FR Ammar
FR Ammar
Par:
Chakib BENBEDIRA
Fondation Ansariyan
Benbedira, Chakib, 1960
Avec les apôtres (8) AMMAR IBN YASSER /by Chakib
Benbedira; Translated by Chakib Benbedira.-Qum: Ansariyan,
2008.
102 P. Illustrated.- (Avec les apôtres/ Chakib Benbedira; Vol.8)
ISBN: 978-964-438-772–2 (Vol.8)
Original Title: عم ار بن ياسر
ّ :مع الصحابه والتابعين
1. The Propheti Companions – Biography. 2. Ammar ibn
Yasser, 564 – 652 - - Biography. I. Benbedira, Chakib, Tr.
II. Title. III. Title: Avec Les apôtres; Vol.8.
297.942 BP28.6.E8A9
V.8
PUBLICATIONS ANSARIYAN
C.P.187 Qum
22 Shohada Str. Qum
République Islamique D’Iran
Tel: 00 98 251 7741744 Fax: 7742647
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Au nom de Dieu le Très Miséricordieux, le
Tout Miséricordieux
PRÉFACE
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En présentant cette série à la bibliothèque du
jeune musulman, notre Fondation espère fournir
le bon exemple à suivre par la jeunesse. Ce
modèle pourra être trouvé dans le comportement
exemplaire de ces hommes qui avaient participé à
la construction de la gloire de l'islam sur terre,
levé tout haut son étendard, et éclairé la voie pour
bien de générations.
Puisse cette série contribuer à la noble mission
de la construction morale exemplaire du jeune
musulman partout où il est appelé à remplir son
rôle sublime de sauvegarde et de propagation des
bonnes mœurs dans un monde où la nécessité
d'un tel rôle se fait de plus en plus sentir.
Et enfin louange à Dieu, Seigneur des mondes.
Fondation Ansariyan
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La Fierté Yéménite À L’Epreuve
Yasser, Hareth et Malek étaient trois hommes
issus de l’une des tribus du Yémen. Ils partirent à
la recherche de leur quatrième frère dont ils
n’avaient plus aucune nouvelle depuis longtemps.
Ils parcoururent, en vain, toute l’Arabie.
Finalement, ils décidèrent d’aller à la Mecque
pour demander de ses nouvelles à toutes les tribus
arabes qui s’y rendaient pour le pèlerinage.
Les recherches s’étant avérées inutiles, Hareth et
Malek quittèrent la Mecque pour rejoindre leur pays.
Yasser, quant à lui, décida de demeurer à la ville sainte et
de jouir du voisinage de la Sainte Kaâba.
Yasser, ne pouvant pas vivre à la Mecque sans
couverture tribale, il trouva refuge auprès de la
sous tribu de Bani Makhzoum, celle de Âmre ibn
Hisham qui allait être connu par la suite par le
sobriquet d’Abou Jahl.
Yasser se maria ensuite avec Someyya et il eut
d’elle un enfant qu’il appela Ammar.
Il est difficile de connaître exactement la date
de naissance de Ammar, selon certains récits, elle
doit être proche de celle du Saint Prophète
(ppslp).
Dès sa jeunesse, Ammar fit connaissance avec
Mohammad (ppslp) et fut saisi par ses qualités
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morales exceptionnelles, à un tel point qu’il
était toujours prêt à le croire dans tout ce qu’il
disait. Les années passèrent et le Coran fut révélé
à Mohammad (ppslp) qui fut choisi par Dieu pour
son dernier message à l’humanité. Des nouvelles
parcoururent de la Mecque faisant état de ce
grand événement auquel rares étaient –parmi les
mecquois- ceux qui crurent.
Ammar, apprenant qu’il s’agissait bien de
Mohammad et non pas de quelqu’un d’autre,
décida d’aller écouter lui-même ses paroles.
Arrivée devant la porte de la maison d’Arqam,
Ammar fut surpris d’y trouver son ami Soheib le
Byzantin. Apprenant qu’il venait lui aussi pour
écouter Mohammad (ppslp), il en fut réconforté et
ils entrèrent tous les deux chez le Messager de
Dieu.
Ce ne furent que quelques instants au cours des
quelles Ammar et Soheib purent écouter quelques
versets du Saint Coran et des explications du
Messager de Dieu. Après quoi, sans hésitation
aucune, ils se convertirent tous les deux à l’Islam
sans penser aux conséquences de leur décision ni
à la fragilité de leur situation entre les mains des
tyrans de la Mecque.
Toutefois, le Saint Prophète leur recommanda
d’être discrets et d’attendre la nuit pour regagner
leurs maisons.
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Ammar revint enfin chez lui et ne put cacher
son bonheur à ses parents. Ceux-ci insistèrent
pour connaître les raisons de la transformation
heureuse de leur fils. Ammar ne put éviter de leur
dire toute la vérité. Devant la grande surprise du
jeune, ses deux parents se convertirent aussitôt à
l’Islam et ne virent aucune raison pour choisir la
discrétion.
Cette famille Yéménite était si fière et si
enthousiaste de sa nouvelle religion qu’elle était
prête à affronter les sévices et les tortures les plus
atroces dont Abou Jahl menaçait tous les sans-
défenses, qui osaient sympathiser avec la
nouvelle religion.
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chaînes, de les fouetter à sang et de les exposer au
soleil ardent à même le sol brûlant du désert.
La torture de cette petite famille prenait un
caractère de plus en plus sauvage à mesure
qu’Abou Jahl devenait plus furieux. En effet, il
croyait qu’il allait obtenir facilement l’apostasie
du vieux Yasser et de sa femme et avait même
parier une grosse somme d’argent avec un copain
idolâtre que le vieux couple ne pouvait
aucunement résister au choc.
Enfin, lassé et fatigué de l’endurance des trois
croyants, Abou Jahl décida d’aller se reposer chez
lui. Avant de partir, il ordonna à ses esclaves de
mettre un gros rocher sur la poitrine de chacun
d’entre eux et de les laisser ainsi sous l’enfer du
soleil de midi.
Le Saint Prophète, passant par les lieux, et sans
pouvoir s’approcher des trois victimes, il leur
lança de loin ce présage réconfortant : « Patience,
ô famille de Yasser, certes, le rendez-vous est au
Paradis. »
Ces paroles firent oublier à ces croyants les
douleurs atroces de la torture ; et Someyya cria de
toutes ses forces pour que le Saint Prophète
l’entendît : « Je témoigne que tu es bien le
Messager de Dieu et que ta promesse n’est autre
que la vérité. »
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Ce témoignage de foi dans de telles
circonstances démontra d’une façon spectaculaire
que l’Islam avait pu conquérir des grands cœurs,
plutôt des forteresses imprenables, où la fierté
s’était conjuguée avec la bonté. Ce n’était là que
l’un des mérites de cette fière famille Yéménite.
