Les Investissements Directs À Theme 6: Les Investissement Directs A L'Étranger (I.D.E)
Les Investissements Directs À Theme 6: Les Investissement Directs A L'Étranger (I.D.E)
I. DEFINITION
Selon la Banque de France, « les investissements directs sont des investissements internationaux
par lesquels des entités résidentes d'une économie acquièrent ou ont acquis un intérêt durable
dans une entité résidente d'une économie autre que celle de l'investisseur. La notion d'intérêt
durable implique l'existence d'une relation à long terme entre l'investisseur direct et la société
investie et l'exercice d'une influence notable du premier sur la gestion de la seconde.
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L'investissement direct comprend à la fois l'opération initiale entre les deux entités et toutes les
opérations financières ultérieures entre elles et entre les entreprises du même groupe
international ».
La notion d’intérêt durable permet de différencier, parmi les mouvements internationaux de
capitaux, les IDE des investissements de portefeuille. Ces derniers sont considérés comme des
placements internationaux, alors que les IDE impliquent un pouvoir de décision de l’investisseur
sur l’entreprise rachetée ou construite à l’étranger. La distinction fondamentale entre IDE et
investissement de portefeuille a été introduite en 1960 par S. Hymer. Dans une thèse qui ne sera
publiée qu'en 1976, il met en évidence que ces deux types d’investissements internationaux
répondent à des déterminants différents. L’IDE se traduit non seulement par un transfert de fonds
financiers, mais aussi en général par un transfert de technologie et de capital humain (par
l’intermédiaire des personnels expatriés s’impliquant dans la production à l’étranger).
II. TYPOLOGIE
L’OCDE reprend fréquemment dans ses analyses une distinction selon la forme des IDE. Pour développer
un réseau de filiales à l’étranger, l’investisseur peut intervenir par :
• La création d'une filiale entièrement nouvelle. Dans ce cas, l'investissement direct se
matérialise par l’installation de nouveaux moyens de production et le recrutement de
nouveaux employés. Cet « IDE de création » est aussi connu sous le nom anglais
de greenfield investment ;
• L’acquisition d'une entité étrangère déjà existante. Cet IDE se matérialise par un transfert
de propriété des titres de la filiale acquise. Cette catégorie est également connue sous le terme
anglais de brownfield investment (ce terme est cependant rarement employé dans la pratique,
alors que le terme greenfield fait partie du vocabulaire courant des investisseurs). Les fusions-
acquisitions transfrontalières appartiennent à cette forme des IDE ;
• L’accroissement des capacités de production de filiales déjà existantes par apport de
fonds. On parle d’IDE d’extension ;
• L’injection de fonds pour soutenir l’activité d’une filiale en difficultés financières. C'est
l’IDE de restructuration financière.
A. Logique
Markusen[6] (1995) introduit une typologie des IDE fondée sur la logique qui sous-tend la décision de
créer des filiales à l’étranger. Il distingue :
• L’IDE horizontal, qui consiste à créer des filiales produisant des biens identiques. Il vise
à faciliter l’accès de l’investisseur à un marché étranger dans l'espoir de développements
futurs. Certains facteurs (obstacles tarifaires ou non aux échanges, coûts de transport)
affectant la compétitivité des exportations, l’investisseur préfère implanter à l’étranger des
entités reproduisant, comme dans son pays d’origine, toutes les étapes du processus de
production afin de servir le marché local.
• L’IDE vertical, par lequel l’investisseur fragmente les différentes étapes de conception, de
production et de commercialisation des produits en implantant dans des pays différents des
filiales produisant des biens finis ou semi-finis différents. Il s’agit pour l’investisseur de tirer
parti des différences de coût des facteurs de production entre pays. Dans ce cas, l’activité à
l’étranger est un complément de l’activité de la maison-mère. L’IDE vertical relève de
la délocalisation, mais il n’en constitue que l’une des modalités, aux côtés de la sous-traitance
internationale par exemple.
