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Stare Ulice Marsylii

Dokument opisuje stare ulice Marsylii, które zostały zburzone w 1862 roku, aby stworzyć ulicę Imperialną. Wyjaśnia, że chociaż stara część miasta może dziś wydawać się brzydka i zaniedbana, odpowiadała potrzebom swojego czasu, z wąskimi ulicami z powodów obronnych, a Marsylia była wówczas jednym z głównych miast Europy.

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Stare Ulice Marsylii

Dokument opisuje stare ulice Marsylii, które zostały zburzone w 1862 roku, aby stworzyć ulicę Imperialną. Wyjaśnia, że chociaż stara część miasta może dziś wydawać się brzydka i zaniedbana, odpowiadała potrzebom swojego czasu, z wąskimi ulicami z powodów obronnych, a Marsylia była wówczas jednym z głównych miast Europy.

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Notice historique sur les

anciennes rues de
Marseille démolies en
1862 pour la création de
la rue Impériale / par [...]
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Fabre, Augustin (1797-1870). Notice historique sur les anciennes rues de Marseille démolies en 1862 pour la création de la rue Impériale / par Augustin Fabre,.... 1862.

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'wnCHHtSTOMQUE

li i~

LES ANCIENNES RUES

t)EM\MSt:)t.J.):.
NOTICE HISTORIQUE
.<t!B).M

ANCIENNES RUES
7~ DE MARSEILLE
<SPCO).C2AURt<iË'ELAATtO~
:eÉÈ~OKU~ itUtME~ÉRiALE

AUGUSTIN FMRE,

Cuti':t'iU<'r&!t!nictpRt,t'i<!f~~dc'aCt!mntt~if'!t~'A!'tt"ingi<
NOTICE mSTOHIQCË

SUR

JLuE
SjiO AfilN\uDiiFjiN~iMiljF0~
O
U
S
E
Ë
nR
DE MARSEILLE

HEitOUESEKiSO

)'OUR ),\ CREA'HON DE L\RUEtMPKh~LE.

La civilisation fait partout son œuvre et précipite


même ses progrès. Des embellissements de toute es-
pèce s'accomplissent au sein de nos cités populeuses,
et tout pousse à ces transformations successives et
rapides. Qu'adviendra-t-il du travail des générations
nous ont dans les de la vie so-
6

implacable dans ces changements matériels qui font


leur chemin en renversant tout ce se trouve
qui sur
leur passage. Aussi bien, leschoses du passé tombeot
pièce à pièce, et au train dont on y va il n'en restera
bientôt plus rien. Si le goût moderne s'en accom-
mode, la science historique en est désespérée, et ce
qui tait les délices des
maçons et des hommes d'affai-
res cause des déplaisirs mortels aux érudits et aux
archéologues.
Je n'ai pointd'objection à faire aux agrandisse-
ments qui s opèrent sur un sol nouveau où 1 esprit
contemporain s'épanouit avec bonheur. Mais les em-
bellissementsfaits par voie de démolition et de vio-
lence me serrent souvent le cœur. Je tiens mon
à
époque par toutes les facultés de monêtre, et cepen-
dant le culte du passé me captive et me possède. Ce
n'est pas à dire que je fraternise toujours avec les
et
temps anciens quej'en glorifie tous les actes. Loin
de là, car le souvent je les aime beaucoup plus
plus
souvenirs leurs mais ils
renfort de finances, plus de neuf cents maisons? On
transforme, il est vrai, mais on déforme aussi. Quoi

qu'il en soit, la cause est jugée en dernier ressort et


l'arrêt mis à exécution.
Le reste de la ville du moyeu âge et de la renais-
sance n'a qu'à se bien tenir. Les esprits prévoyants
ne s'y trompent pas. L'immense trouée àtravers cette
vieille ville annonce rapproche de démolitions suc-
cessives. L'impulsion est donnée rien n'y résistera
et comme tout va vite par le temps qui les
court,
beaux quartiers actuels de Marseille en seront bientôt
les vieux quartiers. C'est l'affaire de quelques années;
c'est le lot de nos petits-fils.
Et alors la métamorphose sera si complète que la
plus ancienne cité des Gaules aura l'aspect d'une ville
toute nouvelle.
Qu'était-ce donc qu'une ville de l'ancien temps? `~
Comment était-elle faite? Nul ne le saura.
On la trouve généralement bien laide et bien dé-
goûtante cette vieille Marseille; on a pour elle un
8

incontestables, nous rend quelquefois de mauvais


services. Les jugements fondés sur la seule compa-
raison entre une époque et une autre ne sont q~e des
erreurs quand ils ne savent pas tenir compte de la
diSérence des mœurs, des besoins, des idées et de
toutes les choses de la vie morale et matérielle.
J'admets que Marseille, avant l'agrandissement
opéré dans la seconde moitié du dix-septième siècle. 1
en exécution des lettres-patentes de 666, fut une
ville fort laide, si on la juge du haut de nos magnifi-
cences actuelles.
Aujourd'hui les cités franchissent
librement leurs anciennes murailles d'enceinte deve-
nues inutiles, et la population rayonne de toutes parts
dans son calme et dans son aisance. Il n'en pouvait
être ainsi autrefois; il fallait ménager l'espace pour
les besoins d'une bonne défense les rues étaient
étroites et mal percées. Mais ce mal, si mal il y avait, 1
n'était pas sans compensation de bien une invasion
à main armée ne s'y fût pas hasardée sans péril.
D ailleurs il y avait là un abri contre lesardeurs du
9

aspect. Détestable était aussi le pavé de Marseille, et


ce ne fut qu'en <639 qu'on s'occupa régulièrement
de son entretien annuel*; mais Paris, sous ce rapport,
était en arriè! Le pavage de ia capitale, commencé
en 133, sous Philippe-Auguste~, ne s'opéra qu'avec
une lentear éto'anante, et sous le règne de Louis XHÏ
la moitié des rues de Paris n'était pas encore pavées
Telle était la ville de Marseille
qui n'en passait pas
moins pour fort agréable elle tenait un des premiers
rangs parmi les plus belles et les plus importantescités.
L'auteur d'une chronique romane, parlant de la prise
de Marseille par les Aragonais, au mois de novembre
1423, fait l'éloge de cette ville*, et le restaurateur de
la poésie provençale, Louis Bellaud de la Bellau-
diére de Grasse, qui connaissait les com-
principales
munes de France, vint, en 1586, s établir à Marseille,

dëtit'ëration municipale du M novembre de la même année lit droit à cette

demande.
Ce ne fut que vers l'année t745 que les charrettes commencèrent à router
librement sur le pave de Marseille. Un sieur Jnttien s'en servit le premier pour
le transport des huiles des fabriques de Rive-Keuve. Les matières à l'usage
«)

« pour l'avoir trouvée de meneur séjour qu autre où


« il eût mis le
pied »
Aussi, nos pères en furent tiers. Non-seulement
ils purent vivre dans la cité de
vieille Marseille, mais
ils s'y plurent infiniment et en
ils caressèrent l'image
avec un amour patriotique. Leur existence s'y écouta
pleine de poésie; elle y trouva des émotions que
chasse loin de nous notre prosaïsme matériel tout
tardé de luxe et d'élégance. Le bonheur dont nos agi-
tations fiévreuses poursuivent le fantôme vint leur
sourire bien des fois au foyer domestique, ce foyer
qui alimente l'esprit de famille si fécond en vertus
moralisatrices, ce noble et saint foyer dont le charme
est perdu pour nos contemporains.
L'animation des affaires n'absorbait pas celle des
sentiments. Qu'avons-nous fait de tant d'usages hé-
réditaires de tant de joies innocentes et de tant de
coutumes Nos plaisirs ne sont plus que des
naïves?
grimaces cérémonieuses, et nos têtes publiques, pa-
rades sans élan, démonstrations vaines et froides,
tt

vement~d indicible réjouissance dans ces vieilles rues


où respirait avec une puissance merveilleuse 1 esprit
municipal qui maintenant ne donnepas signe de vie.
Des exercices gymnastiques fortifiaient la jeunesse.
Voyez les jeux de l'arbalète et de l'arquebuse; voyez
sur ies places publiques; en divers jours commémo-
ratifs, ces danses pleines d'entrain; voyez ces scènes
carnavalesques; voyez ces marches
processionnelles
des corps d'arts et métiers, faisant notter leurs dra-
peaux au vent et célébrant avec éclat leurs ietes pa-
tronales, tantôt à la clarté du soleil, quelquefois dans
la nuit à la lueur des torches. Entendez ces violons,
et ces fifres, et ces tambourins, et ces joyeuses fan-
fares, et ces chants mis à 1 unisson des coeurs.
Le tableau de ces fêtes m'entraînerait trop loin, et
je me borne à décrire la plus éclatante; c'est la course
du Capitaine de Saint-Victor.
Toute la noblesse de Provence y était conviée par
les consuls de Marseille, et 1 on accourait de toutes
les villes voisines pour assister à ce spectacle d'une
)

La veille du jourglorieux
du martyr, il i entrée de
la nuit, le cortège se mettait en marche, au milieu
des flots populaires. Les capitaines de quartier, à la
tête de leurs compagnies, tambours battant, ensei-

précédaient le capitaine de Saint-


gnes déployées,
Victor, armé de toutes pièces comme un chevalier du
un
âae, ? monté sur cheval
moyjen ?.? richement harnaché
et couvert d'un caparaçon de damas blanc, semé de
croix de tafetas bleu, aux armes du monastère qui
étaient à quatre bâtons en sautoir pommetés
d'azur
d'or, et t'écu de la ville dcMarseinesurtetout. Le

capitaine était entouré de six pages à cheval et de


douze autres cavahers portant chacun un flambeau
de cire b!anche. Puis venait une brillante cavalcade
de jeunes gentimommes formés en escadrons de cou-
leur din'érente, tous rivalisant d'élégance et de ri-
chesse dans leurs costumes et leurs armures. Chaque
avait à ses côtés deux il ses armes
gentilhomme pages

unuambeau ardent à la main. Le


etàsescouteurs,

capitaine de Saint-Victor saluait les dames qui se


–~3–
il traversait, toujours à cheval, le port sur un pont de
bateaux construit par le corps des patrons pécheurs,
et il se rendait à l'église de Saint-Victor pour assister
à la procession qui commençait à dix heures. Toutes
les magnificencesreligieuses venaient alors se dé-
ployer aux yeux d'un peuple avide d'émotions et de
spectacles. Les reliques du Saint étaient portées sur
les épaules de douze diacres, revêtus de leurs aubes
et de leurs dalmatiques, couronnés de chapeaux de
fleurs, et tenant tous une palme à la main, pour rap-
peler la gloire du martyr. Un trone s'élevait au milieu
du pont tout couvert de riches étoffes. On y plaçait fa
châsse du Saint pendant quelques instants, en vue du
port et de la pleine mer. Les prud hommes venaient
la sa!uer à la manière antique, avec leurs longues
et larges épées. des remparts
L'artillerie et celle des
galères y joignaient le salut de leur voix tonnante.
Les tambours, les trompettes, les cloches sonnant à
toutes volées, les acclamations des équipages, tout
formait un écho immense qui remuait les coeurs et
--44

procession le capitaine remettait t'étendard entre


les mains de abbé de Saint-Victor lui qui donnait
un grand festin auquel étaient invités les consuls et
les principaux personnages de leur suite C'était une
de ces fêtes comme on savait alors les faire, et comme
nos vieilles rues, tressaillant d'enthousiasme, en fu-
rent souvent le théâtre.
A voir ces rues qui serpentent comme au hasard,
il semble que chacunbâtissaità son gré dans l'inté-
rieur de la ville, sans suivre aucun alignement, sans
aucun système général de voirie. Cela n'est vrai que
dans une certaine mesure. Ptusieurs artères princi-
pales partagent la vieille ville en zones. La principale
est formée par la Grand'Rue, la place du Palais
celle des Augustines et la rue Caisserie jusques à la
place de Lenche. La seconde suitla ligne des rues
Neuve-Saint-Martin, Sainte-Marthe, des Belles-
Écuelles et du Panier, jusques aux Anciens-Treize-
Cantons près La Major. Une troisième artère, tou-
jours de l'Est à Ouest, se dessine, bien que moins
–~s–

la place Vi\aud et de rue la Lancerie fort courte au-

jourd'hui, mais qui allait jusqu'au bout du quai


avant son dernier élargissement. Une autre ligne
droite, tracée du midi au nord, traverse toute la
vieille ville cette qui s'étend
c'est de la rue de la
Loge jusques au boulevard des Dames, par la Bonne-
terie, la rue Négret et celle des Grands-Carmes.
La régularité de ces percements frappa Mansard,
architecte du Roi et neveu dugrand artiste de ce
nom, quand il vint à Marseille, au commencement
de t753. Consulté sur les moyens d'améliorer ta
vieille vitte, il proposa d'élargir les deux principales
artères cette dela Grand Rue et celle de ta rue Neuve-
Saint-Martin, chacune avec sa continuation. Il indi-
qua aussi divers embellissements dont l'exécution eut
changé ta physionomie générale des vieux quartiers'
Tout bien considéré,ces quartiers valent mieux
que leur réputation. Leurs maisons aujourd'hui ri-
dées, balafrées,noirâtres, abandonnées a la
vétusté
qui les ronge et dans lesquelles on ne fait rien
nut'acturiers ou fabricants, en tout sept cent soixante-
vouées à l'exercice plus ou moins
quatre personnes
du commerce et de l'industrie. H faut
important
celui de cinquante-six courtiers
ajouter à ce nombre
ce qui fait un chiffre total de huit cent
royaux
et l'on va voir comment il est réparti entre la
vingt,
vieille ville et les nouveaux quartiers
Vieille ville. touveauxquartier:.

260. 264
Négociants.
5 1
Banquiers
Manufacturiers et fabricants.. i7< 'tS
Courtiers. 0. 57

4M 367

Le tableau des professions libérales fournit le ré-


sultat suivant
Vieille ville. Nouveaux quartiers.

Avocats. 56 20
Notaires. 25 2
Procureurs. ~9 0

Médecins. 7 li
30 21
Chirurgiens.
-n

Lorsque la ville de Marseitte acquit, en !78~, !'em-


placement de l'arsenal, les habitants notables des
vieux quartiers craignirent qu'on ne transportât sm
Jes nouveaux terrains le Palais de Justice, la Bourse
et rHôte!-de-Viue. Ils s'émurent vivement, sollici-
tèrent de tous les côtés, et les lettres-patentes don-
nées par le Roi en cette circonstance assurèrent à la
vieille ville ces établissements stérile concession
faite à l'esprit et aux intérêts de l'époque; impuis-
sante mesure contre l'essor impatient de l'avenir.
H y a dansles noms des rues, pour qui sait bien
les lire et les comprendre, une foule de choses que
!e vulgaire ne voit pas souvenirs précieux, chroni-
ques attachantes, traits épars dont l'ensemble forme
le grand tableau que burine l'histoire; c'est l'im-
mense évocation de toutes les dépouilles de la
tombe; c'est l'écho qui nous rappelle la mémoire de
nos aïeux si souvent oubliée dans le bruit de nos
<tnaires et de nos passions.
Anciennement les dénominations des voies publi-
)8–

la demeure d'une
enseigne d auberge ou de cabaret,
fa mille en possession d'attirer les regards, le voisi-
d'un édifice public, un fait de notoriété plus ou
nage
moins bruyante, même la simple impression d'un
moment. On comprend que, dans cet ordre d'idées,
tout devenait mobile il y avait sans cesse des chan-
et la même rue portait souvent plusieurs
gements,
noms à la fois. Qui pourrait croire aujourd'hui que
)a rue Baussenque, l'une des plus anciennes et des
connues de !'ancienne Marseille, ait eu, pendant
plus
le nom de ~r~ ~inm~ ? II faut la
longtemps,
connaissance ta plus exacte du terrain historique et
l'étude la plus approfondie des détails pour ne pas
se perdre dans ces ténèbres où le fil conducteur peut
vacil-
se rompre à chaque instant, et où la lumière
tantc est toujours sur le point de s'éteindre. On ne
travail qu'a l'aide de l'examen
peut se livrer à ce
comparatif des actes publics et surtout avec le se-
cours des registres censes de nos divers établis-
sements communaux et Et
–)H

n'existe pas pour nous, nous ne comprenons rien à


leurs appellations. Cette remarque s'applique surtout
au règlement pour les recteurs de laMiséricorde de
Marseille à la date de1693, pour la distribution
des aumônes'. On y désigne toutes les ruesde la
ville; mais c'est un beau chaos, je vous assure.
Faites-moi donc le plaisir de me dire où est la rue
de Mademoiselle-d'Antoine; obligez-moi de m'in-
diquer celle du Messager de Grenoble, et les rues
Coquille, de la Sainte-Baume, de Villecrose, de
Parasol, de Massot, de Caze, de Crozet, de Tour-
nesi-Médecin, de Porrade, de Tison-Fournier et
vingt autres*. Quant à moi, je m'avoue vaincu, et
je jette ma langue aux chiens, pour parler comme
madame de Sévigné.
La révolution française, dramatique mélange d'hé-
roïsme et de forfaits, fut très-grande pour certaines
choses, bien petite pour d'autres, et dans quelques
circonstances, sa petitesse alla même jusqu'au ridi-
cule, vice impardonnable dans la patrie de Rabelais
–so–

!a Ville SWM ~OM. Dieu tout-puissant! Dépcndait-it


de quelques misérabtes de supprimer un nom dont
J'influence civilisa la Gaule, un nom que Cicéron et
Tacite ne prononcèrent qu'avec respect, un nom res-
plendissant qui, dans le chaos féodal, s'éleva comme
le symbole des libertés communales?
Les novateurséprouvèrent aussi le besoin de
changer la dénomination de toutes nos rues en pre-
nant les nouveaux noms dans l'histoire de la Grèce
et de Rome, dans le vocabulaire des instruments
d'agriculture et des produits de la terre, dans 1 é-
nonciation de quelques vertus civiles et de quelques
qualités guerrières. Des mots de pure fantaisie vin-
rent compléter ces emprunts.
Mais parmi les héros dont les puissants du jour
firent choix, on ne s'attendait guère à trouver Li-
bertat oui, Libertat qui replaça Marseille sous le
pouvoir royal au moyen d'un assassinat commis
pour de l'argent et pour des places avantageuses. Des
"es malfaisants qui marchaient comme les égaux des

grands hommes de ces beaux siècles, parce qu'ils


s'affublaient de leurs costumes mis tout de travers.
Le propre des fléaux est ne
de durer
pas longtemps,
et le sens commun eut son retour. Après ce grand
naufrage, les bons fruits de la révolution furent

poussés sur un rivage tranquille par les flots apaisés,


et les abus de l'ancien régime, toutes les choses que
condamnaient les lois de la raison et du progrès vé-
ritable restèrent au fond de t'abîme. Les saines idées
d'administration régnèrent à la place des utopies qui
s'étaient noyées dans le sang. La ville de Marseille
reprit son nom, et l'on rendit un peu plus tard à ses
rues ieurs dénominations précédentes.
Tout nom de rue a raison
sa d'être, et tout chan-

gement est presque


officiel toujours un non-sens

quand il n'est pas un contre-sens' Les anciens noms


forment avec l'histoire un corps indissoluble, et l'his-
toire n'est-elle pas inviolable? Faut-it donc la chan-
nos convenances et l'appro-
_g~_

qu ils expriment. Le nom Rompe-Cul avait été donné


à ta rue la plus raide et la plus glissante de la vieille
Marseille. Le mot étaitvrai, pittoresque, énergique,
et il n'était pas plus inconvenant qu'une foule de
mots analogues qu'on emploie bien des fois sans ré-
veiller des idées déshonnétes'. La pudeur municipale
s'alarma pourtant de ce nom innocent et on lui subs-
titua celui de Beauregard qui fait tout l'effet d'une
mauvaise plaisanterieet d'un mensonge mystificateur.
Quelques habitants de Marseille, dans le dernier
siècle, avaient l'habitude de se promener à la de
porte
la Madeleine où l'on se donnait rendez-vous, et
comme ceux
qui en attendent d'autres ressemblent
toujours à des oisifs, on les appela thinéants. Ce nom
fut donné par extension à laporte et à la place. Cette
promenade, ces rendez-vous, cette appellation, for-
maient l'un des traits de nos mœurs locales. Mais que
faire aujourd'hui de pareils traits? Bien des personnes
2:3

pensent que le peuqui en reste est encore de trop, et


le mot de fainéant fut proscrit comme une personna-
lité injurieuse. Si au moins on avait laissé à la place
son ancienne dénomination de la Madeleine mais
on la réputait trop vieille il en fallait unautre, et le
nom des Capucines, emprunté aux allées voisines,
parut plus convenable. On épargnait ainsi des frais
d'imagination et tout le monde ne peut pas faire cette
dépense.
Une enseigne d'auberge sur laquelle deux jeunes
filles étaient peintes fit donner le nom des Pucelles à
la rue où cette auberge exista longtemps, il n'y avaitil
rien là que de fort naturel et de conforme à l'ancien
tangage. Les habitudes marseillaises avaient adopté
ce nom et fallait
il avoir l'esprit mal fait pour y trou-
ver sens ironique et malséant. Ne dit-on pas la
un
PMC~e d'Orléans? Qu'y a-t-il à reprendre à t'appet-
lation de cette héroïne, type glorieux du dévouement
et du sacrince? La rue des Pucelles est aujourd'hui ta
rue C'est pour la France un beau nom de
--24–

mots, c'est que nos pères les eurent sur leurs lèvres
et que ces mots rappellent des choses toujours chères
quéchauue l'amour du sol natal.
On exprima de singuliers désirs en 1847. Les noms
de plusieurs rues de Marseille eurent le malheur de
déplaire à quelques hommes, peu Marseillais d'ail-
leurs, qui demandèrent un changement, et le maire.
Elysée Reynard ne put s'empêcher de former pour
ce travail de révision une commission municipale qui
se mit aussitôt à l'oeuvre.
Puisque le nom d'un administrateur d'élite vient
de se placer sous ma plume qu'on me permette,
maintenant qu'il n'est plus, de consacrer quelques
lignes à sa mémoire.
A trente ans, à cet âge où la plupart des hommes
cherchent encore une position, Reynard représenta
Marseille à la Chambreélective. Esprit net, correct,
pénétrant, un peu sceptique comme tous les penseurs,
il se fortifia dans l'étude des grandes affaires et dans
_R__

Reynard, sans être doué de l'éloquence de la parole


et des formes qui produisent de grands effets, avait
celle du jugement droit, de l'intelligence pratique et
de la raison persuasive, celle qu'un esprit plein de
distinction sait puiser dans la saine appréciation des
choses et dans l'exacte connaissance des hommes.
II semblait bien des fois aller à l'opinion des autres,
et il exerçait l'art d'amener les autres son à opinion.
Cachant un cœur chaud sous des dehors froids, il fut
toujours fidèle à l'amitié. II tomba avec la monarchie
de juillet, mais il sut, lui, tomber avec noblesse, et
il emporta dans sa retraite, avec l'estime de la ville
entière, sa foi politique qu'il conserva sans faiblesse,
comme sansbruitet sans jactance. Loin des clameurs
et des intrigues des partis, il cultiva les lettres qui
calment le murmure de nospassic et nous conso-
lent de l'injustice de nos semblables.
Il posséda ce

qui couronne le mieux une vie honorable et labo-


rieuse, le repos et la dignité.
Reynard avait eu le tort de prendre part, en < 847,
–26–

les souvenirs, lesquels mêmes'effacent bientôt, si des


écrits fidèles ne les transmettent d'âge en âge. Enfant
obscur mais dévoué de Marseille, c'est votre histoire
dont je vais essayer d'écrire quelques pages le patrio-
tisme les dicte et lui seul soutient ma faiblesse dans
ce difficile labeur.
–87–

RUE FONTAINE SAINTE-ANNE.

Cette au quatorzième
rue s'appelait, siècle, de la
Chandellerie-du-Temple, ~a CaM<MarKK~ Tc~p~e 1,
parce qu'il y avait des fabricants et des marchands
de chandelles, et que la maison des Templiers était
dans le voisinage. En 1684 on la nommait encore de
la Chandellerie 2.
Au moyen~âge, chaque industrie se cantonna dans
certains quartiers; c'est ce que l'on vit à Aix~, à Avi-
gnon*, à Montpellier 5 dans la plupart des cités im-
portantes. Les mêmes idées, les mêmes travaux et les
mêmes besoins opérèrent, chez des hommes unis par
l'esprit de corps, ce rapprochement d'habitation au-
-8–
Marsei!!e dans les mêmes rues qui durent !eurs déno-
minations à ce cantonnement d'arts mécaniques. Tels
furent les noms de Blanquerie, Cuiraterie, Triperie,
Bouterie, Giperie, Caisserie, Bonneterie, Cordelle-
rie, Lanternerie, Fusterie', Draperie~, AuriveHerie",
Pétisserie*, et bien d'autres encore que jepasse sous
silence.
la Chandellerie.
Telle fut aussi rue
A Marseille, temotca~de~WM~~ candelier, s'ap-
pliquait aussi bien au marchand qu'au fabricant de
chandelles, et le mot chandelles, quand il n'étaitsuivi
d'aucune autre désignation, signifiait aussi bien des
chandelles de cire que des chandelles de suif. Les
mots cierge et bougie n'étaient pas connus.
Comme tous les apothicaires de Marseille vendaient
des chandelles de cire, les marchands de ces chan-
delles étaient quelquefois nommés apothicaires5, et il
n'y avait pas entre ces derniers et tes épiciers une
t en provenez), menuisier ou Larut de la Fus-
Fustier, signifie charpentier.
terie était celle des Fabres d'aujourd'hui.
–29–

ligne de démarcationbien distincte, i épicier propre-


ment dit s'appelant apothicaire, et l'apothicaire pre-
nant le nom d'épicier.
Dès le treizième siècle, il v eut à Paris la corpora-
tion des marchands de chandeites de cire et celle des
marchands de chandelles de suif. mé- Chacun de ces
des
tiers eut statuts particuliers et marcha sous une
enseigne dioérente'; mais d'après ce queje viens de
dire de la iabrication et de la vente des chandeiïes de
cire et des chandelles de suif à Marseille, il est facile
d'en induire qu'il n'y eut dans cette ville qu'un seul
corps composant les deux industries. En 1243, l'un
de ses prieurs s'appelait Massetenis\
Les choses qui sont aujourd'hui à F usage des for-
tunes les plus modestes n'étaient, au moyen âge,
qu'au service de l'opulence. En nos jours de richesse

publique, le plus petit connaît mieux les


bourgeois
commodités de la vie que ne les connaissait le plus
riche seigneur des âges féodaux.
La cire était un de luxe. En t année 047
30

prétait en Provencequ'à l'usage des égtises' encore


n'y employait-on que fort peu de cierges. Il n'y en
avait que quatre au maître-autel, les jours des plus
grandes fêtes, et en temps ordinaire on y allumait
deux !ampes*.
Au quatorzième siècle, la cire coûtait à Marseille
plus de six marcs et demi
d'argent le quintaP.
Des titres du treizième siècle citent, parmi les fa-
bricants ou marchands de chandelles', Pons, Ram-
baud, Hugues, Guillaume d'Acre*, et le prieur du
corps dont j'aidéjà parlé. On voit, dans le siècle sui-
vant, Pons Duranti, Antoine et Guillaume Boniface,
Albert, Jean Castellan, Ëtienne Thabace, Barbesante,
Simonin, Hugues Étienne, Jean Boyer, Bertrand Bur-
gondion, Raimond VoHan\ Plusieurs membres d'une
famille Roberti, originaire d'Aix, exercèrent à Mar-
seille le même métier dans le quinzième siècle7.

t Depping, Histoire du Commerce entre le Levant et l'Europe les


depuis
Croisades jusqu'à la fondation des colonies d'Amérique, t. p. 290.
--34–

Tous ces industriels n'habitaient pas la rue de la


Chandelleric quelques-uns s'étaient établis dans di-
vers quartiers de la ville. Une marchande renommée,
Silète d'Aubague, vendait ses chandelles vis-à-vis la
porte de l'église inférieure des Accoules, entre les
années 370 et 380 et, quelques années après,
Philippe Cotrad se fixa au même lieu. Ce fut devant
les établis de Silète et de queCoirad
les juges de Mar-
seille vinrent siéger en pleine rue, ob do?MMKM*MM
~OMM<arM~ rcuereM~aw*. Dans le moyen âge, la
justice, en règle générale, n'était pas, à Marseille,
rendue publiquement. Mais quand des femmes hon-
nêtes étaient en cause, les magistrats s'installaient sur
la voie publique, et jugeaient cora?M populo. C'est
une des coutumes les plus curieuses de Marseille.
L'administration locale ne
manqua pas de régle-
menter l'industrie des fabricants et marchands
des de
chandelles. On peut citer les ordonnances de police
du 2t juin 323 et du janvier ~332~, ainsi que
le statut municipal du ~3 octobre ~334 Les délibé-
–32–

477, cherchèrent à réprimer les fraudes Le 30


no-
vembre ~534, ta ville de Marseille paya à Jean Sa-
gnier neuf florins et neuf gros pour soixante-dix-huit
livres de chandelles à l'occasion d'un bal qu'elle
donna à la Loge'
J'ai dit qu'en 684 la rue dont je m'occupe por-
tait encore le nom de Chandellerie, quoiqu'il n'y eût
plus de marchands de chandelles. Ce ne fut dans
que
le dix-huitième siècle qu'on appela Fontaine-Sainte-
Anne. D'où lui vint le nouveau nom? Est-ce parce
que la fontaine qu'on y construisit avait pour orne-
ment l'image de la Sainte? Les preuves manquant,
c'est ce qu'on peut dire de plus vraisemb!ab!e.

Registre contenant des detibërations municipales de iM9 à 1485, second


cahier, fol..33, M et 93, aux mêmes archives.
~BuH&te du 30 novembre <534 dans le Bulletaire de t526 à t539, aux m&mfs
archives.
--33

RUE DES ALFIERS.

Les ouvriersen sparterie s établirent a la rue des


AM~ Cette industrie n'était pas sans quelque im-
portance a Marseille, dans le quinzième siède, et !e
conseil de ville eut à s'en occuper. Aux élections du
20 juin 1474, il nomma deux commissaires ~pcr
facto a~. ï! ne paraît pas cependant qu'à une épo-
que où tous les industriels, tous les artisans, je dirai
même tous les habitantsde la ville de Marseille étaient t.
divisés en corporations ou confréries, les auners en
aient formé une je n'en ai du
vu moins aucune trace.
Comme cette rue était proche l'ancienne maison
des Temptiers, à peu située
près où setrouve aujour-
–:j~–

sans doute beaucoup plus ancien; et plus tard on


rue du Temple, des Tem-
appelait indistinctement
pliers, de Saint-Augustin. Dans le seizième siècle, un
autre nom prévalut, en concurrence toutefois avec
celui des Templiers. On l'appela d'aou t~a< deM
ruisseau
CoM~OM~o. C'est qu'il y avait là un grand
ou fossé dans lequel, en temps de pluie orageuse, la
violence des eaux entraînait les produits et surtout les
citrouilles des jardins les plus rapprochés de la ville.
<e fossé, qui n'était probablement qu'un de ces ré-
servoirs nommés barquious qu'on avait établis, dès
ic quatorzième siècle, à l'entrée de plusieurs rues
donnant sur le port, pour empêcher l'encombrement
du bassin' gênait la circulation et répandait une
odeur infecte. En ~559, les habitants des maisons
voisines présentèrent aux délégués municipaux* une
le
requête « aux fins de faire couvrir et fermer vallat
« de Cogorde, attendu les escandales et inconvé-
« nients que tous les jours surviennent, mesme aussi
« la grande puanteur et immondice que l'on geste
–35–

seur et des intendantsdu port, pour qu elle reçut


une solution conforme intérêt
a public'; je ne sais
quelle en fut la suite.
Un propriétaire un
de cette rue avait chez lui buste
d'Henri IV qu'il tint caché pendant tout le temps de
la Ligue, mais le < 7 février596, au moment ou
de
la mort de Charles Casaulx réduisit Marseille sous
le pouvoir du Roi, les royalistes prirent l'écharpe
blanche et se livrèrent à des transports d'enthou-
siasme. Le possesseur du buste du monarque l'ex-
posa sur sa fenêtre, et les passants applaudirent aux
cris de Vive le Roi 1 Ce propriétaire plaça ensuite au
coin de sa maison le buste avec cette épigraphe au
bas de la console M~ ~tpMMc~. Quelques per-
sonnes donnèrent dès-lors à la rue le nom d'Henri IV.
Dans le dix-huitième siècle, comme le buste était
tout-à-lait dégradé, le nouveau possesseur en fit
faire un autre, vers l'année 1770, par le sculpteur
Icard de l'Académie de peinture et de sculpture de
Marseille*.
36

des fut presque généralement


Aufiers adopté et
qu'on donna celui des Templiers à la rue lequi porte
aujourd'hui, et dont l'ouverture n'est pas très-
ancienne. Ce n'est pas à dire que les fabricantset
marchands de sparterie ne fussent établis depuis

longtemps dans la première de ces rues mais elle


conservait ses anciennes dénominations. On sait qu'il
est dinîcite de changer les vieilles habitudes populai-
res, et que les noms survivent toujours aux choses
qu'ils rappeHent.
En 788, on démolit une maison à if rue des
Aufiers pour sa communication directe avec la Cou-
tenerie. Cette maison à un bourgeois
appartenait
nommé Raimond Bovignan, qui reçut de la ville
vingt mille six cents livres d'indemnité.
On voit ce nom des Aufiers dans le règlement des recteurs de la Miséri-
corde, MMMiHe. 1693.–Voyez le registre E E des censes et directes de FHote)-
Dieu.- En f?M, quelques personnes donnaient encore à la rue des Aufiers
le nom d'Henri tV. Voyez Grosson, Almanach de 178~ p. M4.
ï
Voyez tes articles du M octobre f?M, 26 janvier t789, 13 juillet et 18 dé-
cembre de la même année, dans le registre du contrMa des mandats de paie-
–37--

RUE COUTELLERIE.

Les couteliers occupèrent, en grand nombre, cette


rue qu'on appelait Cordurarie en 438 on lui voit,
en ~SOS, le nom de Cotelarie' qu'elle portait avant
cette époque, selon toutes les apparences.
En <789, quelques couteliers travaillaient libre-
ment sur les places publiques de Marseille, tant les
lois de police et de voirie étaient alors tolérantes et
faciles. Le corps des maîtres couteliers. de cette ville
demanda, dans son cahier des doléances, qu'on ne
pût travailler qu'en boutique. Ce corps avait alors
pour syndic le sieur Dubois, et pour adjoint le sieur
–39–

une maison en <738* et une autre maison l'année


suivante*. Elle fit aussi
divers
coupements de 1773
à t79<, en achetant des maisons qui appartenaient
au chevalier Marin de Cararrais, au bourgeois Louis
Antelmy, au maître fondeur Barthélémy, à l'orfèvre
André Sallony, et à l'ancien courtier Jacques Don-
nadieu~.
La révolution arrêta le cours de cette régularisa-
tion, et le commencement de la rue Coutellerie con-
tinua de rester très-étroit et
très-disgracieux. Le
conseil municipal de Marseille, par délibération du
~3 mars < 84~, en vota l'élargissement, et les travaux
commencèrent quelque temps après. Le maire
M. Consolat, esprit de sage et
les accéléra avec cet
prudente impulsion qui caractérisait tous ses actes.
La ville y dépensa 42S, 000 francs.

Arttcte du 2 septembre t738 dans le BnUeta4re de 1738 à ms, aux archiver


de la ville.
Article du 3 avril 1739, dans le même Bulletaire.
s Registre du contrôle des mandats de paiement de l'!Tt t7T7.– Antre
dn contriHe des mandats de t788 à 1792, aux architM de
39

RUE DU JLGE-m-PALAIS.

