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Travail Domestique Des Couples

La division du travail au sein des couples

Transféré par

Jean Otemikongo
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La division du travail au sein des couples

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Qui lave le linge sale de la famille ?

Les couples hétéroparentaux et homoparentaux face au travail


domestique
Michael Stambolis-Ruhstorfer, Martine Gross
DANS (Re)configurations du travail domestique 2021/2, PAGES 75 À 95
ÉDITIONS Travail, genre et sociétés
ISSN 1294-6303
ISBN 9782348072017
DOI 10.3917/tgs.046.0075

Article disponible en ligne à l’adresse


https://shs.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2021-2-page-75?lang=fr

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QUI LAVE LE LINGE SALE
DE LA FAMILLE ?
LES COUPLES HÉTÉROPARENTAUX
ET HOMOPARENTAUX
FACE AU TRAVAIL DOMESTIQUE

Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

L
e travail effectué à domicile pour répondre aux be-
soins les plus basiques (manger, s’habiller, avoir une
habitation propre et en état convenable) est essen-
tiel. Son aspect quotidien et universel le place depuis
longtemps au cœur des débats tout aussi politiques qu’in-
times, notamment grâce aux revendications féministes qui
théorisent son rôle dans les structures de domination qui se
distillent au sein des couples hétérosexuels. Le travail domes-
tique, y compris le travail parental, repose sur un système de
représentations et d’attentes sexistes qui associent les mères
à la domesticité et à l’entretien du foyer. Ce mécanisme de la
domination masculine, qui se traduit par une inégale prise en
charge du travail domestique par les mères hétérosexuelles,
perdure malgré davantage de participation des pères au fil
des générations [Davis et Greenstein, 2013 ; Noonan, 2013].
Il continue de constituer un lieu important de production,
de reproduction et de contestation des normes genrées qui
touchent l’ensemble des classes sociales [Cartier, Letrait et
Sorin, 2018 ; Kelly et Hauck, 2015 ; Pfeffer, 2010]. Dans un
contexte social hétéronormé et binaire, que se passe-t-il dans
les foyers quand les parents sont du même sexe et que les

doi : 10.3917/tgs.046.0075 Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021  75


Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

rôles genrés distincts qui servent habituellement à structurer


les actions des membres du couple ne peuvent plus fonction-
ner de la même manière [Goldberg, 2013] ? En effet, les per-
sonnes en couple avec une personne du même sexe peuvent
négocier le travail domestique sans recourir aux normes qui
présupposent une binarité de genre dans le couple1.
1
Dans cet article nous
utilisons le mot « sexe » Les études sur le travail domestique sont nombreuses,
pour parler de couples
homoparentaux et
mais, en France, aucune étude quantitative ne compare les
hétéroparentaux couples hétéroparentaux et homoparentaux. Par ailleurs,
(couples de même peu d’enquêtes comparatives d’autres pays précisent les
sexe, couples de types de tâches effectuées, englobant au contraire le travail
sexes différents). Il
s’agit d’une facilité de
domestique autour d’une ou deux variables. Cet article es-
langue qui ne signifie saie de répondre à cette lacune en posant les questions de
pas une perspective recherche suivantes : en comparant les couples hétéroparen-
essentialiste de la taux aux couples homoparentaux, qui s’occupe des tâches
construction sociale du
genre. Notre enquête,
ménagères ? Y a-t-il des différences entre les deux types de
comme la plupart des couples ? Si oui, lesquelles ?
études qui n’examinent Pour répondre à ces questions, nous mobilisons des don-
pas explicitement nées quantitatives d’ELFE (Étude longitudinale française de-
les couples dont au
moins un·e membre
puis l’enfance) sur les familles hétéroparentales et de DEVHOM
est trans*, demande (Homoparentalité, fonctionnement familial, développement,
aux participant·e·s et socialisation des enfants) sur les familles homoparentales.
d’identifier leur « sexe ». Les répondant·e·s des deux enquêtes ont eu au moins un en-
Ici « sexe » peut être
compris comme
fant né à la même période et ont répondu aux mêmes ques-
« identité de genre ». tionnaires. Ces études permettent ainsi une comparaison
inédite et directe entre les deux structures familiales. Pour
ce faire, nous avons filtré les deux échantillons pour qu’ils
soient proches en termes de catégorie socioprofessionnelle.
En comparant les réponses, nous analysons la distribution
des tâches ménagères, la satisfaction quant à leur répartition,
et proposons des pistes de réflexion à partir de ces premières
observations sur les inégalités de genre dans les familles
françaises contemporaines.

LE PARTAGE DES TÂCHES


ET L’INTIMITÉ DE LA DOMINATION

Couples de sexes différents :


un partage durablement inégalitaire
L’inégal partage des tâches ménagères au sein des couples
hétérosexuels est désormais bien documenté dans la plupart
des pays [Bianchi et Milkie, 2010 ; Champagne, Pailhé et Solaz,
2015 ; Régnier-Loilier et Hiron, 2010]. En 2010, les femmes,
en France, effectuent la majorité des tâches ménagères
(71 %) et parentales (65 %) et y passent près de trois heures
par jour en moyenne, tandis que les hommes y consacrent
soixante-dix-huit minutes de moins qu’elles [Champagne,
Pailhé et Solaz, 2015]. Cette disparité ne s’efface pas lorsque
les deux adultes travaillent [Ponthieux et Schreiber, 2006] et

76  Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021


Qui lave le linge sale de la famille ?

traverse toutes les classes sociales [Cartier, Letrait et Sorin,


2018]. Si l’écart de participation s’est réduit depuis trente ans
[Ricroch, 2012], sans toutefois disparaître, cela est dû princi-
palement à la diminution du temps relatif consacré par les
femmes à ces tâches, plus qu’à une participation plus active
des hommes [Bianchi et al., 2000]. La réduction des inégalités
s’observe surtout pour les tâches telles que le ménage, la cui-
sine, le linge et les courses. Cependant, l’inégalité du partage
est d’autant plus forte lorsque le nombre d’enfants est pris
en compte [Pollmann-Schult, 2017]. Chez les couples ayant
beaucoup d’enfants, surtout en bas âge, les femmes prennent
en charge la majorité des tâches, y compris celles qui ne
sont pas directement liées à la parentalité [Régnier-Loilier
et Hiron, 2010]. Par ailleurs, selon Layla Ricroch, plus les
tâches domestiques sont « considérées comme des corvées,
plus l’écart de participation entre les hommes et les femmes
est important » [Ricroch, 2012, p. 67]. Dans les couples hété-
roparentaux, il est donc nécessaire de bien distinguer quel·le
membre accomplit quelles tâches domestiques. La comparai-
son avec les couples homosexuels qui élèvent les enfants du
même âge permettra d’évaluer comment la répartition de ces
tâches suit ou non des schémas genrés.