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Abou Jahl oublia –du coup- aussi bien son pari
avec son copain que toutes les valeurs arabes qui
considèrent comme une bassesse de punir une
femme pour ses paroles ! Aveuglé par la colère, il
offensa sa lance au cœur de Someyya qui devint
dès lors la sainte Someyya, la première femme
martyr de l’Islam.
Perdu pour perdu, le pari d’Abou Jahl ne
pouvait plus jouer un rôle inhibiteur sur sa
colère ! Il se dirigea, enragé de fureur, vers
Yasser et le somma de déclarer son apostasie tout
en le rouant de coup. Yasser endura mais ne se
rendit point et il rendit l’âme sans rien dire de
quoi apaiser la fureur du tyran.
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se plia donc aux exigences d’Abou Jahl en
prononçant le nom de « Hobal » la plus grande
idole de Qoraich.
Relâché, Ammar se rendit totalement accablé de
remords et commença à se douter de lui-même ;
et il alla raconter la scène au Saint Prophète.
Le maître des créatures présenta d’abord à
Ammar –à la fois- ses condoléances et ses
félicitations pour le martyre de ses parents et le
haut rang qu’ils purent acquérir auprès de Dieu.
Ammar, fondu en larmes, lui dit alors qu’il
avait été obligé de citer le nom des faux dieux de
Qoraich pour sauver sa vie. Le Saint Prophète le
consola en lui demandant :
« Ô Ammar ! Comment trouve-tu ta foi
intime ? » Ammar répondit rapidement :
« Croyant, en toute quiétude ! » Le Saint
Prophète dit alors : « Ne t’en fais donc pas,
Ammar ! Est-il que Dieu a fait descendre un
verset de Coran spécialement pour ta cause : «
Quiconque mécroit Dieu après avoir cru -à part
celui qui est contraint tandis que son cœur
demeure tranquille en la foi- plutôt ceux qui ont
ouvert la poitrine à la mécréance, sur eux alors
colère de Dieu et pour eux, grand châtiment. »
(Sourate 16, Nahle : V. 106). »
Ce verset libéra définitivement Ammar et libéra
bien d’autres croyants avec lui. Ainsi, les
croyants purent conserver leur vie pour des jours
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meilleurs où ils pussent rendre de grands
services à l’Islam.
La Double Récompense
Nous avons déjà vu dans des numéros
précédents qu’après treize ans d’activité et de
résistance héroïque à la Mecque, les musulmans
reçurent l’ordre divin d’émigrer à la Médine.
Nous avons aussi vu que la première œuvre que le
Saint Prophète ordonna d’effectuer après la
Hijjra, était la construction d’une mosquée.
Tous les « Mouhajirines » et la plupart des
« Ansares » se mirent à la tâche et le Saint
Prophète participa lui-même aux travaux. Ce fut
un grand chantier dans lequel tous les clivages
sociaux s’estompèrent : Riches et pauvres, issus
de la noblesse traditionnelle et hommes du petit
peuple, libres et esclaves, tous ensemble se
dépensèrent harmonieusement au travail manuel
de la construction de l’édifice : la première
construction de l’Etat islamique.
Certains compagnons du Saint Prophète y
connurent leur première expérience de travail
manuel et eurent, pour la première fois,
l’occasion de faire connaissance avec la terre, la
poussière et la sueur. Othmane ibn Âffane, le
riche commerçant de Bani Omeyya , était l’un de
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ces rares compagnons aux habitudes encore
aristocratiques, toutefois, il participa au travail
côte à côte avec les plus pauvres des musulmans.
Au cours de ce chantier, plusieurs compagnons
se distinguèrent par quelques gestes que l’histoire
nous a enregistrés. Peut-être le plus remarquable
de ces gestes est-il la ferveur avec laquelle
travaillait Ammar, cette qualité s’étant vite
transformée en une excitation générale qui
augmenta considérablement le rendement des
travailleurs du chantier.
En fait, ce que rendit général cet enthousiasme,
se furent deux spécificités qui caractérisaient le
comportement de Ammar le long du chantier :
- La première : le faite qu’ils transportaient les
torchis deux à deux alors que tous les autres
travailleurs les portaient une à une. Ammar
n’étant pas réputé comme un homme d’une force
extra ordinaire, ce geste exprimait son
dévouement et sa ferveur plutôt qu’autre chose.
Ce comportement attira l’attention du Saint
Prophète qui en félicita Ammar en disant : « À
chacun d’entre eux une récompense de Dieu, et à
toi, deux ! »
- La deuxième : le faite qu’il chantait tout le
temps des vers de poésie faisant l’éloge de ceux
qui participaient activement au chantier, tout en
dénonçant satiriquement ceux qui faisaient
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semblants de faire partie des laborieux sans même
pouvoir supporter les poussières du chantier.
Othmane était l’un de ceux-ci ou -du moins- il
crut être concerné par la satire de Ammar.
Un Clivage Menaçant
Le sort de Ammar, comme nous allons le voir
assez souvent, était d’être le porte-parole de la
franchise et de la vérité qui refuse la
complaisance.
La première manifestation de cette réalité eut
lieu à la scène même qu’on vient de citer.
En effet, pour quelques instants, Othmane
oublia les longues années d’éducation Islamique
et s’avança vers Ammar en pointant son bâton et
lui dit en menaçant : « je te casserai le nez avec
ce bâton ! »
Ammar ne lui répondit même pas. Il savait bien
qu’il était très difficile pour un riche commerçant
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tel que Othmane d’abandonner définitivement ses
anciennes habitudes aristocratiques.
Le Saint Prophète fut informé de la scène. Très
ému et profondément vexé, il s’empressa d’aller
voir Ammar pour le consoler et essuyer les effets
de l’insolence de Othmane. Lorsqu’il le
rencontra, il le trouva tout couvert de poussière et
ses traits à peine reconnaissables.
Le Saint Prophète vit en Ammar la
concrétisation même du dévouement. Il lui essuya
le visage de sa propre main et dit à tous les
présents :
« Ammar est, pour moi, la sous paupière. »
Avec ces paroles douces et réconfortantes, le
Saint Prophète non seulement essuya un affront
commis par Othmane contre Ammar, mais plutôt, et
surtout, condamna tout affront –même en
puissance- dont pourraient être sujet, plusieurs
déshérités musulmans. Faut-il, ici, rappeler que
l’Islam avait égalisés les déshérités avec ceux qui se
croyaient plus nobles par l’ascendance ou par la
fortune.
La présence du Saint Prophète était suffisante
pour assurer le dépassement –au moins
momentanée- de toute une mentalité non Islamique,
fondée sur des considérations tribales et sociale, qui
ranimait continuellement les clivages sociaux et
culturelle. Depuis cette scène où Othmane affronta
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Ammar, deux lignes de pensée prirent naissance au
sein même de la société musulmane :
Celle du Saint Prophète, Ammar et ses
semblables, égalitaires et humaniste.
