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Andromaque de Racine

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Présenté par :

Tamer chehata Mahmoud

Sous la supervision de :
Dr/Reham Ghaly

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1. Introduction
L'œuvre de Jean Racine, et en particulier sa tragédie
"Andromaque", occupe une place prépondérante dans le paysage
du théâtre classique français du XVIIe siècle. Né en 1639, Racine
s'est imposé comme un dramaturge majeur, aux côtés de figures
illustres telles que Molière et Corneille. Sa singularité réside dans
son dévouement exclusif à la tragédie, qu'il considérait comme la
forme d'expression dramatique la plus élevée, un choix distinctif
par rapport à ses contemporains qui intégraient souvent des
éléments comiques.
"Andromaque", créée en 1667 alors que Racine n'avait que 28 ans,
fut immédiatement saluée comme un chef-d'œuvre. Sa première
représentation suscita un vif intérêt et fut particulièrement
appréciée par la cour royale, établissant fermement la réputation
de son auteur. Ce succès précoce fut le prélude à une décennie de
production tragique prolifique, incluant des pièces emblématiques
comme
Britannicus (1669), Bérénice (1671), Bajazet (1672), Iphigénie
(1674) et Phèdre (1677), consolidant ainsi son influence et menant
à son élection à l'Académie française en 1672.
La pièce "Andromaque" est largement reconnue comme un texte
charnière dans l'histoire du théâtre français. Elle marque une
refonte profonde du genre tragique, s'éloignant des tragédies
héroïques et souvent triomphantes de Corneille, ainsi que des
œuvres plus mélodramatiques de Quinault. Au lieu de cela, Racine
se concentre sur la "tragédie humaine, née du choc des passions".
Cette nouvelle conception de la tragédie, qui met l'accent sur le
conflit interne et le tourment psychologique, en fait la "première
tragédie véritablement 'racinienne'". La popularité durable de la
pièce, de sa première à nos jours, témoigne de la maîtrise de
Racine dans l'adaptation de récits classiques et sa capacité à les
imprégner d'une résonance humaine intemporelle.
Un examen attentif de l'approche de Racine révèle une innovation
stratégique, même au sein des contraintes classiques. Le
dramaturge adhère aux unités classiques et utilise le vers
alexandrin, ce qui pourrait initialement suggérer une stricte
conformité aux normes rigides du classicisme français du XVIIe
siècle. Cependant, "Andromaque" est simultanément décrite
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comme un "tournant" qui "refaçonne le genre tragique",
s'éloignant de la tragédie héroïque cornélienne pour se concentrer
sur la "tragédie humaine, née du choc des passions". Racine a
également fait face à des critiques concernant la véracité
historique de la pièce et son manque perçu d'incidents externes.
Cette apparente contradiction entre l'adhésion stricte à la forme
classique et l'innovation radicale peut être comprise comme une
tactique délibérée de Racine. Ses déclarations publiques de fidélité
aux Anciens ont pu servir à "détourner l'attention des aspects
véritablement novateurs de son œuvre". Il a ainsi utilisé le cadre
formel établi de la tragédie classique (unités, alexandrin) comme
une structure disciplinée pour introduire un contenu radicalement
nouveau : une exploration intense et concentrée des passions
humaines destructrices et des profonds tourments psychologiques.
Cette focalisation interne, plutôt que l'action héroïque externe,
représentait un écart significatif par rapport à ses prédécesseurs.
Cela suggère que Racine n'était pas un simple conformiste, mais
un révolutionnaire subtil. Il a exploité les contraintes mêmes du
classicisme pour intensifier le drame psychologique, créant ainsi
une forme de tragédie unique et durable. Cette "conception
radicalement nouvelle du tragique" est ce qui définit le style
"racinien" et assure l'impact durable de la pièce, démontrant
comment la discipline formelle peut paradoxalement libérer une
puissance expressive plus profonde.
Le présent rapport vise à fournir une analyse critique complète et
multi-facettes de "Andromaque" de Jean Racine. Il explorera
l'intrigue complexe de la pièce, la dynamique de ses personnages,
et sa profondeur thématique, en employant diverses lentilles
critiques, notamment les approches historique, psychologique et
herméneutique, avec un accent particulier sur les apports du
"regard" de Jean Starobinski.