Couples de même sexe : un partage plus égalitaire


Les couples de même sexe organisent le travail domes-
tique de manière distincte et plus égalitaire en moyenne que
les couples de sexes différents [Brewster, 2017 ; Matthews,
Tartaro et Hughes, 2002 ; Moore et Stambolis-Ruhstorfer,
2013 ; Patterson, Sutfin et Fulcher, 2004 ; Van Rijn et al., 2020].
Même si les études françaises sont moins nombreuses, elles
tendent à confirmer ces observations dans d’autres pays oc-
cidentaux [Descoutures, 2010 ; Vecho, Gross et Poteat, 2011].
Ce partage plus égalitaire est en partie lié à un engagement
explicitement féministe de certains couples, notamment les-
biens. Ainsi, des couples lesbiens ont tendance à partager
le travail domestique selon la préférence ou la compétence
[Brewster, 2017]. La spécialisation dans certaines tâches y
est moins présente aussi [Giddings et al., 2014], conduisant
les couples homosexuels à alterner les responsabilités. Plus
récurrent encore, les couples homosexuels, notamment mas-
culins et qui ont des revenus suffisants, maintiennent un par-
tage égalitaire car ils font appel à des prestataires de services
[Johnston, Moore et Judd, 2010].
Cette relative égalité repose sur une réflexion explicite au
sein des couples homosexuels. Les membres de ces couples
sont plus sensibles que les hétérosexuel·le·s aux questions
d’égalité en général et cette attitude se répercute dans leurs
couples [Cudeville, Gross et Sofer, 2020 ; Goldberg, 2013 ;
Khor, 2007 ; Szymanski et Chung, 2003]. Avoir vécu des re-
lations antérieures hétérosexuelles peut inciter les lesbiennes

Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021  77


Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

à ne pas répéter des expériences inégalitaires [Esmail, 2010 ;


Rawsthorne et Costello, 2010]. Malgré une plus grande égali-
té et la remise en question active des normes de genre [Kelly
et Hauck, 2015 ; Pfeffer, 2010 ; Wong, 2012], certains couples
peuvent reproduire une répartition genrée des tâches. C’est
le cas, par exemple, pour des couples lesbiens avec une dy-
namique « butch/fem »2 qui attribuent un rôle genré plutôt
2
Butch est un terme
anglais, utilisé en France masculin à une des partenaires et plutôt féminin à l’autre,
aussi, qui signifie une
personne, souvent
ou lorsque l’une des partenaires est décrite comme faisant
lesbienne, ayant une « le père », même sur un ton humoristique [Downing et
présentation de soi qui Goldberg, 2011 ; Rawsthorne et Costello, 2010].
correspond aux codes En général, les arrangements égalitaires continuent
traditionnellement
avec l’arrivée des enfants [Fulcher, Sutfin et Patterson,
masculins. Fem
signifie une 2008 ; Patterson, Sutfin et Fulcher, 2004 ; Vecho, Gross et
présentation de soi qui Poteat, 2011], mais il peut y avoir une certaine hétérogénéité
correspond aux codes [Tornello, Kruczkowski et Patterson, 2015]. Certaines études
traditionnellement soutiennent que les tâches parentales sont différenciées en
féminins.
fonction de la relation biologique avec l’enfant [Downing et
Goldberg, 2011 ; Moore, 2008 ; Vecho, Gross et Poteat, 2011].
Par exemple, la femme ayant accouché prend en charge l’al-
laitement de l’enfant sans pour autant que les mères n’in-
voquent la biologie comme facteur saillant pour expliquer
leurs rôles familiaux. Par ailleurs, les autres tâches domes-
tiques non directement liées à la parentalité ne sont pas
nécessairement déséquilibrées après la naissance d’enfants
[Goldberg, Smith et Perry-Jenkins, 2012].
La plupart des études quantitatives et qualitatives sur les
familles homoparentales, qu’elles soient comparatives ou
non, ont été réalisées sur des échantillons de taille modeste.
Aucune étude française directement comparative n’a encore
été publiée. Un travail en cours suggère que les résultats in-
ternationaux devraient se confirmer en France [Cudeville,
Gross et Sofer, 2020]. Le cas français est similaire à ceux
d’autres pays où l’État prend en charge ou subventionne
une partie des dépenses liées aux soins et à la garde d’en-
fant, comme le Canada, le Royaume-Uni, ou les Pays-Bas.
Même si la reconnaissance juridique de l’homoparentalité
par l’État est plus récente que dans ces pays, on devrait s’at-
tendre à retrouver des résultats similaires à des études com-
paratives menées dans d’autres pays. En effet, puisque les
études françaises sur le partage des tâches dans les couples
hétéroparentaux ressemblent à ceux d’autres pays similaires,
rien ne suggère qu’il n’en serait pas ainsi pour les couples
homoparentaux.