Celle symbolisée par le comportement de
Othmane, qui essayait de conserver ce qui pouvait
l’être des anciennes considérations de classe et de
race ou du moins quelques aspects d’un
comportement aristocratique préislamique.
Nous allons retrouver, à maintes reprises, d’autres
scènes où ces deux lignes s’affrontent. Les derniers
instants de Ammar allaient être sur le front de la
manifestation la plus meurtrière de cette
confrontation.
Mission Secrète
Les nouvelles d’une grande mobilisation à la
Mecque arrivèrent au Prophète (ppslp) alors qu’il
était en route vers la grande caravane
commerciale de Qoraich, accompagné seulement
de trois cents treize combattants peu équipés. Il
consulta ses compagnons quant à la décision à
prendre. Nous avons vu déjà dans des numéros
précédents que l’intervention de certains
inconditionnels comme Miqdad fit basculer la
balance au profit de la guerre.
En réalité, le Saint Prophète n’était pas un
homme à engager ses fidèles dans une bataille
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sans issue et sans aucune chance de victoire.
Aussi, décida-t-il d’envoyer une mission de
reconnaissance pour recueillir toutes les
informations utiles sur la préparation et l’état
moral de l’ennemi. Le Saint Prophète désigna
Ammar et Abdullah ibn Massoud pour cette
mission très délicate et tout aussi dangereuse.
Ammar se risqua jusqu’aux abords proches du
camp de l’ennemi et fit une enquête complète sur
l’armée de Qoraich, sur les deux plans : Matériel
et moral. Puis il regagna avec son compagnon
leur camp et présenta son rapport au Saint
Prophète en disant :
« Ces gens là sont vraiment terrifiés ! Leur peur
est à un tel point qu’ils essayent d’étouffer tout
bruit : Si même un cheval commence à hennir, on
le frappe sur la figure pour le faire taire ! De
surcroît, une averse torrentielle vient de les faire
tremper…»
Ces informations étaient très précieuses pour les
musulmans qui furent réconfortés par le moral
très bas de leur ennemi et les conditions
climatique qui défavorisaient l’armée la plus
équipée et la plus lourde… Avec la mission de
Ammar, tous les musulmans crurent réellement à
la victoire, alors que cette foi n’était auparavant
partagée que par les plus fidèles et les
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inconditionnels tels que Miqdad, Ammar, et leurs
semblables…
Dans l’autre camp, le lendemain de la mission
nocturne de Ammar, les mécréants découvrirent
les traces des deux visiteurs de la veille. On fit
alors appel au service d’un connaisseur de traces
appelé Monbeh ibn al Hajjaj. Dès qu’il vit les
empreintes sur la terre mouillée, il les reconnut et
s’écria : « Par tous les dieux de Qoraich ! C’est
bien là les empreintes du fils de Someyya
(Ammar) et du fils d’Om Abd (Ibn Massoud) ! »
Cette découverte fut un coup dur pour le moral
–déjà si bas- de l’armée de Qoraich et ils
commencèrent à croire à leur vulnérabilité et à
perdre leur confiance en leur supériorité
matérielle.
Le Dix sept Ramadan de l’an II de l’Hégire, la
bataille de Badr eut lieu et les musulmans y
reçurent leur première récompense pour leur
longue et pénible lutte : La plupart des torturiers
de la Mecque tels que Abou Jahl, Omeyya ibn
Khalaf y trouvèrent leur juste châtiment ; et
Ammar fit la prière de remerciement pour Dieu
lorsqu’il vit le cadavre du tueur de ses parents
jonchant à même le sol !
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Ammar, L’Indicateur De La Vérité
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une guerre civile, mais qu’il y sera, comme
toujours, du côté de la vérité.
Devant plusieurs compagnons qui ne pouvaient
alors saisir la portée de ce présage, le Saint
Prophète dit : « Bonheur à Ammar ! C’est le
groupe des rebelles agresseurs qui va le tuer. »
Ou, dans d’autres termes : « Ô Ammar ! C’est le
groupe des rebelles agresseurs qui va te tuer ; et
ton dernier repas dans cette vie sera du lait
coupé. »
Après le décès du Maître des Créatures, Ammar
était l’un des rares compagnons du Prophète à
soutenir fermement l’Imam Ali et refuser la
nomination d’Abou Bakre comme Calife.
Ce ne fut qu’après le décès de la Sainte Fatima
(paix sur elle) et la recrudescence du phénomène
d’apostasie générale de plusieurs tribus arabes,
que l’Imam Ali décida de légitimer la
souveraineté politique d’Abou Bakre. Ammar
reçut alors l’autorisation de son Imam d’aller
prêter serment de fidélité au Calife.
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politique d’Abou Bakre, parallèlement à la
recrudescence de l’apostasie de quelques tribus, il
pouvait facilement démentir les allégations des
chefs de Qoraich considérant toutes ces rébellions
comme étant des cas d’apostasie qu’il fallait
combattre et tuer dans l’œuf.
Force était de constater que si quelques unes de
ces révoltes étaient vraiment des cas d’apostasie
tels que celle de Bani Hanifa à la Yamama
(actuelle Emirats), il était aussi vrai et visible
pour tous ceux qui voulaient comprendre la
vérité, que plusieurs autres cas des révoltes
étaient loin de l’être. En effet, certaines révoltes
ne cachaient aucune apostasie, mais elles
concrétisaient plutôt un refus catégorique de se
soumettre au pouvoir de la tribu de Qoraich
représenté alors par Abou Bakre.
La logique du droit ne pouvait donc pas justifier
une répression générale ne faisant aucune
différence entre les différentes rébellions. Ainsi,
si l’Imam Ali voulait saisir cette occasion pour
mettre en cause le compromis de la « Saquifa » et
l’abandon du testament de Khom, il n’y avait
aucun obstacle. Au contraire, il pouvait même
compter sur le soutien de quelques tribus
rebelles.
C’est bien là un aspect de la grandeur de
l’Imam Ali : Accepter de garder l’union de la
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jeune communauté musulmane quitte à priver les
musulmans de ses précieux services en tant que
chef d’Etat. De cette façon, ce fut la première
séparation entre le pouvoir politique et l’autorité
spirituelle et religieuse dans l’Islam. En effet, il
s’en fallait de beaucoup pour que le Calife Abou
Bakre ou encore ses successeurs pussent réunir
les deux compétences : scientifique religieuse, et
politique.
L’Imam Ali savait que, de toute façon, les
charges de la responsabilité spirituelle et
religieuse allaient lui incomber et que personne
ne pouvait les lui contester, et par conséquent, il
pouvait conserver l’essentiel de l’Islam sans nul
besoin du pouvoir politique. Il accepta alors de
mettre fin à sa protestation contre le pouvoir
d’Abou Bakre et ordonna à tous ses fidèles, dont
Ammar, de faire de même.