Le nom de cette rue rappelle l'ancie"t!<' organisa-


tion judiciaire de Marseille.
De toute ancienneté, cette ville eut deux juges
nommés, chaque année, par le conseil municipal.
Sous le régime des podestats, la nomination appar-
tint à ces premiers magistrats de la république mar-
seillaise et elle revint à l'assemblée communale en
vertu des chapitres de paix de 1257.
À dater de cette époque, il y eut à Marseilleun
troisième juge dont la charge, aussi annuelle, fut
40

? bâton du roi dans les conseils de ville et, dans les


«''remontes publiques'.
Quelques actes officiels donnent au juge du pa-
iais de Marseille le titre de ~M~c.x;major, pour le
distinguer des deux juges communaux. Ce titre si-
ici
gnifiejuge principaL le premier des juges mais
il faut bien se garder de dire~M~Ma~e, car on bou-
leverserait par cette appellation toutes les notions
historiques et judiciaires. I! n'y eut jamais qu'un seul
juge mage. Ce magistrat, d'une position beaucoup
plus élevée que celle de juges locaux, siégeait à Aix,
et sa juridiction s'étendait sur toute la Provence; il
n avait au-dessus de lui que le grand sénéchat, véri-
table vice-roi qui tenait en ses mains politique,
la la
législation et les armes.
Le juge du palais devait être étranger à Marseittc
il MIait au contraire que les deux juges communaux
fussent choisis parmi les avocats en exercice dans
cette villes. Dès le commencement du seizième siècle,
ton de ces deux juges d'élection municipale fut ap-
n unités'.Ce magistrat, d institution royale et tou-
jours étranger à Marseille, n eut aussi qu'une charge
annueUe il jugeait les appels contre les jugements
rendus par les trois jugespremière
de instance. Une
sentence attaquée par lavoied'appei était considérée
comme nulle, et voilà pourquoijugele des appella-
fut des nullités.
tions le aussi
Cette
judicature des appellations fut réunie à la
sénéchaussée de Marseille lors de son établissement
en !535'.
Les tribunaux de Saint-Louis et de Saint-Lazare,
supprimés en 1367 rétablis en 138~ encore sup-
primés en t660 et reconstitués l'année suivante'
cessèrent d'exister au mois d'août ~70~, a l'institu-
tion de la nouvelle sénéchaussée a laquelle ils furent
incorporés~.
U ne faut pas prendre dans son acception littéralement rigoureuse le mot
de pMmtefes appellations et croire qu'il y eut, pour Marseille, une seconde voie

d'~ppe). Le juge, dit des premières appellations, jugeait souveramement, et


tes MarseittaM, en vertu de leur de nutt e.tb'a/K'itdo, devaient voir
privilège >
toutes les anaires civiles et criminelles se terminer chez eux.
<
–42--

Quant à la charge de juge


du palais, elle subit de
plus grands changements'. Dans le seizième siècle, le
roi, aliénant son droit de nomination directe, permit
à la ville de Marseille de lui présenter annuellement
trois candidats jurisconsultes parmi lesquels il fit son
choix Cette judicature fut supprimée en 067,
comme celles de Saint-Louis et de Saint-Lazare, et
réunie, comme elles, à la
première sénéchaussée
rétablie en <58<, elle devint à vie, puis encore an-
nuelle, puis érigée en titre d'office perpétue! et héré-
ditaire moyennant six cents écus au profit du roi.
Ennn les motifs qui firent prononcer en < 70~ ta sup-
pression définitive des tribunaux de Saint-Louis et de
Saint-Lazare, entraînèrent aussi la chute de celui du
du
jugepâlais. L'intérêt public commandait l'aboli-
tion de ces trois judicatures inférieures qui ressortis-
saient de la sénéchaussée de Marseille et formaient
un degré de juridiction sans caractère d'utilité.
L'office héréditaire de juge du palais de Marseille
du dix-
–43–

1624, en faveur de son fils François Les consuls


<te Marseille s'opposèrent à l'installation du nouveau
juge, attendu que l'hérédité judiciaire était une nou-
veauté contraire aux libertés, aux statuts et aux cou-
tumes de la ville de Marseille. François de Foresta
le
cita cette ville devant conseil privé du roi, en dé-
boutement de l'opposition, et le conseil municipal,
délibérant d'y persister, chargea les consuls de don-
ner à Leroux, député de la ville à Paris, toutes les
instructions.et tous les titres pour une bonne défense*.
Le conseil du roi ne s'arrêta pas à l'opposition de la
ville de Marseille, et François de Foresta, après avoir
exercé sa judicature pendant plusieurs années, la
transmit à son Jean-Paul.
fils Tous ces Foresta furent
des magistrats du plus grand mérite leur famille
possédait encore la charge de juge du palais au mo-
ment de sa suppression en 7 M.
Sa maison d'habitation étaitsur le quai du port,
au coin dela rue qui fut nommée du Juge-du-Palais~,
et était alors ne l'est
–44–

PLACE DU CHEVALIER-ROSE.

La ville fit cette place en t84t,


petite lorsqu'elle
élargit la rue Coutellerie et le maire, M. Consolât, 7
fut très-bien inspiré en lui donnant un nom cher aux
amis de l'humanité et aux admirateurs du courage
et presque toujours plus
civil plus difficile utile que
la valeur montrée sur les champs de bataille,'dans
un moment de bruit et d'ivresse. Rien de commun
plus
que les soldats intrépides rien de plus rare que les
grands citoyens.
La peste de Marseille, en !T20, fut un des événe-
ments les plus mémorables de lapremière moitié du
–48-

ofHcielle leur imposait des obligations périlleuses, et


la religion du devoir les poussait dans les voies du
sacrifice; rien n'obligeait le chevalier Rosé. Libre de
toutes fonctions publiques, il pouvait ne penser qu'à
sa sûreté personnelle, sans encourir aucun blâme, et
il paya une dette qu'il ne devait pas rigoureusement;
il ne s'épargna pas, et son abnégation fut sublime. Il
affronta en volontaire la mortsous ses formes les plus
hideuses, et fit de l'héroïsme en amateur.
Gloire à son
nom Honneur éternel à sa mémoire
–46--

RUE DES QUATRE-TOURS.

À Feutrée de la rue qui porta plus tard le nom de


Beisunce on voyait un grand édifice aux formes de la
renaissance, isolé et formant une île. Comme il était
flanqué d'une tour à chacun de ses quatre angles, on
l'appela la Maison des quatre tours. C'était l'hôtel
deValbelle.
Bien peu de familles provençales pouvaient riva-
liser d'illustration, d'influence et de richesse avecta
maison de Valbelle au
dix-septième siècle; elle
comptait dans son sein hauts
de personnages du par-
lement d'Aix, des de de t'armée,
–47–

flatteurs qui accablent de leurs adulations la fortune


et la puissance. L'esprit le plus investigateur et le
plus patient s'égare et se trouble au milieu de ces re-
cherches qu'environnent tant de ténèbres. Si laphi-
losophie de l'histoire doit commencer par un scepti-
cisme éclairé, le doute est surtout permis quand il
s'agit du berceau des races illustres, lesquelles glis-
sent sur la pente rapide des erreurs qui les séduisent.
Qui ne sait que la plupart des généalogistes sont leurs
complices, et que les faux titres abondent? Voltaire
ne croit pas quatre filiations d'avérées avant le trei-
zième siècle', et nos vieux historiens provençaux ne
marchent qu'en tremblant dans l'obscur labyrinthe
ou l'on place le commencement des
premières fa--
milles du pays, semblables aux grands fleuves dont
on ignore la source, et qu'accroissent sans cesse une
foule de petits ruisseaux*.
L'une des quatre branches de la de Valbelle
famille
florissait à Marseille. Barthélémy, l'un de ses mem-
bres, après avoir embrassé l'état ecclésiastique, s'en
–48–

ploi étaient considérables*.


Barthélémy de Valbelle
s'en démit en faveur de sonfils Antoine, sieur de
Montfuron, que le roi nomma à sa place le 8 dé-
cembre ~625~
Antoine de
Valbelle exerça une grande influence
dans les affaires de Marseille, au milieu des troubles
qui t'agitèrent sous legouvernement du comte d'Alais.
Ce magistrat avait des habitudes de grandeur et d'o-
pulence qu'il savait mettre en scène avec une aisance
naturelle, une délicatesse de manières, un tact exquis
et un bon goût qui s'éloignaient tout à la fois de la
morgue aristocratique et de la famiharité plébéienne.
C'était un charme fascinateur.
Les hautes existences et les
grandes renommées
sont souvent menacées par des inimitiés jalouses et
par des passions pleines d'audace. D'ailleurs la lutte
entre le parlement d'Aix et le comte d'Alais, gouver-
neur de Provence, laissait encore des traces de dis-
corde, et l'apaisement des esprits n'était pas complet.
Le 27 septembre <65~, vers six heures du matin,
–49–

qu un de ses amis lui envoyait, selon le dire du mes-


sager. Des rubans ornaient cette cassette qui exhalait
les parfums les plus odorants. De Valbetle craignant
que sa femme n'en fut incommodée, sortit de la
chambre et s'empressa d ouvrir la boîte sur unbal-
con donnant dans une cour intérieure. C'était une
machine infernale
qui éclata soudain; mais au pre-
mier éclair, de Valbelle la jeta dans la cour où les
balles tirent tout leur etR't il n'en fui que légèrement
Messe a la main et au visage. Une vive émotion régna
aussitôt dans la vitte. Peu de temps après, teroi
amnistia tous les auteurs des troubles àMarseille
mais il fit une exception pour le crime atroce dont je
viens de parler, et qui resta couvert d'un impé-
voile
nétrable'.
L'hôtel des Quat ré-Tours avait un riche ameuble-
ment, des tapisseries magnifiques, les créations di-
verses du luxe et des beaux-arts. H n'était alors égaie
que par celui de Mirabeau à la place de Leuche. Le
lieutenant en l'amirauté reçut dans sa rési-
–M–

des Quatre-Tours, en ~655, et fut enseveti avec


pompe dans la Chartreuse de Marseille, où il avait
élu sa sépulture, et où il avait fait construire une cha-
pctte. Aux jours de sa jeunesse, ce magistrat avait
perdu un œit dans un combat singulier contre un
gentilhomme dont le ne
nom nous est pas connu, et
qui fut tué sur le
coup'.
Léon de Valbelle, marquis de Montfuron, fut
pourvu, après la mort de son père, Antoine de Val-
betle, de la charge de lieutenant en l'amirauté de
Marseille, par lettres patentes du roi données à Paris
le 20 décembre ~655.
On sait la que reine-mère et toute la
cour de
France accompagnèrent Louis XIV à Marseille, en
1660. La reine-mère descendit chez Léon de Val-
bette*, qui put la recevoir avec tous les honneurs
dignes de son rang.
Quatre ans après, il fut aussi donné à un prince
de l'église de voir, dans des circonstances remarqua-
bles, toutes les magnificences de lamaisonVal-de
–at

plus grands honneurs. Flavio Chigi, débarque à Mar-


seille, le mai ~664, dans tout l'éclat des fêtes, y
fut complimenté par le duc de Mercœur, gouverneur
de Provence, et vint descendre en carrosse dans
l'hôtel des Quatre-Tours, où le duc avait aussi ac-
cepté le logement offert par la famille de Valbelle.
Devant la porte principale s'élevait un arc de triom
phe, et l'on avait de plus planté un mai couvert de
branches de myrihe et de laurier. Le viguier de Piles,
les échevins Boutassi, Calaman, Delorme, Roboly,
et l'assesseur Descamps, qui avaient déjà présenté
leurs hommages au légat, a son débarquement, s em-
pressèrent de le féliciter de nouveau dans le grand
salon de l'hôtel, où se présentèrent aussi l'évoque, le
clergé, les divers magistrats et bien des personnages
de distinction. Les quatre compagnies de quartier,
commandées par.le major de Cros, à cheval, déniè-
rent devant l'hôtel, au son des fifres et des tambours.
Cette troupe fit plusieurs décharges de mousqueterie,
les enseignes saluant avec les drapeaux, les capitaines
–52–

neuf couverts. Le légat avait à sa droite le duc de


Mercœur les autres convives étaient des prélats et
des seigneurs romains la
de suite du cardinal. On
dressa, dans une autre salle de t'hôtet de Valbelle
une table de soixante couverts pour tes autres sei-
gneurs, gentithommes et ofliciers qui accompa-
gnaient le neveu du pape. Les gens de service infé-
rieur furent traités en même temps dans diverses

pièces de l'hôtel.
Après le dîne, on introduisit tes prud'hommes des
patrons pécheurs, Et ienne Chataud, Jean Chaury,
Chartes Fabron, Jean Beaulieu, suivis d'un grand
nombre de patrons. Une compagnie de mousquetaires
formée dans leur corps les avait escortés jusques à
t'hôtel des Quatre-Tours. Les quatre prud'hommes
en exercice avaient leur costume de cérémonie, con-
sistant en un corset, un haut de chausse, une fraise,
un manteau, des pleureuses, une toque de velours
noir'. Ils portaient sur l'épaule une longue et large
–53–

A~con~'c qui venait d'entrer dans le port. Le car-


dinal ordonna quon allât, sur 1 heure, délivrer le
pauvre captif. La joie et la reconnaissance des pru-
d'hommes
n'y
tinrent plus, et ils se prirent à répéter
La benedictien de Diou vous ~CM~MC; ils levaient
!es mains en disant ces mots. FlavioChigi, se tournant
vers le duc de Mcrcoeur, lui dit « Ces bonnes gens
« m'ont donné leur bénédiction il est bien justeque
« je leur donne la mienne » et c'est ce qu'il fit a
l'instant.
Je n'ai maintenant qu'à laisser parler François
Marchetti, l'historien naïf de ces fêtes dont il fut le
témoin. « Madame la lieutenante de Valbelle* crut
« que M. le légat logeant dans sa maison, elle estoit
« obligée de ne diSérer pas davantage à luy faire la
« révérence. Elle y fut avec madame de Valbelle, sa
« belle-fille, les dames de la Salle et de Bonneva!, ses
« filles, et quelques autres dames ses parentes qu'elle
« présenta à Son Éminence, après qu'elle eut l'hon-
« neur de lui faire son compliment. M" de Valbelle,
–54–

et combien aussi ils estoient faschez tous deux que


« i appartement qu'elle leuravoit fait la grâce d'y
prendre fust si peu digne d'eUe, Sun Éminence., qui
avoit este informée du prix de cette jeune dame,
(lui est bien moins considérable par la splendeur de
« sa naissance que par le mérite de sa vertu, reçut
ses civilités avec les remerc!ments et les respects
« qui sont deus par les plus grands mesmes aux per-
« sonnes de son sexe et de sa qualité. Les autres
« dames ne luy firent que de très-profondes révé-
M renées, la bienséance ne leur permettant pas de
u parier après les dames de Valbelle. »
Cette dame
jeune mariée depuis neuf ans avec
Léon de ValbeUe, avait en effet la plus haute nais-
sance, car elle était Marie de Pontevès de Buous
fille d'Ange de Pontevès, marquis de Buous, et de
Marguerite d'Adhémar de Monteil de Grignan*.
Marchetti raconte la manière avec laquelle le car-
dinal tégat reconnut !'hospitatifé qu'il avait reçue
dansi'hôtet des Quatre-Tours. « Le sieur Bonacursi,
–55--

« et ut'né d une (t\n'tc-


ta~es d argent iar~p coqtnHc
« vrcrie et d une excc!!eute pcmturedp saint Antoine
« de Padouc, sur un grand crans en ovate.)) p
F!a\io Chigi partit le tendemain pour aller ct~<-
cher à Saton. « La compagnie des gardes du duc de
(( Mercoeur marchait en ordre devant !e carrosse du
« cardinal, qui fut suivi de dix-huit autres carrosses
« et dhommesa cheval. On tapissa toutes les maisons
« du faubourg; tes grandes places detous les dehors
« de la ville se remplirent en un moment de monde,
et tous les chemins se couvrirent si fort de peuple
« que le cardinal eut peine à passer. Le bruit des
« boites ne cessa de t'accompagner jusqu a ce qu'il
« fut sorti de nos faubourgs; et après que nos trom-
« pettcs eurent longtemps sonné que noscschevins,
K qui atteneloient M. le tégat à nos aqueducs de la
« porte d Aix, eurent reçu la bénédiction et t'indui-
« gence qu'il leur donna pour t'heure de la mort, et
« que la citadelle t'cust salue de douze volées de
« canon, comme il passait à Aren, nousnetardasmes
--56–

RUE8AINT-VÏCTORET.

H y eu!, de toute ancienneté, dans cette rue, plu-


s)eurs auberges qui lui firent donner le nom des Fo-
~'M~M?' ou étrangers. En 1317, Pierre du Temple
sa
y avait maison d'habitation*.
L'une de ces auberges
suspendit extérieurement
un miroir pour enseigne. Peu de temps après, la rue
fut appelée du Miroir, et plus lard des Miroirs, pro-
bablement parce qu'on suspendit
en plusieurs.
Les choses en étaient la au seizième siècle, lorsque
la famille Tournier, qui tirait son origine des Tour-
nieri, du Milanais, vint demeurer dans la rue des
Forestiers ou des Miroirs, car chacun l'appelait,
–o7–

Claudine deiaCépède'. Son fils Jean, seigneur de


Saint-Victoret, fut élu premier consul de Marseille
en ~618, et ton
commença à donner le nom de
Saint-Victoret a la rue des Forestiers et desMiroirs,
qui eut dès-lors un troisième nom~.
On contesta les titi-es nobiliaires de famille
ta Tour-
nier de Saint-Victoret on dit qu'après avoir fait des
alliances nobles, elle voulut être noble elle-même, et
qu'elle est de celles qui, après avoir eu le premier
consulat de Marseille, se croyaient plus nobles que
si elles venaient d'un consul romaine
Quoi qu'il en soit de ces critiques, la Emilie Tour-
nier de Saint-Victoret continua d'habiter sa maison
patrimoniale. Les noms des Forestiers et des Miroirs
furent peu à peu oubliés, et celui de Saint-Victoret
prévalut sans concurrence.
Le dernier rejeton de cette famille, ancien officier
des galères et chevalier de Saint-Louis, vivait à Mar-
seille sans alliance, en ~7o9\

Robert de l'État de la Provence dans sa 153-


–58--

RUE DES CONSULS.

Cette rue s'appelait des Fabres en 1426 t. On dit

qu'un évènement produit par le hasard la fit nommer


rue des Consuls, les trois consuls en exercice l'habi-
tant en même temps2. En quelle année ce fait se
passa-t-il ? Je ne puis le dire; et ce qui me paraît seu-
lement certain c'est que la rue était nommée des
Consuls vers le milieu du dix-septième siècle 3.
A cette époque, un médecin de Marseille, nommé
Peiruis, faisait creuser, à peu près a" milieu de cette
rue, les fondements d'une maison qu'il allait y cons-
59

de cette dernière dont les deux avant-bras furent


brisés par les ouvriers employés au creusement. La
statue de Minerve, telle du moins qu'elle est repré-
sentée, n'est certainement pas un chef-d'œuvre.
Grosson assure qu'on découvrit dans le même terrain
des colonnes et divers petits cac-~o il affirme en
outre que là est l'emplacement du temple de Minerve,
l'une des divinités protectrices de l'ancienne répu-
blique de Marseille". Mais la garantie de Grosson n'a
qu'un poids léger; toujours superficiel, c'est dans
son imagination aventureuse plutôt que dans les réa-
lités de l'histoire et de la science qu'il fait ses décou-
vertes archéologiques.

1 Histoire de Marseille, t. H, p. 3t5.


2. Grosson, Almanach de t782, j). <97.
3 Recueil des antiquités et monuments i30
marseillois, p.
–60–

RUE DE LA CROIX-D'OR.

Cette rue portait, au commencement du quator-


zième siècle, le nom de Carriera dels Botoniers 7
parce qu'elle était habitée par des fabricants de bou-
tons et comme on y voyait aussi des serruriers et
d'autres ouvriers livrés au travail du fer, on l'appela
en même temps la rue Fabres~.
des La rue des Fabres
d'aujourd'hui était alors nommée de la Fusterie, ap-
pellation qui lui venait des menuisiers et des char-
pentiers qui s'y trouvaient en grand nombre~. Au
seizième siècle, le nom des Boutoniers avait effacé
--6t--

sise à la rue des Boutoniers, près du Lougis de la


Cro~-d'Or'; c'est que ce logis ou auberge, dont
t'enseigne était une croix dorée, avait été fort re-
marqué le
par peuple qui exerce une souveraineté
absolue en matière de dénominations
publiques.
Comme l'auberge, établie dans cette rue, eut une
longue existence, personne ne pensa plus aux bou-
toniers, et tout le monde finit par adopter le nom de
la Croix-d'Or.

ticgistre .4 des censes et directes de )'h6pitat Saint-Jacques de Galice, p. 370


aux archives de t'H&tet-Dieu.
–62–

RUE DE LA SALLE.

Un acte fait à Marseille dans l'église des Accou-


les' par le notaire Guillaume Vascondus, la veille des
ides de septembre ~48, mentionne une maison sise
en cette ville à la rue de Bernard Gasqui*. C'était le
nom d'un citoyen notable qui avait habité cette rue
et à la famille duquel appartenait sans doute t'évoque
Jean Gasqui qui occupa le siège de Marseille de 336
à 344.Ce prélat avait les habitudes studieuses; il ne
se borna pas à composer un livre de piété, il copia
lui-même divers ouvrages. Sa bibliothèque, formée
selon le goùt et l'esprit du temps, avait de l'impor-
63

La rue de Bernard-Gasqui fut ainsi appelée pendant


plus de quatre siècles.
Mais, après cette période, vint un nom plus con-
sidérable, brillant de tout l'éclat des servicespublics
et des honneurs consulaires.
On sait que vers le milieu du quinzième siècle,
Jean de Villages, originaire de Bourges, fut, à Mar-
seille, le principal agent du célèbreJacques Cœur,
qui lui donna sa nièce en mariage. Jean de Villages
mourut, en ~477, comMé de richesses et de dignités.
Pierre, son nis, fut premier consul de Marseille en
l'année t514. Son descendant Michelse vit honoré
du même titre en t585, et devint
seigneur de la
Salle par son mariage avec Catherine de Sériaso,
dont le père possédait cette terre seigneuriale'. Les
deux frères, Jean-Baptiste et César de Villages, fu-
rent fidèles la à cause royale durant le règne de la
Ligue à Marseille, et, après la réduction de cette
ville, en 096, Jean-Baptiste fut au nombre des gen-
tilhommes que la nouvelle administration municipale
–6t

Baptiste de Villages deux fois premier consul, en


4 61 0 et 16t 9. Michel, fils aîné de César, le fut l'an-
née suivante~.
Gaspard de Villages, sieur de la Salle, élu deux
fois premier de Marseille, en t64t et
consul 1652,
se distingua dans cette magistrature par son intelli-
gence et son patriotisme. Ce fut sur sa proposition

que le conseil municipal vota la construction d'un


nouvel hôtel-de-ville dont ce consul posa la pre-
mière pierre le ~5 octobre 653 s.
Un autre Jean-Baptiste de Villages, troisième fils
de César, porta aussi, en 656, la toge de premier
consul. Cette famille souffrit beaucoup de l'édit de
1660 qui supprima le consulat de Marseille et le
remplaça par l'échevinage en faveur du commerce
et contre la noblesse, laquelle venait de se compro-
mettre dans l'affaire de Gaspard de Glandevès-Nio-
zelles. Mais si les honneurs consulaires furentdès-
lors interdits à la famille de Villages, elle soutint di-
gnement son nom dans l'ordre de Malte puis elle
--65
la mairie de Marseille en faveur des gentilbommcs
de cette ville, qui obtinrent entin une pleine satis-
faction. Le marquis de Villages fut nommé maire aux
élections du 38 octobre 78~ salut suprême, der-
nier hommage rendu à un grand nom. Le marquis
de Villages mourut subitement quelques joursaprès,
emportant dans la tombe tout l'honneur de sa race,
bien qu'il laissât un nls~.
La famille de Villages de la Salle avait fait bâtir.
pour son habitation, dans l'ancienne rue de Bernard-
Gasqui, qu'on appelait alors Bernard-Gast~ par l'enta
d'une prononciation corrompue, la maison qu'on y
voit encore et qui est remarquable par ses vestiges
de distinction et de grandeur, par les trophées et les
ornements de sculpture qui décorent sa porte d'en-
trée c'était au milieu du dix-septième siècle, et le
nom de la Salle resta dès-lors cette
à rue où demeu-
plusieurs familles distinguées.
raient aussi
En ~683, l'administration acheta une partie de la
maison de M.Albert, qui faisait saillie, et elle la
–66–

RUEDE LA MURE.

L'origine du nom de cette rue remonte à six cent


de
cinquante ans au moins, et !a famille de Mura,
Mure ou de la Mure, le lui donna. Cette famille fort
riche et fort considérable au treizième siècle, se mon-
trait avec éclat sur la
scène municipale en t2~9.
Imbert de la Mure était alors l'un des douze recteurs
de la ville' vicomtale', qui comptait parmi ses prin-
cipaux citoyens un membre de la même famille,
nommé Guillaume lequel figure dans un acte d'ar-
passé, la même année entre cette ville
rangement
d'une part, et l'évoque, les chanoines leset habitants
–6'r–

La maison de la Mure se maintint dans le menu'


crédit et la mêmeopulence'; les mandats les plus
importants, les emplois les plus étevés témoignaient
en faveur de son patriotisme et de ses lumières 2.
Mais, au quinzième siècle, la famille de la Mure
n'existait plus; du moins je n'en vois plus de traces
dans les fastes municipaux de Marseitte. En généra! un
long avenir n'est pas destiné à la richesse, à la puis-
sance, à la splendeur des races. Tout éclat passe vite et
l'oubli fait bientôt justice de nos chimères vaniteuses.
Oh comme vous vous éteignîtes bientôt, grandes
familles marseillaises du moyen âge, Ancelme, Hugo-
!en, Drapier, Lingris, Bonvin, Jérusalem, Vivaud
Saint-Gilles, Repelin, Ricavi, Montanée, du Tempic.
vous qui ne plaçâtes votre noble orgueil que dans h'
service de la cité et la défense de ses franchises.
dans
A la fin du siècle ou au
quatorzième commen-
cement du quinzième, un fait sans importance fît
donner un autre nom à la rue la de Mure. Le
peuple,
toujours frappé des choses matérielles offertes sa :)
<;8

Cependant la concurrence d'un autre nom


s était
é!evéeet chacun prononçait i'un ou l'autre à sa fan-
taisie. Dans cette rue demeurait, au seizième siècle,
la famille Bourguignon recommandable par des ser-
vices militaires.Claude Bourguignon devint seigneur
de la Mure, du chef de sa femme Jeanne de Bussière'.
Cette seigneurie se rattachait-elle à l'ancienne famille
de la Mure de Marseitte? C'est ce queneje saurais
dire. Toujours est-il que Balthazard Bourguignon,
fils de Claude et sieur la de Mure, commandait trois
cents hommes d'infanterie en '!562. On!'é!ut, en
!606, premier consul de Marseille. Son
petit-ms
Joseph Bourguignon de la Mure fut aussi honoré du
premier consulat en 1646
Le nom de rue des Trois-Puits le disputa longtemps
encore à celui dela Mure mais il céda enfin et tom-
ba peu à peu dans un oubli complet. En ~687, une
partie de maison qui faisait sur la rue une saillie des
plus disgracieuses et des plus gênantes fut achetée
par la ville et démolie pour t'atignemen~.
–);<)

RUE DE L AUMÔNE.

Deux chanoines de la cathédrale de Marseille, Lam-


bert et Guillaume oncle
Ricavi,et neveu, léguèrent
au chapitre, vers 266, les biens clu'ils pos-
< l'année
sédaient à Allauch, à la charge d'en donner les
revenus aux pauvres et d'établir un aumônier pour
–70–

op~WM~' HuguesAndré, chanoine et prieur d'Au-


bagne Jean Reynaud, bénéficier de La Major, et
Benoit d'Alignano, chevalier vicaire de son oncle
t évoque de Marseille, s'obligèrent à fournir chacun,
durant leur vie, ce qui serait nécessaire pour l'au-
mône d un jour entier.
Quatre chanoines, Pierre de Malespine, Raimond
des Lauriers, Laurent d'Auriol, et Jean Blanc, fils
du célèbre jurisconsulte, s'engagèrent à donner,
chaque année, leur vie durant, dix sous* chacun, le
jour de l'assomption de la Sainte-Vierge.
Un bienfaiteur, qui n'est connu que sous le nom de
maure Foulques, céda trois pièces de terre qu'il pos-
sédait dans le territoire d'Allauch.
Ces engagements furent pris en plein chapitre,
dans la salle verte la de tour du palais épiscopal, aux
écritures de Raimond deFayssis, notaire à Marseille.
Le premier aumônier connu est Gaufridi de Ser-
viéres dont la nomination paraît se rattacher a la
naissance de l'oeuvre elle-même~.
7)

Par acte du 24 février t363, t'aumômerGuittaume


de Lanihac céda par bail emphithéotique perpétuel a
un habitant de Marseitte appelé Juiien Tassilis une
maison et une tour contiguë qui appartenaient à l'au-
mônerie de la cathédrale. Cette maison n'était connue
à Marseille que sous la dénomination de l'Aumône
dont le nom'fut bientôt donné à la rue où i'immeubte
était situé !e nom de l'Aumône était généralement
appliqué à cette maison longtemps avant l'acte du
24 février 363'.
Le 20 novembre ~386, Julien Tassiiis aliéna, en
faveur d'un tailleur de pierre nommé Barthéiemy
Staque, l'ancienne maison de l'Aumône
Des titres de cette époque, écrits en langue pro-
vençale, mentionnent la Carriera de ~AMo/'Ma.
Quelquefois tejnom de rue est supprimé, et on lit
l' Amorna tout court ce3 qui est la même chose.
Des actes du commencement du quinzième siècte
appellent quelquefois la
cette rue de Fontaine-de-
–72–

C'est qu'il y avait, comme il y a aujourd'hui encore,


vers le milieu de la rue, une petite place avec une
fontaine ornée d'un sarcophage antique en marbre
blanc tiré des ruines d'un ancien cimetière pour dé-
la
corer d'abord salle à manger du palais des comtes
de Provence, situé sur la rive neuve du port.
Une telle décoration dans lieu ce paraît
singulière
à première vue, mais les anciens Provençaux, loin
d éloigner les idées de la mort, aimaient au contraire
a reposer leurs regards sur son image; ils tenaient des
Marseillais cette coutume philosophique, bien faite
pour nous rappeler notre court passage sur la terre.
Aux beaux siècles de la république, les Marseillais, à
la mort de leurs proches et des personnes qui leur
étaient chères, ne se livraient à aucune démonstration
de douleur. Le deuil finissait, le jour des funérailles,
par un sacrifice domestique, suivi d'un banquet de
famille'
L'ancien sarcophage dont je viens de parler décora
plus tard la fontaine de l'Aumône et lui servit de
j3

Tannonius qui vécut cinq ans six mois et six jours,


comme le témoignait l'inscription suivante*

DULCISSIMO T. tNNOCENT!S

F!HO TANNONIO QUI VtXtT

ANNOS V. M. VI. D. VI. TANNONIUS


M
T. VALERIANA PARENTES FILIO
1
CAtUSStMO ET OMNt TEMPORE

V)T7E SU~E DESIDERANTISSIMO


1

Il y avait, de chaque-côté, un génie ~et guir-


des
landes. En dernier lieu on porta au Musée de Mar-
seille ce sarcophage qui était dans un état de dégra-
dation complète.
Comme la fontaine de l'Aumône, toujours fort po-
pulaire parmi les Marseillais, était brisée en 469,
le conseil général, par délibération du 1A.
septembre,
ordonna de laréparer aux frais de la ville~. Au
com-
mencement de l'année !5~7, la communauté y fit
–74–

Grosson qui parle à tout hasard, sans se donner la


peine de rechercher les origines dans les chartes et
les vieux documents historiques, se trompe sur la
rue de l'Aumône comme sur tant d'autres choses.
te
II prétend que religieux de Saint-Victor, qui avait
la prébende d'aumônier, faisait des distributions aux
pauvres sur la place qui pris,
a ainsi que la rue, le
nom de l'Aumône~. Les titres authentiques qui me
servent de guides démontrent que c'est une erreur
d'attribuer à l'aumônerie de Saint-Victor ce qui
n'appartient qu'à celle de la cathédrale; d'ailleurs
l'aumônier de l'oeuvre de la Major ne distribua ja-
mais rien aux pauvres sur la place ni dans la rue de
l'Aumône qui ne prirent leur nom que de la maison
flanquée d'une tour, dont l'établissement fondé par
les chanoines Lambert et Guillaume Ricavi avait la
propriété.
Cresson n'est pas l'auteur des articles sur
quelques rues de Marseille dans
ses almanachs historiques. On lit en effet dans l'avertissement de l'almanach
de 1787 Les anecdotes sur les rues de Marseille seront continuées. Nous
.75

RUE SÏAM.

A l'angle de la Grand-Rue et de celle de l'Au-


mône est une maison à trois façades, car elle donne
aussi sur la rue
Siam, et les yeux des passants aiment
à s'arrêter sur cetédifice remarquable qui, au milieu
de toutes les habitations voisines, produit le con-
traste et l'effet que ferait un vieillard chargé d'ans
et vêtu du costume des anciens jours au sein d'une
jeune société contemporaine et soumise à l'empire
des modes inconstantes. Cette son
–76–

anciennes de notre chère et


poétique Provence! On
vous voit partout où les citoyens peuvent se distin-
guer au service de leur pays on vous y voit et vous
y occupez toujours les places les plus honorables.
Il y avait des Forbins Marseille
à dès le quator-
zième siècle', et tout prouve que le commerce les
enrichit et les éleva. gentilhommes
Les ne dérogeaient
pas alors en le faisant, et Marseille ressembla à Ve-
nise, à Gênes, à Florence, à toutes les républiques
italiennes du moyen-âge où les premières familles
trouvaient dans lesprofessions commerciales les élé-
ments d'une fortune et d'une grandeur qu'elles sa-
vaient mettre au service de la patrie, et qui leur
permirent de faire des choses glorieuses au profit des
beaux-arts et de la politique*.
Guillaume de Forbin était pelletier à Marseille en
~40~, et Dragon de Forbin y exerçait la même in-
dustrie en 436 Dans la fatale invasion de Marseille
par les Aragonais, en 1423, on coula à t'CHtrée du
pour le fermer, un grand vaisseau
7-À

siècle attestent que plusieurs membres de cette fa-


mille figuraient, à cette époque, au nombre des né-
gociants marseillais'.
Charles de Forbin se distingua, en 1324, dans la
défense la
de ville de Marseille contre l'armée du
connétable de Bourbon sa famille avait une cha-
pelle dans l'église des frères mineurs~.
de
Les Forbins Marseille eurent la gloire de comp-
ter seize dans les fastes du
inscriptions consulat et,
pendant que cette maison jouait ainsi un beau rôle
sur notre scènemunicipale, elle se montrait avec
éclat sur le théâtre plus vaste et plus retentissant de
la monarchie française.
On sait que sous Louis XIV, le comte Claude de
Forbin, déjà distingué dans la marine, fut attaché à
l'ambassade envoyée, en 685, au roi de Siam, qui
le nomma grand amiral et général de ses armées.
Claude de Forbin, au milieu d'une cour déchirée par
des factions barbares, ne posséda pas longtemps ce
titre plus pompeux que réel, et il eut hâte de retour-
–78–

demanda sa retraite, dans un moment d'impatience


et de mauvaise humeur, après quarante ans de ser-
vices. Il n'avait que cinquante-six ans, mais il souf-
frait de ses blessures et il retira
se dans son château
de Saint-Marcel près de Marseille, ou le repos
rendit à sa santé sa première vigueur. « Je passe,
« dit-il dans ses mémoires, une vie douce et tran-
« quille, uniquement occupé à servir Dieu et à cul-
« tiver des amis dont je préfère le commerce atout
« ce
que la fortune aurait pu me présenter de plus
« brillant. J'emploie une partie demonrevenu au
« soulagement des pauvres, et je tache de remettre
« la paix dans tes famines, soit en faisant cesser les
« anciennes inimitiés, soit en terminant les procès
« de ceux qui veulent s'en a mon
rapporter jua;e-
« ment'. »
Ce fut là, dans la pratique des vertus bienfaisantes,
que cet ancien chef d'escadre mourut, en !733,a Ù
t'â~e de soixante-dix-sept ans s.
L'arrivée en France de mandarins siamois et
T9

Marseille on donna le nom de Siam a )a' rue qui le

porte encore, et sur laquelle la maison de Forbin


de
avait l'une ses façades.
Cette ne
rue fui jamais belle, mais les croyances
superstitieuses lui firent une grande célébrité.
et
Les fables les légendes coudoient les vérités dans
la plupart des anciennes histoires, et tout cela parait
y faire assez bon ménage. L'intelligence de l'homme
aime à s'endormir au bruit des mensonges; imagi-
nation, sentiment, facultés de l'âme duet cœur, tout
nous trompe. C'est qu'il est toujours plus facile de
s'amuser que de s'instruire, et toutes les tendances
du peuple le portent au merveilleux.
Or, de ce côté-la, tout le monde fut peuple pen-
dant le moyen-âge et bien longtemps après. La foi
était ardente, mais aussi très-aveugle. On admettait
les sortiléges et les enchantements; on croyait que tes
décrets du ciel et les mystères de t'avenir se dévoi-
laient à nous, pendant notre sommeil, par le moyen
des songes; on disait que les morts avaient le privi-
–80–

sur les tristes réalités de la nature humaine. Mais que

penser des hommes lorsque le ridicule se joint, chez


eux, à la cruauté? L'histoire de ces folies atroces
nous apprend à être sages, et nous inspire des sen-
timents de reconnaissance envers Dieu, qui nous a
donné la vie dans un siècle de lumière où l'esprit
philosophique soumet tout à son examen.
La raison seule a détruit l'empire des démons qui
fut universel. Il y a eu en France des centaines de
misérables qui furent assez insensés pour se croire
sorciers, et bien des juges assez barbares pour les
condamner aux nammes~. H est curieux de voir jus-
ques à quel point des esprits graves peuvent pousser
la crédulité quand ils subissent le joug des opinions
régnantes~.
La législation criminelle contre les sorciers se
croyait d'autant plus forte et plus juste" qu'elle s'ap-
puyait sur l'autorité de l'église~; et plus on en brû-
lait, plus il s'en montrait
–8<–

Ces spectacles affreux furent souvent donnés en


Provence où l'art magique se multiplia. Un de nos
vieux historiens, à propos du supplice de deux sor-
cières brûlées à Hyère& en 1436, parle comme si les
magiciennes étaient très-communes dans le pays au
temps où il écrivait, c'est-à-dire en ~6~4.D'après
lui, on en voit partout les distinguer entre les autres
femmes, c'est, à ses yeux, la chose la plus facile du
monde; « car elles ne sont pas trop mal aisées a
« cognoistre à leurs grimasses hypocrites et à leurs
« façons de parïer s.
Après la condamnation de Gaufridi, curé des Ac-
coules, à Marseille, brûlé à Aix comme sorcier eu
!6H, toutes les imaginations, troublées par des
rêves sinistres et des
par chimères menaçantes, s'exal-
tèrent violemment, et il y eut une forte recrudescence
dans la plus déptoraMe maladie de l'esprit humain.
Les femmes surtout donnèrent un libre cours à t'ex-
travagance de leurs visions. Les revenants, les dé-
mons, les magiciens, les loup-garous, tous les êtres
–8.2!–

nasièrc sous la forme d'un cuisinier, fut noyé dans ce


puits, et l'on montrait l'empreinte de ses griffes dans
les feuilles d'acanthe qui en décoraient la marcotte
H y avait le J~OM~M du Diable dans le quartier
rural de Saint-Antoine'.
Des paysans, venus à Marseille avant le lever du
soleil, pour la vente de leurs denrées, virent tout à
coup des sorciers qui s'opposèrent à leur passage.
Ces paysans, de
pâles frayeur, firent le signe de la
croix, et les sorciers disparurent aussitôt dans une
sorte de caverne voisine qui porta depuis lors le nom
de TfOM des J~M~Mc-s
Aux yeux du peuple marseillais, le village d'Al-
lauch était un séjour de sortilége, un vrai manoir
infernal.
On croyait que les démons avaient surtout
commerce avec les femmes de ce lieu maudit, et lors-
que quelques-unes d'entre elles se risquaient à venir
à Marseille pour y vendre ou pour y acheter des
objetsde friperie, on ne les nommait que ~J~M~MO~
~MaoM, avec un redoublement d'injures si elles
–83–

selon les rumeurs populaires, compta te plus d'actes


de sorcellerie. Les démons prenaient plaisir à lui
faire de fréquentes visites, et il semblait que plu-
sieurs y avaient élu domicile. On en fit des récits va-
riés qui ne devinrent que plus enrayants en passant
de bouche en bouche. Cette rue en porte encore un
témoignage public. On y voit unefontaine qui n'est
connue dans tout le quartier que sous le nom de
Fontaine du Diable et l'on y appelle aussi Four du
Diable un très-ancien four de boulangerie qui ncs{
fermé que depuis de
peu temps.
–SA–

RUE DE LA TASSE-D'ARGENT.