COMPARER LA RÉPARTITION
DES TÂCHES DOMESTIQUES

Les résultats présentés dans cet article se fondent sur


les données issues de deux grandes enquêtes françaises. La

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Qui lave le linge sale de la famille ?

première est l’étude Devhom (Homoparentalité, fonctionne-


ment familial, développement, et socialisation des enfants)
financée par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et me-
née par une équipe interdisciplinaire qui comprend les deux
auteur·e·s3. Nous mobilisons les données quantitatives de
3
Les membres de
Devhom basées sur des questionnaires qui ont été complétés l’équipe Devhom
sont (par ordre
en ligne et pendant une visite au domicile des répondant·e·s. alphabétique) : Marie-
Ces dernier·e·s étaient tout·e·s en couple de même sexe, éle- Christine Bureau,
vaient au moins un enfant né en 2011, 2012 ou au début de Claudine Combier,
2013. La deuxième enquête mobilisée est la cohorte nationale Jérôme Courduriès,
Amanda Dacorregio,
française Elfe (Étude longitudinale française depuis l’en- Virginie Descoutures,
fance) qui suit environ 18 300 enfants nés en métropole, re- Alain Ducousso-
crutés par le biais d’un échantillon aléatoire de femmes ayant Lacaze, Bertrand
accouché dans des maternités en 2011. Très peu d’enfants Geay, Caroline Golder,
Emmanuel Gratton,
étaient élevés par deux femmes. Devhom a été conçue pour Marie-José Grihom,
accroître, dans l’échantillon, le nombre de couples homo- Martine Gross, Marion
sexuels et compenser cette sous-représentation. Les années Haza, Pierig Humeau,
de naissance similaires des enfants dans les deux échantil- Kostas Konstantinos-
Haralampos, Sophie
lons nous permettent de comparer ces familles. Les couples Richardot, Barbara Rist,
homoparentaux ont été recrutés de plusieurs manières : 1) en Emilie Spruyt, Michael
ligne ou par le biais d’associations de parents LGBT ; 2) par Stambolis-Ruhstorfer.
une annonce dans une lettre envoyée aux familles recevant
l’aide de la Caisse des allocations familiales ; 3) dans des fo-
rums en ligne et sur les réseaux sociaux ; 4) par l’effet boule
de neige [Heckathorn, 2002]. Le recrutement s’est révélé
difficile : il s’agit d’une minorité socialement stigmatisée et
les enfants devaient être nés dans une courte période. Les
enquêtes Elfe et Devhom comportent des questions concer-
nant le partage du travail domestique. Nous analysons ces
variables dans cet article.
L’échantillon de l’enquête Devhom est constitué de
162 familles (146 couples de femmes et 3 mères seules,
12 couples d’hommes et un père seul). Neuf d’entre elles éle-
vaient des jumeaux/elles né·e·s dans les années de la cohorte
et six avaient deux enfants nés au cours de deux années dif-
férentes, ce qui donne un total de 178 enfants (43 % étaient
nés en 2011, 39 % en 2012 et 18 % en 2013). Le tableau 1 décrit
les caractéristiques des échantillons Devhom et Elfe.
Pour l’étude Elfe, les mères sont les interlocutrices prin-
cipales. Pour Devhom, aucune caractéristique n’a été utilisée
pour désigner un·e responsable. Celui ou celle qui a répondu
en premier aux questionnaires est désigné·e par « parent 1 »
et l’autre par « parent 2 ». Il n’y a pas de distinction parti-
culière entre les deux parents, ni évidemment par le genre,
l’âge, le statut légal ou le lien biologique. Dans une majori-
té des couples de femmes (56 %), l’une est mère par la nais-
sance et l’autre par adoption de l’enfant de la conjointe. Chez
les couples d’hommes, aucun n’a procédé à l’adoption de
l’enfant du conjoint de sorte que l’un est père aux yeux de la
loi française et pas l’autre.

Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021  79


Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

Tableau 1 : Caractéristiques des échantillons non-filtrés


de Devhom et Elfe
Hétéroparentales Homoparentales
(Elfe) (Devhom)
Nombre de familles 18 301 162
Nombre de mères 18 301 295
Nombre de pères 12 678 25
Âge moyen mères à la naissance 31 35
Âge moyen pères à la naissance 33 41
Revenu mensuel moyen du foyer 3 643 € 5 064 €
Catégorie socioprofessionnelle mères (%)
Travailleuses indépendantes 2 4
Cadres supérieurs et professions intellectuelles 17 39
Professions intermédiaires 32 42
Employées 41 13
Ouvrières 8 2
Catégorie socioprofessionnelle pères (%)
Travailleurs indépendants 8 5
Cadres supérieurs et professions intellectuelles 24 55
Professions intermédiaires 26 40
Employés 14 0
Ouvriers 29 0

Les moyennes et pourcentages sont calculés sur des totaux pondérés. Les catégories socio-profession-
nelles sont basées sur les classifications de l’Institut National de la Statistique et des Études Écono-
miques (Insee).

Il est impossible de connaître le niveau de représentativi-


té de notre échantillon Devhom car nous ne disposons pas de
données sur la population de référence ; le recensement fran-
çais ne recueille pas d’information sur l’orientation sexuelle.
Néanmoins, la taille de l’échantillon est relativement consé-
quente par rapport aux études existantes et à la difficulté
que représente le recrutement d’une population minoritaire
et socialement stigmatisée. Notre échantillon inclut des fa-
milles de toutes les régions de France, des zones rurales et
urbaines. Un tiers vient d’Île-de-France. Malgré cette répar-
tition géographique, à partir des autres études sur l’homo-
parentalité en France [Gross, 2011 ; Gross, Courduriès et
de Federico, 2014a] ainsi que des estimations de populations
dans d’autres pays tels que les États-Unis [Goldberg, Gartrell
et Gates, 2014], notre échantillon est probablement biaisé de
plusieurs manières.
D’abord, en termes de genre : les 162 familles sont compo-
sées de 295 femmes (92 %) et de 25 hommes (8 %). Bien que
la recherche suggère qu’il y a plus de lesbiennes élevant des
enfants que d’hommes gay [Gross, Courduriès et Federico,
2014b], nous ne pouvons pas savoir si le petit effectif

80  Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021


Qui lave le linge sale de la famille ?