Un sérieux problème était déjà devant Ammar
et ses semblables : Du moment qu’il avaient prêté
serment de fidélité à Abou Bakre pouvaient-il ne
pas répondre à l’appel de mobilisation contre les
rebelles ?
Ammar trouva une solution qui réunissait sa
fidélité à la vérité au loyalisme qui l’animait :
Combattre les vrais apostats et éviter de
confronter les cas de rébellions incertaines ou
douteuses !
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Ainsi, Ammar fit de son mieux dans les
combats de Yamama et il contribua pleinement à
la victoire de l’armée musulmane contre les
troupes de Mosseyléma le Menteur, le chef de
Bani Hanifa qui avait même osé prétendre la
prophétie.
En outre, le long du règne du deuxième Calife
Omar, Ammar sut maintenir cette double fidélité
et fut présent et actif sur plusieurs fronts du
Djihad. Ainsi, à un certain moment, il fut nommé
gouverneur de la Koufa.
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Ainsi, les six apôtres se réunirent et dès la
première séance, il fut clair qu’il s’agissait bel et
bien un congrès politique où un conflit d’intérêts
n’allait pas tarder à faire surface, et non pas d’une
réunion de bienfaiteurs en quête de la meilleure
solution aux problèmes de la communauté
musulmane.
Force était de constater que les membres de ce
congrès, à l’exception de l’Imam Ali, étaient pour
la poursuite et la continuation de l’ancienne
politique que Omar avait appliqué durant sa vie et
qui consistait à récompenser, aussi bien les
services rendus à l’Islam que certains rapports de
parenté, par des dotations annuelles
proportionnelles à leurs rangs. Nous avons déjà
développé certains aspects de cette politique
économique du deuxième Calife dans des
numéros précédents.
Après trois jours de conversation stérile où
aucun des six n’accepta de se retirer au profit des
autres. Abdurrahmane crut bon de mettre fin à
cette situation en proposant son désistement en
contre partie d’un privilège déterminant :
Nommer à lui seul le nouveau Calife.
Malgré le refus de l’Imam Ali qui craignait
sérieusement aussi bien les tendances
aristocratiques du richissime Abdurrahmane que
ses liens intimes avec le non moins aristocrate
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Othmane, la proposition d’Ibn Âouf fut acceptée
et devint arbitre absolu de la succession !
Ammar, accompagné de Miqdad et plusieurs
autres fidèles loyalistes, virent alors que l’Imam
Ali allait vraisemblablement être écarté encore
une fois de son poste naturel et légal par une
coalition d’intérêts. Ils s’approchèrent de la
maison du congrès pour exhorter Abdurrahmane
de ne pas succomber aux tentations qu’ils
craignaient. Ammar cria suffisamment haut pour
que tous les six entendissent : «Ô Ibn Âouf ! Si tu
tiens vraiment à l’unité des musulmans, prête
serment de fidélité à Ali !»
Miqdad, cria aussi : «Ammar dit la vérité. Si
vous prêtez serment à Ali, nous obéirons. »
En réalité, il s’en fallait de beaucoup pour que ces
derniers souhaits de ces quelques inconditionnels de
testament de Khom pussent influer sur le cours des
événements. Est-il que la transformation de la société
Islamique du Saint Prophète en une société de
classes et de privilèges avait été déjà entamée,
irréversiblement et irréparablement depuis belle
lurette. Par conséquent, d’anciens compagnons du
Prophète comme Abdurrahmane et Othmane
représentaient une nouvelle classe de privilégiés
plutôt qu’un courant politique ou culturel, alors que
certains autres des six, tels que Talha et Zoubeyr,
étaient des conservateurs au sens moderne du terme,
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c'est-à-dire de ceux qui voulaient à tout prix garder la
stabilité sociale en s’accrochant d’une manière
irréfléchie à l’application de l’ancienne politique
sociale et économique de Omar, notamment en ce
qui concerne la répartition des revenus.
Abdurrahmane savait bien tout cela et il
proposa le pouvoir à l’Imam Ali sous une
condition impossible : Cesser d’être l’Imam Ali !
En effet, la proposition consistait à prendre le
pouvoir après avoir prêté serment de fidélité à la
politique de Omar et d’Abou Bakre ! Ce qui
voulait dire que le nouveau Calife ne devait rien
changer de la situation sociale injuste ! L’Imam
fut obligé évidemment de refuser, alors que
Othmane accepta.
Engagement Et Désengagement De
Othmane
Quels étaient les véritables mobiles de
Abdurrahmane ? Est-ce uniquement un
conservatisme ? Ou bien y avait-il encore d’autres
arrières pensés derrière cet arbitrage,
incontestablement, le plus polémique de l’histoire
de l’Islam ?
Si l’on croit à une certaine version de l’histoire,
juste après les cérémonies du serment
d’investiture de Othmane , l’Imam Ali (psl) dit à
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Abdurrahmane : « Ce n’est pas la première fois
que vous vous coalisez contre nous ! Alors belle
patience et de Dieu on sollicite l’aide sur ce que
vous décrivez ! Par Dieu, tu n’as désigné
Othmane que pour qu’il t’en fasse de même et te
désigne comme son successeur ! »
En tout état de cause, plusieurs raisons
pouvaient influencer la décision du congrès des
six, et ce n’étaient pas les vœux pieux de
quelques loyalistes –comme Ammar- qui
pouvaient contre carrer la logique des intérêts, ou
le calcule pragmatique, qui avait déjà eu le statut
prédominant depuis le compromis de Saquifa.
Mais Othmane allait-il pouvoir tenir à son
engagement ? Et combien l’aile conservatrice du
congrès des six pouvait-elle tenir tête à
l’opportunisme sans scrupules de la famille de
Othmane ?
En réalité, la politique hérité de Omar ne put
finalement résister que quelques années et
Othmane succomba aux passions et caprices
indomptables de ses proches parents.
Rappelons que les proches du troisième Calife
étaient, pour la plupart, des anciens bannis et
maudits du vivant du Saint Prophète, et que
Marwane en était le plus dangereux. Il put tenir
les rênes du pouvoir entre les mains et exclure
tout conseiller probe et loyal de l’entourage de
Othmane qui devint totalement dépendant de lui.
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Ce fut alors la grande déviation : Les anciens
gouverneurs des principales villes qui étaient
généralement des grands apôtres –tel que Salman-
furent démis de leurs fonctions pour être
remplacés par des parents de Marwane et de
Othmane :
Walid, frère de lait de Othmane, bien
qu’ivrogne et sans aucune qualification, remplaça
Saâd ibn Abi Waqqas, l’ancien chef des armées
de l’Irak au gouvernement de Koufa.
Salman fut aussi écarté du gouvernement de
Madaën pour laisser la place à un autre proche de
Marwane. Âmre ibn Âas, le concurrent de
l’Egypte et son tout puissant gouverneur dut
laisser la place à Ibn Abi Sarhe, le cousin de
Othmane, ancien apostat de l’époque du
Prophète.