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B. Instruments financiers
Selon l’OCDE[5], les IDE peuvent être effectués sous forme de :
• Titres de participation : ils regroupent les actions ordinaires et les actions privilégiées, les
réserves, les apports au capital et les bénéfices réinvestis (ces derniers correspondant à la
fraction du résultat de la filiale non distribuée sous forme de dividende à sa maison-mère, et
réinvestie de fait dans la filiale) ;
• Titres de créance : ils regroupent les valeurs mobilières négociables telles que les
obligations (garanties ou non), les billets de trésorerie, billets à ordre, actions privilégiées à
dividende fixe et autres valeurs mobilières négociables non représentatives de capital. Font
également partie des titres de créance les prêts, dépôts, crédits commerciaux et autres comptes
clients et fournisseurs.
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2. Apports de la nouvelle théorie du commerce international (NTCI)
Le cadre défini par Dunning constitue le point de départ des nouveaux éléments théoriques apportés par
les modèles d’investissement stratégique et la nouvelle théorie du commerce international (NTCI) qui
mettent en avant un arbitrage des firmes multinationales entre proximité et concentration :
A. Commerce international
1. Les IDE comme substituts aux échanges
R.A. Mundell (1957) est l’un des premiers à avoir étudié les investissements internationaux dans le cadre
de la théorie de l’échange international. Son analyse reste dans la logique du modèle d’Heckscher et
Ohlin d’échanges liés aux différences d’abondances relatives des facteurs. Si les pays échangent des
produits, c’est parce que, initialement, les facteurs de production sont immobiles. À l’inverse, si les facteurs
sont mobiles internationalement (en particulier le capital) et le commerce des produits fortement limité
(sinon empêché) par des obstacles tarifaires ou par des coûts de transport élevés (conditions de l’IDE
horizontal), les IDE apparaissent comme des substituts au commerce de marchandises.
La rémunération du capital étant plus élevée dans le pays qui est le moins bien doté en capital, il s’opère
un mouvement de capitaux du pays qui en détient relativement le plus vers celui où il est rare. Ce dernier
va alors produire davantage de biens intensifs en capital, biens qu’il importait auparavant. Les IDE se
substituent ainsi aux importations et les dotations relatives en facteurs de production se rapprochent les
unes des autres. Avec ce transfert de capital, les avantages comparatifs peuvent être amenés à disparaître,
entraînant l’arrêt du commerce. L’IDE horizontal est alors destructeur du commerce international.
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production de machines, et un pays en développement, intensif en travail et ayant un avantage comparatif
dans la production de textile. Compte tenu d’une faible demande internationale de textile, le prix
international du textile se trouve être égal à celui qui prévaut dans le pays en développement : ce dernier
n’a donc aucun intérêt à exporter et il n’y a pas de commerce international. Plus généralement, il apparaît
que, dans le cas des IDE verticaux où les firmes multinationales répartissent leurs activités entre les pays
en fonction des différents avantages comparatifs, IDE et commerce international peuvent être
complémentaires, notamment en accroissant les échanges intra-firmes.
P. Romer (1993) souligne que l’IDE entrant peut faciliter les transferts de technologie et de savoir-faire
en gestion dans le pays d’accueil, non seulement dans les filiales investies, mais aussi dans l’ensemble des
entreprises du pays d’accueil par des phénomènes de diffusion. L’IDE entrant doit également faciliter
l’accès au marché d’exportation et contribuer à une amélioration de la compétitivité des entreprises locales.
Un grand nombre d’études empiriques a tenté de mettre en évidence cet effet positif. Comme le souligne
P.R. Agenor[26] (2003), elles n’ont guère fourni de résultats concluants sur ces éventuels effets de
diffusion. D. Rodrik[27] (1999) s’interroge sur les politiques mises en place pour attirer les IDE alors
même que les résultats concrets de leur impact positif sur la croissance manquent.
Pour qu’un effet positif existe, il semble nécessaire qu’un certain nombre de conditions soient réunies.
