Rapport :
Etude comparative : le plein emploi et
le sous-emploi en macroeconomie
Réalisé par :
Filière : Economie Appliquée, Statistique et Big Data
1. Cadre Conceptuel et Définitions :
Définitions du plein emploi et du sous-emploi :
Le plein emploi, selon la théorie classique, désigne une situation où toute personne qui souhaite et
peut travailler trouve un emploi. Cela suppose que les salaires s'ajustent librement pour équilibrer
l'offre et la demande sur le marché du travail. Dans ce cadre, il n'y aurait pas de chômage involontaire,
seulement des périodes de transition (chômage frictionnel) ou des difficultés d'adaptation des
compétences (chômage structurel).
Exemples de Plein Emploi : Allemagne (Récupération après la crise financière de 2008) :
• En 2019, l'Allemagne affichait un faible taux de chômage d’environ 3,1 % grâce à une forte
production industrielle et des programmes de formation professionnelle efficaces.
• Des politiques comme le Kurzarbeit (travail à temps réduit) ont permis de maintenir l'emploi
pendant les périodes de ralentissement économique.
Le sous-emploi, dans la vision keynésienne, correspond à une utilisation insuffisante des ressources,
notamment du travail, en raison d'une demande globale trop faible. Cela inclut des formes de chômage
masqué, comme les emplois à temps partiel non souhaités ou des postes où les travailleurs ne sont pas
pleinement productifs.
Exemples de Sous-Emploi : Afrique du Sud :
• L’Afrique du Sud fait face à un sous-emploi élevé, où une grande partie de la population
active occupe des emplois précaires ou informels.
• Cela reflète des problèmes structurels sur le marché du travail, comme l'insuffisance de la
formation professionnelle et les rigidités économiques.
❖ Typologies du chômage et leur lien avec le sous-emploi
Chômage frictionnel :
• Ce type de chômage est lié aux transitions normales sur le marché du travail. Il se produit
lorsque des individus quittent un emploi pour en chercher un autre, ou lorsqu’ils entrent sur le
marché du travail après leurs études.
o Exemple : Un jeune diplômé qui met quelques mois à trouver un poste correspondant
à ses compétences.
Ce chômage est généralement temporaire et n’indique pas forcément un sous-emploi, mais il
peut signaler un manque d’efficacité dans les mécanismes de recherche d’emploi, comme des
plateformes ou des services insuffisants.
Chômage structurel :
Ce type de chômage survient lorsque les compétences des travailleurs ne correspondent pas aux
besoins des employeurs ou que des changements technologiques ou économiques rendent certains
métiers obsolètes.
o Exemple : Un ouvrier d’usine perd son emploi en raison de l’automatisation et ne
possède pas les compétences nécessaires pour occuper des postes dans le secteur
technologique.
Le chômage structurel est souvent lié au sous-emploi, car les travailleurs affectés peuvent
accepter des postes inférieurs à leur niveau de qualification ou à temps partiel par nécessité, faute
d'autres options.
Chômage conjoncturel :
Ce chômage est causé par des ralentissements économiques temporaires, comme les récessions.
Lorsque la demande globale diminue, les entreprises réduisent leur production et leur besoin en main-
d'œuvre.
o Exemple : Une entreprise de construction licencie une partie de son personnel en
période de crise immobilière.
Pendant une crise, de nombreuses personnes ne trouvent pas d’emploi à plein temps et
acceptent des emplois précaires ou à temps partiel, renforçant ainsi les situations de sous-emploi.
Chômage involontaire (selon Keynes) :
Contrairement à la vision classique, Keynes affirme que le chômage peut persister même si les
salaires sont flexibles. Cela se produit lorsque la demande globale est insuffisante pour encourager les
entreprises à produire davantage et embaucher.
o Exemple : En période de crise économique, même avec des baisses de salaire, les
entreprises hésitent à embaucher si elles anticipent une faible demande pour leurs
produits.
Le chômage involontaire, selon Keynes, est un reflet direct du sous-emploi global dans
l'économie. La solution réside dans des interventions politiques, comme des dépenses publiques ou des
politiques monétaires expansionnistes, pour stimuler la demande et réduire le sous-emploi.