d’hommes gay est le reflet de la population homoparentale


française ou le résultat d’un biais de recrutement. À cause
de l’effectif limité de couples d’hommes dans notre étude,
notre discussion ne permet pas de comparer les couples de
femmes aux couples d’hommes. Malgré leur faible nombre,
les réponses des pères homosexuels ont été incluses dans
l’analyse.
En termes de classe sociale, l’échantillon non-filtré de
Devhom inclut davantage de familles avec des niveaux
d’éducation et des revenus supérieurs à la moyenne dans la
population française et dans l’échantillon non-filtré d’Elfe.
Par ailleurs, moins d’un pourcent des parents de l’échantil-
lon Devhom n’avait pas de travail salarié au moment de l’en-
quête, un taux légèrement plus faible que celui d’Elfe. Nous
ne savons pas si cette caractéristique est représentative de la
population homoparentale française. La loi actuelle nécessite
que les lesbiennes et les gays aillent à l’étranger pour accéder
aux techniques onéreuses de procréation assistée ou de ges-
tation pour autrui [Gross, Courduriès et Federico, 2014a]. Il
est donc possible que les couples homoparentaux en France
soient en moyenne plus fortunés que leurs homologues de
sexes différents.
Pour comparer le partage des tâches domestiques entre
les deux catégories de familles, un filtre a été appliqué pour
ne conserver, dans les deux enquêtes, que les mères hété-
rosexuelles et les « parents 1 » issus des catégories socio-
professionnelles comparables et en nombre suffisant dans
les deux groupes : les cadres supérieurs et professions in-
tellectuelles et les professions intermédiaires. Ce filtrage
a pour conséquence de ne conserver que des mères Elfe et
les « parents 1 » Devhom en activité. Nous ne sommes pas
en mesure de préciser si les conjoint·e·s de ces personnes
travaillent ou non. Tout en reconnaissant que ce filtrage ne
contrôle pas l’ensemble des caractéristiques qui distingue-
raient les deux groupes toutes choses égales par ailleurs, il
permet néanmoins de comparer les réponses des familles hé-
téroparentales et homoparentales de niveaux sociaux simi-
laires. Cette méthodologie ne permet toutefois pas de géné-
raliser les résultats de l’étude à la population française ou de
tirer des conclusions sur les parents issus d’autres catégories
socioprofessionnelles.
L’échantillon de Devhom ainsi filtré comporte 127 fa-
milles (114 familles lesboparentales et 13 familles gayparen-
tales). L’échantillon de la population Elfe ainsi filtrée com-
porte 7 589 familles. Avec le filtrage appliqué, le revenu
mensuel par foyer dans les deux groupes varie entre moins
4
de 2 700 à plus de 6 300 euros bruts4. La distribution des fa- Les données ne
milles dans les tranches de revenus mensuels est similaire permettaient pas de
distinguer les revenus
pour les deux groupes. Par exemple, il y a 8 % de familles de chaque membre du
Elfe et 5 % de familles Devhom dans la tranche la plus basse couple.

Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021  81


Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

qui gagne moins de 2 700 euros bruts par mois ; et 45 % des


familles Elfe et 47 % des familles Devhom ont des revenus
mensuels bruts se situant entre 4 000 et plus de 6 300 euros
par mois.
Pour répondre à notre question de recherche, nous nous
appuyons sur les items qui traitent du partage des tâches do-
mestiques, en laissant de côté les autres thématiques, dont
celles sur le partage des tâches parentales qui ont été étu-
diées par ailleurs [Geay, Humeau et Spruyt, 2020]. Il y a cinq
questions qui demandent qui prend en charge la vaisselle,
les courses, les repas, le linge, le ménage et les réparations
au sein du couple, selon quelle fréquence relative. Elles ont
été posées tant aux « parents 1 » de Devhom qu’aux mères
d’Elfe. Une question supplémentaire renseigne le niveau de
satisfaction quant à la répartition de ces tâches domestiques.
Nous nous intéresserons seulement aux réponses des
mères Elfe et des « parents 1 » de Devhom car le taux de ré-
ponse des pères et des parents 2 est trop faible pour faire des
comparaisons significatives. Notons que nous ne connais-
sons pas la raison de leur plus faible participation. Les pères
en couple hétérosexuels et les parents 2 ont été sollicité·e·s de
la même manière que les mères et les parents 1. Grâce à des
tests χ2, nous avons pu nous assurer que les distributions des
réponses à l’intérieur des deux groupes sont statistiquement
significatives (minimum de p=0.05), tout comme les compa-
raisons des réponses des deux groupes. Précisons toutefois
qu’il s’agit d’une comparaison statistique directe entre deux
échantillons dont le mode de recrutement est différent. Nous
avons choisi de comparer les pourcentages des modalités
de réponses entre les deux groupes afin de mesurer l’écart
absolu entre eux, ce qui permet d’observer l’ampleur de la
différence ou de la ressemblance intuitivement, sans que ces
comparaisons aient une solidité statistique.

LA RÉALITE DU TRAVAIL DOMESTIQUE EN FRANCE :


L’(IN)ÉGALITÉ EN COUPLE

Sur l’ensemble des cinq tâches ménagères mesurées, nous


observons une différence importante et quasi systématique
entre les couples homosexuels et hétérosexuels. Le gra-
phique 1 (en annexe) présente une comparaison par tâche et
montre des tendances générales – que nous détaillons plus
loin – qui s’en dégagent. Premièrement, contrairement à
leurs pairs hétérosexuels, les couples de même sexe partagent
le travail domestique, créant une répartition égalitaire dans
leurs foyers. Deuxièmement, malgré le partage de certaines
tâches (vaisselle, courses), le travail domestique au sein des
foyers hétérosexuels repose majoritairement sur les femmes.
De plus, le degré de partage ou de prise en charge par les

82  Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021


Qui lave le linge sale de la famille ?

femmes ou les hommes varie de manière systématique selon


les tâches. Dans les couples hétérosexuels, un schéma genré
net se dégage : le linge et les repas sont presque exclusive-
ment pris en charge par les femmes alors que les réparations
sont l’apanage des hommes. Les différences entre les deux
groupes se retrouvent également dans les taux de satisfac-
tion de cette distribution : il est plus élevé dans les familles
homoparentales qu’hétéroparentales. Nous décrivons infra
les observations de nos échantillons : si nous parlons de ten-
dances chez les couples hétéroparentaux et homoparentaux,
il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une description de nos
résultats et non pas d’une tendance générale qui serait né-
cessairement observable dans l’ensemble de la population
concernée.