Moâwiya, le maître absolu de la Syrie, étant lui-
même cousin de Marwane, fut, bien entendu,
maintenu dans ses fonctions.
Outre ces nominations douteuses, Marwane se
permettait mêmes les plus grands détournements
de fonds de l’époque et en fit de ses parents les
hommes les plus riches et les plus puissants du
Califat. Il allait de soi qu’une telle politique fit de
l’époque de Omar une époque de justice et
d’égalité, aux yeux des populations nouvellement
converties à l’islam, comme celles de l’Egypte et
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de l’Irak, qui n’avaient pas eu l’occasion de voir
un modèle meilleur de société. Pour eux, il
s’agissait d’une déviation grave, voire même
d’une trahison, de la part du troisième Calife qui
n’avait rien tenu de ses engagements
solennellement prononcés lors de son investiture.
En effet, les engagements pris par Othmane
consistaient à suivre scrupuleusement la politique
de Omar sur deux plans essentiels :
La politique de répartition des revenus devrait
demeurer en faveur des anciens combattants et
compagnons du Prophète.
La nomination des gouverneurs doit être
exemple de toute considération de parenté.
Othmane s’était même engagé de ne jamais
nommer ses proches dans des fonctions de l’Etat !
Avec la recrudescence des injustices des
gouverneurs, le mécontentement populaire
augmentait au fil des jours et la grogne des
anciens compagnons du Prophète se faisait
entendre de plus en plus. Othmane ne prêta
l’oreille ni à l’une ni à l’autre ; et chaque fois
qu’on venait chez lui plaindre l’un de ses
gouverneurs, il déléguait l’affaire à son ministre
Marwane qui s’empressait toujours de démentir
les accusations et de ridiculiser, voire même
blâmer les émissaires des populations lésées.
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Adieu, Abou Zhar !
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Ici, rappelons que Marwane et ses acolytes de
Bani Omeyya n’avaient, en réalité, jamais
supporté l’égalitarisme de l’Islam qui fit de
certains enfants d’esclaves de grands apôtres
respectueux et de certains enfants de l’ancienne
noblesse de Qoraich, des simples citoyens. La
prise du pouvoir par Marwane fut une occasion
pour qu’il rétablît les anciennes valeurs
préislamiques dégradées de l’aristocratie
mecquoise, sous lesquelles un homme tel que
Ammar ibn Yasser ne doit jamais oser dire non à
un prétendu noble de Bani Omeyya !
Du retour des adieux d’Abou Zhar, Ammar
rencontra Marwane qui guettait la route, et il
feignit de le voir. Quand le ministre du Calife
essaya de l’interpeller, il dénia de lui répondre et
continua son chemin derrière Ali, Hassan et
Houssein (paix sur eux) ! Avec son
comportement, Ammar voulut rappeler à
Marwane qu’avec l’exil d’Abou Zhar toutes les
lignes rouges avaient été transgressées, voire
entièrement démolies, par le Calife.
Il lui fit aussi comprendre qu’il n’y avait plus de
raison pour que les compagnons du Prophète et
les anciens combattants de l’Islam continuassent
à éviter la confrontation avec la bande Omeyyade
au pouvoir.
Enfin, il rappela qu’il était encore temps de
rétablir le système de valeurs Islamiques –
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toujours égalitaires et moralistes- au sein duquel
un apôtre du Prophète comme Ammar n’a pas de
compte à rendre à un pervers tel que Marwane qui
fut autrefois maudit par le Prophète et exclu avec
son père de la Médine !
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Cette nouvelle parcourut rapidement la Médine,
et tous les musulmans en furent indignés. La
grogne populaire menaça sérieusement de prendre
des dimensions incontrôlables et un aspect plus
actif et plus offensif.
Marwane convainquit Othmane qu’il fallait
rapidement intervenir et mater le mécontentement
par un discours autoritaire et menaçant; et s’il le
fallait, par une répression dissuasive.
Othmane alla à la mosquée et prit la parole pour
exécuter le plan de ses conseillers. Entre autres, il
dit : « Est-il que nous prenons de ces revenus ce
dont nous avons besoin, de gré ou de force et en
dépit de la volonté de certains ».
L’Imam Ali était présent mais il ne pouvait
intervenir puisque depuis le congrès de six, il était
accusé par les mauvaises langues Omeyyade
d’être le principal instigateur du mécontentement
populaire. Ammar, lui aussi était présent, et il vit
qu’il était de son devoir d’intervenir et de mettre
fin au silence des grandes personnalités
musulmanes, quitte à subir à lui seul la foudre de
la bande Omeyyade.
Aussi, se leva-t-il devant toute l’assemblée et
rétorqua à Othmane, à haute voix : «Je prends
Dieu pour témoin que je suis le premier de ceux-
là et que je me sens si humilié par ton acte !».
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Othmane ne put alors supporter l’éminence de
ce vieil apôtre et oublia –du coup- toutes les
valeurs sublimes de l’Islam qu’un Calife était
sensé représenter. La colère le dégrada et la
rancune le ramena au rang d’un vieil aristocrate
Omeyyade incapable de supporter une critique ni
encore moins de faire face à sa propre réalité mise
à nu par son comportement.
Perdant le contrôle de soi-même, Othmane
oublia même les valeurs arabes préislamiques
interdisant d’humilier les plus vieux et s’écria :
« Ose-tu t’opposer à moi, fils de Yasser ! ». Puis
il ordonna à ses gardes d’arrêter le vieil apôtre.
Les gardes du Calife, qui étaient tous –en
réalité- valets de Marwane et de Moâwiya,
n’avaient rien de semblables avec des
combattants de l’Islam ; et ils étaient plutôt de
rudes policiers sans aucune éducation Islamique.
Il emportèrent le vieux Ammar au palais de
Othmane et lui ligotèrent les mains et les pieds
dans l’attente de l’arrivée du Calife, sans aucune
considération pour son âge ou son ancienneté et
sa compagnie du Prophète !
Quand Othmane vit Ammar, il était comme
enragé de fureur et commença à le tabasser lui-
même, puis il ordonna à ses valets de continuer à
frapper le vieil apôtre jusqu’à ce que celui-ci
perdît connaissance.
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Selon quelques versions de l’histoire, Ammar,
tombé en coma, fut ensuite jeté hors du palais de
Othmane. Des musulmans l’amenèrent alors à la
maison de Omm Salma, la veuve la plus
prestigieuse du Prophète.
Ce fut la première fois dans la vie de Ammar
qu’il ratait un temps de prière. En effet, il
demeura dans le coma du matin au soir ; et les
musulmans purent remarquer son absence dans
trois prières consécutives.
La nouvelle du tabassage de Ammar circula
alors dans toute la ville sans que celui-ci pût
contrôler quoi que ce soit de la situation.
Quand Ammar reprit connaissance, toute la
ville était déjà en ébullition ; et sans jamais le
vouloir, il devint le symbole d’une révolution qui
s’annonçait inéluctable.