Ce nom est encore emprunté à l'une de ces légen-


des de sorcellerie qui causèrent tant d'émotions à nos
ancêtres.
Dans une des rues du populeux quartier de Notre-
Dame-du-Mont-Carmel vivait un bon pêcheur, fai-
sant le bien et craignant Dieu. On l'appelait le Patron
Pierre. Danssajeunesse, un jour où sa frêle barque
résistait avec peine à la fureur des flots il fit un vœu
à la Vierge Marie, lui jurant que s'il parvenait à ga-
--85–

séduisants ne lui tendit-il le


pas pour précipiter dans
le mal et surtout pour lui faire violer son vœu? Mais
le patron Pierre trompa toujours l'espérance de l'Es-
prit tentateur, qui pourtant ne se tint pas pour vaincu.
Le bon patron faisait la charité sous toutes les for-
mes, car cet ignorant avait la science de la misère,
et la visite des malades était son œuvre de prédilec-
tion. Or, dans une de nosrues étroites qui se dessinent
sur la colline des Grands-Carmes, un pêcheur de ses
vieux amis gémissait sur son lit de souffrance, et
Pierre allait souvent lui prodiguer ses soins. Un ven-
dredi au soir, après avoir passé plusieurs .heures
auprès du malade, il s'aperçut qu'il était tard, et
sortit pour rentrer chez lui. Pas une étoile au firma-
ment une nuit des plus sombres étendait son voile
sur la ville silencieuse. Bientôt l'horloge de Notre-
Dame-du-Moût-Carmel sonna minuit. Le patron
Pierre était alors engagé dans une, rue a la pente ra-
pide lorsqu'il se vit environné soudain par des fantô-
mes blancs qui dansaient en rond en agitant sur
–86–

Le patron Pierre était donc sous l'empire d'une


émotion indicible, lorsqu'un des danseurs lui pré-
senta une tasse d'argent « Ce breuvage, dit-il, est
« le seul remède qui puisse guérir ton ami mais il
« faut que toi-même en
boives la moitié; tu porteras
« le reste au malade, et la santé lui reviendra dès
« qu'il l'aura bu )). Pierre, oubliant que minuit avait
sonné et que le samedi, jour d'abstinence absolue
pour lui, venait de commencer, n'hésita pas à saisir
la coupe. Mais avant de la porter à ses lèvres, il fit,
selon son habitude, le signe de la Croix, et flambeaux,
fantômes, tout disparut aussitôt. Pierre demeura seul
au milieu du silence et des ténèbres, tenant à la main
la coupe vide. II gagna sa maison, en priant Dieu et
Notre-Dame-du-Mont-Carmel. il
Le lendemain s'em-
pressa de se rendre auprès du malade, et, le trouvant
tout-à-fait guéri, il adressa à Dieu et à Notre-Dame
les plus ferventes actions de grâce
La rue où le patron Pierre mit le Diable en fuite
reçut le nom de la
87

RUE NÉGREL.

Grosson est tombé dans une inconcevable erreur


au sujet de cette rue, laquelle, suivant lui, tire son
nom de la famille de Riqueti qui y avait sa demeure,
et qui possédait le fief de Négreaux
C'est là une étymologie fausse de tous points.
La famille de Riqueti était originaire de Toscane,
et l'un de ses membres, au milieu des factions des
Guelfes et des Gibelins, vint, au quatorzième siècle,
se fixer en Provence. Antoine bachelier
–88–

nom Appartenait-il à la famille venue de


Toscane ?
Etait-ce simplement un homonyme? La question est
incertaine, et fout ce qu'on peut en dire avec certi-
) ude, c'est que cette famille ne fut bien remarquée à
Marseille qu'au seizième siècle. Ë!!e y grandit insen-
siblement et se fit riche par le commerce*. Les dis-
tinctions honorifiques, les titres seigneuriaux flat-
) aient l'orgueil des maisons opulentes; il en fut
toujours à peu ainsi. Les riches dont
près l'origine
est la plus modeste sont souvent les plus vaniteux, et
les faiblesses de la nature humaine sont éternelles. Ce
nefut laqu'à
fin du seizième siècle~, peut-être même
:<ucommencement du siècle suivant, que la seigneurie
de Négreaux fut acquise à la famille Riqueti dont le
nom, effacé plus tard par celui de Mirabeau, qui était
aussi une terre seigneuriale, rappellera toujours le
prince de la tribune française.
Les Riqueti, seigneurs de Négreaux, donnèrent
si peu leur nom à la rue Négret, que cette rue avait
en t349, le nom qu'elle n'a pas cessé de porter de-
–89–

siècle. La ville ayant fait un emprunt en 4385, Négrel


prêta deux florins', et la rue de Nègre!, Carreria
Negrelli est mentionnée bien des fois dans des actes
du même siècle~.
Le peuple, il a dû dire Negreou et la tra-
vrai, est
duction française l'a sans doute exprimé par ~~yaM.
C'est même ainsi que je vois ce nom écrit, en 392,
dans un registre de censés*. Toujours est-il que le
fief de Negreaux n'a rien à faire dans l'étymologie de
la rue Négrel qui ne doit son nom qu'à celui d'une
famille marseillaise remontant au quatorzième siècle
et peut-être même plus haut.
Rien ne prouve d'ailleurs que la famille Riqueti ait
habité la rue Négrel, et c'est dans une autre partie de
la ville qu'elle avait sa demeure. Entre tous les gen-
tilshommes de Marseille, Thomas Riqueti de Mirabeau
se fit le plus distinguer par ses habitudes fastueuses.
Il tenait un état brillant et recevait avec distinction
dans sa belle maison la deplace de tout
Lenche~ ce
que la société marseillaise avait de plus élégant et de
–90–

le pre-
plus étevé. Vers l'année <625, il introduisit,
mier, l'usage des livrées. Ses valets portaient des
habits rouges. Le peuple courait et disait Venes
veire leis ~oMtMM de MOM~M de M~a6coM

Mémoires littéraires et politiques de Mirabeau écrits par lui-


biographiques,
son père, son oncle et son fils !n!optif. Paris, t834, t. t, p. 27.
même, par
–9<

RUE CASTILLON

Ce nom existait en ~330. L'hôpital Saint-Esprit


avait alors à payer au fils de Giraud de Montolieu
une censé annuelle de cinq deniers pour la maison de
Jean Peiriac située à la rue du sieur Castillon
tl y avait à Marseille, en 1348, un maître d'école
nommé Guillaume Castillon, auquel les recteurs de
l'hôpital confièrent, moyennant seize sous par an, le
petit Bertranet, fils naturel de Thomas de Saint-Cha-
masIl, qui avait laissé tous ses biens à cet hôpital, en
cas de mort sans enfants légitimes, après avoir légué
cents livres à Bertranet~. Le maître d'école
–92–

rue Castillon il et
est probable qu'il habitait cette rue, 7
car la plupart des familles marseillaises conservaient
héréditairement la même
demeure. Elles aimaient à
s'abriter au foyer des aïeux.
On voit à Marseille, dans le quatorzième siècle,
plusieurs instituteurs parmi lesquels je dois citer
Pierre Colombier, qui est qualifié doctor pMgro~MW
dans un acte du 9 octobre 323 Un titre du 8 dé-
cembre 1360 donne la mêmequalité à maître Pierre
Girard~.
Il est à remarquer que dans toutes les délibérations
municipales de ce siècle, qui nous restent encore, il
n'y a rien concernant l'instruction publique à Mar-
seille. On réglemente une foule de choses moins im-
portantes, et il n'est jamais question des écoles. On
nomme chaque année un grand nombre de commis-
saires pour la direction ou la surveillance des divers
services locaux, et tous les actes d'élection gardent
un silence absolu sur l'enseignement dont les statuts
de la commune ne parlent pas davantage, eux qui
--93–

du ecclésiastique.
dépendirentquepouvoir En 364,
Guillaume Sudre ï", évéquede Marseille, donna pour
deux ans la direction des écoles de cette ville à lin
bachelier ès-arts du diocèse de Chartres et révoqua
en même temps tous autres régents*. Les lettres-pa-
tentes de Févéque nous apprennent qu'on enseignait
à Marseille la grammaire et la logique. Mais il ne faut
pas s'y tromper le mot grammaire avait alors un sens
qu'il n'a plus aujourd'hui. Nos vieilles chartes don-
nent quelquefois le titre de ~a~WM~CM-s à des per-
sonnes qui ne ngurent que comme hommes de lettres
et savants, et c'est en effet la signification de ce mot
dans la bonne latinité~, comme dans celle du moyen-
âge. L'expression grammatica est prise pour l'étude
des belles-lettres, et on les enseignait à Marseille dans
le quatorzième siècle.

L'Antiquité de l'église de Marseille et la succession de ses évoques, t. JI,

p. 502.
Ce vers si connu de l'Art Poétique d'Horace

G)-amMta<Mt certant et adhuc sub ~'MfKce lis est,


-94–

RUE D AMBOUQUIER ET RUE DES SOLEILLETS.

La rue des Soleillets portait, au quinzième siècle,


le nom d'Ambouquier, comme le témoigne un acte
du 4 décembre ~46
Plusieurs rues de Marseille avaient des noms de
famille précédés de la qualification <M~ et cet abrégé
de mossen, monsieur", devint un substantif masculin
qui eut la même signification dans la langue romano-
–9S–

que le mot serait mal orthographié si on l'écrivait


Enbouquier. Il me paraît en effet démontré que la
rue prit son nom d'Adam Bouquier. Le mot d'A~
est l'évidente abréviation d'~ds?M.
Adam Bouquier, par lequelcommence la filiation
historique d'une très-ancienne et très-illustre famille
de Marseille, vivait, au commencement du treizième
siècle, en cette ville qui le députa auprès de Raimond
BérengerIÏI, comte de Provence. Bertrand Bouquier,
l'un de ses descendants, fut premier consul de Mar-
seille en ~83. Adam Bouquier, IP de nom, pre-
mier consul en i36~, leva deux cents hommes d'in-
fanterie pour aller au secours du comte de Sommerive
qui assiégeait la ville de Sisteron dont les protestants
s'étaient emparés, et il rétablit ainsi cette ville sous
l'autorité royale. François, l'un des membres de la
famille Bouquier, fut à son tour honoré de l'emploi
de premier consul de Marseille en 868, et, l'année
suivantè, la ville le au
députa roi pour des affaires
importantes. En 08~, il reçut encore le chaperon
96

Le grand prieur Henri d Angouiéme, gouverneur de


Provence; arrivé d'Aix en toute hâteàMarseine, vit
François Bouquier au milieu d'une grande assemblée
en l'Hôtel-de-vi!!e et s'approchant de lui il tui dit
Monsieur Bouquier, vous avez ~Nt~Ke une bataille
au Roi.
Je n'ai pas à faire ici l'histoire d'une famille qui
joua un rôle considérable à Marseille. Qu'i! me suf-
fise de dire, pour rentrer dans mon sujet, qu'au com-
mencement du treizièmesiècle Adam Bouquier avait
sa demeure dans la rue à laquelle le peuple donna
son nom.
Une famille marseillaise appelée Soleillet avait sa
maison dans la rue d'Adam Bouquier, et comme cette
famille jouissait d'une grande notoriété populaire,
bien des gens se prirent à désigner cette rue par !e
nom de Soleillet. D'autres demeurèrent fidèles à l'an-
cienne appellation d'Ambouquier. De là naquit une
grande confusion, et ce fut alors que le nom d'Am-
bouquier fut transporté à une rue voisine qui n'avait
–97--

son nom qui n'a plus de sens et ne répond absolu-


ment à rien.
Quoi qu'il en soit, maître Jean Soleillet procureur
à Marseille, avait, en t593, son étude en sa maison
paternelle dans la rue à laquelle on attacha son nom.
Jean Soleillet avait une grande dienteUe, et il figu-
rait au premier rang de sa corporation alors composée
de dix-huit membres'. Aux élections du 9 mai < 599
il fut nommé capitaine des gardes du roi lade baso-
che à Marseiue*; sa postutation fut trés-iongue. On
t'éiut, en < 624, premier syndic du corps dont il était
le doyen. Il mourut le 13 janvier !625 dans l'exer-
cice de ses fonctions de syndic, et ses funérailles
furent fort belles. Le lieutenant en la sénéchaussée,
assisté de d'Oraison, conseiller, et de Depsant, avocat
du roi, conduisit lui-même le deuiL La
communauté
des procureurs fournit douze flambeaux de cire blan-
che du poids de douze livres, qui furent portés chacun
par un clerc. Ces flambeaux étaient ornés chacun
d'un écusson aux armoiries du corps représentant un
–98–

tut élu second syndic des procureurs le < 9 mai < 626'.
Peu de temps après, les consuls de Marseille le nom-
mèrent procureur de la ville, et le 20 août 643 je
vois délivrer en sa faveur par l'administration muni-
cipale, et pour un rôle de frais de procédure, un
mandat de payement de 223 Hvres*, somme alors
assez considérable.
H paraît cependant que Jean-Paul Soleillet donna
des sujets de mécontentement aux consuls de Mar-
seille, car ces magistrats le révoquèrent le 4 janvier
<65t, et ils nommèrent à sa place son couègue
Ravel~.
Les héritiers de Jean-Paul Soleillet possédaient
encore, en 682, leur maison patrimoniale en la rue
de leur nom*.
Cette famille vit plusieurs de ses membres dans di-
verses carrières.
En l'année 630, l'un des quatre prud'hommes des
patrons pêcheurs de Marseille était Jean Soleillet 5.
Le « août 776, Louis-Joseph Soleillet fut nommé
--99

professeur d'hydrographie à i'écote


de hospice de la
Chanté en remplacement du sieur Benet, titutaire de
cet emploi
La famille Soleillet existe encore a Marseille dans
une position honorable.

Registre des dëUbërations da bureau de t'tt&pit.tt-gcnfra) <)e )a Charité de


Marseiitt', no M, aux archives de !'HûteI-Dieu.
iOO

RUE DE LA BELLE-TABLE.

I!<)de la confusion dans les titres


y du quator-
zième et du quinzième siècle qui parlent de la rue de
la Belle-Table, car elle est aussi appelée de la Juterie
ou Jutarie, des Gavotes, de Guilhem-FenouilIe, des
Ëmendats.
Ces noms furent d'abord donnés indistinctement à
la rue de la
Belle-Table et àcelle des Gavotes; en-
suite chacune de ces deux rues
porta invariablement
le nom qui les distingue aujourd'hui.
~0<

Marseille y attira les Israélites, et de cette vil!e ils se


répandirent dans la Gaule méridionale où ils firent le
métier de courtier et de revendeur, comme à Baby-
lone, à Rome et dans Alexandrie
tl y en avait un grand nombre à Marseille dans !r
sixième siècle. LejuifPriscus, l'un des serviteurs du
roi Cbilpéric 1er, maria son fils à une juive de cette
ville'.
Les Israélites de l'Auvergne, persécutés pour leurs
croyances, se réfugièrent en grande partie à Marseille
où ils espéraient trouver
plus de tolérance et derepos.
Ils se trompèrent cruellement, car l'évoque Théodore
voulut leur imposer la foi chrétienne par la violence.
Les Synagogues d'Italie adressèrent leurs plaintes au
pape Grégoire-le-Grand qui, en 59 écrivit à l'évé-
que de Marseille de n'employer, pour convertir les
Juifs, que la douceur la et persuasion
Plus tard, Marseille fut pour les enfants d'Israël
l'une des cités les plus propices, grâce à la bienveil-
<02

Le monastère de Saint-Victor, dans le douzième


siècle, devait aux Jui& marseillais somme
la considé-
rable de quatre-vingt-quatre mille sous royaux'.
Ce siècle fut pour les Juifs un temps de renaissance
leurs académies de Comtoue, de Grenade, de Tolède
et de Barcelone appelaient alors tes rabins les plus
renommés de l'Asie et de l'Afrique. Les Israélites
eurenten France des établissements rivaux de ces
écoles florissantes.
Marseille
comptait, en « 60, trois cents juifs qui
formaient deux synagogues situées au bord de la
mer, l'une dans la ville haute et l'autrela dans ville
basse. La première avait pour chefs Siméon, fils
dAntolius, Jacob son frère, etLebaro. La seconde
voyait à sa tête Paul Perpiniano le riche, Abraham,
son gendre Meir et un autre notable du même nom*.
Vers la 6n de ce siècle, Botin, juif de Marseille,
avait acquis des richesses considérables. Cet Israélite
puissant et Guillaume Vivaud, citoyen marseillais
t03

nées après, Amie! de Fos, seigneur d'Hyères, trans-


féra a Botin, qui était aussi son créancier, la jouis-
sance de ses droits féodaux*.
D'autres juifs firent des prêts d'argent à Roncelin,
vicomte de Marseille*, toujours accablé de besoins
et dedettes; et l'abbaye de Saint-Victor qui, comme
les vicomtes, avait des droits d'entrée du port, donna
à l'Israélite Nasquet, son créancier, la dix-huitième
partie de ses droits', dont deux autres juifs étaient
collecteurs pour le compte des moines*. Les juifs, à
cette époque, avaient souvent des perceptions nnan-
cières.
L'une des toursde l'évéchéde Marseille était ap-
pelée la Tour-Juive~ probablement parce qu'elle
avait appartenu à une famille de Juifs.
Par acte du ~6 mars1276, Charles 1er, comte de
Provence, plaça les Juifs sous sa protection contre
les inquisiteurs du pays qui les accablaient d'avanies6,
et son petit-fils Robert accorda, le 8 juillet t320,
<04

Prefach Dieu, Logart et Mârvan i. Le 9 octobre


1322, Robert donna aux Juifs de nouveaux privilè-
la
ges que régente Marie de Blois confirma par décla-
ration du 23 janvier 4387. Elle permit aux Juifs de
Marseille d'aller la nuit sans lumière dans les rues,
pendant les grandes fêtes contrairement aux règle-
ments généraux de police, qui voulaient que les ha-
bitants ne sortissent qu'avec une lanterne, après
l'heure de la retraite".
Cependant on n'épargna pas aux Juifs de Marseille
les vexations, dans certaines circonstances. Une déli-
bération municipale du 30 janvier ~357 les mit tous
en réquisition, comme des manoeuvres, pour porter
les pierres destinées à la réparation des remparts de
la ville*. Robert, en leur accordant certaines faveurs,
ne les obligea pas moins, par ordonnance du 25 juin
306 de porter un bonnet jaune ou d'avoir ostensi-
l)lement un morceau de drap de même couleur, en
forme de roue, les hommes sur la poitrine et les
femmes sur la tête*. Le 8 avril le conseil mu-
<0o

nicipal de Marseille renouvela cette obligation bles-


sante que prescrivaient d'ailleurs les statuts de la
commune*.
Oa obligeait la commanaeté juive de Marseille
d'envoyer, les dimanches et les jours de fête, un de
ses membres à la cathédrale pour assister aux vêpres
et au sermon. Il y avait, dans le chœur de l'église,
un siège pour représentant
le du corps Israélite qui
payait au chapitre une redevance annuelle de cinq
sous3. On agissait avec moins de douceur dans quel-
ques villes de France. Pendant la semaine sainte, on
faisait entrer un juif dans l'église pour lui donner so-
lennellement un vigoureux souiSet
Les Juifs ne pouvaient s'embarquer plus de
quatre,
à Marseille, sur le même vaisseau. Pendant le voyage
maritime, on leur défendait de manger de la viande,
les jours d'abstinence pour les chrétiens~. Défense
à
aussi leur était faite Marseille de travailler les di-
manches et les jours de fête". On ne leur permettait
d'aller aux bains que le vendredi'. La justice n'ad-
<0()

mettait pas la déposition des Juifs contre les Chrétiens;


mais entre juifs.les témoignages étaient reçus*.
A tout prendre, la condition civile des Juifs à
Marseille ne fut pas des plus mauvaises dans le moyen-
âge. Ils passaient avec les Chrétiens toute sorte de
contrats et faisaient tout genre d'affaires. lis possé-
daient librement
des immeubles, et exerçaient sans
restriction tous les droits de propriété. S'ils avaient
à prêter serment, c'était selon le cérémonial de leur
culte, ~or~Mdaïco*. La qualification de Juif accom-
pagne toujours leurs noms dans les actes publics, et
le titrede Citoyen de Marseille, ct~ Massilie, s'y
voit souvent.
La communauté des Juifs m~rseiHais nommait li-
brement ses syndics, qui étaient ordinairement au
nombre de quatre. Elle avait, au quatorzième siècle,
un établissement de bienfaisance qu'on nommait If~-
lemosina Judeorum de JMs~Mï, sous la gestion de
deux administrateurs 3. Dans le siècle suivant, les
Israélites de Marseille deux institutions
107-

de chanta ils nommaient l'une Fafaca, et l'autre


AfQ~Of'.
A cette époque, les Juifs de Marseille y avaient
deux écoles; l'une, dite la grande, était à la rue
Juterie ou de la Belle-Table~. On voyait l'autre à la
rue de ~(<OM&<ïft~, près le Grand-Mazeau
On avait destiné aux Juiis une fontaine que men-
tionnent des titres de 4306\ C'était le Grand-Puits
d'aujourd'hui s.
La boucherie israélite fut d'abord établie à la place
de Laurel. L'administration municipale fit plusieurs
règlements de police sur la vente de la viande juive%
objet immonde pour les Chrétiens, et il en était ainsi,
aux yeux des Juifs, de la viande de boucherie chré-
tienne.

Le cimetière des Juifs étaitau quartier de Saint-

Ruffi, Histoire de Marseille, t. H, p. 307 et 308.


Elle y était en l'année ttta. Voyez le registre B des censes et directes de
t'Mpitat de Saint-Jacques de Galice de Marseille, aux archives de l'Hôtel-Dieu.
3 La rue de Mttott&orM et le ils étaient dans
grand Mazeau n'existent ptus
le quartier formé aujourd'hui par la place Jean Guin et par la rue Triperie.
–~)8–

Charles, tirant à Saint-Lazare, sur une petite émi-


nence. On le nommait MoM<-JMMOM', et il exista jus-
qu'en 1495. Par lettres-patentes du 13 mai de la
même année, Charles VIII, roi de France, en fit
présent à Antoine CaussemiIIe qui donna les débris
des tombeaux à la commune de Marseille pour ré-
parer les quais du port
Au quatorzième siècle, il y avait à Marseille un si
grand nombre de Juifs que toutes les publications de
police générales étaient à leur adresse aussi qu'à
bien
celle des Chrétiens*. Montesquieu dit que partout où
il y a de l'argent il y a des Israélites Ces hommes,
toujours prompts au travail, toujours âpres au lucre,
se prêtaient à tout et trafiquaient de tout. Ils se char-
geaient des fermes de la ville 5, du recouvrement des
revenus et des censés des hôpitaux où ils portaient
eux-mêmes les malades Ilsy achetaient les bardes

Registre des censes l'hôpital Saint-Jacques de GaHce, t3T3-t59t, territoire


de Marseille, fol. i, aux archives de l'Hôtel-Dieu.
2 Ruffi, Histoire de Marseille, t. JI, p. 307; le P. Desmolets, mémoire
t09

des morts'. Us suivaient les encans publics pour


saisir tes bonnes occasions d'achat qui facilitaient les
meiHeuresventes.Quetques-unsse livraient à un grand
commerce, et, en 330, le juif marseillais Sausse
de Sahnis exportait des vases d'argent et d'autres ma-
tières précieuses". Il n'y eut que la culture des terres
à laquelle les Juifs ne voulurent pas se tivrer ils dé-
daignaient ce travail parce qu'il ne conduisait pas à la
fortune. Dans les annales du moyen-âge, je ne vois
parmi les Juifs de MarseiHe qu'un seul laboureur, Il
s'appelait Manuel, et, en ~6, il cultivait lui-même,
au quartier de Sainte-Marthe, des propriétés qu'il
tenait à ferme de l'hôpital Saint-Esprit*.
Les Juifs de Marseille avaient toujours deux syna-
gogues, mais elles avaient changé de situation. La
principale était placée entre i'éghse Saint-Martin et
celle des Prêcheurs l'autre, un peu au-delà de cette
dernière éghse".
Comme des hommes riches sans cesse menacés
dans la possession et
de leurs trésors dans la jouis-
–~0–

l'administration municipale qui, soit spéculation, soit


justice, défendit leurs intérêts dans plusieurs circons-
tances. Le médecin Bonsues Orgeri, l'un des syndics
de la communauté israéiite, porta plainte contre le
receveur des droits du péage d'Orgon'. Le 6 juillet
4 472, de délibéra
le conseil ville d'intervenir en fa-
veur des Juifs qui contribuaient aux charges commu-
nales et méritaient toute protection~. Il y a plus la
ville de Marseille donna, le 8 août ~484, un bel
exemple de tolérance religieuse. Une fille chrétienne
avait suborné une fille juivepour la convertir au
christianisme. Sur la plainte de Salomon Botarelli et
Baron Descamps, syndics Israélites, le conseil muni-
cipal invita les officiers royaux à poursuivre judiciai-
rement l'auteur de cetacte condamnable~.
C'est un spectacle digne d'intérêt que le dévelop-
pement rapide de la richesse, au milieu des troubles
du moyen-âge, aux mains des hommes persécutés
souvent et rançonnés sans cesse en ces temps d'anar-
ttt

chie et de spoliation. On ne pouvait ni souu'rir les


Juifs, ni se passer d'eux; ils étaient devenus les pre-
miers négociants, les premiers banquiers, les pre-
miers capitalistes des nations occidentales'. Ils obte-
naient de beaux succès dans l'exercice de la médecine,
et s'ils se voyaient exclus des emplois publics et des
positions officielles, si la clameur des haines
popu-
laires les poursuivait partout, ils trouvaient en silence
des compensations considérables dans leculte de l'or
et dans les jouissances qu'il donner L'or n'a l'em-
preinte d'aucune religion et sa puissance est mer-
veilleuse.
Mais on abuse de tous les pouvoirs, et les Juifs
abusèrent de celui des richesses. Ils pressuraient leurs
débiteurs. Le 30 avril <48~, sur la proposition de
Jacques de Forbin, le conseil municipal de Marseille
délibéra d'adresser au roi une supplique pour mettre
un terme au mal des contrats usuraires~. Cette de-
mande n'eut aucun succès, et il faut reconnaître que
les Juifs durent exiger un bénéfice proportionné aux
t~–

çonnés par les princes qui faisaient sur eux des em-
prunts forcés, et leur vendaient fort cher des faveurs
inconstantes. La malheureuse nation juive fut tou-
jours pour les gouvernants la plus grande ressource
financière.
Le roi Charles VIII permit aux Juifs de Provence
en 1 483 d'y démener en repos, moyennant un fort
tribut qu'ils lui payèrent~. Cependant les Marseillais
renouvelèrent leurs plaintes et toute la Provence s'y
associa. Une agitation violente agitait les esprits. Le
0 mai 484, une émeute terrible éclata dans la ville
d'Arles; l'on pilla les maisons juives et l'on détruisit
les synagogues~. L'année suivante, pendant qu'une
maladie épidémique soulevait à Marseille les fantômes
de la terreur et de la mort, la populace, croyant que
les abominations des Juifs déchaînaient sur la
ville les
fléaux du ciel, massacra plusieurs de ces malheureux3.
Les Juifs, saisis d'épouvanté, résolurent de vendre
leurs immeubles, et de se transporter dans d'autres
pays avec leurs valeurs mobilières.
H3–

quelques jours après', de sortir de la ville avec leurs


biens, en leur défendant toutefois de céder à des
étrangers leurs créances contre des Chrétiens Ko
489, Charles VIII fit droit aux remontrances des
états de Provence touchant l'annulation des contrats
à conditions iHicites*.
passés par des Juifs des
Les choses en étaient là lorsque Louis XI!, eu
~498, expulsa les Juifs du royaume 3. Plusieurs se
réfugièrent dans les pays étrangers. Quelques-uns
embrassèrent le christianisme mais comme ou ne
tint pas la main à l'exécution de cet édit, bien des
Israélites restèrent comme auparavant. Le ~6 sep-
tembre <SOt, Louis Xïï fit un nouvel édit qui fut
exécuté à la rigueur, et, trois ans après. le fisc roy.)!I
les des Juifs*.
se saisit de tous biens
Les entants d'Israël perdirent dès-lors )em' ctat
civil et leur existence légale; leur culte fut proscrit
Ceux d'entre eux qui eurent la faiblesse de sacriue)
leur foi religieuse à leur repos et à leurs intérêts n en
continuèrent pas moins de porter aux yeux du pe)!p)c
;<4

sans culte public. Seulement, peu d'années avant la


révolution de ~789, on leur permit d'avoir un petit
temple qui était au troisième étage de la maison
n° de la rue du Pont. Il ne lallut rien moins qu'une
immense régénération politique et sociale pour éle-
ver les Israélites français à la dignité de citoyens,
pour assurer la pleine liberté de leurs croyances,
pour les placer sous l'égide de l'égalité civile, au
milieu de notre grande famille nationale au soleil
même de cette civilisation bienfaisante et féconde
qui laisse à la conscience humaine son indépendance
absolue, tient compte de tous les services, et n'es-
time les choses qu'à leur valeur réelle.
–n5–

RLE FOIE DE BOEtT

Au moyen-âge cette rue s'appelait de la tc!/r<

~e, et elle porte encore ce nom dans un acte du


mai ~627 par lequel Antoine Aurcngue, bour-

geois de Marseille, vend aux consuls de cette viHe


une maison pour agrandissement du coiïége de 0
ratoire*.
La fabrique de verre, connue sous le nom de Vey-
rarie-Vieille, remoutait aux prenuèrcs années du qua-
))6–

rcnt que c'est àReiuane que revient l'honneur d'avoir


possédé la première verrerie provençaic* favorisée
par René. I! paraît, au contraire, qu'il y avait depuis
longtemps dans le pays des fabriques de verre'
Du moins la certitude existe pour Marseille. Le
verrier Bernard Raimbaud ngure comme témoin dans
un acte fait en cette ville le 14. septembre t315~, et
Guillaume Agréne, le maître de la fabrique de verre,
est mentionné, comme partie contractante, dans un
autre acte du 8 octobre 325. Agrène demeurait dans
sa fabrique même* que nous voyons dès-lors en
pleine activité. Des ordonnances municipales défen-
daientl'exportation des débris de verrerie et tous
ceux qui voulaient vendre du verre cassé devaient le
porter au four du maître verrier. Le prix en était
fixé à deux deniers la livre6. ville
La faisait alors im-
primer une marque sur tous les vases de verre servant
a mesurer le vinnouveau', et comme cette prescrip-
tion était négligée en <363, le conseil général la rc-
))7

nouveia ie 9 septembre
Les apothicaires de Marseii ~c
avaient des fioles de verre et plusieurs inventaires
d'objets mobiliers prouvent qu'au moyen-âge cette
matièreétait commune dans les usages domestiques*.
Je vois à MarseiHe, en H un verrier du nom
de Pierre Vitahs\ Était-il le maître de la fabrique? `?
était-ceun simple ouvrier ou simplement un mar-
chand de verres? Je ne saurais le dire, car le mot
latin MM-en'M~ s'applique à ces trois positions dîne-
rentes, et il avait
y des marchands de verres dans la
partie de la rue Négrel avoisinant la rue du Foic-de-
BœuP.
Quoi qu'il en soit, en H6, le maître verrier de
Marseille s'appelait Manuel Vidât' était remplacé
par Mathieu Vidât en t435\ et il parait que la fa-
mille Vida! exploita longtemps cette fabrique.
SeionWinketmann, !es anciens faisaient en général
un usage plus fréquent du verre que les modernes, 1
Sëiince du t9 septembre 1363 dans le registre des dehbéra.Uons munteipa]~
de 1361-1363, aux archives de la ville.
<t8–

et ils portèrent t art de )a verrerie à un point de per-


fection que nous n'avons pas encore atteint 1. Cepen-
dant plusieurs ont dit, et le bon Ro!tin a répété, que
) usage des vitres ne fut pas connu des anciens~. Cet
usage existait en France à la lin du treizième sièc!e,
mais il était fort rare. Cet en
art, porté Angleterre
par les Français en 180 fui regardé comme une
grande magnificence~.
A Marseille, au quatorzième siècle, les châssis
des croisées' d~ la plupart des maisons avaient, au
lieu de vitres, des carrés de toile blanche cirée qui
était ainsi transparentect à l'abri delapluie, laquelle
y glissait comme sur du verre. C'est du moins ce que
je vois aux fenêtres de hôpital de !'Annonciade% et
il devait en être ainsi pour les maisons particulières,
à l'exception de celles des familles riches.
Le verre devint ptus commun <~ Provence au sei-
zième siècte. L art de le fabriquer s était perfectionné
en France, où l'on ne buvait plus dans des tasses de
des
!)9

une cloche, un cheval, un oiseau tout ce que pou-


vait imaginer le goût ou le caprice des fabricants
de
La famille Bon possédait, au seizième siècle, la
verrerie de MarsetHe qu'elle dirigea, de père en (Hs,

pendant plus de deux cents ans. En H 4 cette an-


cienne maison était représentée par la dame de Bon
veuve Salard, tante de Joseph d'Escrivan qui s'asso-
cia avec elle pour {'établissement d une verrerie en
la même viue*.Une vingtaine d'années auparavant.
les frères Janvier et Joseph de Ferri, parents du pre-
mier fabricant de Goult, ayant voulu créer une fa-
brique de verre à Marseille, en furent empêchés par
les échevins, lesquels pensèrent que la fabrique qui
existait depuis plus de quatre siècles était suffisante,
et qu'une seconde verrerie nuirait au public en con-
sommant trop de bois Le parlement d'Aix confirma
cette sentence l'année suivante*.
Les verriers de Provence, même les simples ou-
vriers, se disaient tous gentilhommes. Bien des gens
au sérieux cette noblesse mais d'autres
–420