Ainsi, Borensztein, de Gregorio et Lee (1998) précisent que l’IDE entrant a un effet positif sur la
croissance du pays d’accueil à condition que la population de ce dernier ait un niveau d’éducation
suffisamment élevé pour pouvoir diffuser les transferts de technologie à l’ensemble de l’économie. Si
Blomström, Lipsey et Zejan (1994) ne confirment pas le rôle essentiel de l’éducation, ils mettent en avant
que l’IDE entrant n’aura un effet positif sur la croissance que si le pays d’accueil est déjà suffisamment
riche. Alfaro et al.[30] (2003) soulignent quant à eux la nécessité de marchés financiers suffisamment
développés, tandis que Balasubramanyam, Salisu et Spasford[31] (1996) insistent sur l’ouverture du pays
d’accueil aux échanges commerciaux. Étudiant l’impact des IDE sur la croissance économique dans les
pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, Sadni Jallab et al.[32] mettent en avant l’importance de la
stabilité macroéconomique (mesurée par le taux d’inflation) comme condition à l’existence d’un impact
positif des IDE entrants sur la croissance économique du pays d’accueil. Alfaro[33] (2003) met en évidence
des effets différenciés selon le secteur d’activité de la filiale investie : ainsi, l’IDE entrant dans le secteur
primaire (agriculture et industries extractives) tend à avoir un impact négatif sur la croissance alors que
l’effet est positif dans l’industrie manufacturière (et ambigu dans les services). L’effet négatif constaté
pour le secteur primaire est attribué au fait que les bénéfices liés à la diffusion des transferts technologiques
sont limités pour l’agriculture et les industries extractives.
2. Du pays investisseur
L. Fontagné et F. Toubal (2010) distinguent deux effets de l’IDE pour le pays investisseur :
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l’entreprise multinationale élargissant son activité à l’étranger aux dépens de l’activité
domestique,
• Un effet revenu, permettant de compenser (en totalité ou non) l’impact négatif de l’effet
substitution : l’implantation à l’étranger donne accès à de nouveaux marchés ou à de nouveaux
facteurs, et ceci aura tendance à accroître les ventes de la firme multinationale, y compris des
unités localisées dans le pays de la maison-mère.
Aux effets quantitatifs constatés sur la croissance et l’emploi, l’IDE sortant est également supposé favoriser
un accroissement du niveau de qualification des postes de travail dans le pays investisseur. L’IDE sortant
est enfin susceptible d’accroître la volatilité de l’emploi dans les entreprises s’étant implantées à l’étranger.
Les firmes multinationales peuvent en effet arbitrer entre leurs différentes implantations (locales et à
l’étranger) et faire évoluer (plus facilement que les entreprises ne s’étant pas internationalisées) leurs
effectifs employés localement pour s’adapter aux chocs conjoncturels.
De nombreuses études empiriques ont mis en évidence l’existence d’un effet substitution : A. Harrison et
M. McMillan[35] (2009) estiment qu’une baisse de 0,1 % des salaires dans les pays à bas coûts réduit
l’emploi de 1 % dans la maison-mère aux États-Unis. S.O. Becker et al.[36] (2005) évaluent que l’impact
d’une baisse de 1 % des salaires en Europe de l’Ouest détruit 2600 emplois en Allemagne et crée 5000
emplois en Europe de l’Ouest, au sein des filiales des multinationales allemandes. L’impact semble plus
faible pour les pays à bas salaires : ainsi, la réduction de 1 % des salaires en Europe de l’Est détruit 950
emplois en Allemagne. Une réduction similaire des salaires dans les autres pays en développement ne
détruit que 170 emplois en Allemagne.
2. Effets indirects
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Les effets indirects des IDE sur les salaires consistent en la répercussion des IDE sur les conditions
salariales des entreprises locales, qui ne sont pas détenues par des actionnaires étrangers. Ils empruntent
deux canaux de transmission différents :
• le premier est lié à la diffusion des progrès de productivité introduits par les
multinationales vers les entreprises locales. En effet, selon H. Görg et D. Greenaway
(2004)[50] :
• les entreprises locales peuvent décider d’améliorer leur productivité en
appliquant les processus de production et les méthodes de gestion des filiales de
groupes étrangers,
• les travailleurs qui passent d’une filiale de groupe étranger vers une
entreprise locale peuvent faire bénéficier leur nouvel employeur de leur
expérience accumulée dans la filiale de la multinationale étrangère,
• les filiales de groupes étrangers peuvent demander à leurs fournisseurs
locaux d’adopter leurs pratiques en termes de production ou de gestion (respect
de normes de qualité par exemple),
• l’intensification de la concurrence consécutive à l’arrivée des filiales de
groupes étrangers peut contraindre les entreprises locales à s’adapter le plus
possible aux méthodes de production introduites par les multinationales.