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territoires de l’islam, et particulièrement l’Irak et
l’Egypte.
Avec l’agression sauvage de Ammar, même les
notables les mieux nantis de la Médine
commencèrent à craindre la perte de leur ancien
privilège et la généralisation de l’oppression
Omeyyade.
Plusieurs anciens compagnons du Prophète se
réunirent et décidèrent d’annoncer l’alerte
générale parmi les populations des pays neufs,
(notamment l’Egypte et l’Irak). Ils adressèrent
une lettre aux combattants musulmans sur les
premières lignes du front de Djihad, les
avertissant que l’Islam est en danger à la Médine
même, et que, s’ils voulaient combattre pour
l’Islam, il leur faudrait le faire contre la bande
Omeyyade et à la capitale même du Califat !
Plusieurs centaines de combattants et de grands
dignitaires musulmans de l’Egypte, de Koufa et
de Bassora, affluèrent vers la Médine et
présentèrent leur plainte au Calife en lui
demandant de limoger tous ses gouverneurs et les
remplacer par des anciens compagnons du
Prophète ou du moins par des hommes probes et
justes.
Marwane fit signe au Calife de ne rien croire
aux allégations des émissaires et lui présenta
toute la situation comme étant un complot contre
Bani Omeyya.
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Othmane s’entêta encore une fois et renvoya les
plaignants sans leur promettre quoi que ce soit de
réconfortant.
Les plaignants, ne pouvant revenir bredouilles
auprès de leurs concitoyens, cherchèrent une
ultime solution auprès de l’Imam Ali qui s’était
bien gardé, jusque là, d’intervenir, puisqu’il
savait que Marwane allait prendre toute
intervention de sa part pour une preuve appuyant
sa version du prétendu complot contre Bani
Omeyya.
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préparer un retour victorieux vers leur pays,
rêvant de porter avec eux des lettres de destitution
de tous les gouverneurs pervers, comme Othmane
venait de le promettre.
Ce fut alors, que Marwane décida de passer à
l’action à l’insu du Calife. Il falsifia les lettres de
nomination des nouveaux gouverneurs en
désignant les anciens gouverneurs dans leurs
postes tout en leur ordonnant de tuer les chefs des
insurgés !
Marwane savait bien que de tels ordres étaient
non seulement inapplicables, mais fatales pour le
Calife. Cependant il avait tout un plan de complot
dans lequel la renommée de Othmane et même sa
vie ne pesaient lourd !
Bref, les insurgés découvrirent les lettres
falsifiées et décidèrent de revenir à la Médine.
Furieux, ils assiégèrent le palais de Othmane et
lui demandèrent des explications suffisantes.
Othmane jura qu’il n’était pas au courant du
contenu des lettres falsifiées. Les insurgés lui
demandèrent alors de leurs livrer Marwane pour
le juger, mais il refusa.
Ils lui demandèrent alors d’abdiquer, mais il
refusa encore.
L’étau du siège se resserrait de plus en plus
autour de Othmane et on le priva même de l’eau,
mais il résista.
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Quelques insurgés voulurent prendre d’assaut le
palais de Othmane, mais, voyant Hassan et
Hussein, les deux petits fils du Prophète (ppslp)
en armes et prêt à défendre le Calife, ils
rebroussèrent chemin et n’osèrent pas les
combattre.
Voyant que l’existence des deux illustres fils de
l’Imam Ali allait déjouer tout son plan
diabolique, Marwane les renvoya chez eux au
nom de Othmane, prétendant que les Banou
Omeyya pouvaient bien se défendre tous seuls !
Mais leur départ fut fatal pour Othmane qui
mourut sous les coups de quelques insurgés,
chauffés à blanc par l’insolence de Marwane !
L’assassinat de Othmane n’était pas programmé
par la majorité des insurgés, et plusieurs indices
témoignent que Marwane voulait bien arriver à
cette fin tragique pour pouvoir transformer le
Califat en une dictature Omeyyade à la tête de
laquelle, il pourrait régner un jour. En réalité,
Marwane allait arriver à ses fins mais beaucoup
plus tard qu’il ne l’escomptait puisque Moâwiya
était dans des conditions meilleures pour prendre
la tête du grand mouvement de protestation contre
l’assassinat de Othmane, mouvement dont
l’étendard fut la chemise entachée du sang du
Calife assassiné !
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L’Imam Ali : Calife Malgré Lui
Dès la mort de Othmane, les insurgés, ainsi que
la population de la Médine, se ruèrent vers la
maison de l’Imam Ali le suppliant de prendre le
pouvoir en main et de barrer le chemin devant
tous les opportunistes et les fauteurs de troubles.
L’Imam refusa fermement en leur rappelant
qu’ils n’allaient certainement pas supporter sa
justice et qu’il leur fallait mieux chercher
quelqu’un d’autre plus sensible à leurs exigences
et passions !
Bien qu’une grande partie des privilégiés de la
Médine savaient parfaitement que l’Imam Ali
disait la pure vérité, ils n’osaient pas manifester
leur nostalgie pour l’époque de Omar et ils se
turent, laissant aux insurgés et à quelques
loyalistes et fidèles apôtres, tel que Ammar, la
mission de convaincre l’Imam Ali d’accepter le
poste de nouveau Calife. L’Imam résista
fermement à la demande de la grande foule qui
s’était rassemblée devant sa demeure l’appelant à
accepter le pouvoir et jurant de ne jamais partir
sans obtenir son consentement à leur demande.
L’Imam Ali leur posa alors quelques conditions
dont la plus importante fut qu’ils devaient lui
obéir dans toutes les circonstances et qu’ils
devaient définitivement oublier l’ancienne
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politique des privilèges de Omar ! Ensuite, il leur
demanda que l’investiture fût à la grande
mosquée et en présence de tout le monde.
Finalement, l’Imam Ali devint le quatrième
Calife, et tous les musulmans présents à la
Médine eurent l’occasion de participer à son
investiture.
Les compagnons du Prophète (ppslp) lui
prêtèrent –eux aussi- serment de fidélité quand
bien même plusieurs d’entre eux craignaient sa
justice, et attendaient l’occasion opportune pour
déstabiliser son pouvoir et, pourquoi pas, le
démettre de ses fonctions !
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En réalité, Moâwiya suivait le développement
des événements à la Médine depuis longtemps et
attendaient l’assassinat de Othmane pour
annoncer sa rébellion au nom de la vengeance du
Calife et sous la bannière de sa chemise !
Ainsi, l’Imam Ali dut affronter, dès les premiers
jours de son règne, la plus grande rébellion de
l’histoire de l’islam. Il annonça l’alerte générale
pour une expédition militaire contre Moâwiya.