RUEtNGAMENNE

n acte du 2t mars 1380 donne l'explication du


niot In~ariennc.
V
Cette rue avait alors deux noms. On
tantôt la rue ~~E~MMTMMM;
)appelait tantôt la
Honne-Rue la ~OM~-Camcm*. Mais nous croyons
que le mot ~p~EM~Mame[?M était déjà corrompu.
Ce mot dut d'abord se prononcer et s'écrire e~M
~MarrMM de monsieur Guarrianpuis le singulier
devint un pturiet le mot qualificatif en ne fut plus
<2<

terie, la rue d Enguarrian fut aussi nommée la


Bonne-Rue, parce qu'elle était pleine de femmes de
mauvaise vie H en était ainsi Aixà où la rue anëctée
aux prostituées avait te même nom
Ces femmes avaient, dans chaque ville, des rues
pour leur infâme trafic,qui devint une profession re-
connue et soumise desà règlements de police 3. A
Toutou, on leur donna un quartier pour demeure~
on en fit de même à Arles s et à Sisteron".
Au reste, dans la plupart des villes importantes,
les administrations municipales plaçaient sous leur
direction les lieux de
débauche, que le philosophe
Montaigne estimait nécessaires~. A Toulouse, du
temps des premiers comtes, un établissement de
prostitution avait été ouvert aux frais de la cité qui
en tirait un grand bénéfice, et assurait ainsi le repos
des femmes honnêtes*. Cette maison était située hors

François d'Aix, Commentaire des statuts municipaux et coustumes ancien-


nes de la ville de Marseille, p. 512.
–422–

des murs et on l'appela la grande a66en/e A Mont-


pellier, la prostitution légale avait aussi son asile aux
limites de la ville, sous la garde des magistrats qui
percevaient un impôt sur les femmes communes et sur
leurs fermiers privilégiés~. L'une des rues où elles
étaient reléguées s'appelait la rue Chaude 3. Il y avait
aussi à Narbonne une rue Chaude qui était pleine de
femmes débauchées A Nimes à Salon, à Beaucaire",
on destina aussi des locaux au logement des courti-
sanes réunies en communauté, et le régime de ces
maisons fut mis au nombre des services publics.
On a beaucoup parlé de la maison publique d'Avi-
gnon que le gouvernement de la reine Jeanne fit régir
par des statuts de 347, dont Astruc nous donne le
texte qui est écrit en langue provençale Les uns en
ont soutenu l'authenticité~ les autres n'ont vu là
qu'une mystification 9. Quoi qu'il en soit de cette con-
troverse, une maison municipale de débauche dut
–<23–

exister à Avignon comme dans les principales villes


de Languedoc et de Provence, et l'on peut assurer
que les curieux statuts du .BoM~eoM privilégié de la
cité papale où la prostitution s'était installée à la mode
italienne, sont, de tous points, conformes à l'esprit
et aux mœurs du quatorzième siècle.
Au moyen-âge, une incroyable débauche fut la
suite de la grande disproportion qui existait entre les
deux sexes, car après les Croisades on comptait pres-
que généralement en Europe sept femmes contre un
seul homme' Les preuves de cette débauche publi-
que sont écrites sur tous les monuments de l'histoire,
et ceux qui vantent la pureté des mœurs de nos ancê-
tres en parlent à leur aise et sans en rien connaître.
A Marseille, la débauchepublique fut réglementée
de bonne heure et de toutes façons. Les statuts mu-
nicipaux défendaient aux femmes perdues d'avoir leur
résidence dans le voisinage des églises et dans celui
du monastère Saint-Sauveur, de porter des habits
riches, des pierreries et des couleurs éclatantes, pour
.)

pudiques ne pouvaient a!)er aux bains qu un jour de


chaque semaine et ce jour était le lundi. Toute con-
travention à cerég!ement de la part des teneurs de
bains était punie d'uue amende de soixante sous
royaux couronnés; la peine contre les femmes elles-
mêmes était arbitraire
Le comte de Provence percevait à Marseille en
<385 et !es années suivantes, un droit qu'on appelait
euran peloux, redditus CMmMM~pe~oM~ qui était
établi sur la prostitution. Les voisins de la ruedels
Enguarrians, ou de la Bonne-Rue, demandèrent
par deux fois, le i 1 janvier et le 15 juin 495, que
les femmes publiques allassent demeurer aiiieurs". Il
parait que cette anhire n'eut aucune et suite,
la plaie
de la débauche ne fit que s'étendre et s'envenimer.
En exécution d'un arrêt du parlement de Provence
qui avait ordonné d'établir un bourdeau à Marseille,
le conseil municipal de cette ville mit l'affaire en dé-
nbération le C février 343, et s'en occupa encore
hauteur des
Moutins, près de tHôiet-Dicu.
assez
Mais comme ce terrain était scrvifc au chapitre de, la

Major qui voulut le retenir par droit de prétation la


ville se vit obligée d'abandonner t'entreprise'.
Le projet d'une grande maison publique pour y
loger les femmes de mauvaise vie fut repris par la
ville de Marseille
quelques années après. Le 3 no-
vembre ~5Sa, le conseil municipal chargea les con-
suls de la construction d un local « pour faire retirer
<' les filles faillies et vivant indignement pour obvier
« aux inconvénients que journettement advenaicnt a
« tautte de ladicte maison )). Mais il paraît que cette
anaire en resia là car nous n'en voyons plus aucune
trace.
Les continuèrent, à Marscitie, à s'é-
prostituées

tablir non-seulement dans la rue f~.s EM~Marna~,


mais encore dans plusieurs autres rues,
principale-
ment au quartier de la Roche-dcs-Moutins~. Les

agents de prostitution étaient nombreux. Les comtes


de Provence avaient promulgué contre eux des lois
t26

en désuétude, et les ~M~Mms, car c'est ainsi qu'on


appelait ces infâmes entremetteurs, purent dès-tors
compter sur une impunité scandaleuse.
Le conseil municipal de Marseille nommait chaque
année, sous le titre assez impudique de Subrestans
du CM~M peloux, des commissaires chargés de l'exé-
cution des règlements de police sur les prostituées
mais ces commissaires exerçaient leurs fonctions avec
une négligence excessive, et leur élection finit même
par n'être qu'une chose de pure forme, dans le dé-
bordement des plus mauvaises moeurs. En t656, un

grave jurisconsulte marseillais n'avait que de t'indut-


« veu que cette
gencc pour les passions amoureuses,
« fureur a des charmes puissants, et que ny pru-
la
« dence ny la sagesse ne servent de rien où la force
« commande a A cette époque la coutume seule
maintenait les commissaires dont l'emploi était dé-
risoire, et l'on en pourvoyait les hommes les plus
ridicules. En t654, on nomma Peyron Torticolli 2.
L'année suivante, le d'élection aprèa
t27

Les trois consuls


de Marseine, Jcan-Bapiistc de
Villages, Joseph Beo!an et Dominique Truc, présents
à la séance demandèrent acte de cette
nomination,
et ils la signèrent au milieu de l'hilarité générale.
Les choix faits les années suivantes pas ne furent
plus sérieux. En on~657,
nomma François Pedas,
~OMpQfpct~OM~c'.En ~658 et 1659, on élut Rou-
baud que le peuple appelait loti ~OM~pe/a~'c, et
que les gens se piquant de parler français nommaient
la trompette crtminet!e\ Après elle on n'émt plus
personne, car la farce était trop usée. Le propre des
anciennes administrations de Marseiue étaitcoûter
de
peu et de rire beaucoup.

Registre 57, fo). 430.

Registre 58, fol. 379, et registre 5H, fol. tTU.


–<i28–

RUE DES GRANDS-CARMES.

La rue des Grands-Carmes, qui va de la rue Sainte-


Marthe au boulevard des Dames, s'appela d'abord la
rue de i'Annonerie-Haute, Carreria Annonarie-
<SMpenon.s en latin, et Ce~W~'a! de l'Annonaria-
Sobeirana en provençal, parce que la communauté
y avait établi une halleou un marché au blé. Ce nom
de rAnnoncrie-Haute a quelquefois été donné à la
)39–

enfin il
fut remplacé par celui des Grands-Carmes'.
L'église de cet ancien couvent a sa façade sur la p)ace

a laquelle il a donné son non), et F un de sescôtés

longe la rue qui lui doit aussi le sien.


Des religieux du Mont-Carmet, en Palestine, venus
a Marseille vers le milieu du treizième siècte; bâti-
rent au quartier rural d'Aigatade un monastère qui
n était pas encore achevé en ~265. Ce futle premier
de cet ordre en Europe. Ces moines construisirent,
environ trente ans après, une autre maison dans t in-
térieur de la viue, des deniers de la riche tamiHe (h'
Monteous qui voulut attachersa gloire à cette fon-
dation. En i603, on rebâtit i'cghse du couvent, qui
était en ruine, et tes aumônes de la confrérie de

Notre-Dame-du-Saint-Scapuîaire, qui taisait ses


dévotionsdans cette éghse~, sumrent à ladépense.
La ville se borna à donner, en <6~9, un secours de
cent cinquante livres pour t'achcvement du pres-
bytère".
Une maladie une de !a
)3U–

lampe d'argent pour brûler Mns cesse devant le


maître-autet de i'éghse des Carmes, et la ville s'en-
gagea à donner toutes les années dix-huit livres pour
l'huile. La première pierre du clocher fut posée, le
3~ mars 164 0, en présence des consuls. Les confrères
de Notre-Dame du Saint-Scapulaire firent placer dans
leur chapelle l'image de leur patronne, en argent et
en relief, que l'on admira généralement comme un
chef-d'œuvre'.

On montrait auxétrangers et aux curieux un buste


tenant au mur de taçade d une vieille maison de la
rue des Grands-Carmes, à la hauteur du cordon du
premier étage. Il était porté sur une console sous la-
quelle se dessinait une tête qui ressemblait à cette
d'un loup. Autour de cette tète naissaient des feuilles
d'acanthe qui, se repliant en arrière, enveloppaient
toute la console sans servir immédiatement d'appui
au buste, lequel s'étevait sur une espèce de socle ar-
rondi d'où il sortait comme d'une cuve; il était nu
devant, une sorte de manteau se laissait voir der-
–t3<

On s'appuyait sur la tradition pour dire que c'é!ait


le buste de Milon que l'éloquence de Cicéron ne put
sauver de l'exil à Marseille. Mais les traditions les
plus anciennes ne sont souvent que des tables. Celle-
ci, quoi qu'on en ait dit, n'avait pas même l'avan
tagc d'être de vieille date; ce qui n'a pas empêché
Grosson de s'y laisser prendre, et il discute, d'après
d'autres, la question de savoir si le buste de la rue
des Grands-Carmes représentait Milon ou Saint-Victot
qui reçut à Marseille la palme du martyre Millin
mieux avisé, n'a vu là qu'une mauvaise sculpture du
quatorzième ou du quinzième siècle, représentant te
Christ après la ilagellation~.
On s'était y avait à Marseille un autre
imaginé qu'il
monument en l'honneur
de qui pourtant ne ré-
Milon
sida pas longtemps en cette ville. Rappelé par le pré
teur Célius, il fut tué dans la Calabre pendant lii

guerre de César deet Pompée. On n'en crut pas


moins voir son cénotaphe en marbre blanc dans la
maison de de
M. Sommati.
.>

satisfait de leur rigueur. Mais que put-on lui montrer


à Marseille, bazar bruyant où bourdonnait l'esprit
mercantile? vit
Scaliger n'y que le cénotaphe auquel
on attachait le nomdu citoyen romain qui tua Clodius.
Et pourtant, pour trouver à Marseille des statues,
des inscriptions, des médailles, des débris épargnés
par l'injure du temps, il ne fallait pas de grands
efforts; on n'avait qu'à creuser la terre où vint s'as-
seoir cette fille de Phocée, belle de tout l'éclat de la
civilisation Ionienne. Mais, selon le témoignage de
Rum, on emportait bien vite ces restes du génie an-
tique dont s'enrichissaient chaquejour les cabinets
des amateurs étrangers, « y ayant fort peu de Mar-
« seillais qui aient passion pour semblables cu-
« riosités' »

'Kufti,Histoire de MarseiUe.t.H,p.SU.
):{

PLACE ET RUE DE LOHETTE.

L'ardeur des Croisades conduisit a Marseille une


foule de pèlerins; la plupart avaient plus
et comme
de foi que d'argent, ils se voyaient accablés de fati-
gue et de misère en arrivant dans cette ville, et de-
mandaient à ses hôpitaux des secours que ceux-ci ne
pouvaient pas toujours leur donner. Ce fut pour sa-
tisfaire à ces nécessités de bienfaisance que l'on fonda
à en l'année la maison de Saint-
–~34–

ans après, suivant lesautres~pourrésisterauxMaures,


lesquels troublaient la dévotion des pèlerins qui al-
iaient à Compostelle visiter le tombeau de saint Jac-
ques. Ces chevaliers furent mis, en L175, sous la
régie de Saint-Augustin, et firent voeu de chasteté
mais plus tard le pape Alexandre II! leur ayant permis
de se marier, ils ne le purent faire sans l'autorisation
écrite du roi. Plus tard encore ils ajoutèrent à leurs
vœux celui de défendre l'Immaculée Conception de
la Sainte-Vierge.
Les chevaliersde Saint-Jacques-des-Epées avaient
«ne robe blanche et un chapeau de même couleur, et,
pour marque plus spéciale de leur ordre, ils portaient
sur la poitrine la croix rouage fleuronnée au pied long
en forme d'épéc. Leur tête était rasée de manière à
ngurer une couronne.

L'hôpital de Saint-Jacques-des-Epées de Marseille


n eut jamais beaucoup d'importance. Je ne vois, en
1399, que onze lits dans la salle des et trois
hommes
i3~

L ne confrérie d liommes et de femmes, sous te

titre de luminaire de
monseigneur Saint-Jacqucs-dcs-

Épées, coK/a~r~ e coM/'ro!/rc~~ de ~MMen~nft (~


mo~en~or ~n~-JaMMf-df-~s-F~M.! subvenait
aux frais d'entretien de cette œuvre au moyen d une
souscription.
il avait dans cette confrérie, et) i année dont
y je

parle, cent quatre-vingt-onze hommes et trente-sept


femmes, presque tous recrutés dans les ctussesou-
vrières. Nous voyons cent trente-six confrères et
trente-trois cûM/h~ en 4o2 Quetques-uns de
ces associés appartenaient à ia classe bourgeoise; tous
les autres étaient des gens du peuple. Un seul avait
un rang éievé; c'était Jacques deCandole. Le nombre
des membres de cette association charitable alla tou-

jours eu diminuant. On ne comptait, en t678 que


soixante-six hommes et seulement onze femmes 1

parmi lesquelles figurait Janone de Fabas, prieuressc


de Saint-Sauveur. Leur nombre cependant se releva
–~6–

sé-
petite église coutiguë à son local, et des prêtres
culiers la desservaient. Le2 septembre ~43, la con-
frérie acheta une maison attenante pour agrandir ce
local'.
Ses quatre recteurs cédèrent, par acte du 30 dé-
cembre 1555, au père Olméon, provincial des Ser-
viles, la maison et l'église. Pierre Boqueri, vicaire
général du diocèse de Marseille en l'absence du car-
dinal évoque Christophle de Monte, fit procéder à
) installation de ces religieux par le notaire Alpbanti,
en présence de plusieurs personnes parmi lesquelles
on remarquait Jean Fabri, dit Samsaire, dont l'initia-
)i\<; et l'influence avaient eu tant depart dans l'appel
des Servites à Marseille qu'on lui donna le titre de
fondateur de leur couvent
La maison aux pères Servites
cédée devint leur
couvent, et l'église de Saint-Jacques-des-Ëpées des-
servie par eux prit dès-lors le nom de Notre-Dame-
de Lorette. Quelque temps après, une congrégation
t37–

Ce fut alors que la place où l'œuvre des pèlerins.


le couvent des Servites et leur église étaient situés,
prit le nom de Lorette, et qu'on donna le même nom
à la rue vaquide cet te place au boulevard des Dames.
de
Ce nom Lorette ne fut pourtant pas donné tout
d'un coup, et il y eut, comme on le vit ailleurs en
d'autres circonstances, une assez longue transition
pendant laquelle la place et la rue dont il s'agit ici
portèrent en même temps deux dénominations. Une
partie du peuple ne cessa d'employer l'ancienne
qui était celle de Saint-Jacques-des-Épées, et nous le
voyons encore dans quelques actes publics du dix-
huitièmesiècle Ce n'était là qu'une exception, et
le nom de Lorette était alors
àpeu près général.
Mais le plus ancien nom est celui de CavuiUon il
existait à la fin
du treizième siècle, avant l'établisse-
ment de l'hôpital de Saint-Jacques-des-Épées 2. C'é-
tait le nom d'une famille marseillaise, et il finit par
devenir celui de l'un des quatre quartiers de la ville
–<38–

La place et la rue de Lorette n étaient pas l'asile


des bonnes moeurs, s'il faut en croire un vieux dic-
ton populaire peu flatteur pour la vertu sexe,du beau
Leis ~o.< de /.oretJ

Pouedon pas couchar soulettos.

Le fameux Pierre Libertat dans la journée


qui, du
~7 février 't596 assassina, par ambition et cu-
par
pidité, son bienfaiteur le premier consul Charles de
Casaulx, était logé dans la rue de Lorette, en face
de la rue Sainte-Claire. Gorgé de biens, comblé de
puissance et d'honneurs, il ne jouit pas longtemps
du fruit de son marché avec le duc de Guise gou-
verneur de Provence, car il mourut le H avril 697,
à la suite de grandes douleurs aux jambes et le
peuple qui s'imagine toujours que les personnages
sur lesquels il fixe ses regards ne peuvent pas mourir
naturellement, surtout quand la maladie est rapide,
crut que Libertat avait succombé à l'effet d'un bas de
soie empoisonné*.
<39

des anciens privilèges de la cité. Au commencement


de 597, du Vair ouvrit les audiences à Marseille
par un discours qu'on peut lire dans ses oeuvres'.
le
Chacun vantait savoir et l'éloquence de ce magis-
trat d'élite qui devint plus tard premier président du
parlement d'Aix, puis évêque de Lisieux et par deux
fois garde-des-sceaux de France. Un historien de
Provence l'appelle « l'oracle la colonne de justice,
« la merveille de son siècle ». Il vanic l'or« et miel
« de sa langue~ H. En rejetant l'exagération de ce
style emphatique, on peut dire en toute vérité que
Guillaume du Vair obtint de beaux succès dans la
culture deslettres. Digne précurseur de Pascal, il fut
l'un des premiers prosateurs qui formèrent la langue
française
Du Vair, représentant onicie! de i autorité royale à
Marseille, voulut que les plus grands honneurs fus-
sent rendus a la mémoire de Libertat auquel, après
tout, Henri IV devait la réduction d'une ville consi-
dérable. Le corps du défunt fut embaumé, et on l'en-
)40

servance' avec une


pompe extraordinaire. On eu)
beaucoup moins fait pour uu grand citoyen, pour un
héros de désintéressement et de patriotisme. Le peu-

pie, qui suit toujours le char de la fortune et se pros-


terne devant tous les vainqueurs se aux amis
joignit
de Libertat dont les funérailles eurent une pompe
émouvante. Le président du Vair mena le deuil à la
tête de la compagnie souveraine.
Après le service religieux, les magistrats et les
principaux personnages du cortège accompagnèrent
le père et les deux frères de Libertat jusques à la mai-
son du défunt. Des flots de peuple inondaient la rue
de Lorette, cette de Sainte-Claire et toutes les rues
voisines. Des spectateurs se pressaient aussi aux fe-
nêtres. La pompe de l'appareil funèbre, le souvenir
de Libertat, les circonstances politiques justifiaient
cet empressement, et d'ailleurs la foule, impression-
née par la grandeur du spectacle, était avide d'en-
tendre un orateur de renom dans une cérémonieso-
lennelle, et je dirai aussi dans une dinicile.
)j.)
Le président de la cour souveraine parla d abord
de la nob!e origine de Libertat. Vers la fin duquator-
zième siècle, Bayou, son trisaïeul, habitait, dans la
Corse, de
la ville Calvi sous le joug de deux
courbée
tyransqui voulurent la livrer aux Espagnols. Mais
Bayon, vengeur des droits de ses compatriotes, ha-
sarda courageusement sa vie dans une entreprise
contre ces deux oppresseurs qu'il tua de sa propre
main, et il rendit ainsi la liberté à sa patrie qui lui
donna le surnom de Libertat, dans les transports de
sa reconnaissance. Baptiste son fils se distingua
par
sa valeur guerrière en Sicile et en Catalogue, et il
laissa un fils nommé Barthélémy qui vint fixer sa de-
meure à Marseille, où il vécut avec autant d'honneur
que de distinction 4.
Suivant du Vair, Pierre Libertat fut l'instru-
ment choisi par la bonté divine dans l'oeuvre de la
réduction de Marseille. II le compare sans façon à
Brutus, comme s'il suffisait de commettre un meurtre
avoir le cœur du dernier des
–42–

« non à Marseille non en Provence, non en France,


« mais par tout le monde non pour le temps de sa
<f vie, non pour le temps de la rostre, mais pour les
« siècles à venir. C'est une consolation en laquelle
« ceux qui l'ont aimé peuvent prendre part. M
Puis, du Vair s'adressant a la famille de Libertat
« Vous, son père et ses frères, vous y avez droitde
« préciput car outre que vostre nom vous fait parti-
« ciper à l'honneur et ala gloire d'~ défunt, vous
« jouissez et jouirez encore de la bienveillance de
« tous vos concitoyens, laquelle il vous a acquise par
« son mérite. de sorte que pour un enfant ou
« un frère que vous avez non pas perdu, ains esloi-
« gné de vous, il vous en demeure cent mille ici bas
« qui vous rendront la mesme afîectioa, les mesmes
« offices que vous eussiez peu attendre de lui. Quel
« plus doux charme pourrait souhaiter votre douleur?
& Après cela, quelle consolation vous peut manquer?
« Mais je fais tort à vostre vertu, si je crois que vous
<43–

des pensées c était un assez beau langage pour cette


époque de transition entre l'idiome d'Amyot et de
Montaigne et la des
langue grands écrivains du siècle
de Louis XIV.
La mort et les funérailles de Pierre Libertat furent
pendant longtemps un sujet d'entretien à Marseille
surtout dans le quartier de Lorette ou sa famille et
lui-même avaient toujours demeuré. D'ailleurs l'émo-
tion populaire fut alimentée par les honneurs qu'on
lui rendit ep~ore après ses funérailles, comme si tout
ce qu'on avait fait pour lui ne suffisait pas. Mais il
n'est pas de bornes à l'enthousiasme des factions
triomphantes, et rien n'arrête l'esprit de parti dans
les égarements de son ivresse. Il ne saurait jamais
trop faire pour ses idoles, quelque méprisables qu'el-
les soient. Le 8 novembre !598, le conseil municipal
de Marseille délibéra qu'une statue d'airain ou de
marbre serait élevée à Libertat, et que pour honorer
perpétuellement sa mémoire, le viguier et les consuls
assisteraient en cérémonie à un service funèbre, le
)44–

une procession générale qui se faisait encore en 1692'.


A cette époque, l'hôpital de Saint-Jacques-des-
Épées continuait de fonctionner sansbruit, mais en
restant fidèle à sa mission modeste. Au mois d'octo-
bre 4 696 des lettres-patentes du roi mirent t'Hôtet-
Dieu de Marseille en possession des biens de petitce
hôpital qui n'eut plus d'existence propre, sans cesser,
pour cela, d'avoir la même destination2. Ce vieux
bâtiment de Saint-Jacques n'avait qu'un étage sur
rez-de-chaussée~. Enfin le
roi, par lettres-patentes
du mois de juillet4766, l'annexa à l'Hôtel-Dieu.
D'un autre côté, un arrêt du conseil supprima, en
4775, le couvent de Notre-Dame-de-Lorette qui
n'avait plus qu'un seul religieux. Le 4 décembre

il y a quelques années,et pour toujours, je le pense du moins, car c'est justice.


Le service funèbre se fit avec le cérémorial exigé jusqu'au mois de février
tfMM. L'administration municipale crut devoir s'arrêter à la clôture de ta période
séculaire. Mais la famille de Libertat réclama pendant longtemps, attendu que
le service avait été fondé à perpétuité. En 1716, la question fut soumise au

jugement des commissaires royaux dëtëguës par la cour pour statuer sur la
situation financière de la vitte de Marseille et sur d'autres affaires importantes.
Ces commissaires décidèrent que le service funèbre en l'honneur de Libertat
<4o–

H83, les recteurs de l'Hôtel-Dieu reprirent un projet


que leurs prédécesseurs avaient discute en t698 et
qui n'avait pas eu de suite. C'était de placer dans
l'Hôtel-Dieu même l'asile des pauvres passants Des
dimcuîtés s'y opposèrent encore. 784 Le 7 avril
le bureau délibéra de loger les voyageurs indigents
dans une maison que l'Hôtel-Dieu possédait à la rue
des Bannières, et de vendre les vieilles bâtisses de la
place de Lorette*.
Les enchères publiques furent ouvertes le 38 oc-
tobre suivant, et le sieur Gandy rapporta l'adjudica-
tion au prix de 3,6So livres qui servirent à l'achat
des maisons nécessaires à l'agrandissement de l'Hôte
Dieu 3.

Registre S des délibérations du bureau de l'Hôtel-Dieu de Marseille, tin


U mai tTSC au 3i décembre i786, fol. 103 verso, aux archives de i'H<ttet-Dif)).
2 Même registre, fo). 115 recto et verso.
3 Livre Trésor de
l'hôpital de i'Hotet-Dieu de Marseille, t7TO a 1786, fol. tOt
et suiv. Livre des recettes et dépenses des trésoriers de la nouvellebàtisse
de t'H&tet-Dieu, de 178i à 1793. Gestion du trésorier Gimon, année t"!S4.
Registre S des délibérations du bureau de l'Hôtel-Dieu fol. t«i recto; aux s)-
chites de rHttet-Dieu.
–<46–

RUE SAINTE-CLAIRE

La rue de Sainte-Claire est.mentionnée dans un


acte du 6 juillet 1332, aux écritures de Philippe Gré-
goire, notaire à Marseille*. Mais cette rue n'est
pas
celle qui porta plus tard le même nom quiet le porte
encore aujourd'hui. La vieille rue de Sainte-Claire
n'était qu'un chemin public traversant un faubourg
de Marseille, à une petite distance des remparts, au
)47–

c est-à-dire sur les recettes


municipales. Le roi Ro-
bert, tils de Charles la 11,
reine Jeanne, la reine ré-
gente Marie de Blois, son fils Louis H, René, puis les
rois de France, confirmèrent ce don, et quelques-
uns de ces princes accordèrent même d'autres faveurs
aux clairistes de Marseille
En 4337, la Provence épuisée, haletante, était en
proie aux plus affreux désordres de l'anarchie et tade
guerre. Arnaud
de Servole surnommé l'archiprêtre,
ravageait te pays à la tête d'une troupe d'aventuriers
ivres de sang et de rapine, soldats débandés de l'ar-
mée française après la malheureuse bataille de Poi-
tiers où le roi Jeanfut pris par Anglais.
les Le 28
décembre 357, le conseil généra! de la commune de
Marseille délibéra, dans un intérêt de défense et de
salut public, de raser jusqu'en leurs fondements les
faubourgs voisins des remparts*. Le couvent des
clairistes fut ainsi condamné la à démolition mais ii
parait qu'il ne la subit qu'en 1359. Les religieuses,
au nombre de dix-neuf, se réfugièrent dans 1 église
it8–

plus tard rueNeuve de-Sainte-Claire. On la nommait


encore ainsi en 1 628 Le mot Neuve disparut enfin.
Le 17 septembre 1694, l'église du couvent de

Sainte-Claire, qui se trouvait dans un état de vétusté


et de ruine, s'écrouta sans blesser personne 2. On se
mit en devoir d'en construire une autre qu'on décora
Catalan de
plus tard de plusieurs tableaux de Serre 3,
naissance, mais qui fit à Marseille sa patrie d'adop-
tion, quelque chose de mieux que de beaux ouvrages
de peinture car il s'y distingua, pendant la peste
de 720 par sa bienfaisance et par son courage.
Au commencement de < 794 quand les comités
des terroristes de Marseille, serviles instruments des

proconsuls conventionnels, frappaient de leurs ver-


ges de fer des troupeaux de captifs', l'ancien monas-
tère des clairistes, vieil édifice tout délabré, fut changé
en prison et la plus atroce tyrannie y entassa pêle-
mêle des hommes de tout âge et de. toute condition,
négociants, cultivateurs, riches, pauvres, lettrés,
ignorants, tous séparés naguère par la différence des
H9

RUE DES GAVOTES.

Je vois déjà ce nom eu t33t. L'adnunistration de


rbôpita! Saint-Esprit choisit la femme d'un nommé
Pierre Ripert pour la nourrice d'un enfant trouvé.
Cette femme demeurait à la rue des Gavotes~, ~t était
peut-être gavote elle-même. Toujours est-il qu'il :y
en avait beaucoup dans cette rue.
Les habitants de la
haute Provence et d'une partie
du Dauphiné, généralement connus sous le nom de
);)U

gavote <, et qui tenait son rang parmi les danses po-
pulaires en Provence: la farandole qui paraît nous
venir des Grecs les o/t~M~ qui sont, dit-on, d'une
origine sarrazine la ~ofe~Me aimée du roi René*
let ~OM~.se~ la et ravergade dont nous parle Talle-
mant des
Reaux 5 la ?M~a~ mise en vogue par
les habitants des Martigues' ~'ctM~CK'~ût gaya et tiro
r~CM~ochante
que AntomusArena dans sesJoyeusetés
macaroniques'; volte enfin, cette espèce de valse
cetèbrequi fut, te 16 mars 154~, l'objet des censures
de Jean-Baptiste Cibo, évoque de Marseille, parce
que la décence n'y était pas observée

Honnorat, Dictionnaire provencat-franfais, au mot CfK'otft.


Guys, Voyage littéraire de )aGrÈce, t783, t. t. p. m.
3 du du i9T.
Noyon, Statistique département Var, p.
4 Vicomte Villeneuve Histoire de René t. 1! 8<.
Bargemont; d'Anjou, p.
5 Historiettes, seconde t.
édition, p. 206.
c Honoré Histoire de Provence,
Bouche, t, t, p. S21, et t. il, p. 6~8.
7 .4J SMM de 1758, ~oMt~ttu,
cuMtptM/ttOtKs, édition p. 33, Ot et(}2.
s des travaux de la sofiëte de statistique de Marseitte, t. H, p.
Répertoire m
;-t )4U.
t5)

RUES DE L'ÉPERON, DU CHEVAL-BLANC


ET DE LA CAMPANE.

La rue de l'Éperon commençant au coin de celle


de l'Oratoire et se terminant à la
maison qui fait
l'angle entre les rues du Cheval-Blanc et de la Cam-
pane, avait dans cet angle même, au commencement
du quatorzième siècle, un cabaret sur la porte duquel
un éperon était représenté en guise d'enseigne. Une
y possédait plusieurs maisons décrites dans un in-
la du 4
ventaire à date janvier 348
Quant à la rue du Cheval-Blanc, ce fut aussi une
enseigne d'auberge qui lui donna son nom. Cette au-
berge était réputée l'une des meilleures de Marseille,
qui en comptait viugt-troisen~374 Celle du cheval-
bianc était tenue, en '!4.87, par le nommé Jean Gui-
ton, et des députés de la Cataiogne vinrent y loger
pendant trois jours aux irais de la ville qui paya
quinze florins leur dépenser
pour Cette hôtellerie
soutint sa réputation dans le seizième siècle et l'on
oyait aussi à Avignon une auberge renommée qui
a\ait un cheval blanc pour enseigne'.
La fontaine de la place du Cheval-Blanc à Marseille
fut construite en ~646. Les habitants du quartier of-
frirent d'en faire tous les frais, car la caisse munici-
pale était presque toujours vide, et c'était là son état
normaL Ils demandèrent seulement que la ville four--
!i!t l'eau nécessaire a cette fontaine. Les consuls de
<53–

roi, Claude Léon, Jean Boudier, Benoît Basset, mar-


chands', et François Caullet maître chirurgien, tous
citoyens notables du quartier du Cheval-Blanc, pas-
sèrent, le 20 juillet, une convention avec Jean Pons,
maître foniainier de la ville, lequel s'obligea, moyen-
nant cent cinquante livres, « à faire bien et deument
« ladite fontaine en sa perfection, icelle fontaine d'une
« bonne pierre de tailhe de l'aulteur de six pans~ ».
En 758, la ville refit la fontaine du Cheval-
Blanc, et y plaça un lavoir.
La rue dite de la Campane est mentionnée dans un
acte de 659 mais il est très-probable que ce nom
est beaucoup plus ancien. Il vient encore d'une en-
seigne d'auberge au-dessus de laporte extérieure ou
l'on voyait une cloche, cawpa~a, en réalité ou en
peinture. Seulement il faudrait dire rue dela Cloche,
les noms des rues, originairement provençaux, ayant
tous été francisés. Nous lisons dans un titre de "1708
le ~M où pend pour enseigne la c~~MM~. L'hôte
se nommait Jacques Pourpre
–<5A–

RUE DE LA PIQUETTE.

Cette rue, l'une des plus sales de la vieille ville,


portait fort anciennement le nom de la Panoucherie,
parce qu'elle était le refuge d'un grand nombre de
vagabonds et de gens de mauvaise vie. Le mot pa-
nouche en provençal a la signification que je viens
d'exprimer.
Des Bohémiens s'établirent naturellement dans
cette rue. Ils dans l'ordure matérielle
158

quinzième siècle Ou les voit en Provence en 14t 9,


et les archives municipales de Sisteron constatent leur

présence dans le voisinage de cette ville dont l'entrée


leur fut interdite~.
Ce fut sans doute à peu près à cette époque que
des Bohémiens s'introduisirent à Marseille; mais j'a-
voue que les titres historiques me font ici détaut. Paris
reçut, en ~2!7, une petite troupe de ces hommes
errants; on les appela d'abord Sarrasins s. On les
convertis à la toi
prit pour d'anciens musulmans
chrétienne, et, en leur donnant des secours, on crut
assister des malheureux de
qu'un esprit pénitence por-
tait à courir le monde*. Ce fut à cette fable, sans doute
propagée par eux-mêmes, qu'ils durent la tolérance
à la faveur de laquelle ils vécurent, mais elle n'alla
pasjusqu'à, les sauver du mépris dont les couvrirent
leur couleur basanée, leurs haillons sordides, leur
saleté dégoûtante, et surtout leurs habitudes immo-
rales. Toutefois, amuser et tromper les hommes, c'est
toujours le moyen de se faire au moins supporter.
iM

quelques paroles magiques et de quelques signes mys-


térieux, s'attribuant le don de découvrir
objets les
volés, bien qu'on les accusât eux-mêmes de rapines',
n'avaient-ils pas une place marquée dans le chaos
des superstitions populaires?
L'édit d'Orléans du 3 septembre ~56~ obligea les
Bohémiens de sortir de France dans deux mois, à
peine des galères i, mais cet édit ne futque mal exé-
cuté. Ce fut aussi enque les États de Provence
vain
portèrent, en ~6~2 et ~63~, contre les vagabonds,
des plaintes que les assemblées des communautés
renouvelèrent plusieurs fois 3. Les Bohémiens ne dis-
parurent qu'avec les causes enquimaintenaient l'exis-
tence. Leur nombre alla diminuant sans"
cessequand
les mœurs sociales s'adoucirent et s'améliorèrent;
quand le travail fut honoré et la nature mieux connue;
quand les esprits eurent ennn la force de se soustraire
à l'empire des sortilèges, des talismans et des divi-
nations. On vit bien encore ça et là quelques malheu-
reux restes d'une race flétrie mais l'espèce s'éteignit
157-

était alors dite de laFontaine-des-Boyémiennes Un


auteur contemporain dit que ces femmes portaient un
tablierjaune sur l'épaule gauche. La plupart des
hommes faisaient les maquignons, et il avait
y parmi
eux des maîtres à danser. Ils mangeaient des chats
avec délice~.
Quand ils eurent tout-à-iait disparu, la rue lade
Fontaine-des-Bohémiennes fut appelée de la Pissette.
L'aspect des lieux toujours souillés d'ordures fit naître
ce nom tiré ea? naturâ Il était pittoresque etrcrMM.
caractéristique; mais par cela seul il dép!ut, en 8i.7,
à quelques esprits délicats qui avaient voix au chapi-
tre municipal, et la Piquette remplaça la Pissette. La
rime y est, mais la raison

Registre D, t, des reconnaissances et directes de l'hôpital Saint-Esprit de


Marsei'te, fol. 348 verso; aux archives de i'HûteJ-Dieu.
Tableau de Marseille et de ses dépendances; Lausanne, 1M9, p. t28.–
Grosson, Almanach historique de Marseille, 1788, p. MO.
–.158–

RUE DES CARMELINS.

