Union libre (concubinage) : 3 actes juridiques pour
protéger votre couple
L’union libre, ou concubinage, est aujourd’hui une réalité sociale
grandissante en Côte d’Ivoire, mais elle demeure dépourvue de véritable
protection juridique. En effet, le concubinage se définit comme une
relation de fait entre deux personnes vivant ensemble sans être mariées,
sans que naissent entre elles des droits et devoirs mutuels reconnus par la
loi.
Dès lors, une question essentielle se pose : comment les concubins
peuvent-ils pallier cette absence de cadre légal pour organiser leur vie
commune et se protéger mutuellement ?
Pour y répondre, il est important d’examiner les moyens juridiques dont
disposent les concubins, tels que la rédaction de conventions de
concubinage, la conclusion de contrats spécifiques pour leurs biens, ou
encore le recours aux mécanismes de protection prévus en matière
successorale ou d’assurance,afin de sécuriser leur situation personnelle et
patrimoniale.
I. Le Concubinage en Côte d'Ivoire : Un Statut Juridique Précaire
A. L'absence de reconnaissance légale du concubinage
1. Définition du concubinage
Le concubinage, en droit ivoirien, est une union de fait, caractérisée par
une vie commune stable et continue entre deux personnes, sans être liée
par le mariage.
2. Distinction avec le mariage
Contrairement au mariage, le concubinage n'établit aucun lien de droit
entre les partenaires. Par conséquent, il n'engendre pas l'application d'un
régime matrimonial qui organiserait leurs biens et leurs obligations
mutuelles.
B. Les conséquences de cette absence de statut légale
1. Absence de droits et devoirs mutuels
L'absence de reconnaissance légale du concubinage signifie qu'il n'existe
aucun devoir de fidélité, de secours ou d'assistance mutuelle entre les
concubins, tels qu'ils sont prévus pour les époux mariés.
2. Aucune vocation successorale légale pour le concubin
survivant
En l'absence de testament, le concubin survivant n'a aucune vocation
successorale légale sur les biens de son partenaire décédé. Il n'est pas
considéré comme un héritier par la loi, même après une longue période de
vie commune.
3. Absence de droits automatiques sur les biens acquis
pendant l'union
Les biens acquis par les concubins pendant leur union sont soumis aux
règles de droit commun, notamment celles de l'indivision si les biens sont
achetés en commun, mais il n'existe pas de présomption de communauté
comme dans le mariage.
4. Difficultés en cas de séparation (liquidation des biens,
pension alimentaire)
En cas de rupture de l'union libre, le droit ne prévoit pas de procédure de
liquidation des biens ou d'octroi de pension alimentaire entre les
concubins, contrairement au divorce ou à la séparation de corps. La
répartition des biens acquis en commun peut s'avérer complexe et
nécessiter un recours aux règles de l'indivision ou de l'enrichissement sans
cause.
II. Organiser la Vie Commune : La Convention de Concubinage
A. Qu'est-ce qu'une convention de concubinage ?
1. Définition et fondement juridique (liberté contractuelle)
Une convention de concubinage est un contrat écrit par lequel des
personnes vivant en union libre organisent les aspects patrimoniaux de
leur vie commune. Bien que le concubinage lui-même ne soit pas un
statut légalement défini avec des droits et devoirs automatiques, la
rédaction de cette convention est possible en vertu du principe de la
liberté contractuelle, qui stipule que les conventions légalement
formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
2. Intérêt : prévoir les règles de fonctionnement du couple
L'intérêt principal de la convention de concubinage est de formaliser les
accords entre les partenaires, permettant ainsi de clarifier les règles de
fonctionnement du couple et d'anticiper d'éventuelles difficultés.
B. Contenu et portée de la convention
1. Organisation des dépenses communes (loyer, charges,
alimentation)
La convention peut spécifier la contribution de chaque concubin aux
dépenses du ménage, telles que le loyer, les charges courantes (eau,
électricité), l'alimentation, et autres frais liés à la vie quotidienne.
2. Gestion des comptes bancaires (comptes joints, comptes
séparés)
Elle peut également prévoir les modalités de gestion des finances du
couple, notamment l'ouverture et le fonctionnement de comptes
bancaires (comptes joints pour les dépenses communes, ou comptes
séparés avec des contributions définies).
3. Clauses relatives aux biens mobiliers acquis en commun
La convention peut détailler le statut des biens mobiliers acquis
pendant l'union, précisant s'ils sont la propriété exclusive de l'un ou de
l'autre, ou s'ils sont considérés comme des biens indivis, et dans
quelles proportions.
4. Clauses relatives à la rupture (modalités de séparation, sort
des biens)
Un aspect crucial de la convention est la prévision des modalités de
séparation, incluant la répartition des biens acquis en commun, et
éventuellement, les conditions d'une indemnisation ou d'une
compensation financière en cas de rupture.
C. Formalisme et valeur juridique de la convention
1. Rédaction par écrit (acte sous seing privé ou notarié)
Pour être opposable et servir de preuve, la convention de concubinage
doit être rédigée par écrit, soit sous la forme d'un acte sous seing privé
(rédigé et signé par les parties elles-mêmes), soit par acte notarié, ce
qui lui confère une force probante supérieure et une date certaine.
2. Force obligatoire entre les parties
Une fois établie et signée, la convention de concubinage a force de loi
entre les parties. Elle les engage et peut être invoquée devant un
tribunal en cas de litige, bien qu'elle ne produise pas les mêmes effets
qu'un contrat de mariage vis-à-vis des tiers.