• le second tient aux effets de l’arrivée de filiales de groupes étrangers sur le marché du
travail local :
• en premier lieu, les filiales de groupes étrangers vont mécaniquement
augmenter la demande de travail, ce qui devrait exercer une pression à la hausse
des salaires locaux,
• en outre, si les filiales de groupes étrangers paient des salaires plus élevés
que les entreprises locales, les travailleurs locaux vont préférer travailler dans
filiales de multinationales, ce qui tendra à réduire l’offre de travail à l’attention
des entreprises locales qui se verront contraintes de relever leurs salaires afin de
rester attractives.
3. Impact sur les conditions non salariales
Selon l'OCDE[53], « les conditions de travail non salariales ne s’améliorent pas nécessairement après une
prise de contrôle étrangère ». Ainsi, les firmes multinationales ne semblent pas avoir tendance à exporter
leurs conditions de travail autres que le salaire (telles que la formation, le temps de travail ou la stabilité
de l’emploi) à l’étranger. Au contraire, elles ont tendance à adopter les pratiques locales[54]. N. Bloom et
al.[55] (2008) analysent, sur la base de données d’enquête sur les méthodes de management et de
conciliation vie professionnelle-vie privée pour plus de 700 entreprises de taille moyenne en Allemagne,
aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni, dans quelle mesure les multinationales américaines
exportent certaines pratiques vers leurs filiales en Europe. Ils établissent que si les multinationales
américaines exportent leurs pratiques de management, elles n’exportent pas leurs pratiques en matière de
conciliation vie professionnelle-vie privée. R. Freeman et al.[56] (2007) comparent les pratiques de travail
dans les filiales locales et étrangères d’une entreprise américaine donnée dans différents pays et constatent
eux aussi que les entreprises américaines adaptent dans une large mesure leurs pratiques à ce qui se fait
dans le pays d’accueil. Cette faible propension des multinationales américaines à exporter leurs pratiques
de travail serait dû au fait que :
1. les conditions de travail sont soumises à des règles et normes sociales nationales.
L’importante réglementation du marché du travail qui existe dans beaucoup de pays
européens et le rôle majeur des syndicats dissuaderaient les multinationales américaines
d’exporter en Europe leurs pratiques sociales.
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2. la faible propension des multinationales américaines à exporter leurs pratiques de
travail pourrait être due à des considérations stratégiques. Ainsi, les filiales locales
tournées vers le marché intérieur tendent à être beaucoup plus discrètes sur la gestion de
leurs ressources humaines que les entreprises plus orientées vers l’exportation.
3. la faible propension des multinationales américaines à exporter leurs pratiques de
travail pourrait tenir à un style de management qui leur est propre et ne serait donc pas
représentative des multinationales d’autres pays. Néanmoins, dans un rapport publié en
2010[57], l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch dénonce « les
campagnes agressives menées par certaines firmes multinationales européennes pour
empêcher leurs employés aux États-Unis de s'organiser et de négocier, en violation des
normes internationales, voire souvent du droit du travail américain ». Parmi les pratiques
identifiées comme autant de violations à la liberté d'association, le rapport cite le fait de
contraindre les salariés à assister à des réunions pour écouter des harangues anti-
syndicalistes tout en interdisant toute prise de parole en faveur des syndicats, de menacer
les salariés de conséquences néfastes s'ils se constituent en syndicats, de menacer de
remplacer définitivement les salariés qui exercent leur droit de grève, d'espionner les
militants syndicaux, et même de licencier les salariés qui tentent de s'organiser au sein
des entreprises. Ainsi, qu’elles soient d’origine américaine ou européenne, les
multinationales ne semblent pas particulièrement désireuses d’améliorer les conditions
de travail dans leurs filiales étrangères et préfèrent s’adapter, dans le meilleur des cas, aux
législations du pays d’accueil.