L'institution des confrériesde


pénitents tient au
sol de Marseille par d'anciennes racines, et l'impas-
sible tribunal de l'histoire juge sévèrement ses oeu-
vres. Au seizième siècle, ces associations singulières,
qui n'ont rien de commun avec le véritable esprit de
pénitence, maintinrent le fanatisme religieux, ali-
mentèrent le feu ladeLigue et jetèrent une lugubre
teinte espagnole sur l'ardente physionomie de la ville
tant de
t59–

!853, a donner a sa fondation la date de t306*.


Comme on la lui conteste; et comme d'ailleurs la
possession lui fait défaut ce n'est là qu'une préten-
tion à laquelle l'épreuve de la critique historique et la
consécration du droit manquent encore.
I! y avait à Marseille dix casettes de pénitents
lorsque les prieurs de la Confrérie-du-Scapulaire de
l'église des Grands-Carmes fondèrent celle des Car-
mélites en l'année ~62~. Les nouveaux confrères
furent au nombre de cent vingt, et leur robe eut la
couleur gris-foncé. Ils adoptèrent pour mission spé-
ciale celle d'ensevelir les pauvres morts dans les fau-
bourgs de Saint-Michet, de Notre-Dame-du-Mont et
de Sitvabette'.
La chapelle des Carmelins donna son nom à la rue
où elle fut fondée. Cette chapelle, fermée pendant la
révolution et sous premier
le empire, fut de nouveau
ouverte, le 5 juin !814, quand les Bourbons mon-
tèrent sur le trône.
<60–

RUE TROU DE MOUSTÏER

Les eaux du jardin ou de la cour de la maison pa-


trimoniale de la famille
Moustier sortaient par une
ouverture pratiquée dans un mur donnant sur la rue
qui reçut du peuple le nom de Trou-de-Moustier.
Désiré de Moustier obtint d'Henri IV, en 1596, des
lettres de etnoblesse,
son fils Antoine fut premier
consul de Marseille en <654*. Cette famille de Mous-
tier était alors une des
–<6t

trois autres, à la tête de quelques forçats, président


à Fentèvement des cadavres. Les rues sont si pleines
de morts, de mourants, de bardes infectées, quon
ne sait plus où mettre les pieds, et ces objets hideux
exhalent une puanteur insupportable sous les feux
d'un soleil ardent. Tous les sens sont glacésd'borreur.
Mais voyez ces échevins voyez comme ils y vont de
bon cœur ces dignes pères de la patrie désolée. Es-
teUe, à la rue de l'Échelle, glisse sur le pavé et tombe
à côté d'un corps en pourriture. Moustier s'expose
tellement aux périls qu'un cataplasme jeté d'une fe-
nêtre et tout fumant encore du pus d'un pestiféré, 1
vient se coller sur sa joue. L'intrépide magistrat en-
tè\ e sans s'émouvoir, s'essuyé avec son éponge à vi-
naigre et se remet aussitôt à l'ouvrage.
Le trou de Moustier n'était pas le seul, et il y en a
deux autres dans les vieux quartiers.
Le trou des Monges est dans une rue qui va de ta
rue des Martégates à celle de Radeau dont nom
le est
estropié. H faut t'écrire Rodel ou Rodeau, car c'est
te"–

de ce jardin 1. C'était le trou des Monges; ce dernier


mot signifie Religieuses en langue provençale.
La rue du Trou-d'Airain, qui se dessine de larue
des Grands-Carmes à celle de Lorette, ne dit pas,
pour le mot d'Airain, ce qu'elle a l'air de dire. Ce
mot est écrit Trou-de-Reins dans un acte du 26 sep-
tembre ~680, notaire Piscatory, et dans un autre
acte du 2 juillet 746 Cette orthographe est à peu
près conforme à t'ctymoiogie historique, et c'est en-
core un nom de famille marsei!!aise. Raimond de
Remis ou de Rems, chargeur de navires ou arrimeur,
ca~a~or ?MfM<w, passa un acte à Marseille, le 5 des
catendes de septembre <2!96~. Jean de Rems, fabri-
cant de couvertures, ~orc/tû~oHOfM~, en la même
ville figure aussi dans un acte du ~7
juillet t399*.
Au seizième ce nom propre
siècle, de Rems s'écrivait
avec un léger changement. De Reins ou de Rains",
beau-frère du notaire Geoffroy Dupré, l'un des amis
de Libertat, joua un rôle dans la conspiration qui
–iM–

RUE DE LA GRANDE-HORLOGE.

Dans le quinzième siècle, cette rue, l'une de celles


de la ville haute, s'appelait de la Couelo, c'est-à-dire
de la colline ou de la montagne. Elle portait encore
ce nom en ~37', bien qu'il y eût là l'horloge dont
la cloche réglait les divers services publics, sonnait
la retraite 2 etconvoquait les assemblées communales
qui n'avaient jamais eu d'autres moyens de convo-
–)64.–

On ne t appelait plus que du Grand-Horloge en


)693'.
Les recteurs de 1'Hôtel-Dieu de Marseille s'occu-
pèrent, en 7o3, de l'agrandissement de cet hôpital,
d après le plan d~ Mansard, neveu du grand artiste
de ce nom 2. Mais les travaux exécutés par l'entre-
preneur Raymond, sous la direction de l'architecte
Dageville, n'eurent qu'une marche fort lente, à cause
des dimcultés financières. Les nouvelles bâtisses de-
vaient s'étendre du côté du terrain où se trouvait la
tour de la Grande-Horloge que les déblais minaient
incessamment, et la démolition de ce vieux édifice
devint dès-lors une nécessité. C'est ce que le premier
échevin de Marseille, Pierre-Honoré Roux, exposa au
conseil municipal le 29 octobre 736. Le conseil dé-
libéra de faire démolir la tour de l'horloge aux frais
de l'Hôtel-Dieu, auquel la ville abandonna les maté-
riaux. Il fut dit de plus qu'à l'avenir l'horloge du
couvent des prêcheurs sonnerait la retraite et convo-
)65–

RUE FONTAINE-DE-LA-SAMARITAÏNE.

Une fontaine représentant Jésus-Christ et la Sa-


maritaine donna son nom à la rue va qui de la place
du Cheval-Blanc à la de rue
la Couronne. Cette fon-
taine fort ancienne tombait en ruine en 1747. Les
échevins de Marseille firentdresser, le 27 novembre
de cette année, par l'architecte Garavaque et par le
géomètre Bourre le devis d'une nouvelle construction.
Il fut dit que l'on conserverait toutes les pierres de
taille provenant de la démolition, que l'on emploî-
rait les anciennes figures de pierre, et que la réédifi-
cation serait faite dans l'angle rentrant ou encognure
–466–

RUE SAINT-ANTOINE.

La maison deSaint-Antoine, qui a donné son nom


a la rue au bout de laquelle elle se trouvait, était l'un
des plus anciens établissements religieux et hospita-
liers de la ville de Marseille.
L'origine de cet ordre remontait à l'année ~93.
Il ne forma d'abord qu'une communauté séculière
d'hommes pieux voués au service des indigents at-
teints du mal à la fois de Saint-Antoine, des
)67

le corps entier couvert d'ulcères incurables. Le feu


d'enfer attaquait aussi les
organes de la génération
en ces temps de misère, de débauche et d'affreuses
mœurs
Les hospitaliers de Saint-Antoine vivaient, sans
faire aucun vœu, sous la dépendance de l'abbaye de
Montmajour qui les avait placés dans son hôpital du
prieuré de Saint-Antoine, à la Mothe-Saint-Didier
près de Vienne en Dauphiné. Plus tard, ils se rendi-
rent indépendants de Montmajour et s'érigèrent en
congrégation religieuse. Le pape Boniface VIII, par
une bulle de 247, les fit chanoines réguliers
On ne sait pas précisément en quel temps ils furent
reçus à Marseille. Ils y étaient établis en ~80 et
leur maison avait le titre de commanderiez L'hôpital
était en face de l'église. La porte de cet hôpital exis-
tait encore en < 782, et on lisait sur le chambranle
en marbre de la porte ces mots des livres saints
fM <e~ Domine, ~p~a~\
La maison de Marseille, à laquelle les comtes de
–<68–

liers de Saint-Antoine dans le service des malades'


Le relâchement s'étant introduit dans cet ordre,
comme dans
la plupart des autres instituts religieux,
il fut réformé au commencement du dix-septième
siècle~, et plus tard on le réunit à l'ordre de Malte,
lequel vendit l'établissement de Saint-Antoine de
Marseille à desspéculateurs qui le démolirent en < 717
pour y construire des maisons~.

Ruffi, Histoire de Marseille, t. U, p. 61 et itt.


L'Antiquité de 6'église de Marseille, t. 2. p. 12.
s Grosson, Almanach de 1788, p. 198.
historique
t69–

RUE GRANDE-ROQUEBARBE, RUE DESICARDINS,


RUE DU CLAVIER.

Au moyen-âge il y avait, sur le point culminant


de la ville de Marseille, un lieu fortifié par la nature
et par la main
des hommes. On l'appelait Roquebarbe,
Roccabarbara ou Roccabarbola. Ce nom de Roque-
barbe fut aussi donné tour à tour à plusieurs rues de
la vieille ville, et deux
d'entre elles le portèrent dé-
–~70–

rette. le d~ est de trop. Les mots du


Seulement
C~Mey expriment une chose qui ne se rapporte en
aucune manière à l'origine du nom de cette rue, et
c'est encore une des erreurs des agents municipaux
tout-à-fait étrangers aux notions historiques. C'est
Clavier tout court qu'il faut dire, ou de Clavier, si
tant est que la famille marseillaise dont il est ici ques-
tion ait eu droit à la particule nobiliaire, et c'est ce
dont je doute.
–47~

RUE MONTBRION ET RUE DES


PHOCEENS.

Le nom de Montbrion, qu'il faudrait peut-être


écrire Montbrillon, ne peut être que celui d'une fa-
mille de Marseille, laquelle n'a pourtant aucune no-
toriétéhistorique.
La rue des Phocéens n'en forme, avec celle de
Montbrion, qu'une seule qui est coupée par la rue
Lorette.
A mon avis, le mot Phocéens, si ancien par lui-
ni–

à chacune d'elles, non pas d'après des idées abstraites


ni d'après des réminiscences antiques, en dehors de
sa sphère, mais selon les choses d'actualité et toujours
dans un ordre de faits qui frappaient ses regards par
des signes sensibles, sans exiger la moindre expli-
cation.
Ce ne fut que peu de temps avant la révolution de
4789 que l'administration municipale fit écrire oS!-
ciellement les noms des rues sur chacun leurs
de
coins, et ce fut probablement à cetteépoque que le
nom des Phocéens fut écrit. Ce n'est de ma part
qu'une opinion, et je ne la
donne que pour qu'elle
ce
vaut, c'est-à-dire pour une simple conjecture.
–n3–

RUE DES BELLES-ÉCUELLES.

Anciennement tes écuelles étaient très-communes


à Marseille dans les usages de la vie domestique, et
des fondeurs en étain, établis dans cette rue, étalaient,
en guise d'enseigne, des écuelles de ce métal, les-
quelles étaient naturellement les plus belles qu'ils
eussent à mettre en vente. Delà le nom de rue des
–~74–

sement de l'Hôtel-Dieu et il y eut, le 28 mars < 777,


une transaction entre les recteurs cet de hôpital et les
pénitents de Saint-Maur, qui reçurent en échange un
terrain situé à la rue du Poirier pour y construire une
autre chapelle'.

Livre Trésor P de l'hôpital Saint-Esprit et Saint-Jacques de Gatice, !T88-


i776, fol. 338 et suiv., aux archives de la ville.
2 Livre Trésor de l'Hôtel-Dieu, 17T6-1T86, fol. 73 verso et suiv.- Registre
E, t, des censes et directes de l'hôpital Saint-Esprit, fol. 39. aux archives de
i'H&tet-Dieu.
–~75–

RUE DE LA CALANDRE, RUE ÉTROITE,


RUE DE LA TREILLE ET RUEDU POINT-DU-JOUR.

Les anciens noms provençaux des rues de Marseille


furent tant bien que mal traduits en français; mais
ici le mot tout provençal c~eMM~e qui, en langue
française, signifie alouette, fut littéralement main-
tenu. On voit que c'est rue de l'Alouette qu'il fau-
drait dire.
Mais pourquoi ce nom? Probablement parce que
–'t76–

dans l'une de ces deux hypothèses qui donna son nom


rue
à la de la Calandre.
La rue Étroite a un nom qu'il est maintenant diffi-
cile d'expliquer, car cette rue, sans être très-large,
l'est beaucoup plus que la plupart de celles de la vieille
ville. D'où lui vient donc ce nom qui
est en contra-
diction flagrante avec son état? Aurait-elle été élar-
gie, et son ancien nom de rue Étroite lui serait-il
resté? C'est la seule explication qui soit admissible.
Cependant lorsque d'autres rues plus importantes
n'ont pas été élargies, pourquoi celle-là l'eût-elle
été? J'ajoute que les actes administratifs et les délibé-
rations municipales ne conservent aucune trace de
cet élargissement, de sorte que le nom de la rue
Étroite est encore un problême.
L'origine du nom de la rue de la Treille esttrop
facile à comprendre pour queje m'y arrête un seul
instant.
Le nom de la rue Point-du-Jour est mal écrit et le
dénaturé.
1-1-J

RUE DE LA CHAINE.

A combien de commentaires ce nom ne pourrait-il


pas donner cours? pendant tout le moyen-âge, des
chaînes de fer furent Rxées dans l'angle des maisons
au coin des rues de Marseille, de sorte qu'en cas d'a-
larme ou d'agression, on pouvait de suite tendre ces
chaînes, et les rues étaient ainsi barricadées en un
instant' On voyait encore quelques-unes de ces
chaînes de fer en selon le d'un
~78–

chercheurs d'origines expliqueraient, à l'aide des in-


dications étymologiques, le nom de la rue de la
Chaîne, et tout semblerait leur donner
raison mais
l'étymologie trompe souvent ceux qui ne possèdent
pas la connaissance des faits historiques dans leur
précision rigoureuse.
La dénomination de la rue de la Chaîne ne tient
qu'à une bévue récente. Cette rue s'appelait depuis
fort longtemps rue ~MPa~w~-C/MMKe. Un proprié-
taire nommé Chaîne avait établi là un dépôt de fumier
qui existait encore en !782' Comme les cloaques et
les tas d'ordures sont appelés patis en provençal, on
joignit ce mot au nom du propriétaire, et l'on eut
ainsi la rue du Pati-de-Chaine.
En 847, époque des changements dont j'ai parlé,
le mot Pati parut malséant. C'était pourtant le mot
propre. M y avait aussi tout près de la rue Pati-de-
Chaine la rue du Pati-de-Farinette*, nom fondé sur
la même origine. Les innovateurs municipaux sup-
le mot Pati et la rue devint Farinette tout
t79–

RUE DE LA FONDERIE-NEUVE, RUE DE LA


COURONNE ET RUE DES FESTONS-ROUGES.

On voyait, au quatorzième siècle, quelques fon-


deurs. Aymonet Floret en était sans doute le princi-
pal, car la ville fit faire, en ~389, la cloche dite
lui
de Sauveterre Sept ans après, celle qui servait la à
convocation des membres du conseil municipal étant
la reine Jeanne ordonna d'en faire une autre'.
–~0–

En iu34 la ville fit fondre une autre cloche par


un artiste dont je n'ai vu le nom part,nullemais qui
était à Marseille, selon toutes les vraisemblances.
L'ancienne cloche, qui était probablement celle de
FHôtel-de-ViUe, venait de se casser. On en avait
vendu aux enchères publiques et au prix de trois cent
quarante-trois florins le métal qui pesait quinze quin-
taux. La nouvelle cloche coûta sept cent soixante-
quatorze neuf gros trois quarts et un patac'.
florins
Georges Pelliot, se disant fondeur ordinaire du
roi à Marseille s'obligea envers cette commune, en
~o74, à faire une autre cloche pour l'horloge de
t'HôteI-de-ViUe. EUe devait peser trente quintaux en-
vir on et le prix en était fixé à vingt-deux livres par
quintaP.
Le 22 septembre 599 le chapitre de Saint-Sau-
veur d'Aix donna à prix fait à Nicolas Rosinot maître
fondeur à Marseille, la refonte de la grosse cloche
dite J~MM~ avait
qui été cassée quelques années au-
)8)

!e quintal, la cloche mise en place. Elle pesait six


quintaux quarante nvres*.
J'ignore si les fondeurs marseillais firent des pièces
d'artillerie avant leseizième siècle. Longtemps aupa-
ravant, les remparts de la ville étaient garnis de ca-
nons qu'on appelait Fo??Mp<e, et qui lançaient des
boulets de pierre. En t388, l'administration munici-
pale fit faire six cents de ces boulets par le iaiHeur de
pierre Pons Brussan~; mais rien ne prouve que ces
canons fussent de fabrication marseillaise. H n'en fut
pas ainsi dans le seizième siècle; les fondeurs de Mar-
seille firent quelques canons. Tels furent Nicaise Pel-
licot en 557 Jean Ardisson en 1590 et Nicolas
Reynier deux ans après\
Honoré Suchet, maître fondeur à Marseille, fit un
canon pour cette ville en ~654'
Tout paraît démontrer que l'art de la fonderie était
alors, à Marseille, aussi avancé qu'il pouvait l'être.
Le roi y avait unefonderie vers milieu
le du dix-
–')82–

septième siècle. était contiguë à la maison des


Elle
jésuites de Sainte-Croix, occupée aujourd'hui, en
partie, par l'Observatoire et par le local du Bureau
de Bienfaisance, représentant l'ancienne OEuvre de
la grande Miséricorde. Par lettres-patentes du 22 fé-
vrier 686, Louis XIV céda aux jésuitesl'emplace-
ment de cette fonderie pour l'agrandissement de leur
maison La rue
qui porte le nom de Fonderie-Vieille,
et qui va de la
Caisserie rueà montée
la des Accoules,
rappelle l'ancienne fonderie royale.
Il paraît qu'une autre atelier de fondeur existait
anciennement dans le
même
quartier, car, en ~620 1
Artus d'Espinay de Saint-Luc, évéque de Marseille,
demanda au roi place
la appelée la Fonderie, pour
la construction d'un nouveau palais épiscopal, l'an-
cien, qui était adossé aux remparts, près la tour de
Sainte-Paule, ayant été démoli, en 324 à l'appro-
che de l'armée du connétable de Bourbon'. Leroi
accueillit la demande d'Artus d Espinay mais cet
mourut
)83–

à la rue de la à la rue des


Couronne et se termine
Festons-Rouges.
On ne peut qu'expliquer par une enseigne de ca-
baret ou d'auberge la
le nom de la rue de Couronne.
Quant à la rue des Festons-Rouges, le mot de festons
est tout nouveau. C'est dans ces derniers temps, sous
l'influence d'une absurde manie que les Festons
sans portée historique, ont remplacé les ~MMM,
nom significatif que la rue portait depuis longtemps.
Mais on a cru que ce mot, prononcé à la française
sonnait fort mal, et celui de Festons l'a remplacé. Le
mot faissa en provençal signifie la longue bande avec
laquelle on enveloppe un enfant dans ses langes lors-
qu'il est encore au berceau. Des bandes de couleur
rouge exposées publiquement en vente firent donner
le nom de Faisses-Rouges le
à la rue où marchand
avait son magasin. En ~5, cette rue était appelée
Roquebarbe*. On la nomma ainsi pendant quelque
temps encore~; puis la dénomination de Faisses-
fut
–<84–

RUE DE LA ROQUETTE.

Cette rue portait anciennement le nom de la Bo-


carie ou Bouquarie ( Boucherie C'est
). ce que dit
un acte de en693 ajoutant à présent de la Ro-
~MC~C
La Roquette était un fief situé dans la viguerie de
Barjols, à peu de distance du Verdon*. Une branche
de la famille de Foresta le possédait.
188–

lequel obtint l'emploi de président au parlement de


Provence le ~9 février 632'. En~651, il fit ériger
en marquisat sa seigneurie de la Roquette* qui n'était
pas d'une grande importance, carl'aSbuagement de
la Provence ne la portait que pour un cinquième de
feu, et elle n'avait qu'une vingtaine d'habitants
Au commencement du dix-huitième siècle, Gaspard
de Maurellet, fils de Jean-Louis et de Louise Magy,
de
de la ville de Marseille, nommé secrétaire du roi le
20 novembre ~722*, acquit ie marquisat de la Ro-
quette, et obtint du roi, au mois d'août 4 723, des
lettres de confirmation pour lui et tous ses descen-
dants mâles. Il possédait à Marseille la belle maison
qui avait appartenu à la famille de Mirabeau, à la
place de Lenche.
Son fils Gaspard-AmieldeMaureMet, marquis de
la Roquette et seigneur de Cabriès, nommé président
en la cour des comptes, aides et finances de Pro-
vence, le 27 janvier 1756, vendit, l'année suivante,
sa maison la de de Lenche à l'OEuvre des
–~6–

Les marquis de la Roquette ont-its donné leur nom


à la rue de la Boucherie? Toutes les vraisemMances
sont en faveur de cette opinion. Le nom de la Ro-
quette paraît venir de la branche de Foresta dont
plusieurs membres, propriétaires d'immeubles à Mar-
seille, se transmirent de père en fils la chargejuge
de
du palais. Ce n'est pas à la famille de MaureHet que
le nom de la rue se rapporte, puisque cette rue était
appelée de la Roquette avant que la famille de Mau-
reuet. eût la possession de ce fief. Je dois ajouter qu'à
la fin du dix-septième siècle la rue était quelquefois
appetéeFootaine-de-h-Roquette'. Encore une fois,
je ne puis m'appuyer sur
que des vraisemblances, et
comme les preuves positives me font défaut, j'expose
et je n'affirme rien.

Régtement pour messieurs tes re<h:ur;' de la Misëncorde, Marseille, 1693.


–<87–

RUE DE LA ROSIÈRE.

Cette rue, allant de la rue Fontaine-Neuve à celle


de la Tasse-d'Argent, s'appelait autrefois de la Caisse
de Jj!<M'<.Ce nom n'avait rien de séduisant, mais
était-ce une raison pour le changer?
S'il est au monde une chose commune et sur la-
quelle nos yeux viennent sans cesse sefixer c'est
celle-là. Oui, c'est là qu'aboutissent toutes nos des-
tinées, qu'elles soient pleines de bruit ou de silence,
de misère ou de joie, de vices ou de vertus, d'extra-
vagance ou de philosophie. Le drame n'est pas long,
et c'est entre ces quatre planches que le dernier acte
s'accomplit.
t88–

RtE DES TROMPEURS.

Ce nom, peu agréable et peu flatteur pour les ha-


bitants d'une rue où il n'y eut, dans tous les temps,
ni plus nimoinsde trompeurs que partout ailleurs,
est entièrement détourne de son origine et de sa si-
gnification primitive.
Au quinzième siècle, cette rue portait le nom pro-
vençal de ÏVo~pctdoMrs ou 7~o?7t6o6do~ C'est un
mot qui, selon les meilleurs lexiques, n'a que le
!89–

aussi tes serviteurs communaux, qu~pubtiaient à son


de trompe les mandements de l'autorité et les ordon-
nances de police y eurent leur demeure et comme
le peuple les appelait <roMpaM~ou~, il est très-vrai-
semblable qu'on donna, à la rue ce nom défiguré plus
tard dans la traduction française. C'est donc rue des
Trompettes qu'il fallait dire.
La rue des Trompettes de
et celle l'Échelle sont,
au quinzième sieste, le plus souvent confondues dans
la même dénomination que mentionnent encore des
actes du milieu
du dix-septième siècle'. Quelquefois
la rue de t'Echette était aussi appelée d'en /~e~p de
monsieur Phelip ou Philipe. Ce nom, donné par quel-
ques personnes à la rue des Trompettes, fut dénaturé
à tel point qu'on le prononça et qu'on l'écrivit des
E~M~.

Dans quelques-uns de ces actes te mot trompadoMfs est écrit <fOMpa<~t<.r,


ntais le sens n'en est pas moins le même.
2 B ci-dessus cité. p. 85 et 88.
Registre
J'aurais bien des choses intéressantes à dire sur la rue de l'Escale, ou de

t'EcheUe mais cette rue «'étant pas comprise ttans le périmètre de la rae Impé-
t90

RUE DE LA FONTAINE-SAINT-CLAUDE, RUE DES

Ï8NARDS DE FONTAINE-NEUVE
ET RUE LA

La tannerie occupa toujours la première place dans


l'industrie marseillaise, et le corps des fabricants
et
tanneurs fut riche considéré'. Ce corps avait saint
Claude pour patron, et il obtint la permission d'en

placer l'image sur une fontaine qui fut construite


<9t

taine donna son nom Elle a disparu depuis peu de


temps.
Avant la construction de la Fontaine de Saint-
Claude, la rue qui prit ce nom n'en faisait qu'une
seule avec celle des Isnards qui est sur le même ali-
gnement, les deux rues d'aujourd'hui se trouvant
coupées par celle de Lorette. Le nom des Isnards
n'est pas très-ancien, car la rue des Gui-
s'appelait
berts en <645', et ce nom remontait à destemps
de
assez reculés~. Les noms Guibert et d'Isnard ap-
partenaient à deux familles bourgeoises.
C'est dans la rue des Isnards qu'une chronique
marseillaise place la demeure d'une jeune fille qui
s'appelait Regaillet, et à laquelle on donna le surnom
de Belle parce qu'elle avait une beauté remarquable.
Cette beauté faisait beaucoup de bruit en < 660,
entra
lorsque Louis XIV, suivi d'une cour brillante,
à Marseille par une brèche que son artillerie n'avait
d'un
pas faite'. Il se montra dans tout l'appareil
monarque irrité qui veut éteindre l'esprit d'indépen-
t92

voulut la voir. On la lui amena dans l'hôtel de Val-


belle où elle était logée. En ce moment même elle
avait à ses côtés deux fils, Louis XIV et le duc
ses
d'Anjou. La reine, frappée des grâces de la jeune
fille, demanda à Louis comment il la trouvait. Pas
le
si belle que ~~M/itM~, répondit prince qui n'eut
jamais, même en vieillissant, une grande instruction,
mais auquel la nature accorda, entre autres quaUtés
précieuses, une rare présence d'esprit, un tact admi-
rable, et surtout l'art d'improviser, selon le temps, 1
les circonstances et les hommes, des mots heureux
et d'un à-propos saisissant.
Telle est l'anecdote sérieuse et sans doute réelle de
la belle RegaiHet. La, du moins, tout est vraisem-
blable et naturel. Mais les faiseurs d'historiettes gâ-
tent toujours l'histoire et leurs
détails romanesques
dénaturent la vérité à point
tel que souvent on ne
peut plus la reconnaître. La présence des seigneurs
de la cour française et d'un si grand nombre d'hom-
mes les sexe dans une
493

et les gens du peuple disaient des filles surveillées


avec trop de rigueur Vaqui la bello ~e~a~~o
Je ne crois pas à ce tonneau. Aucun écrivain digne
de créance n'a voulu
prendre sous sa garantie une
fable si puérile que Grosson a mise en lumière, en
i78< en la ramassant parmi toutes celles qui, dans
les grandes villes, amusent la crédulité des ignorants
et des oisifs.
La rue lade Fontaine-Neuve, ouverte sur la rue
de Sainte Marthe, aboutit à celle des Son
Isnards.
nom lui vient d'une nouvelle fontaine qui fut appelée
Neuve quand on la etconstruisit, qui, en vieillissant,
ne changea pas de nom. Avant la construction de
cette fontaine, la rue s'appelait Triboulet. C'était un
nom de famille prononcé à la provençale. Bertrand
Tribolet, licencié en droit, avait été juge du palais
à Marseille en ~362*. Son nom fut maintenu long-
temps après. En < 640, la rue était Triboulet pour
les uns, et Fontaine-Neuve pour les autres*. Cette
dernière dénomination régnait seule au commence-
t94–

RUE DE LA BELLE-MÀtUMËRE

Ce nom est emprunte a des souvenirs lugubres et


douiourcux. Une jeune fille des plus bcHes, nommée
Marinier', eut le malheur de se laisser séduire, et le
malheur plus grand de noyer le fruit d'un coupable
amour. Convaincue de cecrime, elle fut condamnée
a être pendue. Sa plusjeune sœur suivit son exem-
ple, non pour l'infanticide, mais pour sa grossesse
qu'elle imputa aux œuvres de l'un des hommes les.
de MarseiHc.
–<95–

C<MMMAfME ME ~A BE~~B MARtMtÈHE

N'en sount tres dames


de Lyoun, (bis)
Ellis si levoun matinieros
Per veire passar (Ms)
La bello mariniero.

Laissas la passar
La bello mariniero.

Lou bourreou tt va per davant


Etla justicipar darriero.
Laissas la passar
La be!lo mariniero.

Sa mero la suiv'en piourant


< Messieurs de la justice

t Tenez, voilà de l'argent


Rendez-moi ma fille.

Ma mère, gardez votre argent.


< Toute fille qui a fait foHe,
< Qui a noyé son enfant,
< Mérite bien d'être punie. n

Quand n'en siguet sus l'échafaou,


196

Quand vadura de beis ribans


Et de bellais couiffuros,
Demandas ti ben
D'ounte sount vengudos.

Ma sur, m'aves trooup tard paria,


N'en siou enceinte, paoaro 6!io,
Doou plus gros richard,
Doou plus gros richard de la villo.

Adieu, mes frères adieu, mes sœur*


Et vous messieurs de la justice,
Faites-moi mourir
J'ai mérité mon supplice

Ho.'MHK habitants des vieux quartiers de Marseitte connaissent quelques


couplets decettevieille complainte, mais avec des variantes, et j'eusse été dans
l'impossibilité de la reconstituer intégralement tans l'intelligent et utile concours
de M. Sylvain Badaroux, employé au contentieux de la voirie mumctpale de
Marseille. M. Badaroux, assisté de M. Charles Dupant, poète provençal, s'est
mis en communication avec la dame Marie Viale, veuve Isnard, âgée de 98 ans,
qui a longtemps habité la rue du MouUn-d'Huite, n" 6, et qui demeure main-
tenant chez sa fille, boulevard National, no M2. La veuve !snM'd,!matgre son
grand âge, a l'esprit le plus net et la mémoire la ptca fidèle; elle a, par deux fois,
chanté la complainte de la Belle-Marinière devant MM. Badaroux et Dupont,
leur déclarant qu'elle la chantait son enfance.
depuis
On a dû remarquer que le premier couplet de cette complainte a six vers,
tantis que les autres n'en ont que quatre. Cet't ainsi qu'eue a été faite; les
–<97–

PLACE DES PRECHEURS

Cette place fut toujours à peu ce


près qu'elleest
encore aujourd'hui. Ï! y avait seulement au milieu une
fontaine avec un bassin, ornée de dauphins et sur-
montée d'une croix qu'on abattit au commencement
de < 794, quand l'exercice de la religion catholique
fut aboli en France. La ville avait fait construire, en
4737, cette fontaine qui arrosait un arbre planté sur
la même place en ~792, et dont j'aurai bientôt à
parler. Arbre et fontaine disparurent ces dernières
~98

L caisse du couvent des prêcheurs donna son nom


:t!ap!ace.
Les religieux de l'ordre de Saint-Dominique qu'on
appelait Frères Prêcheurs parce qu'Us se vouaient à
la prédication, surtout contre les ennemis de la foi
catholique jugèrent de bonne heure qu'il leur était
nécessaire d'avoir à Marseille une maison où ils pus-

sent attendre un embarquement pour leurs missions


dans tes pays étrangers. En 224, on leur assigna
une demeure sous le titre de Saint-Miche!, à peu de
distance des remparts et tout près de la porte royale.
Un peu plus tard, ces religieux construisirent, dans
un tien représenté aujourd'hui par la place de Rome.
un couvent avec une église dédiée à Notre-Dame-de-
Piété.

Il y eut dans ce monastère, en l'année ~300, un


chapitre général auquel assistèrent quarante-neuf
prélats et trente-cinq docteurs, tous de l'ordre de
Saint-Dominique.
le en avec autres édi-
t99

sieurs maisons qui formaient < a partie 1 ancienne jui-


veriede Marseille. C'est lelocai actuel des Prêcheurs.
La première pierre en fut posée solennellement, le
3< décembre t826, par Bernardin des Baux, capi-
taine <m service du roi de France, et l'un des fonda-
teurs du nouvel édifice. Les dominicains de Marseille
étaient alors réformés et on les appelait les Frères
Prêcheurs de l'observance de l'ordre de Saint-Do-
minique.
Leur église fut bénie, le 4 mai 528, par Guil-
laume de Boib, évoque de Girone, du consentement t
du cardinal Innocent Cibo, évéque de Marseille. Le
corps des notaires de Marseille donna, en !S:M, cent
florins d'or pour activer les travaux de construction, 1
qui n'allèrent néanmoins que fort lentement. L'hor-
loge fut faite en < (H 5, grâce à la libéralité de la ville
qui dépensa six cents livres pour cette destination
Enfin l'église ne fut terminée que trois ans après.
Barthélemy Camelin, évoque de Fréjus, la consacra
le 8 mai 46~9, sous le titre de l'Annonciation de la
200

vent, l'un pour la théologie, l'autre pour la philoso-


phie, et le monde religieux tenait en grande estime
cet enseignement auquel plusieurs papes donnèrent
des éloges et des privilèges*.
Telle était à Marseille l'une des plus importantes
maisons d'un ordre lameux dans l'histoire du catho-
!icisme.. Il
Les édifices publics, en traversant les siècles, sont
!es impassibles témoins des vicissitudes diverses qui
laissent sur eux leur empreinte, et qui vont même
quelquefois jusqu'à changer soudain une longue des-
tination. L'église des Prêcheurs de Marseille en est un
exemple mémoraHe.GertameEaent il faut s'attendre à
tout de la part des hommes, et, dans ce iln~est
monde,
rien qui puisse étonner lephilosophe habitué à voirde
!~ang froid toutes les folies, tous les ridicules et tou&
les contrastes. Qui eût pu dire cependant que l'un des
asiles des disciples de saint Dominique verrait des
scènes de profanation morne qui auraient pour au-
teurs les de les
!0<

qu'embdtissaient les prestiges de l'espérance. Toutes


les classes de la société marseillaise, criant anathème
aux anciens abus, sollicitaient de tous leurs vœux
les bienfaits d'une réforme régénératrice. L'enthou-
siasme avait une fraîcheur dont l'expression est per-
due de nos jours.
En attendant la discussion des grands intérêts na-
tionaux et des questions constitutionnelles, on se
formait à vie
la publique par la critique des anaires
de la cité. Il n'y avait qu'une voix pour flétrir le sys-
tème des charges municipales. La taxe sur la viande
et les farines était à peu près la seule imposition qui
existât à Marseille; on ne la repoussait pas moins
comme inique dans son principe, les aliments de pre-
mière nécessité devant être affranchis de tout impôt.
Dans ces circonstances, ta fourniture des bouche-
ries fut mise aux enchères, et une compagnie offrit
de s'en charger à des conditions plus avantageuses
que le fermier Rebufel dont la fortune, disait-on,
était un scandale publie. La protection et l'argent
802

on saluait le prochain triomphe avec une ivresse en-


traînante, y accoururent en foule, et ce fut cette
dans
église que fut ainsi donné le premier signal des orages
révolutionnaires. La plupart des membres de cette
assemblée unissaient les sentiments les plus honnêtes
à l'intempérance violente des idées et du langage. Ils
avaient un coeur excellent avec une têtetrès-chaude,
et plusieurs d'entre eux, dans les plus mauvais jour~,
furent martyrs de la noble cause à laquelle ils s'étaient
dévoués. Mais quelques agitateurs dissimulaient fort
mal des passions criminelles sous le masque du pa-
triotisme, et tel futËtienne Chompré qui était alors
à Marseille l'homme le plus à la mode, le plus re-
cherché et le plus applaudi.
Le Parisien Chompré, se disant homme de lettres
et parent de l'auteur du Dictionnaire de la Fable,
vivait à Marseille, depuis quelques années, en donnant
des leçons de langue française, et il cumulait cet en-
seignement avec l'emploi de chancelier du consulat
de Rome. Le tout suffisait à,peine à l'entretien de sa
203

engouées de la prononciationparisienne les succès


(~t'obtiennent toujours auprès d'elles les agréables
diseurs de riens. Cet histrion famélique, tourmenté
du besoin de semettre en scène, devint plus tard un
jacobin froidement forcené, persécuteur atroce des
meilleurs citoyens de Marseille aux pieds desquels il
avait rampé. Il prit une large part aux assassinats po-
litiques, sans avoir même pour excuse l'exaltation
méridionale.
Chompré, qui pérorait toujours ore~MK~o, fut
l'orateur le plus goûté de l'orageuse assemblée des
Prêcheurs. Les uns voulaient mettre tout à feu età
sang chez les protecteurs du fermier d'autres étaient
d'avis de faire rendre compte à tous ceux qui
avaient eu la manutention des deniers publics les
plus modérés disaient qu'il fallait demander au con-
seil municipal une diminution du prix du pain et de
la viande, sauf de revenir ensuite sur la reddition
des comptes. Ce dernier avis prévalut.
L'agitation gagnait du terrain, et les ouvriers, à
204–

averti à temps, pu' se soustraire à la rage des mal-


faiteurs.
On se préparait à l'élection des députés aux États
généraux du Royaume, au milieu d'une effervescence
impossible à décrire. La pensée humaine venait de
passer de l'état d'oppression à l'indépendance la plus
complète, et la liberté de la presse n'avait pas de
frein. Toutes les communautés, tous les corps d'arts
et métiers manifestèrent leurs vœux, et proposèrent
des réformes dans leurs cahiers des doléances. Rien
de plus curieux que la collection des écrits publiés en
ces jours d'émancipation. La discussion embrassait
tout organisation politique, économie sociale, sys-
tème financier, magistrature, sacerdoce, devoirs et
droits, tout ce tenait
qui à la régénération d'un grand
peuple livré jusques alors aux débauches du pouvoir
absolu. L'esprit public était beau de jeunesse, de pa-
triotisme et
depuissance.
L'élection à
fut deux degrés. C'était la seule ma-
nière de la faire libre etsincère. Les assemblées pri-
–aos-

blées primaires de Marseille nommèrent Raynal mem-


bre de l'assemblée électorale qui s'installa dans la
grande salle du couvent des Prêcheurs.
Deux hommes, choisis pour illustrer la députation
de Marseille, étaient adoptés par la sympathie géné-
rale et comme par acclamation Mirabeau, le plus
grand orateur des temps modernes; Raynal, écrivain
philosophe qui, malgré quelques écarts, n'en brillera
pas moins dans l'élite des intrépides défenseurs des
droits de la raison et de la liberté. Mais si Mirabeau
jeune encore, ne demandait qu'à s'élancer, tout
bouillant d'ambition et d'ardeur, dans les luttes de la
vie publique, Raynal, au contraire, ennemi du bruit
et des agitations, satisfait d'avoir été par ses écrits
l'un des initiateurs du grand mouvement politique et
social dont il voyait s'accomplir les premiers actes,
ne sollicitait plus que le repos pour sa vieillesse fati-
guée il n'aspirait qu'à l'indépendance de l'étude et
de l'isolement.
Cependant, comme l'esprit philosophique du dix-
__<M~

tiers s'associèrent à cette manifestation, et les ou-


vriers cordonniers exprimèrent leurs vœux en faveur
de Raynal avec une chaleur bruyante*. Un électeur,
dont le nom ne m'est pas connu, prononça, dans
l'assemblée des Prêcheurs, un discours inspiré par
1 enthousiasme le plus ardent pour cet écrivain'; et
t'en fit circuler le quatrain suivant, plus recom-
mandable par les bonnes intentions le
que par style
poétique
Si d'un vice national
Nous voulons abréger le terme,

Pour en développer et détruire le germe

Recourons à i'abbë Raynal~.

