- aa-
MÉMOIRE
seu LES
CONDITlOKS DE RÉSOLUBILlTÉ DES ÉQUATlONS PAR RADICADX (1).
Le Mémoire ci-joint (2) est extrait d'un Onvrage que j'ai eu
l'honneur de présenter a l'Acadernie i1 y a un an. CeL Ol1vrtl¡jc
n'ayant pas élé eompris, les propositions qu'il renfermc a:rant élé
révoquées en doute, fai diI me contenter de donner, sous forme
s)'ntbétiql1e, les prineipes généraux et une seule application de
ma théorie. Je supplie mes juges de lire du moil1s avee aLtel1tion
ce peu de pages.
On trouvera iei une conclition générale a laquelle satisjait
t'oute équation soluble par radicaux, et Cll1iréciproqucment
a::sure lenr résolubilité. On en fait 1'appliealion sculement aux
(1) Ce Mémoire et le suivant ont été retrouvés dans les papiers de Galois el
publiés pour la premiere fois en 18~6 par Liouville, qui les avait fait précéder de
la note suivante :
« En insérant dans leur Recueil la lettre q u' 00 vient de lire, les éditenl's de la
Revue encyclopedique annon<;aient qu'ils publieraient prochainement les manu-
scrits laissés par Galois. l\Iais cette promesse n'a pas élé tenue. 1\1. A.ugu:~te Che-
valler avait cependant préparé le travail. Il nous a remis et l'Oll trOll\'cra dan s
les feuilles qui vont suivl'e :
» l° Un .Mémoire entier sur les conditioos de résoluhilité des éqnations par
radicaux, avec l'applicalion al1X équations de dcgré premier;
» 2° Un fra¡pnent d'un second Mémoire ouGalo¡s traite de la théorie générale
des équations qu'il nomme pl'imitives.
» Nous avons conseL'vé la pll1part des notes que .l\l. A.uguste Chevalier avait
jointes aux Mémoires dOllt nous venons de parlero Ces notes sont tOl1tes mar-
ql1ées des initiales A. Ch. Les notes non signées sont de Galois 111i-merne.
» Nous compléterons celte publication par quelques autre'3 mOl'ceaux extrai"l.s
des papiers de Galois, et qui, sans avoir une grande importance, pourront cepcn-
dant enco['e etre lus avec intéret par les géometres. ))
Les exlraits dont parIe Liouville dans la dernic['e phrase de celte nole u'ont
jamais élé publiés.
(") J'ai jugé cOllvenable de placer en te te cle ce Mémoire la préface qu'ol1 \'a
lire, bien que je raie trouvée biffée dans le manuscrit, (A. Cll.)
E. G, 3
-'- 34 -
éq'tlations dOlllle degré est un nombre premier. V oiei le théoreme
donné par notre analyse :
Pour qu' une équation de degré prelnier, qui 11,' a pas de di-
visellrs commensllrables, soit soluble par radicaux, il faut el
il suffit que toules les racines soient des fonctiOlls rationnelles
de deux quelcohques d' entre elles.
Les autres applieations de la théorie sont clles-memcs autant
de théories pal'ticulicres. EHes nécessitent d'ailleurs l'e111ploi de
la théorie des nombres, et d 'un algori thme particulier : nous les
réservons pour une autre occasion. Elles sont en partie relatives
al1Xéquations modlllaires de la lhéorie des fonctions eUiptiques,
qne nOl1Sdémontrons ne ponvoil' se résoudre par radicaux.
Ce If) janYÍcrI83r.
E. GALOIS.
PHINCIPES.
J e commencerai par é tablir quelques détlllitions el une suite de
lemmes qui sont lons eonnns.
Définitions. - Une éqllation est dite réductible quand elle
admet des divisel1rs rationnels; i/'réductible dans le cas contraire.
11 fant ieí expliquer ce qn'on cloil enlendre par le mot rationnel,
cal' il se représen te1'a son ven L.
Quand l'éqtlatiol1 a tous ses coefficients nl1mériques et ration-
nels, cela vcut dire simplement que l'équation peut se décom-
posel' cn factcurs qui aient leurs coefficients numériques et 1'a-
tionnels.
1\lai5 q lland les coefficients d'une éqllation ne seront pas tOllS
nllmériqnes et rationnels, a101's il faudl'a entelldre par divisenr
rationnel un divisenr dont les c.oefficients s'exprimeraient en
fonctioll l'ationnelle des coefficients de la proposée.