Entre temps, Marwane et quelques notables
soucieux de conserver leurs anciens privilèges,
allèrent chercher le soutien et la légitimation
auprès de la Mère des Croyants Aïcha, la fille
d’Abou Bakre et la plus jeune veuve du Saint
Prophète (ppslp). Ils réussirent à la convaincre de
sortir de la Mecque, en direction de Bassora où ils
complotaient d’organiser une autre rébellion,
aussi sous prétexte de venger la mort de
Othmane.
Ce fut alors le début de la tragédie connu dans
les livres de l’Histoire sous le nom de la Guerre
du Dromadaire (Jamal). En effet la caravane de la
veuve du Prophète, dont la litière portée par un
énorme dromadaire était devenu une véritable
bannière sous laquelle se rassemblèrent plusieurs
milliers d’ignorants, partit vers Bassora en attirant
plusieurs tribus arabes bédouines au cours de sa
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route. Le long de la route, Marwane et ses espions
surent convaincre la caravane et les tribus
bédouines qu’elle avait drainées qu’il s’agissait
d’une guerre sainte contre Ali, décrit comme un
usurpateur du pouvoir et protecteur des assassins
de Othmane !
En réalité, la présence de la Mère des
Croyants dans le camp de Marwane, était –à elle
seule- un argument suffisant pour les dizaines de
milliers de bédouins qui représentaient l’essentiel
du camp.
Arrivée à Bassora, Marwane monta un plan
diabolique pour piller la trésorerie de la ville et en
chasser le gouverneur, après l’avoir torturé et tué
ses gardiens. Devant cette agression, l’Imam Ali
Ordonna à ses fidèles, qui étaient sur le point de
marcher sur Damas, de passer par Bassora, pour
mater la nouvelle rébellion, et sauver la Mère des
Croyants des mains des hypocrites.
Ce fut alors La bataille du Jamal dans laquelle,
le dromadaire de la mère des croyants joua le rôle
d’étendard de guerre pour des milliers de
bédouins tous prêts à mourir pour elle !
Ce fut une bataille sanglante et meurtrière qui
constitua un bon précédent pour le retors de
Damas qui se félicitait joyeusement des précieux
services de son cousin Marwane.
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Parmi les grandes personnalités tuées dans cette
bataille, les plus célèbres étaient Talha et
Zoubeyr. Le plus remarquable dans cette bataille
fut l’attitude des bédouins naïfs rassemblés autour
du dromadaire, et succombant l’un après l’autre
sans fléchir un instant, croyant mourir en martyrs,
et qu’ils allaient directement au Paradis !!!
Par conséquent, ce fut l’Imam Ali lui-même, le
vainqueur de la bataille, qui annonça le deuil
général, aussi bien pour les martyrs de son camp
que les morts du camp adverse.
Dans l’apogée d’une gloire militaire, il était
clair que le commandeur des croyants était
l’homme le plus triste du monde ; mais que
pouvait il faire d’autre ?
Ammar, quant à lui, essayait toujours d’alléger
le fardeau de son Imam. Il était pour lui à la foi
l’ami intime et le conseiller avisé et son origine
yéménite jouait un grand rôle dans l’unification
des rangs des tribus yéménites, traditionnellement
sympathisantes de l’Imam Ali.
Ammar Contre La Cinquième Colonne
Parmi les tribus yéménites constituant la
majorité de l’armée du Commandeur des
Croyants (psl), la tribu de Kèndah avait la
particularité d’obéir à son chef traditionnel al
Ashâth ibn Qays, le derniers de leurs rois avant
l’Islam. Al Ashâth ne s’était jamais bien convertis
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à l’Islam ; mais il était toujours obligé de se
laisser aller avec le courant pour ne pas perdre sa
notoriété dans sa tribu. Ainsi il constituait un
grand point faible dans le camp de l’Imam Ali, et
Moâwiya en était parfaitement au courant.
Après des tractations secrètes, al Ashâth fut
chargé par Moâwiya de développer une véritable
cinquième colonne dont le rôle était de
démoraliser les forces loyalistes et de semer le
doute et l’indécision parmi les sympathisants du
commandeur des croyants.
Ce fut ici que l’existence d’un vieil apôtre du
Prophète, comme Ammar, d’origine yéménite
incontestable, dans le camp du commandeur des
croyants en tant que ministre et principal
conseiller, prit une importance très grande et,
pour certains, déterminante. Par ailleurs, les
célèbre Hadiths du Saint Prophète qui avait fait
de Ammar un indicateur de la légitimité, et de sa
mort une preuve désignant et condamnant les
rebelles agresseurs, étaient un réconfort générale
pour l’ensemble du camp de l’Imam Ali. L’action
de la propagande de Moâwiya dans son camp et
de celle de sa cinquième colonne dans le camp
adverse, se concentra alors sur l’interprétation de
ses Hadiths, et parfois la propagation des fausses
espérances tel qu’un prétendu ralliement de
Ammar au camp de Moâwiya !
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Ainsi, tous les plans d’al Ashâth furent déjoués
par Ammar et le commandant en chef des armées,
Malek al Ashtar, yéménite lui aussi. Ainsi, le
poids du vieil apôtre de plus de quatre vingt dix
ans, pesait de plus en plus lourd dans la balance.
C’était dans de telles conditions que le
commandeur des croyants entama sa marche vers
la Syrie. Moâwiya avait déjà rassemblé une très
grande armée de mercenaires, qu’il prit soin de
maquiller par l’existence du fils de Omar le
deuxième Calife et de Âmre ibn Âas, le célèbre
retors d’Arabie, réputé pour être lui aussi un
compagnon du Saint Prophète. En réalité, Âmre
avait offert son soutien à Moâwiya en contre
partie du poste du gouverneur de l’Egypte !
De surcroît, tous les rescapés de la bataille du
dromadaire, les brigands et assassins de tout
acabit, trouvèrent dans la participation à la
marche de Moâwiya sous la bannière de la
chemise de Othmane une sorte de blanchiment de
leur passé infâme et un investissement dans un
futur pouvoir de Moâwiya, visiblement peu
soucieux de restituer les droits à leurs
propriétaires ou de châtier des criminels du droit
commun !
Les deux armées se rencontrèrent à Seffine sur la
rive du fleuve Euphrate. Ammar manifestait un
grand enthousiasme peu attendu d’un homme de
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son âge, et il promettait –à chaque occasion- de
participer personnellement au combat bien qu’il fût
le ministre du Calife et personne ne s’attendît à le
voir sur les premières lignes du front.