Le refus du philosophe fut invincible, et les Mar-


seillais n'eurent ainsi que la moitié de la gloire qu'ils
ambitionnaient
En ~90, le système électif fut régularisé en France
comme la seule source de la puissance publique, et la
–M?–

commune de Marseille se vit divisée en trente-deux


sections pour les assemblées primaires Chaque sec-
tion eut son local, son président, son secrétaire, son
bataillon de garde nationale et son drapeau. La sec-
tion du populeux quartier des Prêcheurs porta le
numéro onze, et siégea dans le couvent même.
Les délégués de tous les bataillons de la garde na-
tionale deMarseille s'assemblèrent le 25 juin 1790,
dans 1 église de ce monastère, sous la présidence des
ofliciers municipaux et de Cabrol-Moncoussou, com-
mandant général de cette milice citoyenne, pour
nommer trois délégués par bataillon, qui devaient
représenter l'armée marseillaise à la
la fête de fédé-
à
ration nationale Paris Des réunions
oflicielles et
des assemblées populaires tinrent aussi, en diverses
occasions importantes, leurs séances dans cette an-
cienne église des dominicains.
La fatale journée du 3~ mai 1793 eut en France
un lugubre retentissement, et les chefs du parti Gi-
rondin entraînèrent dans leur chute le
208

pitale oppressive, osa jeter le' défi à la Convention


nationale qui bravait les rois conjurés. Mouvement
généreux, mais imprudent lutte d'un enfant débile
contre un géant redoutable.
La section du quartier des Prêcheurs était celle
qui comptait le plus de prolétaires, d'exaltés de bas
étage, d'hommes sans lumières et sansdignité per-
sonnelle. Ils n'avaient pas ta moindre idée des formes
politiques, du jeu des institutions, mais ils cares-
saient par instinct les maximes républicaines. Entre-
prenants, pleins d'un cynisme audacieux, ils avaient
tout à gagner dans les discordes civiles..
Le bataillon de ce quartier était commandé par
Vidal. J'ai connu dans ma jeunesse, ce personnage
(lui n'était plus qu'un vieux bonhomme, vivant d'une
modeste place au poids de la farine. Je sais que le
temps et les circonstances peuvent modifier profon-
dément nos habitudes, nos pensées, toutes nos fa-
cultés morales mais la vieillesse n'en conserve pas
moins, ce semble, traits de viril. Eu
–209–

épargnés par la révolution et la


par mort. Leurs
per-
sonnes et leurs récits me donnèrent la conviction que
si les événements furent grands, !a plupart des ac-
teurs furentbien petits.
Quand Marseille prit une attitude insurrectionnelie
contre la Convention nationale, les sections se main-
tinrent en permanence, sous l'autorité d'un comité

généra! qui eut le négociant Peloux pour président


et le notaire Casie!anet pour secrétaire. Leur qualité
d'anciens députés du tiers-état de Marseille à l'As-
semblée constituante détermina leur choix, fort mal-
heureux assurément, car ces très-honorables
chefs,
comme particuliers, n'avaient qu'une capacité des
plus médiocres, et leur valeur politique était nu!!e.
Je dois en dire autant de tous ceuxqui prirent le far-
deau des affaires publiques dans ces circonstances
difficiles. Pour résister à la Convention qui savait or-
ganiser la
la force et victoire à l'aide de toutes les
passions populaires, il fallait s'élever à la hauteur des
coeurs vendéens, ou tout au moins égaler l'admira-
~0

absolu, royalisme constitutionnel, toutes les opi-


nions s'y trouvèrent mêlées, à t exception de celle
des Montagnards contre laquelle on se ruait. L'in-
surrection n'en conserva pas moins le drapeau de la
République. Ce n'était pas là de l'hypocrisie, vice de
quelques hommes et non celui des masses; c'était
simplement le besoin d'une situation pleine de fai-
blesse et de périls. Des qualités viriles et des vertus
guerrières n eussent
y rien fait. Que pouvaient des
esprits amollis par des habitudes de commerce et d'a-
giotage ?`?
Toute révolte locale qui ne se propage pas est fa-
talement condamnée à périr, et. eUe se fait à elle-
mêmeun mal affreux qu'elle devient la cause
parce
ou le prétexte de vengeances d'autant plus cruelles
qu'elles prennent les formes légales. Tel fut le sort
d une téméraire levée de boucliers.
de
Le comité salut public ne s en alarma pas. Sa-
chant à qui il avait aSairc, il mit à la tête d'une poi-
gnée de soldats un ancien peintre qu'il venait d'im-
–2H

comme une poussière balayée par un vent d'orage.


La situation de Marseille devint alors des plus cri-
tiques. L'alarme était générale. Les Anglais blo-

quaient le port, et les subsistances étaient tous h's


jours plus rares. Le i 4 du mêmemois,
le comité gé-
néral des sections détégua tous ses pouvoirs àPe!ou\,
à Castelanet et à cinq autres de ses membres, sous )e
titre comité de sûreté générale.
de Ce comité traita
avec les Anglais et leur envoya des députés pour ré-
clamer des secours. Il alla jusqu'à supplier !'amit'at
Hood d'accorder assistance à la ville de MarseiHc

pour proclamer Louis XVII. Le masque tombait. Le


mouvement se dessinant d'une façon plus nette
était décidément tout royaliste, et Marseille faisait
cause commune avec Toulon. Hood adressa une pro-
clamation aux habitants de ces deux villes pour ies
engager à se prononcer sans délai.
Dans ces circonstances, un désordre affreux régnait
à Marseille. Tout s'agitait, tout se heurtait. Les répu-
blicains montagnards, jusque là comprimés, !evè-
–'2~–

taircs 'sous ses ordres. On lui avait an~ené deux ou


trois autres pièces d'artillerie, et sa position, proté-
gée par les lieux, déviât des p!us formidables.
Ce corps députa vers la municipalité lui
pour signi-
fier qu'il ne voulait pas subir le joug des ennemis de
la France, et qu'il mourrait républicain.
Tous les bataillons restés dans la ville, auxquels
tes marins du port vinrent joindre,
se s'ébranlèrent
pour attaquer les insurgés des Prêcheurs.
Mais, avant
d ouvrir le feu, on leur envoya des officiers munici-
paux pour les inviter à se soumettre. Gaillard et Ga-
route, un
président et l'autre secrétaire de la section
montagnarde, tirent cette réponse a Nous nous re-
« tirerons lorsque l'armée de la République viendra
t- nous relever ').

Les choses cependant restèrent dans cet état, et les


deux partis se fortifièrent dans la nuit 22du an 23,
nuit d'angoisses indicibles. Un détachement d'in-
surgés, à la faveur des ténèbres, alla s'emparer du
poste de la porte d Aix, mais il abandonna bientôt
~)3–

recourut au bombardement dirigé par des ouicicrs


de marine, sous le commandement de l'un d'eux
nommé Boulouvard. Les assiégés résistèrent encore
pendant sept heures à une lutte si inégale mais les
cris des vieillards, des femmes des enfants et l'as-
pect des désastres que le quartier avait éprouvés, les
décidèrent enfin àune retraite plus avantageuse aux
succès de l'armée conventionnelle qu'une résistance
prolongée. Ils se nrent jour à travers leurs ennemis
et sortirent de la ville avec leurs canons par la rue
Sainte-Marthe, par celle de l'Observance et par la
porte de la Joliette, pour aller joindre les troupes de
Cartaux; et accélérer leur marche sur Marseille. Par
le bruit des bombes, des canons et de la fusillade,
on eut dit que la moitié de la ville était et
détruite
que des milliers de cadavres le sol. Cepen-
jonchaient
dant les républicains n'eurent ecinq morts, etdu
côté des sectionnaires un seul capitaine marin perdit
la vie. Quant aux blessés, le nombre en fut assez
considérable.
2ti.
) (aires abandonna ses pièces d'artillerie et se mit a
fuir. L armée du
département, cédant à la panique
du MMM ~MïpcM<, se replia sur tous les points, et
<'n!ra pete-meie dansMarscitte.
La désorganisation y était complète et la terreur
généraie. Les rues se couvrirent d'abord d'une foute
désespérée qui poussait des clameurs confuses, et
présentèrent ensuite l'image d'une ville déserte et
ptongéc dans un silence de mort. Tous les magasins,
toutes les portes et toutes les fenêtres étaient fermés.
De ViHeneuve ne songea pas à défendre une ville qui
s'abandonnât! ainsi, Il ordonna!a retraite sur Toulon,
c! tes débris de armée départementale y entrèrent
en désordre le lendemain, suivis d'une foute de mal-
heureux qui abandonnaient leurs foyers.
Cartaux savait qu'i! n'avait pas à combattre des
troupes aguerries; il nen fut pas moins étonné de
son facile triomphe, et il 81 son entrée a Marseitle le
~5 août a neuf heures du matin. jour lede
C'était
d'une ancienne fête chère aux
2<5

tantsdu peuple Albitte, Gasparin, Saticetti, Escudier


et Nioche.
La municipalité de Marseille, suspendue par le co-
mité géoéral des sections, reprit aussitôt son poste.
Le club rentra en séance et prit le titre Société
de
populaire régénérée. Le 27, la ville fut désarmée e1
l'on organisa une administration de sans-culottes qui
sacrifia quelques victimes. Mais le règne de la ter-
reur proprement dite ne fut organisé que quetque
temps après, avec le tribunal révolutionnaire, sur-
tout avec la commission militaire présidée par Bru-
tus' et avec laguillotine en permanence.
L'un des premiers et des plus beaux arbres de la
liberté avait été planté sur la place des Prêcheurs. A
chaque instant du jour, des bandes de jacobins ve-
naient lui présenter leurs hommages en dansant la
carmagnole.
Le gouvernement de la France présentait alors un
spectacle unique dans l'histoire des peuples. La con-
vention était asservie à lapuissance révolutionnaire
--2)6--

nsages. Plusieurs de ses ministres vinrent déposer


leurs lettres de prêtrise sur l'autel de la patrie, et
déclarèrent à la face du des ciel etqu'ils
hommesab-
j uraient toutes leurs jongleries. Emmanuel de Bausset,
chanoine de Saint-Victor, fut l'un de ceux qui, à
Marseille, donnèrent cet exemple. Il était dit tous
que
les excès se montreraient dans tous les genres.
La plupart des conventionnels professaient le
déisme philosophique. C'était surtout le culte de Ro-
bespierre qui exerçait une influence considérable sur
le comité de salut public et qui était en même temps
l'idole du club des jacobins. Aux yeux de Robes-
pierre, le déisme était la seule religion des sages, et le
fameux tribun, passionné pour J.-J. Rousseau, cher-
chait sans y réussir, à s'inspirer de son admirable
éloquence et à lui dérober quelques formes de style.
Mais dans le conseil de la commune de Paris un
parti s'était formé qui niait Dieu et n'admettait d'au-
tre culte digne de l'homme que celui de la raison et
fie la nature. Ce parti, dont Hébert et Chaumette
––2t7–
mirent à l'oeuvre. Des pins furent plantés des deux
côtés intérieurs du temple. Une montagne s'éleva dans
le sanctuaire. La chaire devint la tribune, chose tou-
jours obligée en ce temps de bavardage déclamatoire.
On voyait çà et là des ornements divers des guir-
landes de verdure et de fleurs, des représentations
allégoriques, des peintures rappelant le génie des
temps anciens et la gloire des vertus républicaines.
Tel était, à Marseille, le temple de la raison en
voici maintenant le culte.
Les jours de décade on disait, sous le nom de Pro-
menade civique, une procession qui partait de la
Maison-commune' et parcourait les principales rues.
Des troupes étaient en mouvement les tambours et
les trompettes retentissaient. Un corps de cavalerie
ouvrait la marche. Un héraut à
d'armes cheval portait
une bannière sur laquelle on lisait les droits l'hom-
de
me et du citoyen. Des femmes enrubanées aux trois
couleurs marchaient deux à deux, tenant chacune à
la main une branche de laurier, sous la conduite de
2~8--

dramatique des deux sexes en costume romain tes


représentants du peuple, en mission, qui précédaient
de
un char forme antique sur lequel apparaissait une
actrice aux robustes appas, mademoiselle Rivière,
transformée en déesse de la Raison. Des cavatiers
terminaient le cortège qui se rendait au temple de
cette divinité nouvelle.
Là on prononçait des discours pleins de grandes
phrases, mais généralement vides d'idées. On décla-
mait contre les superstitions et contre les tyrans. On
chantait des hymnespatriotiques. Un chœur termi-
nait la cérémonie.
Deux strophes donneront une idéede cette poésie
blasphématoire
Air Allons, e):~a)tts de la pah'te.

FrançaM, quelle métamorphose


Transforme nos saints en lingots
La raison est eniin éclose
Elle anéantit les cagots.
!)e leurs ridicules mystères
a<9

Aux discordes duculte antique


Faisons succéder l'union
Et que notre religion
Soit d'adorer le république.
Français, etc'.

Mais bientôt la scène changea. Ce cuite de la


Raison, qui dissimulait assez mal l'athéisme, impor-
tunait Robespierre dont les passionsjalouses et do-
minatrices ne
pouvaient supporter l'influence de
Chaumette et d'Hébert; lesquels d'ailleurs abusaient
trop de la patience du peuple français. Que quelques
esprits isolés se refusent à reconnaître une intelligence
créatrice, cela s'est vu et se verra mais ;cette
encore
contagion ne saurait atteindre une nation entière.
L'homme subjugue les éléments, il façonne à son gré
la matière morte celle du moins qui est à sa portée.
mais la matière animée Dites donc au plus grand
génie de faire seulement un papillon. S'il est difficile
de comprendre l'univers avec Dieu, cet univers, sans
Dieu, est tout à fait incompréhensible, et c'est ainsi
220

Suprême et l'Immortalité de l'âme. Dieu


mis aux voix
passa ce fut très-heureux pour lui.
Paris nous envoyait tout: les actes, les idées, les
formules du pouvoir et de l'esprit public les phrases
toutes faites. On acceptait tour à tour les choses les
plus opposées et les mêmes hommes qui avaient
offert leurs hommages à la déesse de la Raison célé-
brèrent, avec l'apparence du même entrain, la fête
de l'Être-Suprême. La servitude, courbant tous les
fronts au nom de lasouveraineté populaire, se mo-
quait de l'indépendance individuelle sans laquelle il
n'est point de dignité humaine.

Maignet, représentant du peuple, envoyé dans les


départements des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse
et de l'Ardèche pour y organiser le gouvernement
révolutionnaire, se trouvait alors à Marseille. Ce pro-
consul farouche ferma le temple de la Raison dont il
avait été l'un des grands-prêtres, et, par ses ordres,
on fit le programme d'autres cérémonies solennelles.
Le 8 1 on dressa sur la Castellane un
–2~

des défenseurs de ta patrie un char traîna dans la


poussière les attributs de laroyauté abolie. On brûla
de l'encens en l'honneur du grand Être dont la puis-
sancemerveilleuse éclate dans un brin d'herbe comme
dans l'harmonie des mouvements célestes," et les ar-
tistes dramatiques chantèrent des hymnes à sa gloire.
Ces fêtes républicaines, dont le bruit se mêlait, au
milieu des orages, à la voix du canon qui célébrait
les victoires de soldats
nos héroïques, étaient éblouis-
santes, mais impures et vertigineuses, car leurs or-
donnateurs sacrifiaient des victimes humaines à ce
Dieu de miséricorde et de bonté qui nous embrasse
tous dans ses bras paternels. Je sais tout ce qu'on a
dit pour expliquer et même le
pour justiner système
de la terreur. la la plus juste se souille par
Mais cause
la cruauté. La plus belle conquête politique ne vaut,
pas une goutte du sang de nos semblables, et maudits
soient à jamais les barbares qui ne respectent pas
l'inviolabilité de la vie de l'homme.
–222-

RUE DUPRAT

La rue Duprat, l'une des plus tortueuses, des plus


malpropres et des plus raides de la vieille ville,
aboutit de la rue Castillonà celle de Sainte-Marthe,
en face même de la porte d'entrée de l'ancien Collège
de l'Oratoire. Les plus anciens titres latins lanom-
ment Via ad CoMew, rue de la Colline, dénomina-
tion parfaitement appropriée à la situation des lieux'.
–~3–

fonction Mais il résigna sa charge ou il mourut peu


de temps après, car son nom n'est plus inscrit sur le
tableau des procureurs de Marseille en ~666. La fa-
mille Duprat habitait encore cette rue en 749, et
deux oSiciers du génie, chevaliers de Saint-Louis,
portaient, en '!782, le nom de cette famille à L
quelle ils appartenaient~.

t Registre des créations et audiences des roys de la bazoche de Lt présente


ville et eité de Marseille, fol. 68 recto, 00 rectoett33 recto.
Grosson, Almanach histori<)na de Marseille, 1782, p. i89.
–224–

RUE SAINTE-MARTHE.

Les Marseillais, tout pétris de passions mobiles,


mais facilement entrainés par des émotions géné-
reuses, furent toujours sensibles au spectacle de la
misère et des douleurs. La bienfaisance forma l'un
des traitp distinctifs de leur caractère. Cette vertu
éclata de bonne heure dans des œuvres miséricor-
dieuses.Il est probable que, par suite des relations
de commerce de Marseille avec le Levant, des mai-
–228–

pelle de ce nom, par les religieux de Cruïs de ordre


de Saint-Augustin, au diocèse de Sisteron.
Le plus ancien titre qui fasse mention cetde hôpital
est la transaction du ~3 janvier 2~0 entre Pierre de
Monttaur, évéque de Marseille et seigneur de la ville
haute, et les douze recteurs de laville inférieure qui
venait de se constituer en république, après avoir ra-
cheté de ses derniers vicomtes les faibtes restes de
leurs droits féodaux. Ces recteurs étaient Pierre de
la Font ou de la
Fontaine, Giraud Audroen, GuiHau-
meAurio!, Raimond Cominal, Bernard Gratiber)
GuiHaume de Castellane, Pierre Bonet, Dominique
Long, Bernard Hugolen, Imbert de la Mure, Rai-
mond Abeille Aimé Balistier. L'acte fut passé pou:
terminer les dinérends qui existaient entre les deux
villes régies chacune par une administration dinc-
rente et
se gouvernant par des principes opposés.
Les magistrats de la ville républicaine avaient fait

quelques entreprises sur la ville épiscopale. Ils s'é-


taient emparés d'une partie de Roquebarbe et de la
Tour Juive du de Pierre de Montlaur. Ils re-
~6

toycus actifs, se réunissaient dans levaste cimetière


de cette éghse. L'assemblée du ~3 janvier ~20
compta quatre cent quarante-six habitants notables.
Elle approuva les propositions qui lui furent faites
par tes recteurs; la délimitation des deux villes y fut
tracée exactement, et l'on en dressa l'acte laen forme
authentique. L'hôpital et la chapelle de Sainte-Marthe
y sont désignés un des points de repère de la
comme
ligne divisoire'. Le texte
de cet acte rappelle ici des
bâtiment s qui sans doute ne dataient pas de la veilte~;
et tout prouve que cet hôpital avait une existence
beaucoup plus ancienne.
Il est bien dimciie d'en connaître le régime admi-
nistratif et la destination spéciale, car le nom d'Hô-
pitaln'eut jamais un sens rigoureusement déterminé,
et cette appellation ne s'appliquait pas seulement aux
matsons qui soignaient les malades, mais encore à
toutes les œuvres de bienfaisance et d'hospitalité.
Cependant nous savons qu'au commencement du
quatorzième siècle Hiôpitat Sainte-Marthe de Mar-
2'2T_

,seille, à qui la collation du prieuré appartenait nom-


ma Pons Gauvelli qui faisait ses études dans la ville
d'Avignon~.
Il y avait, en 381, des hospitaliers attachés ai t é-
tablissement de Sainte-Marthe. et ces serviteurs des
pauvres pouvaient s'engager dans les liens du ma-
riage comme les frères donats de l'hôpital Saint-
Esprit. A peu près à ta même époque, quelques
femmes pieuses étaient préposées à la surveillance
des divers services et même à l'emploi des fonds.
En~4t0, Jacques Murri était prieur de Sainte-
Marthe. Le ~8 janvier, il comparut devant Étienne
Marroan, bachelier in M~o~M<M~, vicaire-général
et official de Paul de Sade, évéque de Marseille. Il
exposa que les directrices de l'hôpital avaient né-
gligé d'y faire des réparations indispensabfes, à tel
point que l'édifice tombait en ruine. Murri pria h'
vicaire générât d'accéder sur les lieux. Marroans
rendit le lendemain, et, convaincu la
de nécessité de
remédier promptement à ce fâcheux état de choses
–22S–

n'eut jamais une grande importance, et ses revenus


furent toujours des plus bornés. Elle n'alla qu'en dé-
clinant, comme tant d'autres institutions de bienfai-
sance que les pouvoirs publics ne soutenaient pas et
qui ne trouvaient dans la charité privée que des res-
sources insuffisantes. Dans les premières années du
seizième siècle, Fhôpita! de Sainte-Marthe, étranger à
toute pratique des bonnes œuvres, n'offrait plus qu'un
spectacle de délabrement et d'abandon. Le temps; ¡
dont le passage n'est marqué que par des ruines,
n'avait presque rien laissé cede vieux bôpitat, et son
nom était à peu près effacé de la mémoire des hom-
mes, lorsque sur ses débris s'éleva un établissement
dont je vais écrire l'histoire.
<-).)n

MAISON ET COLLÉGE DE L ORATOIRE.

1.

J aimeà reposer ma pensée sur 1 un des plus nobles


asiles de la prière et de t'étude. C'est l'ancien éta-
btissement où se forma l'esprit de nos aïeux éclaires
des lumières d'une instruction solide. L'édifice ne
brillait point par ses qualités architecturales, car le
style en était des plus lourds et les formes des plus
massives. Mais il exhalait parfum
un de vertus utiles
–230–

vois des vestiges d'enseignement communal. Un maî-


t re d'école, dont le nom ne nousa pas été transmis, se
trouvait alors à Marseille avec l'intention de s'y fixer,
si la ville lui donnait un secours pour l'aider à vivre.
Le 7 mai, le conseil municipal délibéra de lui accor-
der dix florins'.
Nous voyons, en l'année ~434, un écolier, un

escoliar, mourir dans du Saint-Esprit de


l'hôpital
Marseille~.
fait supposer qu'une véritable école commu-
Tout
nale existait dans cette ville en 437. GuillaumeCa-
un
i adet, dit Bourgogne, Sgure à cette époque dans
acte public avec la dequalité maître des écoles, ma-
~îA~r~c~o~rMM et, comme c'est là le titre que l'on
donna plus tard au régent du collège de Marseille, il
est logique de croire que Guillaume Caradet était
placé à la tête de l'enseignement communal. Il y était
encore en 1440*. Quelques années après, maître

Quia eruditioue civitatis unus magister, aptus et suffi-


puerorum presentis
rions est necessarius, et qui~ unus magister scholarum aptus et sufficiens esthic
--23)

Yves Lefrète occupait cette place. On l'appelait dans


une autre il
ville, mais comme aimait beaucoup Mar-
seille, il déclara qu'il y resterait si onlui assurait la
même position. Le 9 juillet 1469, le conseil muni-
cipal le retint pour l'année suivante, aux mêmes
gages qui étaient de quarante florins par an
Yves Lefrète fut ensuite remplacé par un maître-
és-arts nommé Gilbert de Villebrune, qui avait une
grande renommée de science et qu'on
appelait doc-
~MMMM~. En !475, Gilbert de Villebrune eut pour
successeur Jean de Favathon qui était aussi ma!tre-
ès-arts et de plus bachelier en théologie. On le rem-
plaçabientôt par Honoré deTrimond; mais comme ce-
lui-ci n'était pas, en théologie, simple bachelier mais
professeur, on porta ses appointements à soixante-
dix florins3. Le maître-ès-arts Pierre Pelissier suc-
céda à de Trimond en ~79, et l'on en revint alors
aux gages de quarante florins par an
L'année suivante, le chef d'institution communale
était Jean Trulier, remplace, en ~48~, par Raimond
–232–

et
plus large, chaque année, le jour des élections mu"
nicipales, le conseil nommait deux outrois commis-
saires pour la surveillance des écoles. L'instituteur
communal eut le titre de rector ~o~riM~o~ de la
grant escola de grammatica, et quelquefois aussi on
l'appela lo grant ~a~M~r de /o~ escolas. On lui
donna un traitement de centcinquante florins. Un
peu plus tard, on lui adjoignit deux bacheliers qui
tirent chacun une classe, et l'institution en eut ainsi
trois' Les exercices grammaticaux étaient composés
de lectures sur Donat, legir lo Donat. Jacques de
Oliolis était régent en 4St6 et t,il l'était encore en
1532. Son premier adjoint s'appelait Blaise Guey-
roard et son second Antoine Roman. La ville donnait a
l' unquarante florins de gages, et vingt-cinq à l'autre 3.
MaîtreGilles dirigeait le collège de Marseille en
1543, lorsque le conseil municipal délibéra de mettre
cet emploi au concours public. Les juges furent deux
médecins fort renommés, Louis Serre et Jean Gen-
tilis, alors commissaires des écoles. Maître Antoine
–233–

consuls, assistés de Serre et de Gentilis, passèrent


pour deux ans, avec ce professeur, une convention
la
qui nous fait connaître nature les et règles de l'en-
seignement communal à cette époque.
Les gages annuels du régent sont nxés centà écus
d'or au soleil, plus .dix écus pour son logement. On
lui imposa l'obligation d'avoir trois bacheliers « de
« bon exemple et bien morigénés, un pour les petits
« enfants et les aultres deux pour les grammairiens
«et les humanistes». L'enseignement comprend la
grammaire, la poésie et l'art oratoire. Il est tout-à-
fait gratuit pour les Marseillais. Quant aux étrangers,
la rétribution est fixée à deux sous par mois; elle est
de quatre, si on leur donne des leçons de grec. Les
consuls s'engagent à user de tout leur pouvoir pour
interdire dans laville tous les établissements particu-
liers d'instruction et pour obliger ainsi les écoliers
à suivre les cours du collège
Les instituteurs privés résistèrent, et le conseil
municipal, dans sa séance du 4 septembre 543,
–234–

citer en première ligne Honorat Rambaud, natif de


Gap*, qu'un ouvrage fort singulier met au rang des
auteurs qui firent, à cette époque, des efforts à peu
près infructueux pour réformer plus ou moins radi-
calement la grammaire et l'orthographe*. Rambaud
avait dans son école des élèves de très-bonne maison,
et même des enfants de famille consulaire 3.
Baptiste d'Arène, docteur en théologie à Marseille,
remplaça Bellaud en 546. Puis Gilbert Girard, l'Ita-
lien Simonassy, Jean FIégier, Nicolas, le carme Ber-
trand Anfossy et Claude Franc, régirent tour à tour
le collège de Marseille aux mêmes conditions qui pré-
sidèrent, en 1S57, à l'engagement du prêtre Pierre
Columby, ancien régent des écoles d'Aix. Columby
fut, pendant treize ans, à la tête du collège de Mar-
seille 4. Par acte du novembre ~570, les consuls
de cette ville traitèrent avec leur compatriote Fran-
çois Lantelme, bachelier en médecine de la faculté de
Paris où il résidait. On lui donna quarante écus pour
ses frais de voyage et des gages annuels de deux cents
–2<K;–

Par lettres-patentes du 1 a aoùt 1 571, le roi Char-


les IX autorisa, sur leur demande, les consuls de
Marseille à ériger dans cette ville un collège sembla-
ble à ceux de Paris. Il prohiba en même temps les
écoles particulières' mais cette défense ne réussit
pas mieux que les précédentes, et le collège de Mar-
seille resta à peu près ce qu'il était. Seulement, en
t379, on obligea Lantelme à avoir cinq bacheliers,
et son traitement fut porté à deux cent quatre-vingt-
huit écus*.
L'administration municipale de Marseille, pensant
à fortiner les études dans le sens des idées religieuses
de l'époque, conçut, en ~59~, le projet de sécula-
riser l'abbaye de Saint-Victor et de la convertir en
collégiale dans l'église du monastère de Saint-Sau-
veur, avec l'institution de docteurs en théologie et
d'autres professeurs salariés par la ville de Marseille,
pour l'instruction de la jeunesse~. A la demande des
consuls de cette ville, une bulle du souverain pontife
érigea, l'année suivante, un collège dans l'abbaye
–~6–

rcnt pas de fonder cet établissement auquel bientôt


personne ne pensa plus.
François Lantelme
mourut, en i605, dans exer-
cice de ses fonctions de principal du coitége commu-
nal de Marseille et les consuls donnèrent cet emploi
à messire Honoré Rouvier, prêtre, avec un traitement
de neuf cent soixante livres, qui fut fixé à treize cent
cinquante livres l'année suivante*. Les bacheliers
professeurs furent, dès cette époque, appetés Régents.
Il y eut un cours de philosophie, un cours de rhéto-
rique et quatre cours d'humanités et de grammaire.
Rouvier se chargea lui-même de la classe de philo-
sophie. En 16~2, le professeur de rhétorique était
Honoré Seignoret, docteur en médecine~.
Le 25 août 16t 4, Jean Lantelme, docteur en droit
à Marseille, fut adjoint à Rouvier pour ta direction
du collège, et chacun d'eux eut le titre dePrincipal*.
On se plaignait alors de cette direction, que l'on ac-
cusait de négligence. On ajoutait que l'esprit public
et les habitudes générales des habitants de Marseille
23i

pas juste de mettre la subvention municipale à la dis-


position absolue du principal du collège, et qu'il
valait mieux porter plus haut le chiffre de cette sub-
vention, et fixer en même temps les honoraires de
chaque régent. C'est ce que fit le conseil municipal
le 8 novembre !613. Il augmenta beaucoup la sub-
vention annuelle qui fut de deux mille six cent cin-
quante livres, et laissa aux consuls le soin de fixer la
part du principal et celle des régents. Le conseil sup-
prima en même temps la pension de trois cents livres
que la ville payait, depuis quelques années*, à un
chef d'institution dont vais
je parler.
II s'appelait Maurice Délaye, et tenait à Marseille
une école assez considérable, lorsqu'il conçut le
projet d'un plus
grand établissement d'instruction
pour la jeunesse. Le 9 novembre ~608, il présenta
au conseil municipal une demande qui formulait ainsi
ses idées « Le requérant offre dresseruneacadémie
« publique à laquelle se pourront mouler tous les
« enfantsde la ville et les étrangers, moyennant la
–i'38–

« En la seconde, s'apprendra l'art de !a navigation


« et cosmographie, la langue latine et espaignole
«En la troisième, sera montrée l'arithmétique
« jusques aux mathématiques, et à tenir les libvres
« en parties doubles
« En la quatrième, s'apprendra de jouer sur toutes
« sortes d'instruments et à chanter ez musique -1,
« En la cinquième, sera enseigné la danse avec
« toutes sortes de civilités pour l'advancement du
« cor ps
« En la sixième, sera montré à tirer aulx armes,
« et oultre ce sera permis à ung escuyer d'y aller ap-
« prendre les escoliers. ? o
Ce programme d'études et d'artsd'agrément parut
plaire beaucoup au conseil le
municipal qui renvoya
pourtant à t'examen et a la décision des consuls en
exercice, de l'assesseur, des syndics" et des commis-
saires aux requêtes~ Les consuls étaient Marc-An-
toine de Vente, sieur des Pennes Louis de Monter,
sieur L a-
~9–

laieut Pierre Vieu, sieurdes Noyers, EtienneArquier,


sieur de Charleval, PierrePascal Benediton Datti,
Jean François. Le 12 mars 1609, cette assemblée
adopta à l'unanimité le projet de Maurice Delaye et
délibéra qu'une pension annuelle de trois cents livres
lui serait payée par la ville, « Delaye estant teneu de
« montrer et apprendre tous les susdits exercices aux
« enfants de laville pour un escu tous les mois, en-
« core qu'ils ne se mettent en pension dans sa maison;
« et là où ne vouidraient apprendre tous les susdits
« exercices, ains l'un d'iceulx ledit Delaye se con-
« tentera d'estre payé raisonnablement, remettant
« cela à sa discreption et néantmoinssera tenu d'ins-
« truire à tous les susdits
exercices, sans rien prendre,
ung pouvre garçon, tel que lui sera donné par les
« sieurs consuls présents et advenir. »
On était alors avide de représentations théâtrales
on jouait encore des mystères à Marseille, et les élèves
du collège communal se livraient à ces
amusements
sous forme d'exercices littéraires. La délibération
–~0–

duquel Maurice Delaye avait un associé nommé Gi-


rard, fonctionna la
à satisfaction générale, car la
ville continua de lui payer la pension de trois cents
livres jusques à la fin de 61 5. J'ai dit qu'alors on la
supprima en faveur du collège communal mais sur
la réclamation de Delaye, le conseil municipal, dans
sa séance du 28 décembre de la même année, revint
sur sa détermination, et rétablit dans son budget la
subvention de trois cents
livres, sans rien enlever à
celle du collège*. L'institution de Maurice Delaye
put ainsi se soutenir pendant quelque temps encore.
Dans le quinzième siècle, l'école communale de
Marseille n'appartenait pas à la ville, qui prenait à
bail une maison particulière pour les classes des éco-
liers et pour le logement de l'instituteur. De 476 à
480 la ville eut en location la maison Jacques
de de
Ramesan, au loyer annuel de vingt-quatre florins 2.
En 1480 elle occupa, pour la même destination, la
maison de Jacques de Cépède, dans la rue de la Fon-
taine-Juive~, au prix de trente florins an'. L'é-
loua ensuite la maison de Louis Bouqmer'. et en
i 85 celle d'Antoine Caussemille, toujours au même
loyers
Depuis 4.76, la ville de Marseille cherchait à ache-
ter une maison pour ses écoles, mais sans jamaisy
réussir. Elle jeta d'abord les yeux sur celle de !a dame
Silon qui ne voulut pas vendre 3. En 1480 le conseil
municipal accorda à Pierre Andran de Cabriès les
droits de citadinage,
à ta par lui de faire l'a-
charge
vancede vingt-cinq florins pour servir à l'acquisition
d'un immeuble destiné à l'usage de renseignement
communale Mais ce projet ne réussit pas mieux que
celui de l'achat de la maison du forgeron Étienne
Sestrina, lequel ne voulut pas accepter Je prix qu'on
lui proposa'.
Mais au ~commencement du seizième siècle ta ville
possédait pour ses écoles une maison qui n'était autre
que l'ancien établissement de Sainte-Marthe appro-
prié à sa nouvelle destination. Un siècle après, c'est-
à-dire en i6t7, l'administration municipale conçut
2

prés i'éghse Saint-Martin. On fixa le loyer à quatre


cent vingt livres par an et le co!iége fut provisoire-
ment en attendant ia nn de la construction
placé ia

de la nouveHe maison de Sainte-Marthe.