Il J a plus: on pou1'ra convenir de regarder comme rationnelle
tonle fonction rationnelle d'ul1 certain nomhre de quantités dé-
terminécs, supposées connucs a priori. PaL' exemple, on pouna
- ;)-
3~·
choisir une certaine racine d'un nombre entier, el regarder comme
rationnellc toule fonction rationnelle de ce radical.
Lorsgue nous conviendrons de regarder ainsi comme connucs
de certaines qllantités, nous dirons que nons les ,adjoignons á
l'équation qll'il s'agit de résoudre. NOllS dirons que ccs quantités
sont acl.fointes a l'équation.
Cela posé, nous appelJerons rationnelle toute quan ti té ,qui
s'exprimera en fonction rationnelle des coefficients de l'équation
et d'un certain nombre' de quantités adjointes a l' équation et
convenues arbitrairement.
Quand nons HOUS servirons d'équations auxiliaires, elles seront
rationnelles, si leurs coefficients sont ratiollnels en notrc sens.
On voit, au surplns, que les propriétés et les difficultés d'llne
équation peuvent eLre tout a fait différentes suivant les CJuantités
qui lui sont adjointes. Par exemple, radjonction d'une quantité
pellt rendre. réductible une équation irréductible.
Ainsi, quand on ac1jointal' équation
Xll_j
---
X'-1
=0.
oÚ n est premier, une racine d'une des équations auxiliaires de
1\'1.Gauss, cetLe éguation se décompose en facteurs et devient, par
conséquent, réductible.
JstltutlOns sont l'e passage d' une permutatlOl1
L es su 1·· . a'1' anlre.
La permutation d'oÚ 1'on part ponr indiquer les substitutions
cst toutearbitraire, quand il s'agit de fonctions; cal' il n')' a aucune
raison pour que, dans llne fonction de plusieurs lettres, une
leure occupe UD rang plutot qu'un autrc.
Cependant, comme on ne peut guere se former l'idée d'une
substitutioll sans se former celle d\1l1e pcrmntation, nous ferons,
dans le langage, un emploi fréquent des permutations, eL nOU5 ne
considérerons les substitu tÍOIlS que comme le passage d'une per-
1llutation a une autre.
Quand nous voudrons grouper des substítutions, nous les ferons
toutes prove~ir d'une meme permutation.
Comme il s'agiL toujours de questions OU la disposition primi-
tiv~ des lettres n'inilue en rien dans les groupes qne n0l15 con5j-
dérerons, on devra avoir les memes substitutions, quelle que soit
- 36-
la· permutation d'oil 1'011 sera parti. Done, si dans un pareil
grol1pe 011 a les sllbstitutions S et T, on est Sll1'd'avoir la subSli-
lution STo
Telles sont les définitions que nous avons eru dcvoir rnppeler.
LJDDIE1. - Une égllation irrédllclible ne peut avoir aucllIu"
racine commllne avec une éqaation l'{{tionnelle, salls la dÚ,lser.
Cal' le plus gl'nnd commun Jiviseur entre l'équntion irrédue-
tible el l'autre équatio11 sera eneore ralionnel; done, ete.
LE~IME ]j;'lanl donnée llne éqllalion quelconque, qui
Ir. -
n'a pasde racz'lles égales, dont les l'acines sont a, b, c, ... , Oil
peat toujO({l'S fonner une fonction V des racines, telle qu'au-
cane des va!eursque ton obticnt en pennutant dans cefte fonc-
Lion les racines de toules manieres) ne soit égale el une alltre.
Pnr excmple, 011 PCUt prendre
y = A a + Bb + e c-+- ... ,
.A, B, C étant des nombres cntiers c011yenablement cholsis.
LE:.\nIE III. -
La fonction V étant choisie comme il est in-
diqué dans l'al'ticle précédent, eUe jouira de cette propriété,
que tOllles les racines de l' équation. proposée s'exprim.erontra-
tionnel/rment en fonction de V.
En effet , soit
v = ':1 ( a, b, e, d, . ,. l.
ou hien
Y-q:.(a,b,c,d, ... ¡:::ceO.
l\1ultiplions entre clles toutes les équations semblabJes, que 1'on
obtient en permutant dans eelles-ci touteg les leltres, la premiere
senlement restant fjxe; il
viendra une expression sl1ivante :
[V--q:.(a,b,c,J, ... )][V--?(a,c,b,d, ... )]lV-q;(a,b,d,c, ... )] ... ,
s'ymétriql1e en b, c, d, ... , laquelle pourra, par .eonséqurnl,
s'écl'il'e en fonction de a. NOllS aurons done une équalioD de la
forme
F(V,al=o.
