Chapitre 1 : La question de valeur de l’entreprise
La question que vaut mon entreprise suscite toujours de nombreuses réflexions ; ceci aussi bien
dans le milieu professionnel que dans le monde académique. Afin de bien comprendre les
grands enjeux liés à l’évaluation d’une entreprise, il est certainement utile avant toute chose de
réfléchir à ce que recouvre réellement le concept de valeur. Pour cela, nous allons nous inspirer
de nombreux débats qui ont alimenté les théories autour des notions suivantes :
Valeur d’usage / Valeur d’échange ;
Valeur de marché / Valeur comptable ;
Valeur financière / Valeur stratégique ;
Valeur actionnariale / Valeur partenariale.
1.1. Valeur d’usage / Valeur d’échange
La valeur d’usage d’un bien dépend de l’utilité qu’en retire son utilisateur. Celui-ci attribue
d’autant plus de valeur à un bien qu’il lui permet de satisfaire ces besoins.
C’est alors que lors d’une vente aux enchères, un tableau peut avoir une valeur différente pour
différents acheteurs potentiels en fonction de l’utilité perçue qu’ils associent à son image. Dans
un acte d’échange, il s’agit d’échanger des choses égales ou des équivalente. Ce n’est donc pas
l’attribut qualitatif d’un bien (c'est-à-dire sa nature contrainte) qui rend l’échange possible. Les
biens doivent posséder des attributs qui les rendent comparables afin de pouvoir les échanger
tout en reconnaissant qu’ils ne satisfont pas les mêmes besoins.
On peut observer que certains biens comme l’eau ont une grande valeur d’usage mais une faible
valeur d’échange ; alors que d’autres biens comme l’or, le diamant ont une faible utilité mais
une valeur d’échange élevée ceci du fait de la rareté.
La valeur d’usage apparaît comme une condition nécessaire à la valeur d’échange. Il n’y a pas
d’échange si le bien n’est pas utile à l’acheteur.
De façon globale, la valeur d’échange d’un bien (et même d’une entreprise) renvoie à une
logique objective et collective ; alors que la valeur d’usage est par nature subjective et
individuelle.
En présence d’un marché financier efficient, la valeur de celui-ci se définit par l’évaluation
boursière.
1.2. Valeur de marche / Valeur comptable
Lorsqu’on prend en compte dans l’évaluation d’un marché financier, toutes les informations
disponibles sur une entreprise, la valeur de celle-ci se détermine par la capitalisation boursière.
La valeur boursière correspond à la valeur des cash-flows futurs générés par l’entreprise
actualisée au taux de rentabilité exigé par les apporteurs de capitaux. L’établissement de la
valeur de marché d’une entreprise ouvre un dialogue entre les marchés et l’entreprise ; d’un
côté l’entreprise et ses différents acteurs construisent la valeur et de l’autre côté le marché en
permettant aux transactions de se réaliser, lui donne cette valeur.
Ce dialogue peut être difficile dans la mesure où les principaux acteurs remettraient en question
la valeur fixée par le marché autrement dit le prix auquel l’entreprise pourrait s’échanger.
Cette pression exercée par le marché peut s’interpréter comme deux rationalités qui s’opposent.
Une rationalité organisationnelle diffusée par l’entreprise et une rationalité financière diffusée
par les acteurs du marché (intègre deux aspects le temps et le risque de son analyse). En réalité,
ces deux rationalités ne voient pas l’entreprise de la même manière. La rationalité
organisationnelle voit l’entreprise comme un portefeuille d’actifs tangibles et intangibles, de
ressource et de compétence créatrice de valeur ; la rationalité financière quant à elle voit
l’entreprise comme un portefeuille de rentes en assimilant tout actif à un actif financier dans la
mesure où chaque actif est représenté par la somme des cash-flows actualisé au taux exigé par
les apporteurs de capitaux.