En résumant, chaque type de chômage a ses propres caractéristiques et son impact sur le sous-
emploi. Le chômage frictionnel est une situation normale et temporaire, souvent liée aux transitions
naturelles sur le marché du travail. En revanche, les chômages structurel, conjoncturel et involontaire
révèlent des problèmes plus profonds qui empêchent une utilisation optimale des compétences et des
ressources humaines. Ces situations nécessitent des solutions adaptées : améliorer la formation pour
réduire les inadéquations entre les compétences et les besoins du marché, stimuler la demande pour
relancer l’emploi, ou encore réorganiser certains secteurs économiques pour mieux répondre aux
réalités actuelles
[Link]èles Théoriques et Explications
Approche néoclassique :
❖ Hypothèse de base :
• Le marché du travail est en concurrence parfaite, où les salaires réels (salaire nominal
ajusté à l’inflation) s’ajustent librement.
• Les entreprises embauchent jusqu’à ce que le coût marginal de la main-d'œuvre soit égal
à sa productivité marginale.
• Selon cette théorie, toute personne sans emploi refuse volontairement de travailler aux
salaires proposés. Il n’y a pas de chômage involontaire dans un marché parfaitement
compétitif.
• Les rigidités (salaires minimums, syndicats, ou protection de l’emploi) empêchent cet
ajustement, ce qui peut créer du chômage involontaire.
• En plein emploi l'équilibre est atteint lorsque la demande de travail par les entreprises
(fonction décroissante du salaire réel) est égale à l'offre de travail des individus (fonction
croissante du salaire réel).
❖ Mathématiquement :
• Fonctions fondamentales :
o Offre de travail : 𝑳𝑺 = 𝒇(𝒘/𝒑) ,où 𝒘⁄𝒑 est le salaire réel. Plus le salaire réel
augmente, plus les individus souhaitent travailler.
o Demande de travail : 𝑳𝒅 = 𝒈(𝒘/𝒑) Les entreprises embauchent moins à mesure que
le salaire réel augmente, car le coût d'embauche augmente.
• Équilibre du marché du travail :
o À l’équilibre, 𝑳𝒅 = 𝑳𝑺 , ce qui implique que le salaire réel (𝒘⁄𝒑) ajuste le marché.
o En cas de rigidité salariale (par exemple, un salaire minimum 𝒘𝒎𝒊𝒏 supérieur au
salaire d’équilibre 𝒘∗), il y a un excédent d'offre, soit un chômage involontaire.
Les entreprises maximisent leur profit en égalisant le salaire réel (𝒘⁄𝒑) avec la productivité marginale
𝝏𝑸
du travail (𝑷𝑴𝑳 ) : 𝒘⁄𝒑 = où 𝐐 est la production , 𝐋 est la quantité de travail.
𝝏𝑳
« le graphique représentant le chômage
structurel, avec les courbes de l'offre et de la
demande initiale et réduite de travail. La zone
grisée met en évidence le chômage structurel,
où l'offre de travail dépasse la
demande après le choc »
Approche keynésienne :
❖ Théorie : Insuffisance de la demande effective
Selon Keynes, le chômage involontaire et le sous-emploi surviennent lorsque la demande
effective, c’est-à-dire la somme des dépenses de consommation (C) et d’investissement (I), ainsi
que des dépenses publiques (G), est insuffisante pour garantir un plein emploi.
La production (Y) ne dépend pas uniquement des capacités techniques ou des ressources
disponibles, mais principalement de la demande globale Z :
Z=C+I+G+(X−M) où X est l'exportation et M l'importation.
❖ Théorie : Rigidités nominales :
Les salaires et les prix ne s’ajustent pas immédiatement, notamment à court terme, ce qui empêche le
retour automatique à l’équilibre néoclassique.
• Exemple : Même en cas de baisse de la demande, les entreprises peuvent maintenir des prix
élevés pour couvrir leurs coûts fixes, ce qui réduit encore la demande.
• Rôle des politiques économiques :
Les gouvernements peuvent intervenir pour compenser l’insuffisance de la demande effective par des
politiques :
• Budgétaire : Augmentation des dépenses publiques (ΔG>0) ou réduction des
impôts pour stimuler la consommation.
• Monétaire : Réduction des taux d'intérêt pour encourager l'investissement privé
(ΔI>0).
❖ Analyse Mathématique :
• Fonction de la demande globale : Z=C(Y−T)+I(i)+G
o C: consommation dépendant du revenu disponible (Y−T, où T est la fiscalité).
o I: investissement dépendant inversement du taux d'intérêt (i).
o G: dépenses publiques (exogènes).
• Équilibre macroéconomique :
o À court terme, la production (Y) s’ajuste à la demande globale (Z) : Y=Z.
o Une insuffisance de la demande globale (𝒁 < 𝒀∗ 𝑜𝑢 𝒀∗ est la production potentielle)
entraîne du chômage involontaire.