2. Synopsis de "Andromaque"
L'intégralité de la pièce se déroule dans l'enceinte du Palais Royal
de Bouthroton, en Épire, peu après la conclusion dévastatrice de la
guerre de Troie. Ce contexte temporel et spatial post-guerre est
crucial, car les personnages sont dépeints comme des "identités
détruites par l'histoire", aux prises avec les profondes
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répercussions psychologiques et politiques d'un conflit
cataclysmique.
Personnages Principaux :
Andromaque : La digne veuve d'Hector, le héros troyen révéré, et
désormais captive du roi Pyrrhus. Elle est célébrée dans la
littérature ancienne et moderne pour son amour conjugal
inébranlable, sa fidélité et sa loyauté envers son défunt mari. Elle
incarne un "amour platonique", adhérant fermement à la mémoire
d'Hector et au passé brisé de Troie.
Pyrrhus : Le roi d'Épire et le fils du légendaire Achille. Il est
consumé par un amour non partagé et obsessionnel pour
Andromaque. Son caractère est marqué par un "désir égoïste de
dominer Andromaque" , motivé par un besoin de contrôle et
d'attention, potentiellement issu de sa propre relation paternelle.
Hermione : La fille d'Hélène et de Ménélas, fiancée à Pyrrhus. Elle
est prise dans un amour non partagé et tourmentant pour Pyrrhus,
qui se transforme finalement en une fierté "insensée", une haine
vengeresse et une envie dévorante envers Andromaque.
Oreste : Le fils d'Agamemnon et le soupirant éconduit d'Hermione.
Il arrive en ambassadeur des Grecs, ostensiblement pour une
mission diplomatique, mais secrètement motivé par son désir
désespéré de gagner l'affection d'Hermione. Il est fréquemment
associé à une histoire de folie, notamment le matricide, et y
sombre davantage à la fin de la pièce.
Personnages secondaires : Le récit est également soutenu par
des figures telles que Pylade (ami loyal d'Oreste), Cléone
(confidente d'Hermione), Céphise (confidente
d'Andromaque) et Phoenix (gouverneur de Pyrrhus), qui
servent souvent de voix de la raison ou de catalyseurs pour
l'action.
Résumé de l'intrigue (acte par acte) :
Acte 1 : Oreste arrive à la cour de Pyrrhus, officiellement pour
exiger l'exécution d'Astyanax, le jeune fils d'Andromaque et
d'Hector, en raison des craintes grecques d'une vengeance future.
Cependant, Oreste espère secrètement que Pyrrhus refusera,
permettant ainsi à Hermione de retourner en Grèce avec lui.
Pyrrhus, profondément épris d'Andromaque, rejette initialement la

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demande grecque, mais, après avoir été repoussé par elle, il
menace de livrer Astyanax si elle continue de refuser ses avances.
Acte 2 : Hermione, espérant toujours influencer Pyrrhus, accepte
d'envisager de partir avec Oreste si Pyrrhus le permet. De manière
inattendue, Pyrrhus, suite à un autre rejet d'Andromaque, annonce
à Oreste sa décision d'épouser Hermione et, dans un tour cruel,
propose de livrer Astyanax aux Grecs.
Acte 3 : Oreste est consumé par la fureur suite à la perte
apparente d'Hermione. Andromaque, désespérée de sauver son
fils, supplie Hermione d'intercéder auprès de Pyrrhus, mais
Hermione, aveuglée par la jalousie et l'orgueil, refuse avec mépris.
Pyrrhus présente alors à Andromaque un ultimatum déchirant :
l'épouser pour sauver son fils, ou Astyanax mourra. Andromaque
reste tiraillée et incertaine.
Acte 4 : Après une profonde lutte interne et une consultation
symbolique avec le fantôme d'Hector, Andromaque se résout à
épouser Pyrrhus pour assurer la protection d'Astyanax, mais elle
prévoit secrètement de se suicider immédiatement après la
cérémonie pour préserver sa fidélité à Hector. Pendant ce temps,
Hermione, se sentant totalement méprisée et trahie par la dernière
décision de Pyrrhus, implore Oreste d'assassiner le roi pendant le
mariage.
Acte 5 : Hermione éprouve un bref moment de regret pour sa
demande meurtrière, mais avant qu'elle ne puisse la rétracter,
Oreste apparaît pour annoncer la mort de Pyrrhus. Pyrrhus a été
tué par les soldats grecs d'Oreste, qui étaient enragés lorsque le
roi a publiquement reconnu Astyanax comme le nouveau roi de
Troie. Hermione, dans une crise de désespoir sauvage et de haine
de soi, remercie Oreste avec des insultes furieuses et se précipite
pour se donner la mort sur le corps de Pyrrhus. Témoin de cela,
Oreste sombre dans la folie la plus complète, ayant des visions
terrifiantes des Furies, et est rapidement emmené par ses hommes
alors qu'ils fuient l'Épire.
La structure complexe de la pièce repose sur une chaîne
d'amour non partagé, implacable et finalement destructrice
: Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque,
laquelle reste indéfectiblement dévouée à la mémoire de son mari
assassiné, Hector, et à la sécurité de leur fils, Astyanax. Cet
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enchevêtrement émotionnel n'est pas seulement une intrigue
romantique, mais un catalyseur qui "déclenche un dénouement
violent" pour tous les personnages impliqués. Il précipite un cycle
incessant de trahison, de compromis moraux, de tourments
psychologiques, et culmine finalement dans une cascade de morts
et de folie, illustrant les conséquences dévastatrices des passions
incontrôlées et du désir.
La guerre de Troie est bien plus qu'un simple arrière-plan historique
; elle fonctionne comme une présence vivante et obsédante qui
façonne activement les réalités présentes et les états
psychologiques des personnages. Andromaque, par exemple, est
décrite comme une "prisonnière de son passé", incapable de
transcender son "passé terrible" défini par la mort d'Hector et la
dévastation de Troie. Son identité est intrinsèquement liée à sa vie
antérieure en tant qu'épouse d'Hector. Le désir obsessionnel de
Pyrrhus de "dominer Andromaque" peut être interprété comme une
continuation de la mentalité du conquérant, un désir de posséder
pleinement les butins de guerre, y compris l'esprit des vaincus. La
mission diplomatique d'Oreste est directement motivée par la peur
persistante des Grecs qu'Astyanax ne venge un jour Troie. Le
"danger imminent de guerre" qui imprègne la pièce souligne que le
conflit s'est simplement déplacé du champ de bataille vers les
sphères psychologiques et interpersonnelles. Racine démontre
ainsi que le traumatisme de la guerre ne se termine pas avec un
traité de paix ; il imprègne les psychologies individuelles et
alimente de nouveaux cycles de conflit. La "chaîne d'amour non
partagé" n'est donc pas uniquement un drame personnel, mais une
manifestation symbolique de griefs historiques non résolus et de
fardeaux hérités. Le "regard surplombant" de Pyrrhus, cherchant
une possession totale, devient une métaphore de la tentative du
vainqueur d'effacer l'autonomie du vaincu, une tentative qui
échoue finalement en raison de la persistance de l'esprit humain,
comme en témoigne la fidélité d'Andromaque. La pièce devient
une exploration intemporelle du stress post-traumatique et de
l'héritage durable de la violence collective.