III. Sécuriser les Acquisitions Immobilières : L'Achat en Indivision
A. Le principe de l'indivision
1. Définition : propriété d'un bien par plusieurs personnes
L'indivision est un régime juridique qui s'applique lorsqu'un même bien
appartient à plusieurs personnes simultanément.
2. Intérêt pour les concubins : devenir propriétaires ensemble
Pour les concubins, l'achat en indivision présente un intérêt majeur car
il leur permet de devenir propriétaires d'un bien ensemble, même en
l'absence de lien matrimonial.
B. Les modalités de l'achat en indivision
1. La détermination des quotes-parts (en fonction de l'apport
de chacun)
Lors de l'acquisition en indivision, il est essentiel de déterminer la
quote-part de chaque concubin, idéalement en fonction de l'apport
financier de chacun dans l'achat du bien.
2. L’Importance de la rédaction de l'acte de vente (précision
des quotes-parts)
La rédaction de l'acte de vente doit être effectuée avec une grande
précision, spécifiant clairement la quote-part de chaque acquéreur.
Cette formalité est cruciale pour la validité de l'acte de vente d'un
immeuble et son opposabilité aux tiers.
C. Gestion et conséquences de l'indivision
1. La Nécessité d'une convention d'indivision
Bien que l'indivision soit un régime par défaut, il est fortement
recommandé aux concubins de signer une convention d'indivision.
Cette convention a pour objectif d'organiser la gestion du bien, de
définir la répartition des charges (taxes, assurances) et des travaux
(entretien, améliorations), et de prévoir les modalités de son
occupation.
2. Droit de chaque indivisaire de demander le partage (Article
815 du Code Civil)
Conformément à l'article 815 du Code Civil, "Nul ne peut être contraint
de demeurer dans l'indivision, et le partage peut toujours être
provoqué, nonobstant prohibitions et conventions contraires". Ce droit
signifie que chaque concubin peut, à tout moment, demander le
partage du bien indivis, ce qui peut entraîner sa vente si un accord
n'est pas trouvé pour qu'un des co-indivisaires rachète la part de
l'autre.
3. Conséquences en cas de décès d'un concubin
En cas de décès de l'un des concubins, sa quote-part dans le bien
indivis ne revient pas automatiquement au concubin survivant. Au
contraire, elle tombe dans la succession du défunt et sera dévolue à
ses héritiers légaux (enfants, parents, etc.) conformément aux
règles successorales. Le concubin survivant n'a donc aucun droit sur
cette part s'il n'est pas lui-même un héritier légal ou bénéficiaire
d'un testament.
IV. Protéger son Partenaire par Testament : Une Volonté
Nécessaire
A. Le Testament : Un Acte Indispensable pour le Concubin
Survivant
En Côte d'Ivoire, en l'absence de testament, le concubin survivant
n'a aucune vocation successorale légale sur les biens de son
partenaire décédé, même après une longue période de vie
commune. Le testament est donc un acte juridique essentiel pour
garantir que le concubin survivant bénéficie d'une partie du
patrimoine du défunt. Le testateur peut disposer de ses biens par
testament, sous réserve des limites légales (réserve héréditaire).
B. Les Capacités et Formes de Testaments pour les
Concubins
1. Capacité du testateur et du légataire
Pour faire un testament, le concubin doit être sain d’esprit et majeur ou
mineur émancipé. Pour que le concubin légataire puisse recevoir par
testament, il suffit qu'il soit conçu au moment du décès du testateur, sous
réserve qu'il naisse vivant. Il est important de noter les incapacités
spéciales de recevoir, comme celles concernant le personnel soignant ou
les notaires ayant traité le testateur.
2. Les formes de testaments
Le testament doit obligatoirement être écrit et peut revêtir trois formes:
o Testament olographe : Entièrement écrit, daté et signé de la
main du testateur.
o Testament authentique ou par acte public : Reçu par un
notaire, dicté par le testateur, et signé par le testateur et le
notaire. Si reçu par un seul notaire, il doit être authentifié par
le Président du Tribunal de la résidence du notaire.
o Testament mystique ou secret : Écrit par le testateur, puis
présenté clos et scellé à un notaire en présence de deux
témoins qui dressent un acte de souscription sur l'enveloppe.
Ceux qui ne savent pas lire ne peuvent faire un testament
mystique.
Le non-respect de ces formalités entraîne la nullité du testament.
C. Les Limites à la Liberté de Tester : La Réserve Héréditaire
Même avec un testament, le concubin ne peut déshériter les
héritiers réservataires du défunt. La loi protège une part du
patrimoine appelée réserve héréditaire. Les héritiers réservataires
incluent les descendants, les ascendants, les collatéraux privilégiés
et le conjoint survivant.
Quotité disponible : C'est la part du patrimoine dont le testateur
peut disposer librement. Elle ne peut excéder un quart (1/4) des
biens si le défunt laisse des enfants ou descendants. À défaut
d'enfants, mais en présence d'ascendants, collatéraux, ou du
conjoint survivant, la quotité disponible est de la moitié (1/2) des
biens. Si aucun de ces héritiers n'existe, le testateur peut disposer
de la totalité de ses biens.
Réduction des libéralités : Si les legs ou donations dépassent la
quotité disponible, ils seront réduits pour respecter la réserve
héréditaire. Le concubin légataire devra alors restituer l'excédent.
Indignité successorale : C'est la seule exception légale qui permet
de priver un héritier de sa part réservataire. Les cas d'indignité sont
strictement définis par la loi (atteinte à la vie du défunt, sévices,
injures graves, etc.). L'action en indignité doit être intentée en
justice.