L’(in)égalité du ménage : corrélation entre la sexualité


et le degré de partage des tâches
La mesure de l’écart absolu entre les réponses des mères
hétérosexuelles et les « parents 1 » pour chacune des tâches
domestiques suggère l’importance de leurs différences (voir
le tableau 2). En effet, pour la plupart des modalités de prise
en charge de tâches, l’écart semble important, ce qui suggère
que les couples homoparentaux s’organisent systématique-
ment différemment que leurs pairs hétéroparentaux.
Au-delà de cette vue d’ensemble, certaines tâches se dé-
marquent avec des écarts particulièrement grands entre les
deux groupes. Le linge est la tâche qui les différencie le plus.
Cet écart est dû au très fort degré d’inégalité observé au sein
des couples de sexes différents dans l’échantillon filtré. En
effet, alors que 34 % des « parents 1 » dans les couples homo-
sexuels déclarent s’occuper seul·e·s du linge, 80 % des mères
hétérosexuelles se retrouvent seules face à cette corvée. En
plus, alors que plus d’un tiers des « parents 1 » déclarent par-
tager cette tâche, seulement 15 % des mères hétérosexuelles
disent que leurs compagnons participent autant qu’elles à la-
ver, plier et ranger le linge. Les réparations sont le deuxième
plus fort marqueur, avec un écart de presque 37 % entre les
deux groupes de couples : 75 % des pères hétérosexuels s’oc-
cuperaient exclusivement des réparations contre seulement
38 % des « parents 2 ».
Sur un petit nombre de modalités, les familles homoparen-
tales et hétéroparentales peuvent toutefois se rapprocher.
C’est le cas notamment pour le degré de participation des
pères hétérosexuels et des « parents 2 » à la vaisselle et aux
courses. Ils et elles s’occupent seul·e·s de ces tâches à des taux
similaires. Cependant, plutôt que de remettre en question les
schémas d’égalité et d’inégalité dans ces deux groupes, ces
similitudes ne font que les souligner. En effet, dans 16 % des
familles hétéroparentales, les pères s’occupent seuls de la
vaisselle et des courses. C’est leur taux de participation le

Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021  83


Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

Tableau 2 : Différence absolue de prise en charge des tâches ménagères


entre individus dans les couples hétéro et homoparentaux sur % exprimé
dans échantillon filtré
Mères Elfe Parents 1 Devhom
(Tâche) Personne(s) Différence
(Hetéroparents, (Homoparents,
qui l’effectue absolue
n=7589) n=162)

(Linge) Vous 79,8 34,3 45,5


(Réparations) Conjoint·e 74,8 38,1 36,7
(Ménage) Vous 51,7 17,6 34,1
(Repas) Vous 62,2 36,7 25,5
(Linge) Vous et conjoint·e 15,5 38,4 22,9
(Vaisselle) Vous et conjoint·e 48,6 70,4 21,8
(Linge) Conjoint·e 3,8 23,3 19,5
(Réparations) Vous 5,8 24,8 19
(Réparations) Vous et conjoint·e 13,2 30,9 17,7
(Ménage) Vous et conjoint·e 28 45,4 17,4
(Vaisselle) Vous 34,5 18,3 16,2
(Courses) Vous 54,7 39,4 15,3
(Courses) Vous et conjoint·e 29,5 44,4 14,9
(Repas) Conjoint·e 14,3 27,6 13,3
(Repas) Vous et conjoint·e 23,4 33,7 10,3
(Ménage) Conjoint·e 5,1 14,4 9,3
(Ménage) Tiers 14,9 22,7 7,8
(Vaiselle) Conjoint·e 16,2 10,2 6
(Linge) Tiers 0,7 4 3,3
(Réparations) Tiers 3,9 6,2 2,3
(Réparations) Tiers 0,2 2,0 1,8
(Courses) Conjoint·e 15,6 16,1 0,5
(Vaisselle) Tiers 0,6 1 0,4

Lecture : La colonne « différence absolue » mesure l’écart de la réponse entre les mères Elfe (en couple
hétérosexuel) et les « Parents 1 » Devhom (en couple homosexuel) des questions qui demandent à la
personne qui prend en charge la vaisselle, les courses, les repas, le linge, le ménage et les réparations
au sein du couple, selon quelle fréquence relative. Le tableau classe en ordre décroissant cet écart. La
couleur des lignes correspond à chaque tâche. La première ligne peut être lue ainsi : 79,8% des mères
Elfe déclare faire seule le linge contre 34,3 % des « Parents 1 » Devhom, ce qui représente un écart de
45,5 %.

84  Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021


Qui lave le linge sale de la famille ?

plus élevé sur l’ensemble des tâches hormis les réparations.


En d’autres termes, il s’agit du plafond de participation des
pères hétérosexuels. À l’inverse, ce taux similaire chez les
« parents 2 » représente plutôt le plancher. En effet, dans nos
échantillons, ces parents participent toujours davantage que
les pères hétérosexuels aux autres tâches.

Faire seul·e, faire ensemble, ou faire faire ?


Schémas d’inégalité au sein des couples
Les chiffres comparant le travail domestique des mères
en couple avec des hommes aux « parents 1 » en couple avec
quelqu’un de même sexe permettent d’appréhender davan-
tage les inégalités au sein des familles hétéroparentales (voir
le tableau 3). Les mères hétérosexuelles s’occupent majoritai-
rement seules, sans la participation des pères, de l’ensemble
des tâches à l’exception de la vaisselle et des réparations.
Même pour la vaisselle, le taux de prise en charge exclusive
des femmes reste relativement élevé. Le contraste avec les
« parents 1 » est net : il n’y a aucune tâche pour laquelle ces
parents assument le travail majoritairement seul. En somme,
contrairement à leurs paires, les « parents 1 », dont la plupart
sont des femmes en couple avec une femme, ne se trouvent
pas livré·e·s à elles/eux-mêmes face au travail domestique.
La comparaison détaillée de la participation aux tâches
domestiques des pères et des « parents 2 », dont la plupart
sont là encore des femmes en couple avec une femme, per-
met de confirmer le désengagement des hommes dans les
couples de sexes différents et le partage plus égalitaire dans
l’échantillon traité ici de familles homoparentales (voir ta-
bleau 4). Comme nous l’avons déjà vu, les pères en couple
avec des femmes s’occupent essentiellement des réparations.
Dans les trois quarts des familles hétéroparentales étudiées,
ils le font seuls. C’est donc leur contribution principale au
travail domestique à l’exclusion de presque toutes les autres
tâches. En effet, dans notre échantillon les hommes assument
seuls dans moins de 5 % des familles le ménage et le linge,
corvées les plus féminisées du travail domestique.
Dans les couples de même sexe, les « parent 2 » sont pro-
portionnellement plus nombreux à prendre en charge seul·e·s
les tâches domestiques (hors réparations). Par exemple,
contrairement aux pères en couple avec des femmes, les
« parents 2 » participent pleinement au linge. Comme pour
les couples hétéroparentaux, les réparations arrivent en tête
des tâches que les « parents 2 » font seul·e·s et ils/elles les
font plus que leurs partenaires. Néanmoins, contrairement
aux couples de sexes différents, les réparations ne produisent
pas une forte distinction entre les deux membres du couple
dans les familles homoparentales. Dans un quart des familles
homoparentales, les « parents 1 » font les réparations seul·e·s
alors que seulement 6 % les mères hétérosexuelles le font.

Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021  85


Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

Tableau 3 : Quelles tâches les mères en couple hétéroparental et les parents 1


en couple homoparental font-ils/elles seul·e·s ?
Mères en couple hétéroparental
(Mères Elfe % exprimé de prise en charge “toujours ou le plus souvent par vous”)
Différence
Tâche Elfe Devhom
absolue
Linge 79,8 34,3 45,5
Repas 62,2 36,7 25,5
Courses 54,7 39,4 15,3
Ménage 51,7 17,6 34,1
Vaisselle 34,5 18,3 16,2
Réparations 5,8 24,8 19
Parent 1 en couple homoparental
(« Parents 1 » Devhom % exprimé de prise en charge “toujours ou le plus souvent par vous”)
Différence
Tâche Elfe Devhom
absolue
Courses 54,7 39,4 15,3
Repas 62,2 36,7 25,5
Linge 79,8 34,3 45,5
Réparations 5,8 24,8 19
Vaisselle 34,5 18,3 16,2
Ménage 51,7 17,6 34,1

Lecture : Ce tableau montre le pourcentage des mères Elfe (en couple hétérosexuel) et les « parents 1 »
Devhom (en couple homosexuel) qui déclarent s’occuper seul·e des tâches domestiques. La première
partie classe en ordre décroissant les réponses des mères Elfe. La deuxième partie classe en ordre dé-
croissant les réponses des « parents 1 ». Par exemple, les premières lignes des deux parties montrent
la tâche qui arrive en tête de la prise en charge seule : le linge pour les mères Elfe et les courses pour
les « parents 1 ».

La prise en charge plus ou moins égalitaire se mesure


aussi par le pourcentage de familles qui déclarent faire le
travail domestique ensemble. Ce travail collectif ne concerne
qu’une minorité de familles hétéroparentales. Chez celles-ci,
la vaisselle fait figure d’exception avec la moitié des foyers
qui déclarent la faire ensemble, les autres tâches effectuées
ensemble ne concernant pas plus de 30 % des couples de
sexes différents interrogés. Le travail domestique comme ac-
tivité commune et partagée constitue donc une pratique mi-
noritaire pour ce groupe. À l’inverse, dans les familles homo-
parentales étudiées, le travail collectif semble être une norme.
La vaisselle y est la tâche la plus largement partagée, comme
dans les couples hétéroparentaux observés, mais dans une
proportion bien plus élevée. Ensuite, près de la moitié de ces
familles partage le ménage et les courses. Les réparations,
les repas et le linge sont également souvent faits ensemble.
Quand ce travail n’est pas fait de manière collective, la prise
en charge individuelle est partagée plus équitablement entre
les deux parents de même sexe.

86  Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021


Qui lave le linge sale de la famille ?

Tableau 4 : Quelles tâches les pères en couple hétéroparental et les parents 2


en couple homoparental font-ils/elles seul·e·s ?
Pères en couple hétéroparental
(Mères Elfe % exprimé de prise en charge “toujours ou le plus souvent par votre conjoint”)
Différence
Tâche Elfe Devhom
absolue
Réparations 74,8 38,1 36,7
Vaisselle 16,2 10,2 6
Courses 15,6 16,1 0,5
Repas 14,3 27,6 13,3
Ménage 5,1 14,4 9,3
Linge 3,8 23,3 19,5
Parent 2 en couple homoparental
(« Parents 1 » Devhom % exprimé de prise en charge “toujours ou le plus souvent par votre conjoint·e”)
Différence
Tâche Elfe Devhom
absolue
Réparations 74,8 38,1 36,7
Repas 14,3 27,6 13,3
Linge 3,8 23,3 19,5
Courses 15,6 16,1 0,5
Ménage 5,1 14,4 9,3
Vaisselle 16,2 10,2 6

Lecture : Ce tableau montre le pourcentage de mères Elfe (en couple hétérosexuel) et les « parents 1 »
Devhom (en couple homosexuel) qui déclarent qu’il s’agit de leurs partenaires qui s’occupent seul·es
des tâches. La première partie classe en ordre décroissant les réponses Elfe. La deuxième partie classe
en ordre décroissant les réponses Devhom. Par exemple, les premières lignes des deux parties montrent
la tâche qui arrive en tête de la prise en charge des partenaires : les réparations pour les pères Elfe, mais
aussi pour les « parents 2 » Devhom.

Le recours à une tierce personne pour faire le travail do-


mestique est une pratique plutôt marginale dans les deux
groupes, à l’exception du ménage qui est fait par quelqu’un·e
d’autre que les deux parents dans 15 % des familles hété-
roparentales et 22 % des familles homoparentales dans les
deux échantillons filtrés qui sont, pour rappel, similaires par
catégories socioprofessionnelles. Par ailleurs, le classement
de ces tâches est comparable et l’écart entre les deux groupes
est relativement faible, surtout au regard des écarts impor-
tants sur d’autres modalités. Néanmoins, nous observons
que les familles homoparentales font plus souvent appel à
quelqu’un d’autre et donc externalisent une partie du tra-
vail domestique, ce qui est conforme aux observations issues
d’études d’autres pays occidentaux.
Cette répartition plus ou moins égalitaire induit des effets
sur le niveau de satisfaction qu’ont les partenaires de l’orga-
nisation du travail domestique et de leurs couples [Carlson,
Miller et Rudd, 2020]. En moyenne, les femmes, mais pas les
hommes, disent avoir plus de satisfaction quand le partage

Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021  87


Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

du travail domestique est plus égalitaire [Barstad, 2014 ;