D. Sur l’environnement
M. Hübler et A. Keller (2010)[59] établissent que les effets des IDE sur la consommation d’énergie et la
pollution peuvent être décomposés en 3 éléments :
• un effet d’échelle : dans la mesure où les IDE tendent à augmenter l’activité économique,
la consommation d’énergie et la pollution qui lui sont liées tendent également à s’élever
• un effet de composition : les IDE auront un effet différent selon que les secteurs vers
lesquels ils s’orientent sont plus ou moins polluants ou consommateurs d’énergie
• un effet technologique : les filiales créées par les IDE peuvent être plus ou moins
polluantes ou consommatrices d’énergie que les entreprises locales du pays d’accueil des IDE
Les aspects les plus importants et les plus controversés des effets des IDE sur l’environnement sont relatifs
à l’effet technologique. Deux théories s’affrontent en effet :
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Tous ces effets positifs sont possibles parce que :
• les firmes multinationales sont généralement plus avancées et dynamiques sur le plan
technologique que les entreprises locales
• les firmes multinationales sont soumises à des normes environnementales plus strictes
dans leur pays d’origine, en raison de la législation et de la pression des consommateurs ou
d’organisations non gouvernementales comme l’ont montré B.S. Gentry (1999)[62] ou C.
Kauffmann et C. Tebar Less (2010)[63] ;
• les firmes multinationales ont tendance à homogénéiser les normes environnementales
pour l’ensemble de leurs processus productifs, où qu’ils soient localisés. L. Zarsky et K.
Gallagher (2008)[64] mettent en avant qu’il serait en effet coûteux pour les multinationales de
gérer des processus de production répondant à des normes environnementales différentes
selon les pays
• enfin, N. Johnstone (2007)[65] établit que plus une entreprise est de grande taille et plus
elle accorde d’attention à son empreinte environnementale, et les firmes multinationales ont
justement tendance à être de grande taille
Les pays désireux d’attirer les IDE sont également susceptibles de pratiquer un dumping
environnemental en créant des « havres de pollution » (pollution havens en anglais). Jha et al.[70] (1999)
notent qu'au Zimbabwe, le Mines and Minerals Act jouissait d'une force juridique supérieure à celle des
autres lois, y compris les textes environnementaux, ce qui avait pour effet d'exempter le secteur minier du
respect des normes environnementales de droit commun. Ils observent aussi qu'en Indonésie ou
en Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'exploitation minière n'était soumise à quasiment aucune réglementation.
L'exploitation minière en Indonésie opérait sous le régime de contrats de concession, qui exemptaient
généralement les entreprises du respect des normes environnementales existantes.
Dans ces conditions, les pays victimes des délocalisations seraient découragés de renforcer leurs normes
environnementales, et pourraient même s'engager dans une « course au moins-disant » environnemental
(race to the bottom en anglais) pour retrouver un avantage comparatif dans certaines productions
industrielles. E. Neumayer (2001)[71] craint ainsi que les pays en développement n’établissent aucune
norme environnementale, ou qu’ils ne légifèrent que sur des normes limitées, ou qu’ils ne veillent pas au
respect de normes plus rigoureuses.
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Comme le notent S. Globermann et V. Z. Chen (2010), les mesures de politique économique ayant trait
aux IDE s’attachent à deux objectifs principaux pour les pays d’accueil : le premier est de maximiser les
bénéfices attendus des IDE tout en limitant le plus possible leurs inconvénients potentiels. Une fois créé
cet environnement favorable, la question se pose de savoir comment attirer le plus possible d’IDE dans le
pays. L’OCDE (2002), souligne en effet que « les avantages nets de l’IDE ne sont pas automatiques ».
