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L’affaire Dreyfus a profondément divisé la société française à la fin du XIXe
siècle. D’un côté, les antidreyfusards, comme Maurice Barrès, voyaient en
Dreyfus, officier juif, un traître à la patrie. Pour eux, être français ne se
résumait pas à la nationalité, mais à des origines « pures ». Leur vision de
la nation était fermée, fondée sur le rejet des étrangers et marquée par un
fort antisémitisme. La caricature de Caran d’Ache (doc. 3) illustre bien
cette tension : un simple repas familial dégénère en dispute politique,
preuve de l’ampleur du clivage. En face, les dreyfusards, comme Émile
Zola avec son célèbre article « J’accuse » (doc. 1), défendaient l’innocence
de Dreyfus au nom de la vérité, de la justice et des valeurs républicaines.
Pour eux, la nation devait être ouverte et fondée sur l’égalité des droits,
indépendamment de l’origine ou de la religion. L’affaire Dreyfus révèle
donc un affrontement entre deux visions opposées de la France.
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• Dans la caricature (doc. 1), l’auteur anticlérical critique l’influence
excessive de l’Église sur l’État. On voit Marianne, symbole de la
République, chassant le pape Pie X, représenté comme un corbeau
menaçant. L’enjeu principal selon le caricaturiste est donc de libérer la
République de la domination religieuse, et plus particulièrement de l’Église
catholique, perçue comme un obstacle à la liberté et à la modernité.
• Les arguments de la droite catholique (doc. 2) reposent sur l’idée que
l’union entre l’Église et l’État est naturelle et bénéfique pour la société.
L’abbé Gayraud défend le Concordat, car il reconnaît une religion partagée
par la majorité des Français. Il craint qu’en supprimant cette
reconnaissance, la séparation affaiblisse les fondements moraux de la
société.
• La loi du 9 décembre 1905 (doc. 3) affirme la laïcité de l’État : elle
garantit la liberté de conscience et met fin à toute subvention publique
des cultes. Cependant, elle constitue aussi un compromis car elle permet
aux religions d’exister librement dans le respect de la loi, et prévoit que
l’État conserve la propriété des lieux de culte tout en les mettant à
disposition des fidèles.