçoit sur ses extrémités les potentiels Usup et
Uinf. Avec n résistances, on obtient des potentiels de référence qui varient avec un pas
égal à
U sup − U inf
∆U = (3)
n
Par exemple, si n=3 :
Fig 7
1.4.4. Modulateur PWM.
Dans certaines applications, il faut produire un train d’impulsions périodiques dont la
largeur dépend d’un autre signal. On parle de « modulation de largeur d’impulsion »
(MLI) ou « Pulse Width Modulation » (PWM).
Les signaux de type PWM sont utilisés dans certaines boucles de régulation.
Pour réaliser un modulateur PWM, on utilise un comparateur de la façon suivante :
• Sur l’entrée inverseuse, on applique un signal triangulaire dont la période est celle
du train d’impulsions.
• Sur l’autre entrée, on applique la tension de modulation, c’est-à-dire la tension qui
doit agir sur la largeur des impulsions.
On observe alors les signaux de la Fig 8.
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Fig 8
Les impulsions produites s’élargissent quand U(t) augmente.
Si E° est l’amplitude du signal triangulaire, le rapport cyclique du signal de sortie est
U
δ = 1 − (4)
E°
2. Comparateur à hystérésis.
2.1. Principe.
Pour éviter le basculement intempestif d’un comparateur quand la tension surveillée est
presque égale au niveau de déclenchement, on pourrait rendre ce niveau dépendant de
l’état de la sortie, en l’augmentant quand la sortie est à l’état bas et en le diminuant
quand la sortie est à l’état haut.
On y parvient en installant une rétroaction positive autour du comparateur. Le montage
ressemble à un amplificateur non-inverseur dans lequel on aurait permuté les entrées de
l’ampli op.
Fig 9
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Quand la sortie est à l’état bas, on a
R1
U− = Vsat− (5)
R1 + R2
Le montage basculera si la tension appliquée sur l’entrée + devient supérieure à cette
valeur, qui est donc appelée « seuil bas vers haut » et notée VMP.
De même, quand la sortie est à l’état haut, on a
R1
U− = Vsat+ (6)
R1 + R2
Le montage basculera si la tension appliquée sur l’entrée + devient inférieure à cette
valeur, qui est donc appelée « seuil haut vers bas » et notée VPM.
Les 2 seuils sont suffisamment écartés pour qu’un faible bruit superposé à la tension
surveillée ne puisse pas provoquer le basculement.
En supposant que les tensions de saturation sont égales en valeur absolue, on a
2 R1
VPM − VMP = Vsat (7)
R1 + R2
Cette quantité s’appelle « hystérèse ». Elle indique de combien la tension surveillée doit
varier (en valeur absolue) pour provoquer un rebasculement du comparateur.
Par exemple, avec Vsat=10 V et R1=R2, les seuils sont de -5 V et 5 V.
La caractéristique de transfert du montage fait apparaître un cycle d’hystérésis :
Fig 10
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2.2. Application : oscillateur à relaxation.
Un oscillateur à relaxation utilise un composant bistable pour charger et décharger
indéfiniment un condensateur. Il peut fournir les signaux suivants :
• un signal carré,
• un train d’impulsions,
• un signal triangulaire,
• un signal en dents de scie,
• un signal à l’allure exponentielle
Quand la charge/décharge se fait via une résistance, la tension aux bornes du
condensateur varie comme ceci :
−t
U C (t ) = U C (0) + [U C (∞ ) − U C (0) ] 1 − e RC (8)
UC(0) est la valeur de la tension au début de la phase considérée et UC(∞) est la valeur
que prendrait la tension si on laissait la charge/décharge se poursuivre indéfiniment.
Dans un oscillateur à relaxation, un phénomène interrompt la charge/décharge à un
instant précis t0 qui peut être calculé à l’aide de la formule suivante :
U (∞ ) − U (0)
t0 = RC ln (9)
U ( ∞ ) − U (t 0 )
Etudions par exemple le multivibrateur astable à comparateur.
Fig 11
Les tensions de saturation du comparateur sont Vsat+>0 et Vsat-<0.
Partons de l’état initial suivant :
• Us(0)=Vsat+
• C est en train de se charger et UC(0)<VPM.
La tension aux bornes de C est donnée par (8). Elle augmente et, quand elle atteint le
seuil VPM en t=t1, le comparateur bascule (Fig 12).
A partir de t1, C se décharge car Us(t)=Vsat-. Si la décharge se faisait librement, UC(t)
tendrait vers Vsat-.
Cependant, en t=t2, le seuil VMP est franchi. Le comparateur bascule à nouveau ;
Us(t)=Vsat+.
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Après t2, C se recharge jusqu’en t3, etc…
Fig 12
Une période d’oscillation comprend 2 phases :
• une phase de charge lorsque la sortie est à l’état haut,
• une phase de décharge lorsque la sortie est à l’état bas.
La durée de chaque phase est facilement calculée à l’aide de (9).
Supposons d’abord que l’origine des temps est ramenée en t1. Alors, Us(t)=Vsat- et
UC(0)=VPM.
La fin de cette phase a lieu en t=τL tel que UC(τL)=VMP.
Vsat− − VPM
On trouve τ L = RC ln − (10)
Vsat − VMP
Supposons ensuite que l’origine des temps est ramenée en t2. Alors, Us(t)=Vsat+ et
UC(0)=VMP.