Le 28 février !627, le conseil municipat de Mar-
seUte sur la proposition du premier consul Louis de
Cabre, sieur de Saint-Pau), délibéra d'employer neuf
miUe livres a F achèvement du coUége communal de
Sainte-Marthe et a son agrandissement par t achat de
quehpies maisons contiguës~. Mais les travaux de
construction ne marchèrent qu'avec une lenteur ex-
cessive.

Depuis quelques années, t administration munici-

pale de Marseiue s intéressait au succès des bonnes


études, usait de
ses moyens tous
pour améliorer ren-

seignement fourni par !e colic~e communal. En 616,


elle en avait donné la direction a messire Antoine
Obvier, docteur en à théologie,
la charge par lui
d'entretenir huit régents, et il y eut alors deux classes
de une de une
2M

Enfin l'acte de nomination d Antoine Bouvier s ex-


primait ainsi « Le grec et le latin seront enseignes
« à toutes les classes respectivement pour habituer
« les escoliers et les rendre en tune et t'autre
capabtes
« Les seront tenus faire en
tangue. régents parier
« tatin et non en !a
langue vulgaire, depuis cinquié-

.< me en hanit, fors les jours et iicures de récréation.


« Le sera de tenir la main a ce
principal obligé que
« les de rhétorique et des humanités fassent
régents
« déclamer leurs escoliers en chascun mois à tout !e
« moins que deux fois l'an se feront
alternativement
« actions pubhques auxquelles seront )es
employés`
« escoliers dudit coitége et non auitres. »

L'enseignement fut déclaré tout-à-fait gratuit, et


cette fois on ne fit aucune exception. Les écoiicrs

étrangers jouirent de cette faveuraussi bien que !cs


fils de famille marseillaise. On renouveia défenses
les
contre les instituteurs privés, mais seulement en ce

qui concernait la philosophie, la rhétorique et ies


–n.–

Plusieurs Marseillais de diverses conditions gen-


tdsbommes, bourgeois et marchands avaient pensé,
en 1 610, que les religieux minimes pourraient rendre
de grands services dans renseignement des belles-
lettres et delà théologie; et demandèrent en consé-
quence au conseil municipa! que les classes du collège
leur fussent données. Le conseil délibéra sur cette
au'aire le 28 décembre mais avant d'émettre un vote
définitif, il voulut consulter le président du Vair*.

J'ignore ce que ce magistrat répondit. Toujours est-il


que le projet n'eut aucune suite.
Quelques années après, on vit une congrégation
célèbre grandir rapidement à l'aide de ses succès dans
l'instruction de la jeunesse. C'était là sa vocation
principale. Ce but utile et noble suffisait à son ambi-
tion 2. Pierre deBéruIle, qui devint plus tard cardi-
nal, avait été frappé des vices du sacerdoce. On ne
recevait les saints ordresque pourjouir de la graisse
de la terre, sans s'occuper de la rosée du ciel, et la
chaire de vérité retentissait de légendes payennes et
2i5

ceux'.C était une retraite


toujours volontaire ou
les regrets n habitaient point. Les riches y vivaient à11
leurs dépens, les pauvres aux frais de la compagnie.
La liberté donnait du prix et de la noblesse au dé-
vouement. Les petitesses superstitieuses n'y dégra-
daient pas Famé et n'y déshonoraient pas la vertus
Les oratoriens, ennemis du faste, du bruit et des
vaines parades, repoussaient comme un empoison-
neur 1 esprit de domination et d'intrigue ne
qui pou-
vait que nuire au sacerdoce et au catholicisme lui-
même et ils savaient, que ceux-là seuls étaient les
meilleurs prêtres qui se mêlaient le moins des affaires
publiques et ne se souillaient pas au contact des pas-
sions humaines si peu compatibles avec la paix du
sanctuaire.
Dès l'année 16 H le P. Romillon né à Lisle, au
comtat Venaissin", avait jeté, dans la ville d'Aix,
les fondements d'une maison pour les pères de l'Ora-
toire. A laprièrede Pierre de Bérulle, il se rendit
auprès de lui à Paris
pour s'entendre sur le projet
9.6

Le P. Romillon avait déjà tait venir à Marseille


quelques-uns de ses confrères qui logèrent dans une
maison particulière. Ils disaient la messe dans la cha-
pelle de la congrégation des Ursulines dont Romilloii
était fondateur'. Par acte du 26 mai 620 le chapi-
tre de la cathédrale leur donna l'église et l'hôpital de
Sainte-Marthe. Les pères Arnaud de Coreys et Jau-
bert furent les premiers qui vinrent y fixer leur de-
meure
Des citoyens considérables de Marseille avaient

pris en grande estime les pères de l'Oratoire, et ils


disaient bien haut que leur congrégation pouvait seule
régir convenablement le collège communal. Ce sen-
timent avait de l'écho dans la province. En !6~8, la
petite ville de La Ciotat conna son collège aux orato-
riens, et Toulon suivit cet exemple en l625".
la
Le 18 février de même année, on lut au conseil
municipal de Marseille la requête de MM. de Bausset, 1
Nicolas Perrin et Delestrade, commissaires des éco-
les qui demandaient que le collège de la ville fût
–347–

« conduite et direction du collège leur sera remis et


« donné à perpétuité, à condition qu'ils seront teneu,
« de tenir toutes les classes de philosophie, rhétori-
« ques et aultres des humanités à toujours garnies
« et pourveues de bons docteurs et capables régents;
« qu'ils ne pourront establir pour régents aulcuns
« étrangers, et establiront des François de nation et
« subjects du roy'. Le conseil soumit en outre les
oratoriens à l'obligation d'indemniser messire Antoine
Olivier, principal du collège dont j'aidéjà parlé, et
le conseil ajouta que la ville payerait chaque année
aux pères de l'Oratoire la sommede deux mille quatre
cents livres. C'était la
alors subvention municipale
touchée par le principal paret les régents.
Le contrat de cession perpétuelle du collège de
Marseille fut passé le 36 du même mois entre les
consuls de Marseille et le père Pierre de Coreys, su-
périeur de la maison de l'Oratoire de la même ville
assisté de Paul Matezeau, docteur en théologie sti-
pulant tous les deux pour leur congrégation, en vertu
–M8–

Bt'udie, et contirmé par lettres-patentes du roi


Louis XIII'. Mais le collège communal de Marseille
n en continua pas moins d'être établi dans l'ancien
hôpital de Saint-Jacques de Galice où les régents ora-
toriens eurent dès-lors leur logement. Ce ne fut qu'en
1635 que le local de Sainte-Marthe fut complètement
disposé pour sa nouvelle destination, et l'on y trans-
porta le collège~, lequel fut encore agrandi et amé-
lioré par la ville à diverses époques~. L'ancienne
église de Sainte-Marthe fut comprise dans cet agran-
dissement. Le 2C août L657, Étienne de Puget,
évoque de Marseille, bénit la première pierre de la
nouvelle église, et les consuls Louis de Vente, Jean-
Baptiste de Marquésy et Jourdan Fabre, assistés de
1 assesseur Jean-Martin de Champourcin la posèrent
le même jour avec solennité~.
Les oratoriens de Marseille distingués par leur at-

L'Antiquité de i'egtise de Marseille, t. H! p. 317, à )a note.

RuM, Histoire de Marseille, t. II, p. 72-74.


Registre HO ci-dessus cité, fol. 275 recto et verso.– Registre 39 des de)ihë-
~9–

facilement auxmaximes de l'Église gallicane, comme


tous les membres de leur compagnie, se trouvèrent
fortement engagés, autant par conviction que par
esprit de corps, dans les querelles Ihéologiques qui,
après avoir agite 1 âgemur de Louis XIV, fatiguèrent
encore sa vieillesse. Le P. Quesnel de l'Oratoire avait
publié, vers la fin du dix-septième siècle, un ou-
vrage contre lequel les jésuites se déchaînèrent, sous
prétextequ'il renfermait des erreurs du même genre
que celles de Jansénius dans son Commentaire de
Saint-Augustin. Une vingtaine d'années s'écoulèrent
au milieu de ces disputes stériles, et, en 1T!3, le
pape Clément XI condamna le livre du P. Quesnel
dans la fameuse t~M~CM~M~ que lui arracha
bulle
Louis XtV sous l'influence des jésuitesplus puissants
par la faveurdu roi que par celle de l'opinion. Cette
butle devint un brandon de discorde. Elle trouva une
opposition des plus vives dans une partie du clergé
et de la magistrature. Le cardinal de Noailles, arche-
de Paris, ennemi des doctrines ultramontaines,
–250–

C'est le résultat ordinaire des persécutions religieuses.


Nous nous moquons des Grecs du Bas-Empire qui
disputaient sur la nature de la lumière du Mont-
Thabor; et nous, en plein dix-huitième siècle, nous
nous livrions à d'ardentes contre verses sur la prédes-
tination et sur la grâce. On a beaucoup plus écrit sur
la fameuse bulle L~Mg'e~M'. que sur les questions les
plus importantes de la politique, de l'administration
et de la philosophie.

Après la mort de Louis XIV, le régent, qui ne s'é-


chauffait point en matière de religion, rendit à la
liberté les Jansénistes quête P. Letellier, confesseur
du roi, avait jetés dans les prisons C'était un temps
propice aux actes de réparation et de justice, car les
Français étaient alors ivres de plaisirs et fatigués de
querelles. Mais un vieux levain de controverse fer-
mentait dans quelques ardent s qui paraissaient
esprits
appartenir à une autre époque, et parmi eux Belsunce,
évèque de Marseille, se rangea au premier rang.
–?)

triée'. 8
Beisunce n y tint pas quand il vit, le novem-
bre nt8, la communauté des prêtres de l'Oratoire
de Marseille appeler comme d'abus de la constitution
~~gtt~MS au pape mieux conseillé et au futur con-
cite générât~. L'appel se fondant sur les régies cano-
niques et sur les lois de les
FËtat, moyens de défense
à de cet acte étaient d'une incontes-
l'appui légalité

table. Cependant l'irritation de Belsunce ne connut


plus de bornes. Il interditles oratoriens de la confes-
sion et de!a prédication il défendit à toutes les com-
munautés religieuses de son diocèse d'avoir commerce
avec eux il les frappa des censures les plus véhémen-
tes, les traitant d'hérétiques, de loups couverts de
la peau d'agneaux et d'ouvriers de Satané
Alors les oratoriens de Marseille invoquèrent à leur
appui les lois du royaume et l'autorité des saints Ca-
nons qui n'ouraient pas de ressource ptus assurée aux
ciercs opprimés que le recours à la justice du prince.
Ils se placèrent sous la protection du parlement d'Aix
dont les maximes et la haute indépendance arrêtèrent
–282–

que. Cette cour, qui avait déjà rendu, a la date du


22 mai t716 et du 7 décembre ~8, deux arrêts
contre l'évoque de Marseille, en lança contre lui. le
4 janvier 719, un troisième beaucoup plus sévère
qui lui fit itératives défenses de procéder contre les
suppliants au préjudice de leur appel comme d'abus,
et prononça en même temps la saisie de son tempo-
rel', c'est-à-dire les rentes et revenus de l'évéché
les
qui se montaient à plus de trente mille livres «
Surces entrefaites, l'une des pestes les plus cruelles
dont l'histoire ait gardé le souvenir remplit d'épou-
vante et d'horreur la ville de Marseille. La maison de
l'Oratoire avaitalors pour directeur un saint prêtre
sur la vertu duquel la calomnie n'avait aucune prise.
C'était le P. Gautier, auteur d'un recueil de cantiques
très-populaires il se mit au service des pauvres et
des malades, et, à son exemple, tous les oratoriens
fournirent aux malheureux les secours de leur cha-
rité*. Gautier et quelques-uns de ses ouvriers apos-
toliques succombèrent à l'atteinte du
fléau et ce-
–2M–

il accuser les uns d'avoir pris la fuite et les autres


de s'être enfermés dans leur maison pour ne penser
qu'à leur sûreté personnelle*. Cet évoque fut grand
par son courage, mais il le fut sans humilité il le fut
avec bruit, avec faste, et en voulant rapetisser les
autres, il chercha trop à s élever lui-même. S'attri-
buant tous les mérites et tous les
sacrifices, il exalta
tes ardeurs de son zèle, il provoqua partout des ap-
plaudissements en sa faveur, et confia aux cent bou-
ches de la renommée de sa gloire. Pen-
la célébration
dant qu'il se vantait ainsi lui-même outre mesure, il
répandait des libelles contre les oratoriens. La mort
de ses adversaires ne put le désarmer, et il ne res-
pecta pas la mémoire du P. Gautier qui, d'après lui,
avait mis la peste dans la maison par une imprudence
dont la cupidité était la source
Le moyen le plus sur d'être
agréable à cet irascible
pontife était de dire du mal des Jansénistes en gé-
néral et des pères de l'Oratoire en particulier. Il osa,
dans un mandement, attribuer la peste de Marseille
à la colère du ciel contre les uns et les autres f. Dans
un autre mandement en de sécheresse,
publié, temps

pour demander à Dieu de la pluie, « Le ciel est fermé,


~<disait Belsunce; il ne pleut pas parce qu i! v a des
Mgens qui ne reçoivent pas la constitution Lw</eKt-
« ~MS" ». Les emportements de la haine nepouvaient
pas se permettre une plus injuste licence.
Les oratoriens, à leur tour, n'étaient pas sans
avoir des torts. Pendant qu'ils reprochaient aux jé-
suites leur morale trop retâchée, ils se montraient
eux-mêmes trop dimcdes dans les voies du satui. Ils
aIEchaient des maximes trop raides, un rigorisme
concihabie sans doute avec dispositions
ies de quel-
ques esprits solitaires
et méditatifs, mais assurément
peu compatible avec les mœurs générales de la so-
ciété qui ne demande pas à être gouvernée comme
un institut monastique. Quoi que nous fassions, il
faut toujours compter avec les passions humaines, et
la consiste, non à les mais a les
sagesse pas étbuner
265

avec pompe, eu !7t9, l'inauguration de l'Académie


de musique de cette vilte'; ils lui m'eut un crime d'a-
voir ainsi voulu au nom de !a une
sanctiuer, i'eligion,

écote publique de ciian)s voluptueux,


Ht tous ces )icu'<communs de morale lubrique
Que Lutty rcchautîa des sons de sa musique

Les oratoriens ne comprirent pas qu'i!faut amuser


les hommes, et que les plaisirs innocents tes détour-
nent de ceux qui le sont beaucoup moins. L'Acadé-
mie de musique de Marseille eut, entre autres motifs
(te son institution celui d'anaibtir la passion du jeu

({ui causait des maux inouïs~.


Le cierge, par ses discordes peu édifiantes, prêtait,
en ce siècle de scepticisme, des armes à une phiio-

sophie audacieuse qui grandissait en s etfcrçant de


battre en brèchetous les monuments de la foi chré-

tienne, tantôtaJ'aidedu raisonnement et de la science,

tantôt, et ptus souvent, avec les traits du ridicule

qui biessent toujours quand ils ne tuent pas. A Mar-


seille, le feu des quereHes religieuses s'éteignit peu
–?6–

leur. Toutefois les anciens-appelants n'existaient plus,


et l'esprit de leurs successeurs avait changé suivant
les conjonctures. Mais Belsunce, malgré son grand
âge, était inébranlable dans ses sentiments. La paix
ne fut faite qu'en 1750. Le P. Dardène supérieur
de la maison de l'Oratoire de Marseille, s'adressa à
un prêtre des plus respectables, Boniface Dandrade,
directeur du second séminaire de Marseille, sous le
titre de Sacré-Cœur-de-Jésus, et le pria d'employer
sesbonsoffices auprès de Belsunce pour en obtenir
les bonnes grâces. L'entremise de Dandrade prépara
la réconciliation. Au jour convenu, le P. Dardène et
tous les membres de sa communauté se transportè-
rent auprès de Févéque, lui témoignèrent leur sou-
mission aux décisions de l'église et en particulier à la
constitution L?nyen~MS. Le prélat, au comble de la
joie, les reçut avec bonté. lesIl visita ensuite, et leva
l'interdit qui les frappait depuis si longtemps
s
–257–

COLLÈGE DE L ORATOIRE

Les anathèmes fulminés par Belsunce contre les


oratoriens de Marseille les avaient vivement émus, et
ils avaient cru que leur honneur exigeait qu'ils don-
nassent à la défense une vigueur proportionnée à
celle de l'attaque. Ils accomplirent ce pénible devoir
à
–2o8–

rite de leurs mœurs, par le mérite d'une instruction


soude, et surtout par l'habileté d'un enseignement
dont l'éclat frappe encore nos yeux.
Cet enseignement, toujours gratuit pour les exter-
nes; eut le caractère des temps et des circonstances.
La grande érudition du seizième siècle, distinguée
par l'étude des langues anciennes, fut surtout hé-
rissée de grec. Après prise
la de Constantinople par
Mahomet H, en 1 453, des hellénistes habiles se ré-
fugièrent dans l'Occident, y répandirent la connais-
sance de la tangue d'Homère', et l'imprimerie, qui
naquit a peu près à la même époque, concourut à
faciliter le goût de cette belle langue 2 Le grec, na-
turalisé en France, y fut mis en honneur, y devint
la passion dominante des lettrés, y fit des progrès
rapides et presque incroyables~.
Après les Erasme, lesGesner, lesBudé, les Étienne,
qui enrichirent l'Europe de leurs travaux et de leurs
trésors, on peut citer Claude de Seissel, évéque de
–259–

les mêmes rivages ravis de accents


ses harmonieux
et purs. Nous avons vu qu'on enseigna le grec au
coUége de Marseille vers le milieu du seizième siècle.
Cette étude futy forte et persévérante elle marcha
dans tous les cours, parallèlement avec celle du latin.
et, dès l'année i6t6, l'idiome de l'ancienne Rome
était cultivé, non-seulement comme une langue sa-
vante/mais encore comme une langue usuelle, car
les élèves se virent
obligés, depuis la cinquième
classe, de ne parler que latin, excepté les jours de
congé et les heures de récréation.
L'enseignement du grec continua d'être pratiqué
dans le cours du dix-septième siècle mais il alla s'af-
faiblissant tous lesjours, et les leçons en furent enfin
tout-à-fait perdues au commencement du siècle sui-
vant. L'instruction se généralisant, gagnait alors en
superficie ce qu'elle perdait en profondeur. La science
se dégageait de ses formes lourdes et pédantesques
elle demandait beaucoup moins à la mémoire des
mots et des choses. Le
–s'60–
la chimie, deux sciences qui, dans ce temps, étaient
à peu près dans l'enfance. Ils professèrent encore la
métaphysique cartésienne et la philosophie scholas-
tique, laquelle périssait d'impuissance et de vieillesse
dans un siècle où l'étude n'avait de prix que lorsque
on l'employait pour mûrir les fruits de la raison hu-
maine.
de
Le cours cette métaphysique et de cette philo-
sophie n'en durait pas moins deux années entières,
et il y avait, pour un tel enseignement, treize bourses
d élèves internes données au concours et fondées, en
!7!9, par un de ces hommesinspirés du ciel,qui
savent élever leur fortune à hauteur
la de leur âme,
et donner à leurs actes de bienfaisance les grandes
proportions d'utilité publique. Cet illustre fondateur
fut Jacques de Matignon, abbé de Saint-Victor de
Marseille, qui fit aussi des dons considérables aux
hôpitaux et à toutes les œuvres de charité de cette
ville.
Les treize boursiers étaient
–26<

de France', un de t'Hôtei-de-viHe, le supérieur de


l'Oratoire et lepréfet du coHége~.
Le professeur de rhétorique avait le titre d'orateur
deMarseii!e". ·
La maison possédait une assez belle bibliothèque~,
enrichie de manuscrits parmi lesquels on remarquait
les autographes que le P. Arcère lui avait légués en
mourant, et qui formaient cinq volumes in-folio, sans
compter un demi-volumes servant de table à tout le
recueil, lequel forme une compilation considérabte
et une masse de mélanges sous le titre d'ccWaM'
L'auteur professa avec distinction les humanités au
collége de Marseille, et se livra à la culture des let-
tres qui firent le bonheur de sa longue vie H rem-

Agneau Calendrier spirituel, p. 205-208.


Le préfet du collége de l'Oratoire avait des attributions à peu jfresscmhiabtes
à celles dit censeur des études dans un lycée d'aujourd'hui.
3 Grosson. Almanach de 1770,
historique p. t95.
4 Achard, GéogrAphtegênëratede la Provence, t. Il, 100.
p.
5 Les manuscrits du P. Arcère sont aujourd'hui i la bihhothefjuc publique
de Marseille.- dans son Dictionnaire des hommes illustres de la Pro-
–2M–

porta plusieurs prix d'éloquence et de poésie dans


quelques académies de province. Il se distingua aussi
dans l'étude de l'archéologie et des langues.
Eu H70 et postérieurement, le bibliothécaire de
l'Oratoire de Marseille étaitle P. Papon', auteur
d'une Histoire de Provence et de quelques autres ou-

vrages moins importants.


Cette maison avait aussi une collection d'antiques
qu'elle tenait de la libéralitéde Benat, gentilhomme
marseillais, l'un de ses anciens élèves. Elle y joignit
un petit médailler et desobjets d'histoire naturelle
Le philosophe Montaigne, plus avancé que son
époque, avait lescorporelles3;
désapprouvé punitions
mais a Marseille comme partout ailleurs, on ne les

mihgeait pas moins aux écoliers, et souvent même


sa!is mesure. Dans une pièce dramatique du seizième
sicctc, les petits compagnons d'un grand personnage
répondaient en chœur
Je ne mettre dans ma tête
puis
Cemeschant latin estranger
~63

avec naïveté qu'il /<?~e les enfant-, depuis trente-


huit ans
Beaucoup plus tard, Rollin n'approuva ni ne rejeta
d'une manière absolue le châtiment des verges. Après
tout ce en
qui ditest en plusieurs endroits de l'Ëcri-
ture et surtout chez les Prophètes, le bon recteur est
fort embarrassé et se met à faire du juste milieu. H
en conclut que ce genre de punition peut être em-
ployé, mais qu'on doit en user rarement et pour des
fautes graves~.
L'administration municipale de Marseille recourait
quelquefoisaux connaissances des pères de l'Oratoire
pour des objets spéciaux qui exigeaient des études
savantes, et en 667elle lit
payer à Jean
More!, su-
périeur de cette maison, la somme de trois cents
livres, pour avoir traduit du latin en français les
statuts, les privilèges et les règlements de cette villes
Les oratoriens étaient toujours chargés de la partie
littéraire du programme des fêtes publiques. Leurs
élèves allèrent débiter des vers latins à Christine,
–264–

En 167~, on nt dans le collège un poëme en la même


langue à la gloire de Toussaint de Forbin-Janson
évéque de Marseille. On y chantait les vertus du pon-
tife et les services de son illustre race'.
Les pères de l'Oratoire ne négligèrent rien pour
mettre leurs élèves en scène et pour leur faire réciter
des compliments à de grands personnages, dans des
circonstances solennelles. Les professeurs composè-
rent les emblêmes et les inscriptions des arcs de
triomphe dressés à l'occasion de l'arrivée
des princes*,
et toutes les années ily avait, pour les écoliers, dans
l'intérieur du collège, des thèses, des actes publics,
divers exercices littéraires, en présence des familles
et des premiers magistrats de la cité qui.se faisaient
ainsi un devoir d'entretenir l'émulation de la jeunesse
studieuse. Le
6septembre ~679, de Rouillé, inten-
dant de Provence, commandant en l'absence du
comte de Grignan, arrive à Marseille et va descendre
à l'évèché où les échevins, en chaperon, vont lui faire
visite. Le lendemain, dit le cérémonial, «M. de
–365--

pour se réjouir du rétablissement de la santé de Louis


XIV, celle du collège de l'Oratoire fut la plus belle.
L'éloge du roi fut prononcé en latin, dans l'église,
par le P. Coste, professeur de rhétorique. Les per-
sonnes les plus considérables de la ville se rendirent
dans la cour qu'on avait ornée de belles tapisseries
et d'arcs de triomphe avec des devises à la louange
du prince. Dès que les échevins furent
y arrivés, on

représenta une pastorale française qui contenait un


récit ingénieux des actions les plus éclatantes de
Louis Quelques autres pièces sur le même sujet
XIV.
furent aussi déclamées. Après quoi, une brillante
cavalcade de près de deux cents écoliers vint défiler
devant le collège, aux acclamations de la foule.
Je pourrais multiplier les exemples de compositions
littéraires sur divers sujets, et je n'en citerai que
deux qui sont de nature bien ditî~erente.
Le 18 août ~738 les élèves du collège de l'Ora-
toire représentèrent, devant les échevins, Le Juge-
?MCM<
d'Apollon ~Mr les anciens et mod~'MM.
les Les
–266–

) 8 novembre 7ot, à un exercice sur la


naissance du
duc de Bourgognte.
Le goût des représentations scéniques était générât
au moyen-âge et au temps de la renaissance. Ces spec-
tacles occupèrent une place considérable dans l'édu-
cation de la jeunesse. Nous voyons les écoliers de
l'université de Caenjouer, sur un théâtre, des pièces
satiriques en 492! et les élèves t'écote
de de méde-
cine de Montpellier représentèrent de petits drames,
à peu près à la même époque". Rabelais mentionne
certaine pièce quijouée
fut dans cette école célèbre.
C'était /.a morale Comédie de celluy qui avoyt es-
pousé une femme MMM<?. L'auteur de Pantagruel
remplit lui-même un rôle, et «Oncques, dit-il, je
« ne tant
rys queje ce
feys à patelinage »
Dans le seizième siècle, le collége de la Trinité à
Lyon et celui du Ptessis", jouèrent diverses pièces
dramatiques, et Montaigne nous apprend que lors-

Cérémonial et fêtes puhtiques de Marseille, registre no 3, p. 408 verso, aux


–26~

qu il était au collège de Guieune, on lui donnait le


premier rôle dans des tragédies latines'. Les écoliers
du collége de la ville d'Aixjouaient quelquefois la
comédie sur la place des Prêcheurs, l'après-midi du
jour de la procession de la Fête-Dieu, pour amuser
le public et remplir le vide de la journée~.
Les élèves du collège de Marseille représentèrent,
en <562; pendant les trois fêtes de Pentecôte, le
mystère de Joseph le Juxie (sic), avec l'approbation
de Févêque et j'ai déjà que
dit le conseil municipal
prescrivit, en '!608, à l'instituteur Maurice Delaye
de faire, chaque année, représenter par ses élèves la
vie de Saint-Victor ou celle de Saint-Lazare.
Le cours du temps maintint la passion des jeux
dramatiques, mais il en changea objet, et le goût
du public se prononça fortement pour les tragédies
sans préjudice des spectacles d'un genre moins sé-
rieux. Tous les ans, chaque collège joua une tragédie
nouvelle 4, et l'on vit même des pensions de jeunes
rnles céder à cet entrainement et tribut à cette
268–

de Louis XIV s'en alarmèrent. Racine, tout dévot,


avait alors renoncéà la composition des pièces de
théâtre, et ces œuvres profanes n'étaient plus à ses
yeux que des péchés mortels. Madame de Maintenon
pressa le grand homme de donner une forme drama-
tique à des sujets tirés des livres saints. Racine put
ainsi concilier son génie et sa foi et de ces circons-
tances naquirent deux créations immortelles, Esthe-r
et ~/M!~<?
Au mois de mai 7~3, pmsieurs jeunes demoiselles
de Marseille, distinguées par leur naissance et par leur
rang, jouèrent Absalon, tragédie en cinq actes*, sous
les auspices de i'évéque Belsunce qui fut toujours
passionné pour les spectacles pompeux. Jeanne de
Chaviquot, Marie Mukby, Claire de Bastin, Made-
leine Robert, Anne de Guiton, Thérèse Dupuy, Fran-
çoise Anselme Madeleine Dumon, Marianne de Ca-
laman et les deux soeurs Marianne et Thérèse de
Pont-Ie-Roy, se distribuèrent les rôies~, et la tra-
gédie fut représentée devant une société brillante.
–?)

triée'. 8
Beisunce n y tint pas quand il vit, le novem-
bre nt8, la communauté des prêtres de l'Oratoire
de Marseille appeler comme d'abus de la constitution
~~gtt~MS au pape mieux conseillé et au futur con-
cite générât~. L'appel se fondant sur les régies cano-
niques et sur les lois de les
FËtat, moyens de défense
à de cet acte étaient d'une incontes-
l'appui légalité

table. Cependant l'irritation de Belsunce ne connut


plus de bornes. Il interditles oratoriens de la confes-
sion et de!a prédication il défendit à toutes les com-
munautés religieuses de son diocèse d'avoir commerce
avec eux il les frappa des censures les plus véhémen-
tes, les traitant d'hérétiques, de loups couverts de
la peau d'agneaux et d'ouvriers de Satané
Alors les oratoriens de Marseille invoquèrent à leur
appui les lois du royaume et l'autorité des saints Ca-
nons qui n'ouraient pas de ressource ptus assurée aux
ciercs opprimés que le recours à la justice du prince.
Ils se placèrent sous la protection du parlement d'Aix
dont les maximes et la haute indépendance arrêtèrent
–~0–

On joua ie t7 août <672; une tragi-comédie in-


titulée F~MMO, ~~e~~M~rre, au l'innocence
rccoMMMe Le jeune Jean Mazerat y parut dans le
rôle de la reine, et son condisciple François Venture
représenta celui d'EtheIdred, roi d'Angleterre. Les
autres acteurs furent
François de Cabre, Joseph Mi-
gnot, Gaspar d'Agontt, Jean de Mazenod de Bausset
de Roquefort, François Fabre, Jean Bartholon et
Joseph de Tournier.
Vint ensuite un ballet
composé par J.-B. Besson
de Marseille, sous le titre de
La Félicité. Quelques-
uns des élèves qui avaient joué dans la tragédie nar-
rèrent encore dans la seconde représentation, ou l'on
vit apparaître plusieurs divinités de la mythologie,
la Renommée et d'autres personnages allégoriques.
Démosthènes, Cicéron, Épicurc, Aristote et Zenon
y sont mis en scène. Trois troubadours viennent aussi
frapper à la porte du temple de la Félicité, où Mi-
nerve amène des mathématiciens, un géomètre, un
musicien et un cosmographe. Un très-grand nombre
–a7<–

Les élèves du de Marseille jouèrent


collège te
3t août !68i-, la tragédie de La TLe~ee du ~~e de
~'eMMe., OM 6~~M~ ~M* et il eut
y dans les en-
tractes des scènes comiques où figurèrent Apollon
en la personne du jeune Louis d'tmonier, et Mercure
représenté par Antoine de Pellicot.
La tragédie d' Orode futjouée, le 13 mai 1697, par
les écoliers du même collège avec une grande so-
lennité, devant le marquis de Forville-Pilles, viguier
de Marseille et chef d'escadre des galères de France.
Orode, roi des Parthes, avant à soutenir la guerre
contre les Romains qui voulaient s'emparer de la

Syrie, fut vaincu dans tous les combats mais un

jour, la fortune lui fut favorable, et Crassus, général


de l'armée romaine, perdit la bataille et la vie. Pacore,
fils d'Orode, rit jeter de l'or fondu dans la bouche de
Crassus, pour se moquer de son avarice. Les Parthes,
indignés de cet abus de la victoire, conspirèrent con-
tre Orode, et Phrahate, son fils naturel, ne pensa
plus qu'à s'élever sur les ruines de son père. Il ins-
-27S-

au désespoir, voulut lui-même s'arracher la vie, mais


son fils dénaturé le fit enleveret massacrer par ses
gardes*.
Tel est le sujet de cette tragédie dont le fond est
tiré de Justin 2, et dont voici les derniers vers
UMDE à Phraha!e.

Et toi, traître, perfide,


Toi qui viens d'ordonner un si lâche
homicide,
Viens-tu pour achever tes horribles desseins? î

Pourquoi dans mes États appeler les Romains? 9

Pourquoi si lâchement m'arracher la couronne?

PHRAHATE.

Je ne l'arrache pas, le peuple me la donne


Le peuple a droit, seigneur, de se faire dés rois.
11 vient de me choisir pour lui donner des bis,
Et pour son souverain il veut me reconnaître.
`
ti me donne !e sceptre, il me fait votre maître.
Ainsi, Seigneur, il faut, pour assurer vos jours,
Vous soumettre a mes lois.

ORODE.

Je comprends tes discours


S73

Mais sache que ma main ne te cédera pas


L'honneur que tu prétends trouver dans mon trépas.
Grands Dieux, Dieux tout-puissants que i'UMvers adore,
Vous, mânes onënses, vous, mânes de Pacore,
Recevez de mon sang i'onre que je vous fais.

StNNACE

Ah Seigneur arrêtez.

ORODE.

Si par quelques bienfaits


J'ai su gagner ton cœur, ton zèle ton estime,
Laisse-moi terminer un destinqui m'opprime.

PHRAHATE.

Non, prince, votre main n'aura pas cet honneur.


Je veux vous accorder cette insigne faveur.
H faut que je me venge et qu'Orode périsse.

ORODE.

Dieux quelle cruauté

PttRAHATE.

Gardes, qu'on le saisisse.


Et vous tous, suivez-moi. Grâce aux Dieux; les destin--
Ont couronné mes vœux et comblé mes desseins.

Il dans cette des intermèdes ei!