Afin de tirer profit au maximum de l’implantation de filiales étrangères, cette organisation internationale
recommande au pays d’accueil de mettre en œuvre trois types de mesures :
2. Mettre en place des restrictions aux IDE afin de préserver l’indépendance nationale
Même s’il est difficile de trouver dans la littérature économique beaucoup d’arguments permettant
de défendre la mise en place de restrictions aux IDE entrants afin de préserver l’indépendance nationale,
force est de constater que ces mesures sont adoptées par un très grand nombre de pays. Ainsi, les attaques
terroristes du 11 septembre 2001 ont modifié la perception de nombreux hommes politiques américains
concernant le rôle et les risques des IDE entrants. Certains membres du Congrès ont alors demandé la
révision des lois et des politiques sur les IDE entrants aux États-Unis afin d’accroître la surveillance du
gouvernement fédéral sur les IDE dans certains secteurs économiques considérés comme particulièrement
sensibles pour la sécurité nationale. Ces secteurs sont les télécommunications, l’énergie, les services
financiers, l’eau, les activités de transport, ainsi que les services d’infrastructures physiques ou virtuelles
indispensables à la préservation de la défense nationale, la continuité du gouvernement, la prospérité
économique et la qualité de vie aux États-Unis. Afin de mesurer l’importance des obstacles dressés par les
pays d’accueil devant les IDE, l’OCDE (2003) (2010) calcule un indice mesurant l’ouverture des pays
aux IDE basé sur l’identification de quatre grands types de restrictions :
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• Les filtrages et autorisations administratives obligatoires,
• Les restrictions imposées à la gestion, à l’exploitation et aux mouvements de personnel
entre les pays,
• Les autres restrictions aux opérations des filiales de groupes étrangers.
Actualisé en 2010 et calculé sur près de cinquante pays, cet indice met en évidence que le pays le plus
ouvert aux IDE entrants serait le Luxembourg, suivi des Pays-Bas et du Portugal. La France est classée au
treizième rang, devant le Royaume-Uni (17e) ou les États-Unis (33e). Les pays qui dresseraient le plus
d’obstacles devant les IDE entrants (parmi ceux pour lesquels l’indice a été calculé) seraient la Russie,
l’Islande et la Chine.
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1. Encourager les IDE sortants
Même s’il relève d'une démarche privée, l'IDE peut faire l’objet d'un accompagnement public. Au début
des années 1980 (et même 1970 pour les États-Unis), les pouvoirs publics des grands pays investisseurs
ont pris conscience du rôle déterminant de l'IDE dans une stratégie de conquête de parts de marché. Il est
apparu comme le principal moteur du développement international des entreprises, qu'il s'agisse de grands
groupes ou de PME. De véritables politiques d'encouragement à l’IDE sortant ont alors été mises en place.
Comme le mettent en évidence A.-M. Alcabas, E. Bourcieu et B. Valersteinas (2000), le soutien public à
l'investissement direct à l'étranger prend des formes diverses, à tous les stades de la démarche des
entreprises.
• Dans la phase de prospection pour identifier le meilleur projet d’IDE, les pouvoirs publics
peuvent fournir l'information sur toutes les facettes du risque-pays investissement (cadre
économique, financier, juridique, fiscal, social et réglementaire dans le pays ciblé), l'aide à la
recherche de partenaires locaux en vue d'une coopération industrielle, voire le financement
d'études de faisabilité. Une assistance dans les démarches auprès des autorités du pays
d'accueil est souvent offerte.
• Dès que le projet est identifié, le pays d'origine peut contribuer au financement de l'IDE
par une prise de participation dans la filiale, un prêt direct aux entreprises ou un
refinancement de leurs banques, une garantie aux banques finançant l'investissement ou
encore des mécanismes fiscaux soulageant la trésorerie des entreprises pendant l'apport en
fonds.
• Le dernier volet de cette politique d'appui est l'assurance de l'investissement. La garantie
de l'investissement contre le risque politique reste le produit le plus couramment offert par
les pays investisseurs, mais certaines entreprises ont également demandé à pouvoir bénéficier
d’une garantie contre le risque commercial ou contre le risque de retournement de
conjoncture.
• Le premier est le transfert, par un IDE sortant, de tout ou partie de l’appareil productif
afin de réimporter sur le territoire national l’essentiel des biens produits à moindre coût (la
délocalisation a pour but de fournir les biens aux mêmes clients, et pas à de nouveaux clients)
• Le second est le recours à la sous-traitance internationale (offshore outsourcing en
anglais), qui correspond à un transfert d’une activité sans IDE : le donneur d’ordre confie à
une entreprise située dans un autre pays la réalisation d’une tâche de service ou de production
industrielle effectuée précédemment sur le territoire national.