• Effet multiplicateur budgétaire :
• Une augmentation des dépenses publiques (G) ou de l’investissement (I) entraîne une hausse
de Y, amplifiée par le multiplicateur keynésien :
𝟏
𝒌=
𝟏−𝒄
où cc est la propension marginale à consommer. La variation de la production est donnée par :
ΔY=k×ΔG
❖ Graphiquement : modèle IS-LM
• Courbe IS :
o La courbe IS montre l'équilibre sur le marché des biens, où Y (production) est déterminée
par la demande globale (Z).
o Une insuffisance de la demande globale entraîne une position d'équilibre à gauche de 𝒀∗
(production potentielle), marquant un sous-emploi.
• Courbe LM :
o La courbe LM représente l'équilibre sur le marché monétaire, où le taux d'intérêt (i) s'ajuste
en fonction de l'offre et de la demande de monnaie.
• Intervention Politique :
o Une augmentation des dépenses publiques (ΔG>0) ou une réduction des taux d'intérêt
(Δi<0) déplace la courbe IS vers la droite. Cela augmente Y et rapproche l'économie du
plein emploi.
• Exemple Empirique : Après la crise de 2008, les États-Unis ont utilisé ces outils pour
déplacer la courbe IS à droite, augmentant la production et réduisant le chômage.
Théorie du chômage naturel (Friedman) :
Introduite par Milton Friedman dans les années 1960, la théorie du chômage naturel
contredit la courbe de Phillips initiale (relation inverse simple entre inflation et chômage). Selon
Friedman, il existe un taux de chômage naturel (𝝁𝒏 ) en dessous duquel une économie ne peut
pas descendre durablement sans entraîner une inflation croissante.
Définition du chômage naturel : 𝝁𝒏
o Le chômage frictionnel : lié aux délais nécessaires pour changer d'emploi ou entrer sur le
marché du travail.
o Le chômage structurel : résultant d'un désalignement entre les compétences disponibles et
celles demandées par le marché.
o Il ne comprend pas le chômage conjoncturel, qui dépend des cycles économiques.
o Le plein emploi n’est pas synonyme de zéro chômage mais de 𝝁𝒏 , où l’inflation est stable
et les marchés du travail fonctionnent efficacement.
3.Équilibre sur le Marché du Travail et Études de Cas
Équilibre sur le Marché du Travail
Le marché du travail est déterminé par l'offre et la demande de travail. L'offre de travail 𝐿s représente
les individus prêts à travailler pour un certain salaire, alors que la demande de travail 𝐿d représente les
entreprises prêtes à embaucher en fonction du coût salarial.
Dans un graphique, l'axe horizontal représente la quantité de travail (L) et l'axe vertical représente le
salaire réel (w/p). Les courbes se croisent au point d'équilibre, où le salaire d'équilibre we et le niveau
d'emploi 𝐿e sont atteints.
Cependant, en cas de demande globale insuffisante (vision keynésienne), le niveau d'emploi réel
𝐿r peut être inférieur à 𝐿e , ce qui crée un sous-emploi.
Graphique 1 : Équilibre sur le marché du travail avec sous-emploi.
4. Politiques Économiques pour Atteindre le Plein Emploi
Contexte Historique et Évolution des Politiques
La Grande Dépression et la naissance du keynésianisme
La Grande Dépression a marqué un tournant dans la pensée économique. L'incapacité des mécanismes
du marché à se réguler spontanément a remis en question les théories économiques classiques.
L'œuvre de John Maynard Keynes, notamment le Traité de la monnaie (1936), a proposé une nouvelle
approche, mettant l'accent sur le rôle actif de l'État dans la régulation de l'économie et la stimulation
de la demande globale. Les idées de Keynes ont jeté les bases des politiques budgétaires expansives
mises en œuvre pour sortir de la crise.
Le consensus d'après-guerre et ses évolutions
Après la Seconde Guerre mondiale, un consensus s'est établi autour de l'objectif du plein emploi. Les
gouvernements ont mis en place des politiques keynésiennes pour maintenir une demande effective
suffisante et prévenir les récessions. Ce consensus a perduré jusqu'aux années 1970, lorsque les chocs
pétroliers et l'inflation ont remis en question l'efficacité des politiques keynésiennes traditionnelles. La
stagflation, période de stagnation économique couplée à une inflation élevée, a conduit à une remise
en cause du modèle keynésien et à l'émergence de nouvelles théories économiques, notamment le
monétarisme.