- 37-
Orje dis que de la 0/1 peut tirer la valeu!' de ({, H sl1ffit ponr cela
de ehereher la SolllLion COmml1DC a eeHe équation eL a la pl'O-
posée. Cette solution est la seule commune, cal' on ne peut a\'olr,
par exemple,
F(V~b):-:-:o,
eeHe éql1ation ayant liD Cacten!' eommun [¡vee l'éqllation selll~
blable, sans quoi l'une des fonctions 9 (a, ... ) serait égale a
l'nne des fonctions 9( b, .. ,); ce qui est contre Fhyp0l.hcse.
11 suit de la que a s'exprime en Conelion rationnelle de V, eL il
en est de meme des autres racines.
CeHe proposition (1) ('st citée SélllS démonstraLion' par Ahel,
dans le l\1émoire posthmne sur les fonclions e1liptiql1cs.
LElVIl\fE Supposons que l' on ait formé l'eguatioll en V,
IV. -
el que 1'0/1 ait pris l' Ull de ses factell/'s iJ'réductibles, en so/'te
que V soit racine d'une équation ir/'éducliblc. Solent V, V',
V", ... les /'acilles de celte éqUCltioll iJ'l'éductible. Si a =f(V)
est Ulle de.';racines de la proposée, f(V/) de J}uJmesera une n/-
cine de la proposée.
En effet, cn rnultipliant énlre eux lous les faeJellrs de la furme
V - ?( a, b, c. , .. , el), Otl ]'on aura opéré sur les ]eLlres LOlilcs
les permutations possibles, 011fllll'f\ une érluation ralionnelle en \,
laquefle se trouvera nécessairclllcnt divisiLlc par l\~qnaljoll ell
ql1esLion; done V' doit s'obtcnir par l'échange des ]cllrcs dan s la
fonelion V. Soit F(V,a) o J'équlllioll =
qll'on ohlicnt ('11 IH'I'-
mulant dans V loules les lel.trcs, hors ]a pl'emitl'c. On aura done
F(V/, b) = o, b pOllvanl etre égal 1'1 a, mais étant cel'laincincnl
l'une des raeines de l'équalion pr0l'0séc; pal' eonséqucnt, de
meme que de la proposéc et de F (V, a) = o esl résult6 ti :e_e./\ \'),
de mcme i 1 résultera de la proposée et de F ( V', b )c._:: (l elJlll bi~
nées, la suivanle b =f(V/).
(') n est remarquable quc de cctLc proposition on pcut conelul't: quc touLe
équation dépend d'unc équation auxiliairc tcllc, quc toulcs l~s l'arines de cctll'
nouvelle éq uation soien t des fonctions 1'ationnellcs les u ncs ti es <lUtres: cal'
l'équation auxiliairc en V cst dans ce cas,
Au surpllls, ccttc remarquc cst pUl'eIllcnt curicllse, En cITe, une équalioll qui
a ccltc pl'opriété n'est pas, en géné1'al, plus facil~ Ú résoudre Cju'unc autre.
- 38-
PROPOSITION 1.
THÉOltE~fE. Soit une équation donnée, donl a, b, e,
-
sont les m raeines. Il y aura toujours un groupe de permuta-
tions des lettres a, b, e, ... qui jouira de la propriété sui'-"ante .'
1° Que toute fonetion des racines, ltwariable (t) par les sub-
stitutions de ee groupe, soit rationnellement eonnue;
2° Réciproquement, que tOllte fonetion des raeines, détermi-
nable rationnellement, soit invariable par les substitutions.
(Dans le cas des équations algébriques, ce groupe n'est autre
chose que l'ensemble des 1.2.3 ... rn permutationspossibles
sur les In leures, puisque, d~ns ce ca~ les fonctions symétriques
sont seules déterminables rationnetlcment.)
, • Xn-I •
(Dans le cas de l'ccluatlOn ---X-I == O, SI l'on suppose a == r,
b == l'g, e =
r¡;\ ... , g étant une racine primitive, le groupe de
permutations sera simplement celui-ci : •.
abcd k,
bcd lta,
cd kab,
kabc .....
•i; •"-
dans cc cas pal:LicuJier, le nombre des permutations est (>gal nll
degré de l'équation, et la meme chose aurait lieu dans les équa-
Lions dont teutes les racines seraient des fonctions raLionnelles
les unes des aUlrcs.)
Démollstl'ation. - Quelle que soit l'équation donnée, on pourra
LrOUVCl' lIne fonction rationnelle V des racines, leHe que touLes
(1) .\"liS appeloos ici invariable 0011 seulement une fonction dont la forme est
i n\'ariable par les substitutions des racines entre elles, mais encore ceHe dont la
valenr n umérique ne varierait pas par ces subslitutions. Par exemple, si F x = o
est une é(luation, F x est une fonction des racines qui ne varie pax: aucune per-
mutation.