374

Dans la tragédie de DëM~rMM; représentée le


2 septembre 700, les jeunes Nicolas de Curet, Fran-
çois de Luminy, Pierre de Bausset, Trophime Guil-
lermy, Dominique Demande, les
jouèrentprincipaux
rôles. Ensuite Antoine Rodet, Gabriel Remusat, Jo-
seph Varage et deux autres élèves du nom de Rigord
se firent applaudir dans la pastorale
Je ne déroulerai pas le tableau des représentations
dramatiques données par les élèves de l'Oratoire de
Marseille dans le dix-huitième siècle. Ces détails m'en-
traîneraient trop loin et dépasseraient les limites de
mon ouvrage. Je ne dois pourtant pas passer sous
silence un fait assez curieux. Le spectacle de 1729
commença par la tragédie d'Annibal dans les inter-
mèdes de laquelle ngurèrent Charles de Montolieu,
Louis de Villemandy, Bardon et quelques autres éco-
liers. On joua ensuite le Bourgeois g~t~oMMMe, de
Molière, mis en vers par les PP. de l'Oratoire'. Leur
versification la
gâtapièce de notre grand comique.
On a vu, par l'échantillon d' O~o~e, que les bons
275

~MS'. En ~737, il représenta Brutus, à la satis-


faction générale, dans la tragédie de ce nom, et joua
ensuite avec distinction un rôle de valet dans la co-
médie Le C~M~ Guys est l'auteur du Voyage
~Mcr<K~ de la Grèce de Marseille ancienne e~ mo-
derne et de quelques autres ouvrages assez peu esti-
més du reste.
Parmi les autres jeunes acteurs du collége de Mar-
seille, nous voyons Sauvaire, Truilher, Vernede, 1
Pagy, Fouquier, Cauvière, Magalon, Jouvene, Boule,
Aulanier, Moulard, Raimond, Porry,Boze, Couturier,
Diendé, Perrache, Berlue, Seren, Compian, Maurellet
de la Roquette, Barrigue, de Villiers, Grosson, Bis-
contin, Dageville, Verdillon, Hermitte, Nadaud,
Guigoni, Mourgues, de Benat, Laflèche, Crudère )
Baux, Gallicy, Serane, Eymin, JLaBussière, Chaudon, 1
Francesqui, Decugis, Escalon Belleville. Ces noms
appartiennent généralement au commerce et à la
bonne bourgeoisie de Marseille. A cette époque, les
nobles envoyaient leurs enfants à Paris.
276

Rum, historien de Marseille, consciencieux et fidèle

que l'on consultera toujours avec fruit, bien qu'il soit


sans art littéraire, sans style et sans critique Arcère,
auteur d'une bonne histoire de la Rochelleet du pays
d'Aunis' Jules Mascaron, évéque de Tulles, qui se
fit dans l'éloquence de ta chaire une grande réputa-
tion que la postérité n'a pas connrmée* Jean de la
Roque, collaborateur du Mercure de France' Lau-
rent d'Arvieux, qui fit des progrès surprenants dans
la connaissance des langues orientales".
Je dois une mention particulière à l'un des hommes
les plus éminents et les plus modestes du dix-huitième
siècle. Du Marsais, penseur vertueux, a prouvé, par
des ouvrages lumineux et profonds,que la grammaire

peut devenir une véritable science, et que la philoso-


phie a présidé, plus qu'on ne le croit, à l'art de la
parole dont on peut établir les règles sur les lois im-
mnables du raisonnement. L'Académie française)
Le jeune Ruffi joua le rùte de Jonathas dans un exercice littéraire dont
intitulé: PatM'tttf ote<M)t<M in
–3T7–

qui bien des fois ouvrit ses rangs à des médiocrités


intrigantes, n'admit pas du Marsais dans son sein.
Instituée par Richelieu pour fixer les principes de la
langue et pour en maintenir la pureté, elle laissa dans
l'obscurité un grammairien incomparable qui mourut
pauvre, mais plein de dignité, comme un sage des
temps antiques. Fontenelle disait de l'illustre mar-
seillais qui n'avait aucun savoir-faire « C'est le ni-
« gaud le plus spirituel et l'homme d'esprit le plus
« nigaud que je connaisse ').
Jean-André Peyssonnel, docteur en médecine et
célèbre naturaliste, fit sur la formation du corail des
découvertes qui rendront son nom immortel dans le
monde scientifique. Il eut pour condisciple au collège
de l'Oratoire à Marseille, son frère Charles, d'abord
avocat, puis voué aux fonctions diplomatiques et
consulaires*.
Le docteur Darluc se fit honorablement connaMrc
par son Histoire naturelle de Provence, ouvrage ins-
tructif et substantiel
–878–

deux camps au sujet du système de contagion de la


peste de 1720. Le poète satirique emprunte quelques
formes au Lutrin de Boileau. Toussaint Gros réussit
admirablement dans lapoésie provençale. Il prouva
qu'on peut aller à la postérité avec un petit bagage,
et quelques-unes de ses fables., rappelant celles de
Lafontaine, survivront à presque tous les vers pro-
vençaux que leur médiocrité précipite dans l'éternité
de l'oubli
Les pères de l'Oratoire élevèrent aussi l'auteur du
du
Voyagejeune Anacharsis qui fit honneur à leur
enseignement. Ici je ne puis mieux faire que de laisser
parler Barthélemi lui-même. « A l'âge de douze ans,
« mon père me plaça au collège de l'Oratoire, àMar-
« seille, où j'entrai en quatrième. J'y fis mes classes
« sous le P. Raynaud qui, depuis, se distingua à
« Paris dans chaire.
la Il
avait beaucoup de goût et
« se faisait un plaisir d'exercer le nôtre. Ses soins re-
« doublèrent en réthorique. Il nous retenait souvent
« après la classe, au nombre de sept ou huit il nous
279

« littéraire dans une grande salle du collège. J étais


« trop timide pour y prendre un rôle. J'allai me
« placer dans un coin de la salle où bientôt se réu-
« nit la meilleure compagnie de Marseille en hom-
« mes et en femmes. Tout à coup je vis tout le monde
« se lever. C'était à l'arrivée de M. de Visclède,
la
« secrétaire perpétuel de l'Académie de Marseille; il
« jouissait d'une haute considération. Le P.
Raynaud,
« son ami, alla au-devant de lui et le fit placer au
« premier rang. J'avais alors quinze ans. Dans cette
« nombreuse compagnie se trouvaient les plusjolies
« femmes de la ville très-bien parées. Mais je ne
« voyais que M. de la Visclède, et mon cœur palpitait
« en le voyant.
« Un moment après,le voilà qui se lève, ainsi que
« le P. Raynaud qui, après avoir jeté les yeux de
« tous tes côtés, me découvre dans un coin et me
« fait signe d'approcher.
Je baisse la tête, je me rac-
« courcis et veux me cacher derrière quelques-uns
« de mes camarades qui me trahissent. Enfin le Père
-?0--

« main, me présenta à l'assemblée et lui parla de la


« description d'une tempête que j'avais remise au
« P. Raynaud. De là, l'éloge pompeux de mes pré-
« tendus talents. J'en étais d'autant plus déconcerté,
« que cette description je l'avais prise presque tout
« entière dans l'Iliade de laMotte. Enfin M. de la Vis-
« clède se ettut,l'on jugera de mon état par ma
« réponse que jeprononçai d'une voix tremblante
« Monsieur, monsieur, j'ai l'honneur d'être. votre
« très-humble et très obéissant serviteur Barthé-
« lemy. Je me retirai tout honteux, et au déses-
« poir d'avoir tant de génie*. »
Après avoir fait sa réthorique au collège de l'Ora-
toire de Marseille, Barthélemy entra au séminaire de
la même ville. « J'y trouvai, dit-il, un professeur de
« théologie qui était assez raisonnable, et tous les
« matins, à cinq heures, une méditation qui ne l'était
« pas toujours elle était tirée d'un ouvrage de Bon-
« valet. Le lendemain de mon arrivée on nous lut len-
~84

« être qu'un mousse. Je le à mon


dis voisin qui le
« dit au sien et tout à coup le silence fut interrompu
« par un rire général dont le supérieur voulut savoir
« la cause. Il eut aussi le bon esprit d'en rire*, a
Deux élèves de de Marseille,
l'Oratoire Gensollen
et Portalis, acquirent au barreau d'Aix un nom jus-
tement célèbre. Jusques alors les avocats n'avaient
plaidé que par écrit. Gensollen fut lepremier qui
parlât d'abondance sur de simples notes. Mais l'im-
provisateur à
n'était rien côté de l'érudit~. Gensollen
acquit d'immenses trésors de science dans l'amour
persévérant de l'étude, et le barreau de nos jours
ne se ibrmepas même une idée de cette science forte,
saine et profonde. Quant à Portalis, il lui fut donné
de vivre dans un temps où la domination appartenait
aux maîtres de la parole, et il mit en lumière ses
grandes connaissances juridiques sur une scène écla-
tante qui attirait les regards du monde entier. As-
sesseur de la ville d'Aix et procureur du pays de
Provence, membre du conseil desAnciens, con-
–282–

considérable de charité la fortune


qu'il avait honora-
blement acquise dans l'exercice de la médecine.Il
fonda à Marseille, en ~74, l'hôpital du Sauveur'.
Les hommes qui nous éclairent et nous charment par
leurs écrits, par leur éloquence et. par leurs travaux
ont des titres à notre estime mais les bienfaiteurs de
l'humanité ont plus de droits à nos hommages, car si
la science est d'un grand prix, les vertus miséricor-
dieuses valent davantage.

t Mémoire manuscrit sur le docteur fait par Chartes <en


Aubert, Si~noret,
neveu d'alliance, aux archives de FHotet-Dieo de Marseille.
~83

RUE SAINT-JAUME, RUE DU PONT,


RUE BELSUNCE ET COLLÉGE DE CE NOM.

L'église de Saint-Jacques, Sant-Jaume en pro-


vençal, près la Corroyerie ou Cuiraterie-VieilIe, en
latin ecclesia Sancti-Jacobi de Con~cnd, était fort
ancienne. Ruffi avait vu un de transaction
acte fait,
en 1204, entre le prévôt de la cathédrale les etcurés
de Saint-Martin et de Saint-Jaume.
Cette dernière église donna son nom à la rue*.
284

Ce projet fut repris, en 572. par plusieurs ci-


toyens des plus considérables de Marseilleparmi les-
quels on comptait Joseph de la Seta, sieur de Nans
Jean Doisat, sieur de Venelles, et Pierre Albertas,
sieur de Saint-Chamas. Ils sollicitèrent auprès du
conseil municipal l'appel des jésuites « pour entre-
« tenir les bonnes lettres, arts libéraux et aultres
« sciences en la présente ville, et y faire florir icelles »
Le conseil délibéra, le 4 6 novembre, de ne statuer
définitivement sur cette demande que « là et quand
« le chapitre de la Major, Saint-Victor et le révéren-
« dissime évoque bailleront cent escus chacung an
« comme lesdits jésuites advancent et sejactent' a.
L'affaire, pour le moment en resta là.
Cependant Charles IX autorisa, en 1574, l'éta-
blissement d'une maison professe des jésuites à Mar-
seille.Antoine Long, bénéncier de la cathédrale, leur r
donna à cet e0et, une maison et le conseil muni-
cipal, dans sa séance du 28 juin 1579, émit un vote
28$

à ta vie d Henri !V précipita leur disgrâce. Ils furent


chassés de France; mais l'un d'eux, le père Coton,
par son esprit, sa souplesse, ses manières insinuan-
tes, vint à bout de gagner les faveurs du roi qui aimait,
disait-on, la vérité, mais qui avait dia Coton dans
~Mor<M~<M'. Un édit de 6 03 rappela la Compagnie
de Jésus.
En 4 6< 4, deux membres de cette société, les pères
Possevin et Mathieu, prêchèrent à Marseille avec un
grand succès et bien des personnes pieuses désirèrent
avoir une maison de leur institut. L/évêque Jacques
Turricella accueillit ce vœu a la réalisation
duquel
concoururent les libéralités de Pierre Riqueti, sieur
de Nogreaux et de Thomas de Riqueti, son frère, qui
prit, plus tard, l'habit de Jésuite. Les nouveaux re-
ligieux logèrent d'abord pendant deux ans chez un
bénéficier de la Major nommé Benoît ils louèrent
ensuite une maison près de cette cathédrale, puis une
autre derrière le monastère de l'Observance, et ils
obtinrent en de Saint-Jaume
ase

Jaume. En <630. le duc de Guise, gouverneur de


Provence, fit jeter, près de la maison des jésuites,
les fondements de belle
la église de Sainte-Croix, et
pendant qu'on travaillait,
y les jésuites aUèrent de-
meurer près de Saint-Jaume. Quand l'édince fut ter-
miné, c'est-à-dire en <646, ils se partagèrent en
deux communautés, dont l'une resta près de Saint-
Jaume et l'autre s'établit Sainte-Croix
à
Plus tard, la vieille église de Saint-Jaume fut cons-
truite sur l'emplacement de l'ancienne parles jésuites
avec l'assistance de leurs congréganistes. On l'agran-
dit aux dépens d'une petite rue de traverse, et l'on
conserva l'ancienne chapelle intérieure où lesmem-
bres de la compagnie de Jésus avaient des caveaux
pour leur sépulture.
Ces religieux étendaient à merveille leur crédit et
leur puissance. Leur organisation, leur discipline,
leur esprit de corps, leur adresse, leurs pensées d'en-
vahissement, leurs doctrines flexibles qui se réglaient
987

tion des legs et des héritages. En < 656, un grave


avocat de Marseille ne leurépargnait pas les accusa-
tions flétrissantes*.
Mais les jésuites poursuivaient leur route sans pa-
raître plus émus de la critique que de la louange. Les
considérations sur l'utilité des
richesses avaient en-
tièrement prévalu chez eux. Ce n'est pas qu'ils aimas-
sent l'argent par avarice; ils ne l'aimaient que par
ambition. Ils consentaient facilement la à pauvreté
personnelle, pourvu qu'ils en fussent dédommagés
par la puissance du corps. Ils comprirent que, pour
jeter de plus profondes racines, il fallait se rendre
maîtres des hautes études dans les écoles publiques,
et l'emporter, si c'était possible, sur les oratoriens
voués avec modestie, mais avec succès, à l'enseigne-
ment de la jeunesse.
Une dai'3e riche et pieuse de Marseille offrit aux
pères de l'Oratoire une somme suffisante pour fonder
dans leur collège une chaire de théologie mais le
8.88

bien des leçons dans quelques communautés reli-


gieuses, mais la plupart des professeurs avaient des
opinions contraires à celles des disciples de Loyola
et ils ne paraissaient pas assez dévoues aux doctrines
ultramontaines. Ce fut au commencement de 688
que Févéque en fit la première proposition aux éche-
vins. Il s'agissait de mettre à la charge de la ville la
dépense d'une chaire occupée par trois professeurs
aux appointements de trois cents livres chacun. L'ad-
ministration municipale ne s'opposa pas à cet éta-
blissement mais elle demanda que la ville ne fût pas
chargée de la dépense
Mais l'intendant Lebret, courtisan de tous les pou-
voirs, caressait les jésuites dont l'influence allait
croissant à la cour, dans la magistrature et dans les
administrations provinciales. Son nom seul faisait
trembler la Provence entière, et il conduisit au gré
de ses désirs l'affaire relative à la chaire de théologie.
Il fit si bien, de concert avec Févéque Vintimille du
Luc, que l'opposition fut vaincue. On avait fait en-
889

car d'avance on s'était assuré de la majorité des suf-


frages. Sur la proposition du premier échevin César
Napotton, le conseil délibéra que la ville prenait à sa
charge ta dépense de l'enseignement de la théologie
chez les jésuites, attendu que cet établissement re-
« gardait la gloire de Dieu/te service du roi et le bien
« public
Ce fut la une
grande affaire qui souleva bien des
passions et bien des murmures. On accusa d'immo-
ralité les doctrines du P. Béon, l'un des trois profes-
seurs de théologie, et quelques-unes de ses opinions
sur le péché j)/M~<Mop/KgMe firent beaucoup de bruit
et de scandale. Presque tous les théologiens de France
en furent indignés. Les jésuites de Paris condamnè-
rent cette opinion, et la cour de Rome prononça
contre elle une sentence, le 24 août ~690. L'évêque
de Marseille s'en émut alors, et le ~5 juin 4 694, Béon
fut obligé de se rétractera
Le pouvoir des jésuites ne connut plus de bornes
à Marseille sous l'épiscopat de Belsunce. En ~726,
S90

Jaume, et par la protection du cardinal de Fleury il


obtint des lettres-patentes pour cet établissement au-
torisé sous le nom de Belsunce. L'ouverture du nou-
veau collège fut faite le ~3 janvier 727 en présence
des échevins qui n'en protestèrent pas moins contre
la nouvelle institution créée malgré leur opposition
formelle. Ils réservèrent en même temps les droits de
la ville qui, dans aucun cas, n'aurait à concourir à
aucune dépense'.
L'évoque acheta une maison contiguë qui appar-
tenait à Rigord chevalier des ordres du roi, et il
acquit plus tard l'ancien hôtel des Quatre-Tours dont
j'aidéjà parlé. Cet hôtel, approprié au logement des
élèves internes, fut joint à la maison de Saint-Jaume
par un pont qui traversait, à la hauteur du premier
étage, la rue étroite à laquelle le nom de rue ~M PoM<
fut donné.
Ce fut dans ces circonstances que la rue des Nobles
changea aussi de nom. Dans le quatorzième siècle,
elle s'appelait Neuve et quelquefois aussi du Grand-
?<

gentilshommes y avaient nxé !eurs demeures'. Au


milieu du même siècle, le collège Beisunce donna son
nom à la rue qui fut régularisée de 748 à 4 t759,
du
au moyen coupement de quatre maisons dont la
saillie nuisait à l'alignement*
Be!sunce ne borna pas ses libéralités à celles dont
je viens de parler. Aucun sacrince ne lui coûtait quand
H s'agissait de favoriser la compagnie de Jésus dont
il était mi-même l'un des membres les plus fervents.
Il augmenta !e nombre des jésuites de Saint-Jaume
leur donna des sommes considérables, sa bibliothè-
que, des tableaux, des meubles précieux, et ne né
gligea rien pour maintenir le collège dans un état
brillant~.
Bientôt l'établissement de Saint-Jaume et celui de
Sainte-Croix ne suffirent plus aux vues ambitieuses
des jésuites de Marseille. Ils voulurent avoir dans la
nouvelle ville une troisième maison pour un sémi-
naire des missions du Levant et pour une école des
orientales.
-?2--

en cette circonstance que tous les obstacles disparu-


rent à la fois et qu'ils n'eurent pas même à faire la
moindre dépense. En 724, le roi leur avait cédé en
pur don deux mille toises de terrain dans la vaste
place d'armes dite le Camp-major, qui comprenait le
quartier occupé plus tard par la place Monthion et par
les rues voisines jusques à la rue Paradis, laquelle
venait d'être ouverte. Un particulier, qui voulut
rester inconnu, s'offrit avec l'aide de quelques au-
tres bienfaiteurs, pour faire à ses frais toutes les
constructions, et l'on mit de suite la main à t'œuvre,
P.
sous la direction du Gérin. Les travaux annon-
çaient une maison belle, grande, commode, et bientôt
sa façade s'éleva sur la rue Paradis. Le nom de Saint-
Régis lui fut donné.
Belsunce continuait de prodiguer toutes ses faveurs
au collége de Saint-Jaume, mais il ne pouvait amé-
liorer sa mauvaise situation au milieu de rues étroites
et de maisons hautes, sans aucun de ces agréments
393–

sirent aussi leurs élèves pensionnaires les jours de


congé'.
Les régents de Saint-Jaume rivalisèrent avec ceux
de t'Oratoire, et il y eut là une puissance d'émula-
tion qui tourna au profit des études classiques dont
le niveau fut àpeu près le même dans les deux col-
ièges. Quant aux jeux littéraires et aux représenta-
tions théâtrales, le goût en fut beaucoupplus pro-
noncé chez les disciples de Loyola que chez ceux de
Bérutte, et cette différence venait des tendances et
des maximes de chacune des deux compagnies. Les
jésuites donnaient une importance considérable aux
formes extérieures qui captivent
l'imagination et les
sens ils aimaient passionnément la pompe des spec-
tacles mondains, tandis que les oratoriens, à t'exem-
ple des autres jansénistes, plaçaient leur ambition
dans la simplicité des pratiques, dans la gravité des
mœurset dans le dédain duprosélytisme.
Rollin blâme, dans les exercices publics des éco-
liers, l'usage du ballet que l'université n'adopta ja-
i94

aux représentations seéniques du de Belsunce'


coUége
con)me à celles du coUége de l'Oratoire et nous
voyons ngurer dans ïa maison de Saint-Jaume des
écoiiers dont les noms sont aussi des plus honorables:
MiraiUet, Magi~ A~douio, Feraud, Piquet Ferran,
Tourniaire, Caire, Vague, Marion, Roussier, Ger-
main, Carbooeî, Ftécboa, Seigneuret, Bezaudia,
BoutHer, Parrot, Vatbonet, Vence, Guérin, d'An-
selme, Aubin, Reboul, Lombardon, Capus, Casta-
gne, Croze-Magnan. On voit que les premières
famiUes deMarseiMe, dans !e commerceet la bour-
geoisie, se divisaient d'une manière à peu près égaie
pour le choix du coUége de Saint-Jaume ou de
celui de l'Oratoire~. Il paraît cependant que !a mai-
son des oratoriens forma de meilteurs élèves du
moins beaucoup plus d'hommes distingués y nrent
}nurs études, il est vrai ~ue J'institutioa de SaiBt-
Jaume n'eut, comme on va ïe voir, qu'une courte
existence.
Beisunce, frappé d'apoplexie, mourut ïe 4 juin
%9S

bruit extraordinaire en France et même dans t Eu-


rope entière*. L'année suivante, une de ses lettres, 3
dénoncée au parlement de Paris, y fut brûlée par la
main du bourreau Ce pontife, qui avait pris i'entc-
tementpouria~rceet l'orgueil pour la dignité~, ne
laissa qu'une fortune des plus médiocres*, bien que
ses facultés patriEiomaîes eussent été assez considé-
rables et qu'il
possédât la riche deabbaye
Saint-
Arnoul de Metz,dont le roi disposa en sa faveur, en
récompense de son dévouement pendant la peste.
Mais il s'était à peu près dépouillé pour les jésuites
d'ailleurs il vivait en grand seigneur, et Lachau. son
chef de cuisine, faisait somptueusement les honneurs
de sa table".
L'évêché de Marseille fit à Belsunce des funérailles
pompeuses~, et la ville n'épargna rien pour la ma-

Lettre de Voltaire au
comted'Argenta', datée de Postdam le t3 juillet i75t,
dans M CorrespondaMe, t. V! p. 363, édition des frères Baudouin, i835.
Voltaire, siècle de Louis XV, chf xxxYt.
Mémoires du due de Saint-Simon. PMM, tS5T, t. IV, p. 3H.– Voyez aussi
–~96–

~niiicerce du service funèbre qu'elle fit célébrer dans


la cathédrale*. Quant aux jésuites, ils donnèrent un
éciat inouï au témoignage de leur douleur. L'un
deux, le père Lanfant, professeur de rhétorique et
prédicateur distingué, prononça, dans l'église
de
Saint-Jaume, une oraison funèbre en latin et, pour
honorer davantage la mémoire du pontife qui méri-
tait si bien leurreconnaissance, ils firent graver au-
dessus de la porte de l'église une épitaphe conçue en
ces termes D.D. Henrico episcopo cujus &eKe~cto
t?!M~ gloriam immortalem p~eC~MM~
Cependant les jésuites touchaient au terme de leur
puissance. A la suite d'un attentat à la vie du roi du
Portugal, dans la nuit du 3septembre i 738, les
membres de la compagnie de Jésus furent chassés de
ce royaume, et l'orage se déclara en France contre
eux avec une violence inouïe. Ils avaient à lutter
contre des ennemis pour les perdre
conjurés jansé-
nistes jaloux philosophes ardents, jeunesse incré-
dute, enthousiaste et frivole, toute une
–297–

ques-uns de leurs livres; mais ces livres, peu connus,


avaient été puMiés par des jésuites étrangers, et les
jésuites français ne les avouaient point. D'ailleurs la
guerre faite à leurs écrits n'avait pas toujours été
d'une loyauté parfaite. Pascal lui-même, jaloux de
les vaincre à tout prix, avait donné prise de ce côté-
là. On forçait quelquefois le sens de leurs doctrines,
et des pensées extravagantes, échappées au délire de
quelques cerveaux malades, étaient mises sur le
compte de la société tout entière. Au fait, les jésuites,
comme le commun
des hommes, n'avaient pu se
garantir de cet esprit de vertige et d'orgueil qu'en-
fantent la jouissance d'une longue prospérité et l'ha-
bitude d'unedomination habile. C'étaitlà leur princi-
pal tort, et c'esttoujourscemiqu'on pardonne témoins.
Lorsque tout se réunissait pour avertir les jésuites
des périls qui les menaçaient, ils fournirent à leurs
ennemis l'occasion et les moyens de les perdre. Un
membre de lacompagnie, le P. Lavalette, visiteur-
général et préfet apostolique à ta Martinique, y diri-
–'?8--

frères et Gouffre de Marseille, laquelle accepta des


lettres de change pour quinze cent mille francs, dans
l'attente de deux millions de marchandises. En < 785,
le P. Lavalette expédia en effet plusieurs vaisseaux à
cette maison de commerce; mais les Anglais, avec
lesquels la France était alors en guerre, les prirent
presque tous, et le crédit des frères Lioncy et Gouffre
tomba en un instant. Après avoir inutilement soUicité
les jésuites, ils se virent forcés, en <758, de tout
abandonner à leurs créanciers. Je n'ai pas à raconter
ici les nombreux de
incidents cette affaire; qu'il me
sumse de dire que, le < 7 août < 760 le roi évoqua
par-devant la grand chambre du parlement de Paris
toutes les demandes contre
les jésuites français, et
notamment celles que le syndic des créanciers de la
maison Lioncy et GouQre avait formées devant le
tribunal consulaire de Marseille.
Cette cause célèbre fut plaidée
solennellement, et
Gerbier, l'avocat le plus éloquent de son siècle, dé-
fendit les de Mar-
899

La plupart des parlements du royaume entamèrent


des poursuites contre les jésuites de leur ressort, et
l'on vit la magistrature assiéger la puissance reli-
gieuse et politique, appelée par ses propres membres
La <OMf d'J~MM~ bâtie par Dieu ~Me
Le parlement d'Aix se prononça l'un des premiers.
Son procureur général était ce Ripert de Monclar
qui a laissé si belle renommée. Après les meilleures
études dans la maison paternelle où tout lui retraçait
l'image de la science et de la vertu, il avait été en-
voyé à Paris et placé au collége d'Harcourt où il fit
sa rhétorique sous l'excellent père Porée qui avait
été le professeur de Voltaire, seize années aupara-
vant. Mais l'élève des jésuites, pénétré de l'esprit
parlementaire, devint hardi gallican. De Monclar
avait un sens droit et fin, une mémoire admirable,
l'amour du travail etdes études fortes. Nul ne sut
mieux régler l'emploi dû temps. La justice était pour
lui un sacerdoce, et il savait qu'il lui faut le calme,
la le silence. Noble dans son
300

sur lequel ses adversaires ne pouvaient que briser


leurs meilleures armes.
Mais ils ne s'en servirent même pas, et les jésuites,
appelés à se défendre, laissèrent le champ libre à
Ripert de Monclar. Un arrêt du 5 juin 762 ordonna
la communication de tous les livres et documents
relatifs au régime de la compagnie de Jésus. ï! lui
défendit provisoirement de recevoir de nouveaux
sujets, suspendit religieux et sco-
tous ses exercices
lastiques, plaça tous les jésuites du ressort sous la ju-
ridiction de l'ordinaire, et mit tous leurs biens sous
le séquestre.
Ce n'était là qu'un
arrêt provisoire, mais il préju-
geait l'arrêt dénnitif, et personne ne s'y trompait. Le
4 janvier 764, le procureur-général qui, dans son
premier réquisitoire, s'était livré à l'examen déve-
loppé des statuts de Loyola, commença au fond même
un autre réquisitoire dont l'exorde finissait ainsi
« Je prouverai que les lois constitutives dela compa-
« des sont essentiellement
30<

vait pas avoir le mouvement d'un débat contradic-


toire. Il faut dit avec énergie l'organe du ministère
public « II faut que les Français cessent d'être Fran-
« çais, ou quejésuites
les cessent d'être jésuites* ').
Par arrêt du 28 janvier de la même année, le par-
lement d'Aix prononça la suppression définitive de
ces religieux, comme l'avaient déjà fait plusieurs au-
tres parlements du royaume, Il confisqua, au profit
du roi, leurs biens sur lesquels on réserva à chacun
d'eux une pension alimentaire. La compagnie de
Jésus fut ensuite chasséed'Espagne, des Deux-Siciles,
de Parme, de Malte, de presque tous les pays qu'elle
avait latigués du poids de sa puissance. On attendait
de cette compagnie une résistance plus énergique,
mais elle ne montra dans sa chute que de l'irrésolu-
tion et lade faiblesse, de
et fut loin soutenir sa vieille
réputation d habileté.
Un autre arrêt du paiement de Provence, à la date
du < 8novembre 1764, bannit de la ville d'Aix et de
celle de Marseille les cw~euc~ soi-disant jésuites,
soa

renseignement public, à des vieillards respectables


par leurs travaux littéraires ou scientifiques.
Presque tous les établis
jésuites à Marseille se réht-

gièrent dans le Comtat-Venaissin, sous la protection


de l'autorité pontincale. On remarquait parmi eux
deux hommes distingués le P. Pezenas et le P. Fe-
raud. Le premier prit un rang honorable dans le
monde savantpar ses travaux d'hydrographie, de

physique et d'astronomie le second consacra ses


veilles à des œuvres de lexicographie et d'analyse

grammaticale.
L'expulsion de la compagnie de Jésus fut loin de
satisfaire les adeptes de l'école philosophique, et
Voltaire, leur chef, ne put s'empêcher de dire On «
« s'est trop réjoui de la destruction des jésuites. Je
« savais bien que les jansénistes prendraient ta place
« vacante. On nous a délivrés des renards et on nous
« a livrés aux loups x. « Les jansénistes sont de-
'< venus plus persécuteurs et plus insolents que les
«
303–

dont la régie fut confiée à Ëmérigon, procureur de


la ville. Quarante-trois membres assistèrent à la
séance, sous la présidenced'AntoineAntboine,écuyer,
subdélégué de l'intendant de Provence à Marseille,
tenant en main lebâton du roi, en l'absence du vi-
guier. Mathieu Lombardon soutint qu'il fallait res-
pecter l'œuvre de Beisunce; l'intérêt des Marseillais
exigeait d'ailleurs que deux collèges fonctionnassent
en même temps afin de maintenir l'émulation si né-
cessaire pour former de bons professeurs qui pussent
à leur tour former de bons élèves. Lombardon ajouta
que si l'état financier de la ville ne lui permettait pas
de faire de nouvelles dépenses pour le collège de
Belsunce, et si, d'un autre côté, personne ne vou-
lait le régir, avec ses revenus actuels, on pourrait
attendre des temps plus favorables, l'augmentation
des biens de ce collège par l'accumulation des revenus
devant créer plus tard une situation assez encoura-
geante pour inspirer à des professeurs habiles le désir
de se de la direction des études
–3M–

importante, et pour en faire rapport à l'une des pro-


chaines séances.
Sur ces entrefaites, une parente de Beisunce, la
dame Gabrielle de Belsunce de Castelmoront, com-
tesse d'Arcussia, signifia aux échevins un acte por-
tant que si la destination du collège de Saint-Jaume
était changée, la famille du fondateur se croirait en
droit de revendiquer toutes les donations en faveur
de cet établissement.
L'échevin Escalon lut auconseil, le 5 avril, le
rapport de la commission nommée le 23 février. Les
commissaires pensaient tous, à l'exception de Conil
rangé à l'avis de Lombardon, qu'un seul collège suf-
fisait à Marseille que celui de la ville devait être
transféré dans la maison Saint-Jaume
de qui subsis-
terait seule sous le nom de collège de Marseille et de
Belsunce, et que les oratoriens le régiraient, sous
l'inspection des échevins. Escalon déclara que, de
cette manière, on ne violerait pas les généreuses in-
tentions d'un dont la mémoire et lesbienfaits
–30S–

pères de l'Oratoire, et ils se montraient peu favora-


bles au projet de translation de leurcollège à Saint-
Jaume. L'administration municipale elle-même, re-
nouvelée par les élections annuelles, alla jusqu a
mettre en question l'utilité de ce projet. Mais le col-
lège de Sainte-Marthe était dans un état de délabre-
ment complet, et il fallait le reconstruire en grande
partie. D'ailleurs il n'était plus situé convenablement,
et la maison de Saint-Jaume valait mieux sous ces
deux rapports~Une commission municipale composée
de de Combis, Capus, Guienet Roussier, fut chargée
de concilier toutes choses et d'aplanir les dillicultés.
Les oratoriens de Sainte-Marthe adressèrent un mé-
moire à l'intendant de Provence dont la haute inter-
vention facilita un arrangement définitif.
Au mois de janvier < 779,des lettres-patentes du
roi réunirent l'ancien collège de Belsunce à celui de
Sainte-Marthe pour être perpétuellement dirigé par
la congrégation de l'Oratoire', et le 22 juin suivant
le maire, les échevins et l'assesseur mirent cette com-
–306–

drale'. Le P. Duvaublin fut le dernier supérieur du


collège de Marseille, qui cessa d'exister lorsque les
lois de la révolution prononcèrent la suppression de
tous les ordres religieux.
C'en fut fait des bonnes études classiques. En
1793. la maisonde Saint-Jaume fut le foyer du fé-
déralisme départemental. Le comité généra! des sec-
tions soulevées contre la convention établit
y le siège
de ses assemblées et de bureaux.
ses Le tribunal
po-
pulaire, présidé par Pierre Laugier, y tint aussi ses
audiences. Là furent condamnés à la peine de mort
tes deux frères Jean et Laurent Savon, portefaix,
chefs exécrables des pendeurs de -1792 et le vieux
Amant Gueit, leur conseil. Là, quelquesjours après,
comparut un homme remarquable qui n'eut rien de
commun avec ces
scélérats. Barthélémy, fabricant de
savon, à la parole ardente, à l'âme fortement trem-
pée, avait été l'un des orateurs les plus applaudis du
club de Marseille. Envoyé par cette assemblée dans
communes voisines les
307

de faire son devoir, c'est de le connaître. La


modé-
ration et l'mdulgence, bonnes en tout temps, le sont
davantage encore dans les discordes civiles où la for-
tune a des jeux si cruels et des retours si imprévus,
alors que bien souvent jes vainqueurs de ta veille
sont les vaincus du lendemain
On dressa l'échafaud à la plaine Saint-Michet. Jean
Savon et Amant Gueit moururent comme des tâches.
Laurent Savon se montra Quant à Barthé-
résigné.
lemy, le spectacle de son supplice eut une grandeur i-
qu'il ne semblait pas donné à la nature humaine d'at-
teindre. Jamais le stoïcisme ne poussa plus loin la
sérénité de l'âme et le mépris de la mort. En ce mo-
ment suprême, l'héroïque Barthélémy, la tête haute. 1
le regard assuré, eut l'attitude d'un triomphateur, Il
saluait à droite et à gauche les spectateurs pressés
sur son passage, et Féchataud ne fut ses à yeux qu'un
théâtre où la gloire allait couronner un martyr. Il y
monta solennellement, en fit ensuite le tour en sa-
luant aux quatre coins la foule émuequi couvrait la
–308–

En <793, le parti montagnard, maitre de Marseille


après l'entrée des troupes de Cartaux, nomma une

municipalité qui s'occupa d'un plan d'éducation et de


rétablissement d'un collège national dont l'ouverture
fut fixée au 8 J~t même année Mais
novembre
de ce
nouveau collège ne fut que très-mal organisé dans
l'ancienne maison de Saint-Jaume dont l'état inté-
rieur avait subi des changements coosidéraMes par
suite de l'installation des autorités sectionnaires. Le
25 mars 1794, la municipalité délibéra de demander
à l'administration du district l'hôtel de Roux de
Corse pour y transporter le collège, et le 2 avril
suivant, elle sollicita auprès de la même administra-
tion l'achat d'une maison contiguë au jardin de cet
hôtel pour le logement des professeurs', presque
tous oratoriens de Marseille, parmi lesquels on comp-
tait Beraud Rigordy, Latil et Abeille*.
Les choses en étaient là, lorsque la Convention,
par décret du février
2~ 795, supprima tous les col-
309

léges et créa, pour l'enseignement des sciences, des


lettres et des arts, des écoles centrales sur la base

proportionnelle d'une école par trois cent mille habi-


tants. A cette époque d'enfantement politique et so-
cial, il était plus facile de faire des décrets que d'en
assurer l'exécution. La municipalité marseillaise mit
à l'étude l'établissement des écoles primaires' et la
création de l'école centrale*. Mais tous ces projets se

perdirent dans le bruit des agitations que domina la


voix de muses forcenées. Il fallut des
temps plus
tranquilles pour reconstituer dans des conditions con-
venables l'enseignement public au sein d'une société
nouvelle qui, après avoir brisé tant de fausses idoles
et rejeté loin d'elle tant de préjugés corrupteurs,
s'assit enfin dans la modération et dans l'ordre. Ap-
préciant alors à leur juste valeur tous les bienfaits
d'une éducation libérale, heureuse du régime que lui
firent nos lois, et plus encore nos moeurs, elle ne
s'inclina que devant la supériorité dé l'intelligence et
de la vertu.

TABLE.

Rue FoBtaine-Samte-Anne. 27.


Rue des Au6ers. 33.
Rue Coute]terie. 57.
Rue du Juge-du-Palais. 59.
Rue du Chevalier-Rosé. 44.
Rue des Quatre-Tours. 46.
Rue Saint-Victoret. 86.
Rue des Consuls. 58.
Rue de la Croix-d'Or. 68.
Rue de la Sa)!e. 62.
Rue de la Mure. 66.
M.2

Rue Sainte-Claire. i46.


Rue des Gavotes. 149.
Rue Je l'Éperon, du Cheval-Blanc et de la Campane. <Si.
Rue de ii Piquette. 4S4.
Rue des Carmeuns. <S8.
Rue Trou-de-Moustier. 160.
Rue de iaGrande-Horiogo. <65.
Rue Fontaine-de-la-Samaritaine ~S.
Rue Saint-Antoine. <66.
Bue Grande-Roquebarbe, Rue des Icardins, Rue du Clavier. <69.
Rue Montbrion et Rue des Phocéens. i7i.
Rue des BeHes-ËcueJies. i73.
Rue de la Calandre, Rue Étroite Rue de la. Treille et
Rue du Point-du-Jour. 475.
Ruede la Chaîne. i77.
Rue de la Fonderie-Neuve, Rue de la Couronne, et Rue
des Festons-Rouges. 79.
Rue de la Roquette. 484.
Rue de la Rosière. i87.
Rue des Trompeurs. i88.
Rue de la Fontaine Saint-Claude, Rue des Isnards et Rue
de la Fonlaine-Keuve. 190.
Rue de !aBeI!e-Mariniere. i94.

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