Entre autres, Ammar dit devant des milliers de
soldats encore hésitants : « Ô mon Dieu, si je savais
que cela te satisfaisait, je me jetterais dans ce
fleuve ! » Il ajouta : « Ô mon Dieu, je ne sais rien
qui puisse te plaire plus que de combattre ces
pervers ! »
Et voulant décrire la solidité et la légitimité de
la position du commandeur des croyants et de son
camp, il leur lança : « Par Dieu, s’ils (Les
mercenaires de Moâwiya) nous obligeait à battre
en retraite jusqu’aux palmiers lointains de Hajar,
je dirais toujours que la légitimité est de notre
côté et que ce sont eux les rebelles agresseurs. »
Avec de telles paroles, le vieil apôtre réussit à
garder l’unité et la confiance dans le camp du
Calife légale ; et avec sa vive et active présence,
les compagnons du Prophète encore en vie,
n’avaient plus aucun doute quant à la légitimité
de leur cause et se sentirent de plus en plus
tranquilles sous les ordres du commandeur des
croyants. Plusieurs d’entre eux se rappelèrent
alors des serments de fidélité qui avaient été jurés
malgré lui après le serment de Khom , et les
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remords de ne pas l’avoir soutenu plutôt,
commençaient à ronger bien des cœurs !
Le Martyre Eclairant
Dès le début des combats, Ammar décida de
rallier les premières lignes du front et s’écria :
« Qui veut s’assurer la satisfaction de son
Seigneur ? »
Un grand nombre de fidèles et en particulier
tous les compagnons du Prophète présents sur les
lieux accoururent à son appel.
Comme pour ne rien rater des éléments de la
grandeur, Ammar était à jeun, et malgré ses
quatre vingt dix ans, il combattait héroïquement
les ennemis en franchissant leurs lignes avec une
témérité inouïe. Pour tous les combattants, il était
clair qu’il voulait le martyre !
Cependant, le martyre de Ammar ne fut pas
immédiat ! Il eut même l’occasion de rencontrer
Âmre ibn Âas en pleine bataille et de l’exhorter à
ne pas rater sa dernière chance pour se repentir et
abandonner le camp de Bani Omeyya et les rêves
du gouvernement de l’Egypte.
Âmre essaya en vain de se défendre et dit qu’il ne
voulait en réalité que venger Othmane et punir ses
tueurs !
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Ammar, désespéré de Âmre, lui dit : « Je témoigne
que tu n’a jamais cherché, par quelque acte qu’il soit,
la satisfaction de Dieu ! »
Puis il lui adressa un dernier conseil : « Si tu n’es
pas tué aujourd’hui, demain, de toute façon, tu
mourras. Certes, ce sont les fins et les mobiles qui
comptent pour Dieu. Alors, fait attention à ce que tu
prépares pour le jour où chacun est sanctionné selon
ses intentions. »
Les jours passèrent et la bataille risquait de s’enliser
inextricablement bien que l’avantage fût toujours du
côté de l’Imam Ali et les morts du camp adverse se
comptassent par milliers chaque jour.
Après l’une de ses longues journées de jeun et de
combat héroïque, Ammar revint de la ligne de front et
s’assit dans l’attente du crépuscule.
Ammar guettait le coucher du soleil lorsqu’il vit un
soldat s’approcher et lui offrir ses services, il lui
demanda alors de lui apporter de quoi rompre son
jeun. Le soldat lui présenta un bol de lait coupé.
Ammar eut un instant de stupeur puis son visage
s’illumina soudain et s’écria : « Plût à Dieu que
j’obtienne le martyre cette nuit même ! »
Quelques soldats étaient présents à la scène et ne
comprirent rien de ce qui se passait. Pour eux, il n’y
avait aucune explication pour ce vœu : la journée allait
se terminer et les soldats commençaient déjà à penser
au repos de la nuit.
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Voyant les interrogations l’entourer sans oser
l’interpeller, Ammar rappela à ses compagnons ce
présage du Prophète qui n’a jamais quitté son
esprit : «…Ton dernier repas sera du lait coupé. »
Comme par hasard, ce jour là, la bataille se
poursuit après le coucher du soleil. Ammar reprit
les armes, revint rapidement à la première ligne
du front et continua à se battre farouchement
comme un lion. Soudain, une flèche l’atteignit
mortellement, et se fut le coup libérateur qu’il
attendait depuis si longtemps.
Avec le martyre de Ammar, Âmre et Moâwiya
ne pouvaient plus dissimuler la vérité. Et sous le
couvert de la nuit, plusieurs milliers de
musulmans trompés par ses deux retors rallièrent
le camp de l’Imam Ali après avoir enfin su avec
certitude qui était bien le rebelle agresseur.
Pourtant, Âmre ne désempara nullement, il
lança aux visages de plusieurs dignitaires de son
armée venus lui demander des explications en lui
faisant état de leur crainte de faire partie du
groupe des rebelles agresseurs : « Ne voyez-vous
donc pas que ce sont eux qui ont tué Ammar ? Ne
sont-ils pas eux-mêmes qui l’ont poussé au
combat à cet âge ? »
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Moâwiya ; et Âmre commençait déjà à réfléchir
à un nouveau stratagème qui sauverait leur
situation.
Au camp des loyalistes, la perte d’un homme du
poids de Ammar fut tellement lourde qu’on ne
pensât même pas à ses effets psychologiques sur
le camp adverse. Toutefois, avec les premiers
rayons du soleil, une nouvelle journée se
prononça déjà différente et les premiers
mouvements des deux belligérants s’avérèrent
différents de ceux des jours passés. En effet, la
grande tristesse de l’Imam Ali et du chef de ses
armées, Malek al Ashtar, fut vraisemblablement
compensée par une flambée de détermination
dans tout leur camp.
La bataille se poursuivit et la victoire de Malek
allait être écrasante si ce ne fut encore une
nouvelle ruse du retors d’Arabie Âmre.
Dès que la défaite s’annonça certaine, Moâwiya
commença à préparer sa fuite avant que cela ne
devînt trop tard. Quand à Âmre, il ne voyait pas
les choses de cet œil ; et il savait bien que la fuite
n’arrangeait rien pour lui et qu’il valait mieux
tenter une dernière chance.
Alors que Moâwiya était sur le point
d’enfourcher sa monture, Âmre le rappela et le
somma de l’écouter pour une fois et de faire
exactement ce qu’il lui demandait : Ordonner à
son armée de cesser le combat et de lever
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immédiatement les livres du Coran sur le fer des
lances. Ensuite, le reste du stratagème sera joué
par leurs complices dissimulés dans le camp
même de l’adversaire !
Ainsi, des exemplaires du Saint livre furent
accrochés aux bouts des lances, et l’appel à la
trêve, lancé. Du côté des loyalistes cet acte
inopiné fut ignoré par Malek qui connaissait trop
ses adversaires pour croire à leur foi. Mais, entre
temps, la cinquième colonne d’al Ashâth, libérée
par l’absence de Ammar, entourait déjà l’Imam
Ali et le sommait d’arrêter le combat et
d’accepter l’arbitrage du Coran.
Ammar était parti paisiblement pour rejoindre
les siens, là où on l’attendait si impatiemment. Et
ce fut Malek al Ashtar qui devait poursuivre sa
mission aux services de la vérité et de
l’authenticité de l’Islam.
Prière sur l’âme pure de Ammar !
-fin-
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