Qlland nous disons qu'unc fonClion cst rationnellement connue, nous voulons
dire (lllC sa vale~ll' numérique est exprimable en fonction rationnelle des coeffi-
dcnts de l'éql1alion et des quantités adjointes.
- 39-
les raeines soicnt fonetions rationnelles dc V. Cela posé, eonsidé-
rons 1'équation irréduetible dOllt V est raeine (lemmes In et IV).
Soient V, V', VI!, ... , V(Il-0 les raeines de eeUe équation.
Soien1 ~1 V, ~t1 V, ~2 1 V, .. " ~m
• - t V les raeines de la I)roI)osée.
Éerivons les n permutations suivantes des raeines :
(V)
......
cpm-l
epm-l
911I-1
r2
91
...
....
•o..'"o~
, IJl- •·r:-
... .V',
V,•1
, o
V',
9V,
02 V,
92V",
V,
o.,
",
V" ,,,V(n-l1
...
1~V(n-1)
ooV"
V' , ,", •, , , ...
.V(Il-1J
r:-V'
1VIIl-U . V" ,
je dis que ee groupe de permutations jouit de la propriétéénoneée,
En effet :
,0 Toute fonetion F des racines, invariable par les substitutions
de ee groupe, pourra etre éerite ainsi : F =~ V, et 1'on aura
~V = ~V' = 'f V" =... = ~V(n-1J.
La valeur de F pourra done se déterminer rationnellemenl.
2° Réeiproqucment., si une fonetion F est déterminable ration-
nellemenl, et que 1'on pose. F =~
V, 011devra avoir
~V = ~V' = 1} V" = . , . = ~V(n-O,
puisque l'équation en V n'a pas de diviscur eonimensurable et que
V sati~fait a l'équa1ion F =
'f V, If é1ant une quantité rationnelle.
Done la fonction F sera néeessairement invariable par les sllbsli-
tutions du groupe ée1'it ei-dessus.
Ainsi, ee g1'ollpe jouit de la double prop1'iété clont il s'agit clans
le théoreme proposé. Le théo1'eme est done démont1'é.
NOl1s appellerons gl'Ollpe de l'équation le g1'oupe en question.
SeoUe I. - Il est évident que, dans le grollpe de pernlutations
dont il s'agit iei, la disposition des lellres n 'est poinl a consiclél'cr,
mais seulement les substitutions de le1tres paL' lesquelles 011 passe
d'llne permutation a l'au11'e.
Ainsi Pon peut se donner arbitrairement une p1'emiere pCl'mu-
tation, pOll1'vll que les autres pe1'mutations s'Cl) déduisent t9l1jOlll'S
par les memes sllbstitutions de lett1'es. Le nouvcau groupe ainsi
formé j ouira évidemment desmemcs prop1'iétés que lc premiel!,
- 40-
puisque, dans le lhéoreme précédenl, ilne s'agit que des sl1bslilll-
lions que l'on peut faire dans les fonctions,
Seolie n, - Les substilutions sont indépendantes memc dl1
nombre des racines,
PHOPOSITION n.
THÉOREME Si ¿'on adjoint il une équation donnée la
('). -
raeine rJl'une équalion auxiliaire irréduetible, 10 il arripera
de deux cltoses l' une: ou bien le gl'oupe de !'équation ne sera
pascltangé, oa bien il se pal'tClgera en p grollpes appartenanl
chacun el l'équation propos¿erespectivement quand on lui ad-.
joint ehacune des racines' de l'équption auxiliaire; 2° ces
groupesjollirontcle la propriélé l~emarqllaúle, que l'on passera
de l' un ell' alttre en opérant dans tOlltes les permutal~·()n.sdu
premierulle nuJme substilutión de leUres.•
l° Si, flpres l'adjonction de r, l'équation en V, dont il est
question plus haut, reste irrédllctible, 11 est clair que.le groupe
dc l'équation ne sera pas changé. Si, al1 contraire, elle se réduit,
a101'5 l'équation en V se décomposera en p facleurs, lons de meme
degré et de la forme .•
f(V, r) xf(V, ,.')x f(V, l''') X
r, 1", ,.", étnnL (]'autr('s valcurs de r,Ainsi,
••• le groupe de
l'équation proposée se décomposera anssi en grol/pes chacun
d'l1u meme nombre de permutations, pUiSqlIC achaque valeul'
de V correspond une permutalion. Ces gl'OlIpeS 5e1'ont respccli-
(1) Dans l'énoncé du théoreme, apres ees mols: la racine r d'une équatip!I.
allxiliail'e il'réductible, Galois avait mis d'abord eCl1x·ei : de degl'é p premier,
1(11'il a cfTaeés plus tardo De meme, dans la démonstration, au lieu de 1', /,',
1''', ... élant d'autl'cs 'i'aleurs de 1', la rédaction pl'imitivc portait : 1',1",1''', ...