Le débat sur les délocalisations est souvent particulièrement vif et oppose les tenants d’une politique
conciliante avec les délocalisations à ceux qui envisagent de réprimer, voire de pénaliser, ce type de
pratiques. Les autorités de la plupart des pays industrialisés soulignent cependant que les délocalisations
s’inscrivent dans la division internationale du travail et participent au développement des pays émergents,
tout en contribuant à l’essor d’activités à plus forte valeur ajoutée dans leur propre économie. Elles mettent
en avant les effets potentiellement négatifs sur la compétitivité et l’accueil des investissements étrangers
des mesures qui pénaliseraient spécifiquement les délocalisations. En conséquence, la montée en gamme
et l’accompagnement social des restructurations constituent la réponse la plus fréquente aux
délocalisations.
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C. AVANTAGES ET LIMITES DES STATISTIQUES D’IDE
• Le financement des opérations d’IDE : des EVS sont créées par les firmes multinationales
pour y loger les financements nécessaires aux autres entités du groupe, par l’émission de titres
sur les marchés internationaux ou d’emprunts auprès du système bancaire. Ces structures sont
généralement implantées dans des pays se caractérisant par une fiscalité avantageuse, qui sont
souvent différents de ceux dans lesquels s’effectuent réellement les IDE. Les fonds passent
alors des pays où ils sont collectés vers les pays où ils sont utilisés, en transitant par les pays
de localisation des EVS. Tous ces transferts de fonds sont enregistrés en IDE ;
• Et le règlement des opérations d’IDE : une acquisition effectuée entre deux pays donnés
peut être à l’origine de règlements réalisés par et/ou au profit des centres de trésorerie
implantés dans des pays tiers. Cette déconnexion entre la transaction effective et le flux de
règlement est d’autant plus importante que le degré d’intégration économique et financière à
l’échelle régionale ou internationale est élevé.
Les conséquences de l’existence de ces EVS conduit à :
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transaction sous forme de prêt. Ainsi, l’opération de fusion-acquisition ne figure-t-elle pas
dans les transactions en titres de participation, mais dans les prêts intra-groupes.
• Déformer les ventilations géographiques et par secteur d’activité économique des
statistiques d’IDE : dans la mesure où leur ventilation est basée sur le premier pays de
contrepartie, c'est-à-dire sur le pays de provenance ou de destination immédiate des fonds,
l’importance des pays où sont localisées les EVS est surestimée au détriment de ceux dans
lesquels les IDE ont réellement lieu. Dans un rapport paru en 2010[88], l’organisation non
gouvernementale CCFD-Terre solidaire remarque que les IDE en provenance des Îles
Vierges britanniques, des Îles Caïmans, du Luxembourg, de l’Île Maurice et des Pays-
Bas sont 1,7 fois supérieurs à ceux des États-Unis et trois fois plus importants que le Japon,
l’Allemagne et la France réunis. Selon l’auteur du rapport, il s’agit d’une « tromperie
statistique » liée à la « localisation artificielle de l’activité économique loin de ses bases
réelles », « à l’abri de l’impôt ». De même, la ventilation par secteur d’activité est effectuée à
partir de l’activité de la société (non résidente) directement investie. C’est pourquoi les
activités des EVS, qui correspondent la plupart du temps aux activités de management de
holdings ou de holdings financières, sont surreprésentées.
V. Enjeux de l'IDE
• Les IDE participent à la construction des avantages comparatifs d'une économie. Il est
donc crucial pour les États d'éviter une déconstruction de ces avantages comparatifs en
favorisant l'ancrage de ces investissements, c'est-à-dire leur durabilité. Cela est possible en
incitant à créer des interdépendances entre la firme étrangère et les producteurs locaux
(échanges, coopération technologique...).
• L'IDE est vecteur de transfert de technologie, ce qui est crucial pour le décollage et la
remontée des filières vers des productions à plus fort contenu technologique ou de haut de
gamme.
• IDE et emploi :
• Sources de création d'emploi dans les pays receveurs,
• Sources de destruction d'emploi dans les pays émetteurs (à travers
les délocalisations).