3. L'Art Dramatique et les Innovations de Racine

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Racine a adhéré rigoureusement aux trois unités classiques : unité
de temps, de lieu et d'action. Cela signifie que l'intégralité de la
pièce se déroule en une seule journée, dans un seul lieu (le Palais
Royal de Bouthroton), et se concentre sur une seule intrigue
principale sans digressions. Cette discipline structurelle rigoureuse
n'est pas une limitation mais un choix artistique délibéré qui "crée
un sentiment de cohérence et d'intensité". En confinant l'action,
Racine "augmente les enjeux émotionnels" pour ses personnages.
La pièce commence à la "crise finale" , permettant une immersion
immédiate dans les conflits psychologiques des personnages et
accélérant la tension dramatique vers son inévitable climax
tragique.
L'adhésion stricte de Racine aux unités, bien qu'elle puisse sembler
restrictive, est en réalité un outil artistique puissant. En confinant
le récit à une seule journée et un seul lieu, et en se concentrant
intensément sur une crise singulière et escalade, Racine crée un
véritable creuset d'émotions humaines. Il n'y a pas d'échappatoire
externe, pas de répit face à la pression croissante ; les
personnages sont contraints à des confrontations directes et
inévitables avec leurs démons intérieurs et les uns avec les autres.
Cette intensité claustrophobique accélère le délitement
psychologique, faisant de la "crise finale" non seulement un point
de l'intrigue, mais l'aboutissement inévitable d'une tension
intérieure insoutenable. Les contraintes, par conséquent, ne
limitent pas le drame, mais le concentrent, amplifiant les conflits
internes. Racine démontre ainsi qu'une véritable puissance
dramatique peut être atteinte non pas par des récits expansifs ou
un spectacle externe, mais par l'exploration concentrée des états
intérieurs. Les unités deviennent un outil artistique délibéré,
transformant la scène en une arène psychologique où les passions
sont distillées et leur force destructrice est mise à nu. C'est une
caractéristique essentielle de ce qui rend son œuvre si "racinienne"
et contribue à son impact durable. L'absence de "détente comique"
ou de "situations distrayantes" contribue également à cette
intensité concentrée et à l'atmosphère omniprésente de destin
funeste.
La maîtrise de Racine du vers alexandrin (un vers de 12 syllabes)
est universellement reconnue comme "exceptionnellement habile".
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Dans le drame classique français, l'alexandrin est considéré
comme la "musique même de l'âme", et dans "Andromaque", il
fonctionne comme un "chant des morts qui expose des êtres
déchirés entre le devoir et la passion". Son rythme et sa structure
précis servent de "lapsus permanent de sentiments conflictuels",
permettant l'expression d'un profond tourment intérieur et
contribuant à la "profondeur émotionnelle intense" de la pièce.
L'élégance et la précision du langage de Racine, transmises par
l'alexandrin, amplifient l'impact émotionnel de la tragédie qui se
déroule. Les variations subtiles de hauteur, de ton, d'accent, de
pause, de vitesse et d'intensité de sa diction révèlent les "subtilités
infinies" de l'émotion humaine.
L'alexandrin, formel et élégant, avec sa structure disciplinée et son
lexique restreint, n'est pas seulement un choix stylistique, mais un
instrument psychologique. Il sert de surface polie qui contient à
peine les émotions tumultueuses et souvent contradictoires qui
bouillonnent en dessous. La précision et le rythme même du vers,
loin de simplifier, amplifient paradoxalement la lutte intérieure. Les
"subtilités infinies" de sa diction permettent l'expression nuancée
d'un profond tourment intérieur. La "tension entre les surfaces et
les profondeurs" signifie que le discours raffiné et éloquent des
personnages masque ou même souligne leurs passions brutes et
destructrices, créant une puissante ironie dramatique et une
complexité psychologique. L'alexandrin devient ainsi un conduit,
révélant les "sentiments conflictuels" et l'"anarchie individuelle"
qui se cachent sous le vernis du "comportement civilisé". Racine
utilise magistralement les contraintes formelles du vers classique
pour, paradoxalement, approfondir le réalisme psychologique de
ses personnages. La tension inhérente entre la forme contrôlée et
la passion incontrôlée est au cœur de sa vision tragique, faisant de
l'alexandrin un outil unique et puissant pour dépeindre la condition
humaine en crise. Cette innovation stylistique est essentielle à la
"démolition du héros" , car elle expose comment même les
personnages nobles sont finalement défaits par leur tourment
intérieur, malgré leur éloquence. Le choix spécifique de Racine
d'un "langage primaire et primordial" au sein de l'alexandrin, avec
des mots tels que 'gloire', 'amour', 'cœur' et 'sang', contribue à
cette tension et à la résonance thématique globale de la pièce.
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"Andromaque" marque un tournant significatif, signifiant
l'"émancipation de Racine en tant que dramaturge" et introduisant
un "nouveau type de protagoniste tragique". Ces personnages se
distinguent des héros nobles, souvent triomphants, que l'on trouve
dans les œuvres de Corneille. Au lieu de cela, les figures
raciniennes sont "défectueuses, égoïstes et irrationnelles", un
développement caractéristique que Paul Bénichou a appelé "la
démolition du héros". Racine lui-même, dans sa préface, a défendu
cette caractérisation en citant des autorités classiques comme
Horace et Aristote, qui préconisaient des héros tragiques "ni
totalement bons, ni totalement mauvais". Cette base philosophique
souligne son éloignement de l'héroïsme plus idéalisé de ses
prédécesseurs. Le cœur tragique de la pièce découle "entièrement
du pouvoir destructeur de l'amour passionné" , se concentrant sur
la "tragédie humaine, née du choc des passions" plutôt que sur des
actes héroïques externes. Ce changement d'orientation est central
à la vision tragique innovante de Racine.
Catégorie Corneille Racine
Sujet Héroïque, libre, Fragile, dominé par
conquérant ses passions
Conflit Entre devoir et Entre passion et
sentiments, souvent morale, souvent
résolu par l'action insoluble
Vision Affirmation de soi par le Tragédie de la lucidité
starobinskienn dépassement moral impuissante
e
Exemple Rodrigue choisit l'honneur Phèdre s'effondre
malgré l'amour sous le poids de sa
passion