élant les cliverses valcul's de 1'. Enfin on trollve a la marge du manusel'it la
notc sl1ivante dc I'auteur :
« 11 Y a ql1clql1c chose a complétcr dans eette démonstration. Je n'ai pas le
tcmp:;. »
Cctte ligne ti été jctée ane une grande rapidité Sllr le papier; eirconstanee
qui, jointe al1X mots : Je n'ai pns le temps ", me fait penser que Galois a relu
«
fOil Mémoire pou!' Ic corriger avant d'alkr sur le terrain. (A. CH.)
- 41 -
"cment eeux de l'équation proposée, ql1and on lui adjoindra SllC-
cessivement r, ,.', 1"/,
'¿O Nous avons Vl1 plus hant qn e toules les valeurs de V étaien t
des fonetions rationnelles les unes des autrcs. D'apres cela, sup-
posons que, V étant une rac:ine de f(V, 1') - o, F(V) en soit une
nutre; il est elair que de meme si V' est une racine de f(V, 1") o, =
F (V') en sera une nutre; cal' on aura
j[F(V), rJ = une fonction divisible parj(Y, 1').
Done (lemme 1)
. j[F(V'), r'] = une fonction uiyisiblc pOI' j(V', /,').
Cela posé,je dis que 1'on obtient le groupe relatif a 1" en opé-
rant partou t dans le groupe relati fa l' une meme substillll ion de'
lettres.
En effet, si 1'on a, par exemple,
9¡LF(V) = 9v(V),
on aura encore (lenune 1),
9{J.F(V') =.9v(V').
Done, pon!' passer de la permntation [F (V)] a la perl11utation
[F (V')], il fa.ut faire la meme substitu Lion que ponr iJaSSC1'de la
permutation (V) a la permutation (V').
Le théoreme est done démonLré.
PROPOSITION 111.
TIJÉOREME •. ·- Sil'on adjoint a une équation toules les 1'(1-
cines d'uneéqllatio17. allxiliaire, les grollpes don t il est qllestion
dans le théor~me 11jOlliront, de plus; de celte pl'opriété qlÍe
les subslitutions sont les memes dans chaque grollpe.
On trouvera la démonstration (1).
(') Daos le manuscrit, l'énoocé do théorernc qu'on vient de lire se trou\'c ('11
marge et en remplace un autre que Galois avait écrit avec sa démonstration SOIl~
le mémetitre: Proposition l/f. Voici Ic texte primitif: TIIÉOHI~ME. - Si ['éqzw-
- 42-
PROPOSITION IV.
THÉonE:\IE.- Si l'on adjoint une équation la valeur numé-
Cl
rique d' une eertaine fonetion de"ses raeines, le groupe de
,l'équation s' abaissera de maniere el, n' avoir plus d' autres
pel'mutations que celles par lesquelles cette fonetion est inva-
riable.
En effet, d'apres la proposition 1, toule Jonction connue doit
etre invariable par les permulations du groupe de l'équation.
PROPOSITION v.
PnoBL:bm. -.Dans quel eas une équation est-elle soluble par
de simples radieaux?
J'ohserverai d'abord que, pour rés"Oudre uneéqualion, il faut
successivement ahaisser son grol1pe jusqu'a ne contenir plus
qu'une seule permutation. Cal', quand une équation est résolue,
une fonction quelconque de ses racines est connne, meme qnand
elle n'est invariahle par ancnne permutation.
Cela posé, cherchons a quelle condition doit satisfaire le groupe
d'une équation, pour qu'il puisse s'abaisser ainsi par l'adjonction
de quanLités radicales ..
Suivons la marche des operations possibles dans cette solution,
en considérant comme opérations distinctes l'extraction de chaque
racine de dcgré premier.
tion en l' est de la forme rP= A, et que les racines pieme.de l'unité se trouvent
au nombre des qÚantités précédemment adjointes, les p groupes dont il est
question dans le Théoreme II jouiront, de plus, de cette propriété que les
substitutions de lettres. par lesquelles on pC!..ssed' une permutqtion a une
,autre dans chaque groupe soient les memes pour tous les groupes. En effet,
dans ce cas, il revicnt au mcmc d'adjoindre al'équation telJe ou teIle valcur
de 1'. Par conséquent,scs propriétés doivent étre les mémes apres l'adjonction de
tcllc ou tc))e valen\'. Ainsi son groupe doit et.re. le meme quant aux substitutioos
(Proposition 1, scoJie). Donc, etc •. ,
Tout cela cst effacé avcc soin; le nouvcl énoncé porte ladatex83:l et montre,
pal' la manicre dont il estécrH, que l'auteur était extrémement pressé, ce qui
confirme I'assel'tion que fai avancée dans la Note précédente. (A. CH.)