A la valeur boursière qui donne une indication, découlent des potentialités présentes et futures
de l’entreprise, il est fréquent de substituer la valeur comptable qui est une estimation
sanctionnant la stratégie passée.
1
Au-delà de l’évaluation au coût historique, les nouvelles normes comptables permettent de
distinguer d’autres bases d’évaluations de la valeur comptable d’une entreprise :
La valeur de remplacement : elle correspond au coût de remplacement de l’actif ;
La valeur nette de réalisation ou valeur vénale : Elle correspond au montant auquel un
actif peut s’échanger ou un passif peut se rembourser entre deux parties informées et
concertantes lors d’une transaction effectuée selon les règles de la concurrence. On peut
aussi parler de valeur liquidative lorsqu’il s’agit d’évaluer l’entreprise au bord d’un
dépôt de bilan.
La valeur d’usage : Elle correspond à la valeur des avantages économiques, futurs
attendue de l’utilisation des actifs de l’entreprise ainsi que de leur sortie.
La valeur actuelle : elle correspond à la valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de
la valeur d’usage.
Les notions de valeur actuelle, de valeur vénale et de valeur d’usage renvoient explicitement
aux principes dits de la juste valeur qui s’oppose aux principes du coût historique en privilégiant
la nature économique des éléments de l’actif et du passif. Le principe comptable de la juste
valeur réconcilie ainsi la vision financière et la vision comptable de la valeur. En réalité la
question de la valeur couvre un débat plus large dans lequel finance et stratégie se complètent,
voire s’opposent.
1.3. Valeur financière / Valeur stratégique
D’un point de vue stratégique, l’analyse de la valeur d’une entreprise revient à évaluer son
aptitude à créer des avantages concurrentiels durables, soutenables.
Ces avantages sont créés en exerçant des activités en moindre coût par rapport aux concurrents
en sélectionnant un ensemble d’activités susceptibles de différencier l’entreprise. L’entreprise
peut donc être vue comme une chaîne de valeur autrement dit comme un ensemble d’activités
liées depuis l’achat des matières premières jusqu’au service après-vente. Parmi ces activités, on
peut distinguer :
Les activités dites principales (production, distribution, …) ;
Les activités de soutien (ressources humaines, système d’information,
administration et finance, etc.).
2
Il convient de souligner que cette nuance entre activité principale et secondaire s’efface de plus
en plus.
Relativement à l’approche stratégique, chaque activité qu’elle soit principale ou de soutien peut
créer un avantage concurrentiel. La compétitivité d’une entreprise provient alors d’une
meilleure maîtrise, d’une ou plusieurs activités principales ou secondaires ou alors d’une
meilleure efficacité pour gérer les relations entre ces différentes activités.
En outre, les avantages concurrentiels créent à partir de la chaîne de valeur dépendent de la
flexibilité stratégique de l’entreprise. Celle-ci étant le fait de capacité d’adaptation et
d’innovation.
La dimension stratégique de la valeur de l’entreprise se précise alors avec les notions des valeurs
concurrentielles et de valeurs organisationnelles, toutes deux concourant à ce que l’on peut
appeler la valeur substantive de l’entreprise.
La valeur concurrentielle renvoie à une réalité externe de la valeur substantive. Elle reflète ainsi
la capacité de l’entreprise à savoir exploiter les opportunités de son environnement tout en
évitant les menaces ou les caprices de cet environnement.
La valeur organisationnelle quant à elle renvoie à une réalité interne de l’organisation ou de
l’entreprise. Elle représente la valeur de ces ressources et de ces compétences qui sont autant
de forces ou de faiblesses dans l’entreprise lui permettant de s’adapter et d’innover. Ces
ressources sont hétérogènes non transférables et non substituables.
1.4. Valeur actionnariale / Valeur partenariale
La théorie financière présente souvent les actionnaires comme les seuls propriétaires de
l’entreprise ayant donc à ce titre un droit de regard exclusif sur la valeur crée par celle-ci. Les
actionnaires ont alors un statut de créancier résiduels alors que les autres apporteurs de
ressources humaines ou financières sont rémunérés à leur coût d’opportunité ; or d’aucun
peuvent considérés que ce sont des contributions de multiples parties prenante qui crée de la
valeur pour l’entreprise.