4. Explorations Thématiques Majeures dans "Andromaque"


Le conflit destructeur entre la passion et le devoir constitue l'axe
thématique central d'"Andromaque". Les personnages sont
perpétuellement tiraillés entre leurs désirs personnels intenses et
les exigences rigoureuses de leurs devoirs sociaux ou nationaux.
Des exemples abondent : le devoir officiel d'Oreste en tant
qu'envoyé grec de demander la mort d'Astyanax se heurte à son
désir personnel désespéré pour Hermione ; le devoir d'Hermione
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envers son père et son pays en tant que fiancée de Pyrrhus est
supplanté par son amour obsessionnel pour lui ; et les obligations
politiques de Pyrrhus envers les Grecs et Hermione sont
continuellement minées par sa passion dévorante pour
Andromaque. Il est significatif que les décisions des personnages
d'adhérer apparemment au devoir soient "presque invariablement
une conséquence de leur conviction que leurs désirs ne seront pas
satisfaits" , révélant que la passion, même frustrée, reste la force
dominante et motrice. L'exploration de ce conflit par Racine
s'inscrit directement dans les "questions philosophiques
contemporaines (telles que le conflit entre passion et raison)"
prévalant dans la pensée du XVIIe siècle.
Les thèmes de l'amour, de l'obsession, de la vengeance et de la
trahison sont omniprésents. Bien qu'il semble être une force
motrice, l'amour dans "Andromaque" est principalement un pouvoir
destructeur, égoïste et manipulateur, plutôt que rédempteur. La
"chaîne d'amour non partagé" alimente la tragédie. L'amour
inébranlable et "platonique" d'Andromaque pour son défunt mari
Hector contraste fortement avec les passions volatiles et souvent
égoïstes des autres personnages, servant d'obstacle inébranlable à
leurs désirs. La pièce est une étude du désir obsessionnel. Le "désir
égoïste de Pyrrhus de dominer Andromaque" est une poursuite
incessante. Le désir intense et non partagé d'Hermione pour
Pyrrhus se transforme en une fierté "insensée" et un besoin
désespéré de vengeance. Oreste est consumé par sa poursuite
désespérée et finalement autodestructrice d'Hermione.
Racine subvertit l'idéal romantique traditionnel de l'amour. Dans
"Andromaque", l'amour n'est pas une force rédemptrice ou
unificatrice, mais le moteur principal de la tragédie. Il est dépeint
comme une passion obsessionnelle et dévorante qui aveugle les
personnages à la raison, au devoir et même à l'instinct de
conservation. Ce désir incontrôlé se transforme en envie, en haine
et en un besoin pathologique désespéré de possession ou de
vengeance. Le "conflit insoluble" est souvent enraciné dans la
nature même de cet amour – absolu dans son exigence mais
intrinsèquement impossible à satisfaire dans un monde de
compromis et de subjectivités libres. L'amour inébranlable et
"platonique" d'Andromaque pour Hector, bien que pur, alimente
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paradoxalement le cycle destructeur en la rendant
perpétuellement inaccessible, poussant ainsi Pyrrhus, Hermione et
Oreste à des actes de plus en plus désespérés et auto-
anéantissant. Racine offre une critique profonde de l'amour
idéalisé, le présentant comme une force puissante, souvent
pathologique, qui expose la fragilité inhérente et l'irrationalité de la
psyché humaine. Cela s'aligne avec la "démolition du héros" , car
même les personnages de noble lignée sont inévitablement défaits
par leurs passions, suggérant qu'un désir incontrôlé, quelle que
soit sa forme initiale, mène inexorablement au chaos et à la
souffrance. Le contraste entre l'amour inébranlable et "platonique"
d'Andromaque pour Hector et les amours volatiles et
obsessionnelles des autres personnages (Pyrrhus, Hermione,
Oreste) amplifie ce thème de l'amour comme force destructrice.
La vengeance est un "thème dominant" et omniprésent. La
demande des Grecs pour la mort d'Astyanax est enracinée dans la
peur d'une future vengeance troyenne. L'amour méprisé
d'Hermione la pousse à jurer et à chercher vengeance sur Pyrrhus.
Oreste, manipulé par Hermione, est entraîné dans l'acte de
régicide. Même Andromaque, dans un dernier rebondissement
tragique, mène le peuple d'Épire à venger le meurtre de Pyrrhus
contre Oreste. Le récit est également rempli d'instances de
promesses rompues et de trahisons profondes. Pyrrhus rompt à
plusieurs reprises sa promesse d'épouser Hermione. Andromaque
elle-même, dans son plan désespéré d'épouser Pyrrhus puis de se
suicider, s'engage dans une forme d'auto-trahison envers son vœu
à Hector, soulignant les sacrifices extrêmes exigés par son devoir
maternel. L'intrigue entière se déroule comme un "cycle tragique
de trahison".
La pièce démontre que la cessation de la guerre ouverte n'apporte
pas la paix, mais perpétue plutôt un cycle insidieux de
traumatisme et de vengeance. La peur initiale de la vengeance du