- 43-
Adjoignons a l'équation le premier radical extrait dans la solu-
lion. Il pourl'a arriver deux cas : ou bien, par l'adjonclion de ce
radical, le groupe des permutalions de l'équalion sera diminué; Oll
bien, celle extraelion de racine n'élant qu'une simple préparalion,
le groupe reslera le meme.
Toujours sera-l-il qu'apres un certain nombre fini d' extractions
de racines, le groupe devra se lrouver diminué, sans quoi l'équa-
lion ne serait pas soluble.
Si, arrivé a ce point, il y avait plusieurs manieres de diminuel'le
grollpe de l'équalion proposée par une simple extraclion de racine,
il faudrait., pour ce que nous allons dirc, considércr selllcment un
radical dll degré le moins haut possible parmi lous les simples
radieaux, qui sonl tels que la connaissance de chacun d'eux
diminue' le groupe de l'équation.
Soit done p le nombre premier qui représente ee degl'é mini~
mum, en sorte que par une extl'aelion de raeine de degré p, on
diminue le groupe de l'éqllalion.
Nous pouvons loujoul's sllppOSeJ', dl1 moins poul' ee qui est
relatif au grou pe de l'équation, que, parmi les quantités adjointes
préeédernment el l'équation, se trouve une raeine piClllC de l'unité, (f..
Cal', comrne eeHe expression s'óbtientpar des extraetions de
raeines de degl'é inférieur a p, saconnaissanee n'altérera en rien
le groupe d~ l'équation ..
Par eonséquent, d'apres lcs théoremes JI el IlI, le groupe de
l'éql1ation devra se déeomposcl' en p groupes jouissanl les uns par
rapport aux autres de ceHe double pl'opriété : ] o que l'on passe
de l'UD a l'autre par une seule et mcme substitution; 2'1 que tons
eontiennent les memes substitutions.
Je dis réeiproquement que, si le gl'oupe de l'équation peut se
partager en p groupes qui jouissent de eeHe double propriélé, 011
pOl1rra, par une simple extraetion de raeine piClllC, et par l'adjone-
tion de eeHe raeine piclnc, réduire le g-ronpede l'équation a l'l1n de
ces groupes partiels.
Prenons, en effet, une fonetion des raeines qui soit invariable
pour toutes les substitutions de l'un des groupes partiels, et varie
pour toute autre substilution.(ll suffit, pour cela, de ehoisir une
fonclion symétrique des diverses valeurs que prend, par loutes les
- 44 --
pe1'mutations de l'un des groupes parLiels, une fODction qni n'est
invariable par aueune substitution.)
Soit O ceHe fonetiondes racines.
Opérons sur la fonetion e une des substitutions du grollpc Lolal
qui ne lui sont pas communes 3vec les groupes partiels. Soit a I le
. résultat. Opérons sur la fonction e, la meme substitutioll, el
~oit 92 le résultat, et ainsi de suite.
Comme p est un nombre premier, ceHe suile ne pourra 5'ar-
re,teJ.' qu'au terme OjL_t; ensuite ron aura Op;::::: 01, 0P+I =
O" el
ainsi de suite.
Cela posé, il est clair que la foncliol1
sera invariable p3r toutes les perml1tations du groupe total el, par
conséquenl, sera actuellement eonnue.
Si ron extrait la raeine picllle de eeHe fonction, et qu'on l'ad-
joigne a l' équation, a101's, par la proposition IV, le grollpe de
l' équation ne contiendra plus d'autres substitutions que ceHes des
gTOllpes partiels.
AiDSj, pour que l~ groupe d'une éql1ation puisse s'abaisse1' pat'
une simple ext1'aetion de r<:lcine, la eondition ci-dessus est néces-
saice el sllffisante.
Adjoignons a l'éqllation le radical en question; nous pourrons
raisonner mainlenant sur le nouveall grollpe eomme sur le préeé-
(h~nt, el il faudra qu'ilse déeompose ll1i-meme de la manierc
indiquée, et aiDsi de suite, j llsqu'a un eertain groupe qui ne eOD-
tiendm plus qu'une sellle permutation.
