Les freins entravant le développement économique et humain dans la filière cacao
Manque d'accès au financement
Une agriculture archaïque
Par ailleurs,une infrastructure routière inadéquate rend le transport de la récolte plus cher et rend les
agriculteurs plus dépendants du commerce intermédiaire,ce qui réduit leurs revenus.
L’insuffisance d’équipements de transport adaptés contribue également à la difficulté
d’approvisionnement. La pénurie de camions ou autres véhicules spécialisés oblige souvent les
agriculteurs à recourir à des moyens informels tels que des charrettes ou des motos, ce qui augmente
leurs coûts logistiques. Par exemple, un producteur peut devoir payer des sommes importantes à des
transporteurs informels, ce qui réduit la rentabilité de son exploitation. Cette situation accroît la
dépendance aux intermédiaires spécialisés dans le transport, qui profitent de la faiblesse des
infrastructures pour imposer des prix élevés, renforçant ainsi la spirale de dépendance des producteurs.
Le manque d’accès à l’électricité et l’absence d’infrastructures de transformation locales empêchent
également le développement d’une industrie cosmétique de luxe à base de cacao. Sans énergie fiable, il
est difficile d’installer des unités de transformation sur place, telles que des ateliers pour fabriquer du
beurre de cacao ou des poudres fines destinées à la cosmétique haut de gamme. Par exemple, les
producteurs doivent exporter leur matière première ou faire appel à des experts étrangers, ce qui
augmente considérablement les coûts et limite la valorisation locale.
Par ailleurs, l’absence de centres de recherche ou de laboratoires dans la région empêche l’innovation
locale et freine la création de produits cosmétiques haut de gamme à base de cacao, empêchant ainsi la
région de se positionner comme un acteur dans le secteur du luxe.
La faiblesse ou l’absence d’infrastructures numériques constitue également un frein important. Sans
accès fiable à Internet, les agriculteurs ne peuvent pas connaître les prix du marché ou négocier
directement avec des acheteurs ou des entreprises cosmétiques. Par exemple, un producteur qui ne peut
accéder à des plateformes numériques sera obligé de vendre à un intermédiaire local, souvent à un prix
inférieur. Cela limite ses revenus et l’empêche d’intégrer pleinement la filière de luxe, qui exige une
relation directe entre producteurs et acheteurs haut de gamme.
L’état dégradé ou inexistant des infrastructures routières dans la région de Diana constitue un obstacle
majeur à l’exploitation efficace de la filière cacao. Lorsqu’une grande partie des routes locales restent
non asphaltées, leur praticabilité devient aléatoire, notamment durant la saison des pluies. Par exemple,
dans plusieurs villages, les producteurs doivent attendre plusieurs jours pour acheminer leur récolte vers
les centres de traitement ou de vente, ce qui augmente considérablement leurs coûts de transport. Cette
situation entraîne également une détérioration du cacao, qui doit être vendu rapidement pour éviter la
dégradation, obligeant ainsi les agriculteurs à céder leur production à des intermédiaires au plus offrant.
Cette dépendance réduit leurs marges bénéficiaires et limite leur pouvoir de négociation, tout en
empêchant le développement d’une filière locale structurée.
L’absence de points de stockage modernes ou de centres de tri adaptés aggrave cette problématique. En
l’absence d’infrastructures pour stocker ou traiter leur cacao, les agriculteurs sont contraints de vendre
immédiatement après la récolte. Par exemple, un producteur sans entrepôt adéquat risque d’altérer la
qualité de son cacao ou de le vendre à un prix inférieur. Cette situation favorise l’achat en gros par des
intermédiaires, qui ont souvent la capacité de négocier des prix plus avantageux grâce à leur volume
d’achat. En conséquence, cela limite la capacité des producteurs à valoriser leur produit et à accéder à
des marchés plus lucratifs, notamment dans le secteur de l’industrialisation cosmétique de luxe, qui
exige une matière première de haute qualité.
Enfin, l’insuffisance d’infrastructures de santé et de formation limite le développement des compétences
agricoles et la qualité des récoltes. Sans centres de santé ou de formation, les agriculteurs ne maîtrisent
pas toujours les techniques de fermentation ou de séchage du cacao, ce qui compromet la qualité du
produit final. Par exemple, une mauvaise fermentation peut dégrader la qualité du cacao, rendant sa
valorisation dans l’industrie cosmétique difficile. De plus, l’absence de centres de recherche ou de
laboratoires locaux empêche le développement de nouveaux produits ou l’analyse approfondie des
composés du cacao, ce qui est essentiel pour l’industrialisation de produits cosmétiques de luxe.
Une économie Monoproductrice
L’économie de la région DIANA, largement axée sur la filière cacao, illustre parfaitement une situation de
monoproductivité. En effet, une majorité d’agriculteurs et d’entreprises locales dépendent quasi exclusivement de la
culture du cacao pour leur subsistance et leur revenu. Cette dépendance excessive limite la diversification
économique, ce qui rend la région vulnérable face aux aléas du marché mondial. Par exemple, si la région investit peu
dans d’autres secteurs comme l’élevage ou l’agroalimentaire, une chute des prix du cacao sur le marché international
peut entraîner une crise économique locale, avec des pertes d’emplois et une augmentation de la pauvreté.
De plus, la région DIANA est fortement dépendante des fluctuations des marchés extérieurs, ce qui expose ses acteurs
à une grande instabilité économique. Les producteurs locaux ont peu de contrôle sur les prix mondiaux du cacao, qui
sont influencés par des facteurs géopolitiques, climatiques ou encore par la production de pays concurrents.
Lorsqu’un changement de politique dans un grand pays producteur, ou une crise climatique affectant la production
dans une zone clé, entraîne une baisse des volumes ou des prix, cela impacte directement les revenus des producteurs
malgaches. Autrement dit, une chute brutale des prix du cacao à l’échelle mondiale a provoqué une baisse
significative des revenus dans la région DIANA, rendant difficile le paiement des coûts de production ou la
satisfaction des besoins fondamentaux des ménages agricoles.
La volatilité des prix mondiaux du cacao a également des répercussions directes sur le pouvoir d’achat des
producteurs. Lorsqu’ils perçoivent des revenus faibles ou incertains, leur capacité à couvrir leurs besoins essentiels,
comme l’éducation, la santé ou l’alimentation, diminue considérablement. Par exemple, une famille de petits
producteurs dans la région DIANA, confrontée à une baisse de prix du cacao, pourrait être amenée à réduire ses
dépenses ou à contracter des dettes, ce qui aggrave leur précarité.
Cette instabilité économique limite ainsi la croissance et le développement social de la région, créant un cercle
vicieux de pauvreté.Cette dépendance à un seul produit expose également l’économie nationale malgache à des
risques importants. La faiblesse des revenus issus du cacao limite la capacité du pays à financer ses investissements
ou à diversifier ses industries. La forte dépendance à ce seul secteur rend l’économie vulnérable aux chocs externes,
ce qui peut freiner le développement durable à long terme. Par exemple, lors de la chute des prix du cacao en 2020,
Madagascar a dû faire face à une crise économique majeure, soulignant la nécessité de développer d’autres filières
pour assurer une stabilité économique plus résiliente.
Cours mondial du cacao de 1960-1961 à 2020-2021. Source : ICCO, 2021