passé (Astyanax vengeant Troie) déclenche directement le conflit
central. Cette peur dégénère ensuite en une chaîne d'actions de
représailles : la demande vengeresse d'Hermione pour la mort de
Pyrrhus , l'acte de régicide subséquent d'Oreste , et enfin,
Andromaque menant le peuple d'Épire à venger Pyrrhus contre
Oreste. La description de la pièce comme une "pièce post-
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traumatique" où la "violence sans fin" revient souligne cette nature
cyclique. Racine illustre puissamment que les blessures de la
guerre s'enveniment, se transformant en conflits psychologiques et
interpersonnels qui continuent de générer la destruction. Les
personnages ne sont pas seulement des individus avec des griefs
personnels, mais des incarnations d'un traumatisme collectif et
historique, piégés dans un héritage de violence où les injustices
passées dictent les actions présentes. Cela conduit à un destin
tragique inéluctable, suggérant une critique profonde du concept
même de "victoire" si elle ne sert qu'à perpétuer de nouvelles
formes de haine et de rétribution. Le "conflit insoluble" n'est donc
pas seulement personnel, mais profondément enraciné dans une
continuité sociétale et historique de la violence. La représentation
par Racine de la chaîne de vengeance, où chaque acte de
rétribution en engendre un autre, commente la futilité de la
recherche de justice par des moyens violents dans un monde post-
conflit.
L'influence omniprésente du passé et son impact psychologique
sur les personnages sont manifestes. Le "passé continue de hanter
les personnages principaux" tout au long de la pièce, exerçant une
influence inéluctable sur leurs actions présentes et leurs états
psychologiques. Andromaque est dépeinte comme une
"prisonnière de son passé", profondément incapable de
transcender son "passé terrible" défini par la mort d'Hector et la
dévastation de Troie. Son identité est intrinsèquement liée à sa vie
antérieure d'épouse d'Hector. Hermione est également "enfermée
dans son propre passé avec Pyrrhus", son désespoir actuel étant
alimenté par des désirs inassouvis de leur histoire. La poursuite
agressive d'Andromaque par Pyrrhus et son besoin de contrôle sont
psychologiquement liés à son propre passé, en particulier à un
manque d'attention perçu de la part de son père, Achille. Oreste
est "toujours lié à la folie pour avoir tué sa propre mère
(matricide)" , un traumatisme passé qui le prédispose à son
effondrement mental final. La pièce est comprise comme une
"pièce post-traumatique" où les personnages existent "à la limite
entre la résilience et le retour d'une violence sans fin", revivant et
perpétuant constamment les traumatismes passés.

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L'inexorabilité du destin et le concept de conflits tragiques
insolubles sont des éléments fondamentaux. Les tragédies de
Racine incarnent souvent une vision du monde où l'humanité est
"sous le contrôle de dieux indifférents à ses souffrances et à ses
aspirations" , ou une fatalité interne tout aussi puissante. Les
catastrophes qui frappent les protagonistes sont présentées
comme "inexorables", suggérant une "intrigue" prédestinée plutôt
qu'un "accident malheureux". Oreste attribue explicitement son
malheur au destin , soulignant la conscience des personnages de
forces échappant à leur contrôle. Les conflits tragiques sont
présentés comme "insolubles dès le départ", résultant d'un choc
irréconciliable entre un monde défini par la relativité et le
compromis, et un univers régi par l'exigence de "valeurs absolues"
et de totalité. Les personnages sont parfaitement "conscients de la
tare qui les mène à la catastrophe, mais ne peuvent rien faire pour
la surmonter" , ce qui met en évidence leur "lucidité impuissante".
Les pièces sont "dépourvues d'espoir", commençant dans une
"atmosphère de fatalité imminente qui s'intensifie régulièrement
jusqu'à la scène finale de folie ou de mort".
L'exploration des dynamiques de pouvoir et des rôles de genre est
également notable. Le "regard surplombant" de Pyrrhus, visant la
"possession totale" d’Andromaque, reflète ouvertement la
dynamique de pouvoir du conquérant sur la captive, une
continuation de la subjugation en temps de guerre. Malgré son
statut de captive, Andromaque exerce paradoxalement un pouvoir
significatif par sa résistance inébranlable, sa fidélité et son
intégrité morale, qui dicte finalement les décisions erratiques de
Pyrrhus et mène même à sa chute. Hermione tente d'exercer
contrôle et pouvoir par la manipulation, le chantage émotionnel et,
finalement, une demande de vengeance. La pièce peut être
analysée de manière fructueuse sous une perspective féministe,
comme le suggèrent des études qui affirment que Racine met
l'accent sur les "différences de genre, avec des normes différentes
imposées aux hommes et aux femmes".