Seo/ie. - Il est aisé d'observer cette marche dans la résollltion
('onnue des équations générales du quatrieme degt'é. En e!fet, ces
éqnalions se résolvent an moyen d'une équalion du troisieme
degré, qui exige elle-meme l'extraction d'une racjne earrée. Dans
la sujle naturelle des idées, e'est donc par ceHe raeine earrée
qu 'il faut commencer. 01', en adjoignan t a l'équatioD du qllatrieme
degré celte racine carrée, le grollpe de l'équation, qui contenait
en (out vingt-quatre substitutions, se décompose en deux qui n'en
contiennent que dOllzc. En désignant par a, b, e, d les racines,
;'m'
-
- 4;)-
\'oici l'un de ces grol1pes :
abcc!, acdb, adbc,
badc, cabd, dacb,
cdab, dbac, bcad,
deba, bdca, cbda.
Maintenant ce groupe se partage lui-meme en trois groupes,
comme il est indiqué aux théoremes n et III. Ainsi, par l'exLrac-
tion cl'un seul radical clu troisieme degré, il reste simplement )e
groupe
abcd,
badc,
cclab,
deba:
ce grou~e se partage de nOllveall en deux groupes :
abcd, cdab,
badc, deba.
Ainsi, apres une simple extraction de racine carrée, il resLera
abcrt.
badc:
ce ql1i se résoudra enfin par une simple extraction de raclI1e
carrée.
On obtient ainsi, soit la sollllion de Descartes, soit celle
d'Eu]er; car, IJien qu'apres la résolution de l'équation auxiliaire
du Lroisieme degré ce dernier extraJe Lrois racines carrées, 011
saÍt ql1'il suffit de d.eux, puisque latroisieme s'en dédllit ralioll-
neliement.
Nous alIons maintenant appliquer celte condition allx. équaLions
irrédu~libles dont le degré est premier.
- 46
Applicatioll aux équations irréductibles de degré premier.
PROPOSITION VI.
LE1BIF.. Une éqllation irréductible de degré premier /le
-
pellt devenir l'éductible par l'adjonction d'un radical dont
l'indice serait alttre que le degré lnem.e de l'éqllation.
Cal' si 1', 1", r", ... sont les di verses valenrs dll radical, el
=
Fx o l'équation proposée, il famlrait que F x se partageal en
factellrs
f (x, ,.) x j (x, ,.') x ... ,
tous de nH~me degré, ce qui ne se pellt, a moins que I(x, r) ne
soit du prcmier degré en x.
Ainsi, une équation irrédllctible de degré premier ne peut
devenir réductible, a moins que son groupe ne se rédllise a une
seule permutation.
PROPOSITION VII.
Quel est le groupe d' une équation irrédllctible
Pn.ollLbm. -
d' un deg,.-éprender n, soluble par radicaux?
D'apres Ja proposition précédente, le plus pctit grollpe possible,
uvant. cellli qui n'a qu'llne seulc permutation, contiendra n rer-
lllutalions. 01', UD groupe <.lepermlltations d'un nombre premier
n de Jettres ne pellt se réduire a n permntations, a moins que
l'llne de ces permlltations ne se déduise de l'autre par une sllbsti ....
tlltion circulaire de l'orq.re n. (Voir le l\Iémoire de M. Cauch)',
JOllrnal de l' École Polytechnique, XVIJe cahier.) Ainsi, l'avant-
derniel' gl'Ollpe sera
.... , XIl--3,
. ~., Xn-2,
(G) \:' ::: ... , .. " ... , , Xn-ll
I~~:
,,
, X/¿-h
... ,
"',
...
... ,
, .....
Xn-4,
... , ... ,
Xo, Xl, a.~2, ••• , XIl_1 étant les racines.
- 47-
Maintenant, le groupe qlli précédera immédiatemen t cellli-ci
dans J'ordre des déconipositions devra se composer d'uu certain
nombre de groupes ayant :lous les memes substitutiolls que
celui-ci. 01', j'observe que ces substitutions peuvent s'exprimer
ainsi (faisons, en général, XII =
Xo, X/l+l =
Xl' ••• ; il est clair
que chacune des substit.utions dll gronpe (G) s'obtient en mel-
tant partout a la place de X/o Xk+~, e étant une constante).
Considérol1s J'un •• quelconqlle des gron pes semblables an
groupe (G). D'apres le théoreme Il, il devra s'obtenir en opérant
partout dan s ce grollpe une mrme substitution; par exemple, en
mettant partont dans le grollpe (G), a la place de Xk, xf(I.), étanl f
llne certaine fonction.