Ruppanner, Brandén et Turunen, 2018]. Dans les couples de
même sexe, notamment les couples lesbiens, cette satisfac-
tion semble plus importante grâce notamment à un partage
plus égalitaire. Nous avons demandé aux mères en couple
avec des hommes et aux parents en couple avec une per-
sonne de même sexe s’ils/elles étaient satisfait·e·s de la ré-
partition des tâches ménagères. Leurs réponses montrent
une différence nette qui corrobore les résultats d’autres
études. Près de la moitié des mères hétérosexuelles déclarent
être plutôt satisfaites, mais moins d’un tiers se dit très satis-
faites. En contraste, les homoparents sont presque aussi sou-
vent très satisfait·e·s (48 %) que plutôt satisfait·e·s (42 %). Les
taux d’insatisfaction sont différents aussi : 18 % des mères
hétérosexuelles sont insatisfaites de la distribution du travail
domestique, mais seulement 10 % des « parents 1 » le sont.
En somme, même si la majorité des femmes qui élèvent des
enfants avec des hommes semble s’accommoder de leurs ar-
rangements inégalitaires, elles semblent moins enthousiastes
et plus insatisfaites que les parents qui élèvent des enfants
avec une personne de même sexe.

Les catégories professionnelles et les revenus distinguent


les hétéroparents, mais pas les homoparents
Les couples de même sexe enquêtés adhèrent à une norme
égalitaire indépendamment de leurs classes sociales telles que
nous les avons mesurées. Bien que les couples hétéroparen-
taux et homoparentaux étudiés aient des niveaux d’éduca-
tion et de revenus relativement élevés, ils appartiennent à
des catégories socioprofessionnelles (CSP) variées (le filtre
porte sur les cadres supérieurs et professions intellectuelles,
et les professions intermédiaires) et une grande diversité de
revenus les caractérise (de moins de 2 700 à plus de 7 300 eu-
ros nets mensuels par foyer)5. Nous avons effectué des tris
5
Les cinq tranches sont :
moins de 2 700 ; de croisés avec le niveau de revenus des foyers et la catégorie
2 700 à 3 300 ; de 3 300 à
4 000 ; de 4 000 à 5 000 ;
socioprofessionnelle des répondant·e·s (essentiellement des
de plus de 5 000. femmes). Ces deux variables n’ont pas d’incidence significa-
tive sur le partage des tâches domestiques, ni sur le recours
à une tierce personne, dans les couples homoparentaux. En
clair, l’égalité de partage des tâches ne dépend pas du niveau
social des couples de même sexe dans notre échantillon filtré.
Les taux de satisfaction sont également indépendants de ces
variables. En revanche, le niveau social a une incidence sur la
plus ou moins grande adhésion à une norme égalitaire dans
les couples hétéroparentaux étudiés. Le partage du travail
de ménage est un exemple marquant, même si son effet ne
change pas la tendance inégalitaire globale. En distinguant
les familles hétéroparentales selon la catégorie socioprofes-
sionnelle des mères (cadres et professions intellectuelles su-
périeurs versus professions intermédiaires), nous observons

88  Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021


Qui lave le linge sale de la famille ?

un écart important : 60 % des mères ayant un emploi dans


des professions intermédiaires déclarent faire le ménage
seules alors que seulement 40 % des mères ayant une profes-
sion intellectuelle supérieure le font. La faible participation
des pères est quasi identique dans les deux groupes. Le re-
cours à une tierce personne contribue à expliquer cette dif-
férence : 27 % des familles hétéroparentales avec une mère
cadre ou de catégorie professionnelle supérieure font faire le
ménage par quelqu’un d’autre, alors que seulement 7 % des
familles avec une mère ayant une profession intermédiaire
le font.
Le niveau de revenus des familles hétéroparentales a,
lui aussi, une incidence. Alors que dans environ 50 % des
familles, tous revenus confondus, les mères hétérosexuelles
font le ménage seules, le taux monte à 68 % dans les foyers
aux revenus mensuels de moins de 2 700 euros nets et des-
cend à 39 % dans les foyers aux revenus mensuels de plus
5 000 euros. La proportion qui a recours à une tierce personne
augmente pour chaque tranche, allant de 2 % pour la tranche
basse jusqu’à 10 % pour les familles gagnant entre 4 000 et
5 000 euros, et jusqu’à 44 % pour celles gagnant plus de
5 000 euros. Comme pour la catégorie socioprofessionnelle,
la moindre prise en charge seule des mères dans les familles
plus aisées s’explique essentiellement par une externalisation
du travail et non pas par une prise en charge par les pères.
Notons par ailleurs une légère différence dans les taux
de satisfaction exprimée sur la répartition du travail domes-
tique. Comparées à leurs pairs dans les autres tranches de
revenu mensuel par foyer, les mères dans les familles plus
modestes – moins de 2 700 euros par mois – sont plus nom-
breuses à se dire très insatisfaites (8 % contre 2 % en moyenne)
et moins nombreuses à se dire très satisfaites (26 % contre en-
viron 30 % en moyenne). Les mères dans les familles dont les
revenus sont un peu moins élevés – où l’on retrouve une iné-
galité à la défaveur des femmes un peu plus importante dans
notre échantillon filtré – semblent donc moins satisfaites que
leurs pairs dans les familles plus aisées.

LE GENRE DES TÂCHES MÉNAGÈRES A DE L’AVENIR

La comparaison des couples hétéroparentaux et homo-


parentaux étudiés fait apparaître un partage distinct des
tâches ménagères. Alors que le travail domestique repose
principalement sur les mères dans les couples hétérosexuels,
les deux membres des couples homosexuels participent
de manière plus égalitaire. Ces tendances, repérées dans
d’autres contextes ou dans de petits échantillons semblent se
confirmer dans nos résultats qui se fondent sur la première
comparaison de grande ampleur en France. La distribution
du travail domestique non rémunéré traduit des façons de

Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021  89


Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

« faire le genre » [Goldberg, 2013] et fait ressortir une typo-


logie de tâches qui participent à la reproduction des normes
qui structurent des rapports plus au moins égalitaires dans
les couples.
Comme l’ont déjà montré d’autres travaux s’agissant des
couples de sexes différents [Puech, 2005 ; Sofer et Thibout,
2015], le linge est la tâche « féminine » par excellence et les
réparations sont le travail typiquement « masculin ». La vais-
selle est la tâche la moins genrée. Ces éléments permettent de
dessiner une famille hétéroparentale typique de notre étude :
les mères s’occupent majoritairement seules de toutes les
tâches, sauf les réparations, et les pères font la vaisselle tout
en évitant le linge. Bien que nos données ne nous permettent
pas d’expliquer pourquoi ces tâches prennent ces configu-
rations dans ces familles, cette polarisation linge-vaisselle-
réparations a plusieurs implications. D’abord elle indique,
comme l’ont montré d’autres, que le travail domestique doit
être compris comme un système complexe où le niveau de
participation globale peut cacher une forte disparité entre des
tâches spécifiques [Champagne, Pailhé et Solaz, 2015 ; Davis
et Greenstein, 2013]. Lutter contre ces inégalités ne peut pas
faire l’impasse sur une précision de qui fait quoi, sinon ces
efforts seront probablement moins efficaces. Par exemple, si
les hommes hétérosexuels prenaient en charge le linge et fai-
saient moins souvent les réparations, cela contribuerait plus
à rééquilibrer le travail domestique en moyenne. Or, s’ils ne
le font pas, on peut s’interroger sur le sens que ces tâches pro-
duisent pour eux, notamment en ce qui concerne leur identité
de genre et la performance de leur masculinité au quotidien
[Pfeffer, 2010 ; West et Zimmerman, 2009]. Les hommes hété-
rosexuels vivent peut-être le linge comme une atteinte à leur
masculinité. De la même manière, il se peut que la vaisselle
soit la tâche qui menace le moins les masculinités et les fémi-
nités hétérosexuelles ; les couples la font souvent ensemble.
Nous savons que la façon dont les couples partagent le
travail domestique – et les inégalités sociales qu’elle sous-
tend – se transmet aux enfants [Cordero-Coma et Esping-
Andersen, 2018 ; Gimenez-Nadal, Molina et Ortega, 2017].
Par exemple, bien que certains parents hétérosexuels dé-
clarent répartir les tâches ménagères des adolescents de ma-
nière égale [Tucker, McHale et Crouter, 2003], les études sur
ce sujet montrent qu’en général les filles en font davantage,
parfois le double de leurs frères [Cordero-Coma et Esping-
Andersen, 2018 ; Dotti Sani, 2018]. Ces disparités semblent
traverser les classes sociales et persister, même dans les
familles qui souscrivent à un « mythe familial » égalitaire
[Bianchi et Milkie, 2010 ; Hochschild, 1989].
Or, les couples homoparentaux que nous avons enquêtés
montrent une façon de réaliser un travail domestique plus
équilibré : un mélange entre le travail collectif et la prise en

90  Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021


Qui lave le linge sale de la famille ?

charge individuelle répartie entre les deux membres. Cela


suggère aussi que les enfants dans ces contextes homoparen-
taux apprennent ces modèles collectifs et partagés contrai-
rement à ceux élevés dans la plupart des familles hétéro-
parentales. Le linge sale n’y est pas l’affaire d’une mère et les
réparations ne sont pas le domaine d’un père. En revanche,
les familles hétéroparentales observées montrent à leurs en-
fants un schéma hétérosexiste qui consiste à soutenir l’idée
que le travail domestique est l’affaire des femmes. Le par-
tage dans ces couples hétérosexuels, tel qu’il est, s’articule
presque exclusivement par du travail accompli ensemble,
notamment pour la vaisselle. Or, contrairement à la prise en
charge d’une tâche domestique par des pères seuls, le travail
collectif réduit moins le temps de contribution des mères.
Dans ces contextes, les enfants apprennent des normes gen-
rées claires : les filles, si elles se mettent en couple un jour
avec un homme, doivent s’attendre à assumer la majorité du
travail ; les garçons, s’ils se mettent en couple un jour avec
une femme, peuvent se contenter de faire la vaisselle et de
bricoler. De plus, il se peut que le faible recours des couples
hétérosexuels à des tiers traduise une conceptualisation gen-
rée de la nature de ce travail, considérant comme injustifié
de faire faire des tâches devant être assumées gratuitement
par les mères. A contrario, il se peut que les couples de même
sexe reconnaissent la valeur de ce travail, même si l’externa-
lisation délègue ce travail à d’autres femmes et ne fait que
déplacer sa féminisation.
Des études restent à mener sur les différences entre les
couples d’hommes et de femmes. Un échantillon plus im-
portant est nécessaire pour faire ressortir d’éventuelles ten-
dances de genre qui distinguerait les lesbiennes des hommes
gay, comme d’autres l’ont fait dans d’autres pays [Downing et
Goldberg, 2011]. Cela permettrait également d’avoir davan-
tage de personnes issues de classes sociales moins favorisées.
Tant que nous ne connaîtrons pas la population de référence
en France, nos résultats ne pourront être généralisés. Des
observations ethnographiques permettraient aussi de corri-
ger d’éventuels biais sur le décalage qui peut exister entre
la perception de la répartition des tâches ménagères et les
pratiques réelles [Bianchi et Milkie, 2010 ; Hochschild, 1989].
Les réponses des mères hétérosexuelles et des « parents 1 »
reflètent leurs perceptions subjectives et il serait utile de les
confirmer par de l’observation et la confrontation avec des
réponses du « parent 2 ». En effet, d’éventuels rapports de
force (différences de revenus, de lien biologique, d’expres-
sion de genre, etc.) dans les couples homoparentaux peuvent
être gommés en interrogeant aléatoirement les deux parents,
comme nous le faisons, contrairement aux couples hétéro-
parentaux où les pères et les mères sont plus facilement dis-
tingués du fait de la domination masculine. Il y a peut-être

Travail, genre et sociétés n° 46 – Novembre 2021  91


Michaël Stambolis-Ruhstorfer et Martine Gross

une tendance de l’enquêté·e à surestimer sa propre contribu-


tion et à diminuer la contribution du/de la conjoint·e. Même
si l’on peut supposer que cette tendance serait similaire pour
les deux populations, ce n’est pas certain. Il se pourrait, par
exemple, que les couples homosexuels adhèrent à un mythe
de famille égalitaire par conviction, notamment de la part
des mères lesbiennes avec des engagements féministes, ou
pour valoriser leurs familles face à la stigmatisation homo-
phobe, ce qui, cependant, reste à démontrer.

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Qui lave le linge sale de la famille ?
ANNEXE

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