Page 13 of 22
Thème Personna Description/ Références
ges Clés Manifestation
Impliqué
s
Amour/ Pyrrhus, L'amour est une force
Obsession Andromaq destructrice et égoïste, Andromache by Jean Racine |
ue, non rédemptrice. Il se EBSCO Research Starters
Hermione, manifeste par le désir
Oreste de possession de
Pyrrhus, l'amour non [Link]/research-starters/li
partagé d'Hermione, et
la poursuite désespérée
d'Oreste. Andromaque
incarne un amour
platonique inébranlable
pour Hector, qui
contraste avec les
passions des autres.
Devoir vs. Tous les Les personnages sont
Passion personnag déchirés entre leurs seneca's representation of
es désirs personnels andromache and its reception
in french drama
principaux intenses et les
exigences rigoureuses
de leurs devoirs
(politiques, familiaux,
moraux). La passion [Link]/doi/pdf/10.1052
l'emporte souvent,
même si les décisions
sont parfois prises sous
le prétexte du devoir.
Vengeance Grecs, Thème dominant : la
Pyrrhus, peur de la vengeance Criticism – Lit Mentor -
Hermione, d'Astyanax déclenche le [Link]
Oreste, conflit. Hermione
Andromaq cherche vengeance sur
ue Pyrrhus, Oreste est [Link]/tag/c
manipulé pour tuer
Pyrrhus, et Andromaque
mène la vengeance
contre Oreste.
Page 14 of 22
Influence du Andromaq Le passé traumatique
Passé ue, (Guerre de Troie, Andromaque - Comédie-
Hermione, matricide d'Oreste, Française
Pyrrhus, manque d'attention
Oreste paternelle de Pyrrhus)
hante les personnages
et dicte leurs actions et
[Link]/en/eve
états psychologiques
présents. Andromaque
est "prisonnière de son
passé".
Inexorabilité Tous les Les catastrophes sont
du Destin personnag inéluctables, suggérant
es une fatalité ou un destin
préordonné. Les conflits
sont insolubles, et les
personnages sont
conscients de leur
impuissance face à des
forces qui les dépassent.
Dynamiques Pyrrhus, Le "regard surplombant"
de Pouvoir & Andromaq de Pyrrhus symbolise la
Genre ue, domination.
Hermione Andromaque, bien que
captive, exerce un
pouvoir moral par sa
résistance. La pièce
explore les normes
différentes imposées
aux hommes et aux
femmes.

5. Perspectives et Interprétations Critiques


L'analyse d'"Andromaque" peut être abordée à travers diverses
lentilles critiques, chacune offrant un éclairage unique sur la
complexité de l'œuvre. Les écoles de pensée suivantes, détaillées
dans les documents de cours, sont pertinentes pour une
compréhension approfondie de la pièce de Racine.
École Approche/Focus Pertinence pour Concepts/
Critique Principal "Andromaque" Théoriciens Clés
Critique Externe, Examine le contexte Philologique
Historique transcendantale ; du XVIIe siècle, (érudition,
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(Ancienne se concentre sur l'influence des manuscrits,
Critique) la genèse, mythes grecs, la éditions),
l'origine, réception initiale de Psychologique
l'historique de la pièce, la position (biographique,
l'œuvre et de de Racine par auteur > œuvre).
l'auteur rapport à Corneille
(biographie, et au jansénisme.
contexte,
influences).
Critique Interprétation de Analyse des Freudienne,
Psychologiqu l'œuvre à travers motivations Jungienne
e la psyché de profondes, des (psychocritique).
l'auteur ou des traumatismes
personnages ; (passé d'Oreste, de
peut être Pyrrhus,
biographique ou d'Andromaque), des
se concentrer sur obsessions et des
les complexes. folies des
personnages.
Critique Interne, Se concentre sur la Symbolique
Herméneutiq subjective ; structure interne de (images, mythes,
ue (Nouvelle interprète la pièce, les thèmes complexes),
Critique) l'auteur à travers récurrents, les Thématique
l'œuvre en symboles, et la (thèmes
cherchant la manière dont philosophiques,
signification l'œuvre révèle les psychologiques,
latente et le désirs et socio-historiques).
"trajet l'expérience de
intentionnel". l'écrivain.
Le "Regard Relation critique Analyse de la Jean Starobinski
Starobinskie basée sur la "tragédie de la (thématique,
n" distance et passion" et de la structuraliste),
l'analyse de "lucidité "regard
l'œuvre elle- impuissante" chez surplombant",
même pour les personnages "tragique de la
révéler raciniens, passion", "lucidité
l'expérience l'importance du impuissante",
vécue et le sens "regard" dans le "paraître/être".
latent, drame, et la tension
notamment à entre l'être et le
travers le paraître.
"paraître" des
personnages.
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5.1. Le "Regard Starobinskien"
Jean Starobinski est une figure éminente de l'école thématique de
la critique, distinguant son approche des méthodes purement
historiques ou psychologiques. Son concept du "regard critique"
met l'accent sur une relation profonde entre le critique et l'œuvre.
Ce "regard" ne se limite pas à la perception visuelle, mais englobe
un engagement holistique impliquant "la vue mais aussi par l'ouïe
et le toucher". Starobinski le définit comme une "relation
intentionnelle" entre le "Moi et le Monde" du critique, et plus
spécifiquement, entre "l'écrivain et le lecteur".
De manière cruciale, Starobinski prône "l'écart, la distance et
l'éloignement" entre le critique et l'œuvre, condamnant
explicitement toute forme d'identification avec la pensée de
l'écrivain. Cette distance critique est essentielle pour maintenir
l'indépendance et l'individualité du critique et de l'œuvre. La tâche
fondamentale du critique est de "regarder et analyser". Il est
caractérisé comme un "structuraliste" qui se concentre
exclusivement sur l'œuvre littéraire elle-même, la considérant
comme la seule "révélatrice de l'expérience vécue de l'écrivain". Il
rejette consciemment les facteurs biographiques ou sociaux
externes ("hors d'elle"), se concentrant plutôt sur la manière dont
le texte est construit plutôt que sur les raisons de sa création.
L'objectif principal de Starobinski est d'"atteindre la signification
latente de l'œuvre" en dévoilant le "trajet intentionnel" ou le
"désir" de l'écrivain tel qu'il est intégré dans le tissu textuel.
À travers le "regard" de Starobinski, l'œuvre de Racine est perçue
comme une exploration profonde des "passions destructrices et de
la condition humaine marquée par l'échec, le renoncement et
l'impuissance". Les personnages raciniens sont constamment
dépeints comme n'ayant aucun contrôle sur leurs intenses
impulsions intérieures, et leurs moments de conscience de soi, ou
"lucidité", sont douloureux. Par exemple, Phèdre est consciente de
la monstruosité de son amour pour Hippolyte mais est prisonnière
de sa passion. Le "regard" starobinskien y verrait une tragédie de
la conscience, un sujet lucide mais impuissant, écrasé par une
passion qu'il ne peut maîtriser. C'est ce que Starobinski appelle le
"tragique de la passion" et la "lucidité impuissante".