En référence à la chaine de valeur de Porter, celles-ci correspondent à l’ensemble des acteurs
en prise avec les activités principales et les activités de soutien de l’entreprise. En plus des
actionnaires, les autres parties prenantes sont : les salariés, les clients, les fournisseurs, les ONG
(l’Etat), les banquiers, les pouvoirs publics (reflets de l’exécutif). Ces partenaires ont une
3
conception propre de la valeur partenariale de l’entreprise à leurs yeux c’est-à-dire de
l’ensemble des caractères qui font apprécier l’entreprise indépendamment de sa valeur
actionnariale par chacune des personnes intéressées à sa bonne marche et qui fondent la
confiance qu’elle inspire.
Question : Est-ce que la théorie des parties prenantes est réaliste dans le cas des entreprises
Africaines ?
L’évaluation d’une entreprise doit prendre en compte la qualité des relations établie entre
l’entreprise et ses parties prenantes dans la mesure où ces relations exercent une influence sur
l’importance de la valeur créée par l’entreprise, la répartition de la valeur devient une question
essentielle parce qu’elle détermine la valeur créée dans le futur.
En réalité, la relation peut s’apprécier selon une approche contribution- redistribution ; ce
problème est donc de savoir si chaque partie prenante s’estime suffisamment rémunérée au vue
des investissements qu’elle réalise dans l’entreprise ; cependant, ces nièmes parties prenantes
ont des points de vue divergents sur ce que représente de la valeur dans leurs différentes
relations avec l’entreprise.
Quelques illustrations
L’entreprise crée de la valeur pour un client si elle vend ses biens ou services à un prix de vente
inférieur au prix d’opportunité que celui-ci aurait été prêt à payer au vue de l’utilité qu’il peut
en retirer. Ce prix dépend notamment des attributions du bien, des délais de livraison et de la
qualité du service après-vente.
L’entreprise crée de la valeur pour un fournisseur si elle lui achète des marchandises à un prix
supérieur au coût d’opportunité qu’il subit ; l’entreprise crée de la valeur pour de ses salariés si
elle rémunère avec un salaire supérieur au salaire d’opportunité. Autrement dit, le salaire
qu’exige le salarié pour poursuivre son investissement humain dans l’entreprise.
La question de la valeur peut être conclu en distinguant valeur et prix ; valeur et prix sont deux
concepts bien différents mais qui dépendent l’un de l’autre si le prix d’une entreprise est le fruit
d’une transaction négociés entre deux parties, son évaluation n’implique pas nécessairement
(qu’il y’ait) une transaction.
La valeur est d’avantage une possibilité de prix éventuellement discutée et révisée pour former
en suite le montant qui objective la valeur de l’entreprise lors de la mise en place d’une
transaction portant sur l’achat ou la vente d’une entreprise ; sa valeur dépend des projets
industriels ou financiers dans lequel elle s’inscrit. L’entreprise peut ainsi avoir une valeur
4
différente selon qu’elle reste la propriété du vendeur ou qu’elle rejoigne le portefeuille de
l’activité de l’acheteur ; acheteur et vendeur n’ont pas les mêmes perceptions quant à cette
valeur notamment lorsque les synergies sont attendues ou qu’un changement d’équipe est
prévu.
Les évaluations respectives vont permettre de définir l’intervalle de négociation du prix ; ce
vendeur n’aurait aucun intérêt à céder son entreprise à un prix inférieur à la valeur qu’il lui
attribut tandis que l’acheteur ne saurait proposer un prix supérieur à la valeur qu’il compte
obtenir du rapprochement de l’entreprise avec ces propres activités.
En réalité, il n’y aura de transaction que si la valeur pour l’acheteur est plus grande que celle
du vendeur.