Les substitutions de ces nouveaux groupes devant etre les
memes que eeHes du gronpe (G), on devra avoir
¡(Ir: + e) =/(1.:)+ e,
C étant indépendant de k.
Donc
1( Ir: -",- 2e ) = f (k ') + ? e,
1(10. + me) =f(k) + me.
Si e = 1, k --= o, on lrouvel'8
/(m)=am+ú,
ou bien
f( k)" = al.: + b, .•
,
a et b étant des constantes.
Donc, le groupe qui préeede immédiatement le gronpe (G) ne
devra contenir que des substitutions telles que
••
et ne eontiendra pas, par eonséqncnl, d'autre substitution circu-
laire que celle du groupe (G).
-
- 48-
On raisonnera sur cG groupe comme SU1' le préeédent, et il s'e11-
suivra que le premiergroupe dans l'ordre des décompositions,
e'est-a-dire le groupe actuel de l'équation, ne peut eontenirque
des subsLitutions de la forme
Xk, Xak+b.
Done, si une équation irréductible
de degré pren'tier est
soluble par radicaux, le groupe de cette équation ne saurait
contenir quedes substÚutions de l((forme
Xlo Xak+b.
a et b étant des constantes .
. Réeiproquement, sieeLte condition a lieu, je dis que l'équation
sera soluble par radieaux. Considérons, en effet, les fonctions
(""
w o +N""
,,,,,,,, 1 +N2"..
~ .u 2 + •• "" n~ 1
, -'-Hn-l,....
• ~ )!l-X
- .. 1 ,
(Xo + aXa + a2X2a -;- •••. -J- all-1X(ll-,-1)a )'1 = Xu ,
(XO + axa" -+- a2 X2a" +... -i-- all-1 X(ll-1)a~)'1 == Xa',
• o ••• , .•••••••••• o-o •• 0..••• ' •••••••••••• '.' ••• '_,
étant une racine nilJDle de l'unité, a une raeine primitive de n.
(J.
11 est dair que toute fonclion invariable par les substitutions
cireulaires des quantités Xl' Xa, Xa" ... sera, dans ce eas, immé-
diatement connue. Done, on pourra trouver Xl' Xa, Xa" ••• , par
la méthode de M. Ga'uss pour les éqllations binomes. Done, ete.
Ainsi, pour qu'llne équation irrédllctible de degré premier soit
soluble par radicaux, il faitt el il sujJit que Loute' fonction inva-
riable par les substitutioni3
soit raLionnellement connue.
Ainsi, la fonetiou
dcvl'a, quel que soit X, {~trcconnue.
- 49-
Il faut done et il suffit que l'équation qui donne eeHe fonetion
des raeines admette, quel que soit X, une valenr rationnelle.
Si l'équation proposée a tous ses eoeffieients rationnels, l'éqna-
tion auxiliaire qui donne eette fonetion les aura tous aussi, et iL
suffira de reeonnaltre si eeHe équation auxiliaire du degré
J • 2.3 ..• (n - 2) a ou non une raeine rationnelle, ee que 1'011
sait faire.
C'estla le moyen qn'il faudrait employer dans la pralique. l\iais
nous allons présenler le théoreme sons une autre forme.
PROPOSITION VIII.
THEOREME. - Pour qu'une équation irréductible de degré
premier ,soit soluble par radicaux, él fal1t el il suffit que deux
quelconques des racines étant connues, lesautres s'en déduisent
rationnellement.
Premierement, il le faul, cal' la substitution
ne laissant jamais deux lettres a la meme place, iL est clair qu'en
adjoignant deux raeines a l'équation, par la proposition IV, son
groupe devra se réduire a une seule permutation.
En seeond lieu, cela suffit; cal', dans ce eas, aueune substitn tion
du groupe ne laissera deux Jettres aux memes plaees. Par eonsé-
quent, le grol1pe con tiendra tout au pLus n (n - ]) permutations.
Done, il ne eontiendra qu'une seule substitution eireulaire (sans
quoi il y aurait au moins n'J permutatÍons). Done, toute substitu-
tion du groupe, Xk, Xfk, d~ra sUlisf:.1irea 1:.1eondition
f(k + e) =f(k) + C.
Done, ete.
Le théoreme est done démontré.
E. G. 4
- 00-
EXEMPLE DU THÉOREME VII.
Soit n---= 5; le groupe sera le suivant :
abcde
bcdea
cdeab
deabc
eabcd
acebd
cebda
ebdac
bdace
dáceb
aedcb
edcba
dcbae
cbaed
baedc
adbec
dbeca
becad
ecadb
cadbe