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Dans le théâtre racinien, le "regard" des personnages est souvent
un instrument de possession. Le personnage racinien "regarde
l'autre pour le posséder et non pour l'illuminer". Pour cela, il faut
s'éloigner, prendre de la distance. Mais une fois cette distance
établie, ce "regard" saisit l'autre, le blesse et le possède de telle
manière que l'autre se sent rejeté, séparé et exclu du monde
d'autrui. Ce "regard surplombant" vise une possession totale, mais
il reste insatisfait car l'être humain est une liberté qui, par nature,
refuse d'être possédé ou captivé, étant une subjectivité libre.
Starobinski met en lumière que le "paraître" (l'apparence) d'un
personnage est intrinsèquement lié à son "être" (son essence), au
point qu'ils sont inséparables. L'être d'un personnage ne se réalise
pleinement que lorsqu'il apparaît, c'est-à-dire que son intériorité
doit se manifester à travers ses expressions extérieures. Ce
"paraître" se révèle par les gestes, les expressions, les actions et
les paroles du personnage. Pour un héros de théâtre, son caractère
est indissociable de son action et consiste entièrement en ses
paroles et ses gestes. L'analyse de ces manifestations externes est
cruciale pour comprendre le personnage, car elles ne sont pas
superficielles mais constituent la substance même de son
existence. Les symboles jouent un rôle très important pour
Starobinski ; ils peuvent être un mot, un signifiant ou une parole
qui cherche à être "désymbolisé", révélant ainsi des significations
plus profondes et la cohérence thématique du récit.
5.2. Autres Perspectives Critiques
La Critique Historique aborde "Andromaque" comme une approche
externe, plaçant l'œuvre dans son contexte de production. Elle
examine la genèse de la pièce, son origine et son évolution, et
peut être philologique ou psychologique. La critique philologique
s'intéresse aux différentes versions du texte, aux manuscrits, aux
éditions, et aux influences entre les œuvres et les auteurs, ancrant
ainsi "Andromaque" dans l'histoire des idées et des mentalités du
XVIIe siècle. Par exemple, elle noterait que la pièce a été jouée
pour la première fois en 1667 et a marqué un tournant dans le
théâtre français. Elle pourrait aussi explorer l'influence des sources
antiques (Euripide, Virgile, Sénèque) sur la pièce, tout en
soulignant comment Racine les adapte pour un public français
contemporain, notamment en y infusant des idées jansénistes sur
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la prédestination et la faiblesse humaine face à la passion. La
critique historique mettrait en lumière les débats contemporains
sur la bienséance et la vraisemblance, et comment Racine a
défendu ses choix artistiques.
La Critique Psychologique, souvent biographique ou
hagiographique, se concentre davantage sur les auteurs que sur
les œuvres. Appliquée à "Andromaque", elle pourrait tenter de
relier les thèmes de la passion et de la folie aux expériences de vie
de Racine, bien que Starobinski rejette cette approche. Cependant,
une psychocritique plus interne, inspirée par Jung ou Freud,
analyserait les "complexes" et les motivations inconscientes des
personnages eux-mêmes. Par exemple, l'obsession de Pyrrhus pour
Andromaque pourrait être analysée comme un besoin de contrôle
lié à son passé et à sa relation avec son père Achille. La folie
d'Oreste, exacerbée par la trahison d'Hermione, est explicitement
liée à son passé de matricide, et la pièce elle-même est décrite
comme une exploration de la "violence et du comportement
irrationnel" d'Oreste et Hermione. La psychocritique s'intéresserait
à la manière dont les personnages sont "psychologiquement
affectés par leur terrible passé".
La Critique Thématique, à laquelle Starobinski appartient, se
concentre sur les thèmes mythiques, psychiques, sociologiques ou
philosophiques présents dans l'œuvre. Au-delà du "regard"
spécifique de Starobinski, cette approche permet d'analyser en
profondeur les motifs récurrents comme l'amour, le devoir, la
vengeance, la trahison, et l'influence du passé, comme détaillé
dans la section précédente. Elle examinerait comment ces thèmes
se manifestent à travers les "réseaux d'association" de mots clés
(lumière/obscurité, sang, feu) qui créent des "grappes d'images"
rayonnant du physique au métaphorique, et de l'extérieur à
l'intérieur. La critique thématique soulignerait comment la pièce
explore la "profonde tristesse" des quatre personnages principaux
et la "nature destructrice du désir égoïste de Pyrrhus de dominer
Andromaque".