La fin de cette phase a lieu en t=τH tel que UC(τH)=VPM.
Vsat+ − VMP
On trouve τ H = RC ln + (11)
Vsat − VPM
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Pour simplifier, on peut admettre que les tensions de saturation sont égales en valeur
absolue. En appelant « k » le rapport du pont diviseur, on a
VPM = kVsat (12)
VMP = − kVsat (13)
1+ k
D’où τ H = τ L = RC ln (14)
1− k
1+ k
La période est donc T = 2 RC ln (15)
1− k
Rem : quand le montage n’est pas alimenté par une source symétrique comme ici, les
calculs sont plus difficiles.
3. Trigger de Schmitt.
3.1. Description.
Le trigger de Schmitt est construit autour d’un comparateur dont l’entrée inverseuse est
mise à la masse. On peut bien-sûr le réaliser avec un ampli op, mais le défaut cité
précédemment est alors présent.
Une rétroaction positive accélère le basculement d’une saturation vers l’autre et fixe 2
seuils de déclenchement.
Fig 13
Lorsque l’alimentation du montage est symétrique, on montre facilement que les seuils
sont
R1 +
VPM = − Vsat (16)
R2
R1 −
VMP = − Vsat (17)
R2
Sur la caractéristique de transfert, le cycle d’hystérésis est bien visible (Fig 14).
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Fig 14
3.2. Applications.
3.2.1. Mise en forme d’un signal périodique.
Un trigger de Schmitt permet de convertir n’importe quel signal périodique en un signal
carré car sa sortie change d’état à chaque franchissement d’un seuil (Fig 15).
Cette fonction est exploitée dans tous les fréquencemètres numériques. On prévoit un
circuit d’écrêtage afin d’éliminer les parties négatives du signal de sortie qui seraient
dangereuses pour les circuits numériques du fréquencemètre.
Fig 15
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3.2.2. Oscillateur triangle/carré.
Associé à un intégrateur, un trigger de Schmitt produit des signaux carrés et des signaux
triangulaires. Le montage est employé dans la plupart des générateurs de signaux de
laboratoire.
Fig 16
L’intégrateur produit une rampe de pente positive ou négative, en fonction de la polarité
de la sortie du trigger. Quand le seuil est atteint, le trigger bascule et le sens de variation
de la tension de sortie de l’intégrateur s’inverse. Le cycle se poursuit indéfiniment.
Fig 17
En supposant un fonctionnement symétrique, on montre que la période d’oscillation est
4R1
T= RC (18)
R2
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4. Circuit intégré « 555 ».
4.1. Description.
4.1.1. Architecture interne.
Le circuit intégré baptisé « 555 » renferme une section analogique et une section
numérique. Il contient
• un pont diviseur formé de 3 résistances de 5 K (d’où son nom),
• 2 comparateurs,
• un bistable RS,
• un transistor commandé par le bistable.
Fig 18
4.1.2. Principe de fonctionnement.
Le bistable possède 3 entrées de commande qui n’ont pas la même priorité.
• L’entrée R barré est la plus prioritaire.
• L’entrée S a une priorité intermédiaire; elle est pilotée par le comparateur du bas.
• L’entrée R est la moins prioritaire; elle est pilotée par le comparateur du haut.
Donc, si l’entrée R barre est inactive :
• La sortie du bistable passe à 1 si la tension appliquée sur la borne 2 est plus petite
que 1/3 de la tension d’alimentation, quelle que soit la tension appliquée sur la
borne 6.
• La sortie du bistable passe à 0 si la tension appliquée sur la borne 6 est comprise
entre 1/3 et 2/3 de la tension d’alimentation, à condition que la tension appliquée
sur la borne 6 soit plus grande que 1/3 de la tension d’alimentation.
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4.2. Montage monostable.
Fig 19
Pour déclencher le monostable, il faut appliquer une tension inférieure à E°/3 sur la
borne 2. Le condensateur commence alors à se charger et la tension à ses bornes
augmente jusqu’à 2E°/3 avant que la décharge ne se produise.
Pendant la phase de charge, la sortie passe à 1.
Les chronogrammes seront détaillés en classe.
La durée de l’impulsion de sortie est
T = ln 3.RC (19)
4.3. Montage astable.
Fig 20
La tension aux bornes du condensateur oscille en permanence entre 1/3 et 2/3 de la
tension d’alimentation.
La charge se fait via R1 et R2, et la décharge se fait via R2 seule.
Les chronogrammes seront détaillés en classe.
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La sortie est à 1 pendant τH tel que
τ H = ln 2. ( R1 + R2 ) C (20)
Elle est au niveau bas pendant τL tel que
τ L = ln 2.R2C (21)
La période d’oscillation est donc
T = ln 2. ( R1 + 2 R2 ) C (22)
4.4. Exemple d’utilisation.
Nous examinons ici un exemple d’utilisation du 555 pour réaliser une barrière à infra-
rouges.
Elle comprend un émetteur de lumière…
Fig 21 (Source : Elektor)
… et un circuit récepteur.
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Fig 22 (Source : Elektor)
Le récepteur IR SFH5110 fournit 0 V quand il est éclairé et 5 V quand il n’est pas éclairé.
5. Biliographie.
[1]: « Microelectronics » - J.MILLMAN – Mac Graw Hill – 1979
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