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Quelques valeurs
La base de données sur les flux d'IDE gérée par la CNUCED (UNCTAD Stat [archive]) permet d'établir le palmarès des principaux pays d'accueil d'IDE et des principaux pays investisseurs :
Principaux pays d'accueil des flux d'IDE (montants en milliards de dollars)
Rang 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2018
États-Unis États-Unis États-Unis Royaume-Uni États-Unis
1er Canada (1,8) Canada (3,4) États-Unis (58,8) États-Unis (314,0) États-Unis (198,0) États-Unis (253,6)
(16,9) (20,5) (48,4) (177,9) (465,8)
Royaume-Uni Royaume-Uni Royaume-Uni Royaume-Uni Royaume-Uni Allemagne États-Unis
2e Chine (37,5) Chine (114,7) Irlande (215,8) Chine (138,3)
(1,5) (3,3) (10,1) (5,7) (30,5) (198,3) (104,8)
Royaume-Uni Hong Kong
3e États-Unis (1,3) États-Unis (2,6) Canada (5,8) France (2,2) France (15,6) France (23,7) France (85,0) Hong Kong (82,7) Pays-Bas (114,3)
(118,8) (174,4)
Arabie saoudite Royaume-Uni Luxembourg
4e Australie (0,9) France (3,3) Australie (2,1) Espagne (13,3) Chine (72,4) Belgique (77,0) Chine (135,6) Hong Kong (104,2)
(1,9) (20,0) (88,7)
5e Allemagne (0,8) France (1,5) Mexique (2,1) Mexique (2,0) Pays-Bas (10,5) Suède (14,4) Canada (66,8) Allemagne (47,4) Allemagne (65,6) Suisse (81,9) Singapour (79,7)
Hong Kong
6e Pays-Bas (0,6) Indonésie (1,3) Pays-Bas (2,0) Espagne (2,0) Australie (8,5) Australie (13,4) Pays-Bas (63,9) Singapour (55,1) Pays-Bas (69,6) Allemagne (73,6)
(41,0)
Iles vierges
7e Italie (0,6) Pays-Bas (1,2) Brésil (1,9) Chine (2,0) Belgique (8,0) Pays-Bas (12,3) Hong Kong (61,9) Pays-Bas (39,0) Brésil (64,3) Australie (68,0)
britanniques (50,1)
Allemagne Singapour
8e France (0,6) Brésil (1,2) Australie (1,9) Brésil (1,4) Canada (7,6) France (43,3) Belgique (34,4) Royaume-Uni (49,6) Royaume-Uni (65,3
(12,0) (62,7)
Singapour Iles caïmanes
9e Brésil (0,4) Belgique (1,0) Belgique (1,5) Pays-Bas (1,4) Italie (6,3) Chine (40,7) Canada (25,7) Brésil (48,5) Brésil (59,8)
(11,5) (52,4)
Afrique du Sud Iles v
10e Espagne (0,7) Espagne (1,5) Canada (1,4) Singapour (5,6) Belgique (10,7) Espagne (39,6) Espagne (25,0) Russie (43,2) Canada (45,6)
(0,3) britanniques (58,8
LES IDE 15
Rang 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2018 2019 2020
Royaume- Royaume- Royaume- Royaume- France Royaume- France France Allemagne États-Unis Luxembourg
2e Pays-Bas (247,7) Chine (143,0)
Uni (1,7) Uni (3,0) Uni (7,9) Uni (11,1) (36,2) Uni (43,6) (177,4) (115,0) (126,3) (124,9) (127)
Allemagne Allemagne Allemagne Allemagne Hong Kong Belgique Allemagne Hong Kong Hong Kong
4e Canada (4,1) Suisse (87,4) Chine (145,7) Chine (117,1)
(1,1) (2,2) (5,7) (24,2) (25,0) (86,4) (75,9) (82,2) (102)
LES IDE 16
Iles vierges
Afrique du Allemagne Iles caïmanes Royaume-Uni Allemagne
8e Suède (0,2) Suède (0,4) France (2,2) Italie (7,6) Suisse (12,2) Italie (39,4) Japon (56,3) britanniques
Sud (0,8) (56,6) (75,5) (41,4) (35)
(41,0)
Belgique Belgique Canada Belgique Hong Kong Corée du Sud Corée du Sud Singapour
10e Italie (0,1) Suède (0,6) Suède (1,8) Suisse (44,7) Russie (52,6)
(0,2) (6,3) (11,5) (32,7) (71,8) (38,2) (35,5) (32)
LES IDE 17