6. Conclusion
"Andromaque" de Jean Racine demeure une œuvre emblématique
du théâtre classique français, dont l'impact et la pertinence
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perdurent à travers les siècles. L'analyse approfondie de cette
tragédie révèle une complexité et une profondeur qui vont bien au-
delà d'une simple adaptation de mythes antiques.
Racine, en s'inscrivant dans les contraintes formelles du
classicisme (unités de temps, de lieu, d'action et vers alexandrin),
a paradoxalement trouvé le moyen d'intensifier le drame
psychologique. Loin d'être des limitations, ces cadres rigoureux ont
servi de creuset pour distiller les passions humaines, forçant les
personnages à affronter leurs démons intérieurs sans
échappatoire. Cette concentration de l'action et des émotions crée
une tension insoutenable, propulsant la pièce vers son
dénouement tragique. L'alexandrin, sous la plume de Racine, n'est
pas seulement une forme poétique élégante ; il devient un véhicule
pour les conflits souterrains, une surface polie qui révèle les
contradictions et l'anarchie intérieure des personnages.
La pièce est une exploration magistrale de la condition humaine,
marquée par la "démolition du héros" cornélien au profit de figures
plus faillibles, égoïstes et irrationnelles, écrasées par leurs propres
passions. L'amour, loin d'être une force rédemptrice, y est dépeint
comme un catalyseur de destruction, d'obsession et de trahison,
alimentant une chaîne de désirs non partagés qui mène
inéluctablement à la folie et à la mort. Le passé, en particulier le
traumatisme de la guerre de Troie, n'est pas un simple arrière-plan,
mais une présence vivante qui hante les personnages, les piégeant
dans un cycle incessant de vengeance et de souffrance. Chaque
acte de rétribution engendre une nouvelle spirale de violence,
illustrant la futilité de chercher justice par des moyens destructeurs
dans un monde post-conflit.
Le "regard" de Jean Starobinski offre une perspective
particulièrement éclairante sur cette tragédie. En se concentrant
sur le "tragique de la passion" et la "lucidité impuissante" des
personnages raciniens, Starobinski souligne leur incapacité à
maîtriser leurs élans intérieurs, malgré une conscience aiguë de
leur propre perdition. Le "regard surplombant" de Pyrrhus,
cherchant la possession totale, échoue face à la liberté inaliénable
de l'autre, symbolisée par la résistance d'Andromaque. L'analyse
du "paraître" des personnages révèle que leurs expressions
extérieures sont la substance même de leur être, et que les
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symboles textuels cachent des significations profondes, invitant à
une lecture attentive de la manière dont le texte est construit.
En somme, "Andromaque" n'est pas seulement une pièce sur
l'amour et la vengeance ; c'est une méditation profonde sur la
fatalité, la psychologie humaine et l'héritage indélébile du conflit.
La capacité de Racine à transposer des thèmes universels dans un
cadre classique rigoureux, tout en innovant profondément dans la
caractérisation et l'exploration des passions, assure à son œuvre
une place éminente et une résonance continue dans le répertoire
théâtral mondial.

Références:
[Link]
Racine - (English 12) - Vocab, Definition, Explanations | Fiveable
Opens in a new window
[Link]
Jean Racine Criticism: The Structure of Racine's Tragedies - Lucien
Goldmann - eNotes
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Andromaque - Odéon - Théâtre de l'Europe
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Andromaque - Comédie-Française
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Andromaque - Wikipedia
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Criticism – Lit Mentor - [Link]
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Jean Racine, Andromaque - University of Edinburgh Research
Explorer
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seneca's representation of andromache and its reception in french
drama
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Hamlet and Orestes | PMLA | Cambridge Core
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Plot and Structure of Andromache - CliffsNotes Study Guides
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136 Greece and Rome on the French Stage: Classical Adaptation in
the Theatre of Jean Racine - CrossWorks
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Andromache by Jean Racine | EBSCO Research Starters
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Jean Racine - Wikipedia
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ANDROMACHE, PHAEDRA, ATHALIAH - Tim Chilcott
15-"Andromaque", Racine : résumé analytique
Berthelot, Anne (1957-....). Auteur du texte

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