L'ère de la mondialisation et les nouveaux défis
La mondialisation a profondément modifié les économies nationales, créant de nouvelles opportunités
mais aussi de nouveaux défis pour atteindre le plein emploi. La délocalisation d'activités, la
concurrence accrue et la financiarisation de l'économie ont complexifié la mise en œuvre des
politiques économiques. Les crises financières récentes, comme celle de 2008, ont souligné les limites
des politiques traditionnelles et ont conduit à l'émergence de nouvelles approches, telles que
l'assouplissement quantitatif.
Politiques budgétaires et monétaires
Dans la perspective keynésienne, l'atteinte du plein emploi nécessite une intervention active des
autorités économiques pour stimuler la demande globale. Cette approche se matérialise à travers deux
principaux leviers : la politique budgétaire et la politique monétaire.
Politique budgétaire
La politique budgétaire constitue un instrument majeur pour influencer la demande globale. Son
efficacité repose sur l'effet multiplicateur keynésien, où une variation des dépenses publiques entraîne
une variation amplifiée de la production, selon la formule :
𝛥𝑌 = 𝑘 × 𝛥𝐺
𝑜ù 𝑘 = 1/(1 − 𝑐)
Cette politique peut prendre plusieurs formes :
1. Une augmentation des dépenses publiques (ΔG > 0)
2. Une réduction des impôts pour stimuler la consommation
3. Des investissements publics dans les infrastructures
L'efficacité de ces mesures est particulièrement visible en période de sous-emploi, où l'injection de
dépenses publiques peut relancer l'activité économique et créer des emplois.
Politique monétaire
La politique monétaire complète l'action budgétaire en agissant sur les conditions de financement de
l'économie. Les principales mesures incluent :
1. La réduction des taux d'intérêt pour encourager l'investissement privé (ΔI > 0)
2. L'assouplissement des conditions de crédit
3. Le contrôle de la masse monétaire pour maintenir la stabilité des prix
Ces interventions visent à déplacer la courbe IS vers la droite dans le modèle IS-LM, rapprochant ainsi
l'économie du plein emploi.
Mesures de réduction du sous-emploi
La lutte contre le sous-emploi nécessite des interventions plus ciblées, adaptées aux différentes formes
de chômage.
Formation professionnelle
L'exemple allemand du Kurzarbeit illustre l'importance de la formation professionnelle :
-Programmes de formation continue pendant les périodes de ralentissement.
-Adaptation des compétences aux besoins du marché.
-Réduction du chômage structurel par l'amélioration de l'employabilité.
Subventions à l'emploi et mesures incitatives
Les politiques de l'emploi peuvent inclure :
1. Des subventions à l'embauche pour les entreprises
2. Des incitations fiscales pour la création d'emplois
3. Des programmes d'insertion professionnelle
5. Études de Cas et Données Empiriques
Les études de cas montrent des différences significatives entre les pays développés et les pays en
développement. Dans les pays développés, les réformes économiques peuvent réduire le chômage
structurel, tandis que dans les pays en développement, une faible demande de travail maintient souvent
un sous-emploi élevé.
Dans un graphique comparatif, les courbes montrent une offre de travail plus élevée et une demande
de travail plus faible dans les pays en développement, ce qui accentue l'écart entre le niveau d'emploi
potentiel et le niveau réel.
Graphique 2 : Comparaison des marchés du travail entre pays développés et pays en développement.
6. Conclusion et Perspectives
Synthèse des différences entre plein emploi et sous-emploi
Le plein emploi et le sous-emploi représentent deux réalités économiques distinctes :
Le plein emploi :
1. Correspond à un taux de chômage naturel 𝜇𝑛
2. Implique uniquement un chômage frictionnel et structurel minimal
3. S'accompagne d'une stabilité des prix et des salaires
Le sous-emploi :
1. Reflète une utilisation insuffisante des ressources productives
2. Inclut le chômage involontaire et le travail précaire
3. Résulte souvent d'une demande globale insuffisante
Défis et perspectives
Les économies contemporaines font face à plusieurs défis dans leur quête du plein emploi :
Défis structurels
1. L'automatisation et la transformation numérique des emplois
2. L'inadéquation croissante entre formation et besoins du marché
3. Les rigidités institutionnelles du marché du travail
Perspectives d'évolution
Les solutions futures devront intégrer :
1. Une approche mixte combinant politiques keynésiennes et réformes structurelles
2. L'adaptation continue des compétences face aux mutations technologiques
3. Le développement de nouveaux secteurs d'activité créateurs d'emplois
La réussite de ces politiques dépendra de la capacité des économies à :
1. Maintenir un équilibre entre flexibilité du marché du travail et protection sociale
2. Anticiper les évolutions technologiques et leurs impacts sur l'emploi
3. Coordonner efficacement les politiques budgétaires et monétaires