5
1.5. La logique plurielle de la valeur
Valeur aux livres (comptable) : Valeur indiquée dans les états financiers ou les registres
comptables. Elle est généralement fondée sur le coût d’origine ;
Valeur subjective : Valeur qui représente un état d’esprit, une attitude favorable d’une
personne particulière ou d’un groupe de personnes à l’égard de ce qui est évalué ;
Valeur pour le propriétaire : Valeur subjective qui, en termes économiques, est
susceptible d’être égale ou supérieure à la juste valeur marchande du même bien. En
d’autres mots, il s'agit de la valeur d’un bien telle qu’elle est perçue par son propriétaire
en fonction des avantages qu’il lui procure ;
Valeur sentimentale : Valeur d’un bien pour une personne en raison de son attachement
sentimental à ce bien ;
Valeur réelle : Notion qui sous-entend qu’un bien peut valoir plus ou moins que ce que
son propriétaire pense qu’il vaut ;
Valeur d’investissement : Valeur d’un actif ou d’une entreprise pour le propriétaire ou
un acquéreur éventuel spécifique. Cette valeur prend donc en considération les
connaissances, les aptitudes, les perceptions de risque du propriétaire (actuel ou
éventuel) et le potentiel de l’entreprise à générer des bénéfices sous la direction de ce
dernier ;
Valeur marchande : Prix le plus élevé que le propriétaire d’un bien peut espérer obtenir
à la vente de ce bien selon les conditions prévalant sur le marché à la date de la
transaction ;
Valeur intrinsèque : Valeur hypothétique, basée sur le taux de rendement requis par les
investisseurs, en considération des conditions économiques et d’affaires prévalant ou
prévisibles à la date de l’évaluation, mais sans tenir compte des autres avantages ou des
économies d’échelle pouvant être accessibles à un acquéreur éventuel ;
Valeur de remplacement à neuf : Ce qu’il en coûterait à la date d’évaluation pour
reconstruire un bien à neuf ;
Valeur de remplacement dépréciée : Valeur de remplacement à neuf, amortie pour tenir
compte de la désuétude physique, fonctionnelle et économique du bien ;
Valeur en usage : Terme impliquant davantage la valeur utile d’un bien que sa valeur
d’échange (ex. : équipement fabriqué sur mesure). ;
Valeur d’exploitation (en continuité) : Valeur attribuée à une entité dans un contexte de
permanence de l’entreprise ;
6
Valeur de liquidation : Produit net de réalisation des actifs dans l’éventualité de la
liquidation ou de la faillite d’une entreprise ;
Valeur en bloc : Valeur de toutes les participations en actions dans une entreprise vue
comme formant un tout ;
Valeur proportionnelle : Valeur au prorata de la juste valeur marchande d’une entreprise
que l’on attribue à une participation en actions dans celle-ci. ;
Juste valeur : Expression utilisée par le législateur en matière d’oppression des
actionnaires minoritaires, non définie par lui, mais que la jurisprudence tend à rendre
équivalente à la valeur au prorata de la juste valeur marchande, sans déduction d’un
escompte pour intérêt minoritaire ;
Valeur de l’actif corporel net : Valeur aux livres de l'avoir des actionnaires, redressée
pour tenir compte de la valeur marchande ou de remplacement dépréciée des éléments
d'actif et après avoir éliminé l'écart d'acquisition, les autres éléments d'actif incorporels,
s'il y a lieu, ainsi que les actifs excédentaires (éléments d'actif non requis pour
l'opération de l'entreprise qui pourraient être liquidés et dont la valeur de réalisation
nette pourrait être versée sous forme de dividendes aux actionnaires (le levier financier
est également un actif excédentaire)).
Juste valeur marchande (JVM) : Le prix au comptant le plus élevé, exprimé en valeurs
ou en termes monétaires, disponible dans un marché libre et sans contrainte, négocié
entre des parties prudentes et informées transigeant à distance et non contraintes d'agir.